Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vendémiaire

Blog d'actualité politique

France / La haine de classe cherche à réinventer l’histoire

Publié le 20 Décembre 2019 par Vendémiaire in France-Politique - société, Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph...

France / La haine de classe cherche à réinventer l’histoire

Intervention en soutien à la mémoire de Jules Vallès

suivie par la Discussion de résolution à l'Assemblée Nationale

Mercredi 11 décembre 2019, par  Robert Malcles

 

Nîmes, le 30 novembre 2019

Comité Gard-Cévennes des Amies et Amis de la Commune de Paris-1871
19, rue des Chassaintes,
30900 Nîmes.


A
Monsieur Denis Bouad, président du conseil départemental du Gard.
Copie :
- Messieurs les présidents des groupes,
- Madame et Messieurs les députés du Gard signataires de la résolution de l’Assemblée nationale du 29 novembre 2016.
- La presse.

 

Monsieur le président,

Le comité Gard-Cévennes des Amies et Amis de la Commune de Paris-1871 tient à vous faire part de sa colère et de sa profonde émotion suite à votre décision de faire disparaitre le nom de Jules Vallès du paysage scolaire et urbain nîmois et gardois.
Prétextant la reconstruction et le léger déplacement du collège Jules Vallès, le Conseil départemental du Gard a décidé, à l’unanimité de ses membres, de modifier la dénomination de ce collège.

Il ne s’appellerait plus Jules Vallès mais Ada Lovelace.

Ada Lovelace, fille de Lord Byron, comtesse de Lovelace, fut une mathématicienne du 19ème siècle qui a travaillé sur le système binaire, base de l’informatique.
Cette préférence, très certainement inspirée par des voix « bien pensantes », vise à casser tout lien avec le quartier populaire du Mas de Mingue.
Ce choix d’une femme, mathématicienne, eut été parfaitement respectable s’il s’agissait d’un nouvel établissement et s’il n’entrainait pas l’abandon d’un autre nom chargé d’histoire et très significatif.

Jules Vallès, journaliste, écrivain, membre de la Commune de Paris-1871 fut de tous les combats pour l’égalité, la justice, la démocratie au 19ème siècle. Il est aussi l’auteur de plusieurs romans dont sa trilogie autobiographique « L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé », dont l’étude, en particulier celle de « L’Enfant », est parfaitement adaptée à des élèves de collège.

- Alors que l’ONU proclame les droits des enfants et nous invite à combattre tous les types de violence qu’ils peuvent subir, vous faites disparaitre le nom de celui qui, certainement le premier, et à partir de sa situation personnelle a dénoncé les brutalités subies par ces mêmes enfants, et décrit la dureté d’une éducation sans amour familial, et d’un enseignement sans compassion.
« A tous ceux qui crèvent d’ennui au collège, ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents : je dédie ce livre ! » Jules Vallès.

- Alors qu’un étudiant s’immole par le feu pour dénoncer la précarité, la misère que beaucoup d’étudiants subissent, vous faites disparaitre le nom de celui qui, dans son roman, « Le Bachelier » décrit les difficultés, les tourments, d’un étudiant pauvre, mais aussi ses combats politiques contre le pouvoir impérial.

- Alors que l’Assemblée nationale française vient de voter le 29 novembre 2016 une résolution qui « proclame la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 » et « souhaite que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques », vous faites disparaitre toute référence à ce membre éminent de la Commune de Paris, qui échappa de peu au massacre et dut s’exiler 10 ans en Angleterre. Vous avez voté ainsi sa mort symbolique.

Ainsi au lieu de « rendre honneur et dignité » au travers de Jules Vallès, à ces combattantes et combattants de la liberté et de la justice vous essayez d’effacer la mémoire de leurs luttes.
A l’Assemblée nationale, en 2016, tous les députés du Gard, à l’exception de Monsieur Gilbert Collard votèrent ce texte. Monsieur Collard lui, protesta contre cette résolution avec une véhémence toute versaillaise. Nous ne doutons pas qu’aujourd’hui, lui et ses amis du Rassemblement national, se réjouissent de votre décision.
Dans ces conditions, nous vous demandons, Monsieur le Président, de revenir sur votre décision.
Veuillez agréer, Monsieur le président l’expression de notre haute considération.

Pour le comité Gard-Cévennes des Amies et Amis de la Commune de Paris-1871.

Robert Malclès

 

Ci-dessous : L’exposé des motifs et la résolution votée le 29 novembre 2016 par l’Assemblée nationale.

 

 

Assemblée nationale, séance du 29 novembre 2016

 

Victimes de la répression de la Commune de Paris

Discussion d’une proposition de résolution

M. le président. L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de résolution de M. Bruno Le Roux et plusieurs de ses collègues pour rendre justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 (n907).

Discussion générale

M. le président. Dans la discussion générale, la parole est à M. Patrick Bloche.

M. Patrick Bloche. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, monsieur le président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, chers collègues, l’histoire peut faire son œuvre sans que justice soit rendue à ses victimes. C’est la raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui présents dans cet hémicycle afin d’effectuer ensemble un acte solennel pour la République et notre nation. La résolution qui vous est proposée comporte en effet une charge symbolique toute particulière en raison même de son objet.


Il s’agit, pour notre assemblée, de proclamer la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871, sur le fondement, bien sûr, des faits établis par les historiens. Le temps est désormais venu, pour la République, de rendre honneur et dignité à ces milliers de femmes et d’hommes qui, parce qu’ils étaient des communards, furent victimes d’une répression impitoyable. Tel est l’objet de cette proposition de résolution, qui répond tout autant à un « devoir d’histoire », pour reprendre la belle et juste formule de l’historien Antoine Prost, qu’à un devoir de justice.


Les faits sont connus. Les historiens ont œuvré : de nombreux travaux ont été publiés sur la Commune de Paris et sa terrible fin, qui se déroula en deux périodes.


Ce fut d’abord la Semaine sanglante, celle des jugements prononcés de manière expéditive et des exécutions sommaires. Elle débuta le 21 mai 1871 avec l’entrée des troupes versaillaises dans la capitale et s’acheva le 28 mai avec la chute de la dernière barricade de la rue de la Fontaine-au-Roi, défendue notamment par Jean-Baptiste Clément, l’auteur du Temps des Cerises. Son bilan demeure imprécis, tant elle fut féroce, mais il y eut, selon les estimations, entre 10 000 et 20 000 morts. L’incertitude même pesant sur ce nombre montre le caractère brutal et aveugle de la répression. Les témoins mentionnent les nombreuses exécutions frappant, par exemple, ceux dont les mains semblaient porter des traces de poudre suggérant l’emploi récent d’armes à feu.


Ce fut ensuite, après l’écrasement de la Commune par les armes, l’internement de 43 522 communards et la présentation de 34 952 hommes, 819 femmes et 538 enfants devant vingt-quatre conseils de guerre, qui siégèrent pendant plus de quatre ans et condamnèrent 9 780 communards à des peines souvent très lourdes. À la mort des victimes de la première période, s’ajouta donc l’infamie attachée à ces condamnations.

Tel est le bilan connu de cette répression, dont le but était de réaliser, selon les propres termes prononcés par Adolphe Thiers à l’Assemblée nationale, le 22 mai 1871, une « expiation complète » de la Commune de Paris. Louise Michel, qui fut condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie, écrira, quelques années après son retour en France, le 9 novembre 1880 : « du côté de la Commune, les victimes furent sans nom et sans nombre ». Ce terrible constat demeure, cent quarante-cinq ans après : le nombre exact des victimes de la répression reste effectivement inconnu et nombre d’entre elles seront toujours anonymes.


Pour cette raison, mais aussi parce qu’une justice d’exception, aussi expéditive qu’« expiatoire », se déchaîna sans limites, le temps est enfin venu de rendre justice à toutes les victimes. J’ai bien dit toutes les victimes, car l’amnistie partielle, intervenue le 3 mars 1879, et l’amnistie générale, décidée le 11 juillet 1880, ont seulement permis de libérer de leurs chaînes les ex-communards encore en vie, coulant par là même une chape de plomb sur cette répression.


La question qui s’est posée était donc aussi celle du moyen juridique nous permettant de rendre justice à toutes ces victimes. Pourquoi, en effet, avoir privilégié la proposition de résolution prévue par l’article 34-1 de notre Constitution ?


Plusieurs instruments juridiques pouvaient, a priori, répondre à cet objectif. Trois d’entre eux ont été rapidement écartés parce qu’à l’évidence, ils ne pouvaient pas répondre à l’objectif fixé, à savoir la réhabilitation collective des victimes de la répression de la Commune de Paris : il s’agit de l’amnistie, de la grâce et de la réhabilitation judiciaire. Ne pouvant bénéficier ou profiter utilement qu’aux personnes vivantes, ces dispositions, de fait, ne constituaient pas une solution pertinente. À cela s’ajoutaient, pour chacune d’entre elles, d’autres raisons ou incompatibilités.

Ainsi, la grâce ne peut être accordée, selon la rédaction actuelle de l’article 17 de la Constitution, qu’à titre individuel, ce qui exclut une action collective. De plus, elle ne peut rétablir les personnes dans leur honneur puisqu’elle n’efface pas leur peine. Enfin, elle ne s’applique qu’à des jugements dûment prononcés, ce qui ne fut, en général, pas le cas durant la Semaine sanglante.


