Vendémiaire
Editorial de La Riposte
Depuis les élections régionales de 2004, les élus du PCF participent, aux côtés des élus du PS, à la direction de 19 régions sur 22. Quel bilan faut-il en tirer ? Lors de son rapport au Conseil National du 4 septembre dernier, Pierre Laurent a longuement abordé la question des régionales, mais il n’a pas dit un mot sur le bilan des six dernières années. De fait, le comportement de certains de nos élus régionaux ne pourrait pas susciter l’enthousiasme des militants communistes. En Ile-de-France, par exemple, le vice-président PCF en charge du « développement économique », Daniel Brunel, a donné son feu vert au versement de plus de 100 millions d’euros de crédits publics régionaux dans le caisses de grandes multinationales telles qu’Aventis, Thalès et Dassault – sous couvert de « recherche », « d’innovation » et de « lutte pour l’emploi ». Est-ce là le rôle d’un élu communiste ?
La crise du capitalisme et la politique réactionnaire du gouvernement signifient la régression sociale sur toute la ligne. Dans ce contexte, personne ne demande l’impossible aux élus locaux du parti, d’autant que le PCF est très souvent minoritaire, dans les collectivités locales de gauche. Mais ce que nous sommes en droit d’attendre de nos élus, c’est qu’ils soient les adversaires implacables non seulement de la droite et du patronat, mais aussi de cette lamentable politique de « gestion » que mènent tant d’élus socialistes, à coup de subventions aux capitalistes, de privatisations – rebaptisées « délégations de services publics » – et ainsi de suite.
Les alliances avec le PS
La politique des élus locaux du PS est en phase avec la direction nationale du Parti Socialiste, qui poursuit sa longue dérive vers la droite. Les dirigeants du PS clament haut et fort leur adhésion à « l’économie de marché » – c’est-à-dire au capitalisme. En se tournant vers le MoDem, ils reconnaissent que rien de fondamental ne les distingue des idées et du programme réactionnaires de François Bayrou. Ceci est très clair aux yeux d’un nombre croissant de jeunes et de travailleurs, qui contemplent ce spectacle avec dégoût.
Dans ce contexte, la grande majorité des militants communistes souhaite que le PCF dirige des listes indépendantes du PS, au premier tour. C’est parfaitement correct. Le PCF doit se démarquer du PS, au premier tour, en présentant partout ses propres listes. Surtout, il doit défendre un programme qui s’attaque à la domination de l’économie par une poignée de capitalistes. Bien sûr, il faut au PCF un programme « régional », qui cadre avec les pouvoirs des Conseils Régionaux. Mais le parti doit aussi utiliser ces élections – comme toutes les élections – pour expliquer inlassablement les idées du socialisme aux travailleurs. Se distinguer du PS par des listes autonomes ne suffit pas : il faut aussi présenter une alternative politique et programmatique claire au réformisme insipide du PS.
La direction du parti, malheureusement, laisse ouverte la possibilité d’alliances avec le PS dès le premier tour, dans plusieurs régions. La raison principale, rarement évoquée, est cette barre des 5% de suffrages en dessous de laquelle une liste du PCF ne pourrait pas fusionner avec la liste du PS, au deuxième tour. Dans ces cas, le parti n’aurait aucun élu. Ce « risque » existe dans différentes régions. Mais nous pensons qu’il pèse beaucoup moins lourd que les conséquences négatives d’une stratégie de premier tour « à la carte », qui donnerait le sentiment que le PCF accorde plus d’importance à l’obtention de sièges qu’à ses principes.
Au deuxième tour, la direction du PCF prévoit de fusionner systématiquement avec le PS. Il faut « s’unir pour battre la droite », explique-t-elle. Nous sommes sensibles à cet argument, comme le sont de nombreux électeurs de gauche. Mais il a ses limites. Premièrement, le PCF ne devrait pas fermer les yeux sur le programme défendu par les candidats socialistes locaux. Lorsque ce programme comporte des mesures réactionnaires – ou lorsque les candidats socialistes ont mené des contre-réformes, lors du précédent mandat –, le PCF doit marquer son désaccord en refusant de « fusionner » avec le PS, au deuxième tour. Cela n’exclut pas la possibilité que le parti apporte un soutien critique à des candidats socialistes, dès lors qu’il explique clairement ses points de désaccord.
