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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 13:23

28-08-2012

 

Le 15 août dernier, Libération a publié une interview du camarade Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, dans laquelle il explique sa conception du communisme. Autrement dit, Pierre Laurent s’engage sur le terrain – très important, pour le mouvement communiste – de la théorie. Nous allons tenter de montrer ici que le résultat est loin d’être satisfaisant.

« Inventer » de nouvelles « solutions » ?

À la première question des journalistes – « Quel sens cela a-t-il de se dire "communiste" en 2012 ? » –, Pierre Laurent répond que le communisme est « une mise en commun, un partage » et une « maitrise sociale des richesses ». Admettons pour le moment ces définitions très générales. Le camarade souligne ensuite que « la révolte contre l’injustice est toujours autant d’actualité », ce qui est parfaitement clair. Puis il enchaîne : « Pendant une partie du XXe siècle, les idées communistes ont été dogmatisées, jusqu’à être détournées de leur objet dans les pays de l’Est. Mais les idées communistes, au-delà des caricatures et de leurs perversions profondes, restent valables. Cela suppose un effort d’invention extrêmement profond pour penser des solutions dans un monde très différent ».

Ces quelques lignes soulèvent plusieurs problèmes. Tout d’abord, nous aurions voulu savoir précisément à quelle « partie du XXe siècle » le camarade Laurent fait ici référence. À défaut, et pour éclairer ce qui va suivre, voici ce que La Riposte en pense : la monstrueuse « dogmatisation » des idées communistes – c’est-à-dire du marxisme – fut le résultat de la dégénérescence bureaucratique de la révolution russe et de l’émergence du stalinisme. Ce processus, engagé dès le milieu des années 20, après la mort de Lénine (1924), a rapidement gagné l’ensemble des partis de l’Internationale Communiste. Nous avons expliqué ailleurs les causes de cette dégénérescence.

On peut ne pas être d’accord avec ce point de vue et cette chronologie. Mais quelle que soit la « partie du XXe siècle » pendant laquelle Pierre Laurent pense que les idées du communisme étaient « détournées de leur objet », il n’en affirme pas moins qu’avant ce détournement elles étaient « valables » et le demeurent aujourd’hui. Nous sommes tout à fait d’accord ! Le problème, c’est que dans la phrase suivante Pierre Laurent nous appelle à un « effort d’invention extrêmement profond pour penser des solutions dans un monde très différent ». Pourquoi le camarade Laurent veut-il « inventer » des « solutions » alors qu’il vient de dire, dans la phrase précédente, que les idées du communisme (et donc, suppose-t-on, les « solutions » qu’elles proposent) étaient et demeurent valables ? On pourrait nous répondre : Pierre Laurent l’explique noir sur blanc dans la même phrase ; c’est que le monde actuel est « très différent » – très différent donc, du monde de l’époque où les idées du communisme étaient « valables ». Mais on tourne toujours dans la même contradiction. Car si le monde contemporain est « différent » au point qu’il faille « inventer » des « solutions » nouvelles, on ne comprend plus pourquoi le camarade Laurent affirme que les vieilles idées communistes restent « valables » !

Que le lecteur nous pardonne ce laborieux exercice de logique formelle : nous voulons comprendre ce que dit notre secrétaire national. Heureusement, la clé du mystère nous est donnée un peu plus loin dans l’interview. Des idées communistes toujours « valables », celles développées d’abord par Marx et Engels, le camarade Laurent ne retient que les formulations très générales (trop générales) citées plus haut – « mise en commun », « partage », « maitrise sociale des richesses » – et leur donne un contenu qui n’a plus rien à voir avec les idées et les « solutions » (c’est-à-dire le programme) du marxisme. Ainsi, à la question : « En tant que communiste, êtes-vous toujours opposé à la propriété privée des moyens de production ? », Pierre Laurent répond : « La vision étatiste, centralisée de la propriété collective est dépassée, mais pas l’appropriation sociale des richesses. Le système de la Sécurité sociale, créé en France à la Libération à l’initiative d’un ministre PCF, est une idée profondément communiste ! Prélever à la source une partie des richesses pour la consacrer au bien-être social des populations, c’est communiste ! Mais cela n’est pas contradictoire avec l’existence d’entreprises privées ! »