Quant à l’amnistie, elle est prise par la voie législative dans un contexte particulier. Certes, elle efface les condamnations prononcées, comme le dispose l’article 133-9 du code pénal, mais elle présenterait l’inconvénient majeur de se heurter aux lois d’amnistie votées en 1879 et 1880.

Alors, pourquoi pas la réhabilitation judiciaire, puisqu’elle a pour effet d’effacer les peines prononcées ? Non plus, car, outre le fait qu’elle est destinée à des personnes vivantes, elle est soit légale, auquel cas elle opère de plein droit, soit judiciaire, ce qui nécessite une décision de la chambre de l’instruction.


Et pour quelle raison ne pas faire le choix de la requête en révision, qui permet de solliciter le réexamen d’une affaire passée en force de chose jugée ? Parce qu’il s’agit, à l’instar de la grâce, d’une procédure individuelle.


Enfin, pourquoi ne pas déposer une proposition de loi dite « mémorielle » ? Parce que, chers collègues, la mission d’information de notre assemblée sur les questions mémorielles a clairement mis en évidence les dangers et les risques d’une loi dont l’objet serait historique. Son rapport du 18 novembre 2008, solidement argumenté, reprenait les fortes réserves émises par les historiens.


A contrario, ces derniers, dont Pierre Nora, Marc Ferro et Jean Favier, tout comme le constitutionnaliste Pierre Avril, avaient indiqué que la résolution pouvait constituer un instrument à la fois pertinent et utile, à l’Assemblée nationale, pour s’exprimer sur un événement historique. C’est donc ce choix qui s’imposait et que le groupe socialiste, écologiste et républicain a fait.


Il s’agit, ici et maintenant, de débattre puis d’adopter la proposition de résolution qui vise à ce que l’Assemblée nationale « estime qu’il est temps de prendre en compte les travaux historiques ayant établi les faits dans la répression de la Commune de Paris de 1871 », « juge nécessaire que soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par les acteurs de la Commune de Paris de 1871 », « souhaite que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté au prix d’exécutions sommaires et de condamnations iniques », et « proclame la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 ».

Avant de conclure, monsieur le secrétaire d’État – vous qui aviez d’ailleurs signé cette proposition de loi lorsque vous étiez député –, chers collègues, il ne me semble pas inutile de revenir à l’histoire et de rappeler les causes de la Commune de Paris, afin que le sens de notre vote n’échappe à personne.


Sa cause immédiate, c’est la guerre et le désastre de Sedan, qui provoqua l’insurrection du 4 septembre 1870 : des Parisiens envahirent le palais Bourbon et, suivant la suggestion de députés républicains, tel Léon Gambetta, proclamèrent la République à l’hôtel de ville de Paris. Sa cause immédiate, c’est aussi le refus de la capitulation : Paris n’acceptait pas l’armistice, signé le 28 janvier 1871 par le gouvernement de la Défense nationale, que Georges Arnold, le fondateur de la garde nationale, qualifia de « paix honteuse et hideuse ».

Mais la cause, la grande cause de la Commune de Paris, c’était, au fond, la défense de la République. Paris, en effet, se méfiait de l’Assemblée élue le 8 février 1871. Elle avait bien désigné Adolphe Thiers chef du gouvernement exécutif de la République française mais hésitait, en réalité, sur la nature du régime à instaurer. Par conséquent, lorsque, le 10 mars 1871, l’Assemblée se replia à Versailles, la confiance fut rompue et le drame s’annonçait déjà. À Paris, on réclama l’élection d’une municipalité, puis d’une Commune, comme sous la grande Révolution. Le 26 mars 1871, après l’acte fondateur du 18 mars, la Commune de Paris était enfin élue. Elle ne vivra que soixante-treize jours ; soixante-treize jours qui contribuèrent fortement, comme l’écrit l’historien Jacques Rougerie, à « l’acquiescement progressif des Français à la République ».

Le moment est donc venu que nous rendions honneur et dignité à ces milliers de femmes et d’hommes qui eurent pour seul tort, outre le fait d’être le peuple industrieux de Paris, de croire en la possibilité de bâtir une République sociale dont le fondement était notre belle devise républicaine : liberté, égalité, fraternité.


Alors oui, chers collègues, montrons, avec Victor Hugo, que « ce qui fait la nuit en nous peut laisser en nous les étoiles » et proclamons, en adoptant cette proposition de résolution, la réhabilitation des victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871, afin que celles-ci illuminent, comme elles y ont droit, le ciel de notre République. Car, je l’affirme à cette tribune avec Eugène Pottier : non, « la Commune n’est pas morte ! » (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

Mme Chantal Guittet. Vive la Commune !

M. le président. La parole est à M. Michel Piron.

M. Michel Piron. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, quand cesserons-nous de vouloir remplacer, ici et maintenant, les historiens ? Ce n’est pas sans une certaine lassitude que je vous pose cette question, pour avoir vécu d’autres débats, sur d’autres sujets, partant du même principe et l’interrogeant.


Il y a déjà plus de dix ans, en effet, le collectif Liberté pour l’histoire, qui réunissait des historiens français parmi les plus grands, avait lancé un appel sans concession, affirmant que l’histoire ne devait pas être « un objet juridique » et soutenant : « Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. »


Ainsi, que serait l’adoption, en ces lieux, je le répète, même d’une proposition de résolution, sinon un dévoiement de la fonction législative, pour laquelle nous avons été élus ? Avons-nous, chers collègues, à arbitrer une compétition victimaire ou à compartimenter l’histoire ? N’est-il pas temps d’établir une limite entre commémoration de l’histoire – procédure dans laquelle le responsable politique a toute sa place – et interprétation de l’histoire ?


L’histoire ne saurait être esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de mémoires concurrentes. Aussi bien, si nous devions rendre grâce aux communards aujourd’hui, pourquoi ne pas engager, demain, un travail sur les victimes expiatoires de la Terreur durant la Révolution française ? On voit bien que ce processus est sans fin, ces démarches mémorielles ouvrant la voie à des réinterprétations incessantes de l’histoire, à l’aune de critères moraux, politiques, éthiques, par définition subjectifs et évolutifs.


Chers collègues, vous l’aurez compris, je continue de penser qu’il faut laisser l’histoire aux historiens, qu’on ne doit pas confondre histoire, justice et mémoire. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner ; il est là pour essayer de comprendre, d’expliquer, porté par l’exigence, idéale, certes, d’impartialité. Gardons-nous donc d’une lecture officielle de l’histoire, d’un seul récit écrasant tout et tous sous une seule mémoire ! On sait ce qu’il advint de ceux qui s’y prêtèrent, des régimes qu’ils servirent et auxquels ils furent finalement asservis…

Nous pouvons fort heureusement compter sur la richesse et la pluralité de nos écoles historiques françaises pour comparer, voire confronter les interprétations. Pierre Nora, éminent historien, auteur d’une œuvre magistrale sur les lieux de mémoires, a lui-même dénoncé l’écueil de ce qu’il appelle la « tyrannie de la mémoire ». Selon ses propres mots, « si l’histoire rassemble, la mémoire divise ». On pourrait même parler des mémoires, au pluriel, tant il en existe dans la mise en compétition des démarches mémorielles – celles des vainqueurs, celles des vaincus. L’histoire, elle, possède une vertu thérapeutique, en ce qu’elle constitue une des très rares possibilités de conciliation entre mémoires antagonistes. Et cette réconciliation-là ne relève surtout pas du législateur, quel qu’il soit.


J’aimerais souligner ici qu’il n’est évidemment pas question de nier la répression de la Commune de Paris, qui fût un événement tragique de notre histoire. Nous refusons simplement une résolution inopportune et, qui plus est, partisane, puisque émanant d’un parti.

En outre, faut-il rappeler que La Commune de Paris n’est pas absente des programmes d’histoire de l’éducation nationale ? À l’école primaire, elle fait partie des conflits de la République qu’il est prévu d’aborder. Au collège, elle est traitée dans le cadre de l’étude des régimes politiques au XIXsiècle. Au lycée, si elle n’est pas explicitement enseignée, elle est traitée par les professeurs en classe de première, lorsqu’est abordé le thème dit de « l’enracinement de la culture républicaine ».


Chers collègues, en septembre 1871, Victor Hugo dénonçait avec force la violence et l’injustice de cette répression, dans un poème sans concessions : « À ceux qu’on foule aux pieds » :


« Je défends l’égaré, le faible, et cette foule


Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule


Et tombe folle au fond des noirs événements ;


Étant les ignorants, ils sont les incléments ;


Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire


À vous tous, que c’était à vous de les conduire,


Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,


Que votre aveuglement produit leur cécité ;


D’une tutelle avare on recueille les suites,


Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes. »


Par le choix de tels mots, par sa poésie autant que par la puissance de son engagement, Victor Hugo a déjà contribué à la mémoire des communards. Son œuvre, immense, qui appartient, ô combien ! à notre patrimoine national, vaudra toujours mieux qu’une résolution posthume intervenant près de cent cinquante ans après les faits.


