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Le temps des cerises / Jean Lumière 

26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 22:16

[Georges Galzin vient de nous quitter... Vendémiaire s'associe à la douleur de sa famille et de ses proches.

Vous trouverez ci-dessous le dernier texte qu'il nous a livré.]

 

Une commémoration à Villefranche a déclenché mon désir de réflexion sur le devoir de mémoire.

« La mémoire enfouie des juifs déportés s’est réveillée d’un long sommeil » le 23 octobre 2012 à Villefranche de Rouergue, découvrant pour toujours une plaque commémorative relative aux 28 juifs du pays, dont 4 enfants, raflés de 1942 à 1944 pour être conduits vers les camps de la mort nazis.

Oubliés par l’histoire, comme ce fut le cas également à Saint-Affrique, Marcillac, Rodez, Naucelle, Millau, Entraygues…, leur mémoire s’établit après un véritable travail de recherche de témoignages concernant cette population juive. En association avec le travail mené par le Comité de Sainte-Radegonde, ce rappel historique permit à tous les résistants et à tous ceux qui s’en sont occupés de recouper des témoignages et d’approfondir la connaissance de cette période trouble et douloureuse grâce au travail de toute une équipe d’historiens fouillant dans les archives.

Seuls 13 Juifs aveyronnais déportés sont revenus vivants des camps de la mort. Malgré le temps qui passe, les mémoires qui se troublent, les documents qui s’abîment, le travail historique doit se poursuivre. « Seule l’obstination de la mémoire et du témoignage peut répondre à l’obstination du crime absolu » (Albert Camus).

J’ai bien regretté, le 23 octobre, de ne pouvoir assister à cette cérémonie empreinte d’une certaine tristesse et à laquelle les organisateurs avaient fait participer des enfants. Profondément touché par l’intensité de l’émotion qui s’est manifestée à cette occasion, je me suis alors demandé ce que je pouvais faire, isolé dans mon appartement et incapable de me déplacer. C’est après mûre réflexion que j’ai alors décidé d’apporter à cette masse historique qui chaque année renaît de ses cendres en divers lieux, ma modeste participation pour apporter ma pierre à toutes les autres participations destinées à évoquer le génocide des juifs par les nazis, certain pourtant que mon propre témoignage apporterait peu à l’énorme témoignage du public.

 

Mon cas personnel contre la barbarie nazie

Ma souffrance dans les camps nazis a été pourtant bien longue : 5 ans (soit 1800 jours), mais n’est peut-être pas comparable aux profondes atteintes à la dignité humaine allant jusqu’à la mort, par pendaison ou dans un four crématoire. Quoique je dois rappeler que notre refus de travailler pour l’ennemi aurait pu entraîner notre propre disparition.

Je n’ai donc voulu que témoigner contre la shoah, limitant mon travail aux atteintes contre les juifs, les tziganes, les homosexuels, les faibles d’esprit, laissant de côté toutes les atteintes aux droits de l’homme dans notre monde bouleversé. C’est donc consciemment que, ayant souffert moi-même des nazis, j’ai décidé de limiter mes recherches au génocide des juifs, en pensant que les lois anti-juives de Pétain avaient souillé le sol français, avec l’enrôlement des gendarmes français pour préparer le départ précipité vers le Vel’d’Hiv ou tout autre lieu de rassemblement avant le départ vers les camps de la mort.

Ces longs voyages, entassés à 60 ou 70 dans les wagons à bestiaux, je les ai hélas ! douloureusement connus ; voyages interminables, ces déplacements durant 4 à 5 jours, avec de longs arrêts au soleil des quais, ces longues heures au cours desquelles la chaleur, au mois d’août, l’entassement, la promiscuité, l’odeur nauséabonde devenaient étouffants et laissaient à chaque arrêt la triste constatation qu’un tel ou un tel était décédé… Une fois enfermés dans les camps, c’était la lutte pour un peu d’eau, la difficile recherche d’une vieille boîte de conserve pour garder la soupe, la lutte continuelle pour tuer les poux de corps, le moral qui recule, l’incertitude du lendemain, l’inscription automatique pour des corvées ou des travaux hors du camp (ferme, usine, travaux divers de terrassements, arrachage de betteraves ou de pommes de terre…), très longues attentes dans le froid ou le soleil durant les interminables séances d’appel avec des erreurs volontaires de comptage, prolongeant le temps d’appel pendant lequel des fouilles dans les baraques nous obligeaient ensuite à retrouver difficilement nos affaires, tout ça sous la vindicte de soldats allemands, armés de leurs fusils et de leur autorité, avec leurs vociférations tonitruantes.

