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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

au-delà des effets d’annonce, Poutine a gagné la guerre, par Sacha Bergheim

Publié le 21 Août 2022 par Vendémiaire in International, Europe Est & Centrale

au-delà des effets d’annonce, Poutine a gagné la guerre, par Sacha Bergheim
20 août 2022

[compte tenu des circonstances, ce ne sont que des linéaments sans recensement complet des sources utilisées] précise dans cette mise en perspective lucide un commentateur israélien qui revendique aussi son appartenance à l’Europe des lumières et du mouvement ouvrier. Cette analyse rejoint la nôtre à savoir que le régime de Zelensky est en train de se prendre une raclée maison et est dans l’incapacité de faire ce qu’il dit non seulement sur le strict plan militaire mais tout simplement financier; cette propagande de guerre victorieuse n’a qu’un but continuer à faire payer aux contribuables des “forces alliées” ce coût exorbitant d’une défaite programmée. Parce qu’effectivement sans que nous ayons été le moins du monde consultés nous devons alimenter cette guerre qui est en train une fois de plus de conduire l’armada US et occidentale à la défaite. Mais parce que la situation est justement celle-là et qu’au niveau international elle bouscule la géopolitique fondée sur l’hégémonie US, la situation est extrêmement dangereuse. La chute sur le refus suicidaire de l’Union européenne de recourir aux compétences de “l’Etat juif” est à la fois déroutante et intéressante tant elle témoigne de l’existence d’un courant “réaliste” en Israël qui ne voit aucun avenir dans l’allié américain et qui de l’UE à la Russie et la Chine propose une approche qui tienne compte du changement du monde, et ce courant n’est pas le seul à comprendre par quelle transformation passe la survie (je pense au Pape, à la Turquie et d’autres qui comme Kissinger ont une vision pragmatique). Mais Sacha Bergheim va encore plus loin il propose cette évolution à partir des valeurs humanistes et révolutionnaires, un retour du Bund. (note de Daniel Bleitrach pour histoireetsociete)

illustration, un ami qui vit fréquemment en Russie, à Kazan m’envoie la photo de quelques enseignes occidentales qui passées aux mains des Russes après abandon par leurs propriétaires ont changé de nom, sans réellement changer de logo : ainsi Mac Do est devenu “oncle Vania”

Comme à l’accoutumée, les effets d’annonce remplacent la réalité de terrain, les opérations de diversion militaire font office de campagne de communication et les illusions demeurent de la part de nos dirigeants sur leurs capacités à influencer concrètement la poursuite du conflit.1 dit Sacha Bergheim.

La non-offensive de Kherson

Commençons par une rapide revue des offensives ukrainiennes. Certains “spécialistes” comme Xavier Tytelman n’hésitaient pas à reprendre l’annonce selon laquelle les forces ukrainiennes étaient arrivées dans la banlieue de Kherson. Depuis, je n’ai pas entendu parler de combat urbain…

Mikhal Podolyak, conseiller du président Zelenski, a cru bon d’avouer publiquement que si, ultimement, dans un monde parallèle sans doute, la reconquête de l’ensemble du territoire reconnu de l’Ukraine sera réalisée, il s’agissait en réalité d’une opération de guerre informationnelle, mais qu’aucune offensive n’était en réalité conduite, au-delà de quelques escarmouches autour de deux ou trois villages dans la steppe pontique. Il est vrai, comme le colonel Goya, peu suspect de poutinisme, que la réalité militaire allait à l’encontre de la pertinence même du terme “offensive” (avec toute sa délicatesse, le colonel concluait sa revue militaire que toute “offensive” serait très, très difficile – une antiphrase pour qui sait qu’une offensive très très difficile n’en est pas une -).

Donc, une opération de guerre psychologique à Kherson, mais dans quel but? Influencer les Russes qui disposent toujours de leur réseaux de satellites et d’information sur le terrain, dans une région plate de champs ouverts où tout regroupement de troupes et blindés ne peut pas passer inaperçue? Non, il ne pouvait s’agir que de vendre à l’opinion publique des pays donateurs non pas une victoire, mais la “perspective d’une possibilité” d’action, l’illusion qu’il y aurait une victoire potentielle, et que les livraisons d’armes en tout genre auraient une efficacité sur le terrain.

Il est évident que si nos dépensons des fortunes pour un résultat nul, cela n’a aucun sens. Marketing oblige: nous allons reprendre Kherson. Dieu seul sait comment.

