Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Critiques des deux textes de Congrès du PCF

Publié le 30 Mai 2010 par La Riposte in France-Politique - société

 

Le Conseil National du PCF a adopté deux documents, en vue du Congrès d’étape des 18, 19 et 20 juin prochain. Ces documents doivent être discutés dans des conférences de section – puis des conférences fédérales – qui se tiendront dans les semaines à venir.

Nous avons publié, sur notre site, deux articles sur ces textes du Conseil National du parti. Ci-dessous, vous trouverez des extraits de nos deux articles, suivis du lien vers leur version intégrale. N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires.

*

Le programme et la stratégie du PCF – Critique du premier texte de Congrès

La toute première partie du texte est la plus concrète. Ses auteurs soulignent la contradiction entre le rejet massif, dans la population, de la droite au pouvoir, et l’absence d’une alternative crédible à gauche. D’où l’abstention massive aux élections régionales, entre autres causes. Puis le texte en vient à ce qui constitue le fil conducteur de ce document – les élections de 2012 – et affirme qu’il faut « créer les conditions pour réussir 2012, c’est-à-dire battre la droite en ouvrant une réelle perspective de changement progressiste. »

Tout ceci est plutôt clair, et on se dit que la suite du texte va nous expliquer ce qu’il faut entendre par « changement progressiste », c’est-à-dire quelles sont les grandes réformes qu’un futur gouvernement de gauche devrait mener. Mais non. Le texte parle de « changements structurels et durables », d’une « profonde transformation » du « mode de développement », d’une « nouvelle ère politique, sociale et démocratique », mais il ne donne aucun contenu concret à ces formules extrêmement vagues. Le texte pose la question : « quelle ambition […] de projet alternatif se donner ? » Mais, curieusement, il n’y répond pas. C’est l’une des nombreuses questions sans réponses du texte. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la direction du parti semble nous dire qu’elle n’a pas d’idées précises sur les grandes réformes à mettre en œuvre pour en finir avec le chômage, la misère, la précarité, le racisme et tous les fléaux du capitalisme. Si nous voulons « réussir 2012 », il faut absolument combler cette grave lacune !

Pour être tout à fait juste, précisons que les auteurs du texte donnent une justification à ce vide programmatique. En effet, ils nous proposent d’engager le parti dans « de grandes campagnes politiques d’actions et de projets, qui tout en étant des fronts de ripostes au gouvernement nous permettent de co-élaborer avec les citoyens et les salariés en lutte, les grandes réformes que mettraient en œuvre une majorité de changement. » Plus loin, suivant la même logique, le texte identifie « trois publics »« syndicalistes », « militants des quartiers populaires » et « intellectuels de gauche » – et propose d’engager « de nombreuses auditions de personnalités représentatives de ces trois publics », lesquelles auditions « pourraient nous permettre d’échanger sur les grands repères d’une politique transformatrice et de mieux appréhender la façon de rassembler une majorité autour de ces repères. »

Cette méthode est complètement erronée. Certes, lorsque le PCF apporte son soutien à des salariés en lutte, il doit écouter très attentivement ce qu’ils ont à dire. Cela va de soi ! Mais tout en partant des revendications et des aspirations des travailleurs, et tout en luttant énergiquement à leurs côtés, le parti doit s’efforcer de les convaincre qu’il n’y a pas de solution durable à leurs problèmes sur la base du capitalisme. La classe ouvrière doit renverser ce système et en bâtir un nouveau, fondé sur la propriété publique des grands leviers de l’économie. Ce programme – un programme communiste – ne surgira pas d’on ne sait quel processus de « co-élaboration » et « d’auditions » de « représentants de trois publics », quelque part entre 2010 et 2012. Ce programme découle de toute l’expérience accumulée du mouvement ouvrier international depuis près de deux siècles. Il était à l’origine de la création du PCF, en 1920. Il a trouvé sa plus haute expression scientifique dans les écrits de Marx, d’Engels et des autres grands théoriciens marxistes qui les ont suivis (et qui, hélas, ne peuvent plus être « auditionnés »). Bien sûr, le marxisme n’est pas un dogme intemporel qu’il suffirait de répéter bêtement, indépendamment du lieu et de l’époque. Comme l’écrivait Engels, c’est un « guide pour l’action » qui nécessite une approche créative et une étude attentive des processus à l’œuvre à tous les niveaux de la société. Mais la crise du capitalisme valide une fois de plus les idées fondamentales du marxisme. Il est le socle solide sur lequel le PCF doit fonder son programme et son action.

