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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

La tondue de Chartres/ Robert Capa / Annie Lacroix Riz

Publié le 27 Juillet 2021 par Vendémiaire in Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph...

La tondue de Chartres/  Robert Capa / Annie Lacroix Riz

LA TONDUE DE CHARTRES PHOTO ROBERT CAPA

Le 16 août 1944, Robert Capa, pionnier du photojournalisme, déclenche son Contax dans une rue de Chartres. Cette photo fera le tour du monde... © Robert Capa, 2001 By Cornell Capa/Magnum Photos

Qui était La Tondue de Chartres immortalisée par Capa ?

Mardi 27 Juillet 2021

Maud Vergnol

Cette photo est devenue le symbole du sort réservé à la Libération à 20 000 femmes soupçonnées de « collaboration horizontale » avec l’ennemi. Mais Simone Touseau, dont le photojournaliste ne connut jamais l’histoire, était surtout accusée d’avoir dénoncé ses voisins, qui furent déportés.

C’est une image peu glorieuse de la Libération, immortalisée par Robert Capa le 16 août 1944. Le pionnier du photojournalisme a débarqué dix jours avant à Omaha Beach. Après la longue bataille du Bocage normand, quand il atteint Chartres, il est attiré par des cris. Une femme tondue, le front marqué au fer rouge, son bébé serré dans ses bras, s’avance dans les rues de la ville sous les insultes d’une foule vengeresse. Capa se place devant le cortège et déclenche son Contax.

Publiée à la une de Life Magazine, le 4 septembre 1944, l’image fera le tour du monde et deviendra le symbole de la tonte de près de 20 000 Françaises, soupçonnées de collaboration avec l’ennemi ou de relations sexuelles avec un Allemand. Sous les huées et les crachats, on leur accroche des pancartes « Poules à Boches ». Le corps des femmes sert d’exutoire après cinq années de terreur et d’humiliations, quand les élites impliquées dans la collaboration, elles, sont protégées, recyclées jusqu’aux hautes sphères de la fonction publique (1). La haine populaire reproduit les méthodes de l’ennemi, des nazis qui ont tondu les déportés, mais aussi des franquistes qui ont rasé les républicaines. Mais si la Tondue de Chartres symbolise ce carnaval triste de la Libération, l’histoire est un peu plus complexe, comme le révèle la formidable enquête réalisée par Philippe Frétigné et Gérard Leray (2).

La maîtresse d’un soldat du Reich

Elle s’appelle Simone Touseau. Fille de commerçants déclassés d’extrême droite, elle ne cache pas sa fascination pour le nazisme, affirmant qu’ « il nous faudrait un type comme Hitler ». Sous l’Occupation, la jeune femme de 22 ans, qui a adhéré au PPF, parti collaborationniste de Doriot, devient interprète dans les services administratifs allemands, puis la maîtresse d’un soldat du Reich, Erich Göz. Envoyé sur le front de l’Est et blessé, il est rejoint par Simone Touseau en Allemagne en 1943. Une fois rétabli, il est renvoyé sur le front russe, où il meurt en juillet 1944.

Elle est enceinte. Ce mercredi 16 août 1944, son bébé a trois mois lorsqu’elle est regroupée dans la cour de la préfecture de Chartres avec d’autres personnes soupçonnées de collaboration. Trois hommes sont exécutés, onze femmes livrées aux ciseaux. Accusée de « collaboration horizontale » mais surtout d’avoir dénoncé des voisins qui ont été déportés, elle évite de peu le peloton d’exécution, faute de preuves. Après quelques mois de prison, elle sortira libre à la fin 1946, condamnée à dix ans « d’indignité nationale ». Dépressive, elle sombre dans l’alcoolisme et meurt en 1966 à l’âge de 45 ans.

(1) À lire : la Non-Épuration en France. De 1943 aux années 1950 , d’ Annie Lacroix-Riz. é ditions Armand Colin.

(2) La Tondue. 1944-1947 , de Philippe Frétigné et Gérard Leray. Éditions Vendémiaire.

La tondue de Chartres/  Robert Capa / Annie Lacroix Riz

La tondue de Chartres / Débat épuration/non-épuration - avec Annie Lacroix-Riz

https://www.youtube.com/watch?v=xFbAiZg_6WM

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