Deuxièmement, lorsque le PCF participe à une liste de deuxième tour avec le PS, il ne doit en aucun cas renoncer à présenter et défendre publiquement un programme communiste. Liste commune ne doit pas signifier fusion des programmes.
Pas d’alliance avec le MoDem !
Dans plusieurs régions, la direction du Parti Socialiste se prépare à conclure des alliances avec le MoDem. Nous avons déjà connu cette situation lors des municipales de mars 2008. A l’époque, le PCF avait accepté, dans plusieurs villes, de constituer des listes PS-PCF-MoDem, au deuxième tour. La Riposte avait exprimé son opposition catégorique à ces alliances avec un parti de droite (voir notre article à ce sujet). Lors du congrès du parti, fin 2008, nous avons présenté un amendement qui engageait le PCF à ne plus commettre cette erreur (voir ici). L’amendement s’est perdu, comme tant d’autres, dans le labyrinthe infernal des « commissions des amendements ». Mais aujourd’hui, la question refait surface. Et si la direction du parti ne prend pas une position de principe claire, elle risque de porter atteinte à la crédibilité du PCF auprès de sa propre base sociale.
Malheureusement, le parti n’a toujours pas pris de position tranchée, sur cette question. D’un côté, certes, L’Humanité critique très souvent la main tendue des dirigeants du PS vers le MoDem. Le MoDem y est à juste titre caractérisé comme un parti de droite, c’est-à-dire comme un adversaire implacable de notre classe. Mais d’un autre côté, les dirigeants du parti se refusent à tirer toutes les conclusions de cette position – c’est-à-dire à exclure, d’avance et publiquement, toute alliance de second tour avec le MoDem.
Là encore, l’argument commence à circuler, dans le parti, qu’il faut « battre l’UMP » – quitte à s’allier avec le MoDem. Mais on ne bat pas la droite en s’alliant avec elle. En fait, c’est même le moyen le plus sûr de préparer la victoire complète de la droite, à terme. Au deuxième tour, le PCF doit refuser de fusionner avec des listes PS-MoDem, et expliquer : « Nous étions prêts à faire une alliance avec le PS. Mais les dirigeants du PS, eux, ont décidé de faire alliance avec un parti réactionnaire et pro-capitaliste : le MoDem. La base idéologique et programmatique d’une telle alliance, c’est nécessairement une soumission aux intérêts capitalistes. Nous, communistes, refusons de participer à cette tromperie qui ne sert en rien les intérêts des travailleurs. » Par cette position ferme et claire, le PCF perdra peut-être quelques élus, mais il gagnera l’estime et la confiance de nombreux salariés.
La question des exécutifs
Lorsqu’il participe à un exécutif régional, le PCF assume aux yeux de tous la politique qui y est menée. Or, même dans l’hypothèse d’une percée électorale du PCF, en mars 2010, c’est encore le PS qui obtiendra le plus d’élus, au sein de la gauche. Dans ce contexte, le PCF ne devrait pas exclure a priori toute participation aux exécutifs. Mais il devrait défendre publiquement un programme clair sur la base duquel il accepterait d’y siéger. Ce programme devrait exclure toute privatisation, ainsi que toute subvention aux capitalistes, et alléger la fiscalité locale qui pèse sur les foyers modestes. L’axe central de ce programme devrait être la défense et le développement des services publics. Si le PS rejette ce programme, les élus communistes doivent renoncer à intégrer les exécutifs. Le PCF n’aura aucun mal à expliquer ce choix à la population.
Le « Front de gauche »
Dans la plupart des régions, les dirigeants du parti proposent de constituer des listes du « Front de gauche », au premier tour. Nous ne répèterons pas en détail, ici, notre point de vue sur la stratégie du Front de gauche (voir ici). Parmi les camarades qui défendent la démarche du Front de gauche, beaucoup disent : « Le PCF est affaibli. Nous ne pouvons prétendre faire la différence, à nous seuls. » On comprend cette préoccupation, et La Riposte n’est pas opposée, par principe, à des alliances avec d’autres forces de gauche. Mais l’affaiblissement du PCF n’est pas irréversible. Le parti peut et doit se renforcer. Cependant, la condition de ce renforcement est le réarmement idéologique et programmatique du parti, qui doit renouer avec les idées fondamentales du communisme. Quant à Jean-Luc Mélenchon ou Christian Picquet, ils n’apportent au parti que leur propre confusion politique. Ces généraux sans armée ne servent qu’à une chose : aligner des logos sur des tracts et des affiches « unitaires ». Ce jeu d’étiquettes ne fait pas avancer le parti d’un pouce.
