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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:13

Laissera-t-on sacrifier l’histoire-géographie sur l’autel des nouveaux programmes ?

 Une lecture du XXe siècle rendue illisible pour les lycéens d’aujourd’hui

Par Jérôme TRESALLET et Gilbert DUMAS, Professeurs d’histoire et géographie à Lyon.

 

L’histoire-géographie, depuis qu’elle a été supprimée en terminale scientifique, semble être la matière la plus sinistrée par les changements en cours. Le tronc commun de première ramène l’histoire-géographie à quatre heures par semaine pour les L, ES, S. Ce qui, pour les sections littéraires, aboutit à faire aujourd’hui en quatre heures ce que l’on faisait hier en huit. Le nouveau programme, c’est l’histoire du monde de 1880 à 2010 à raison de deux heures d’histoire par semaine!

L’exercice étant impossible, on a procédé à des coupes sombres. Ainsi, Napoléon III, la Commune de Paris, Marx et la révolution russe ont été évacués. Adam Smith n’est pas mieux traité et Keynes surnage encore un peu. Même la construction de l’Europe politique a été oubliée, ce qui est paradoxal pour un pays qui est au cœur de la construction européenne! Certes, on nous répondra que notre liberté pédagogique nous permettra d’aborder ces questions. Il n’empêche que ces pensées ou événements ne feront pas l’objet d’un sujet du baccalauréat et que, de toute façon, nous n’aurons pas le temps de les traiter!

Privilégiant une histoire thématique, on rompt toute chronologie (sous prétexte que les élèves maîtrisent cet aspect qu’ils ont vu dès la troisième!). D’où des leçons synthétiques qui conduisent à des rapprochements erronés ou fallacieux. Quel rapport, dans une même leçon ou sur une même page, entre l’haussmannisation des villes françaises au XIXe siècle et les bidonvilles de Nanterre en 1965, entre la dénazification de l’Allemagne et la perestroïka ? Toute réflexion s’en trouve brouillée.

Le sommet de l’ineptie est atteint lorsqu’on étudie le thème des guerres du XXe siècle qui doivent être traitées successivement avec quatre heures pour chacune d’elles.

On enchaînera ainsi la guerre de 1914, la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide et la lutte contre le terrorisme en seize heures. Ces guerres n’ont pas de causes et pour conséquence essentielle la recherche de la paix. Exit l’analyse du bouleversement de frontières. Exit les rivalités impérialistes, les alliances militaires et le nationalisme pour comprendre la Première Guerre mondiale! Exit la crise, le chômage et le nazisme pour comprendre la marche vers la Seconde Guerre mondiale. La guerre froide sera réduite à Berlin de 1945 à 1989, la crise de Cuba et la guerre du Vietnam…

De plus, quel rapport y a-t-il entre la guerre du Vietnam et la Première Guerre mondiale? Ou même entre la guerre froide et la Première Guerre mondiale, surtout quand on n’a étudié ni le communisme ni même le marxisme. Tous ces conflits sont à rassembler dans le concept flou de « guerre totale » qui réduit tous les conflits du XXe siècle aux efforts et souffrances qu’ils engendrèrent sans en aborder les enjeux. La Seconde Guerre mondiale est essentiellement abordée à travers les génocides des juifs et des Tziganes. Mais la contextualisation politique et idéologique de cette catastrophe ne sera qu’à peine évoquée.

Car c’est dans le thème suivant « le totalitarisme » que le nazisme sera étudié, mélangé avec le fascisme et le stalinisme. Comme si les buts et les origines de ces totalitarismes étaient les mêmes! Quel rapport y a-t-il entre les paroles de l’Internationale et les lois antijuives de Nuremberg que l’on trouve mises en parallèle dans un livre qui cherche les origines communes des totalitarismes?

La colonisation est réduite à l’Afrique et à l’Empire français et la décolonisation à l’Inde et l’Algérie.

Ce programme pose des problèmes de pédagogie. D’une part, il impliquera une course contre la montre pour le finir. La multiplication des thèmes, survolés plutôt qu’approfondis, rendra difficile même la réalisation de sujets de devoirs cohérents. Les sujets seront forcément plus pauvres intellectuellement puisque le contenu des cours aura été obligatoirement allégé avec des leçons courtes et nombreuses sans contextualisation. Comment concevoir un contrôle à partir de leçons qui mettent dans un même sac Hitler et Ben Laden, Nuremberg et Boris Eltsine?

En terminale, le programme des L et ES ne contient plus que des questions secondaires, étant donné que tous les sujets brûlants auront été traités ou bâclés en 1re. Ainsi, quinze à seize heures devront être consacrées à la religion en Russie ou aux États-Unis, aux ouvriers britanniques et à la presse française depuis 1890. Dans la même durée, en 1re, on doit traiter tous les conflits du XXe siècle. Quelle est la logique, s’il y en a une?

Au-delà des réductions d’heures, notre colère se dirige aussi contre ce « dogme pédagogique » qui soutient, à l’inverse de tout bon sens, que l’élève est autonome et qu’à partir d’un exemple précis il aura spontanément le désir de reconstruire un contexte général. Ces élèves, rêvés par nos spécialistes de l’éducation, n’existent en fait que dans les milieux culturellement très favorisés. De plus, cette conception de type universitaire est en contradiction avec une réforme qui multiplie par ailleurs les pseudo-« accompagnements personnalisés » sous prétexte que les élèves ont des difficultés! Considérer des lycéens comme des étudiants ne fera que renforcer la reproduction sociale.

Nous sommes aussi inquiets des contenus. En effet, on constate qu’ont été gommés du programme tous les éléments visant à contester l’ordre existant, en faisant passer pour naturels des aspects économiques étudiés en dehors de tout contexte politique. On constate que, plutôt que de privilégier les analyses des causes des guerres et de l’enchaînement des faits, on préférera privilégier l’émotion.

Ainsi l’on peut se demander si l’on ne cherche pas volontairement à priver les jeunes citoyens français des outils qui les rendent aptes à comprendre et critiquer le monde dans lequel ils vivent. En tout cas, il est sûr qu’avec une telle conception pédagogique et idéologique des programmes, les élèves ne pourront plus comprendre cette phrase ô combien prémonitoire de Jaurès: «Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage.»

 

Jérôme TRESALLET et Gilbert DUMAS

 

Publié par l'Humanité dans la rubrique Tribunes http://www.humanite.fr/tribunes/une-lecture-du-xxe-siecle-rendue-illisible-pour-les-lyceens-d’aujourd’hui-483653

 

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