La Sécurité sociale est-elle « une idée profondément communiste » ? Oui et non. Oui, dans le sens très étroit où il s’agit d’une conquête sociale que les communistes défendront becs et ongles, tous comme ils se sont battus et se battront encore pour de meilleurs salaires, une éducation gratuite et de qualité, la réduction du temps de travail sans perte de revenus, la construction de logements sociaux, etc. Mais le communisme n’est absolument pas réductible à des acquis sociaux comme la Sécurité sociale – que la classe dirigeante remet constamment en cause. Le communisme, c’est bien davantage : c’est notamment l’idée que la Sécurité sociale et toutes les conquêtes sociales arrachées par les luttes passées seront menacées tant que le capitalisme ne sera pas renversé et remplacé par un système reposant sur la propriété collective – et oui, « centralisée » – des grands moyens de production, sous le contrôle démocratique des salariés. C’est même de l’impossibilité d’aller indéfiniment de conquêtes sociales en conquêtes sociales, sous le capitalisme, que découle la nécessité d’une rupture révolutionnaire avec ce système.

Le monde actuel est-il « très différent » de celui du début du siècle dernier, de ce point de vue ? Pas du tout. Le monde a changé, certes. Il change un peu chaque jour, n’est-ce pas ? Mais ceci ne nous mène pas très loin. Il faut certes prendre soin d’adapter nos mots d’ordre et revendications à l’évolution de la situation concrète des travailleurs et de leur compréhension de cette situation. Mais en comparant le monde actuel à celui du début du XXe siècle, nous ne voyons pas quels sont les changements concrets de l’ordre économique et social qui devraient nous pousser à renoncer à ce qui constituait alors l’axe central d’un programme communiste : l’expropriation des capitalistes et la planification démocratique de la production. Il suffit d’ouvrir le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels pour constater que les caractéristiques et mécanismes fondamentaux du capitalisme actuel y sont admirablement décrits et anticipés. Concentration du capital, crises de surproduction cycliques, expansion et domination du marché mondial (« mondialisation »), inégalités croissantes entre les deux pôles de la société, développement quantitatif et qualitatif du salariat, permanence d’une large couche de chômeurs, etc. Et à l’époque comme aujourd’hui, il n’y a pas de solution aux problèmes brûlants des masses en dehors d’une révolution socialiste.

« L’appropriation sociale des richesses » que défend Pierre Laurent se distingue de ce qu’il appelle « la vision étatiste, centralisée de la propriété collective ». En fait, elle s’en distingue tellement que son « appropriation sociale » n’est plus une « propriété collective » du tout (ni centralisée, ni étatiste, ni rien). La Sécurité sociale et autres systèmes de « prélèvement à la source des richesses », auxquels Pierre Laurent réduit ici le communisme, constituent l’alpha et l’oméga d’un programme réformiste, qui ne veut pas toucher à la sacro-sainte propriété capitaliste (ou alors de façon exceptionnelle, temporaire et limitée). Précisons au passage que le marxisme ne propose pas de tout nationaliser, bien évidemment, mais seulement les grands leviers de l’économie : banques, grandes industries, grande distribution, transports, etc.

Pierre Laurent affirme que la Sécurité sociale « n’est pas contradictoire avec l’existence d’entreprises privées ». Vraiment ? N’est-il pas au contraire évident que la Sécurité sociale et tous nos acquis sont, à terme, incompatibles avec la domination de la classe dirigeante qui possède les grandes entreprises privées du CAC 40 et, de ce fait, détient le véritable pouvoir dans le pays ? N’est-ce pas cette classe de grands capitalistes qui, jour après jour, exige des coupes drastiques dans les budgets sociaux et autres « systèmes de prélèvement à la source » ? Du point de vue des capitalistes, nos conquêtes sociales sont précisément incompatibles avec leurs intérêts, leur système, leur domination. Et ils ne se contentent pas de proclamer cette incompatibilité : ils détruisent systématiquement nos acquis sociaux, que ce soit au moyen de gouvernements de droite – ou de gouvernements « socialistes » : on l’a vu en Grèce, en Espagne, au Portugal, et cela s’engage aujourd’hui en France.

