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Le temps des cerises / Jean Lumière 

26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 13:34

dimanche 9 septembre 2012, par bombix

 

« D’ordinaire, pour un philosophe, entreprendre d’écrire une morale, c’est se préparer à mourir dans son lit. Mais Cavaillès, au moment même où il faisait tout ce qu’on peut faire quand on veut mourir au combat, composait une logique. Il a donné ainsi sa morale, sans avoir à la rédiger ». G. Canguilhem, Vie et mort de Jean Cavailles  [1].

Vincent Peillon, nouveau ministre de l’éducation nationale, veut introduire un enseignement de la morale à l’école, de la sixième à la terminale. Selon un récent sondage, une très forte majorité dans l’opinion appuie cette initiative. Plusieurs questions viennent à l’esprit après une telle annonce. Qu’est-ce que c’est, la morale ? Qui doit la transmettre ? Comment ?

 

On parle de morale à propos des valeurs qui commandent nos actions en direction des autres. On peut, pour faire court, distinguer la morale, du droit et de l’éthique. Comme le droit, la morale concerne nos rapports aux autres. Mais alors que le droit agit par contrainte externe — raison pour laquelle sans force le droit est impuissant — la morale concerne une obligation toute intérieure. On peut être immoral sans être puni, si l’on ne contrevient pas aux lois. Comme la morale, l’éthique a affaire avec l’obligation. Mais dans l’éthique, je suis en rapport uniquement avec moi-même, je recherche ce qui est bon pour moi, les principes d’une vie bonne. En quelque sorte, l’éthique serait à l’âme ce que la diététique est au corps ! Raison pour laquelle on ne peut pas rabattre totalement la morale sur l’éthique. Car nous ne sommes pas des atomes sans rapports les uns avec les autres [2]. Enfin, parce que la morale est de part en part commandée par le problème de notre rapport aux autres, elle demeure liée profondément à la question politique, sans pouvoir s’y réduire néanmoins.

Longtemps, ces valeurs ont été déterminées et véhiculées par la religion. Une société irreligieuse [3] comme la société française de 2012 est-elle pour autant une société immorale ou amorale ? « Si Dieu est mort, tout est permis », fait dire Dostoïevski à l’un de ses personnages. Pour les fondateurs de la IIIème République, héritiers en cela du vieux Kant, il était possible et même nécessaire de fonder et de transmettre une morale laïque. Mieux, la morale ne saurait être autre chose que laïque, puisqu’elle doit être universelle, et donc indépendante des options religieuses ou métaphysiques des citoyens.

Un problème se pose néanmoins dans la mesure où l’on ne peut évacuer l’obligation des préoccupations morales. Point de morale sans devoir. Comment se sentir obligé, et par quoi, si nulles convictions ni principes ne structurent nos représentations ? Ce fut le leitmotiv des immoralistes comme Nietzsche ou Gide de repérer derrière des morales prétendument autonomes « l’ombre de Dieu », et la ruse de théologiens déguisés en instituteurs.

On a fait grief à Nietzsche, ou aux marxistes [4] d’être incohérents. Toute critique de la morale dominante ne peut se faire qu’au nom de la morale. Moraliste l’immoraliste l’est toujours, puisqu’il n’a pas renoncé à fonder son action sur des valeurs, fussent-elles différentes ou opposées à celles de l’humanisme classique.

Tous ces débats, pour intéressants qu’ils soient, semblent aujourd’hui bien caduques. Dans les faits, la logique libérale qui ordonne notre modernité, le libéralisme poussé dans ses retranchements ultimes pour parler comme Jean-Claude Michéa, aura été un agent autrement plus corrosif des vieilles morales héritées — qu’elles soient d’inspiration religieuse ou rationaliste — que les querelles des philosophes. Comme le rappelle le même Michéa [5], le libéralisme apparaît après un échec du christianisme à fonder le pacte social. Il est une réponse politique [6] à une catastrophe historique, dont témoignent les guerres de religion qui endeuillent et traumatisent l’Europe au XVIème siècle. Au même moment une autre réponse s’élabore, l’absolutisme à la Hobbes, qui fécondera, comme le montre Hannah Arendt [7], les processus totalitaires du XXème siècle. Nous vivons, après la chute des totalitarismes, le moment du triomphe puis de l’échec de la solution libérale. Les vices privés ne produisent que des vices publics. La transsubstantiation du mal en bien est une impossibilité logique et politique. Il n’y a pas d’insociable sociabilité. Comme l’on fait remarquer Cornélius Castoriadis et bien d’autres, le monde capitaliste pour fonctionner doit supposer la préexistence de valeurs qu’il contribue à saper, comme la conscience professionnelle, le respect de la parole donnée, la persistance d’échanges fondés sur le don alors que tout s’estime à prix d’argent, etc. etc.