On nous dit que le Front de gauche doit « s’élargir » jusqu’à constituer un « rassemblement majoritaire », au niveau national. Concrètement, cela signifie une majorité avec le Parti Socialiste. Là encore, si le PCF ne doit pas exclure a priori de participer à un futur gouvernement avec le PS, il doit par contre fermement conditionner cette participation à la mise en œuvre d’un programme sérieux de lutte contre le capitalisme. Les « ateliers de la gauche », organisés par le parti, sont justement présentés comme une tentative de dégager un programme « de rassemblement majoritaire ». Quel en est le bilan ? Des responsables socialistes se sont présentés poliment à ces réunions, y ont exposé quelques-unes de leurs vieilles lubies réformistes, y ont trinqué à la santé du PCF – puis sont retournés suivre les négociations du PS avec le MoDem. Il faut le d ire ouvertement, ne pas cacher cette réalité derrière des déclarations générales sur l’objectif d’un « rassemblement majoritaire ».
Les élections régionales seront à l’ordre du jour du prochain Conseil National du PCF, les 24 et 25 octobre. Ce CN est censé préciser les propositions et la ligne stratégique du parti. Les idées que nous venons de formuler correspondent à l’opinion de nombreux militants communistes. En définitive, la question du programme est primordiale, pour l’avenir du parti. Aucune stratégie d’alliances ne peut se substituer à un programme correct. Les militants communistes doivent réarmer le PCF avec des idées et un programme révolutionnaires. La crise du capitalisme confirme les idées et les perspectives fondamentales du marxisme. Le PCF doit renouer avec ces idées. C’est la clé de son redressement.
La Riposte
Publication : jeudi 22 octobre 2009
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Vous signez avec le syndicaliste Denis Cohen Un siècle de Vie ouvrière. Pourquoi un ouvrage sur les cent ans de la VO ?
Tout d’abord, je dois dire qu’il s’agit d’une idée que m’a soumise Denis Cohen en 2007. La réalisation de cet ouvrage qui couvre cent ans de La Vie ouvrière, avec plus de 700 illustrations et photographies dont celles de Robert Doisneau et Willy Ronis a demandé un travail de titan. Des heures et des heures de recherche dans des conditions assez infernales. Et sans le concours et l’engagement de quelques camarades, je n’aurai pas pu aboutir. Voilà, il fallait que cet hommage leur soit rendu !
Rares sont les journaux qui peuvent célébrer leur centième anniversaire. D’autant que La Vie ouvrière associe utilité syndicale et originalité d’un titre de presse, expérience unique et n’ayant d’équivalent ni dans d’autres syndicats ni dans d’autres pays ! La Vie ouvrière est un phénomène typiquement français ! Jamais neutre, souvent « poil à gratter », La Vie ouvrière est partie intégrante du patrimoine du monde du travail, de ses combats, de ses espoirs. C’est bien cent années d’actions syndicales, de luttes qui se confondent avec l’histoire de notre pays comme avec celle du monde que l’on peut trouver dans les numéros de la V.O. Or, depuis quelques décennies, nous traversons une crise économique dont on peut penser, en partie, que l’absence d’un poids réel des travailleurs face aux possédants, seuls décideurs économiques, est un facteur aggravant. Cela se traduit, par exemple, par ce qui aurait été impossible il y a seulement vingt ans en arrière, le fait que dans les entreprises aujourd’hui, la bataille de la prime de départ prend le pas sur la défense de l’emploi. La France qui demeure encore un pays à part d’un point de vue politique et social est orpheline d’une certaine dynamique : Le Front populaire, La Libération, Les Trente Glorieuses. Quand le peuple était acteur et non simplement figurant, il lui arrivait quelquefois de tenir le premier rôle, il y avait alors des avancées économiques et sociales formidables. Or, à la faveur du centenaire de la V.O, la sortie d’Un siècle de Vie ouvrière permet de rappeler que le pari de l’intelligence, de la connaissance, du partage de l’expérience de la lutte, de « coopération intellectuelle » lancé par la V.O, il y a cent ans, est un passage obligé pour qu’une nouvelle dynamique puisse advenir.