Il est nécessaire de préciser que dans le camp où nous étions, en Pologne, près de Cracovie, camp de représailles, c’est parce que, tous les 4500 ou 5000 sous-officiers prisonniers de guerre, nous avions accepté volontairement cet éloignement et son lot de souffrances plutôt que d’aller travailler pour l’ennemi selon les droits que nous attribuait la Convention de Genève de 1929. Il faut ajouter que ce ne fut pas chose facile car les Allemands ont utilisé tous les moyens de pression pour nous amener à accepter leurs propositions. Mais ils se sont heurtés à un mur de refus qui est tout à notre honneur mais qui entraîna des brimades permanentes. Même la faim, ou la soif, surtout au début de notre séjour, la méchanceté des Allemands, n’eurent que peu d’effet sur notre décision. Nous avions fait un choix réfléchi, établi sur le sens du devoir en temps de guerre. Nous avons en somme considéré que dans notre situation, le refus de travailler se situait dans le même plan que l’enrôlement dans les maquis et la résistance. Et effectivement, notre position solidement affirmée nous valut, à la libération, l’attribution de la carte d’interné résistant et celle de combattant volontaire de la Résistance. D’où l’appellation d’« hommes du refus » qui nous fut attribuée dans le livre dont le titre est plein d’humour : « Les grandes vacances ».

Je dois humblement faire remarquer que notre refus dans notre esprit, n’était en rien destiné à ce qu’on nous prenne pour des héros. Notre décision était d’un esprit supérieur et c’est comme tels que nous avons été considérés au procès de Nuremberg, bien que notre situation dans le monde combattant y était unique, jamais vue et qui n’a pas dû beaucoup contribué à l’évolution de la guerre. Nous avions surtout une position de principe, mais solidement ancrée en nous. Ce choix d’ailleurs nous fut reproché par de grands esprits plus ou moins collaborateurs qui se situaient sur un tout autre plan que celui de la morale.

 

Approfondissement des notions de devoir et de mémoire

Que faut-il donc entendre par « devoir de mémoire » ? Le procès de Nuremberg, après la libération, est l’évènement majeur de ce processus. C’est au cours de ce procès que des témoignages oraux ont été reçus, que des documents ont été présentés pour étayer ces témoignages ou les récuser. En particulier c’est au cours de ce procès que le « décret de la balle » du 6 mars 1944, du général SS Mueller, décret qui devait régler définitivement notre sort par une balle dans la nuque, un par un, en passant à la toise, à Mauthausen en Autriche, dans l’hypothèse de la victoire allemande. Nous étions donc, pour les SS, que des irrécupérables mais, dans l’obligation où se trouvaient les Allemands de respecter les textes internationaux dont la Convention de Genève, cette solution finale était une bonne solution, sans laisser de traces, pour ne laisser aucun souvenir de ces « hommes du refus » qui, avec un relent de défaite, aurait pu égratigner l’honneur de grand Reich allemand.

Dans l’expression « devoir de mémoire » chacun des mots est lourdement chargé de sens. Le mot « devoir », d’abord, signifie pour moi une obligation morale conforme à mes choix philosophiques dans la société. Dans tous les actes de ma vie, cette notion de devoir (à l’école, dans la famille, au sein des associations, dans ma profession…) a toujours été pour moi une sorte d’idéal vers de la compréhension envers autrui, avec beaucoup de solidarité et le souci permanent de l’amélioration de la société, et une sorte d’introspection qui permet, au besoin, de se reprendre en mains.

