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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Lybie / Le PCF et l’intervention impérialiste en Libye

Publié le 28 Mars 2011 par Jérôme Métellus/Bellaciao/Vendémiaire in Maghreb-Machrek

  de : Jérôme Métellus

mercredi 23 mars 2011


La vérité est toujours la première victime d’une guerre impérialiste. En France, l’intervention en Libye s’est accompagnée d’une puissante vague de propagande visant à nous convaincre que l’on bombarde ce pays dans l’objectif de « protéger les civils » et de permettre au peuple libyen de « choisir son destin ». Le devoir élémentaire des partis de gauche est de dénoncer ces mensonges et d’expliquer les véritables objectifs de l’intervention impérialiste, comme nous l’avons fait dans un récent article. L’intervention de la France en Libye est directement liée à ses intérêts économiques et stratégiques. Par exemple, Total y a d’importants investissements. Conformément à ses habitudes, Sarkozy y voit également une occasion de parader dans les habits du défenseur des opprimés.

Une fois de plus, les dirigeants du Parti Socialiste manquent complètement à leur devoir. Ils soutiennent l’intervention en répétant les mensonges d’Alain Juppé. Dès que les intérêts fondamentaux de l’impérialisme français sont en jeu, la direction du PS vole au secours de la classe dirigeante et des « intérêts de la France » – c’est-à-dire de l’impérialisme français. Jean-Luc Mélenchon leur a emboîté le pas. Au Parlement européen, il a voté pour la résolution favorable à une intervention. Pour justifier cette position, Mélenchon souligne que l’intervention répond à un « mandat de l’ONU ». Cet argument n’est pas sérieux. L’ONU est contrôlée par les grandes puissances – et surtout par les Etats-Unis. Le rôle de cette institution est précisément de donner aux impérialistes une couverture légale et « humanitaire » à leurs opérations. Ce fut le cas, notamment, lors de la première guerre du Golfe et lors de l’embargo de l’Irak qui, en douze ans, a fait plus d’un million de victimes irakiennes. Et c’est encore le cas aujourd’hui avec l’intervention en Libye.

Dans une interview publiée par Libération, le lundi 21 mars, Jean-Luc Mélenchon affirme qu’il a « voté la résolution du Parlement européen en accord avec la direction du PCF et de la Gauche unitaire, en accord avec mon collègue eurodéputé communiste Patrick Le Hyaric ». Malheureusement, L’Humanité du 22 mars ne confirme ni ne dément ces propos. Mais dans ses différents communiqués, le PCF a exprimé une position nettement plus réservée que celle de Jean-Luc Mélenchon. Le 18 mars, un communiqué du parti exprimait des doutes sur le caractère « humanitaire » de l’intervention, soulignait qu’un « silence complice entoure au même moment la répression du mouvement populaire au Bahreïn » – et dénonçait les risques d’un enlisement et d’une intervention terrestre.

Cependant, le même communiqué ne se prononce pas clairement contre l’intervention elle-même. Il se contente d’un « [appel] à la plus grande vigilance ». Surtout, le communiqué affirme « le plein soutien [du PCF] aux forces qui agissent pour la démocratie en Libye, avec le Conseil National de Transition. » C’est une erreur sérieuse. Le Conseil National de Transition n’agit pas pour la démocratie en Libye. Il est dominé par d’anciens fidèles de Kadhafi et par toutes sortes d’éléments réactionnaires, pro-capitalistes et pro-impérialistes. Ces gens sont en train de négocier avec les impérialistes – dont Sarkozy – pour se placer à la tête du pays, en lieu et place de Kadhafi. Ils n’ont nullement l’intention de revenir sur la politique d’ouverture aux intérêts impérialistes que Kadhafi a menée, ces dix dernières années. Ils sont des adversaires résolus des aspirations du peuple libyen – et les premiers responsables de l’affaiblissement de l’élan révolutionnaire, ces dernières semaines. C’est précisément ce qui a déterminé les impérialistes à agir. Les « forces qui agissent pour la démocratie », en Libye, sont les jeunes, les travailleurs et les pauvres qui ont engagé la révolution, pendant que de nombreux dirigeants du Conseil National de Transition soutenaient encore Kadhafi. Le PCF doit soutenir les premiers – et dénoncer fermement les manœuvres et trahisons des seconds.

