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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

France / Deuxième vague d’incurie gouvernementale

Publié le 28 Septembre 2020 par Vendémiaire in France-Politique - société

France / Deuxième vague d’incurie gouvernementale


 

La possibilité d’un regain de l’épidémie, en France, était connue de longue date. Le gouvernement a eu six mois pour y préparer le pays. Mais comme en mars dernier, on se rend compte qu’il n’a rien préparé.

L’organisation du dépistage – si on peut parler d’organisation – est un fiasco absolu (sauf pour les profits des laboratoires privés). Aucune stratégie cohérente n’a été mise en place. Et pour cause : cela supposait de mobiliser d’importants moyens et d’embaucher des milliers de personnes, à l’échelle nationale, pour tester, tracer, isoler. Autant de choses que le gouvernement n’a pas voulu faire, car il avait une autre priorité vitale : verser des dizaines de milliards d’euros dans les caisses du grand patronat, sous couvert de « plan de relance ».

Dans les hôpitaux, les soignants craignent de devoir sacrifier des interventions médicales urgentes, à court terme, pour libérer des lits. Cela se traduirait de nouveau par une surmortalité des patients non-Covid. Le gouvernement n’a rien fait pour prévenir cette situation, car il refuse d’investir dans l’hôpital public. Le « plan de relance » a tout absorbé. Le Ségur de la Santé, qui était censé répondre à la crise de mars et avril derniers, révèle son contenu réel : c’est un mélange de miettes et de promesses creuses, sur fond de privatisation rampante de la Santé publique. Il est dénoncé comme tel par de nombreux soignants, qui attendent les prochaines semaines avec beaucoup d’angoisse et de colère.

Les cas de Covid se multiplient dans les établissements scolaires et les universités, faute de moyens pour appliquer des protocoles sanitaires – pourtant revus à la baisse… faute de moyens. Là encore, c’était prévisible et annoncé. Mais le gouvernement avait deux objectifs en tête : 1) que les parents d’élèves aillent travailler, ce qui suppose que les élèves aillent à l’école ; 2) y parvenir en dépensant le moins d’argent possible, donc sans mobiliser les moyens nécessaires. Résultat : selon le dernier bulletin de Santé publique France, publié le 24 septembre, les établissements scolaires et les lieux de travail sont deux foyers majeurs de contamination.

Bien sûr, le gouvernement explique autrement l’évolution de la situation sanitaire : c’est la faute de ceux qui « se relâchent », et en particulier de cette jeunesse irresponsable, indisciplinée, qui fait la fête dans des tenues « non-républicaines ». La jeunesse : coupable idéal ! Par contre, le gouvernement n’a rien à dire sur tous les salariés qui travaillent dans de mauvaises conditions sanitaires – et qui, trop souvent, doivent prendre des transports en commun bondés et mal aérés.

Dans le chaos des « mesures » que prend – ou ne prend pas – le gouvernement, la logique qui se dessine est très claire. Elle n’a pas changé depuis le début de l’épidémie : la priorité absolue de Macron, c’est de préserver les profits des grands capitalistes. Aucune mesure sanitaire ne doit entamer les dividendes que les mastodontes du CAC 40 versent à leurs actionnaires (au moins 37 milliards d’euros en 2020, selon Oxfam). Ceci passe avant tout le reste. Par exemple, la réduction de la « quatorzaine » à sept jours n’a pas d’autre justification : il s’agit de raccourcir la durée des arrêts maladie. La grande roue de l’exploitation capitaliste doit tourner, coûte que coûte.

Contre-feux

La détérioration de la situation sanitaire se double d’une situation économique et sociale catastrophique. Le gouvernement se réjouit d’une « reprise plus forte que prévu », mais la réalité concrète, dans l’immédiat, c’est une avalanche de plans sociaux et une explosion du nombre de licenciements. D’innombrables intérimaires sont privés de mission. Au total, des centaines de milliers de travailleurs ont basculé – ou risquent de basculer – dans la misère.

Dans ce contexte, le gouvernement a rallumé des contre-feux racistes et sécuritaires, qui sont abondamment alimentés par les grands médias bourgeois. Ces derniers se livrent à une propagande massive, quotidienne, qui vise en priorité les musulmans, une fois de plus, mais aussi l’ensemble des jeunes et des travailleurs issus de l’immigration. Sur les plateaux de télévision, ce sont d’interminables « débats » entre élus du Rassemblement National, « syndicalistes » policiers archi-réactionnaires, éditorialistes et « intellectuels » d’extrême droite – bref, la crème de la crème. Ajoutez-y la subtilité dialectique d’un Pascal Praud, et l’on se croirait dans une fin de soirée trop arrosée de l’Amicale de l’Ordre et de la Réaction.