Stalinisme ou communisme

En rejetant comme « dépassée » la « vision étatiste, centralisée de la propriété collective », Pierre Laurent se réfère implicitement aux régimes staliniens. C’est devenu un lieu commun au sommet du parti : ce qui aurait échoué en URSS, c’est la « centralisation » et « l’étatisation » des moyens de production. Telle aurait été l’origine de tous les maux. Dans la même veine, Pierre Laurent rejette ici le « communisme par plans quinquennaux ».

En réalité, la propriété collective des moyens de production et la planification qu’elle permettait de mettre en œuvre, dans les régimes en question, étaient énormément progressistes. C’était un immense progrès par rapport à l’anarchie de la production capitaliste. C’est grâce à cela que la Russie est passée en quelques décennies du rang d’économie très arriérée – encore plus arriérée que le Pakistan actuel, par exemple – à celui de deuxième puissance mondiale. Ce qui a provoqué la chute de l’URSS, ce n’est pas la nationalisation et la centralisation des moyens de production : c’est la complète dégénérescence bureaucratique du régime soviétique – ce que Pierre Laurent lui-même appelle ailleurs « l’aveuglement démocratique ». À propos de l’appréciation que porte la direction du parti sur les régimes staliniens, on entend souvent des militants communistes dire : « on a jeté le bébé avec l’eau du bain ». Cette interview de Pierre Laurent en est un exemple.

« Je n’aspire pas à une société idéale », explique Pierre Laurent. Il développe cette idée plus loin : « Je suis animé par le fait de rêver une société, mais ça n’a rien à voir avec définir une société idéale. Je ne crois pas plus au communisme par plans quinquennaux. Le communisme est un mouvement, un chemin de projets partagés, sans cesse remis en discussion. Ce n’est pas une société parfaite à atteindre ».

Il n’est jamais venu à l’idée d’un communiste sérieux de prétendre lutter pour une « société idéale » ou « parfaite ». Marx et Engels eux-mêmes expliquaient que le communisme serait d’emblée et sans cesse perfectible. Le communisme ne sera pas une société figée dans on ne sait quel « idéal parfait » – et c’est heureux, car il est probable qu’on s’y ennuierait ferme. Pourquoi donc Pierre Laurent évoque-t-il cette chimère d’une société parfaite et idéale ? Pour pouvoir lui opposer (et tenter de nous refiler en douce) une autre chimère, qu’il formule ainsi : « Le communisme est un mouvement, un chemin de projets partagés, sans cesse remis en discussion ». On pense immédiatement à la célèbre formule d’Eduard Bernstein (1850-1932), le théoricien allemand du réformisme : « le but final quel qu’il soit ne signifie rien, le mouvement est tout ». Dans sa lutte contre le révisionnisme de Bernstein, Rosa Luxembourg [1] a démontré que cette mise à l’écart du « but final », sous couvert de « mouvement », n’était rien moins qu’un renoncement à la révolution socialiste, au profit d’une lutte pour des réformes et des réformes seulement (le « mouvement »). De même, à travers le rejet d’une « société parfaite » et du « communisme par plans quinquennaux », Pierre Laurent rejette en fait l’idée d’un programme de rupture révolutionnaire avec l’ordre établi, sous couvert de « mouvement » et de « chemin de projets partagés ».

La scission entre « socialisme » et « communisme »

Mis en jambe par ces déclarations de Pierre Laurent, les journalistes de Libération, quotidien archi-réformiste, se font plus audacieux : « Le communisme d’aujourd’hui ne serait-il pas devenu le socialisme d’hier ? » La réponse de Pierre Laurent mérite d’être intégralement citée : « Entre 1830 et 1917, le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels se décline dans une multitude d’expériences dites socialistes. Mais à partir de 1917, un débat traverse les forces socialistes dans le monde entier, et un très grand nombre d’entre elles choisit la voie communiste. Relisez les textes socialistes de 1936, vous verrez la distance avec ce que dit le PS actuel. Le PCF d’aujourd’hui est l’héritier des traditions socialistes et communistes de la première moitié du XXe siècle, alors que la plupart des sociaux-démocrates ont perdu le fil de cette tradition ».