A quoi a servi la V.O ? Qu’apprend-on en consultant les exemplaires sur un siècle, qu’en avez-vous retenu ?
Outre ce que je viens d’évoquer à l’instant, je crois tout d’abord que la V.O a toujours été et est toujours au rendez-vous des luttes sociales et des combats des époques traversées, y compris quand ces combats avaient une visée messianique. Ainsi, dans la V.O du 6 novembre 1930, Marcel Cachin écrit à propos de l’Union Soviétique : « Ils ont fourni la preuve à tous les prolétariats du monde (qui ne voulaient pas le croire et ne le croient pas encore) que la classe ouvrière est dès maintenant en état de se passer de maîtres ». On est de la sorte en mesure de mieux comprendre quel était l’état d’esprit d’une large couche des travailleurs à l’époque. De manière générale, à travers ce siècle, on peut constater dans ce journal une permanence solidaire qui, par ailleurs, fonde toujours la démarche de la CGT et qui s’attache à l’unité de la classe ouvrière et du monde du travail dans sa diversité. Outre cela, je crois que la V.O a été et est restée fidèle au projet que lui avait donné Pierre Monatte, son fondateur dès son premier numéro en octobre 1909, c’est-à-dire une quinzaine d’années après la naissance de la CGT.
Pierre Monatte, qui voulait « une revue d’action », expliquait : « Nous voudrions qu’elle rendit des services aux militants au cours de leurs luttes, qu’elle leur fournisse des matériaux utilisables dans la bataille et dans la propagande et qu’ainsi l’action gagnât en intensité et en ampleur. »
Honnêtement, à la lecture d’Un siècle de Vie ouvrière, on peut dire que le programme de Monatte a été tenu. En effet, du premier numéro dont l’objectif est de « donner à l’ouvrier la science de son malheur » et qui affiche 550 abonnés à La Nouvelle Vie Ouvrière de 2009, c’est à un salutaire rappel de la réalité sociale auquel nous convie La Vie Ouvrière. A feuilleter le journal, l’on apprend par exemple que le sous secrétaire d’Etat des Postes et Télécommunications, le radical Julien Symian, en 1911, arrive en courant dans la grande salle du Louvre et crie aux dames téléphonistes en grève : « Ah tas de putains, vous allez reprendre le travail ! ». Et que, plus de soixante ans plus tard, lors de la plus grande grève des postiers d’octobre 1974 qui paralysa le pays, le ministre qui avait parlé du « travail idiot dans les centres de tri » sera remercié au début de l’année suivante…
Que de 15 000 abonnés à la fin mai 1936, La Vie Ouvrière passe à plus de 200 000 en 1937 pour atteindre des sommets de diffusion à la Libération et les années suivantes, devançant parfois le tirage de Paris Match.
Que durant la guerre, ses rédacteurs faisant preuve d’un courage époustouflant, émouvant, à côté des appels au sabotage, à la lutte armée et des slogans tels « la vengeance est un devoir sacré », le journal devenu clandestin n’oublie pas le ravitaillement : « c’est un comble. Il n’y a plus de vin en France. Tout au moins, ce sont les officiels qui disent cela. Or, les ouvriers veulent du vin ».
Que les ministres ouvriers chargés par le gouvernement De Gaulle de mettre en œuvre le programme du Conseil National de la Résistance sont tous des syndicalistes de la CGT. Que l’on croise régulièrement Bourvil qui déclare dans une interview qu’il est en retard du paiement de ses timbres. Que l’on croise également Johnny Hallyday remettant un chèque aux syndicats de Decazeville ou, faisant la une, le responsable syndical des artistes : Jean-Paul Belmondo !
Que, des événements de 68 durant lesquels La Vie Ouvrière paraîtra régulièrement en passant par l’espoir suscité par l’élection de François Mitterrand ( « Rien n’est joué. Tout dépendra de l’intervention lucide, active, constante et responsable des travailleurs » écrit la V.O), la chute du mur de Berlin, la victoire planétaire destructrice des néolibéraux, la lente descente aux enfers des salariés jusqu’au défilé unitaire du 1er mai 2009, le premier depuis la Libération, La Vie Ouvrière, longtemps dirigée par d’authentiques résistants, prône toujours et encore l’initiative contre l’attentisme.
