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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Déclaration du MDS (Algérie)

Publié le 9 Octobre 2009 par MDS in Maghreb-Machrek


Célébrons le 5 octobre 1988, rappelons l’exigence de rupture

Dans une situation internationale marquée par les tensions autour du nucléaire iranien et une grave crise économique malgré laquelle les dirigeants du G20 n’ont  pas réussi à s’entendre sur toutes les mesures devant permettre de réduire les risques liés à la financiarisation de l’économie mondiale, le pouvoir algérien se sent conforté dans son refus de renoncer à son orientation despotique néolibérale.  Après avoir reconnu que la situation s’est aggravée et que la crise mondiale a fini par nous atteindre, Bouteflika persiste à s’octroyer des satisfecit, et les auditions de ministres ont  juste été l’occasion de se déresponsabiliser au détriment d’un gouvernement qui n’irait pas suffisamment vite. L’autoritarisme de Bouteflika, loin de permettre le redressement de l’Etat en accélère la déliquescence. Le conflit qui règne dans la police illustre cette évolution. Les scandales qui frappent différentes personnalités du système donnent la mesure de la corruption qui gangrène le pays. Cependant aucun des concernés n’apporte de démenti, laissant planer le soupçon que les révélations entrent dans un cadre de luttes d’appareils et que tous se sentent convaincus d’impunité. Déjà Ksentini parle d’amnistie générale inévitable et les terroristes font monter les enchères. Le pays est soumis à la loi de la jungle. Les violations répétées de la Constitution et des lois de la république par Bouteflika auraient du entraîner à le traduire devant une juridiction constitutionnelle. Il est donc dérisoire de vouloir enregistrer, contre lui, une simple plainte devant les tribunaux, si ce n’est pour entrer dans le jeu des luttes d’appareils.  

Alors que dans les partis on se dispute l’investiture pour le Sénat, le peuple est fatigué. Le ramadhan a épuisé ses ressources physiques et financières, mais pas sa colère. Les conséquences des intempéries sont venues alimenter les raisons de dénoncer le pouvoir tandis que la question du logement enflamme des citoyens dans les wilayas de Skikda et de Tizi-Ouzou. La société sait, avec l’expérience du couffin du ramadhan, qu’en cette rentrée sociale, la prime scolaire ne parviendra pas à tous ceux pour qui elle est une nécessité. La façon triomphale dont a été annoncé le budget de l’éducation cache l’absence de réforme qui offrirait aux écoliers un enseignement leur permettant d’assurer leur avenir. Les classes restent en sureffectifs tandis qu’on observe une pénurie de tabliers à cause d’une mesure bureaucratique. Le boycott de la rentrée scolaire et les grèves annoncées autour des salaires traduisent le marasme du secteur. En vérité, tous les travailleurs sont en droit de demander le rattrapage des salaires et d’exiger que les augmentations ne se traduisent pas par une hausse de l’inflation. Ce n’est pas dans la tripartite, à laquelle les syndicats autonomes ne sont pas conviés, qu’ils se feront entendre, mais sur le front des luttes. Ils doivent être soutenus, notamment, par les associations de consommateurs qui peuvent aider à faire face au véritable sabotage auquel se livrent les spéculateurs alors que durant le ramadhan l’Etat a démontré son manque de volonté politique à maitriser des augmentations incendiaires.

En plus des agressions contre leur pouvoir d’achat, sur un marché non régulé, les algériens voient se maintenir l’injustice dans l’accès au logement et l’utilisation de la force pour régler le problème de l’habitat précaire. Et même le nouveau projet d’un million de logements ne rassure pas puisque la construction d’un précédent million n’a pas pu empêcher une flambée de l’immobilier. Pas plus qu’avec la création, selon lui, de deux millions d’emplois, le pouvoir n’a assuré l’aisance financière des organismes sociaux. La dérisoire augmentation des retraites montre que tous ces chiffres ne sont que pure fanfaronnade. La réalité du secteur de l’emploi c’est les risques qui pèsent sur les travailleurs d’Arcelor/Mittal, sur les dockers du port d’Alger victimes des relocalisations d’activité ou sur ceux de la biscuiterie de Cherchell menacée par l’ouverture de la zone de libre-échange arabe. Les algériens le savent, la malnutrition, la délinquance, l’insalubrité, les inégalités,  tous les fléaux sociaux se sont accrus sans que le pouvoir soit à l’écoute de leurs souffrances en particulier celles des exclus du système social, chômeurs ou travailleurs non déclarés. Toujours plus d’algériens sont marginalisés et précarisés. Tandis que douze millions  d’entre eux vivent dans l’indigence, l’Etat continue à percevoir l’IRG sur des salaires inférieurs au seuil de pauvreté. Une honte !

