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Le temps des cerises / Jean Lumière 

27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:20

Vous trouverez ci-après le texte du discours que Vera Paiva devait prononcer lors de la cérémonie instituant la création de la Commission de la Vérité le 18 novembre. Vera est la fille de l’ex-député Rubens Paiva, disparu pendant la dictature militaire. Son intervention a finalement été annulée, au prétexte qu’elle pourrait provoquer le “désagrément” des militaires présents à cette initiative.


Vendredi 18 Novembre 2011, 11:00. Palais du Planalto, Brasília.


Chère Présidente Dilma, Chère Ministre des Droits Humains Maria do Rosário, Mesdames et Messieurs les Ministres présents, Messieurs les représentants du Parlement National, des Forces Armées, chers ex-prisonniers politiques et parents de disparus ici présents, que de temps consacré à cette bataille.

Nous remercions l’honneur qui nous est fait, à mon fils João Paiva Avelino et moi-même, petits-fils et fille de Rubens Paiva, de pouvoir participer à ce moment historique et, parmi les centaines de familles de morts et disparus, de milliers d’adolescents, femmes et hommes emprisonnés et torturés pendant le régime militaire, d’avoir le privilège de pouvoir nous exprimer.

En affrontant la vérité sur cette période, en empêchant que les violations de toutes sortes contre les droits humains restent sous silence, nous nous heurtons aussi à l’héritage qui continue d’assombrir le quotidien des brésiliens. Et je ne parle pas seulement du quotidien des familles touchées pendant ce régime d’exception. D’innombrables familles sont encore de nos jours victimes dans tout le Brésil d’arrestations arbitraires, d’enlèvements, d’humiliations et de torture. Sans aucune aide judiciaire ni caution. N’est-ce pas une telle situation que décrivent presque tous les jours les journaux et télévisions, dénonçant notamment comme est dévoyée la reconquête de la citoyenneté dans les favelas de Rio de Janeiro ? D’abondantes données montrent comment des brésiliens sans défense, en particulier les plus pauvres et les plus noirs, ou considérés comme homosexuels, sont encore quotidiennement agressés dans les rues, ou sont arrêtés de façon arbitraire, sans droit au respect, dans le mépris de leurs droits les plus fondamentaux à la non discrimination et à la préservation de leur intégrité physique et morale consignés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée par l’ONU en 1948, en réaction aux horreurs du nazisme.

Tout cela se poursuit, Chère Présidente. Ces pratiques continuent par l’action de personnes qui ne respectent pas leurs obligations constitutionnelles perpétuant des méthodes héritées de ce régime d’exception dont nous avons tant souffert de 1964 à 1988.

Le respect des droits humains, le respect démocratique de la diversité d’opinion ainsi que la construction de la paix se bâtissent au quotidien avec chaque génération ! Tous, civils comme militaires, sommes concernés par leur préservation.

Notre histoire familiale n’est qu’une parmi tant d’autres décrites dans des livres et des expositions. Ici à Brasília, l’exposition sur le calvaire de Frei Tito (Frère Dominicain arrêté en 1969 et affreusement torturé par les militaires, mort en exil en France, ndt) constitue encore une leçon sur cette période qui doit faire l’objet d’investigations.

En mars dernier, lors de l’inauguration de l’exposition relative à mon père, au Parlement National, je rappelais qu’il y avait précisément 40 ans que nous l’avions vu pour la dernière fois. Rubens Paiva avait été un pugnace leader estudiantin dans la bataille “le Pétrole est à nous” (grande lutte menée par les étudiants dans les années 50 pour la nationalisation de 1’industrie pétrolière, ndt), puis ingénieur ayant participé à la construction de Brasília, ensuite élu député du peuple, déchu de son mandat et contraint à l’exil en 1964. En 1971, c’était un ingénieur ayant réussi professionnellement, démocrate préoccupé par son pays et père de 5 enfants. Il a été arrêté à la maison, en revenant de la plage, heureux d’avoir joué au volley et de pouvoir déjeuner avec sa famille en ce jour férié. Sous la contrainte, il est parti au volant de sa voiture, dont le reçu de dévolution délivré quelques jours plus tard reste la seule preuve qu’il a été arrêté. Ma mère, dévouée femme au foyer, a été emprisonnée le jour suivant, avec ma sœur de 15 ans. Elles sont restées plusieurs jours entre les mains de la DOI-CODI (police politique du temps de la dictature militaire, ndt), dans un de ces scénarios d’horreur de l’époque. J’ai retrouvé ma sœur avec l’âme en pièces et ma mère défaite. Elle a ensuite passé des années, de caserne en caserne, de bureau en bureau, à essayer de le retrouver ou au moins d’avoir quelques nouvelles. Sans jamais obtenir la moindre information.

Ce n’est que lors de l’inauguration de l’exposition à São Paulo, 40 ans plus tard, où pour la première fois un Mémorial a été créé, que la famille s’est rassemblée avec des amis pour honorer sa mémoire. Nous avons alors découvert que la date où chacun situait sa mort pouvait beaucoup varier de mois ou d’année… Accepter qu’il ait été assassiné, c’était comme le tuer une seconde fois.

Cette cicatrice devient aujourd’hui moins douloureuse, en raison de ce nouveau pas pour que rien de tout cela ne puisse se répéter, pour que le Brésil consolide sa démocratie et un chemin vers la paix.