En définitive, parce que nous en récusons le principe, et uniquement pour cette raison, nous ne voterons pas la présente proposition de résolution, par laquelle le groupe socialiste, écologiste et républicain, en prenant appui sur ses représentants parisiens, prétend s’ériger en gardien de la mémoire.

M. Dominique Tian. Très bien !

M. le président. La parole est à M. Yannick Moreau.

M. Yannick Moreau. Monsieur le président, chers collègues, je vais peut-être faire résonner à l’Assemblée une sonorité un peu différente.

« Je ne fais point fléchir les mots auxquels je crois ;


Raison, progrès, honneur, loyauté, devoirs, droits.

On ne va point au vrai par une route oblique.

Sois juste ; c’est ainsi qu’on sert la république ; »

Voilà ce que proclamait Victor Hugo en 1872, au lendemain de la Commune.


Le groupe socialiste, écologiste et républicain a souhaité convoquer aujourd’hui l’histoire devant le Parlement : cent quarante-cinq ans après la fin de la Semaine sanglante, cette résolution entend réhabiliter les victimes de la répression de la Commune de Paris. Il faut croire, chers collègues, que les lois d’amnistie de 1879 et 1880 n’ont pas suffi. Dans de nombreuses villes, les conseils municipaux font le choix d’honorer des figures de la Commune, comme Louise Michel, quand il ne s’agit pas, à Paris, de rebaptiser une station de métro « Commune de Paris 1871 ». On pourrait donc croire qu’il n’existe pas de nécessité d’une nouvelle forme de réhabilitation.


La résolution du groupe socialiste intervient à cinq mois de l’élection présidentielle de 2017, alors que la majorité, fragmentée à l’Assemblée, se déchire à sa tête pour savoir qui, du Président de la République ou du Premier ministre, la représentera.

Mme Sandrine Doucet et Mme Chantal Guittet. Hors sujet !

M. Yannick Moreau. N’avez-vous pas d’autres actions prioritaires à mener pour la France et les Français ?

M. Dominique Tian. Très bien !

M. Yannick Moreau. Que comptez-vous faire pour lutter contre le terrorisme islamique, qui sème la terreur dans notre pays ? Que comptez-vous faire pour les 6 millions de chômeurs, qui attendent de retrouver un emploi ?

Mme Sylvie Tolmont. C’est loin de Victor Hugo !

M. Yannick Moreau. Que comptez-vous faire pour lutter contre la pauvreté, qui gangrène notre pays ? Chers collègues, qui vous prétendez héritiers des valeurs de justice, voilà un vrai sujet d’action ! Que comptez-vous faire dans l’hémicycle durant les trois mois qu’il vous reste ? Des commémorations ? Des résolutions ? Le calendrier législatif est pourtant déjà bien chargé jusqu’à la fin de la session, la dernière de la législature. Votre proposition de résolution n’est finalement qu’une vaine opportunité politicienne, une main tendue aux électeurs de l’extrême gauche, à quelques semaines de la primaire socialiste.

À l’heure où notre société est divisée, la mémoire ne peut être l’objet d’une instrumentalisation abusive et excessive. Chers collègues, nous ne sommes pas favorables aux lois mémorielles.

M. Patrick Bloche. Ce n’est pas une loi mémorielle !

M. Yannick Moreau. Notre Parlement a légiféré de nombreuses fois sur ces questions sensibles. Si le devoir de mémoire est important pour consolider la mémoire collective, notre responsabilité de parlementaires est de ne pas alimenter une guerre des mémoires. Chers collègues, faut-il continuer à tenir dans l’hémicycle des débats relevant davantage de la controverse scientifique et historique que des missions du législateur fixées par la Constitution de 1958 ? L’histoire est un ressort trop important de la conscience nationale pour faire l’objet de forfaitures ou d’arrangements partiaux.


Certes, vous avez choisi de déposer une proposition de résolution et non une proposition de loi mémorielle ; ce choix est sage. Pour autant, la présente proposition de résolution pose le même problème de principe.

M. Patrick Bloche. Ah bon ?

M. Yannick Moreau. Elle suscite un certain nombre de questions insolubles : quels événements historiques reconnaître ? où placer le curseur, sachant que notre histoire est émaillée de multiples drames et que notre République a charrié, derrière elle, bien d’autres victimes ?

D’ailleurs, on devine que cet exercice de repentance ciblé n’est pas dénué d’arrière-pensées électorales en direction d’une gauche immature et « castrolâtre ».

M. André Chassaigne. Oh là !

M. Yannick Moreau. Or, pardon de vous le dire, chers collègues, mais la Commune n’est pas un élément historique de référence. La France, ce sont quinze siècles d’histoire, de pages souvent glorieuses, parfois sombres, traversés par notre pays. La Commune en est incontestablement une.


Dans les déchirements de la défaite française de 1870, dont le traumatisme de Sedan continue à marquer la formation de nos jeunes officiers, la Commune prend une place singulière. L’année 1871 voit apparaître la IIIRépublique et une assemblée nationale élue au suffrage universel. Certes, cette assemblée n’était pas la plus libre et la plus représentative du peuple français,…

M. Alain Fauré. C’est le moins qu’on puisse dire !

M. Yannick Moreau. …Léon Gambetta ayant cherché, par décret, à exclure bonapartistes et royalistes. Elle n’en était pas moins la représentation nationale.


L’insurrection armée qui va naître à Paris durera un peu plus de deux mois. Si, pour certains, la République naissante s’est couchée devant Bismarck, la Commune n’est pas le grand roman sentimental et pur que certains veulent nous décrire. La mémoire est d’ailleurs particulièrement sélective. Qui se souvient qu’au lendemain de la mort de Napoléon III, les communards en exil en Angleterre sont allés se recueillir sur la tombe de l’empereur ?

Oui, chers collègues, si, entre 1827 et 1849, Paris a vu huit fois les barricades se dresser, la Commune n’est pas un soulèvement comme les autres : la Commune est une guerre civile.

M. André Chassaigne. C’est Thiers réincarné !

M. Yannick Moreau. L’historien britannique Robert Tombs estime qu’il y eut, dans les rangs communards, entre 6 000 et 7 500 morts, dont environ 1 400 fusillés, quand les Versaillais déplorèrent 877 tués, 6 454 blessés et 183 disparus dans les combats livrés du 3 avril au 28 mai.

M. André Chassaigne. La réaction est revenue !

M. le président. Veuillez écouter l’orateur, mon cher collègue !

M. Yannick Moreau. Les vérités historiques ne sont pas aussi simples que vous voulez bien le dire, chers collègues. La spirale de la violence n’est jamais à sens unique. Ainsi, dès le 5 avril 1871, la Commune décide, par décret, d’instaurer la terreur des otages : « Toute exécution […] d’un partisan du gouvernement de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus […] et qui seront désignés par le sort. »

M. Jean-Pierre Allossery. Fusillés pour l’exemple !

M. Jean-Jacques Candelier. Prenez garde, monsieur Moreau !

M. Yannick Moreau. Qui sont ces otages ? Des militaires ? Des espions ? Non. La plupart sont des religieux :…

Mme Chantal Guittet. Eh bien oui !

M. Yannick Moreau. …Mgr Darboy, archevêque de Paris, arrêté avec quatre autres clercs et exécuté à la prison de la Roquette, mais aussi les dominicains d’Arcueil et des jésuites de la rue Haxo. Qui se rappelle des 200 édifices touchés par les flammes, de ce que George Sand appellera « les saturnales de la folie » ?

M. Dominique Tian. C’est vrai !

M. Yannick Moreau. Chers collègues, redonnons la parole à un historien. François Furet, qui fut membre du Parti communiste français puis du Parti socialiste unifié, nous rappelle l’exagération mémorielle autour de la Commune : « Aucun événement de notre histoire moderne, et peut-être de notre histoire tout court, n’a été l’objet d’un pareil surinvestissement d’intérêt, par rapport à sa brièveté. […] Le souvenir de la Commune a eu la chance de se trouver transfiguré par un grand événement postérieur : la Révolution russe de 1917 l’a intégré à sa généalogie, par l’intermédiaire du livre que Marx avait consacré à l’événement dès 1871. »

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement. Certes ! Et alors ?

M. Yannick Moreau. La voilà donc, la filiation que vous cherchez !


Certes, la répression menée sous les ordres de M. Thiers fut terrible, excessive, cruelle, mais elle n’est pas la seule qu’il convient de dénoncer. Sinon, foi de Vendéen, quitte à faire œuvre de repentance, pourquoi ne pas commencer par l’abrogation des lois de la Terreur dirigées contre la Vendée et par la reconnaissance de ses crimes ? Vous voulez faire de la morale ? Soit ! Alors commencez donc par abroger les lois de la Terreur ! Reconnaissez l’abjection de l’écrasement de la révolte des canuts lyonnais et plus encore des crimes commis contre les enfants, les femmes et les hommes de Vendée !

