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Le temps des cerises / Jean Lumière 

30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 15:53

 

 

En 1914, la Russie était crainte de lʼEurope entière et personne ne pouvait imaginer quʼà peine trois ans plus tard, lʼempire centenaire sʼeffondrerait comme un château de cartes et que lʼautocratie tsariste serait balayée en quelques jours par un puissant soulèvement populaire.

 

Malgré lʼéchec de la révolution de 1905 et le triomphe de la réaction entre 1907 et 1911, des fissures de plus en plus nombreuses lézardaient lʼimposant édifice autocratique. Elles allaient devenir des failles béantes, après 1914, une fois dissipé lʼécran de fumée de lʼUnion sacrée.

 

Illusions patriotiques...

 

En juillet 1914, Poincaré, venu sonder à Saint-Petersbourg lʼallié russe dans lʼhypothèse où le conflit serbo-autrichien déboucherait sur une déflagration européenne, dut entendre, selon Trotsky « les derniers échos dʼune bataille de rue » en même temps que « les premiers éclats des manifestations patriotiques ». Depuis 1912, le réveil de la combativité ouvrière était patent. On dénombrait plus de 500 000 grévistes politiques en 1912, puis en 1913, contre 4 000 en 1910, point dʼorgue du reflux réactionnaire. Les statistiques officielles sʼaffolent lors du premier semestre de 1914, lors duquel les services de lʼIntérieur comptabilisent plus dʼun million de grévistes !

 

Mais lʼagitation populaire reflua brutalement au moment où le funeste mécanisme des alliances imposait lʼétat de guerre à la moitié des peuples dʼEurope. Plus quʼailleurs, la perspective dʼune guerre contre lʼAutriche était loin dʼêtre impopulaire, car de nombreuses couches sociales y voyaient une réaction de soutien légitime à lʼallié serbe. Même dans les classes populaires qui avaient rompu avec lʼautocratie lors des années de réaction, le panslavisme constituait un puissant ferment dʼunité nationale. Apprenant lʼampleur des manifestations patriotiques du début du mois dʼaoût à Moscou, le comte Benckendorf, en poste à Londres, lança à des diplomates britanniques : « Eh bien, est-ce donc là cette révolution que lʼon nous prédisait à Berlin ? » Et Paléologue, lʼambassadeur de France en Russie, de confirmer les rodomontades de son collègue russe en assurant quʼ« une même pensée sembl[ait] bien sʼêtre emparée de tous ».

 

Il faut dire que la bourgeoisie russe sʼétait ingéniée à brider toutes les velléités contestataires. Deux jours avant la déclaration de guerre de lʼAutriche-Hongrie à la Serbie, le 26 juillet, le président du groupe des Cadets (Démocrates constitutionnels) nʼavait-il pas déclaré lors dʼune séance solennelle de la Douma : « Nous ne posons ni conditions, ni revendications ; nous jetons seulement sur la balance notre ferme volonté de vaincre lʼadversaire » ? Rien dʼétonnant, donc, à ce que les crédits de guerre et des augmentations dʼimpôts soient votées comme un seul homme par la Douma, le 8 août 1914. Lors de cette séance, les Cadets en appellent à « lʼoubli des discordes intestines », tandis que les représentants des populations allogènes font assaut de loyauté au régime. Lʼeuphorie est telle que sont créées une Union panrusse des zemtvos et une Union panrusse des villes, pour donner au gouvernement une assise populaire dont il manque cruellement.

 

… et réaction policière

 

Le reflux de lʼagitation sociale est tel (70 grèves pour les cinq derniers mois de 1914 et 35 000 participants) quʼil ne peut être expliqué par le seul enthousiasme patriotique. Lʼentrée en guerre justifiait en effet, au nom de la mobilisation nationale, la mise au pas des éléments contestataires, et au premier chef du mouvement ouvrier organisé. Le tableau que dresse Trotsky de la brutale réaction de 1914-1915 – sorte de condensé de celle de la période 1907-1911 – mérite dʼêtre longuement cité. « Aux premiers roulements du tambour, le mouvement révolutionnaire fut suspendu. Les couches ouvrières les plus actives se trouvèrent mobilisées. Les éléments révolutionnaires enlevés aux usines furent jetés sur le front. Les grèves étaient châtiées rigoureusement. La presse ouvrière fut balayée. Les syndicats furent étouffés. […] La pensée révolutionnaire fut mise en veilleuse dans de petits cercles devenus silencieux. En ce temps-là, nul ne se risquait à se dire « bolchevik », de crainte dʼêtre arrêté ou même brutalisé par des ouvriers arriérés ».

