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La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

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L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 17:35

 Jeudi 27 juin, Porto-Alegre, devant le Palais Piratini, siège du gouvernement de l’État du Rio Grande do Sul. Neuf heures du soir. Sur la place de la Matriz, plus de quatre mille manifestants usent de leur droit légitime de manifestation dans la sérénité et en toute harmonie, y compris avec les forces de la Brigade Militaire (nom de la force de police, ndt) qui garantissent à chaque citoyen la sécurité afin qu’il puisse manifester librement. Un cordon de policiers militaires, abrités derrière des boucliers, protège les accès du Palais.


Pendant plus d’une heure et demie, ils vont endurer, impassibles et disciplinés selon l’ordre qui leur a été donné par le propre Gouverneur, des jets de pierres, bouteilles et autres projectiles, venant d’un groupe d’environ 150 individus masqués, massés sur le côté gauche de la place et mêlés à près de 200 manifestants, qui ne s’opposent pas à leurs provocations violentes mais empêchent toute réaction de la Police qui, dans son intervention, pourrait atteindre des personnes qui, innocemment ou non, ne participent pas à ces agissements.


Dans le ciel, un hélicoptère, muni de panneaux lumineux, survole en rase-mottes la place, en diffusant des slogans contre les partis, et notamment l’idée que, sans les partis, le Brésil a “du talent”. Qui a organisé ce survol, qui l’a payé, qu’a-t-il à voir avec les manifestations ?    


À l’intérieur du Palais, un “gouvernement de partis”, élu au premier tour, qui gouverne en s’appuyant sur un réseau inédit de mécanismes de participation populaire, tels que le Budget Participatif, le Cabinet Digital (plate-forme virtuelle de dialogue interactif, ndt), les Conseils Régionaux de Développement, le Conseil de Développement Économique et Social, la Consultation Populaire ( différents dispositifs de démocratie participative mis en place par le gouvernement de gauche de cet État, ndt). Celle-ci notamment, par le biais de votes électroniques (1 million 100 mille votes l’an dernier) sur des questions précises favorise le financement priorisé d’investissements (cette année déjà plus de 200 millions de reals – près de 68 millions d’€, ndt-), essentiellement sur des petits chantiers dans le domaine de l’Éducation et de la Santé.

 

Au travers de cette scène emblématique, nous pouvons distinguer trois protagonistes indéniables de la crise : des citoyens qui manifestent pour le respect de leurs droits ; des groupes de “casseurs masqués” utilisés comme fers de lance pour des provocations, comme cela arrive historiquement dans ce genre de conjonctures (dont les objectifs apparaissent obscurs mais qui servent à déstabiliser la démocratie politique); et la droite factieuse, qui travaille dans « l’ombre » - en l’occurrence « en l’air- relayant toute la campagne orchestrée par les grands média, qui, ces dernières années, a sapé l’image des partis, des politiques en général et de toutes les institutions démocratiques de la République.


Les causes les plus manifestes de l’insatisfaction populaire résident sans aucun doute dans les déplorables conditions de transport collectif et l’état désastreux du système de santé publique dans les grandes régions métropolitaines. C’est-à-dire qu’en effet, l’État s’est montré défaillant tant comme prestataire de services que comme autorité organisatrice, ce qui, dans un contexte d’arrivée de millions de jeunes dans le monde du travail et dans les Universités, publiques et privées (celles-ci dans le cadre du PROUNI – PROgramme UNIversité pour tous, système de bourses pour les étudiants de milieux défavorisés démunis de diplôme supérieur voulant suivre des formations supérieures dans le privé, ndt), a entraîné une saturation des réseaux de déplacements dans ces grandes régions et aussi obéré la capacité des structures publiques de fournir des services de qualité moyenne. Par ailleurs, les incitations de la société de consommation sont sources de promesses mirifiques auxquelles seule une partie de la population peut avoir accès, transformant les aspirations déçues de beaucoup en frustration, crime et violence irrationnelle.


