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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 21:04

 Par Denis Collin 


Je ne sais plus quand j’avais posté un message qui se résumait à « Hollande = Sarko+ ». La formule lapidaire m’a valu des reproches et des incompréhensions. Il est vrai que la communication instantanée et permanente sous le régime de laquelle nous vivons de plus en plus présente bien des défauts et se révèle peu propice à la nuance et a fortiori à la pensée dialectique. Je ne tiens pas mordicus à la formule. Je suis tout prêt à admettre que l’on doit faire des différences entre Hollande et Sarkozy et je veux bien admettre encore que l’on peut trouver ici et là, dans quelques mesures de détail, un certain « progrès » par rapport au gouvernement précédent. Il me faut donc essayer ici de préciser le contenu que je mettais sous cette formule et donc procéder à une analyse suffisamment détaillée de la politique suivie par le gouvernement Hollande depuis l’élection de 2012.

Ma thèse est la suivante : avec l’élection de 2012 et ses suites, nous assistons au parachèvement d’une transformation fondamentale de la vieille social-démocratie française. J’ajoute que ce basculement n’est pas un processus spécifiquement français, mais qu’il concerne tous les partis sociaux-démocrates : l’Italie avec l’évolution du PCI vers le PDS et du PDS vers le PD (après la quasi-disparition du Parti Socialiste Italien), la Grèce où le PASOK a été balayé par les électeurs et se trouve réduit à l’état de béquille du gouvernement conservateur aux ordres de la troïka, l’Allemagne où les dernières élections confirment la décomposition du SPD, mais aussi l’Espagne, le Portugal, etc. Du reste l’Internationale Socialiste est dissoute de fait au profit de nouveaux regroupements internationaux de type « centre-gauche ».

Commençons par revenir sur le passé de la social-démocratie. Il est évident qu’il y a très longtemps – au moins un siècle – que la social-démocratie, en dépit des discours pour les jours de fête, a renoncé à toute transformation radicale du capitalisme et a donc renoncé au socialisme tel qu’elle le pensait lors de la fondation de la Seconde Internationale en 1889. Les bolcheviks affirmaient que la social-démocratie est « passée définitivement du côté de l’ordre bourgeois » en votant les crédits de guerre en 1914 et en participant activement à la grande boucherie de la Première Guerre mondiale. Pour ceux qui pensent qu’il s’agit là d’une lubie léniniste, je voudrais citer ici Fernand Braudel qu’on ne taxera pas de gauchisme sectaire. S’appuyant sur les progrès impressionnants des organisations socialistes et sociale-démocrates, dans la période 1890-1914, il écrit : « Dans ces conditions, sans s’exagérer la puissance de la Seconde Internationale à partir de 1901, on a le droit d’affirmer que l’Occident, en 1914, autant qu’au bord de la guerre, se trouve au bord du socialisme. Celui-ci est sur le point de se saisir du pouvoir, de fabriquer une Europe aussi moderne, et plus peut-être qu’elle ne l’est actuellement. En quelques jours, en quelques heures, la guerre aura ruiné ces espoirs. C’est une faute immense pour le socialisme européen de cette époque que de n’avoir pas su bloquer le conflit. C’est ce que sentent bien les historiens les plus favorables au socialisme et qui voudraient savoir qui porte au juste la responsabilité de ce « retournement » de la politique ouvrière. Le 27 juillet 1914, à Bruxelles, se rencontrent Jouhaux et Dumoulin d’une part, secrétaires de la C.G.T. française, et K. Legien, de l’autre, secrétaire de la Centrale syndicale d’Allemagne. Se sont-ils rencontrés par hasard, dans un café, ou sans autre but que d’échanger leur désespoir ? Nous ne le savons pas et nous ne savons pas non plus le sens qu’il faut attribuer aux dernières démarches de Jean Jaurès, le jour même où il va être assassiné (31 juillet 1914). »[1] 