M. Dominique Tian. Très bien !

M. Yannick Moreau. Vendéen, homme de l’Ouest, je sais, y compris par la tradition orale de ma propre famille, ce que furent les persécutions des simples gens qui refusaient le centralisme jacobin, la levée en masse pour la conscription militaire et l’interdiction de leurs convictions religieuses. Le 26 juillet 1793, à la Convention nationale, Barère réclame la destruction et l’extermination de la Vendée. Savez-vous, chers collègues, que c’est une loi, datée du 1er août 1793, votée par la Convention nationale, qui prescrit l’extermination des hommes, la déportation des femmes et des enfants et la destruction du territoire de la Vendée ? Savez-vous qu’une deuxième loi, datée du 1er octobre 1794, vient renforcer l’horreur indicible ? Le massacre des Lucs-sur-Boulogne, qui fait 564 morts, enfermés dans une église incendiée, en est le tragique symbole. Parmi les victimes, on dénombre 110 enfants de moins de sept ans ; la plus jeune, Louise Minaud, n’a que quinze jours. Savez-vous que ce même pouvoir de la Terreur ordonne la mise en œuvre des noyades collectives dans la Loire, rebaptisée « grande baignoire nationale » ? Des mariages, dits « républicains », imaginés par Jean-Baptiste Carrier, consistent à enchaîner un homme et une femme nus puis à les noyer ; selon Reynald Secher, 4 800 personnes en sont victimes à l’automne 1793.

M. Patrick Bloche. Nous parlons de 1871 !

M. Yannick Moreau. Comment oublier les tristement célèbres « colonnes infernales » du général Turreau, dont le nom figure encore aujourd’hui sur l’Arc de triomphe ? Ces atrocités coûtent la vie à des dizaines de milliers de personnes. Savez-vous que c’est en Vendée que les premiers essais d’extermination industrielle sont menés ? (Protestations sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain.)

M. Jean-Jacques Candelier. Vous êtes hors sujet !

M. Yannick Moreau. À Noirmoutier, des camps d’extermination sont établis. Partout en Vendée, des fours à pain sont utilisés comme fours crématoires pour brûler vifs les habitants. La peau des Vendéens sert à l’élaboration de sacs ou de pantalons pour les gendarmes.

M. Patrick Bloche. On parle de la Commune de Paris, pas de la Révolution française !

M. Dominique Tian. Ce sont les mêmes !

M. Yannick Moreau. Selon le conventionnel Saint-Just, la peau humaine est « d’une consistance et d’une bonté supérieure à celle du chamois et celle des sujets féminins est plus souple mais elle présente moins de solidité ».


Reconnaissez donc, chers collègues, les erreurs et les horreurs de la Terreur, comme la loi du 10 juin 1794, qui succède à la terrible loi des suspects, votée le 17 septembre 1793, par laquelle le tribunal révolutionnaire élimine toute garantie de défense ! Pierre Chaunu, dans l’avant-propos du livre éponyme de Reynald Secher, n’a pas hésité à évoquer un « génocide franco-français ». Je citerai, pour achever de vous convaincre,…

M. Alain Fauré. Pour nous achever tout court !

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État. Oui, achevez !

M. Yannick Moreau. …la lettre du général Westermann, surnommé « le boucher de la Vendée », qui écrit au Comité de salut public les mots suivants : « Il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m’aviez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé. »

Mme Chantal Guittet. Aucun rapport !

M. Yannick Moreau. Les moyens d’extermination des Vendéens mis en œuvre par le Comité de salut public et la Convention sont la matrice de ceux employés par les régimes totalitaires du XXsiècle. Voilà un sujet qui mériterait une reconnaissance nationale car, si la Vendée pardonne, elle n’oublie pas.

Mme Chantal Guittet. Alors proposez une résolution !

M. Yannick Moreau. Voyez, chers collègues, comme il est difficile de déterminer quelles commémorations doivent faire l’objet d’un devoir de mémoire ! Même si votre proposition de résolution est déclarative, il semble plus sage de ne pas raviver la guerre des mémoires.

Nul n’ignore les travers et les débordements de cette guerre civile que fut la Commune.

M. le président. Merci de conclure, cher collègue.

M. Yannick Moreau. Il convient donc de laisser ces morts en paix…

M. André Chassaigne. Et vos morts ? Vous les laissez en paix ?

M. Yannick Moreau. …au lieu de les agréger à la vaine cause d’une majorité présidentielle en lambeaux. Telles sont, chers collègues, les raisons pour lesquelles notre groupe ne votera pas ce texte, comme vous l’aurez compris.

M. Dominique Tian. Bravo !

M. Michel Ménard. C’est la position de son groupe ?

M. Alain Fauré. Eh oui !

M. André Chassaigne. C’est un avant-goût de la contre-révolution filloniste !

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Maggi.

M. Jean-Pierre Maggi. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, bien qu’elle n’ait duré que trois mois à peine, du 19 mars au 28 mai 1871, la Commune de Paris occupe une place de taille parmi les mythes révolutionnaires de notre pays et du monde, comme symbole de lutte pour la liberté et l’égalité.


Après la capitulation de Sedan, le 2 septembre 1870, les Prussiens envahissent la France. Paris assiégé connaît, pendant l’hiver, les bombardements et la famine mais refuse de s’avouer vaincu, car l’occupation est vécue comme un affront. Dès lors, des manifestations réclament le rejet de l’armistice et l’instauration de la Commune, par référence à l’insurrection du 10 août 1792, au cours de laquelle Paris avait repris l’appellation de « Commune », symbole de son affranchissement vis-à-vis du pouvoir. La capitale rejette également la nouvelle Assemblée nationale, issue des élections de février 1871, majoritairement composée de monarchistes et de conservateurs, favorables à la paix avec la Prusse, tandis que les élus parisiens sont des républicains. Le Gouvernement de la République, dirigé par Thiers, qui se réunit d’abord à Bordeaux puis à Versailles, afin de ne pas risquer d’être retenu en otage par les Parisiens, veut conclure un traité de paix alors que les élus de la capitale refusent l’entrée des Prussiens dans Paris comme de se laisser désarmer. Une guerre sans merci s’engage alors entre la Commune et le gouvernement de Thiers, qui reçoit l’appui du chancelier Bismarck ; elle durera jusqu’au 28 mai.


Dès lors, la Commune entre durablement dans l’histoire, en premier lieu parce qu’elle voulut préparer une nouvelle ère politique et sociale en décrétant un ensemble de mesures importantes situées à l’avant-garde de la gauche : citons la séparation de l’Église et de l’État, l’instruction gratuite, laïque et obligatoire ou le programme de décentralisation centré sur l’autonomie des communes. Par ailleurs, notamment à cause du siège, un certain nombre de mesures à caractère social furent prises : les loyers dus définitivement remis, les retenues sur salaire supprimées, les ateliers abandonnés réquisitionnés, le travail de nuit pour les ouvriers boulangers interdit et la journée de travail de 10 heures adoptée. Enfin, l’éducation des femmes fut particulièrement prise en compte, notamment par la décision de créer des écoles professionnelles pour les jeunes filles : les distinctions sociales entre femmes mariées et concubines ainsi qu’entre enfants naturels et légitimes tombèrent, et l’égalité des salaires entre hommes et femmes fut proclamée.


La Commune de Paris marqua aussi l’histoire par les terribles affrontements qu’elle connut. En effet, les Versaillais regroupèrent rapidement leurs forces, aidés par Bismarck, qui libéra des prisonniers de guerre. En outre, les Communards surestimèrent leurs effectifs réels et organisèrent mal leur défense. Ainsi, début avril, une attaque des fédérés sur le mont Valérien et la redoute de Châtillon échoua et se conclut par l’exécution sommaire de nombre d’entre eux. À la mi-mai, les Versaillais réussirent à entrer dans un Paris aux rues couvertes de barricades, défendues quartier par quartier par les fédérés.


Ces derniers répondent aux fusillades des Versaillais par l’appel à la guerre révolutionnaire, la construction de foyers de résistance et l’exécution d’otages. La répression est féroce et n’épargne ni les femmes ni les enfants. Par ailleurs, plusieurs monuments sont incendiés, comme l’hôtel de ville ou le palais des Tuileries, par l’artillerie versaillaise ou la volonté des insurgés. Cette Semaine sanglante dura jusqu’au 28 mai, date du dernier combat au Père-Lachaise, où des communards se retranchèrent et furent bientôt vaincus par les Versaillais, qui achevèrent les blessés et fusillèrent les derniers survivants contre le mur d’enceinte, devenu depuis lors le « mur des Fédérés ».

La Semaine sanglante fit plus de 20 000 victimes, auxquelles s’ajoutèrent celles frappées par des sanctions judiciaires, notamment des enfants. En effet, les conseils de guerre prononcèrent, jusqu’en 1877, un total d’environ 40 000 jugements. Ils décidèrent de nombreuses peines de prison, d’une centaine de condamnations à mort, dont une vingtaine furent exécutées, et de plusieurs milliers de déportations, notamment en Nouvelle-Calédonie, parmi lesquelles celle de la célèbre institutrice et féministe Louise Michel, figure emblématique de la Commune. Des progressistes comme Victor Hugo plaidèrent pendant plusieurs années pour l’amnistie des communards mais il fallut attendre mars 1879 pour que l’Assemblée nationale vote une amnistie partielle, qui devint générale en juillet 1880. Or jamais les condamnés ne furent réhabilités, alors qu’aucun argument juridique n’est venu justifier ni les fusillades sommaires, ni les exécutions de masse, ni les condamnations hâtives.