Qu’en est-il de la classe ouvrière aujourd’hui ?
Historiquement, la classe ouvrière s’est définie par son rapport à la matière. Etre ouvrier, c’était intervenir directement sur un produit matériel. L’ouvrier, c’était le travailleur manuel, qui soit avec des outils, soit par l’intermédiaire d’une machine-outil, transformait la matière. Aujourd’hui, notamment avec la révolution informationnelle, le travail des ouvriers a évolué de façon considérable.
Après Les Trente Glorieuses, certains ont parlé des Trente piteuses, ceci est particulièrement vrai pour le groupe ouvrier. Jusqu’en 1936, voire jusqu’au début des années 50, le salariat français est dominé numériquement et idéologiquement par le groupe ouvrier. Les années 60 et 70 vont être marquées par la croissance extrêmement rapide d’un nouveau type de salariat, celui des services, et notamment en France, des grands services publics de l’éducation, de la recherche, de la santé et des communications.
D’abord, le chômage. Fin 1967, Georges Pompidou, lors d’un entretien télévisé, annonçait : « Le Gouvernement va devoir faire face à un problème permanent de l’emploi ». A l’époque, cela avait paru incongru. De 5% en 1975, le chômage a atteint les 12% de la population active à la fin du siècle. Et de 1974 à 1988, l’industrie qui représentait 38% de la population active est passée à 25%. S’il y a eu entre 1986 et 1995 une moyenne de 400 000 licenciements économiques par an, c’est principalement les secteurs industriels qui ont été touchés. Le monde ouvrier est plus victime que les autres du chômage de masse. C’est un fait, les ouvriers, de moins en moins nombreux, de plus en plus différents, ayant perdu leurs repères et leur identité de classe, ont été, nous dit l’historien Georges Duby « les grands perdants de ce dernier quart de siècle de transformation rapide de l’économie française ». La classe ouvrière est, depuis les années 70, inférieure en nombre à comparer à 1931.
De ce point de vue, 1975 est une date rupture, en effet, le sentiment d’appartenance à la classe ouvrière n’a cessé de décliner. 1975 est aussi la date du déclin de la syndicalisation en France, notamment de la CGT, première confédération ouvrière. A noter, tout de même, un redressement depuis quelques années…
Que dire des rapports entre syndicalisme et politique ?
Outre la nouvelle répartition de la richesse nationale entre le capital et le travail, au détriment de ce dernier, il faut ajouter que les revenus du travail sont, depuis le milieu des années 1980, plus taxés que ceux du capital. Aujourd’hui, ça n’est pas telle ou telle catégorie qui voit ses acquis attaqués par le capital, c’est le socle même des garanties collectives qui est systématiquement démantelé. Ainsi, qu’il s’agisse des syndicats ou des partis politiques, il faut dépasser les réflexes pour exercer sa réflexion. « Nous vivons un tel bouleversement », explique Maryse Dumas de la CGT, « que les réflexes d’hier ne marchent plus et nous mettent sur la défensive ». Or, ce dont a besoin le mouvement populaire c’est de réinventer un nouveau syndicalisme qui doit s’originer dans ce fait incontournable : 7 millions de salariés changent de statuts chaque année, les CDD, l’intérim sont monnaie courante, l’insécurité sociale devient la norme. Ce dont ont besoin les couches populaires, c’est de partis politiques capables de les représenter telles qu’elles sont. Le capitalisme a marqué des points considérables ces dernières années, il y a eu une explosion du capitalisme populaire qui a été un fait majeur, révélateur de la profonde mutation française des années 1980-1990.