Ce grand tournant exprime le fait que ces partis sociaux-démocrates ont renoncé à leurs objectifs proclamés et sont devenus des partis d’intégration de la classe ouvrière au système capitaliste[2] : partis du salariat, leur objectif est, au fond, de maintenir le salariat. Mais l’existence même des appareils bureaucratiques et électoraux de ces partis suppose que les salariés puissent y trouver, d’une manière ou d’une autre, leur compte. C’est pourquoi pendant très longtemps, les partis sociaux-démocrates ont parlé le langage de la lutte des classes et du socialisme et se sont souvent fait les porteurs de revendications sociales et politiques prétendant à une transformation pacifique, lente et réformiste, certes, du capitalisme vers un socialisme très indéterminé, mais qui restait l’horizon. C’était encore la position du PS avant 1981, un parti qui se disait « révolutionnaire », voulait faire des « réformes de structure anticapitalistes » et proposait même une « rupture avec le capitalisme » que certains proposaient même d’accomplir en cent jours ! Ce qu’il est advenu de tout cela, dans la séquence 1981-2002, Jacques Cotta et moi-même en avons fait le récit et l’analyse voilà maintenant plus de douze ans dans L’Illusion Plurielle[3] et il n’y a pas grand-chose à rajouter.

On aurait pu croire que l’élection de Hollande allait simplement renouveler une phase du type Jospin 1997-2002 : quelques réformes en faveur des salariés, quelques acquis (bien maigres) et de nouvelles capitulations justifiées au nom de l’Union européenne, de la contrainte extérieure, etc. Après tout, Hollande avait déclaré « mon ennemi, c’est la finance » et les socialistes se sont fait élire sur le mot d’ordre « faire payer les riches ». Mais par rapport aux expériences antérieures, ce qui ne manquera pas de frapper quiconque regarde honnêtement les faits, c’est la rapidité avec laquelle la nouvelle majorité s’est coulée dans les traces de ses prédécesseurs en renonçant complètement à tout programme de réforme sociale. Alors que les précédents gouvernements « de gauche » tentèrent toujours de faire passer les amères pilules de la « gestion loyale du capitalisme » (Blum) avec la promesse d’un avenir meilleur, il ne reste rien de tout cela dans le gouvernement actuel. On me dira qu’au fond c’est plus honnête. Sans doute. Mais comme en politique tout est affaire de symboles, il y a là quelque chose qui interroge. On sait que Hollande, un « bébé Delors », n’a jamais été socialiste dans quelque acception du terme que ce soit. Il a longtemps animé les « transcourants » favorables à une rupture franche avec la tradition et les références du passé socialiste. À peine élu président, il a affirmé qu’il n’était pas un président socialiste. Il n’y a plus l’ombre du souvenir d’un discours socialiste dans les propos des ministres et des bonzes du PS, y compris les « emmanuellistes » et autres prétendus représentants de la « gauche » du PS. Seul Filoche maintient la tradition, mais son influence au sein du PS est pratiquement insignifiante – son texte pour la défense des retraites n’a obtenu qu’à peine 6000 signatures.

Si l’on sort du purement symbolique, pour en venir à la politique pratique, on constatera que la social-démocratie a abandonné à peu près totalement le keynésianisme qui lui avait servi de substitut au marxisme depuis les années d’après-guerre. La régulation étatique et le compromis social (paix sociale moyennant des progrès des salaires et des conditions de vie des travailleurs) ne sont plus de mise. Si on présente souvent le keynésianisme comme une politique de la demande, et qui pour cette raison même peut entrer en résonnance immédiate avec les revendications des salariés, Jean-Marc Ayrault a eu l’occasion de préciser qu’il était, lui, partisan d’une « politique socialiste de l’offre » et, interrogé sur les mesures néolibérales de Thatcher et Reagan, il n’a rien trouvé d’autre à leur reprocher que leur « brutalité » (interview à France-Inter). On peut sans dommage ôter le mot « socialiste » et on a la politique d’Ayrault-Hollande, une politique reaganienne moins brutale que Reagan.  Ce sont eux qui le disent, pas de méchants calomniateurs mélenchonnistes !

Je sais bien que le keynésianisme n’est pas le socialisme et il me semble en effet qu’il est devenu une politique impraticable sans un affrontement sérieux avec le capital. Il reste que, du point de vue d’un parti qui se disait encore récemment le parti des salariés, ce changement radical de doctrine économique a une signification lourde : loin d’être un « parti réformiste » ou « social-démocrate », le PS s’affirme comme un pur et simple parti au service du capital financier, mettant en œuvre une politique pleinement adéquate avec les intérêts des possesseurs de ce capital. Ensuite il peut y avoir des nuances : le parti démocrate aux États-Unis n’est pas le parti républicain, mais quand on sait qui a massivement financé la première campagne d’Obama (Goldmann-Sachs, par exemple), on comprend bien que les divergences entre démocrates et républicains ne portent que la manière de défendre ces intérêts de classe-là mais nullement sur le fond politique. On le sait : c’est le SPD Schröder qui a porté les coups les plus durs à l’État social allemand et Merkel finalement en a profité et parfois a pu se payer le luxe de paraître plus « sociale » que son prédécesseur. Du coup, on apprécie mieux la réalité de la situation en France.

