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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Guennadi Ziouganov : une opération de “déstabilisation” est menée contre la Russie

Publié le 21 Janvier 2022 par Vendémiaire in Europe Est & Centrale

Guennadi Ziouganov : une opération de “déstabilisation” est menée contre la Russie

Je dois dire que cette campagne présidentielle franco-française a connu hier un sommet caricatural au Parlement européen quand on a vu Jadot, puis le représentant du Rassemblement National, interpeller le président MACRON comme s’ils cherchaient l’occasion d’un débat que Macron leur refuse. Alors qu’on ne cesse de nous répéter que les Français se désintéressent des questions internationales, rien ne disait mieux la perte de souveraineté française que cette manière de déplacer la campagne présidentielle française là où on accepte de fait que se joue la paix et la guerre: dans l’UE avec un monarque qui ne doit aucun compte à ses concitoyens. C’est d’autant plus dramatique que, comme nous en avise ici le président du Comité central du Parti communiste, ce qui se joue est gravissime et ne pas en informer les Français au moment de leur choix relève d’une forfaiture inscrite dans les institutions de la Ve République. (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop pour histoireetsociete)

Le 18 janvier, lors de la première réunion de la session de printemps de la Douma d’État, le président du Comité central du Parti communiste, le chef de la faction communiste de la Douma d’État G.A. Ziouganov a pris la parole. Nous vous proposons le texte et la vidéo de son discours.

https://kprf.ru/party-live/cknews/207955.html

2022-01-18 14:33 (mise à jour : 2022-01-19 00:36)

– Chers collègues, la question de la sécurité nous met aujourd’hui dos au mur. Et lorsque une question prend un tour aussi aiguë, elle ne peut être mise de côté ou reportée. Elle doit être résolue. L’OTAN est déjà au cœur de la Russie et de la civilisation russe, même si je vous ai demandé il y a longtemps de déclarer officiellement que nous ne tolérerions pas l’avancée de l’OTAN en Ukraine ou dans les pays baltes. Mais à l’époque, je n’ai pas été entendu.

Je soutiens ce qui est essentiellement un ultimatum à l’Occident que Poutine a promulgué. Mais si nos demandes absolument justifiées sont rejetées, il faudra prendre de nouvelles mesures cruciales. Et pour les prendre, nous avons besoin d’une consolidation maximale de la société, d’une mobilisation de toutes les forces et ressources politiques. Il est également nécessaire de comprendre les conséquences de ces mesures. Elles ont certainement été réfléchis – y compris par les dirigeants politico-militaires. Mais j’insiste pour que nous nous réunissions tous et décidions de ce qu’il faut faire ensuite. Il ne doit pas y avoir de désunion ici.

Je demande depuis longtemps au Président de soutenir autant que possible les forces patriotiques de gauche sur la scène mondiale. Nous avons reçu 132 délégations du monde entier pour célébrer le 100e anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre. Et ils nous ont tous soutenus sur la Crimée, sur Sébastopol, sur le Donbass et sur d’autres questions de politique étrangère. Mais malheureusement, les forces de gauche sont toujours persécutées. Notre camarade Horjan est en prison pour la troisième année en Transnistrie. Les entreprises populaires sont détruites par le gang Sablinsko-Palihatov, agissant de concert avec les juges et les procureurs. Nos militants continuent eux aussi d’être persécutés. Et cela se fait avec la participation des organes chargés de faire respecter la loi. C’est absolument inacceptable ! Ma consultation avec le Président sur les événements au Kazakhstan montre qu’il a donné les ordres nécessaires sur ces questions. Je demande donc aux dirigeants de Russie Unie et à l’administration présidentielle de les mettre en œuvre.