Donc le roman de l’offensive sur Kherson et l’isolement du corps russe d’environ 20 000 hommes sur la rive droite du Dniepr ne sont qu’une opération de communication. Nous avons eu droit à l’affirmation de l’autorité du leader militaire, Zelenski, qui parle en lieu et place du général Zalujny, les annonces d’une mobilisation exceptionnelle (le million d’hommes, expression d’une nation entière mobilisée), les Wunderwaffen censées assurer le renversement sur le terrain, … mais aussi un premier report, un second, le silence sur les opérations russes (destruction de postes de commandement, élimination des officiers ukrainiens lors d’une réunion censée être secrète), et au final après un report d’un mois, l’offensive n’a donné comme résultat que des échanges de tirs d’artillerie et la modification accessoire de la ligne de front de plusieurs hameaux passant d’une main à l’autre.

Au final, comme dans le nord-est à Kharkov, les Russes ont plutôt tendance à reprendre la main à chaque fois et le terrain perdu. 2

Les opérations de diversion des HIMARS

Mais, me dira-t-on, nous n’avons pas vu l’action croissante des systèmes d’armement occidentaux comme le fameux HIMARS dans ses trois déclinaisons, entièrement couper les lignes d’approvisionnement de l’armée russe qui serait non seulement isolée à l’ouest, mais n’aurait plus les moyens de poursuivre ses actions comme quelques semaines plus tôt?

L’armée russe n’a-t-elle pas parlé de pause opérationnelle, aveu maladroit qu’elle a perdu l’initiative et le souffle dans sa guerre de conquête?

Il est certain que ponctuellement, les systèmes MRLS à guidage GPS montrent une efficacité redoutable à un niveau tactique, de la même façon qu’un sniper qui n’est pas repéré peut éliminer des cibles avec brio. Néanmoins un sniper, ou un escadron de snipers ne gagnent pas la guerre.

Et ces opérations spectaculaires ont aussi un sens gênant: si les missiles du HIMARS ont endommagé les trois ponts sur le Dniepr, ils ne les ont pas détruits: leur destruction impliquerait que les forces ukrainiennes renoncent de facto à toute libération du reste de l’oblast de Kherson (rive gauche), les tirs ont donc conduit à réduire les capacités de passage de véhicules lourds, néanmoins, ils font peser un risque élevé à la population à deux niveaux : bombarder un barrage met en danger la population en cas de rupture du barrage mais aussi, dans ce cas précis, de surchauffe des réacteurs encore actifs à la centrale nucléaire de Zaporojie, dont les systèmes de refroidissement dépendent d’une retenue d’eau, qui est bombardée pour limiter le ravitaillement russe.

Cela n’a pas, information gênante, empêché une nouvelle concentration de forces russes sur la rive droite du Dniepr et des opérations offensives reprises au sud de Kriviy Rih. Cela révèle une chose: autant les HIMARS peuvent se montrer précis et destructeurs, autant ils ne peuvent pas changer le cours de la guerre car ils n’agissent qu’à un niveau tactique et ponctuel.

Au niveau opérationnel, les missiles Himars à 100.000$ pièce sont aisément détectables par les systèmes S300 russes. La parade utilisée est le leurre avec des lancements multiples par plusieurs types de MRLS, des drones et des salves de himars saturant temporairement le système et permettant au final à plusieurs missiles de passer, avec un ratio de performance au final assez bas.

Les sources ukrainiennes ont décrit que la ligne de front depuis Kharkiv jusqu’à Kherson est passée de 50 000 frappes par jour à 70 000 frappes par jour (obus, missiles, roquettes…) Autrement dit, en dépit de la destruction de dépôts de munitions, l’intensification des opérations de pilonnage russe montre que des tactiques de dispersion et multiplication des voies de ravitaillement a été entreprise.

Au lieu de disposer d’un hub régional pour le ravitaillement, les Russes ont simplement multiplié les dépôts de munition, fait conduire des camions sur des trajets différents, ce qui au final rend le HIMARS inopérant sur la conduite globale de la guerre. Ce qui est en revanche plus problématique, c’est la nécessité pour les Américains de constamment accroître la puissance et la létalité des armes engagées en Ukraine, ce qui conduit de facto à entrer en belligérance concrète contre les forces russes, sans que l’on ne mesure les conséquences possibles de cet engagement.