Entrons maintenant dans les détails. Mais pas trop ! Car pour saisir ce qui est en cause, il faut partir des grandes lignes qui dirigent la politique du pays et modèlent son avenir et non de telle ou telle mesure particulière qui, en elle-même, pourrait paraître judicieuse. Aucun gouvernement depuis 1944 n’a été absolument mauvais. L’horrible Mollet de la guerre d’Algérie est l’auteur de la 3e semaine de congés payés. Les acquis sociaux sous De Gaulle ne manquent pas et nous n’avons pas eu beaucoup de gouvernements plus « réformateurs » que le gouvernement Giscard-Chirac de 1974-1976 (IVG, droit de vote à 18 ans, généreuse indemnisation du chômage économique, etc.). Mais je crois qu’aucun d’entre nous n’aurait appuyé ou défendu un tant soit peu les gouvernements susnommés… Ce qui compte ce sont les lignes directrices, celles qui « fixent le cap » comme on aime à dire aujourd’hui. J’en retiendrai quatre.

La première direction concerne évidemment les relations entre les classes sociales, la vieille question des rapports de production qui permet de délimiter de quel côté du champ de la lutte des classes on se situe. Ici deux « réformes » essentielles, selon le gouvernement lui-même, retiennent notre attention.

La première est la réforme des relations entre salariés en employés issue de l’accord national interprofessionnel (ANI), signé par les « syndicalistes » (sic) de la CFDT, mais refusé par la CGT et FO. Cet accord permet aux patrons de licencier en contournant la justice prudhommale et en s’exonérant de « plans sociaux » qui pouvaient toujours être « retoqués » par un tribunal. C’est un grand pas en avant vers la flexibilité réclamée par le MEDEF et un coup sévère porté au Code du travail. Sur ce sujet je renvoie aux articles bien documentés de Gérard Filoche. En fait, c’est un accord de ce type que cherchait Sarkozy, mais pour des raisons de calculs politiques il n’a pu entraîner la CFDT qui avait déjà beaucoup donné et ne voulait pas se comprendre encore un peu plus avec la droite. En contrepartie de cette « flexibilité », les signataires de l’accord se sont engagés à offrir à tous les salariés une mutuelle complémentaire.  Ça tombe bien : ce gouvernement comme les précédents réduit continuellement le champ de ce qui est couvert par l’assurance-maladie (moins de 50% des dépenses aujourd’hui si on met de côté les hospitalisations et la longue maladie) et donc l’ANI complète cette orientation de privatisation de la sécurité sociale. Les « mutuelles » privées d’ailleurs l’ont bien compris qui multiplient les publicités pour prendre ce marché juteux.

La seconde « réforme » est celle des retraites qui n’est rien que le prolongement et l’aggravation des réformes de la droite en 2003 et 2010. D’ailleurs Larcher, ancien ministre du Travail et sénateur UMP l’a dit clairement : les socialistes ont validé notre réforme ! Augmentation des cotisations des salariés et non de celles des employeurs (puisque leur augmentation sera compensée par une diminution des cotisations au régime famille), recul de l’âge de la retraite. Ça paraît moins grave que le rapport Moreau et que ce que voulaient les plus décidés de la droite, mais ce radicalisme « libéral » est de la poudre aux yeux. Plutôt que de faire une révolution qui pourrait jeter tout le monde dans la rue comme en 1995, on procède progressivement : la machine à étrangler les retraites avance d’un cran tous les 3 ou 4 ans et chaque gouvernement apporte sa petite touche. Après avoir dénoncé la droite, les socialistes ont suivi la voie indiquée par Sarkozy et l’UMP.