Il est dès lors pleinement justifié que le Parlement, près d’un siècle et demi plus tard, veuille réhabiliter, par une résolution, ceux qui se battirent et furent réprimés pour que l’expression de la souveraineté populaire, donc de la démocratie, soit respectée. Cette proposition de résolution participe également à la reconnaissance, dans notre histoire et dans l’histoire universelle, du rôle que joua la Commune de Paris, malgré ses quelques jours d’existence, dans l’installation durable de la République et des valeurs qu’elle incarne. Par conséquent, le groupe radical, républicain, démocrate et progressiste soutient cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

M. le président. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier.

M. Jean-Jacques Candelier. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, nous sommes conviés à nous pencher cette après-midi sur une proposition de résolution visant à rendre justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris. Je n’étonnerai personne en affirmant d’emblée ma satisfaction que ce débat se tienne dans notre assemblée, certains de mes collègues et moi-même ayant présenté, en mai 2013, une proposition de résolution tendant à la pleine réhabilitation de la Commune et des communards.

Cette discussion fournit l’occasion d’aborder ensemble cette page aussi tragique qu’héroïque de notre histoire. Elle nous permet également de nous interroger sur la place que la nation souhaite accorder, dans sa mémoire, à ces martyrs victimes de la répression barbare du gouvernement d’Adolphe Thiers, boucher de la Commune, dont le nom figure encore honteusement sur certaines plaques des rues de nos villes. Dommage que M. Piron ne soit plus là ! La Commune de 1871 fut l’un des plus grands épisodes de l’histoire du mouvement ouvrier français. Dans des circonstances extrêmement difficiles, les travailleurs parisiens se sont efforcés de mettre un terme à l’exploitation et à l’oppression, et de réorganiser la société sur des bases entièrement nouvelles.

M. André Chassaigne. Très bien !

M. Jean-Jacques Candelier. Aujourd’hui encore, les leçons de ces événements sont d’une importance fondamentale pour tous ceux qui aspirent à l’émancipation, en France ou ailleurs. La Commune est moderne et ses idéaux bien d’aujourd’hui. C’est donc pleinement conscients d’être dépositaires d’une mémoire ne demandant qu’à irriguer le présent qu’il nous faut aborder ce débat. Droit de vote des étrangers, démocratie dans l’entreprise, éducation et formation pour tous, laïcité, égalité hommes-femmes, réquisition des logements vides pour les mal-logés, sauvegarde et développement des services publics : ces quelques mesures illustrent à quel point les fondements solidaires et égalitaristes de notre République, que la Commune a contribué à forger, sont plus que jamais d’actualité.

M. André Chassaigne. Bravo !

M. Jean-Jacques Candelier. Les communards sont morts pour leurs idées. Pour leur rendre pleinement justice, il est donc indispensable de les réhabiliter non seulement en tant que victimes de la répression mais également en tant que promoteurs d’une forme de société libre, égalitaire et fraternelle. Par-delà la mise en lumière de la fin tragique et sanglante de l’expérience de la Commune, c’est tout le combat de ces hommes et de ces femmes qu’il convient de valoriser. Il y va de notre capacité à assumer le rôle de cette période de l’histoire dans la conquête des droits politiques et sociaux, aux fondements de notre République. Pendant deux mois, la Commune de Paris a en effet porté les valeurs universelles de liberté, de solidarité, d’égalité et de fraternité.



L’appel du 22 mars du Comité central de la garde nationale énonce que « les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables », et que leur mandat est impératif. Il s’agit d’une démocratie directe, reposant sur une citoyenneté active et renouant avec l’esprit de la constitution de 1793, qui fait du droit à l’insurrection « le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».



Les communards gèlent les loyers, placent les fabriques sous le contrôle des travailleurs, limitent le travail de nuit et mettent en place une garantie de subsistance pour les pauvres et les malades. Ils ouvrent la garde nationale, selon des principes strictement démocratiques, à tous les hommes aptes au service militaire et déclarent illégales les armées permanentes, séparées du peuple. L’Église, pour sa part, est séparée de l’État et la religion déclarée affaire privée. Les logements et les bâtiments publics sont réquisitionnés pour les sans-logis, l’éducation publique ouverte à tous, de même que les théâtres et les lieux de culture et d’apprentissage. Les travailleurs étrangers étaient considérés comme des frères et des sœurs, comme des alliés dans la lutte pour la réalisation d’une République universelle.


Des réunions avaient lieu nuit et jour, où des milliers d’hommes et de femmes discutaient de la façon dont devaient être organisés les différents aspects de la vie sociale, dans l’intérêt du bien commun. Les travailleurs avançaient en s’efforçant de trouver des solutions aux problèmes concrets que posait l’organisation de la société, dont, pour la première fois de l’histoire, ils étaient les maîtres. Quelle belle leçon de démocratie ! Je ne peux m’empêcher de citer la seule consigne que les membres du Comité central avaient donnée à leurs électeurs : « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus […] Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ».

Un si beau programme avait pourtant éclos dans un contexte de guerre et de souffrances liées au siège de la capitale par les Prussiens. Il arrive souvent que la guerre mène à la révolution ; ce n’est pas purement accidentel. La guerre arrache subitement les peuples à la routine de leur existence quotidienne et les jette violemment dans l’arène des grandes actions historiques. La population examine alors, beaucoup plus attentivement qu’en période de paix, le comportement des chefs d’État. C’est particulièrement vrai en cas de défaite. Or la campagne de Napoléon III contre la Prusse s’était soldée par un échec rapide et déshonorant, qui entraîna la fin de l’Empire et l’instauration de la IIIRépublique, le 4 septembre 1870. Cela n’empêcha pas le siège de Paris : le peuple était acculé par la famine et la pauvreté. La capitulation, secrètement préparée, est décrétée le 27 janvier 1871.


En dehors de l’armée régulière, une milice forte de 200 000 hommes se déclare pourtant prête à combattre. Le Comité central de la garde nationale élu dirige 215 bataillons, équipés de 2 000 canons et de 450 000 fusils. Ces travailleurs armés à l’intérieur de Paris constituent alors une menace bien plus grande pour la classe dominante de l’époque que l’armée étrangère prussienne. Thiers ne pouvait tolérer la situation de double pouvoir qui existait à Paris. Il ne put non plus tolérer l’élection de la Commune et l’arrivée de son programme d’émancipation sociale et économique.

L’armée de Versailles entra donc dans la ville le 21 mai 1871. Les communards combattirent avec un courage immense mais furent graduellement repoussés vers l’est de la cité et finalement vaincus le 28 mai. Les derniers communards qui résistaient furent fusillés dans le 20arrondissement, devant le mur des Fédérés. Au cours de la Semaine sanglante, les forces de Thiers massacrèrent entre 10 000 et 30 000 hommes, femmes et enfants, et firent probablement 20 000 victimes de plus dans les semaines suivantes. Les escadrons de la mort travaillaient sans relâche pendant le mois de juin, tuant toute personne suspectée d’avoir soutenu, d’une façon ou d’une autre, la Commune.

Nous avons la conviction que la connaissance de ces événements qui ont marqué l’histoire de notre pays est indispensable à la constitution d’une mémoire nationale partagée. Le Parlement doit jouer son rôle en reconnaissant ces événements constitutifs de l’identité républicaine.

Le 11 juillet 1880, la loi portant amnistie générale des communards est adoptée. Ceux-ci sortent de prison, reviennent de déportation ou d’exil. Cependant, cette loi n’est en aucun cas une révision de la condamnation ; elle constitue un pardon légal, qui vise le silence et l’amnésie.

Il est donc aujourd’hui nécessaire d’aller au-delà et d’affirmer la pleine réhabilitation de la Commune, de ses valeurs et de ses acteurs. Cela peut se manifester par toute une série de mesures concrètes, comme l’inscription de la Commune dans les programmes scolaires afin de lui donner une place à la mesure de son importance, l’instauration d’une journée de commémoration nationale ou encore la reconnaissance des communards grâce à l’inscription de leurs noms sur un nombre significatif de plaques de rues ou de monuments.

Pour conclure, je voudrai souligner l’importance de ce débat, dans une période où l’action sociale et syndicale tend à être criminalisée. Nous ne pouvons passer sous silence les attaques constantes contre l’expression citoyenne du mouvement Nuit debout ni la répression féroce de la mobilisation populaire contre la loi travail. Nous ne pouvons oublier que la grande manifestation du 23 juin 2016 a été menacée d’interdiction, fait inédit sous la VRépublique, et n’a pu être maintenue, in extremis, qu’au prix d’un dispositif policier hors norme, démesuré. Nous sommes obligés de rappeler la réquisition honteuse du parquet contre les syndicalistes de Goodyear, qui furent renvoyés au tribunal et menacés de prison ferme, alors qu’ils avaient pour seul tort d’avoir défendu l’emploi des salariés face à des patrons voyous. La logique est identique pour les syndicalistes d’Air France et tous ceux qui tentent de relever la tête face aux injustices de ce système. Aujourd’hui encore, alors que le Gouvernement évoque constamment le dialogue social, il s’applique pourtant à maintenir sous le couvercle et par la force l’expression populaire et sociale de notre pays.