Suite à l’affaire du bombardement par l’armée ukrainienne du centre de détention de Yelenovka par des missiles himars, le conseiller du président ukrainien Podolyak avait insisté sur le fait que non seulement les coordonnées GPS sont fournies par le renseignement américain ou britannique mais que les Américains disposent d’un véto sur la cible choisie.

Si on va plus loin, il est à remarquer que les bases militaires de Crimée récemment visées avec succès indiscutable dépassent la portée des missiles fournis à l’Ukraine officiellement.

Les Américains ont donc fourni les fameux missiles ATACMS d’une portée de 300km, seuls à même de pouvoir frapper une base de manière aussi précise. Si une armée fournit à une autre les armes, le renseignement et participent à la décision et la réalisation d’une opération offensive, n’est-elle pas déjà engagée militairement contre l’adversaire?

C’est le cas aussi du missile AGM-88, destinée à frapper les batteries de contre-artillerie qui jusqu’à présent permettent de réduire les obusiers ukrainiens à des opérations très limitées.

Les Occidentaux s’impliquent donc de plus en plus pour tenter de contenir la progression russe, mais les résultats stratégiques sont simplement absents, tout en augmentant le risque de conflagration majeure. Rappelons que durant la guerre du Vietnam les Américains ont massivement bombardé le pays martyr du Laos par où le Viet Cong passait pour ravitailler le Sud.

Que se passera-t-il si les Russes se décidaient à frapper les dépôts de munition de l’otan à la frontière ukrainienne?

L’occident a créé un précédent avec la guerre du Vietnam. Il n’est pas illégal militairement de viser des dépôts de munition dans un pays tiers non officiellement engagé militairement. Nous sommes à la tangente d’une guerre totale.3

Les voix alternatives qui acceptent la réalité

Cette réalité de la défaite militaire ukrainienne est relevée par des figures éminentes de l’armée américaine récemment, dont le General Karl Van Riper, qui, pour ceux qui connaissent un peu l’histoire militaire récente, avait vaincu son adversaire lors de l’exercice militaire Millenium Challenge de manière écrasante (équivalente en situation de combat réel à une perte infligée à l’armée américaine d’au moins 20.000 hommes). Dans son article de la Gazette du corps des Marines, il décrit la stratégie opérée en Ukraine par les forces russes et leur capacité, au niveau opérationnel, à réaliser des missions de haut niveau dans une guerre d’intensité maximale d’un niveau que l’armée américaine n’a pas connu depuis la guerre de Corée. Il ne s’agit pas de soutenir les actions russes en Ukraine mais d’identifier la nature même des combats et tactiques employées.

A cet égard, il me faut avouer une certaine satisfaction, en toute humilité, à constater qu’un général américain du corps des Marines aboutit après six mois de guerre à des conclusions similaires sur l’exécution de l’opération militaire en Ukraine, à celles partagées ici.

Pourquoi une telle satisfaction?

Parce que cela signifie qu’avec un peu de neutralité axiologique, on obtient un tableau plus réaliste du terrain et des perspectives à venir. Et ce n’est pas du pro-Poutine que de voir la réalisation des stratégies et la direction qu’elle prend, à l’opposé de ce que nous espérerions.

A cet égard, les perspectives ne sont pas réjouissantes. Un nouveau corps d’armée russe est actuellement en préparation à la frontière ukrainienne représentant à peu près les mêmes forces que celles initiées depuis le début du conflit. Leur finalité n’est pas de remplacer les troupes qui se battent – essentiellement une combinaison entre les soldats mobilisés des républiques séparatistes, de la Rosgvardia (dont les fameuses forces spéciales tchétchènes) et d’unités d’artillerie ou de reconnaissance de l’armée russe proprement dite, mais d’engager sur le terrain une nouvelle offensive sur les points clé.

Le bourg de Udy au nord de Kharkiv vient d’être repris aux forces ukrainiennes par l’armée régulière de la Fédération de Russie. Si les estimations crédibles estiment que 15% des forces russes avaient été jusque là engagées et tiennent le terrain face à une armée ukrainienne entièrement mobilisée d’environ 700.000 hommes, ce serait une proportion équivalente qui serait engagée sur deux fronts: celui de Zaporojie et de Kharkov dans un premier temps, avant un déploiement sur Nikolaev et Odessa.