Il convient de rappeler que, dans ce contexte, est intervenu un processus général “d’hypnose fasciste” sans précédent dans l’histoire du pays. Cette « hypnose” a trouvé son expression majeure dans la dénonciation, non pas des inégalités et de la concentration de la richesse, mais de la “corruption” comme si elle relevait de l’exclusive responsabilité des responsables politiques et gouvernements actuels.


Ce n’est pas tant la lutte contre la corruption comme symptôme d’un État reproducteur d’inégalités et protecteur de privilèges corporatifs et de classe qui a été mise en avant car une telle approche permettrait de constater que tant dans les partis, le service public, les entreprises que dans toutes les institutions (y compris les média), il existe une large majorité de personnes qui ne tolère pas la corruption et qui ne s’y résigne pas au nom de principes moraux et politiques. Cette campagne a été organisée de sorte que ce soit la sphère politique dans son ensemble qui se voit incriminée au travers des partis mais plus particulièrement les deux gouvernements qui ont permis aux pauvres et aux travailleurs de devenir des acteurs de la scène publique.   


En procédant à une stigmatisation généralisée plaçant d’un côté les grands média comme autorité morale du pays face à des partis et des représentants publics présentés comme sources de la corruption, c’est la détérioration des instruments démocratiques propres à combattre cette même corruption qui s’est produite, laissant aux grands média le rôle de seul refuge de la morale républicaine, dotés du pouvoir totalitaire de désigner qui est valable et qui ne l’est pas, qui est digne de confiance ou non.
Quand une puissance privée, l’oligarchie médiatique, s’arroge le monopole du bien commun et de l’intérêt général, nous nous trouvons face à une crise de la République : La marginalité violente et les fascistes classiques et post-modernes qui émergent dans un pareil contexte n’éprouvent plus le besoin de se réfrener s’estimant idéologiquement autorisés à piller et incendier.

 

Il nous faut cependant admettre que ce qui se passe dans le pays n’est pas que simple machination médiatique. Il est évident que les partis de gauche et les institutions éclaboussées par cette instrumentalisation de la corruption ne sont pas exempts de tout reproche. Leurs faiblesses, leur commodisme idéologique, leur éloignement des questions qui pèsent le plus sur la vie quotidienne du peuple ont ouvert les portes à cette stratégie de la droite qui, comme chacun peut le voir, se réjouit de cette crise avec l’ambition d’en faire son cheval de bataille électoral. Nos partis doivent s’appuyer sur cette énergie créatrice qui inonde les rues et s’en servir pour promouvoir des politiques démocratiques de large portée.  


Face à cette situation, la crise de la démocratie s’est transformée en crise de la République. Cela ne signifie pas pour autant que le pacte démocratique ne puisse être réhabilité, tant par la voie « conservatrice » que par la voie de « la radicalisation de la démocratie ». Pour la première option, la voie « conservatrice », il suffit que les différents pouvoirs se remettent à fonctionner en relative harmonie pour donner l’illusion que « les choses ont commencé à s’améliorer ». S’ils y parviennent, les clameurs du peuple cesseront d’être mises en exergue par les grands média et la situation pourra s’apaiser, mais la démocratie ne sera pas revalorisée et la République ne sera pas réformée. De nouvelles institutions à même de renforcer l’intervention du peuple dans le processus politique ne seront pas créées et, de ce fait, les « crises » seront encore plus fortes à l’avenir.

 

L’essence de la crise actuelle est que les pouvoirs républicains et leurs institutions politiques ne sauraient récupérer leur pleine légitimité afin de rendre la démocratie plus opérante – la capacité à répondre aux justes attentes populaires -, sans la mise en place de nouvelles formes de participation dans les décisions publiques et de nouvelles sources de légitimité du pouvoir. Le Congrès fonctionne avec des mécanismes bureaucratiques qui permettent trop souvent à des intérêts occultes de faire obstacle à l’adoption de certaines mesures et que des minorités sans programme ni principes dominent la scène parlementaire, disqualifiant ainsi l’ensemble de la représentation. Il lui faut un souffle “direct » du peuple afin qu’il se mette à jour et se montre plus attentif aux problèmes réels dont souffre le pays.


