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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Fascisme et communisme sont incompatibles, le cas de l’Espagne

Publié le 12 Août 2022 par Vendémiaire in Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph...

Fascisme et communisme sont incompatibles, le cas de l’Espagne

par Daniel ARIAS

  • 11 août 2022

Toujours élucider la pseudo entente révolutionnaire en montrant l’incompatibilité est nécessaire. Ici l’exemple de l’Espagne par Daniel Arias et c’est fondamental y compris pour analyser le mouvement du monde. Une lectrice propose que la Chine agisse comme les USA en soutenant partout les séparatismes internes. je lui réponds dans l’esprit de ce texte de Daniel Arias : je ne suis pas d’accord, ce qui fait de la Chine un pays communiste mais aussi une nation millénaire et rationnelle c’est qu’elle ne veut pas prendre la place des Etats-Unis, elle veut construire d’autres relations internationales basées sur ce que chaque pays a en commun pour dégager par la diplomatie et le respect des souverainetés une solution gagnant-gagnant. Ce n’est pas le fonctionnement de l’ONU encore largement sous influence US mais c’est la charte des Nations Unies. Entre cette conception, celle de Cuba, je m’y retrouve : je n’ai pas envie que la France soit aussi aliénée, soumise par la Chine qu’elle l’est par les USA et cela passe aussi par le refus de la sinophobie, comme d’ailleurs le refus de la haine du peuple américain, de sa culture, de sa force et qui peut beaucoup apporter à l’humanité. Les Cubains qui depuis soixante ans subissent l’horreur de la part du régime des USA, fêtent le 4 juillet, la fête de l’indépendance des Etats-Unis, la révolution américaine. Ce n’est pas seulement pour montrer leur hauteur de vue et pour se concilier les américains progressistes mais parce qu’ils savent que ce faisant ils se préservent de l’aliénation de la haine qui les conduirait au fascisme. C’est d’ailleurs ce que je m’évertue souvent à expliquer en vain aux soutiens du peuple palestinien. Tant que l’on n’a pas cette vision des peuples et du respect de leur souveraineté on ne change pas de société. Cela dit il faut aussi être impitoyable, ne jamais se faire la moindre illusion sur la nature de l’impérialisme et la Chine a raison de réagir vigoureusement devant la fascisation de l’impérialisme. (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

El Valle de los Caídos et l’unité du Peuple, par Daniel Arias

Ce monument à 40 km au nord ouest de Madrid est le plus grand monument fasciste toujours debout. Il reflète bien ce qu’est finalement le fascisme un contre-feu au marxisme et une imposture idéologique pour retarder la lutte des classes dans le système capitaliste.

Un monument qui rapidement a voulu représenter l’Espagne enfin réunie et dont les tentatives encore aujourd’hui veulent en faire perdurer un symbole d’unité, de réconciliation suite aux lois de l’oubli qui ont caractérisé la dite transition démocratique en Espagne.

En fait l’organisation de l’amnésie des crimes franquistes et de la nature réelle des fascismes.

Parfois le fascisme est trop vite caractérisé par une forme du capitalisme marqué par la violence.

Si le fascisme ne cache pas son caractère autoritaire et violent ce caractère est également présent dans toutes les autres formes du capitalisme y compris dans les formes dites démocratiques ou libérales. L’histoire coloniale du premier monde et les répressions violentes des mouvements ouvriers ne sont pas, de loin, l’exclusivité des fascismes. L’histoire des USA n’est quasiment que guerres de conquêtes contre les Indiens, puis contre le Mexique, contre le Japon dès le XIX suivi des interventions opportunistes dans les deux guerres mondiales et celles incessantes qui ont suivi.

Les fascismes sont parfois caractérisés par une exagération des mythes nationaux, d’une identité, du racisme, de la supériorité de leur nation, du culte de la personnalité, des valeurs de “droite”. Ce n’est pas là non plus une exclusivité.

Paul Bert de l’extrême gauche de la IIIe République (radicaux socialistes) est un médecin qui va clamer la supériorité raciale blanche. Ce XIXe siècle verra aussi de nombreux monuments à la gloire de la France comme l’Arc de Triomphe, un des meilleurs symboles de la réaction et de la grande bourgeoisie ou comme les mythes Gaulois avec l’invitation de Vercingétorix père de tous les Français. Tout ceci pour préparer l’opinion publique à la grande boucherie impérialiste.

On trouve déjà là une gauche, dont les représentants sont de la même classe bourgeoise, feindre une opposition mais finalement favorisant tous le développement de l’Empire colonial français.