La situation au Kazakhstan est très inquiétante et révélatrice pour nous tous. À une époque, j’ai participé à un exercice militaire majeur sur son territoire. Là-bas, j’ai eu la chance de parler devant les dirigeants de tous les partis asiatiques, devant les élèves de l’école de Nazarbaiev, où sont formés des jeunes hommes et des jeunes femmes talentueux et compétents. Mes amis et collègues connaissent également bien le Kazakhstan. Mon adjoint Kachine y a fait son service. Mes amis et moi avons accueilli les premiers réfugiés lorsque de grandes unités de construction ont dû quitter cette république.

Pensez-y, c’est la période des fêtes, tout le monde est d’humeur à passer un joyeux Nouvel An. Et pendant ce temps, au Kazakhstan, on dénombre 225 morts, quatre mille cinq cents blessés, dix mille arrestations, et rien ne s’est encore calmé. En regardant le comportement du président Tokaiev, j’ai compris : soit nous aidons immédiatement avec les casques bleus de l’OTSC, soit ce pays s’effondrera en un jour. Dans douze grandes villes, des manifestations simultanées ont éclaté. En fait, des bandits, des pillards et des criminels sévissaient dans les rues, déterminés à profiter de la protestation sociale et à prendre le pouvoir. Tout était organisé avec une telle compétence que je me suis étonné que les agences de sécurité, ni les nôtres ni celles des Kazakhs, n’aient pas empêché cette horreur.

Nos émissions ont montré les efforts de maintien de la paix de manière très détaillée. Mais l’essentiel n’a pas été mentionné. Et la chose principale est la pauvreté, la russophobie, le nationalisme et l’humiliation, qui ont créé le terrain pour l’explosion sociale. 44 % de la population du Kazakhstan avoue n’avoir assez d’argent que pour la nourriture. Le revenu minimum y est de 6 300 roubles. C’est moitié moins qu’en Russie, bien qu’il soit déjà très bas chez nous. Et votre refus d’accepter notre proposition : fixer le revenu minimum à 25 000 est totalement injustifié ! Nous devrons de toute façon prendre cette décision, si nous ne voulons pas voir le même désordre dans nos rues !

La russophobie et le nationalisme ont atteint des proportions sans précédent au Kazakhstan. Il y avait 16 000 membres d’ONG qui opéraient là-bas. C’est-à-dire un pour 1200 personnes dans la population, ou par bloc d’appartements. Et tous ouvertement russophobes. J’espère qu’il sera mis fin à cette pratique odieuse. Mais ce problème n’a fait l’objet d’aucune discussion sérieuse, que ce soit à la télévision ou dans l’enceinte de la Douma d’État. Avec le peuple du Kazakhstan, nous avons défriché les Terres vierges, nous avons remporté la Victoire et nous avons fait notre chemin dans l’Espace. Et nous n’avons jamais eu de confrontation avec les Kazakhs. Le Kazakhstan est en partie soumis à la grande puissance russe depuis 130 ans. La moitié de la population y a été exterminée dans des guerres civiles. Et nous avons tout fait pour protéger et défendre le peuple kazakh.

Il me semblait que Nazarbaiev était un homme politique clairvoyant. Mais sous sa direction, ils ont commencé à expulser les Russes et à introduire l’alphabet latin. Je l’ai rencontré et lui ai dit : qu’est-ce que tu fais ? L’alphabet latin pour ceux qui parlent russe n’est acceptable d’aucune manière. Il s’agit d’un changement de mentalité, de structure spirituelle et de philosophie de vie !

Au début des années 90, le nombre de Russes et de Kazakhs au Kazakhstan était presque égal. Mais aujourd’hui, sur les plus de six millions de Russes, il n’en reste que trois et demi. Il y avait un million d’Allemands, mais ils sont presque tous partis. Il y avait 900 000 Ukrainiens, mais eux aussi ont quitté le pays. Le même sort a été réservé aux Biélorusses et aux Tatars. Mais pourquoi ne soulevons-nous pas cette question officiellement dès aujourd’hui, alors que la situation est devenue si tendue? Nous devons la résoudre posément.