 

Le monde rural est davantage touché par la mobilisation et ce sont les grandes exploitations qui souffrent le plus, en raison du départ massif de la main d’œuvre vers le front et de la chute des exportations imposée par lʼisolement du pays. Les soldats dʼorigine paysanne, qui constituèrent le gros des troupes tsaristes, étaient traités avec encore moins de ménagement que les travailleurs urbains. Toujours selon Trotsky, « environ 15 millions dʼhommes furent mobilisés qui remplirent les dépôts, les casernes, les cantonnements, foules tumultueuses qui trépignaient sur place, où lʼon sʼécrasait les pieds, foules exaspérées qui proféraient des malédictions ». La désorganisation humaine et économique, suscitée par la mobilisation générale et renforcée par les lourdeurs de lʼadministration tsariste, imposait au cercle dirigeant une victoire rapide, au risque de voir lʼopinion publique se retourner contre lui aussi brutalement quʼelle lʼavait absous de ses nombreuses fautes à lʼété 1914.

 

 Lʼeffondrement

 

Sur les 15 millions de soldats mobilisés, qui correspondaient à la moitié des hommes en âge de travailler, environ 55 % furent tués, blessés ou faits prisonniers entre lʼété 1914 et février 1917. Les 2 500 000 Russes morts au combat représentent environ 40 % des pertes de lʼensemble des forces de lʼEntente. Il faut ajouter à ces pertes humaines absolument vertigineuses le poids mort des territoires occupés, dès la fin de lʼannée 1914, par une armée allemande conquérante aux lendemains de sa victoire de Tannenberg. On estime en effet à près de 20 % la baisse du potentiel agricole et industriel russe suscitée par les revers militaires et les pertes territoriales qui en découlèrent.

 

Avant même les mauvaises récoltes de 1916, les difficultés agricoles de la Russie étaient patentes. Très vite, on manque de tout : de main d’œuvre, de chevaux ou encore dʼengrais. Comme la production régresse, le poids des réquisitions ne cessent dʼaugmenter. Des refus de livraison sont dʼailleurs signalés dès 1915. Par ailleurs, la désorganisation des transports – devenue rapidement proverbiale – fait que les régions excédentaires ne peuvent écouler leurs stocks. Lors de lʼhiver 1916-1917, qui fut extrêmement rigoureux, des stocks de grains pourrissaient en Sibérie et en Ukraine, tandis que les villes et le front crevaient littéralement de faim. Début 1917, les secteurs du front nʼont de ration que pour une seule journée et les réserves de farine sont de quelques jours à Moscou ou à Petrograd.

 

La situation de lʼindustrie est encore plus catastrophique. Chiffre accablant pour un État sacrifiant sans état dʼâme les biens de consommation aux industries de guerre – environ 50 % de la production est affectée aux besoins de lʼarmée –, la Russie produit huit fois moins de cartouches et de fusils quʼil ne faudrait. Les rendements baissent de 30 % car les ouvriers envoyés au front sont remplacés par une main d’œuvre encore moins qualifiée, constituée dʼadolescents, de femmes et de paysans ignorant tout du travail industriel. La répartition de la valeur ajoutée réduit quant à elle à néant les efforts des propagandistes du régime vantant le dévouement patriotique de lʼensemble des sujets du Tsar. Les salaires nʼaugmentent en effet que de 75 % pendant la guerre, quand les prix sont multipliés par quatre et que les profits triplent... Pour la seule année 1915-1916, la Compagnie du Textile de Moscou publie un bénéfice net de 75 %. La Manufacture de Tver fait mieux, avec plus de 110 % ! Selon Trotsky, « dʼimmenses fortunes sʼélevèrent sur une écume de sang. [...] Vyroubova, demoiselle dʼhonneur de la tsarine, relate quʼen aucune saison précédente lʼon ne commanda autant de parures luxueuses, lʼon nʼacheta autant de diamants, que pendant lʼhiver 1915-1916 ».