Cent quarante-cinq ans après la Commune, de nouvelles voix réactionnaires sont en embuscade et des menaces se précisent contre les libertés individuelles, le droit des travailleurs et, plus largement, la démocratie. Il est donc plus que jamais nécessaire d’affirmer les valeurs de liberté, d’égalité, de dignité, de solidarité et d’antiracisme, comme étant aux fondements de notre République. Dans un tel contexte, nous nous félicitons de cette initiative de réhabilitation des victimes de la répression de la commune. Bien que nous pensions qu’elle aurait pu aller plus loin, nous soutiendrons naturellement cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine et du groupe socialiste, écologiste et républicain.)

M. le président. La parole est à M. Yves Durand.

M. Yves Durand. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, j’avoue ne pas bien comprendre l’émotion voire, dans certains cas, la virulence que provoque cette résolution. Car il ne s’agit pas cette après-midi de nous livrer à un sinistre et horrible concours pour déterminer quelle période de l’histoire a été la plus meurtrière ; ce n’est pas un concours de morts. À cet égard, je rappellerai à notre collègue vendéen que la répression de la Commune a fait davantage de morts que la Terreur.

M. Yannick Moreau. Pas du tout !

M. Yves Durand. Mais ce n’est pas le sujet.

M. Jean-Jacques Candelier. Exact !

M. Yves Durand. Il ne s’agit pas non plus d’une loi mémorielle. J’ai écouté avec beaucoup d’attention l’intervention de M. Piron, qui était, celle-là, étayée, mais je ne suis pas d’accord avec lui : il ne s’agit pas de réécrire l’histoire. L’histoire est déjà écrite et tous les historiens de la Commune de Paris s’accordent sur les causes du soulèvement : la défaite, la résignation, la renonciation, la volonté de défendre avant tout la nation – une nation solidaire – et de mettre en avant la République. Tous les historiens s’accordent aussi à considérer qu’il y eut, dans la Commune, une brutalité extrême, provoquée par la fracture politique et sociale, et que la répression contre les communards fut d’une extraordinaire cruauté.


Si nous devons aujourd’hui rendre justice aux victimes de la répression, ce n’est pas pour réécrire l’histoire ou la justifier, c’est parce que les communards furent des éclaireurs. S’ils ont été fauchés par la mitraille de Thiers et des Versaillais, c’est parce qu’ils ont voulu défendre jusqu’à la mort des principes qui font aujourd’hui partie de notre identité républicaine.

M. Jean-Luc Laurent. Tout à fait !

M. Yves Durand. Ils ont défendu la République et la nation, contrairement à certains, qui, au moment de la Révolution française, défendaient un régime absolu, venu le plus souvent d’ailleurs, dans les fourgons de l’étranger.

M. Jean-Luc Laurent. Très juste !

M. Yves Durand. Voilà la grande différence, voilà pourquoi l’identité nationale et républicaine est au cœur même du combat des communards. Et voilà pourquoi nous devons aujourd’hui leur rendre justice.

M. Jean-Luc Laurent. Eh oui !

M. Yves Durand. Parmi ces principes, qui sont au cœur de la République, il y a ceux que nous défendons tous aujourd’hui : l’école laïque, gratuite et obligatoire – à la fin du XIXsiècle, la connaissance était encore un privilège de la naissance, et non du mérite –, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’abolition de la peine de mort, la séparation de l’Église et de l’État, c’est-à-dire le principe même de la laïcité, qui permet à chacun de vivre sa religion, de croire ou de ne pas croire. Ce sont ces principes, pour lesquels les communards ont été fauchés, qui fondent la République et nous rassemblent tous.

M. Michel Ménard. Manifestement pas tous !

M. Yves Durand. Voilà pourquoi, je le répète, je ne comprends ni cette émotion ni cette virulence. C’est cet appel au rassemblement sur les principes de la République, les principes d’une République solidaire, que nous devons aujourd’hui entendre ; c’est cet appel que les communards ont lancé pour la République et que nous devons aujourd’hui honorer, en leur rendant justice. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

M. Patrick Bloche. Bravo !

M. Jean-Luc Laurent. Excellent !

M. le président. La parole est à M. Gilbert Collard.

M. Gilbert Collard. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, faut-il que nous soyons en panne d’histoire immédiate pour avoir besoin de raviver l’histoire passée ! On a l’impression – je n’arrive pas trop à comprendre le but de cette proposition de résolution – que vous êtes à la recherche d’une transfusion d’héroïsme, d’imaginaire, pour une gauche exsangue de sens politique, historique et populaire. Vous seriez prêts à chanter Le Temps des Cerises,…

M. Jean-Luc Laurent. Ce serait bien, en effet !

M. Gilbert Collard. …chant très beau et émouvant, je le reconnais volontiers, tout en ignorant qu’il fut écrit cinq ans avant l’événement. On a l’impression que vous êtes à la recherche d’un passé que vous êtes incapables de créer et qu’il vous faut une transfusion d’héroïsme pour tenir le coup.


Je peux le comprendre. Il est des prothèses historiques qui peuvent être utiles, dans les temps de froideur historique que vous vivez. Eh oui ! vous avez cent quarante-cinq ans et vous êtes des héros : dans le froid de cet hiver, vous faites face à la répression ; vous êtes armés de vos fusils et vous tirez sur Mgr Darboy, venu vers vous les mains vides. Vous décidez d’appliquer l’article 4 du décret des otages, selon lequel tous les accusés retenus par le verdict du jury d’accusation seront les otages du peuple de Paris, ainsi que son article 5 : « Toute exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des otages retenus en vertu de l’article 4, et qui seront désignés par le sort. »


Moi, je ne choisis pas, voyez-vous, entre les communards et les autres. J’accorde aux communards qu’ils ont aimé la France alors que Thiers, lui, premier Président de fait de la République, nous a transmis des valeurs républicaines que nous avons bien envie, ici, de discuter. Mais vous voyez-vous, cent quarante-cinq ans en arrière, tirer sur les martyrs de Picpus et sur les victimes du mur de la rue du Borrégo, incendier les Tuileries, l’hôtel de ville, la Cour des comptes, le Conseil d’État, le Palais de justice ? Allons, laissons les morts enterrer les morts, laissons l’histoire à l’histoire, laissons la paix à l’histoire ! Ne cherchez pas à vous donner belle figure en convoquant l’histoire dans le manoir hanté et vide de la politique que vous conduisez aujourd’hui !


Oui, ils ont été réprimés. Oui, ils ont souffert, mais des deux côtés, et c’est la France, c’est l’histoire de France. Le souvenir réverbéré rend difficile toute politique d’apaisement. Nous avons l’impression que vous cherchez systématiquement, par tous les moyens, à raviver des querelles qui appartiennent à l’histoire.

M. Jean-Luc Laurent. Vous êtes mal placé pour nous donner des leçons !

M. Gilbert Collard. Henri Guillemin ! Bernanos ! Arrêtez de vous montrer debout, aux côtés de Jules Vallès, sur la barricade !

M. Jean-Jacques Candelier. Et vous, avec la guerre d’Algérie !

M. Gilbert Collard. Qui sait ce que vous feriez ! Arrêtez de vous faire des transfusions d’héroïsme ! À vous entendre, vous seriez tous des héros !

M. Jean-Jacques Candelier. Vous, vous êtes un zéro !

M. Gilbert Collard. Vous auriez tous été au mur des Fédérés, à crier : « Tirez ! Tirez ! » Un peu de modestie ! Laissez l’histoire aux historiens et laissez-moi considérer que vous êtes des héros, tous prêts à vous sacrifier demain, bien sûr ! Mais comment pouvez-vous – je pense notamment au dernier orateur – comparer cette période, cent quarante-cinq ans en arrière, avec celle que nous vivons ?

M. Yannick Moreau. Il a raison !

M. Gilbert Collard. Vous commettez une escroquerie intellectuelle, vous escroquez l’histoire, ces morts, le sens qu’ils ont donné à leur histoire. J’en ai une preuve. S’il y a une femme que j’admire, c’est Louise Michel, une vraie sainte laïque, mais je ne crois pas qu’elle aurait aimé que, parmi les députés appelant au vote de cette proposition de résolution, figurât le nom de Mme Andrieux, condamnée par la justice.

M. Yves Durand. Oh !

M. William Dumas. Pitoyable !

M. Gilbert Collard. Mais vrai !

M. le président. La parole est à Mme George Pau-Langevin.

Mme George Pau-Langevin. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, les sociétés humaines préfèrent toujours célébrer les événements qui sont à leur gloire. Notre pays a mis du temps à reconnaître, à propos de la Commune comme d’autres sujets, cette part de son histoire, faite de souffrances et de désolations.


Cette révolte du peuple de Paris, écrasée et réprimée sans pitié, fut exécutée, selon le mot terrible d’Adolphe Thiers dans le discours qu’il prononça ici même et que rappelait M. Bloche, le 22 mai 1871, en vue d’une « expiation complète » des fautes commises par les communards.

