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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Le combat d'une mère pour la reconnaissance des droits de sa fille orpheline

Publié le 27 Janvier 2010 par Diane Le Chapelain-Atlan in Appels

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 Vendémiaire a reçu cet appel d'une mère adoptive qui, à la suite d'une tragédie, est devenue veuve. Elle se bat depuis la mort de son mari pour que les droits de sa fille soient reconnus, l'Etat français refusant de la déclarer fille de son père...

 

 


Merci de diffuser cette information dans vos réseaux.

Diane Le Chapelain-Atlan

 

Le Crest le 24 décembre 2009

 

Monsieur,

 

   Si je me permets de vous écrire c’est parce qu’aujourd’hui, dans le drame que je vis au quotidien, vous représentez mon ultime recours. J’ai bien conscience que sans la presse et son pouvoir, mon combat demeurera vain.

   Je me dois de vous préciser la complexité de ma situation ainsi que quelques éléments chronologiques qui la jalonnent.

  Je suis aujourd’hui veuve à 39 ans, avec deux enfants adoptés de 8 et 2 ans. Mariée en 1998 avec Eric Atlan, nous vivrons les années qui suivent un âpre combat pour devenir parents. Nous nous décidons à adopter un premier enfant. Un petit Benjamin arrivera d’Ukraine à notre foyer pour notre plus grand bonheur.

  En 2007, nous entamons un second processus d’adoption et nous effectuerons le premier voyage en Russie, fin juin 2008, qui nous mènera à la rencontre d’Eloïse qui deviendra notre fille. Le second voyage aura lieu à la mi-août de la même année, afin que notre fils aîné rencontre sa petite sœur.

  Le tribunal russe prononcera l’adoption d’Eloïse, le 18 août lors de notre présence sur place. Nous sommes revenus en France, mon mari, mon fils et moi, le temps que le délai de non-appel de 30 jours soit écoulé.

  Le troisième voyage est donc prévu un mois plus tard,  pour la mi-septembre. Et c’est à ce moment que la tragédie va se jouer.

Je devance mon mari de 2 jours. J’arrive à Perm, en Russie, le 12 septembre afin de remplir des formalités administratives pour notre fille. Mon mari, retenu par ses obligations professionnelles, professeur à l’Ecole supérieure de commerce de Clermont-Ferrand, devait accomplir ses cours en cette période de rentrée des classes. Pour cette raison, il doit me rejoindre, deux  jours plus tard, soit le 14 septembre, afin que nous soyons ensemble pour accueillir Eloïse au sein de notre famille.

  Le 14 septembre, j’attends mon mari à Perm afin d’aller chercher notre fille à l’orphelinat et enfin, vivre ce bonheur absolu.

   Dans la famille dans laquelle je réside, on vient m’apprendre que le vol d’Aeroflot, dans lequel se trouvait mon mari, vient de s’écraser avant d’atterrir à Perm.

  Je me trouve seule à Perm, soudain veuve, ma fille de 11 mois à l’orphelinat à quelques kilomètres. Je ne détaillerai ni mon déchirement ni ma détresse face à cette situation inconcevable. Je suis hospitalisée le soir même à l’hôpital de Perm, loin de mon fils et de ceux qui me sont chers.

  Le 15 septembre, je me décide à quitter cet hôpital lugubre et froid afin de retirer ma fille à l’orphelinat.

   Je ne vous précise pas les difficultés de la gestion à distance de la douleur de mon fils qui nous attendait en France, son père, sa petite sœur et moi.

Nous sommes rentrées en France le jeudi 18 septembre.

  J’élude évidemment les semaines d’attente, de douleur qui suivirent : une cérémonie du souvenir a été organisée pour Eric, sans son corps, aucune nouvelle de l’enquête de la part du gouvernement russe, alors que les boîtes noires ont été retrouvées lors de ma présence à Perm. Quelques trois semaines après le crash de l’avion, Aeroflot refuse de communiquer la liste officielle des passagers que le ministère des affaires étrangères russe révèlera ensuite.

Les cendres de mon mari me sont parvenues deux mois après.

Les mois qui suivirent, accompagnés de leur cortège d’obstacles et de difficultés furent sombres et douloureux.