Outre qu’elle affaiblit le contrôle des militants communistes sur leur parti, la méthode que proposent les Pistes de travail ne pourra jamais aboutir à l’élaboration d’un programme communiste sérieux. Parmi les « trois publics » désignés par les auteurs du texte, il y a beaucoup d’enthousiasme et de bonne volonté, mais il y a aussi beaucoup de confusion. Chez les « représentants des syndicalistes », par exemple, les préjugés réformistes sont courants. Quant à ceux qui ont été considérés comme des « intellectuels de gauche », ces 20 dernières années, ils ont passé beaucoup de temps à proclamer la mort du communisme et la disparition de la classe ouvrière. Ils subissaient – et subissent encore – la pression idéologique de la classe dirigeante et des classes moyennes. Dans l’ensemble, ils se sont contentés de réchauffer de vieilles idées pré-marxistes et plus ou moins petites-bourgeoises. On pourra les « auditionner » autant de fois qu’on voudra : il n’en sortira pas grand-chose de valable. Commençons plutôt par présenter un programme communiste offensif à l’ensemble des jeunes et des salariés.

Lire l’intégralité de l’article

*

Congrès du PCF – A propos du texte sur la « transformation du parti »

« Que lisez-vous, Monseigneur ?
- Des mots, des mots, des mots… »

(Shakespeare, Hamlet.)

Pistes de travail pour un PCF transformé, qui a été adopté par le Conseil National et diffusé à tous les militants du parti, est un document particulièrement lamentable. Il sera sans doute très mal accueilli par les militants du parti. En politique comme dans la vie de tous les jours, si on veut se faire comprendre, il faut savoir parler et écrire avec précision. Or, ce texte ne contient pratiquement aucune idée clairement formulée. On dirait qu’il a été écrit expressément dans le but de ne rien dire. Et même quand il semble, à première vue, que quelque chose a vraiment été dit, une lecture plus attentive révèle qu’il n’en est rien.

Prenons par exemple la toute première phrase du document : « Chaque grande rupture historique conduit à de profondes transformations des systèmes économiques, idéologiques, politiques. » Il n’est pas vrai que toutes les grandes ruptures historiques conduisent à des transformations des systèmes économiques. Etait-ce le cas du krach de 1929 ou de l’arrivée au pouvoir de Mussolini, Hitler et Franco ? Etait-ce le cas des événements grandioses de 1936 et 1968, en France ? Evidemment pas. Les Pistes de travail s’ouvrent donc sur une idée clairement erronée – à moins de ne qualifier de « grandes ruptures » que celles qui, comme la révolution russe ou l’effondrement de l’URSS, ont effectivement abouti à de profondes transformations des systèmes économiques. Mais dans ce cas, il s’agit d’un simple truisme qui ne nous apprend strictement rien.

D’après la suite du texte, leurs auteurs semblent vouloir dire que nous sommes actuellement en train de vivre une « grande rupture » qui, dès lors, nous conduira à une transformation du système économique, idéologique et politique actuel. Soit dit en passant, nous ignorons ce qu’il faut comprendre par « système idéologique », dans ce contexte. Mais si, dans l’esprit des rédacteurs du texte, la grande rupture en question désigne la crise économique actuelle, il faut dire que rien ne permet d’affirmer que celle-ci mènera à une transformation du système économique, pas plus que la crise de 1929-33. Le capitalisme durera aussi longtemps que les travailleurs ne l’auront pas renversé.

Le caractère vaporeux de certaines affirmations frise l’absurdité : « La crise et le nouvel état du monde ont rebattu toutes les cartes. Le front idéologique s’est déplacé. » Qu’est-ce qu’un « front idéologique », exactement ? Comment et dans quelle direction s’est-il déplacé, si toutefois il existe ? Le texte n’en dit rien. Il affirme seulement que ce mystérieux déplacement met « toutes les forces politiques […] devant des enjeux radicalement nouveaux. » Quels enjeux nouveaux ? Encore une fois, mystère ! Nous n’en savons rien. N’ayant sans doute pas les mêmes aptitudes analytiques que les auteurs du texte, nous sommes enclins à penser, toutefois, que les objectifs et intérêts politiques que poursuivent l’UMP, le Modem et le Front National n’ont pas changé et ne changeront pas. Ils défendent et défendront toujours les intérêts du capitalisme. A l’inverse, le PCF, aujourd’hui comme hier, a pour tâche de combattre le capitalisme et, si possible, de le renverser… A moins que quelque chose de « radicalement nouveau » nous ait échappé !

 

La Riposte

Publication : mardi 25 mai 2010

Commenter cet article