Le Manifeste du Parti communiste n’a pas pu se « décliner » dans quoi que ce soit entre 1830 et 1848, l’année de sa première parution – mais passons sur ce détail, sans doute une coquille. Quelle est la signification politique de cet étonnant tableau que Pierre Laurent nous brosse, en quelques lignes, de l’histoire du « communisme » et du « socialisme » ? Les idées de Marx et Engels se sont « déclinées » en différentes « expériences » jusqu’en 1917, affirme-t-il. Parmi ces « expériences », il y a donc la dégénérescence réformiste de la IIe Internationale et la complète faillite de la plupart de ses chefs lors de la Première Guerre mondiale. S’ils étaient vivants, nous ne sommes pas sûrs que Marx et Engels jugeraient que les chefs de la IIe Internationale « déclinaient » alors les idées révolutionnaires et internationalistes du Manifeste.

Poursuivons l’histoire de Pierre Laurent : à partir de 1917, année de la révolution russe, un « débat » traverse les forces socialistes et nombre d’entre elles rallient le communisme naissant. Un « débat », oui, mais un débat mené sur fond de trahison encore toute fraiche des chefs socialistes pendant la Première Guerre mondiale, sur fond également de guerre impérialiste contre le régime soviétique avec le soutien plus ou moins actif d’un certain nombre de dirigeants « socialistes » ! Pourquoi Pierre Laurent décrit-il cette scission décisive, inévitable et salutaire entre socio-démocrates et communistes comme la conséquence d’un simple « débat » – là où, en réalité, il y avait deux voies incompatibles, l’une s’orientant vers la révolution, l’autre vers de nouvelles trahisons ? Parce qu’il veut minimiser autant que possible les différences entre ces deux voies, de façon à dissoudre ensuite le marxisme dans le réformisme social-démocrate.

Cela apparait clairement dans les deux phrases suivantes du camarade Laurent : « Relisez les textes socialistes de 1936, vous verrez la distance avec ce que dit le PS actuel. Le PCF d’aujourd’hui est l’héritier des traditions socialistes et communistes de la première moitié du XXe siècle, alors que la plupart des sociaux-démocrates ont perdu le fil de cette tradition ». Autrement dit, malgré le « débat » qui a suivi la révolution russe et débouché sur la création de la IIIe Internationale, les « traditions socialistes et communistes de la première moitié du XXe siècle » (trahisons des chefs socialistes comprises, donc) seraient suffisamment homogènes pour que le PCF se proclame aujourd’hui l’héritier des deux en même temps. D’ailleurs, explique Pierre Laurent aux journalistes de Libération, relisez les textes des dirigeants (réformistes) de la SFIO en 1936 : vous verrez que ça sonne très à gauche et que cela ressemble beaucoup plus à ce que nous proposons aujourd’hui, au PCF, que ce que propose le Parti socialiste de François Hollande.

En effet, ça y ressemble beaucoup plus ! En fait, c’est même encore plus à gauche que le programme officiel du PCF. Mais cela n’a pas suffi. N’oublions pas que le réformisme socio-démocrate de 1936, celui de Léon Blum, s’est au final révélé aussi impuissant que celui des dirigeants « socialistes » actuels. N’oublions pas la rapide débâcle du gouvernement du Front Populaire, auquel ont suivi plusieurs années de calvaire pour la classe ouvrière. Il y avait à cela une raison centrale, qui a été formulée à de nombreuses reprises par les communistes lors du « débat » qui a suivi la révolution russe : le réformisme mène toujours, inévitablement, à la capitulation. Face à la résistance des capitalistes, les réformistes – toutes tendances confondues – ont toujours fini par renoncer à leur programme avant de quitter la scène.

De plus en plus inspirés, les journalistes de Libération se lâchent alors complètement et demandent : « Mais pourquoi garder le nom "communiste" ? Par nostalgie ? » Réponse du camarade Laurent : « Parce que la gauche française s’est structurée en deux grands courants issus de la même matrice. Les communistes et les socialistes. Cela marque les consciences et les cultures ».