Il est nécessaire d’assurer une protection fiable de Baïkonour. Et la protection de nos intérêts économiques. Le Kazakhstan a notre meilleure usine pour la production de plutonium militaire. Cependant, les ressources en matières premières de la république sont passées en grande partie sous le contrôle des Anglo-Saxons, des Hollandais et des Français. Ils leur ont pratiquement donné le pétrole, le gaz, les mines d’uranium. Mais c’est nous tous – le peuple soviétique –qui les avons développés. Même dans le gouvernement du Kazakhstan, il n’y avait pas un seul ministre russe. Maintenant, je pense que nous en avons un. Comment un jeune homme peut-il s’épanouir et réaliser quelque chose là-bas, s’il n’y a aucune perspective d’avancement élémentaire ? Il existe une autonomie culturelle et d’autres formes de coexistence civilisée et réussie de différents peuples dans un même pays. Prenons donc des décisions en conséquence !

Je vous le répète, 2022 ne sera pas une année paisible ! Je l’ai dit ouvertement au Président et au Premier ministre. Il ne peut y avoir de paix avec cette économie, avec ce budget, avec cette attitude envers les gens, avec ce salaire minimum. Avec une réforme des retraites qui doit être abrogée immédiatement !

Le président a tenu une importante réunion du Conseil d’État sur la science. On peut être considéré comme un grand pays si on a une grande science, une grande histoire et une grande culture. Et si on est autosuffisants. Mais il ne suffit pas de le proclamer en paroles. Il faut poursuivre une politique appropriée. Or nous n’avons que 0,2% du budget consacré à la science fondamentale. Pour les sciences appliquées, 0,8 %. Nous dépensons trois fois moins en science que la Chine, cinq fois moins que l’URSS et que le Japon ou la Corée du Sud aujourd’hui. Vous ne pouvez pas atteindre une véritable croissance si vous êtes technologiquement à la traîne. Et la numérisation s’avérera un énorme désastre pour vous si elle se déroule dans un environnement de dépendance technologique vis-à-vis de l’Occident. Nous devons donc prendre des décisions responsables dans ce domaine également. Mais sans un changement de cap, sans une nouvelle politique financière et économique, rien ne sera possible.

Je me tourne maintenant vers le président de la Douma. Monsieur le Président, vous avez fait beaucoup au cours de la précédente législature pour que les problèmes essentiels soient discutés dans cette salle. Nous devons poursuivre cette tradition ! Notre équipe dirigée par Kolomeitsev a mis le budget de développement sur votre table. Kachine, en collaboration avec les meilleurs scientifiques, l’a mis au point de manière exhaustive. Un programme exceptionnel de sécurité alimentaire a été élaboré. Mme Ostanina et la commission de la famille, des femmes et des enfants qu’elle dirige font beaucoup pour protéger les mères et les enfants. Sans la mise en œuvre de nos propositions, il ne sera pas possible de résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté. Une fois encore, je vous invite à vous réunir pour une discussion sérieuse. 

Il y a deux façons de gouverner : discuter ensemble et trouver les meilleures solutions, c’est le rôle du Parlement. L’alternative est de resserrer les vis. Malheureusement, on essaie d’imposer la deuxième voie. J’ai demandé à Kolomeitsev qu’il mette ensemble les lois Klishas et Krasheninnikov. Nous les avons analysées. Il s’agit de 22 lois, dont 18 resserrent l’étau autour du cou de la société. Qui en a besoin ?