Le fascisme et son discours anti-capitaliste, c’est peut être là que ce situe la particularité contrairement à d’autres formes des représentants du capitalisme. Les fascismes se disent proches du peuple, pour le peuple et voulant une moralisation du capitalisme dans une unité de la nation ; le peuple divisé par les agitateurs enfin réunis sous les mêmes valeurs et chacun à la place qu’il mérite. Tous les fascismes portent ce discours d’union nationale, avec ou sans boucs émissaires, le juif, l’étranger, ce discours d’union nous le trouvons aussi dans Macron du premier quinquennat comme sous Pétain. La moralisation du capitalisme est le remède chez N.Sarkozy, ou Hollande qui veut en réduire les excès, chez Franco qui veut lui ré-inculquer la foi catholique, chez Trump qui veut faire revenir les capitaux à la maison. A l’extrême gauche la Ligue Communiste Révolutionnaire a abandonné le communisme pour devenir le Nouveau Parti Anticapitaliste. Et à gauche on ne parle plus que de redistribuer les richesses, lutter contre la loi de l’argent, “de l’argent il y en a dans les caisses du patronat !”, “non aux super profits !”. Ces revendications peuvent sans aucun problème être reprises par les fascistes comme le fait la Falange qui condamne la guerre en Ukraine en disant que ce n’est pas notre guerre et comme dans ce communiqué ne veut plus de guerres pour les intrigues du système financier. Sur ce sujet dans leurs propos ils vont même plus loin que les grands partis de gauche espagnole.

Sur le plan social il ne faut pas sous-estimer les fascismes, ils ont l’appui de ceux qui possèdent les capitaux et peuvent financer de grandes campagnes qui en cas de crises économiques majeures peuvent avoir un attrait populaire temporaire.
Par exemple Primo de Riveira avait inspiré certaines œuvres sociales que la Falange organisait comme des soupes populaires quand beaucoup de miséreux n’avaient rien à manger il suffisait de montrer des mains de travailleurs (calleuses) pour pouvoir s’asseoir au réfectoire et manger, dans les campagnes des actions sanitaires étaient menées contre les parasites (les poux) et les enfants malades étaient parfois emmenés par ces militants fascistes pour être soignés ou opérés dans les cas graves.

Avec la montée vers la guerre les bailleurs de Franco payaient des mercenaires pour faire le coup de poing et troubler la paix civile. Les deux visages des mêmes fascistes charitables avec les miséreux et durs avec les forces révolutionnaires ou progressistes.

Après la stabilisation du régime franquiste et la réintégration de la Dictature dans le capitalisme mondial, pour de nombreux ouvriers le crédit conjugué à l’inflation permet à un grand nombre de devenir propriétaire de leur appartement, les bas salaires et les investissement des industriels américains, français et allemands fournissent de nombreux emplois à côté des entreprises espagnoles.

Pendant un certain temps les licenciements sont soumis à autorisation administrative, malgré la dictature le niveau de vie progresse doucement avec le développement industriel et le tourisme.

Si l’on oublie la raison d’être du communiste c’est à dire se battre pour bâtir le socialisme nous pouvons perdre la bataille sur tous les autres fronts. L’amélioration temporaire des conditions de vies est possible, même après des destructions catastrophiques de capital que sont les guerres. Seul le mouvement communiste propose de briser la dynamique capitaliste par un changement révolutionnaire du mode de production la seule solution contre le retour des catastrophes qu’engendrent le capitalisme.

Nous voyons parfois les tentatives des rouges-bruns d’initier une telle union populaire en se camouflant dans un discours qui peut facilement tromper ceux dans le peuple qui sont prêts à agir. Ce terrain n’est pas vierge mais déjà travaillé par la social démocratie réformiste qui prône la cogestion, les négociations d’accords collectifs en associant à la gestion syndicats et patrons.

Le fascisme affiche un anti capitalisme de façade partout il s’est allié avec les grandes familles en place bourgeoises et aristocrates ou à des nouveaux parvenus, des trafiquants comme Joan March en Espagne.

Le cas Joan March:

il s’enrichit dans la contrebande de tabac, il investit dans une fabrique dans l’Algérie française avant d’obtenir le monopole de cette contrebande au Maroc. Rapidement il investit dans la production d’électricité et les transports aux Baléares. Profiteur de guerre il fonde en 1916 la compagnie maritime Trasmediterránea pour approvisionner aussi bien les anglais que les allemands, en 1926 il fonde la banque Banca March à Palma, sur son île natale. Sous la dictature de Primo de Rivera, March va exploiter le boycott anglo-americain sur le pétrole en partance du Venezuela vers l’Espagne contre le monopole de la Compagnie Espagnole des Pétroles au Venezuela. March va prêter 100 millions en échange d’actions de la Compagnie des Pétroles qu’il transfère ensuite à l’un des boycotteur: Shell. Il obtiendra officiellement du Directoire le monopole de la distribution du Tabac au Maroc espagnol.