Cela permet de souligner que les “experts” occidentaux annoncent depuis mi avril que les forces russes manqueraient de tout, en premier lieu de munitions et d’hommes, et que les pertes seraient affolantes. Le chiffre de 80.000 tués a même été avancé. Sachant qu’on estime qu’en général pour un soldat tué, trois sont blessés, il y aurait finalement eu plus de tués et blessés russes… que de soldats engagés (80.000 tués + 240.000 blessés). Ce qui démontrent l’inanité de ces “chiffres”.

La réalité dramatique est décrite par le commandant de la 56e brigade mécanisée ukrainienne à Pisky qui constataient que les renforts perdaient 85% de leur effectif (tués ou blessés au combat) en 24 heures. Une ONG russe en exil se basant sur des sources publiques a établi une liste de plus de 5000 combattants tués., ce qui est une évaluation basse, mais plus crédible en raison de la capacité des forces engagées à poursuivre les missions de combat (gains territoriaux à des rythmes variés sans aucun reflux notable).

Pourquoi est-il impossible de déterminer précisément les pertes ukrainiennes?

Pour deux raisons

1 le gouvernement de Kiev ne fournit aucune source pour ne pas conduire à un effondrement moral ni une défaite médiatique

2 chaque famille de soldat reçoit une indemnité de 15 millions de hryvnia en cas de décès avéré.

De nombreux soldats ukrainiens ont été tués dans les tranchées ou les fortifications sans que les corps soient conservés (beaucoup sont simplement enterrés sur le terrain où ils ont perdus la vie), et ils sont donc considérés comme MIA (missing in action), dont le sort est indéterminé. Le gouvernement était déjà dans l’impossibilité de financer le budget suite à l’augmentation des dépenses militaires, on en est réduit à financer, nous occidentaux, par différents intermédiaires, les salaires des soldats vivants. Quant à payer l’indemnité aux soldats tués au combat…4

La doctrine Zalujny préserve l’Ukraine d’un effondrement. Mais l’incapacité opérationnelle offensive, le refus d’unités de premier échelon d’accomplir leur mission (cf les nombreux appels au président Zelenski de soldats qui dénoncent l’absence d’officiers et de moyens pour réaliser leur mission) témoignent d’une réduction drastique des troupes entrainées et capables. Cela conduit les forces ukrainiennes à opérer des retraits tactiques là où le front est enfoncé par les forces russes pour laisser en première ligne des soldats mobilisés ou de la défense territoriale, inexpérimentés et sous équipés.

Cette doctrine Zalujny a un avantage fondamental, elle a évité jusqu’à présent l’effondrement de l’armée ukrainienne en conservant suffisamment de troupes opérationnelles sur la totalité du front, mais le prix est humain, car les trois premières lignes de défense sont systématiquement remplacée par ces hommes sans expérience qui deviennent une chair à canon n’offrant qu’une résistance limitée à l’ennemi. Les pertes se montent à près de 1000 hommes certains jours.

Du point de vue militaire, il n’y a aucune perspective non seulement de victoire ukrainienne, mais même de possibilité de contrer à moyen terme la progression des forces russes qui montent actuellement en puissance.

Le constat est plus grave en soi: il est que nous avons non seulement aucune initiative sur le terrain mais que nous en sommes réduits à des victoires de marketing communicationnel.

Dans une guerre, la partie qui conserve la capacité d’une escalade dans la violence est celle qui en ressort généralement vainqueur. Nous le voyons par exemple dans l’impuissance absolue de l’Inde face à la Chine sur le plateau tibétain ou même dans celle du Pakistan face à l’Inde. 5

La défaite de l’occident

Que cela soit au niveau de l’armement, des capacités offensives, défensives, nous faisons le constat que l’industrie occidentale, au lieu d’être orientée par les missions à réaliser, et donc par ce que les hommes de terrain peuvent évaluer – et nous disposons en France d’une armée de métier compétente (mais sous équipée), réaliste et expérimentée, dotée d’une industrie (bradée par le président Macron) de premier plan (Rafale…). Mais comme le regrette le colonel Goya, nous avons manqué les réformes requises dans les années 1990 (dépendance à la mythologie américaine de l’hyperpuissance) et ne disposons pas des moyens requis pour une guerre de haute intensité comme celle menée en Ukraine.

Et par conséquent, nous ne pouvons pas participer à la création de cette “force de réaction rapide” de l’OTAN censée mettre en première ligne 300.000 hommes.