J’explique à Krasheninnikov – il me semble être une personne douée de bon sens. La Russie n’a existé en tant qu’État fort que s’il y avait une verticale du pouvoir intelligente, forte et volontaire – à commencer par le souverain. Et si toutes les formes de vie collective et de prise de décision collective étaient mobilisées. Même un cruel propriétaire n’interférait pas avec les décisions de la communauté paysanne. Même Pierre le Grand n’a pas réussi à ramener un seul fugitif du Don. Bien qu’il ait émis un édit spécial après que les propriétaires de la province de Koursk se soient plaints que de nombreux serfs s’enfuyaient vers le Don. À cette époque, le cercle des Cosaques du Don s’est assis pendant une journée et a répondu à Pierre par une seule phrase : “aucun fugitif du Don ne peut être livré”. Et ils n’ont livré personne. Et maintenant, vous avez fait passer une nouvelle loi qui détruit tout le système de gestion horizontale et de rétroaction entre les autorités et la société, sans lequel un État multiethnique ne peut exister. Cette exigence découle des traditions fondamentales du peuple russe et des autres peuples de notre pays. Il faut absolument en tenir compte. Et pas pour faire taire les gens, comme vous le faites.

Sans entreprises populaires, sans volonté collective, sans création commune au nom d’idées fédératrices, sans capacité de travail, on ne peut obtenir de résultats satisfaisants. Vous avez introduit les agro holdings dans les campagnes, et il n’y a plus de travail pour les femmes. Et maintenant vous faites passer une loi qui élimine toute forme de gestion collective. Ceux qui vivent dans les zones rurales devront parcourir cinquante kilomètres pour obtenir un quelconque certificat !

Maintenant, une opération de “déstabilisation” est menée contre nous. J’en ai déjà parlé depuis la tribune de la Douma. Je vais répéter le sens de cette opération. Trois lois ont brisé l’URSS : sur la priorité de la législation russe sur celle de l’URSS, sur le libre-échange et sur la liberté des prix. Et le pays a disparu. Aujourd’hui, le pays est brisé de la même manière par un budget qui ne correspond pas du tout à ses besoins, formé selon un schéma colonial. Nous augmentons les prix, volons les citoyens, enrichissons l’oligarchie, faisons le commerce des matières premières et n’investissons rien dans les industries de pointe. Le résultat est la dégradation de l’économie et de la sphère sociale et l’extinction.

Qui met sur le bureau du président des données indiquant que nous avons un budget à vocation sociale ? Ils n’ont rien à voir avec la réalité ! Sur quatorze articles, neuf ont été coupés. Cela comprend tous les éléments sociaux, y compris les soins de santé et les produits pharmaceutiques. Ils ont été réduits d’un total de 670 milliards de roubles.

Le rythme des ventes d’or est choquant. En deux ans, 600 tonnes ont été extraites et tout est parti à l’étranger. Où avez-vous vu une attitude aussi irresponsable à l’égard des réserves d’or du pays ?

Les entreprises d’Etat et à gestion municipale. Je vous ai exhorté à ne pas les remettre entre les mains du capital privé ! Les autorités locales ne sont pas en mesure de gouverner si ni l’électricité, ni les égouts, ni les tramways, ni les services publics ne leur sont subordonnés. Vous ouvrez vous-même la voie à une répétition des événements qui viennent de se produire au Kazakhstan !

Quant au système politique. “L’élection sur trois jours”, le vote à distance, le vote à domicile – tout cela sape l’idée même d’élections équitables et démocratiques. C’est la destruction du système politique ! Il menace de chaos et de confusion. Qui en profitera, qui prendra le pouvoir si nous les laissons se produire ? Aurons-nous droit encore une fois à des sangsues, des oligarques, des ultra-nationalistes ? Pensez-y : aucune des lois fondamentales sur lesquelles notre pays millénaire s’est construit n’est plus en vigueur ! Cette situation est très dangereuse et doit être changée de toute urgence !

Nous entrons dans une année de centenaire – le centenaire de l’URSS, le centenaire des pionniers. Nous avons une expérience soviétique unique. Si nous tirons le meilleur de notre héritage, nous serons en mesure de surmonter la crise et de répondre avec dignité à toute menace extérieure. Mais nous devons le faire de manière rationnelle et intelligente. Nous sommes prêts pour cela. Et nous vous appelons à un dialogue complet et constructif !

 

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