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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Youri Afonine : pour un partenariat stratégique avec la Chine, les autorités russes doivent abandonner complètement l’antisoviétisme et l’anticommunisme

Publié le 9 Mai 2022 par Vendémiaire in Europe Est & Centrale, Asie, International, Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph...

Youri Afonine : pour un partenariat stratégique avec la Chine, les autorités russes doivent abandonner complètement l’antisoviétisme et l’anticommunisme
Nous avons bien des fois insisté ici sur la manière dont les Chinois étudiaient la chute de l’URSS, non seulement comme chute d’un parti communiste mais avec cela la fin de la souveraineté pour les pays rassemblés sous la bannière de l’URSS. Le parti communiste de Russie insiste ici sur cette dimension patriotique qui tranche avec la capacité des capitalistes à vendre leur patrie. Le 9 mai et la guerre en Ukraine sont l’occasion de rappeler les conclusions auxquelles ont abouti les Chinois concernant la paix et la souveraineté des peuples, le rôle joué seulement pas le socialisme et la mise au pas des appétits du capital, la bête sauvage dirait HEGEL (note de danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop)

https://kprf.ru/party-live/cknews/210465.html

6 mai 2022

Les autorités chinoises ont publié un décret demandant aux différents départements et unités administratives à tous les niveaux d’intensifier leurs efforts pour protéger les reliques culturelles liées à la révolution chinoise. Qu’est-ce que cela signifie pour les perspectives de la Chine ? Et pourquoi est-ce important pour la Russie ? Explications de Youri Afonine, premier vice-président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie.

L’ordre a été émis conjointement par le Comité d’État pour la protection du patrimoine culturel de la République populaire de Chine et la Division de la propagande du Comité central du Parti communiste chinois. Le document indique que “les reliques culturelles révolutionnaires sont des biens précieux pour le Parti et le pays”. Les autorités locales ont pour instruction de classer systématiquement les sites du patrimoine culturel et d’inclure ceux qui répondent aux exigences dans la liste des reliques culturelles révolutionnaires.

La révolution chinoise a été un processus historique long et extrêmement vaste dans la lutte du peuple chinois pour le socialisme. Son point de départ a été la création du parti communiste chinois en 1921. Son premier congrès n’a réuni que 13 délégués, représentant 7 cercles marxistes avec un total de 53 personnes. Cinquante-trois communistes pour un pays de plus de 400 millions d’habitants – trois fois plus qu’il n’y en a en Russie aujourd’hui. Mais, comme l’a écrit Lénine, “la doctrine de Marx est toute-puissante parce qu’elle est juste”. Le parti communiste chinois a adopté cette puissante doctrine et s’est développé d’année en année, unissant d’abord des milliers, puis des millions de personnes.

Dans les années 1920, le PCC a combattu aux côtés du Kuomintang, qui était encore une force révolutionnaire à cette époque. Avec le Kuomintang, les communistes chinois ont organisé la campagne du Nord, qui s’est soldée par la défaite de nombreuses cliques militaristes associées aux puissances impérialistes et a conduit à l’unification du pays. Après le coup d’État contre-révolutionnaire de Tchang Kaï-chek en 1927, les communistes chinois sont entrés dans la clandestinité et ont subi la plus dure répression. Mais bientôt, avec le soutien populaire, les communistes chinois ont commencé à établir des zones libérées. Sous la pression des forces punitives du Kuomintang, les communistes entreprirent la Grande Marche : l’Armée rouge chinoise parcourut 8 000 km du sud-est au nord-ouest, dans des conditions terribles, constamment repoussée par les forces ennemies supérieures, et y établit de nouvelles bases révolutionnaires. Suivirent huit années de lutte simultanée contre les envahisseurs japonais et les contre-révolutionnaires de Tchang Kaï-chek. Et en 1945-1949, les communistes ont vaincu le Kuomintang dans la guerre civile, malgré le fait que les États-Unis injectaient des dollars et des armes dans le régime de Tchang Kaï-chek. La conclusion victorieuse de la révolution a été la fondation de la République populaire de Chine. Cette lutte révolutionnaire de trente ans s’est accompagnée de la mort de millions de communistes. Aujourd’hui encore, l’État chinois rappelle la nécessité d’honorer cette histoire héroïque.

Ayant visité la Chine à de nombreuses reprises avec des délégations du KPRF, je peux dire que dans ce pays, les monuments de l’histoire révolutionnaire sont pratiquement en parfait état. Tous les bâtiments associés à tel ou tel épisode de la révolution ont été soigneusement préservés. Et de majestueux bâtiments muséaux modernes sont construits à côté d’eux, où sont conservés comme reliques des documents, des armes, des bannières, des livres et des objets de tous les jours qui étaient entre les mains des dirigeants communistes chinois et des héros du XXe siècle. Cependant, une nouvelle directive des autorités chinoises a appelé à un effort encore plus important pour identifier et préserver les monuments révolutionnaires.