Avec des réserves financières considérables, fruits de sacrifices confisqués, et tandis que les réformes de fond piétinent, le pouvoir persiste à faire du bradage du secteur public une panacée, tout en prétendant, dorénavant, limiter l’ouverture à une minorité du capital. Malgré la recapitalisation de certaines entreprises, le manque d’investissements et surtout l’absence d’une stratégie claire fait que les gestionnaires du secteur public n’osent pas croire à une nouvelle orientation. L’ouverture du secteur de la Poste à la concurrence, qui laisse craindre le pire sur l’avenir des ccp, et la privatisation d’une partie de l’activité des chemins de fer démontrent qu’il reste dans la même logique néolibérale, alors que pour se redresser, l’économie nationale a besoin d’un service public assaini, qui doit jouer un rôle moteur. De son côté le secteur privé productif ne bénéficie pas d’un soutien réel et continue à se heurter à des problèmes considérables dont la difficulté d’accéder au crédit. On peut craindre, que comme l’augmentation de capital pour les entreprises d’importation, les dernières mesures ne permettront pas, à terme, une réduction sensible des importations mais seulement du nombre d’importateurs. Le patronat productif s’insurge. Face à la volonté de casser l’appareil productif et aux provocations des spéculateurs, il fait sienne l’exigence de sauvegarder les entreprises qui représentent un intérêt stratégique au plan politique, économique, social et culturel. Il reconnaît la nécessité pour l’Etat d’agir vite et résolument pour relancer l’économie, engager des investissements productifs, associer largement le secteur productif national aux grands chantiers et bloquer le processus de dégradation du pouvoir d’achat. C’est pourquoi nous devons demander, avec force : la culpabilisation, par la bande, du patronat et des travailleurs, vise-t-elle vraiment les milieux maffieux, vise-t-elle à établir les équilibres indispensables pour une démocratisation poussée de l’Etat ou bien tend elle à les faire reculer sur certaines revendications à caractère démocratique, ce dont ne pourrait profiter que les islamo-conservateurs du système ainsi que les forces néocolonialistes qui ont toujours rêvé de l’Algérie comme d’un simple marché ?

Si notre conviction est que rien ne doit arrêter la main de l’Etat, et que les institutions de la République et l’économie nationale doivent être pures de toute pratique rentière ou spéculative, il est de la plus haute importance d’éviter les amalgames entre patronat productif et parasites qui peuvent être extrêmement préjudiciables à la stabilité de l’Algérie. Il faut s’interdire de prendre des initiatives cruciales et irréparables sans débat de fond sur l’orientation économique nécessaire au développement du pays. La Loi de Finance Complémentaire 2009 préoccupe  et provoque un tollé général. Le risque est grand d’encourager l’ingérence étrangère surtout quand le gouvernement est obligé de revenir sur des mesures à effet rétroactif. En prenant, dans la précipitation et à la veille d’une rentrée sociale déterminante, des décisions démagogiques, le pouvoir espère désamorcer les conflits qui se multiplient. S’il faut que des mesures soient prises, elles ne doivent pas viser à démobiliser salariés et retraités sur des questions majeures aux niveaux politique, économique et social, en particulier sur le dossier épineux de la réforme du code du travail que certains voudraient démanteler. Par ailleurs, au moment où le pouvoir  instaure une forme d’austérité il devrait restreindre les dépenses inutiles de l’Etat. Il faut donc envisager une véritable réforme de l’Etat qui permette à la fois d’en diminuer et contrôler les coûts en assurant une plus grande participation démocratique des citoyens. La réforme des codes communaux et de wilaya et le redécoupage administratif qui se préparent sans débat social ne vont malheureusement pas dans le sens d’une plus grande démocratie locale.