Opportuniste lors de la seconde République il devint député du parti Izquierda Liberal partisan d’une alliance de la monarchie des bourbons et du socialiste (Une forme primitive de rouges-bruns).

En 1921 il lance le quotidien El Dia jusqu’en 1939 avec une ligne proche du Partido Republicano Radical anticlérical, anticatalaniste, libéral et républicain. Avec la fin de la guerre d’Espagne le journal fusionne avec le quotidien Falange.

March réélu député en 1936 va préparer le financement du coup d’État de Franco. Il organisera avec les allemands l’échange des navires allemands des ports espagnols et des matières premières stratégiques pour le Reich contre de l’armement.
Pendant la seconde guerre mondiale il assure la liaison entre Franco d’une part et les américains et anglais de l’autre.

Cet homme si désintéressé fonde en 1955 la Fondation Juan March.

Pour revenir au franquisme en 1962 la Dictature va faire proposer sa candidature à la CEE. Les capitalistes veulent développer les affaires.

Dès 1948 la France ouvre sa frontière avec l’Espagne “il n’y a pas d’oranges fascistes, il n’y a que des oranges” Georges Bidault.

Sous Franco cet anti libéral déclaré et assassin des opposants de l’intérieur va rejoindre toutes les organisations internationales le FMI et la Banque mondiale en mai 1958, l’OECE en juillet 1959 et le GATT en août 1963. Parallèlement, elle signa entre 1958 et 1963 des accords avec la Pologne Populaire de Gomulka.

Le traité de Rome lui n’interdit pas l’adhésion d’une dictature à la CEE. La France et l’Allemagne ont des intérêts en Espagne, l’Italie craint la concurrence agricole espagnole et freine l’adhésion. Le Britannique Maurice Macmillan plaidera en faveur de l’adhésion de l’Espagne de Franco en invoquant l’union des peuples d’Europe et en minimisant le régime politique.

La résistance des forces de gauche en Europe s’organise pour repousser l’adhésion ainsi que des syndicats en Espagne et en Europe. Certaines des forces de gauche qui s’opposent à l’adhésion de l’Espagne franquistes sont anti communistes. Des manipulations pour favoriser un certain protectionnisme ne sont pas à exclure. Protectionnisme qui comme dans le cas italien favoriserait leur production agricole ainsi qu’une partie de la bourgeoisie et des travailleurs dans des intérêts concurrentiels communs.

La politique du déclaré très anti libéral Franco pour obtenir les faveurs du FMI et de la Banque Mondiale va libéraliser le commerce extérieur et favoriser les investissements étrangers.
Ceci avec le gouvernement du 25 février 1957 où entreront de nombreux politiques catholiques dont les technocrates de l’Opus Dei.

Passé le massacre des Républicains et avec le maintien sous couvert de la lutte des classes le franquisme oublie ses idéaux déclarés et les affaires reprennent dans le cours de la mondialisation et la concurrence pour trouver des capitaux.

Passée la Dictature les cadres franquistes sont recyclés dans la droite et l’administration de grandes entreprises, d’autres continuent leur carrière comme les juges et bénéficient même de promotions.

La Falange est toujours autorisée, souvenez-vous de l’oubli démocratique, le journal phalangiste La Nueva Espana publie toujours et fait partie d’un grand groupe de presse moderne avec les nouvelles technologies de ciblage marketing.

Les même classes sociales, les mêmes familles, souvent les mêmes personnes occupent les mêmes positions sociales avec ou sans fascisme.

Toute forme de cohabitation, de cogestion avec les capitalistes ou les organisations qui en font la promotion peuvent provoquer la baisse de vigilance nécessaire pour éviter ces changements de forme de ce qui est le même capitalisme tantôt démocratique, libéral, falsificateur, fasciste pacifique pour aboutir au massacre et à la destruction dans les phases de crises aiguës.

Depuis que le capitalisme est entré dans sa phase impérialiste il ne présente plus de progrès et par nature ne peut plus proposer de progrès à l’humanité, il ne fait que perpétuer la violence de la domination de la bourgeoisie.

La seule solution reste la Révolution socialiste mondiale.

La fin de la souffrance dépendra de la vitesse à laquelle chaque pays sera capable de mener à bien sa révolution.

Joan March:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joan_March_Ordinas

Joan March y Los Negocios de la Guerra:

https://youtu.be/K92g9DU2JqM

 

https://www.march.es/es/fundacion

Héritage du franquisme vue depuis la République Française:

https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/22052-espagne-le-poids-persistant-de-lheritage-franquiste

Espagne franquiste et CEE:

https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2010-4-page-85.htm

Groupe détenant Nueva Espana:

https://www.prensaiberica360.es/?_ga=2.182605541.2115984750.1660163529-1163074668.1660163527

 

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