Oui, la lutte entre communisme et réformisme, entre marxisme et révisionnisme, entre perspective révolutionnaire et trahisons systématiques – cette lutte a effectivement « marqué les consciences et les cultures » ! On voit mal comment il aurait pu en être autrement. Mais socialistes et communistes se sont de nouveau réunis autour du « programme commun », explique Pierre Laurent : « À partir des années 60, ces deux grands courants ont eu des stratégies communes de conquête du pouvoir à travers un programme commun, la gestion de municipalités, des expériences gouvernementales. C’est une originalité française d’avoir eu en Europe une gauche très à gauche ! »

On ne peut pas partager cet enthousiasme rétrospectif de Pierre Laurent. Le « programme commun » a complètement sombré dans le « tournant de la rigueur » de 1982-83. Il y a eu alors une flambée du chômage, un arrêt de toutes les réformes, une large victoire de la droite aux législatives et le renforcement du Front National. Quant à considérer comme une « originalité française d’avoir eu en Europe une gauche très à gauche », c’est un point de vue qui tranche nettement non seulement avec l’expérience réelle des gouvernements Mitterrand, à partir de 82, mais aussi avec celle du gouvernement Jospin de 1997-2002, qui a massivement privatisé, avec le soutien et la participation directe de dirigeants du PCF.

« On voit aujourd’hui, à rebours de l’histoire, le PS français vouloir faire tardivement une mue sociale-démocrate », conclut Pierre Laurent. « Au moment où toute la gauche française doit repenser ses fondamentaux ! Avec la stratégie du Front de gauche, le PCF est engagé dans une transformation très profonde. En tirant les leçons de son histoire et grâce aux nouvelles générations ». Nous avons là encore une sérieuse divergence avec la version de l’Histoire de Pierre Laurent. La « mue social-démocrate » (au sens de « réformiste ») du Parti socialiste ne date pas d’aujourd’hui, mais plutôt du début du XXe siècle. Nous avons déjà évoqué la Première Guerre mondiale, le gouvernement du Front Populaire, les gouvernements Mitterrand et le gouvernement Jospin : autant de faillites. On pourrait en citer d’autres. Mais ce point de vue de Pierre Laurent sur la « mue social-démocrate » du PS est tout à fait conforme à ce qu’il dit dans le reste de l’interview – et à ce que devrait être, selon lui, la ligne politique du PCF et du Front de Gauche dans la période à venir. On peut le résumer ainsi : malgré la scission qui a suivi la révolution russe de 1917, le « communisme » et le « socialisme » (réformiste) ne forment au fond qu’une seule « matrice » qui, tournant le dos à la vision « caricaturale » et « dépassée » de la propriété collective centralisée, doit s’inspirer du réformisme de gauche que défendait la SFIO de 1936. Lorsque Pierre Laurent écrit que les dirigeants socialistes actuels ont « perdu le fil de cette tradition », c’est pour nous enjoindre à le tenir fermement. Mais au passage, le PCF perd le fil de la tradition révolutionnaire et marxiste qui avait présidé à la scission de 1920 et à la création du parti. Ou plutôt, Pierre Laurent nous confirme que les dirigeants du parti ont lâché ce fil de longue date – et il nous encourage à ne pas le reprendre.

Les idées contenues dans cette interview de Pierre Laurent ne sont pas à la hauteur des défis qui attendent le mouvement communiste et le Front de Gauche. La crise du capitalisme est loin d’être terminée. Toutes les conquêtes sociales du siècle dernier vont être attaquées. Des années d’austérité et de régression sociale sont à l’ordre du jour. Il n’y a pas de base matérielle pour une politique réformiste. Par un effort collectif, en nous appuyant sur les éléments les plus combatifs de la jeunesse et du mouvement ouvrier, nous devons reprendre le fil de la tradition marxiste et révolutionnaire. Il faut dire la vérité aux travailleurs : s’ils veulent en finir avec la descente aux enfers dans laquelle nous pousse la crise du capitalisme, ils doivent prendre le pouvoir et engager la transformation socialiste de la société. Il n’y a pas d’alternative.

 

Jérôme Métellus (PCF Paris 18e)

 

[1] Réforme sociale ou révolution ?, Rosa Luxemburg

 

 

http://www.lariposte.com/a-propos-de-l-interview-de-pierre,1813.html

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