Qui composait le peuple de Paris révolté ? Des ouvriers du bâtiment, des journaliers, des travailleurs du métal, des ouvriers d’atelier ou de petite fabrique, des cordonniers-savetiers, des marchands de vin et des ouvriers du livre. Les soulèvements eurent lieu à Montmartre, à Belleville, à Ménilmontant.


Souvenons-nous de cette période. En juillet 1870, Napoléon III entreprend contre la Prusse une guerre mal préparée, qui conduit rapidement la France à la défaite. Le 4 septembre 1870, à la suite d’une journée d’émeutes parisiennes, l’Empire est renversé. Le gouvernement de la Défense nationale s’installe à l’hôtel de ville de Paris, officiellement pour poursuivre la guerre contre les États allemands, mais plus sûrement pour signer la capitulation et faire accepter la défaite aux Français. Le petit peuple de Paris refuse de se soumettre à Bismarck, lui qui a perdu tant des siens pour défendre la patrie menacée : il refuse l’armistice et considère comme une insulte la reconnaissance d’une défaite que rien n’imposait, selon lui. Les principaux journaux de gauche sont alors interdits, notamment Le Cri du Peuple de Jules Vallès. Les royalistes de l’Assemblée, le 10 mars, quittent Paris pour Versailles ; ils mettent fin au moratoire sur les effets du commerce, acculant à la faillite des milliers d’artisans et de commerçants, et suppriment la solde d’1,50 franc par jour payée aux gardes nationaux. C’est ainsi que le peuple de Paris, composé de près d’un demi-million d’ouvriers, se révolte.


Au cours de la Semaine sanglante, nous avons vu que les troupes versaillaises ont massacré entre 10 000 et 20 000 Parisiens. À l’issue de la défaite de la Commune, plus de 43 000 personnes furent parquées, notamment au camp de Satory, dans des forts, des pontons portuaires et des maisons d’arrêt. Plus de 3 000 condamnations à la déportation en enceinte fortifiée furent de surcroît prononcées.

Si, le 11 juillet 1880, la République a prononcé une loi d’amnistie générale pour les victimes de la Commune, elle voulait surtout couler une chape de plomb sur des événements dont les acteurs étaient encore vivants. La Commune a été ainsi parfois effacée, oubliée.

Toutefois, pour les habitants de l’Est parisien, dont je fais partie, la Commune n’est pas morte : chaque année, nous nous rendons au mur des Fédérés pour évoquer le souvenir des communards, leur fin tragique sur les dernières barricades, mais aussi l’œuvre réalisée par la Commune en peu de temps, dont la modernité nous surprend toujours.

Je suis particulièrement touchée, dans cette déportation, par la rencontre improbable entre deux catégories de victimes de l’histoire : les communards et les Kanaks, qui étaient depuis peu aux prises avec la colonisation. Si la plupart des communards, obnubilés par le désir de retrouver leurs repaires, n’ont pas été suffisamment proches des peuples qui les entouraient, Louise Michel, la vierge rouge, s’est au contraire passionnée pour eux : elle a ouvert une école pour les enfants, elle a collationné les légendes, elle a compris le drame qui se jouait sur la Grande Terre, notamment lors de la révolte de 1878. Le souvenir des communards n’est donc pas seulement présent au mur des Fédérés et au cimetière qui leur est consacré sur l’île des Pins, il est aussi présent dans les écrits de Louise Michel sur la culture kanak.

La proposition de résolution présentée par notre collègue Patrick Bloche n’est pas une loi mémorielle mais la voie pour ne pas oublier les communards suppliciés, martyrisés. Cette résolution nous semble constituer une démarche honorable pour ceux que nous nous refusons, par l’oubli ou le désintérêt, de laisser mourir une seconde fois. « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil », écrivait le poète et résistant René Char. Nous devons continuer à faire en sorte que la mémoire de la Commune devienne un bien commun, un patrimoine de vigilance, une manière, pour nous tous, de nous rapprocher du soleil. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

M. Patrick Bloche. Très bien !

M. le président. La parole est à Mme Sandrine Doucet.

Mme Sandrine Doucet. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, nous partageons cette après-midi un moment très émouvant et c’est un grand honneur pour moi que de venir plaider la cause de toutes ces victimes et de tous ces prisonniers qui subirent la répression de la Commune de 1871. Beaucoup d’exécutions eurent lieu, beaucoup de condamnations furent prononcées, des dizaines de milliers de personnes durent fuir la France pour se réfugier dans différents pays d’Europe. Cette histoire-là n’est pas seulement parisienne, elle est aussi nationale et européenne.


Permettez-moi, à ce stade, d’aborder le sujet par un fait anecdotique donnant la preuve que nous parlons ici à l’âme des Européens. Il y a une trentaine d’années, un film danois, Le Festin de Babette, réalisé par Gabriel Axel, racontait l’histoire d’une restauratrice parisienne ayant dû fuir la répression de la Commune et se réfugier au Danemark. Ce récit est tiré d’une nouvelle de Karen Blixen, qui s’est penchée sur l’histoire de la Commune. C’est bien l’Europe intellectuelle, cultivée, qui s’est intéressée à cet événement, qui s’en est emparée, qui lui a donné une dignité. L’on trouve ici le destin d’une femme bouleversé par l’histoire, comme le fut celui d’une autre femme, citée à plusieurs reprises à cette tribune : Louise Michel, qui a poursuivi son œuvre émancipatrice d’enseignante dans la déportation, en Nouvelle-Calédonie, après avoir milité, aux côtés d’autres femmes, pour l’égalité salariale, l’éducation, l’émancipation. Nous sommes ici pour leur rendre hommage.


En tant que Bordelaise, je me sens quelque peu légitime à vous parler de la Commune. Dans un quartier populaire de Bordeaux, celui de Bacalan, deux rues se croisent : la rue Paul Lafargue et la rue Auguste Blanqui. Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, vint à Bordeaux parler de la Commune, mais il ne croisa pas Auguste Blanqui, emprisonné très tôt, car Thiers savait que c’était lui, le chef que la Commune avait beaucoup cherché et dont elle avait besoin. Quelques années plus tard, Auguste Blanqui fut le premier député socialiste de la Gironde, et j’ai l’immense honneur de lui succéder.


Mais laissons les honneurs à ceux qui les ont mérités en subissant la répression et, hélas ! les exécutions. Nous sommes ici aujourd’hui pour leur rendre hommage. Nous sommes les humbles successeurs de ceux qui, dès 1876, parlèrent au nom de ces communards.

Évidemment, nous avons cité Victor Hugo. Résidant à Bruxelles au moment de la répression, il y accueillit tous les réfugiés parcourant toute l’Europe.

Vient ensuite Gambetta, à partir de 1876. Il a une vision plus politique car il est à la tête d’un pays à la recherche de son unité, au temps de l’exode rural et de l’industrialisation. La France est fracturée par cet épisode haineux qui a eu lieu en 1871. Il doit permettre à la République de se reconstruire, à la nation de se réconcilier, mais aussi au pays de se réunir, sous les mêmes valeurs, les mêmes intérêts. Il faut montrer une République sage, modérée, mais qui s’empare des valeurs d’émancipation et des progrès sociaux permis par l’industrialisation et le développement démocratique.


La Commune est un épisode révolutionnaire, social et urbain, dans une France rurale qui doit retrouver son unité républicaine. Les lois d’amnistie font partie de celles qui instaurent la République dans le paysage français, ce que l’historien Maurice Agulhon appelait « la République au village » : ce sont les lois relatives à l’école obligatoire, laïque et gratuite, les lois en faveur de la liberté de la presse, les lois qui obligent chaque commune à construire les lieux représentant les valeurs de la République, à savoir les mairies et les écoles.

Nous sommes ici non pas pour refaire l’histoire mais pour continuer à dire ce combat pour les valeurs. Les quatre points de la résolution que nous votons aujourd’hui nous rappellent notre devoir universel et intemporel de républicains français, inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Il s’agit évidemment de reconnaître des travaux d’historiens, et ainsi de reconnaître l’œuvre de raison et de vaincre l’obscurantisme, les préjugés, les jugements sans recul. Cette reconnaissance trouve acte dans les programmes d’histoire, notamment dans les nouveaux programmes de collège, qui ont pour thèmes la IIIRépublique, la condition féminine au XIXsiècle, bref, l’histoire de l’émancipation.

M. le président. Il faut conclure, ma chère collègue.

Mme Sandrine Doucet. Par cette proposition de résolution rendant justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871 – et j’en termine là –, nous posons un regard juste, apaisé, éclairé et républicain sur notre histoire, et, à l’égard du monde, nous faisons œuvre de confiance dans notre capacité à rendre hommage aux victimes de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

M. le président. La parole est à M. Hervé Féron.

M. Hervé Féron. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, chers collègues, l’exposé des motifs de cette proposition de résolution nous indique que personne ne conteste plus la réalité des faits historiques ayant conduit au massacre des victimes de la répression de la Commune de Paris. Personne ne le conteste plus mais ce n’est pas suffisant. Nous venons de l’entendre : certains nient encore, comparent ou minimisent ; dans tous les cas, cette proposition de résolution les irrite.


