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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

OPA sur les services publics

Publié le 15 Février 2005 par Michel Strausseisen in France-Politique - société

OPA sur les services publics

15-02-05

 

 

 

On le sait, sous le prétexte fallacieux de la fameuse « harmonisation européenne » et au nom d'une soi-disant « rentabilisation », les services publics français sont bradés les uns après les autres.

Or, si l'on avance « l'harmonisation européenne », cela signifierait que nos gouvernements successifs n'ont jamais eu aucun poids pour défendre, au niveau européen, les services publics français. Et dans ce cas, si nous n'avons aucun poids, nous ne voyons pas très bien ce que nous faisons en Europe. A moins que les gouvernements de droite comme de gauche n'aient pas vraiment fait le forcing...

Quant à l'argument de la « rentabilisation », il impliquerait que les services publics ne sont pas rentables. C'est exactement l'inverse : c'est bien parce qu'ils sont rentables qu'ils sont bradés. En réalité, les services publics constituent des marchés juteux convoités par le privé. On imagine mal, en effet, des entrepreneurs privés investir dans des entreprises non rentables.

Bien évidemment, ces arguments de « l'harmonisation européenne »  et de la « rentabilisation » ne sont là que pour masquer les méfaits d'un ultra-libéralisme tatchérien en passe de dominer non seulement toute l'Europe, mais tous les pays industrialisés (1).

Il semble que désormais le scénario conduisant à la casse d'un service public, qui à l'origine fonctionnait correctement, soit bien rôdé. Prenons l'exemple de France Télécom : dans un premier temps on rend un service public déficitaire par des investissements hasardeux qui le mènent  au bord de la faillite. Dans un second temps, on augmente les prix sous prétexte de renflouer l'entreprise publique. Ce faisant, en pratiquant des tarifs prohibitifs, on ouvre grand les portes aux entreprises privées qui n'ont plus qu'à s'engouffrer dans la brèche en pratiquant des prix bien plus bas par rapport à France Télécom, mais qui sont cependant largement suffisants pour que ces entreprises privées engrangent des bénéfices juteux. Ce qui est une façon de pousser les utilisateurs dans les bras du privé. Gageons que lorsque France Télécom ne pourra plus utiliser le monopole de l'abonnement téléphonique pour retenir sa clientèle, elle devra réviser ses prix à la baisse...  ou disparaître.

Depuis quelques temps est venu le tour de la Poste, qui est entrée dans cette logique de casse du service public. Les changements sont visibles pour les usagers.  L'ancien esprit de « service public » disparaît à la vitesse grand V. A la place, on forme les nouveaux agents et on « déforme » les anciens en leur inculquant la notion de « rentabilité », en transformant les agents en commerciaux. Le racket est devenu patent : hausse des prix, fermeture des bureaux « non rentables » (qui jouaient pourtant un rôle de premier plan, et surtout assuraient ce pour quoi la poste a été inventée : le service public pour tous), suppression de boîtes aux lettres, suppression de personnel, qualité des services laissant à désirer...

Mais ce sur ce dernier point, la qualité des services, il convient d'apporter une précision, et pour ce faire je raconterai l'anecdote, véridique, d'une vieille dame voulant poster une lettre. La voilà donc au guichet, devant une jeune employée bien formatée par les managers de la Poste. D'abord, la vieille dame apprend que sa lettre, qui pourtant se présente sous forme d'une enveloppe à bulles format 21x27, tout à fait normale, n'est pas une lettre mais un colis ! En effet, après avoir trituré l'enveloppe dans tous les sens, sans se soucier de la résistance du contenu d'ailleurs, l'employée zélée a découvert que l'enveloppe contient un CD. «Ah ! Mais ce n'est pas un document. Vous devez payer le prix d'un colis.» La vieille dame argue que son envoi ne pèse que quelques grammes, mais l'employée n'en a cure. «Votre colis, vous voulez l'envoyer comment ?» « En ordinaire.» répond la vieille dame. «Comme vous voulez.» Suit alors cette phrase extraordinaire : «Mais si vous voulez être sûre qu'il arrive, il faut l'envoyer en recommandé, parce que sinon...» La vieille dame finira par acquitter un prix exorbitant pour un envoi de quelques grammes...

La morale de l'histoire est bien évidemment que la qualité du service à la Poste est déjà dépendant des ressources de chacun. L'égalité devant le service public n'a déjà plus cours. Si vous postez simplement un courrier, vous n'êtes pas sûr qu'il arrivera... ou alors il faut payer plus... Car c'est évident : nous n'affranchissons normalement nos lettres et nos colis que pour permettre aux agents de les mettre à la poubelle, ou «qu'ils se perdent »..! Sinon, il faut payer un supplément.

L'autre enseignement, c'est que tout est bon pour soutirer un maximum d'argent aux usagers, sous les prétextes les plus fallacieux. D'ailleurs on ne parle déjà plus d'usagers mais de « clients ».

Enfin, devant l'inflation des prix, l'agressivité commerciale des employés, la baisse de qualité des services (2), qui s'étonnera que les usagers se précipitent dans les bras du privé lorsque celui va reprendre le «marché postal» ? Si pour un prix inférieur à celui pratiqué par la Poste j'ai l'assurance de voir arriver mon courrier, pourquoi paierai-je plus cher ?

 

 

 

Le bradage des services publics, ce n'est pas demain, c'est déjà au quotidien. Le racket postal actuel est à l'image de ce qui est en train de se mettre en place dans les hôpitaux, à EDF-GDF, dans les transports...

Je parle de racket puisque la Poste a encore le monopole de ce service, et que donc l'usager n'a pas le choix. La Poste, encore service public, peut dès lors pratiquer les prix qui lui conviennent sans que l'usager ait son mot à dire, ce qui fait partie de cette stratégie visant à instaurer l'ultra-libéralisme. Lorsqu'il s'agissait d'un service d'Etat, les politiques ne tenaient pas à se mettre trop à dos la population en exagérant la hausse des prix. Aujourd'hui, les politiques pensent s'être déchargés de toute responsabilité en privatisant à tour de bras après avoir mis en place une phase de "semi-public" réputé indépendant du pouvoir. Mais ils restent les premiers et seuls responsables de la dégradation actuelle.

Nous devrons nous en souvenir lorsque nous mettrons nos bulletins dans les urnes. Notamment, les partisans du Oui à la Constitution européenne ne peuvent pas ignorer que cette Constitution signera l'arrêt de mort d'une des principales fonctions de la République, le service public pour tous.

 

 

 

Michel Strausseisen

 

 

 

 (1) Par « ultra-libéralisme tatchérien » il faut évidemment entendre cette approche économique qui n'a qu'un seul principe : le profit à tout prix, à n'importe quel prix. Dans cette optique, plus les profits sont grands, plus le coût humain l'est aussi, mais ce dernier est tenu pour négligeable. Bien qu'historiquement liés, l'ultra-libéralisme de Tatcher et de Bush et le libéralisme gaullien n'ont pas grand chose à voir.

(2) Pour un utilisateur régulier, il faut compter un certain pourcentage de « courrier égaré »...

 

 

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