Dans la culture chinoise, la signification des mots est très forte. Les autorités locales ne lancent pas des mots au hasard. Et chaque mot est pesé et pensé. La nouvelle directive des autorités chinoises envoie un autre signal clair : il n’y aura pas de recul par rapport à l’idéologie communiste, ni de remaniement révisionniste de l’histoire révolutionnaire chinoise. De tels signaux doivent être envoyés de temps en temps. Après tout, Taïwan et l’Occident comptent toute une “armée” de spécialistes de la RPC qui prédisent régulièrement un tel revirement idéologique pour la Chine. Ce revirement, selon eux, devrait être un prologue à la “perestroïka” chinoise que le monde occidental attend avec impatience. En substance, les autorités de Pékin ont une nouvelle fois déclaré à leur pays et au monde entier : nous sommes fidèles à nos idéaux, la Chine poursuivra son développement en tant qu’État socialiste.

Il convient également de noter que les thèmes historiques révolutionnaires occupent également une grande place dans la culture chinoise contemporaine. En voici un exemple frappant. L’année dernière, le film le plus lucratif au monde était un nouveau blockbuster américain sur l’homme araignée. Ce n’est pas une surprise : Hollywood a rendu la majeure partie de l’humanité accro à ses produits, et la sortie de chaque film des célèbres franchises cinématographiques s’accompagne d’une gigantesque campagne publicitaire. Mais le deuxième film le plus rémunérateur au box-office a été le film chinois “Battle of Chosin Reservoir” (traduit également par “Bataille du lac Changjin”), consacré aux événements historiques de 1950, lorsque des volontaires chinois ont aidé les communistes nord-coréens à défendre leur pays contre l’agression américaine. Le film a rapporté près d’un milliard de dollars au box-office !

Parmi les autres œuvres majeures du cinéma chinois consacrées aux événements révolutionnaires historiques, on peut citer : “La grande cause de la fondation de l’État” (sur les événements de la guerre civile de 1945-1949), “La grande cause de la fondation du parti” (sur la création du PCC), “La grande cause de l’armée” (sur le soulèvement de Nanchang en 1927, qui est devenu l’anniversaire de l’armée communiste chinoise), “Mao en 1949” (le titre lui-même souligne la continuité avec les célèbres films soviétiques “Lénine en octobre” et “Lénine en 1918”), une série biographique “Mao Zedong”.

Les films historiques chinois sont, bien entendu, totalement impensables avec les clichés inhérents à la plupart des films et feuilletons russes contemporains sur la révolution et l’ère soviétique, tels que les cruels agents du KGB, les généraux “bouchers” ivres et stupides, les dirigeants révolutionnaires acceptant l’argent des états-majors étrangers et autres.

Les événements qui se déroulent aujourd’hui en Chine revêtent une grande importance pour la Russie. Nous devons être très clairs : après le début de l’opération militaire spéciale en Ukraine en février 2022, après que l’Occident a déclaré une guerre économique totale à la Russie, nous n’avons tout simplement pas d’autre choix qu’un partenariat stratégique à long terme avec la Chine.

L’actuelle Fédération de Russie représente 3% de l’économie mondiale (en termes de PIB en parité de pouvoir d’achat), tandis que l’Occident “collectif” en représente 42%. Avec un tel rapport de force, nous ne pouvons survivre dans cette lutte sans alliés puissants. Seule la Chine socialiste, qui a déjà dépassé les États-Unis en termes de volume économique et continue de croître très rapidement, peut consommer la plupart des produits russes que l’Occident refuse d’acheter aujourd’hui. C’est la Chine qui peut remplacer les produits occidentaux sur notre marché et devenir un donateur de technologie pour la nouvelle industrialisation dont la Russie a tant besoin aujourd’hui. Ce n’est qu’en coopération avec les puissantes forces armées chinoises que nous pourrons garantir de manière fiable notre sécurité stratégique sur tous les fronts.

Mais un partenariat stratégique exige également une certaine communauté d’idées et d’appréciation du passé historique. La Chine tient en haute estime les traditions révolutionnaires du XXe siècle. Mais l’Occident utilise maintenant les événements en Ukraine pour démolir les monuments de Lénine. De telles décisions sont désormais prises même en Finlande, qui doit pourtant son indépendance à Vladimir Lénine. Les cercles dirigeants occidentaux ont décidé d’utiliser les relations tendues avec la Russie pour donner un tournant à droite à leur politique et à leur idéologie. Au même moment, le mausolée de Lénine est à nouveau drapé à Moscou, et à la veille du 9 mai, près des frontières chinoises – dans le centre de Khabarovsk – on a pensé à enfermer le monument de Lénine avec des panneaux en contreplaqué (est-ce que quelqu’un veut faire de cette pratique une habitude ?). La diplomatie chinoise fait preuve d’une retenue exceptionnelle et ne permet pas de déclarations qui pourraient être interprétées comme une ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays. Pékin n’enverra pas de notes de protestation à cet égard. Toutefois, il serait erroné de penser que la direction du parti communiste chinois ne prête pas attention à ces événements et ne tire pas de conclusions.

La Russie a aujourd’hui besoin de ce virage à gauche pour diverses raisons : à la fois pour son développement interne et pour obtenir des alliés fiables et solides. La Russie et la Chine devraient ensemble devenir le pilier d’un nouvel ordre mondial, juste et raisonnable.

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