Chère Présidente : nous avons beaucoup de choses en commun, outre les marques que nous ont laissées à l’âme ce régime d’exception (la Présidente Dilma a été aussi arrêtée et torturée pendant la dictature militaire, ndt), et le fait que nous soyons toutes deux femmes, mères et fonctionnaires. Nous partageons les droits humains comme référence éthique pour les politiques publiques du Brésil. À 19 ans, je me suis également engagée dans des mouvements de jeunesse qui désiraient changer le pays. Pendant que j’attendais le début de cette cérémonie, je me souvenais de la façon dont avait démarré cette mobilisation. À la direction de l’Association Libre Centrale des Étudiants de l’Université de São-Paulo (DCE-Livre da USP), portant le nom de Alexandre Vanucci Leme, un des jeunes collègues sacrifiés par la dictature (jeune étudiant arrêté en 1973 et mort sous la torture, ndt), j’ai contribué à l’organisation de la première manifestation dans les rues depuis la bataille du AI-5 (ensemble de lois liberticides promulguées par la dictature militaire fin 1968 ayant provoqué un grand mouvement de contestation, ndt), contre les arrestations arbitraires de collègues emprisonnés et pour l’amnistie des prisonniers politiques.

C’était en mai 1977, et, jusqu’à ce nous soyons stoppés par les bombes du Colonel Erasmo Dias, nous avions défilé pacifiquement dans les rues du centre ville en distribuant une lettre ouverte à la population dont le titre était :

“AUJOURD’HUI, QUI NE DIT MOT, CONSENT !”

Je trouve cette phrase tout à fait adéquate pour traduire le sentiment qui nous anime en ce jour, où doit être instituée cette Commission de la Vérité. Pour que la lumière soit réellement faite sur ce qui s’est passé lors de ces années appelées de plomb car “qui ne dira mot, consentira”, n’est-ce pas ?

Si la Commission de la Vérité ne disposait pas d’autonomie ni de souveraineté pour mener ses enquêtes, ni d’une grande équipe qui l’aide à remplir son rôle, alors nous consentirions. Et je tiens à souligner qu’en consentant, nous nous rendrions complices de la souffrance imposée aux milliers de familles encore affectées par cet héritage d’horreur, qui ne peut plus s’appuyer de nos jours sur des lois d’exception mais dont les conséquences demeurent toujours impunies.

Notre lettre ouverte de 1977, publiée le jour suivant en une du journal “ o Estado de São Paulo”, exprimait l’indignation de la jeunesse face au manque de démocratie et de justice sociale, qui continuent à nous interpeler de nos jours. Le Brésil a été le dernier pays à clore la période de l’esclavage et les récentes données rendues publiques par L'Institut Brésilien de Géographie et de Statistiques (IBGE) confirment que nous restons un pays riche mais d’une effarante inégalité… Nous sommes le dernier pays aujourd’hui qui commence, très timidement mais avec grand espoir, à réaliser ce que d’autres pays ayant subi des dictatures à la même époque ont déjà accompli. Nous sommes encouragés par l’ONU, par les organismes internationaux et même par la revue “The Economist” à nous engager dans ce processus. Tous conviennent que rétablir la vérité et préserver la mémoire ne relève pas de la revanche et que, juger les responsables d’atrocités, en leur garantissant les droits à la défense dont n’ont jamais bénéficié les prisonniers politiques est primordial pour que les tortionnaires d’aujourd’hui n’éprouvent pas de sentiment d’impunité pour faire obstacle à la paix et la justice chaque jour. Le Chili et l’Argentine l’ont déjà effectué et l’Afrique du Sud a donné un exemple admirable de comment affronter la vérité afin de préserver la mémoire. Pour que des années de plomb ne puissent plus se reproduire et que chaque génération en soit porteuse.

Je conclurais en rappelant que la DÉMOCRATIE SE CONSTRUIT ET RECONSTRUIT CHAQUE JOUR. Qu’elle doit être valorisée et renforcée à CHAQUE GÉNÉRATION.

Car aujourd’hui, encore une fois, qui ne dit mot consent.

Merci.

P.S: Après avoir appris que la parole ne me serait pas donnée, je me suis souvenu d’un texte de mon frère Marcelo Paiva publié dan son journal, adressé aux militaires:

“Vous appartenez à une nouvelle génération de généraux, d’amiraux, de brigadiers. Vous étiez jeunes lors de la dictature (…) Pourquoi ne pas rétablir l’image de votre corporation ?
 Ne vous comparez pas à eux. Vous ne devez rien à ceux qui ont sali le nom des Forces Armées. Vous devez vous inscrire dans une tradition qui nous honore, celle qui a sauvegardé la République, mis fin à la dictature de Getúlio (Getúlio Vargas, dictateur au pouvoir de 1930 à 1954, ndt), après avoir combattu les nazis et qui, aujourd’hui, mène la campagne en Haïti.”

* Vera Paiva est la fille de l’ex-député Rubens Paiva, disparu pendant la dictature militaire. Elle est professeure de psychologie à l’Université de São Paulo et coordinatrice du Centre de Recherches pour la Prévention du Sida (NEPAIDS) à l’université.

 

Traduction Pedro DA NOBREGA

http://sul21.com.br/jornal/2011/11/discurso-de-vera-paiva-na-cerimonia-de-criacao-da-comissao-da-verdade/ 

22/11/11 | 08:00

 

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