Ce constat est encore pire pour l’armée américaine, vaincue par les Talibans en dépit de sa supériorité militaire absolue à tous les niveaux.

Pourquoi? Parce que les entreprises militaires agissent pour produire des armes destinées à garantir des profits et non pour répondre aux missions que les soldats doivent réaliser. Reconstituer le stock américain de missiles javellin coûte pas moins que un demi-milliard de dollars. Il n’est pas surprenant que LLoyd Austin, le secrétaire d’état américain à la défense soit le lobbyiste de Raytheon.

Des systèmes coûteux, certes pouvant disposer de qualités, mais dont la survivabilité en zone de combat et la livraison en quantité suffisante pour la continuité des opérations font défaut. Nous le voyons en Ukraine avec les M777 en titane dont la fragilité conduit à perdre son avantage technologique.

Nous disposons de produits en occident qui sont en quantité insuffisante, des systèmes d’armement qui ne sont pas pensés pour être résilients en opération de combat réel et prolongé, et des hommes qui peuvent être bien équipés mais dont la qualité (temps de formation oblige) rend la perte dramatique parce qu’irremplaçable à court terme. Notre propre modèle de défense s’est donc effondré face à la doctrine russe en application en Ukraine, qui avec ses défauts produit un résultat en infériorité numérique.

Nous aurons beau nous gargariser de quelques légendes urbaines, force est de constater que les forces russes ne sont pas dans le repli ou l’effondrement qui nous est promis depuis plusieurs mois, que l’économie russe n’est pas moribonde (là où la banque centrale ukrainienne annonce que les finances publiques s’effondrent et que l’hyperinflation menace un pays ruiné par la guerre) comme un certain ministre l’avait promis, probablement en consultant son horoscope du matin.

Prenons un exemple simple: les Russes viennent de transférer une escadrille d’avions de chasse tous porteurs de missiles hypersoniques kinzhal, dont certains anti-bunker. Le rayon d’action de ces aéronefs et la portée des missiles de 2000km leur permettent de toucher tous les centres de commandement de l’OTAN en Europe occidentale sans qu’il n’existe aucune parade. Les spécialistes les plus optimistes estiment que par chance, certains missiles hypersoniques pourraient être interceptés à la condition que la distance entre le tir et sa cible soient supérieurs à 1500km (temps de détection, identification et activation des systèmes). Ce qui est un aveu que nous ne sommes pas en mesure ni de parer ce danger ni d’offrir une alternative. N’oublions pas que la première armée mondiale en terme de budget est incapable d’avoir produit de systèmes équivalents au Iron Dome ou au Arrow III, et que les Patriots sont restés muets face à la technologie d’un pays sous sanction, lorsque l’Iran frappe l’Arabie saoudite.

Bien sûr, tout n’est pas mauvais dans l’armement occidental, les Rafales sont excellents, la flotte de sous-marins américains est la meilleure au monde dans la réalisation de ses missions, et la Navy n’a aucun équivalent au monde (quand bien même la Chine pourrait se vanter de tonnage croissant, sa capacité opérationnelle est largement inférieure). Mais le problème n’est pas de disposer d’un excellent sous-marin mais de savoir à quelle doctrine cela répond, à quelle menace cela répond et à quelle stratégie cela répond.

De la même façon, la Russie produit aujourd’hui ses propres micro-processeurs. Ils ne sont pas de la génération de ceux qui équipent le dernier iMac 27 pouces, bien sûr, mais un missile ne dispose d’aucune interface graphique, aucune ligne de code dédiée à l’usage d’une souris sans fil, il a besoin d’une puissance de calcul relative qui fait que même un processeur qui a dix ans de retard sur la miniaturisation actuelle demeure suffisant pour gérer les données collectées / transmises pour un missile à guidage inertiel / satellitaire. Donc nous sommes très loin de pouvoir incapaciter l’industrie militaire russe.6 Les raisons d’espérer

C’est d’abord la restauration de la force décisionnelle qui doit permettre d’inverser la tendance face à l’union eurasienne Russie, Chine, Iran. L’industrie de l’armement israélienne est performante précisément parce qu’elle est issue de soldats engagés et cherche à répondre à des missions conformes aux doctrines de l’armée. Et là où cela ne fonctionne pas, comme les retards dans le développement du Laser Beam, c’est précisément quand le politique obère le militaire dans la détermination de ses besoins.