J’évoque ici une Assemblée Constituante (de révision) spécifique, convoquée selon les termes de la Contitution par décret constitutionnel, pour connecter les institutions politiques de la République avec le peuple, qui représente le vrai pouvoir constituant.
Son objectif serait d’intégrer, de façon directe, l’énergie politique actuelle réveillée par les grandes mobilisations populaires, avec des délégués élus spécifiquement pour élaborer la Réforme Politique.

 

Ces représentants, élus à cette fin spécifique, ne pourraient se présenter aux prochaines élections, (en intégrant un pourcentage de représentants “sans parti”), et démocratiquement aiguillonnés par la société en mouvement, pourraient, par le biais de changements substantiels dans les normes constitutionnelles régissant les partis, le financement des campagnes électorales et la loi électorale, « démocratiser la démocratie » comme le dit Boaventura Souza Santos (célèbre sociologue et économiste portugais lié au mouvement altermondialiste, ndt). Et de la sorte élargir les champs de la participation directe du peuple, déjà prévus par l’actuelle Constitution Fédérale, pour l’articuler avec la représentation stable issue des processus électoraux traditionnels.


Ce qui se passe actuellement dans les manifestations est aussi la résultante d’un lent et efficace lavage de cerveau médiatique, largement relayé par les “réseaux sociaux”, dont l’objectif transparaît de façon synthétique dans des slogans tels que “Le géant s’est réveillé”, « Nous allons construire un nouveau Brésil » et « Nous allons balayer la corruption ». De pareils mots d’ordre illustrent un mensonge bâti avec méticulosité car les avancées démocratiques que le pays a connu ces derniers temps, y compris dans la lutte contre la corruption, datent de la Constitution de 1988 (première Constitution démocratique depuis la période de la dictature militaire, ndt)  et sur le plan social, des deux gouvernements du Président Lula (élu pour la première fois en 2002, ndt), élargis qui plus est par le gouvernement actuel.


Ces « mots d’ordre », directement inspirés des thèmes de la droite extrême, conduisent les nouvelles générations à une idéalisation de l’avenir pouvant induire de lourdes frustrations à moyen terme. Même si la crise des régions métropolitaines – cause la plus immédiate des insatisfactions qui s’expriment – naît d’erreurs et de négligences des actuels et antérieurs gouvernements (en particulier pour ce qui concerne les transports urbains et la santé), aucune de ces questions ne trouvera de solution en profondeur dans les dix prochaines années. Cela représente des milliards qui doivent être investis et répartis entre les États et les mairies, qui doivent affronter les rigueurs de la crise mondiale et aussi promouvoir une réforme fiscale qui pour l’essentiel allège la fiscalité pour les pauvres et les nouvelles classes moyennes pour en contrepartie taxer plus lourdement les grandes fortunes et les transactions spéculatives du capital financier.   


Les grandes mobilisations populaires ont ainsi ouverts des chemins qui sont au cœur d’une bataille politique. Les partis de gauche, s’ils veulent se montrer à la hauteur des enjeux de la crise actuelle, s’ils sont vraiment de gauche et démocratiques, doivent adopter une stratégie unitaire de revalorisation de l’action politique et des partis, en l’articulant avec la création de nouveaux vecteurs de démocratie directe et de participation populaire qui viennent enrichir la démocratie représentative. Sinon nous courons le risque d’être vaincus par le conservatisme, qui peut nous conduire vers de nouvelles formes de totalitarisme post-moderne, qui contrôlera non seulement les esprits comme il imposera les normes, dictant ce qui est licite ou illicite, dans une démocratie encore plus élitiste que l’actuelle.  

 

Tarso Genro (*)

(*) actuel Gouverneur de l’État du Rio Grande do Sul, ancien Maire de Porto-Alegre, ancien Ministre de l’Éducation de Lula

 

http://www.cartamaior.com.br/templates/materiaMostrar.cfm?materia_id=22277&editoria_id=4

 

 

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