 

Entre 1914 et 1916, la dette publique extérieure de la Russie double et la dette publique totale fait plus que tripler. Selon le ministre des Finances de Nicolas II, dès 1916, la « dépendance totale [de la Russie] vis-à-vis des Alliés est accablante ». Conséquence redoutable du recours massif à la planche à billets, lʼinflation commence à faire des ravages : le rouble-papier vaut 56 kopecks en janvier 1916, 27 en février 1917.

 

En haut, on ne veut plus

 

Le basculement dans lʼopinion a lieu à lʼété 1915, suite aux grandes offensives allemandes du printemps. Dans son Histoire de la Révolution russe, Trotsky a collecté plusieurs témoignages attestant, dès 1915, la montée dʼun défaitisme diffus menant la masse de la population à rompre avec le régime. Dès septembre 1915, le général Kouropatkine note quʼ« à force de battre en retraite, [les soldats] ont perdu toute foi en la victoire ». Selon un rapport de lʼOkhrana, la sinistre police secrète tsariste, lʼarmée « est pleine dʼéléments dont les uns sont capables de devenir les forces actives dʼun soulèvement et dont les autres ne sauraient que se refuser à la répression ». Le 30 octobre 1916, le chef du Département de la police ne peut que constater, au sein de lʼimmense majorité de la population, « une sorte de lassitude causée par la guerre », doublée dʼun désir ardent dʼune « paix expéditive, quʼelles quʼen soient les conditions ».

 

Comme au lendemain de 1905, le spectre de la révolution poussa la bourgeoisie à chercher un compromis avec lʼautocratie qui lui avait déjà concédé, au printemps 1915, la formation dʼun Comité central des industries de guerre, chargé de répartir les commandes de l’État. Lʼété venu, les représentants des classes dominantes à la Douma sʼenhardirent à réclamer la formation dʼ« un ministère possédant la confiance du pays ». Le Tsar refuse dʼy consentir au grand dam des Cadets et des octobristes qui fondent en réaction un « Bloc progressiste » regroupant toutes les fractions parlementaires à lʼexception de lʼextrême droite Cent-noirs et de la gauche sociale-démocrate.

 

Si Nicolas II a dédaigneusement rejeté cette main tendue, cʼest quʼil a été convaincu par son entourage que les Cadets se livreront pieds et poings liés au régime au moindre coup dur. En août, lʼéphémère ministre de lʼIntérieur Chtcherbatov avait rappelé que Milioukov, le chef de file des Cadets, était « un bourgeois fieffé » qui redoutait « plus que tout la révolution sociale ». Quant à ses affidés, ils tremblaient tous « pour leurs capitaux ». En septembre, Nicolas II pouvait ajourner la session parlementaire sine die pour prendre personnellement le commandement dʼune armée pourtant incapable de lʼemporter. Cette décision unilatérale provoqua des tensions avec les ministres qui furent limogés les uns après les autres. En janvier 1916, le docile Gorémykine est remplacé par Stürmer, une créature de Raspoutine soupçonnée de germanophilie.

 

Le malaise sʼépaissit pendant toute lʼannée 1916. La valse des ministres se prolongea, renforçant lʼimage dʼun pouvoir à la dérive. Quant à Nicolas II, qui avait lié son sort à celui des armes, les revers militaires successifs écornaient singulièrement son image de monarque de droit divin. Toutefois, cʼest lʼentourage du tsar qui était le plus mis en cause, à commencer par lʼimpératrice et Raspoutine. Cʼest à ce cercle dʼintrigants, de parasites et de corrompus que, lors dʼune séance de la Douma, finalement convoquée du 13 novembre au 30 décembre, Milioukov se permet de lancer à plusieurs reprises du haut de la tribune : « Est-ce là stupidité ou trahison ? » Le meurtre de Raspoutine, dans la nuit du 30 au 31 décembre 1916, constitue lʼétape ultime de la crise de régime. Après cette date, Nicolas II se mure dans un tour dʼargent et refuse toute évolution du régime vers un système libéral : le ministère est renforcé par des partisans inconditionnels de lʼautocratie, la Douma est ajournée et lʼétat de siège décrété à Petrograd.