Mais dans le même temps, le Président de la République dans un discours devant le Congrès réuni le 22 juin dernier, déclare : « Le monde d’après la crise sera un monde où le message de la France sera mieux entendu et mieux compris. Ce sera un monde dans lequel, compte tenu de sa culture, de ses valeurs, la France sera mieux armée que beaucoup d’autres pour réussir. […] Nous aimons tous notre pays. Nous partageons les mêmes valeurs fondamentales. Nous voulons que chacun ait les mêmes droits et les mêmes devoirs, que chacun se sente respecté, que chacun ait sa place dans la société. Le modèle républicain reste notre référence commune. Et nous rêvons tous de faire coïncider la logique économique avec cette exigence républicaine. Ce rêve nous vient, pourquoi ne pas le dire, du Conseil national de la résistance, qui, dans les heures les plus sombres de notre histoire, a su rassembler toutes les forces politiques pour forger le pacte social qui allait permettre la renaissance française. Cet héritage est notre héritage commun. […] Bien sûr, pendant trente ans, les valeurs françaises ont été à contre-courant de celles qui dominaient l’économie et la politique mondiales. Mais qui ne voit que la crise mondiale crée de nouveau des circonstances favorables à cette aspiration française à mettre l’économie au service de l’homme et non l’inverse. »
Qu’attendent donc les syndicats, les partis politiques pour le prendre au mot et montrer que Nicolas Sarkozy fait l’exact contraire de ce qu’il dit ? Et s’il le dit, c’est qu’il sait que ce discours a encore des résonances puissantes dans notre pays. Un siècle de Vie ouvrière est précisément un ouvrage où se ressourcer pour mener l’action émancipatrice d’aujourd’hui.
La question politique fondamentale aujourd’hui qui, me semble-t-il, est posée aux partis progressistes est de trouver la configuration politique qui exprime réellement « l’unité dans la diversité » des couches populaires mais également des couches intellectuelles. Et il y a une idée fondamentale qui était déjà émise par Jean Jaurès et les fondateurs du syndicalisme révolutionnaire qui est la suivante : le travailleur, l’ouvrier ne doit pas être exclu de toute part, de toute direction, de tout maniement des choses humaines et des grands intérêts. Le travailleur doit être dans la gestion économique. Pour que le travail soit vraiment libre selon Jaurès, il faut que tous les travailleurs soient appelés pour leur part à diriger, il faut qu’ils participent au gouvernement économique de l’atelier, comme ils participent par le suffrage universel au gouvernement politique de la cité. Il s’agit là d’une orientation résolument moderne.
Un siècle de Vie ouvrière, par Denis Cohen et Valère Staraselski. Cherche midi éditeur, 175 p., 30€.
Publié sur La faute à Diderot
http://www.lafauteadiderot.net/spip.php?article275
Un projet de loi récemment voté par les députés ouvre à la concurrence les nouvelles lignes à partir du 3 décembre prochain, et en 2024 toutes les lignes du département BUS. Il pourrait aussi annoncer l’ouverture du capital et donc la disparition de l’entreprise publique. Tout ça au nom du Grand Paris et de l’application du règlement européen sur les soi-disant "obligations de service public".
En ce qui concerne la généralisation de la concurrence dans 15 ans, rappelons que la grande majorité des machinistes ont aujourd’hui moins de 10 ans d’ancienneté, ils seront donc directement impactés. Cela se traduira par la réduction à peau de chagrin des effectifs statutaires et le transfert des autres sous des contrats privés, et à la sécurité sociale en ce qui concerne la retraite par exemple.
Ceux d’entre nous à qui il reste moins de quinze ans à faire n’échapperont pas pour autant au pire car la privatisation, dont le scénario est déjà écrit, n’attendra pas 2024. En effet le même texte de loi prévoit le transfert des infrastructures, aujourd’hui propriété du STIF, à la RATP avec la dette déléguée qui lui a été laissé par l’État. Ces infrastructures apparaissent comme une dotation en « capital » visant à rendre plus belle la mariée pour un investisseur. La dette, et la concurrence, pourront servir d’alibis à la direction pour une ouverture de capital qui nous conduira à la situation d’EDF puis à celle de France Télécom. Il n’y a plus qu’à attendre les premiers suicides sur le lieux de travail...pour ceux d’entre nous qui auront renoncé à agir sur leur avenir.
Une entreprise publique comme la RATP devrait déterminer sa politique à partir des principes d’égalité d’accès, de continuité territoriale et d’adaptabilité de service qui sont au cœur de la notion de Service Public. C’est ce pourquoi elle a été créé il y a 60 ans. Loin d’être dépassées, ces notions et ces valeurs sont plus actuelles que jamais. La crise économique a en effet dévoilé les limites du tout-marchandise et du tout-privé. Elle appelle un nouveau mode de développement où le service public et particulièrement le secteur public ont un rôle majeur à jouer. Ce n’est pas le choix fait par les députés, c’est ce qu’il convient d’imposer.
La section syndicale CGT Bus-RATP
du dépôt des Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)
Source : El Diablo
Publié par le Comité Valmy