Il est parfaitement illusoire de vouloir séparer la question morale de la question politique. D’où la méfiance des gens de droite après cette annonce du ministre socialiste. On pourrait ricaner à voir ainsi s’émouvoir ceux qui, il n’y a pas si longtemps, applaudissaient aux déclarations de Sarkozy sur les qualités morales du curé supposées supérieures à celles de l’instituteur ... Il reste vrai que le retour du souci moral ne coïncide pas par hasard avec une critique politique de l’impasse libérale.

L’école doit-elle être le vecteur de cette critique ? Les belles âmes se récrieront : l’école doit être neutre ! L’école doit être un sanctuaire ! Bien. Mais quittons un moment le beau pays des songes. On observe alors ceci : l’école est traversée par d’immenses contradictions. La première et la plus massive, c’est qu’elle vise en théorie la formation et l’épanouissement des enfants, tandis qu’en pratique, elle les prépare à s’insérer dans des dispositifs de production aliénants. La gauche, pas plus que la droite ne peuvent en sortir, car elles ont admis toutes deux, à quelques nuances près, les « valeurs » de la « civilisation » libérale-capitaliste.

Le résultat prévisible sera sans doute des mesures en demi-teinte consacrant l’hypocrisie de la situation. On connaît bien désormais ces fausses disciplines comme l’ECJS [8] où l’on perd son temps et celui des enfants à ne rien dire ni rien apprendre, à bavarder sous prétexte de débattre. Malgré quelques rodomontades de principe, chaque camp sera bientôt sans doute satisfait du compromis trouvé, mais aucune amorce de solutions réelles pour une reconstruction du lien social n’aura été engagée.

Si l’on voulait bien rétablir l’école dans sa mission fondamentale, à savoir instruire les enfants, un réel progrès serait déjà accompli. Au reste, la morale n’est-elle pas d’abord et avant tout une affaire d’éducation, mission première des familles, ou ce qu’il en reste ? Quelque chose qui se transmet moins par des sermons que par des modèles de vies et de comportements ? Un domaine où l’on ne prêche que d’exemple. On compte beaucoup trop sur l’école pour suppléer les béances d’une société à la dérive. Comme si, à chaque problème sociétal, il fallait à tout prix inventer une solution scolaire.

L’inverse serait plutôt vrai : il y a nécessité de rétablir l’école dans ses missions d’instruction, si l’on veut construire une société un peu moins bancale et déboussolée.

L’école n’a pas besoin de curés. Même laïques.

[1] Jean Cavaillès, philosophe des mathématiques et spinoziste convaincu, a été co-fondateur du mouvement Libération et du réseau Cohors. Arrêté par la police française en août 1942, évadé en décembre, arrêté une nouvelle fois par le contre-espionnage allemand en août 1943, il fut fusillé en février 1944.

[2] Il est significatif d’ailleurs que les frontières entre l’éthique et la morale peuvent devenir soudain problématiques quand surgit la question de l’autre précisément. Par exemple dans le problème de l’avortement : si l’embryon est une personne, mon rapport à lui est un rapport moral. S’il est seulement un amas de cellules, la question redevient un "simple" problème éthique. Où l’on voit d’ailleurs que des convictions ou des présupposés — qu’il n’est pas toujours possible de justifier rationnellement — interviennent toujours dans un débat moral.

[3] Notre monde est irréligieux, au sens où la forme des anciennes religions s’est effacée. Mais toute religiosité n’en a pas disparu pour autant. Marx repère ce déplacement dans ce qu’il nomme "le fétichisme de la marchandise", "une chose" dit-il "très complexe, pleine de subtilités métaphysiques et d’arguties théologiques" in Le Capital, Section I.

[4] Cf. pour le premier, La généalogie de la morale, 1887 — et pour les seconds, Léon Trotski, Leur morale et la nôtre, 1938.

[5] Voir notre article : Pour saluer Michéa.

[6] Les eaux glacées du calcul égoïste ont aussi leurs vertus politiques. On pourra lire dans Paul Dumouchel, L’enfer des choses, 1979, comment l’économie a pu acquérir à cette époque une valeur politique prodigieuse. Les problèmes politiques essentiels, explique cet auteur, sont la paix intérieure, et la défense extérieure. La paix nait de l’ordre et permet la défense. Rivalités et violences, facteurs de désordre, se muent en facteur d’ordre dans l’économie parce qu’ils sont facteurs de prospérité. De la dissension naît l’harmonie. De l’immoralité naît la plus haute moralité, celle qui permet au corps politique de vivre et même croître en puissance. La critique de l’économie politique se doit d’affronter cette question de la puissance, sous peine de régresser au niveau d’un simple discours moralisateur, ou pire, de s’abîmer dans la rêverie religieuse.

[7] Voir Les origines du totalitarisme, 1951. Il faut absolument lire les pages consacrées à Hobbes : "Il donne un portrait complet, non pas de l’Homme, mais du bourgeois".

[8] Education Civique Juridique et Sociale, mise en place en 2001.

 

 

http://www.agitateur.org/spip.php?article1826

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