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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

France / Le chagrin et la mémoire

Publié le 28 Février 2011 par Xavier Théry/Pierre Laborie/Vendémiaire in France - Culture

Il faut lire le chagrin et le venin, l’essai de Pierre Laborie. Il analyse de 1970 à nos jours l’évolution du prêt-à-penser sur le rôle et l’attitude des Français pendant l’occupation.

Ce livre éclaire avec acuité un renversement complet des valeurs au nom du devoir de mémoire.

De Gaulle avait érigé un double principe en « vérité nationale ».  D’une part les résistants incarnaient selon lui la résistance du peuple français dans son ensemble ; ils en étaient à la fois le symbole et l’avant-garde. D’autre part le principe de culpabilité individuelle : un nombre certain de collaborateurs (plusieurs dizaines de milliers quand même) ont été jugés en tant qu’individus et le plus souvent très justement et sévèrement condamnés (plus de six mille condamnations à mort). S’ajoutait à ce double principe d’héroïsme national et de culpabilité individuelle, un regard compassionnel porté sur les rescapés des camps d’extermination. Les Juifs n’étaient pas des héros mais seulement des victimes.

Au tournant des années 70 cette « vérité nationale » s’est inversée.

Les collaborateurs n’étaient plus individuellement responsables, mais parties prenante du peuple français devenu collectivement coupable. Plus de salauds, mais un peuple indigne. Le pauvre Alexandre Jardin a récemment fait les frais de cette inversion des valeurs. Le tout-Paris intellectuel lui est tombé dessus alors qu’il dénonçait à juste titre la culpabilité de son grand-père Jean Jardin qui fut directeur de cabinet de Pierre Laval aux heures les plus sombres de notre Histoire. Comment nier que le directeur de cabinet qui entériné et exécuté la totalité des saloperies ou des décisions honteuses ordonnées par Pierre Laval soit coupable ? Et bien si, le coupable est devenu  Alexandre Jardin qui ose sortir de la doxa du moment : Jean Jardin, n’était pas coupable mais seulement représentatif du peuple français qui lui seul était coupable.

Dans le même ordre d’inversion des valeurs, la résistance est devenue "anormale". Au sens propre. Les résistants ne sont plus des héros, mais des suspects au regard du dogme de la culpabilité de la France. Le journal Marianne rappelle d’ailleurs à cet égard ce que prédisait Jankelevitch : « il viendra un temps où les résistants devront se justifier d’avoir résisté ».  Ce temps est venu et on l’a bien vu dans la mise en accusation d'Hessel : Taguieff n’est-il pas allé jusqu’à prétendre que Stéphane Hessel était un Juif indigne parce qu’il était entré dans son camp de concentration avec le triangle rouge des résistants et non pas avec l’étoile jaune des déportés raciaux ?

Les victimes sont devenues les vrais héros et les héros sont devenus suspects. Voire coupables. Coupables d’aller à l’encontre du devoir de repentance nationale et collective.


Xavier Théry

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