La deuxième direction concerne l’école. Là encore, sauf les sourds, les aveugles et ceux qui ne savent pas lire, tout le monde reconnaît que la prétendue réforme républicaine de l’école initiée par Peillon est dans la ligne directe de la loi Fillon sur le « socle » et des réformes Chatel. Symboliquement, la loi Peillon n’est pas vraiment une loi nouvelle, mais une série d’amendements à la loi Fillon qui en préservent l’esprit et les grandes directions et souvent aggravent les choses en poussant les feux de la décentralisation, de l’autonomie des établissements, de la régionalisation et la communalisation de l’éducation nationale. Pour faire avaler la pilule, des recrutements d’adultes (et pas seulement et pas principalement de professeurs) ont été annoncés, mais ça n’empêche pas la machine à supprimer les postes de continuer de fonctionner à plein régime, même quand les effectifs augmentent. Par ailleurs, on met en place une nouvelle maquette des concours de recrutement qui diminue drastiquement la part des contenus disciplinaires au profit de ces charlataneries que l’on appelle « sciences de l’éducation » - s’il y avait une science de l’éducation, cela se saurait !

La troisième direction concerne la fiscalité. Là encore, c’est un bon marqueur des différences et des ressemblances. Et Hollande allait faire payer les riches ! Mais il n’en a rien été. Il s’est contenté de poursuivre le blocage de barèmes de l’impôt, initié par Sarkozy et, après l’avoir rejetée, a repris sous une forme un peu atténuée la hausse de la TVA. En s’attaquent au matraquage fiscal de Hollande, la droite est d’ailleurs mal placée car Hollande ne fait que poursuite le matraquage fiscal de son prédécesseur : à eux deux, en deux ans, ils ont prélevé 3% du PIB et le prochain budget en prélèvera 1,5% de plus (ce doit être ça la « pause fiscale »). Cazeneuve a déclaré : « la République, c’est l’impôt ! »  Il ne faut pas manquer de culot pour dire ça ! L’Ancien régime aussi, c’était l’impôt pour le peuple qui ployait sous son fardeau. Éventuellement, la République, c’est l’impôt juste ! Ce n’est pas exactement la même chose. Ayrault avait expliqué que « 95% des Français seraient épargnés par la hausse des impôts » : c’était un gros mensonge et il doit aujourd’hui annoncer que des mesures seront prises pour que les petits revenus ne soient pas trop pénalisés… Après la farce des taxations à 75%, toute idée de recréer de nouvelles tranches d’imposition pour les hauts et très hauts revenus à disparu. De même l’imposition des successions n’est pas touchée et les gros patrimoines pourront se transmettre aussi facilement que sous Sarkozy. Mais si on prend les détails, comme l’a fait avec beaucoup de précision Laurent Mauduit dans Mediapart, on voit que l’orientation suivie par Bercy est celle d’une contre-réforme fiscale qui vise à transférer la charge de l’impôts vers les salariés, les ménages, les familles et d’en décharger toujours plus les entreprises à qui il suffit de crier un peu ou de s’appeler « pigeons » pour que le gouvernement accoure les mains pleines de cadeaux fiscaux pour leur dire « je vous aime ». À l’attaque contre les « niches fiscales » familiales (la réduction d’impôt, très modeste d’ailleurs, pour les enfants qui poursuivent des études supérieures, le gouvernement s’est empressé de renouveler les juteuses niches fiscales de ses prédécesseurs dans le domaine immobilier : la loi Duflot promet d’importantes exonérations d’impôts à ceux qui investissent dans le logement locatif et les publicités expliquant comment ne pas payer d’impôts sur le revenu grâce à cette loi inondent l’internet. C’est en effet très simple : vous empruntez, vous investissez, vous faites payer vos remboursements en touchant des loyers et on vous dégrève. À la fin, on dispose d’un capital qui n’a pas coûté grand-chose. Bref ceux qui ont de l’argent pour faire les premières avances et qui présentent de bonnes garanties ramassent le pactole. On avait déjà cela avec les dispositifs De Robien, Besson et Sellier. Mme Duflot s’est mise à bonne école.

La dernière direction tout aussi importante concerne les institutions. Et ici encore, c’est la plus absolue continuité qui frappe. Monsieur « Moi, Président, je », avec une morgue imperturbable, réaffirme le « Führerprinzip » si caractéristique du sarkozysme. On me dira que ça ne marche pas bien, mais les « cacophonies » gouvernementales confirment négativement qu’il s’agit bien de maintenir coûte que coûte l’édifice vermoulu de la Ve République, avec son exécutif qui décide de tout et son Parlement croupion. La déconstruction du maillage républicain se poursuit : ainsi du projet sarkozyste du « Grand Paris » que les socialistes poursuivent sans état d’âme, réduisant les municipalités à des fantômes impuissants.