En appui à ce texte, je souhaite apporter un témoignage, le témoignage réaliste du poète, et pas n’importe lequel : Eugène Pottier, qui écrivait en 1886 Elle n’est pas morte !


« Comme faucheurs rasant un pré,

Comme on abat des pommes,

Les Versaillais ont massacré

Pour le moins cent mille hommes !

Et les cent mille assassinats,


Voyez c’que ça rapporte…

Tout ça n’empêche pas, Nicolas,

Qu’la Commune n’est pas morte !

Tout ça n’empêche pas, Nicolas,

Qu’la Commune n’est pas morte !


[…

Ils ont fait acte de bandits,

Comptant sur le silence,

Achevé les blessés dans leur lit,

Dans leur lit d’ambulance !

Et le sang inondant les draps

Ruisselait sous la porte !

Tout ça n’empêche pas, Nicolas,

Qu’la Commune n’est pas morte !

Tout ça n’empêche pas, Nicolas,

Qu’la Commune n’est pas morte !

Les journalistes, policiers,

Marchands de calomnies,

Ont répandu sur nos charniers

Leurs flots d’ignominie !

Les Maxime Du Camps, les Dumas

Ont vomi leur eau-forte.

Tout ça n’empêche pas, Nicolas,

Qu’la Commune n’est pas morte ! »

Alors oui, quand M. Collard, avant de se retirer, se gausse du Temps des Cerises en tentant de nous surprendre, en prétendant nous apprendre que cette magnifique chanson a été écrite cinq ans avant la Commune de Paris, rappelons-lui que, si elle fut le symbole entonné par les communards, c’est tout simplement parce que le texte leur parlait terriblement.

Et, parce que je ne comprends toujours pas pourquoi certaines de nos grandes villes ont une place Thiers, je veux dire avec Jean Édouard :

« L’hiver 71, c’est l’hiver du chaos,

L’hiver de la défaite devant les Pruscos,

L’hiver de la souffrance et l’hiver de la faim,

L’hiver des collabos, des faux républicains.

Il commence à fleurir des cocardes écarlates

Et dans la rue soudain le cri du peuple éclate.

Un matin tout Paris entre en insurrection

Et Paris doit lutter contre la réaction.

Ouvriers, paysans, armez vos chassepots,

Du haut des barricades, agitez vos drapeaux.

Agitez vos drapeaux, qu’les Versaillais canonnent,

Agitez un mouchoir rouge du sang d’un homme.

Avec la cruauté d’une bête sauvage,

Thiers a tué la Commune en un rouge carnage.

Derrière les tombes et les croix d’un cimetière

À dix contre deux cents, les révolutionnaires !

Les derniers Fédérés contre un mur sont tombé,

Ne murmurant qu’un mot, le mot : Fraternité.

Versaillais, Versaillais,

Vous avez fusillé le cœur d’une révolution,

Vous l’avez jeté en prison,

Mais il reste à Paris, l’esprit des insurgés. »

Voilà pourquoi, si longtemps après et plus que jamais, alors que plus d’un siècle s’est écoulé, cette résolution a du sens. Voilà pourquoi le groupe socialiste, écologiste et républicain votera cette proposition de résolution juste, nécessaire, indispensable. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

M. Patrick Bloche et M. Jean-Jacques Candelier. Très bien !

M. le président. La discussion générale est close.

La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement.

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, cette proposition de résolution constitue un geste politique et symbolique fort, et, je le crois, chargé d’émotion. Ce geste rend justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris de 1871. Monsieur Bloche, avec ce texte qui vous doit beaucoup, vous proposez à la représentation nationale d’écrire une nouvelle page de la mémoire de la Commune de Paris.

M. Yannick Moreau. Ce n’est pas le rôle de la représentation nationale !

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État. Rappelons les grandes étapes de cette mémoire. Dès le 23 mai 1880, un premier rassemblement avait lieu devant le mur des Fédérés. De retour d’exil, les communards eux-mêmes se sont ensuite approprié cette mémoire. Les générations suivantes s’en sont saisies, notamment les militants politiques et syndicaux, quelle que soit leur sensibilité : anarchistes, socialistes, communistes, tous ont voulu se souvenir de leurs nombreux camarades tombés, victimes de la répression versaillaise.

Contrairement à ce que nous avons entendu, la Commune de Paris fut, pendant des dizaines d’années, un symbole qui se plaçait dans la continuité de celui de la Révolution française, laquelle, monsieur le député Yannick Moreau, reste quand même la raison pour laquelle nous sommes ici : liberté, égalité, fraternité.

M. Yannick Moreau. Qui le conteste, monsieur le secrétaire d’État ?

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État. J’ai écouté les propos que vous avez tenus sur ce qui fonde la Révolution française, avec tous ses drames – mais il n’y a pas de période de ce type sans drames.

M. Yannick Moreau. Là n’est pas la question !

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État. En 1936, il y a quatre-vingts ans, à l’aube de la victoire du Front populaire, les forces progressistes se rassemblèrent à nouveau devant le mur des Fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, pour rendre hommage aux communards.

Cette mémoire, la gauche a toujours su la faire vivre, c’est vrai. En 1981, Pierre Mauroy, alors Premier ministre, déposa une gerbe au mur des Fédérés. Depuis, c’est la République elle-même, quelles que soient les sensibilités, qui s’est approprié la mémoire de la Commune. Je rappellerai par exemple l’hommage rendu aux communards par Christian Poncelet, alors président du Sénat, dans le jardin du Luxembourg.

Les travaux historiques conduits au sujet de cette période permettent aujourd’hui de savoir précisément qui étaient les communards, ce qu’étaient leurs idéaux, leurs revendications, leurs moyens d’action, les divergences qui existaient entre eux mais aussi les valeurs qu’ils portaient. Comme vous l’avez rappelé, monsieur Durand, ces valeurs ont inspiré la République dans sa dimension sociale, au-delà de ses fondements institutionnels.


Eugène Varlin, Charles Delescluze, Jules Vallès, Louise Michel : ces noms ont rejoint les manuels d’histoire et les plaques des rues de Paris. Ces noms, ce ne sont pas seulement ceux de victimes de la répression versaillaise : ce sont ceux, surtout, de révolutionnaires, de républicains, d’acteurs essentiels de notre histoire nationale et de celle de la ville de Paris. En un mot, je le souligne à mon tour, ce sont d’abord les noms de patriotes.

Les communards n’ont pas été les victimes passives de l’histoire mais bien des acteurs politiques engagés dans une insurrection populaire au nom de valeurs fondamentales, d’idéaux de progrès et de liberté. C’étaient des insurgés, dont les résistants et libérateurs de 1944 furent aussi les héritiers, comme le rappela le Président de la République François Hollande à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la Libération de Paris. Permettez-moi de reprendre ici ses propos : « En érigeant ces barricades, les Parisiens appelaient à leur secours les insurgés magnifiques des temps anciens. Ceux de 1789 quand Paris faisait la Révolution. Ceux de 1830 quand la Restauration était renversée. Ceux de 1848 quand la République renaissait. Ceux de 1870 quand la Commune prétendait inventer un monde nouveau. »


Bien sûr, il faut se garder d’assimiler la Libération et la Commune. Il y avait cependant, chez ces femmes et ces hommes, un esprit de résistance, un patriotisme, une révolte contre l’injustice, un engagement sans faille au risque de leur vie. La force de cet engagement, le combat jusqu’à la mort pour un idéal, la tragédie sanglante qui en marqua la fin : voilà les enseignements de la Commune, voilà la mémoire que nous devons faire vivre et célébrer.


Mesdames et messieurs les députés, la mémoire de la Commune dépasse largement les frontières de la capitale. Car derrière l’insurrection parisienne se dessinait un horizon politique pour tous les Français mais aussi pour tous ceux qui, sur cette planète, sont épris de progrès. En tant qu’élu parisien, je sais combien cette mémoire est importante pour notre ville. Dans le 13arrondissement, dont je suis l’élu, nous avons tous, présente en mémoire et au cœur, la bataille de la Butte-aux-Cailles, à l’endroit où se trouve aujourd’hui la place de la Commune-de-Paris.

Le Gouvernement salue donc la présente initiative de résolution, qui valorise la transmission de cette mémoire. Je me réjouis que les députés du groupe socialiste, républicain et citoyen se la réapproprient. Je rejoins également les signataires de ce texte en ce qui concerne l’idée selon laquelle la résolution reste le meilleur outil pour le Parlement de s’exprimer politiquement sur une question mémorielle, sans recourir à la voie législative.

Cette initiative doit aussi nous conduire à aborder plus globalement la question de la mémoire de la Commune. Ainsi, l’action mémorielle ne peut se passer d’une réflexion autour des enjeux de patrimoine liés à cet événement historique. Je pense en particulier au devenir du mur des Fédérés ou à la transmission de cette mémoire aux jeunes générations.


Vous l’avez compris, le Gouvernement regarde cette initiative avec bienveillance. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, écologiste et républicain et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)

Vote sur la proposition de résolution

M. le président. Je mets aux voix la proposition de résolution.

(La proposition de résolution est adoptée.)

Commenter cet article