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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Une République à reconstruire

Publié le 8 Février 2007 par CR in France-Politique - société

Une République à reconstruire

de Michel Strausseisen
par
Christian Rome  

A quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, l'opuscule de Michel Strausseissen, Une République à reconstruire, paru il y a quelques mois, prend un sens qui éclaire l'actualité politique d'une lumière crue et sans concession. Dans ce texte d'une trentaine de pages, l'auteur se livre à un diagnostic argumenté sur la situation politique et sociale et le climat de malaise qui a saisi le pays après les événements survenus dans les banlieues à l'automne  2005, résultat conjoint des coups de butoir de la droite libérale contre les acquis de la République et de l'incapacité de la gauche dans son ensemble - et plus particulièrement le parti socialiste -  à proposer un projet de société alternatif, noyée qu'elle est à la fois par sa complaisance, voire sa collaboration, avec le libéralisme et ses incurables divisions internes.

L'auteur pointe l'incapacité des gouvernants depuis plusieurs décennies, de droite comme de gauche,  à résoudre les problèmes de fond de la société française, identitaires, sociaux, économiques, laquelle a eu pour consé-quence pour la majeure partie de nos concitoyens, et pas seulement pour les populations résidant en banlieue ou les classes sociales les moins favorisées, le sabotage de toute perspective d'avenir pour eux-mêmes et leurs enfants et l'installation d'un désintérêt croissant pour la politique. Cette dépolitisation s'accompagnant d'une défiance à l'égard du personnel politique dans son ensemble - dont plus personne ne croit aux discours tant il est perçu comme une caste complètement déconnectée de la réalité des citoyens - a ouvert la porte à des risques d'aventures politiques (cf avril 2002) et d'éclatement  communautariste de la société, mettant en danger l'exis-tence même de notre démocratie républicaine.

Pour M. Strausseisen, c'est donc la République elle-même qu'il faut reconstruire en s'attaquant en profondeur aux causes du problème et tout d'abord au dysfonctionnement ou à l'insuffisance des rouages institutionnels, politiques, économiques, sociaux, judiciaires, éducatifs, sanitaires et également syndicaux qui ne jouent plus leur rôle de courroies de transmissions. Pour accomplir ces réformes, il est nécessaire de redonner à l'Etat, avec une revalorisation de ses missions de service public, toute sa place dans son rôle de contre-pouvoir face au rouleau compresseur libéral, de la loi du profit et des puissances d'argent qui broient la vie de nombre de nos conci-toyens et démantèlent par pans entiers les protections acquises de haute lutte sur la santé, l'éducation et le droit du travail.

Un tel projet, résolument anti-libéral, ne peut être conduit que par un vrai mouvement de gauche. Mais qui, aujourd'hui à gauche, nous dit Strausseisen, se trouve dans la capacité d'incarner légitimement, en étant crédible,  la mise en oeuvre de ce projet ? Le non au référendum sur la constitution européenne aurait dû être la ligne de partage apte à rassembler, de l'extrême gauche au parti socialiste, tous ceux qui refusent le compromis avec l'idéologie libérale. Le congrès socialiste du Mans a tout fait exploser. Les sociaux libéraux, emmenés par François Hollande ont transformé la victoire de la gauche au référendum en défaite. Dès lors, pour M. Strausseisen, il n'y a plus que deux stratégies possibles : soit on réédite le scénario d'une « gauche plurielle » dont l'objectif utile sera uniquement de tenter de barrer la route à la droite ; soit on essaie de reconstruire une vraie gauche non libérale. Dans le premier cas, ce serait redonner la prééminence au parti socialiste - c'est-à-dire à sa mouvance social-démocrate - ; nous aurions alors une gestion libérale du pays un peu plus soft ou « à visage humain », une situation « à l'américaine » avec une droite ultra-libérale et un centre un peu plus progressiste,  qui serait dans les faits une capitulation devant la marchandisation du monde et en même temps la mort assurée de la gauche par asphyxie. Dans le deuxième cas, seul le parti communiste, de par son histoire et sa position inchangée face au capitalisme, pourrait prétendre et être en mesure de rassembler autour de lui. Cette prise d'indépendance vis-à-vis du PS risquerait certes de donner la victoire à la droite, mais assurerait une chance, même minime, et avec une marge très étroite, à une survie de la gauche en France qui devrait se reconstruire dans l'opposition. La position du PC est délicate et sa responsabilité énorme, car de son choix risque de dépendre la vie ou la mise en sommeil pour longtemps, pour ne pas dire la mort, d'une vraie gauche anti-libérale en France.

A quelques encablures du premier tour des élections présidentielles, alors qu'a succédé à la valse des présidentiables le début du menuet entre Nicolas Sarkosy et Ségolène Royal, avec l'entrée sur scène en arrière-plan de François Bayrou et dans l'ombre des coulisses la menace incertaine mais toujours présente de l'extrême droite, alors, qu'à l'accoutumée, la gauche de la gauche part au combat en ordre dispersé, il est conseillé de lire attentivement le texte  de M. Strausseisen qui invite tous les républicains démocrates porteurs des vraies valeurs de gauche à réfléchir profondément sur notre choix d'électeur : faut-il sacrifier tous ses pions aujourd'hui pour tenter de gagner la bataille, au risque d'une compromission fatale, ou conserver des forces en réserve pour être en mesure de continuer le combat ?
Le choix n'est pas facile et il est vrai que le pire n'est jamais sûr.

Christian Rome

Michel Strausseisen, Une République à reconstruire, éditions Bérénice (Collection Alix), 3 euros

 

 

 

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