 

En bas, on ne peut plus

 

En août 1914, les cinq députés bolcheviks à la Douma, déboussolés, sʼétaient engagés, de concert avec leurs collègues mencheviks, à « défendre les biens culturels du peuple contre toute atteinte, dʼoù quʼelles vinssent ». Ils se reprennent en novembre et sont immédiatement arrêtés, tout comme Kamenev qui fut cueilli au sortir dʼune réunion clandestine. Ils sont tous condamnés en 1915 à la relégation perpétuelle en Sibérie. Selon Pierre Broué, « les bolcheviks resteront seize mois sans direction effective. Des centaines de militants sont arrêtés, emprisonnés ou déportés, dʼautres sont sous lʼuniforme [...]. Chaque militant nʼest plus quʼun individu isolé ». En 1916, le parti, qui se reconstruit lentement, ne compte pas plus de 5 000 membres. Ce travail clandestin est des plus ingrats, puisque la police finit toujours pas démanteler les groupes en cours de reconstitution. Le Bureau russe du Comité central, animé par Chliapnikov et Molotov, tente cependant de coordonner lʼaction des sections locales et il parvient à diffuser une centaine de tracts en deux ans et demi. Ce nʼest là que la partie visible de lʼiceberg. Car, comme lʼécrivit ultérieurement le Département de la Police, « les partisans de Lénine, qui mènent en Russie la grande majorité des organisations sociales-démocrates clandestines, ont mis en circulation, depuis le début de la guerre, […] une quantité considérable de tracts révolutionnaires, réclamant la fin des hostilités, le renversement du pouvoir actuel et la proclamation de la République ».

 

Dès le printemps 1915, les bolcheviks parviennent à persuader la majorité des travailleurs des villes de boycotter lʼélection des représentants au Comité des industries de guerre. Ils voient juste, puisque les élus ouvriers, proches des mencheviks, sont finalement tous arrêtés, début février 1917. Les grèves reprennent à lʼété 1915 et constituent la preuve la plus infaillible du divorce grandissant entre le pays et le régime. En 1916, on dénombre 1 400 grèves auxquelles participent plus dʼun million de salariés. À la fin de lʼannée, les meetings se multiplient dans les grandes villes, comme dʼailleurs les affrontements avec la troupe. Aux dires de Trotsky, « à la sortie des usines ont lieu des manifestations improvisées. Il arrive que les ouvriers de certaines entreprises fraternisent avec les soldats ». Selon Chliapnikov, « il suffisait parfois dʼun coup de sifflet, dʼune rumeur, pour que les ouvriers crussent entendre le signal de débrayer ». Pour les observateurs les plus clairvoyants, il ne fait pas de doute quʼune nouvelle poussée révolutionnaire sʼannonce.

 

À Petrograd, le contenu politique de lʼagitation est encore plus visible quʼailleurs. En octobre 1916, une violente grève de solidarité éclate lors du procès des marins de la Baltique qui sʼétaient mutinés quelques semaines plus tôt. À lʼambassadeur français qui sʼinquiète dʼune fusillade déclenchée par des soldats contre les forces de police, le Premier ministre Stürmer annonce dʼailleurs que « la répression sera impitoyable ». Lʼheure de lʼaffrontement se rapproche au grand dam du « Bloc progressiste » dont le chef, Milioukov, assure à lʼoccasion de lʼouverture de la dernière Douma, à la mi-février 1917, quʼil agira « par la parole et seulement par la parole ». Signe de lʼimminence de lʼexplosion sociale : malgré lʼenvoi préventif au front dʼun important contingent de travailleurs mobilisables, la grève traditionnelle du 22 janvier, célébrant lʼanniversaire du « Dimanche rouge » de 1905, est suivie par 140 000 ouvriers sur les 400 000 que compte la capitale russe.

Jean-François Claudon (article paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°242 février 2017)

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