Le mouvement ouvrier ne doit pas céder un pouce de terrain à cette propagande réactionnaire, qui vise à détourner notre attention des véritables responsables du chaos actuel – et à diviser notre classe suivant des lignes ethniques et religieuses. Malheureusement, les dirigeants du mouvement ouvrier ne sont pas toujours à la hauteur de la situation. Par exemple, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, n’a pas condamné l’opération de propagande contre Maryam Pougetoux, la vice-présidente de l’Unef, qui était voilée lors d’une audition de l’Assemblée nationale, ce qui a suscité les protestations théâtrales d’une députée LREM. Pire, Martinez a déclaré qu’« on aurait dû discuter sur les conditions de [la] venue » de Maryam Pougetoux, au nom de la laïcité et des « symboles républicains ». Cette position erronée – que Martinez est loin d’être le seul à soutenir, à gauche – a suscité de très vives critiques de militants de la CGT, à juste titre.

Contrôle ouvrier et nationalisations

De manière générale, il y a un décalage flagrant entre l’extrême aggravation de la situation sociale, dans le pays, et la politique – les idées, le programme, la stratégie – que défendent les dirigeants du mouvement ouvrier. L’aile droite des réformistes, les dirigeants du PS, de la CFDT, etc., se tournent vers le gouvernement et le patronat pour leur demander « un peu plus » de justice sociale, « un peu moins » d’inégalités – bref, de bien vouloir nous jeter quelques petites miettes. En vain. Il pleut, non des miettes, mais des mauvais coups.

Quant aux dirigeants réformistes les plus à gauche (FI, PCF, CGT, etc.), ils protestent – à juste titre – contre un « plan de relance » taillé sur mesure pour le grand patronat. Mais ils se tournent ensuite vers le gouvernement Macron pour lui demander d’obliger les capitalistes à augmenter les salaires, à améliorer les conditions de travail et à embaucher. Evidemment, les grands capitalistes font le contraire, avec l’assentiment du gouvernement, leur gouvernement, qui n’a pas l’intention de les obliger à quoi que ce soit.

Un article récent du Parisien rapportait ces propos de Philippe Martinez concernant les milliards d’euros versés dans les coffres des grandes entreprises : « Le gouvernement distribue des aides sans condition et cela pose vraiment problème. Nous militons depuis un moment pour qu’il y ait une réelle conditionnalité des aides financières, et notamment en termes de maintien de l’emploi. » C’est la même approche, en gros, que défendent les dirigeants de la FI et du PCF. Mais qui, au juste, est censé contrôler ce que font les grands patrons des subventions publiques ? Le gouvernement ? Il n’en fera rien. Le seul « contrôle » qui puisse forcer la main des grands patrons, c’est celui que les travailleurs exerceront eux-mêmes. La gauche et le mouvement syndical devraient lancer une vaste campagne, dans le pays, sur le thème du contrôle ouvrier des grandes entreprises. Les travailleurs doivent avoir accès aux comptes de l’entreprise ; ils doivent exercer leur pouvoir collectif pour imposer aux patrons des décisions permettant de sauvegarder l’emploi et les rémunérations. Bien sûr, cela suppose une très forte mobilisation des salariés concernés. Mais s’ils tenaient ce discours, les dirigeants du mouvement ouvrier trouveraient beaucoup plus d’écho, dans le salariat, que n’en trouvent auprès des ministres leurs vains appels à « contrôler » la classe dirigeante.

Enfin, face aux plans sociaux et aux fermetures, le mouvement ouvrier doit lutter pour la nationalisation – sous le contrôle démocratique des salariés – des entreprises en question. Ces deux mots d’ordre – contrôle ouvrier et nationalisation – doivent être liés entre eux et développés systématiquement, faits et chiffres à l’appui. Indépendamment de leurs effets immédiats, ces mots d’ordre ouvriront la perspective d’une lutte générale contre la grande propriété capitaliste, pour le pouvoir des travailleurs, pour la rupture avec un système en faillite, pour la transformation socialiste de la société.

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