Je laisse de côté les opérations de diversion « sociétales ». Il faudrait s’intéresser à la diplomatie et analyser ce que le Monde Diplomatique d’octobre appelle la cinglante déroute de la diplomatie française en Syrie. Sarkozy avait eu la Lybie, Hollande voulait la Syrie – la propension des socialistes à s’engager dans les guerres coloniales et à s’agenouiller devant leur maître américain, reste un sujet d’étonnement même pour celui qui en comprend théoriquement les raisons déjà analysées en 1926 par Trotski dans  Europe et Amérique. En matière européenne, les rodomontades préélectorales n’ont pas tenu longtemps et Hollande a avalisé sans coup férir le plan Merkel-Sarkozy et le « mécanisme européen de stabilité ».

Je me contenterai de conclure en soulignant que je ne vois aucune différence sérieuse, stratégique, entre Hollande et Sarkozy et je crois avoir apporté suffisamment d’éléments à l’appui. Peut-être faut-il rectifier la formule « Hollande = Sarko+ ». Si on est gentil et si on oublie Manuel Valls, on dira que Hollande, c’est du « sarkozysme à visage humain ». Mais, à se moquer de toutes ces subtiles nuances, de plus en plus nombreux sont nos concitoyens et à force d’entretenir les illusions, de se refuser à appeler un chat un chat, on se prépare à des lendemains qui nous donneront la gueule de bois. Hollande, pour l’heure, a la chance d’avoir en face de lui une droite divisée, et qui a du mal à vraiment attaquer une politique qu’elle approuve en réalité – en général, les critiques de la droite se bornent à dire que Hollande ne va pas assez loin, ce qui veut bien dire que pour l’UMP il est dans la bonne direction ! Qui profite de cela ? Nous le savons bien, c’est Mme Le Pen et les vieilles ficelles de l’antifascisme ne marchent plus. Les électeurs de gauche dans plusieurs partielles sont passés assez largement du côté du FN après l’élimination du PS au premier tour. Il n’y a plus guère que la « upper middle class » … et le Front de Gauche pour persister à croire que la gauche existe encore et qu’elle est mieux que la droite. Il serait grandement temps de tourner la page, de laisser les morts enterrer leurs morts et de construire une nouvelle politique à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés. On me dira : mais que peut-on faire d’autre ? que proposes-tu ? Mais tout d’abord, ce sont ceux qui ont le pouvoir et leurs amis qui doivent répondre de leur politique. Ensuite, s’il n’y a pas d’autre politique possible que celle de Hollande et Sarkozy, alors il faut cesser de parler de démocratie : la politique se réduirait simplement à des jeux de pression pour obtenir tel ou tel avantage pour soi-même ou sa corporation et les partis ne seraient plus que des systèmes clientélistes sans aucun projet, sans aucun programme, sans aucun idéal. Ceux qui défendent Hollande au nom du réalisme nourrissent directement l’abstentionnisme et l’aquoibonisme, le repli sur la vie privée et tous ces mauvais penchants qui corrompent le peuple et préparent l’avènement des démagogues.

Inversement, en partant d’une critique radicale du mode de production capitaliste, en montrant où se trouvent les racines de la crise qui n’est pas seulement une crise économique et sociale, mais aussi une crise morale profonde, en appelant au sursaut des consciences, en rappelant que nous ne sommes pas condamnés à nager dans les eaux glacées du calcul égoïste et qu’un autre monde est possible, on s’oppose efficacement à cette lente décomposition qui mine notre pays et l’Europe tout entière. Pour ceux qui veulent des éléments de programme, je ne peux que renvoyer aux nombreux articles publiés sur « La Sociale » ou à mon livre, Revive la République qui donne de nombreuses pistes.

Denis COLLIN – le 3 octobre 2013



[1] Fernand Braudel, Grammaire des civilisations, Arthaud-Flammarion, 1987, p. 428

 

[2] J’ai développé les raisons de cette transformation dans Le cauchemar de Marx (Max Milo, 2009).

[3] Éditions JC Lattès 2001

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