L’occident ne manque pas d’officiers de qualité, ni hélas d’hommes carriéristes, corrompus ou incompétents – ce qui est le cas de toutes les armées bien sûr – mais l’enjeu est de prendre la mesure suffisamment tôt du problème. On constate par exemple qu’au moment d’engager de manière quasi forcée son “opération spéciale” en Ukraine, l’armée russe ne s’est pas totalement remise des réformes désastreuses engagées par Anatoly Serdioukov à partir de 2007 (choisi par Poutine!).

Si nous n’avons pas de capacités militaires répondant à la menace adverse, nous ne disposons plus d’aucun moyen de dissuasion (en partant du principe que le nucléaire est hors de question d’être utilisé en raison du principe de destruction mutuelle garantie). Et nous n’aurons pas ces capacités tant que nous aurons des industries qui répondent à des logiques marchandes.

Ne nous berçons pas d’illusion, cela faisait 8 ans que nous bâtissions des réseaux fortifiés au Donbass pour empêcher toute conquête russe. En vain. Si la Russie a engagé ses forces, ce n’est certainement pas parce que Poutine a perdu les pédales, mais parce qu’il dispose depuis 2017 des moyens de maîtrise de l’escalade militaire. Je ne détaille pas la question mais il suffit d’avoir à l’esprit que nos meilleurs avions n’ont eu d’opération réussie que face à des adversaires SANS aucun moyen d’interdiction de l’espace aérien. Nos satellites GPS qui guident nos missiles sont vulnérables à des frappes incapacitantes (mais pas seulement, la Russie a développé des systèmes au sol de blocage du GPS sur son territoire). Tout cela ne signifie pas que les systèmes russes soient infaillibles, mais que nous ne nous sommes pas battus depuis 70 ans face à un adversaire qui est soit à égalité, soit proche, soit supérieur.

Non, si Trump était dans son second mandat, rien ne prouve que Poutine n’aurait pas lancé in fine son opération militaire (peut-être sous un autre forme que celle engagée face à une administration néo-conservatrice dont même Henry Kissinger estime qu’elle se trompe cruellement!). 7

En conclusion

Le bilan à mi-parcours de l’opération militaire spéciale russe:

1 nous n’avons aucune initiative ni aucun moyen de contrer la réalisation des plans russes sauf à sacrifier des dizaines de milliers de vie

2 nous nous contentons d’opérations de communication spectaculaires (qui vont se poursuivre sans incurver le plan de bataille en cours)

3 les forces russes vont engager des forces supplémentaires pour étendre leur territoire et poursuivre le démantèlement de l’Ukraine

4 l’OTAN envisage une intervention à l’ouest de l’Ukraine et éventuellement à Odessa dans l’hypothèse d’une rupture du front de Kharkiv et Nikolaev, ce qui présente un risque conséquent de conflagration généralisée (seule façon d’ailleurs de ne pas concéder de défaite maintenant avec son prix politique immédiat)

5 nos capacités sont inférieures à l’idée que nous nous en faisons, nos systèmes vulnérables, nos centres de commandement inadaptés à des capacités ennemies avancées pouvant les atteindre sans riposte adéquate, et nos aéronefs n’ont jamais opéré face à un adversaire disposant de contre mesure électronique ou de système anti aérien avancé

6 notre modèle d’innovation et production est dispendieux, il repose sur des entreprises privées pour qui la recherche du contrat prime sur la réalisation des missions en situation de guerre

7 le renforcement militaire de l’axe eurasiatique est compliquée à contrer sans des moyens massifs et impossible à remporter sans un accès garanti aux ressources essentielles requises pour une production militaire de masse nécessaire en cas de conflagration

8 la défense européenne est la seule alternative à l’aventurisme funeste néoconservateur mais elle suppose une restauration des idéaux européens de prospérité, une analyse objectif des moyens de dissuasion et un investissement massif dans la recherche civile / militaire, ce qui n’aura pour effet réel que de limiter le retard énorme déjà pris

9 une alternative serait un soutien à Israel pour avoir accès à son innovation militaire et ses systèmes défensifs, mais il n’existe aucune volonté politique de renverser l’hostilité européenne institutionnelle envers l’Etat juif

10 Poutine a gagné la guerre en Ukraine, faire preuve de réalisme permettrait de limiter ses gains territoriaux car l’économie russe ne va pas s’effondrer et les opérations militaires ne vont pas s’arrêter ni en automne ni en hiver.

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