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Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 12:33

aaa logo Drapeau V  Le journal « Le Monde » vient de publier un hors-série intitulé « Guerre d’Algérie- Mémoires parallèles ». Il s’agit d’un document passionnant, bouleversant même, notamment pour un lecteur dont la jeunesse étudiante militante s’est nourrie de l’action contre cette guerre, doté d’une iconographie très riche et parfois inattendue (ah ! cette photo du poignard qui servit à torturer Ahmed Moulay le 3 mars 1957 et qui porte le nom de son propriétaire : J.M. Le Pen- 1erREP…). Bien des acteurs du drame y rapportent leurs souvenirs, leur témoignage ; je pense, notamment, à ceux, pathétiques, de Henri Alleg, de l’épouse de Maurice Audin ou encore de Madeleine Riffaud, sans parler de tous les autres, Algériens bien sûr. Les dimensions nationales et internationales y sont toutes judicieusement discutées (ou presque toutes : je vais y revenir). Toute l’atrocité de cette guerre explose à chaque page du document et fait que, ne serait-ce qu’à ce titre, il mérite d’être largement connu, surtout par les jeunes générations qui n’ont pas connu cette période.

  Le titre est révélateur « Mémoires parallèles » : témoignages parallèles, c’est-à-dire non encore convergents, encore moins communs. C’est dire le chemin qui reste encore à parcourir pour que toutes les leçons du drame soit tirées et partagées par les descendants de ses acteurs, pour que l’on passe de mémoires parallèles à une mémoire commune. Pour que ce degré de conscience soit atteint, il faut, notamment, que les facettes multiples et parfois contradictoires de cette mémoire soient toutes, sans exception, réactivées conformément à la vérité historique. Or c’est sur cet aspect de la question que j’ai des remarques critiques à formuler, plus précisément sur l’article intitulé « Une opinion informée mais indifférente à la torture » rédigé par Jean Planchais (p.32). Précisons d’emblée que c’est le seul passage du document qui est relatif au positionnement de l’opinion française sur la guerre d’Algérie. Ce texte est insatisfaisant à deux points de vue.

  Premièrement, il évoque le silence « indifférent » de l’opinion publique sur la question de l’usage généralisé de la torture des années durant. Il est vrai qu’il fut très difficile de mobiliser massivement cette opinion, du moins pendant les premières années du conflit. Mais l’auteur traite cette question d’un point de vue moral, comme si le peuple français avait été plus qu’un autre dépourvu de conscience tout simplement humaine face à l’horreur de la torture systématisée. Il passe sous silence la dimension fondamentale du problème qui est de nature politique. Il oublie de rappeler que cette opinion fut imbibée par 130 ans d’éducation colonialiste : il suffit de consulter les manuels scolaires de la 3ème République pour réaliser que plusieurs générations de jeunes français vécurent sous l’axiome de « L’Algérie c’est la France » : cela a pesé considérablement au point de retarder, malgré l’information, la condamnation morale massive de la torture. D’autant que le recours trop longtemps du FLN aux attentats aveugles fut un frein à cette prise de conscience. Il n’y a d’ailleurs pas si longtemps que certains, très haut placés, vantaient encore les « aspects positifs » de la colonisation…

  Deuxièmement, l’auteur de l’article détaille les multiples initiatives de diverses personnalités anticolonialistes, dont certaines prestigieuses (Sartre, Mauriac, Malraux pour ne citer qu’eux) destinées à alerter et sensibiliser l’opinion sur le recours généralisé à la torture ; il cite aussi les nombreuses interventions éditoriales de plusieurs quotidiens ou hebdomadaires allant dans le même sens. Le lecteur apprendra donc que Le Monde, l’Express, le Nouvel-Observateur furent saisis plusieurs dizaines de fois (en Algérie). Mais, s’il s’en tient à cet article, il ne saura jamais que le journal  L’Humanité, qui s’engagea dès le premier jour contre la guerre, puis pour l’indépendance de l’Algérie, comme il l’avait déjà fait plusieurs années avant contre la guerre du Viet-nam) fut saisi 27 fois, fut l’objet de 150 poursuites, dont 49 pour provocation à la désobéissance militaire, 24 pour diffamation et 14 pour atteinte à la sureté de l’Etat ; il ne connaitra pas non plus les multiples interventions sur le conflit des Lettres Françaises, alors dirigées par Louis Aragon. Et sur un plan plus général politique, l’auteur n’évoque pas du tout les efforts d’information ( et de lutte…) dans des conditions souvent difficiles et dès les premiers jours aussi, de la seule force politique organisée nationalement : le PCF. Même si au début du conflit il y eut quelques faux-pas d’ordre tactique et non de principe : je fais allusion ici au vote des pouvoirs spéciaux en 1956 en faveur de Guy Mollet, au nom de l’efficacité pour la paix en Algérie et sur lequel le PCF a fait depuis longtemps son autocritique. Mais l’arbre ne saurait cacher la forêt. Ce parti a d’ailleurs payé au prix fort son engagement : qu’on se rappelle par exemple Fernand Yveton, exécuté sur ordre de François Mitterrand en 1957 alors Garde des Sceaux, la mort de Maurice Audin ou la trajectoire pathétique d’Henri Alleg (personnalités dont l’appartenance au PCF est avec juste raison explicitée par ailleurs dans le document – et j’en suis gré aux rédacteurs), sans oublier l’appartenance au PCF de huit des neuf victimes de Charonne. Mais cela ne fait pas le compte par rapport au problème soulevé plus haut. Il est d’ailleurs remarquable que le nom de L’Humanite n’est mentionné aucune fois (sauf au sujet de l’affaire Aussaresses dans les années…2000 !).

  J’avais eu l’occasion, ici même, d’exprimer mon indignation au sujet de l’ouvrage de Bruno Fuligni, pourtant très intéressant, «La France rouge » , retraçant un siècle d’histoire de France par le biais des archives du PCF et qui passait totalement sous silence les guerres du Viet-Nam et d’Algérie, et donc l’engagement anticolonialiste du PCF. Je suis malheureusement obligé de constater, même si dans le cas présent les «insuffisances » historiques ne sont pas aussi grossières, la même tendance lourde à minorer, estomper ce qui fut si longtemps une composante essentielle de l’engagement révolutionnaire du PCF : son internationalisme et son anticolonialisme fondamentaux. Et c’est vraiment dommage pour ce hors-série du Monde si riche et si instructif.

 

 Vincent Ferrier,    29 février 2012

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