Le Comité économique et social du MDS condamne la stratégie du gouvernement Ouyahia qui aggrave la situation économique et sociale. Le bilan de ce gouvernement de l’Alliance FLN/RND/MSP est si lourdement pénalisant que les perspectives d’une croissance plus vigoureuse s’en trouvent compromises en dépit des sacrifices importants consentis par la population et les entreprises  Il faut ajouter à ce bilan catastrophique le manque de visibilité, la manipulation des résultats électoraux et des indices économiques et sociaux, le maintien en détention et même la condamnation à mort du patriote Mohamed Gharbi, le harcèlement de la presse et les atteintes à la liberté d’expression, l’exacerbation des conflits tribaux, les attaques répétées contre les libertés religieuses par l’interpellation de jeunes qui ne pratiquaient pas le ramadhan à Alger ou Sétif et la remise en cause de la mixité dans les cités universitaires à Boumerdés. Il fournit ainsi à l’islamisme matière à se redéployer, tandis que ses alliés de Sant Egidio sont couvés. Des rumeurs concernant le changement de ce gouvernement laissent penser que Bouteflika voudrait par un tour de passe-passe, essayer de détourner l’attention des enjeux de la crise. La tentation peut être grande de présenter un gouvernement de technocrates  ou même de compromis national qui dissimulerait mieux l’orientation politico-idéologique du pouvoir. Ce n'est pas en s’obstinant dans une voie sans issue, au prix de dégâts exorbitants,  que Bouteflika pourra détourner de la question de la rupture et empêcher l’accentuation de la polarisation du champ politique et social en deux camps porteurs de deux projets de société diamétralement opposés.

Les manœuvres et les pratiques antidémocratiques ne seront surmontées qu’avec la consolidation des fondements républicains modernes de l’Etat algérien, ce qui suppose la disqualification de l’islamisme et des partis/Etat. Il est plus que temps que le sigle du FLN soit restitué au patrimoine de la société algérienne et il est encore temps d’éviter de créer un nouveau parti/Etat au service de Bouteflika. La fébrilité qui s’installe dans les rouages du pouvoir, à cause de l’accumulation des problèmes dont la solution a été différée, révèle l’échec de la logique de la paix d’abord le développement ensuite. L’utopie réconciliatrice du nationalisme despotique aboutit aux mêmes conséquences que la stratégie islamiste, tandis que la dérive néolibérale reproduit et parfois aggrave les conséquences du système rentier. Dans un contexte marqué d’une part par une augmentation des importations, insoutenable sur le moyen et le long terme parce que non compensées par des exportations hors hydrocarbures suffisantes, et d’autre part par des pratiques mafieuses scandaleuses qui dévitalisent l’économie productive, publique et privée et accentuent le discrédit de l’Etat, la désespérance de la population, notamment de la jeunesse, s’accroît. Face aux menaces de désintégration nationale la solution de la crise passe par des réformes institutionnelles, économiques, sociales, culturelles audacieuses et la fondation d’une deuxième république.

Trop faible, le camp démocratique n’est pas au niveau des exigences. Il faut engager une mobilisation consciente, démocratique autour d’une plateforme rassembleuse. Les travailleurs, les cadres, les intellectuels, les opérateurs économiques liés à la production et à l’accumulation, leurs organisations syndicales et sociales, les jeunes, toutes les forces vives doivent se mobiliser pour que puisse être mise en œuvre une politique de redressement national qui prenne en charge les exigences d’une vie digne. Les militants du MDS appellent les algériens à s’unir, s’organiser et agir partout à travers leurs syndicats, leurs associations et comités ainsi que les partis démocratiques pour prendre en  mains leur avenir. Une tâche historique les attend : basculer le système économique du néolibéralisme à la production et à l’accumulation, du parasitisme au travail, de l’ignorance au savoir et rompre ainsi définitivement avec la rente.  Les militants du MDS ne négligeront aucune inflexion démocratique susceptible de faire avancer le rapport de forces dans cette direction de progrès. Mais, une telle inflexion reste hypothétique sans refondation de l’Etat et de la classe politique et l’installation d’un pouvoir de combat démocratique dans le cadre d’une initiative consensuelle patriotique démocratique forte à laquelle les militants du MDS pourraient adhérer afin d’ouvrir les portes du changement radical. Le 5 octobre 1988 qui portait cette dernière aspiration a été usurpé. Elle est plus que jamais à l’ordre du jour. Il est clair que des tâches d’une telle qualité stratégique et d’une telle envergure historique ne peuvent être réalisées avec le maintien de la stratégie de concorde et de compromission ni avec les hommes qui sont responsables de cette dérive. Cela exige la remise en cause de cette stratégie et le départ de ses responsables. Tous ses responsables.

Alger, le 3 octobre 2009

Le comité économique et social du MDS

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