  En juin 2009, je dépose la demande d’adoption plénière de ma fille Eloïse devant le tribunal de Clermont-Ferrand.

  Le 11 décembre, le délibéré est rendu par la cour de justice de Clermont, elle prononce l’adoption plénière de ma fille pour moi, Diane Le Chapelain-Atlan, en revanche, pour mon défunt mari, elle est refusée. Concrètement en France, Eloïse est la fille de Diane Le Chapelain-Atlan mais pas d’Eric Atlan.

  Sachez Monsieur, que je me trouve plongée dans un profond désarroi, mon chagrin est immense mais je souhaite aujourd’hui faire entendre ma révolte, je m’insurge violemment contre l’iniquité de cette loi.

  Le long combat que nous avons mené mon mari et moi pour être autorisés à adopter notre petite fille, la joie indicible que mon mari éprouvait à l’idée de l’accueillir, son décès dans ce vol d’Aeroflot pour venir la retirer de l’orphelinat sont déjà extrêmement difficiles à vivre. Mais je dois avouer que le plus insupportable pour moi désormais, vient de ce refus de la cour de justice de reconnaître la paternité de mon mari.

  Je ne peux me résoudre à l’idée que notre fille que nous avons ardemment désirée ne soit pas la fille de son père et que les frères et parents de mon mari n’aient aucun droit envers Eloïse. Alors qu’ils nous entourent et nous protègent tant !

  La loi française invoque le décès du père au moment de la procédure française. En effet, le Code civil stipule que l’adoptant doit « avoir régulièrement recueilli l’enfant ».

  Vous êtes aujourd’hui mon seul recours et l’unique vecteur de ma révolte.

  Par l’intermédiaire de votre média, je souhaite mobiliser l’opinion publique face à cette criante injustice. La loi doit être assouplie, la création d’une jurisprudence est nécessaire. Si par malheur, d’autres personnes se trouvaient confrontées à une telle situation, elles ne doivent jamais connaître une telle adversité.

  Que la justice française ignore ma souffrance de veuve et de mère, je peux l’admettre. Par contre, qu’elle ne prenne pas en considération l’intérêt de l’enfant me paraît parfaitement intolérable. A l’heure ou les débats médiatiques et juridiques prônent tous, l’intérêt et la protection de l’enfant, je me sens victime d’une violente injustice.

  De plus, alors que le thème de l’identité est tant rebattu aujourd’hui, la justice française refuse à ma fille de reconnaître la sienne.

  Je vous remercie de prêter attention à ma situation et peut-être, d’accepter d’en diffuser l’information sur le blog de Vendémiaire afin de sensibiliser vos lecteurs.

  Je vous prie de bien vouloir accepter, Monsieur , l’expression de mes sincères salutations. 

 

Diane Le Chapelain-Atlan

 


 

«…Donc, cette nuit un Boeing 737 de la compagnie Ethiopian Air Lines qui reliait le Liban à l'Ethiopie, s'est écrasé peu après son décollage. La femme de l'ambassadeur de France se trouvait malheureusement dans l'avion (83 passagers et 7 membres d'équipage).

Dixit David Pujadas au JT de 20h sur France 2 "La France a envoyé un avion et 2 enquêteurs du BEA".

Pourquoi la France envoie-t-elle tout cela, quelques heures après la catastrophe, alors qu'il n'y a, à priori, aucun survivant et que la compagnie n'est pas une compagnie française, ni même un avion français ? Y avait-il d'autres français dans l'avion ? La femme de l'ambassadeur était-elle en mission pour la France ?

Eric était un citoyen français. C'était le seul dans la Boeing 737 reliant Moscou à Perm le 14 septembre 2008. Lorsque je suis rentrée 4 jours plus tard avec Eloïse, aucune autorité française n'est venue nous accueillir, ma fille et moi, sur le sol de notre pays. Je ne parle même pas d'avion et d'enquêteurs du BEA...

 

CQFD ! » 

 

Diane Le Chapelain-Atlan

 


Vous pouvez consulter les articles parus à ce sujet (a Montagne, FR3, Blog de l'Obs..) sur :

http://hommage-eric-atlan.skyrock.com/

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