Et c’est là que la mémoire va intervenir. Malheureusement, cette mémoire, pour chacun de nous, s’estompe peu à peu avec l’âge, la rapidité du déroulement des faits, ou bien certains faits plus ou moins récents peuvent orienter nos réflexions différemment. La mémoire personnelle ne peut donc pas toujours apporter une vérité absolue. Elle peut être idéalisée ou au contraire modifiée par le temps ou de nouvelles circonstances. En un mot, elle est subjective, d’où la nécessité pour l’historien ou bien de s’en tenir à des documents authentiques, ou bien de rassembler plusieurs témoignages pour les comparer et les apprécier. En ce qui me concerne, mes souvenirs sur la 2ème guerre mondiale et sur ma captivité, pourtant si longue, présentent des lacunes mais j’ai essayé de les faire revivre par mes lectures et par la fréquentation de camarades du camp 369 après la libération dans le cadre de nos rencontres au sein de l’Amicale. Les lectures historiques n’ont pas manqué, ni même les négationnistes de la Shoah et les néonazis.

Ces quelques réflexions, même insuffisantes, prouvent que le devoir de mémoire exige une grande rigueur et une profonde réflexion sur la portée même de nos actes. Le juge d’instruction, dans le déroulement d’un procès, en est une preuve suffisante. Il n’en reste pas moins que la recherche de la vérité historique est souvent difficile tellement les événements sont nombreux et s’entremêlent. La connaissance du passé permet souvent de mieux comprendre l’avenir, bien que certains pensent que l’oubli est un refuge. Mais ils se trompent car l’histoire nous rattrape un jour. D’autres modifient ou interprètent volontairement le sens des événements et deviennent de véritables négationnistes. C’est le cas en particulier pour l’existence des chambres à gaz dans les camps d’extermination, destinés, disent-ils, à tuer les poux et non pour mener à bien la façon industrielle du génocide des juifs.

A travers une foule d’événements, de mieux en mieux connus, mais au déroulement rapide, il est de plus en plus difficile de trouver le fil conducteur le plus crédible. Heureusement, maintenant, les historiens ont à leur disposition des documents historiques ouverts pour la plupart à tous.

Il n’y a donc aucune raison de baisser les bras : tout témoignage doit être utilisé. Et même en restant dans le cadre du génocide des juifs, il y a encore sans doute des faits à découvrir. Est-ce alors présomptueux de ma part d’apporter ma petite pierre ? Personnellement je ne le crois pas, même si dans l’histoire confuse de la 2ème guerre mondiale, le refus de travail des sous-officiers prisonniers de guerre n’est qu’un simple détail. Il n’en reste pas moins que pour ceux qui l’ont vécue, c’est une période douloureuse de leur vie en captivité consécutive à un choix mûrement réfléchi. Pour ce qui me concerne, et sans aucune forfanterie, je peux affirmer que j’ai fait mon devoir de combattant et que j’ai le droit d’en témoigner. Les témoins encore vivants sont en effet de plus en plus rares !

 

Les cérémonies du souvenir et la nécessité de vigilance

Les cérémonies du souvenir auxquelles j’ai souvent assisté me laissent souvent un goût amer car il y a de moins en moins de participants. Les enfants des écoles étaient mobilisés plus souvent autrefois et savaient pourquoi on les réunissait devant les monuments aux morts. Les jeunes générations ne participent pas assez : l’enseignement de l’histoire en souffre.

En outre ce « devoir de mémoire » devrait s’appliquer à toutes les entorses faites aux ‘droits de l’homme ». Que ce soit sur le plan politique intérieure comme les mises en examen abusives, les faits délictueux commis pendant la période du colonialisme, le soldats de 14 fusillés pour l’exemple parce qu’ils refusaient d’aller se faire étriper, la fusillade de Sétif le 8 mai 1945, la rafle du « Vel d’hiv’ », les fusillés de Souges, et on citerait encore bien d’autres cas dont certains moins violents mais qui constituent des atteintes à la dignité humaine.

Il est parfois difficile de dissocier le devoir de mémoire du souvenir historique. Honorer la mémoire relève en fait du souvenir. Entretenir la mémoire en la maintenant présente à l’esprit de tous, relève du devoir de mémoire. Mémoire et devoir de mémoire sont donc deux aspects du problème. Pour Primo Levi, toute transmission passe par l’intelligence et la connaissance. « Je pense que pour un homme laïque comme moi, l’essentiel est de comprendre et de faire comprendre » affirmait-il.

Le devoir de mémoire nécessite donc une vigilance constante. Des relents de nazisme et de fascisme apparaissent de plus en plus même en Europe. Ne baissons pas les bras ! car « Le ventre est encore fécond d’où est sortie la bête immonde » (Berthold Brecht).

 

 

Georges Galzin

Le 5 novembre 2012

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