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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

France / Y a-t-il une vie après la présidentielle ?

Publié le 31 Janvier 2012 par Vendémiaire in France-Politique - société

rene merle

Lundi 30 janvier 2012

 

"Les masses populaires, lorsqu'elles sont en mouvement, ne se rendent point un compte exact de l'impulsion qui les domine ; elles marchent d'instinct, et tendent vers le but sans chercher à le bien définir. À ne les considérer que d'une manière superficielle, on croirait qu'elles suivent en aveugles les intérêts particuliers de quelque chef, dont le nom seul fait grand bruit dans l'histoire : mais cette importance même des noms propres vient de ce qu'ils ont servi de mot de ralliement pour le grand nombre, qui, en les prononçant, savait ce qu'il voulait dire, et n'avait pas besoin, pour le moment, d'une façon de s'exprimer plus correcte."

Augustin Thierry, "Lettre XII", Lettres sur l'histoire de France, 1827.  

 

Le piège de l'élection présidentielle fait que les Français semblent se rallier à des noms, bien plus qu'à des politiques... À tout le moins ceux qui jugent encore utile de voter, alors que des millions d'électeurs potentiels ne sont pas inscrits, et que des millions d'autres, écrasés par les difficultés de la vie quotidienne et/ou désabusés des promesses électorales, se détournent des urnes.

En choisissant Nicolas Sarkozy ou François Hollande, suivront-ils "en aveugle les intérêts particuliers" des deux chefs que l'on nous sert sur le plateau des incontournables comme bénéficiant chacun, au mieux, d'un petit tiers de l'électorat ?

Sans doute pas.

Nicolas Sarkozy ? le charisme et la parole du postulant (non déclaré à la télé - déjà déclaré en Allemagne) sont tellement démonétisés que ses électeurs voteront pour lui par défaut seulement : leur vote transcendera le candidat, il sera politique, clairement à droite. La bonne vieille droite française, au socle d'égoïstes de la fortune, grande ou petite, et de notables protecteurs, arrosé de goupillons, renforcé comme jamais de petites gens attachés à des valeurs traditionnelles et désireux de tranquillité. La jeune droite "nouvelle", musclée, si proche de l'extrême droite, libérale à fond la caisse, xénophobe, jouant de l'individualisme déchaîné (tu seras trader, mon fils), pourfendeuse de l'assistanat, prête à en découdre au cas où...  Il y a fort à parier que d'autres candidats de droite auraient fait un meilleur score qu'un président bling bling, beau parleur et girouette. D'autant que la candidature de François Bayrou est là pour rassembler les tenants d'une droite sans frime, qui se veut sociale, humaniste et consensuelle...

 François Hollande ? Il bénéficie, comme en aurait bénéficié tout/e candidat/e social démocrate, du vote fidèle d'un électorat "de gauche" sans histoires, middle class, européaniste, respectueux du système économique et social mais désireux de l'humaniser... Mais ce vote sera grandement gonflé par la masse de ceux que le rejet du sortant pousse au "vote utile" dès le premier tour. C'est dire que, dans leur exaspération, ceux-ci ne voteront pas pour un homme, mais contre un homme...

Il en va autrement aux deux extrêmes de l'éventail politique.

D'un côté, autorisée par un passage de relais dynastique, la parole ardente d'une femme qui, au-delà des nostalgies Algérie française mais dans la continuité de l'anti immigration, se veut porteuse d'une colère sociale dévoyée...

De l'autre, autorisée par l'effacement d'un P.C sans porte-parole médiatique, la parole brûlante d'un homme qui ravive une flamme rouge que d'aucuns croyaient éteinte, et cristallise sur sa personne, quasi-inconnue jusque là, l'espérance d'une République enfin sociale.

Le propos d'Augustin Thierry prend ici un singulier relief. Il nous annonce ce qui peut advenir, conflictuellement, que ce soit après la réélection d'un président usé ou celle d'un rénovateur problématique, quand la colère remplacera le désenchantement.  

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