Le même communiqué du parti s’interroge (sans répondre) : « Toutes les possibilités d’aide directe ou par les Etats arabes à la rébellion ont-elles vraiment été étudiées ? » Ceci ne peut que semer la confusion. L’attitude des gouvernements des pays arabes – qui sont tous réactionnaires, y compris en Tunisie et en Egypte – a été suffisamment illustrée par le soutien de la Ligue arabe à la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU, et mieux encore par l’envoi de soldats saoudiens, koweïtiens et des Emirats Arabes Unis pour mater le soulèvement du peuple, au Bahreïn. Dans le monde arabe, les seuls authentiques alliés du peuple révolutionnaire libyen sont les jeunes, les travailleurs et les pauvres.

La direction du PCF est soumise à toutes sortes de pressions : celles des grands médias, de la « société officielle », des dirigeants socialistes et de Mélenchon. Par ailleurs, à ce stade, de nombreux jeunes et travailleurs voient dans l’intervention une occasion d’en finir avec Kadhafi, qu’ils détestent à juste titre. Mais justement, le rôle du PCF est d’expliquer les véritables objectifs des impérialistes, quitte à n’être pas compris par tous ceux auxquels il s’adresse, dans un premier temps. Si le PCF adopte une position ferme, il finira par être compris, car la suite des événements lui donnera raison.

Le PCF devrait lancer une grande campagne, avec tracts, affiches et réunions publiques, pour soutenir les révolutions arabes et dénoncer l’ingérence impérialiste. Il faut dévoiler inlassablement l’hypocrisie de notre « chef de guerre » national, Sarkozy, qui déroulait le tapis rouge à Kadhafi, il n’y a pas si longtemps, tout en lui vendant les armes qui saignent aujourd’hui le peuple libyen. Nous devons également présenter un programme général – un programme communiste – pour la victoire de la révolution arabe. Aucune des aspirations des peuples arabes ne sera satisfaite sur la base du capitalisme. Notre position anti-impérialiste doit être liée à la nécessité de renverser le système capitaliste lui-même, dans le monde arabe et à l’échelle internationale.


Jérôme Métellus (PCF Paris 18e)

Publié par Bellaciao http://bellaciao.org/fr/spip.php?article115291

 

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Nicou 24/04/2011 10:09



Dans un premier temps, les révoltes de Libye entraient dans le cadre des poussées démocratiques du Maghreb. Mais si celles de Tunisies et
d'Égypte plongèrent les "occidentaux" dans l'embarras, la Libye par les ambiguïtés du CNT leur permit de se ressaisir. L'effacement des jeunes révolutionnaires et ouvriers libyens, la "solidarité
occidentale " et BHL "étrangement " muet auparavant,  volant au secours du CNT n’avaient-ils pas dès le départ de quoi nous alerter ! Je dis cela pour certains qui à gauche ont appelé à
la solidarité et à l’intervention contre le tyran Kadhafi, « ce fou furieux qui écrasait son peuple sous les bombes ». Comme pour la Bosnie, ou pour Gaza, nous voilà sommés de
choisir le camp des humanitaires, des droits de l’homme, de la démocratie — celui de BHL, disciple de Friedmann, d'Huntington et de Reagan, ces croisés de l'Empire du Bien — sous peine d’être
condamnés comme suppôts de Kadhafi, du Hamas ou d’Ahmadinejad.


Car enfin ces insurgés venus des tribus du désert, ces manifestants brandissant le drapeau de l’ancienne monarchie, ces révoltés clamant
l’unique mot d’ordre de renverser Kadhafi, leur appel à l’aide et à l’intervention armée de la France et de l’Europe tout, tout poussait l’honnête homme informé des événements du monde à se
gratter la tête. Quand, à quelle période de l’Histoire, a-t-on vu les forces conservatrices et réactionnaires voler au secours des Révolutions ! Certes, des voix honnêtes et bien informées
de l’histoire et de la situation libyennes répondaient que ce drapeau tricolore n’était pas celui de la monarchie mais celui de l’État libyen et des forces populaires. La voix était bien faible
sous le tintamarre médiatique, pour rappeler qu’en 1830 le  « Roi citoyen » Louis-Philippe brandissant le drapeau tricolore de la Révolution française et de la République
ne le rendait pas plus démocratique ni plus acceptable. La suite des événements et trois jours en février 1848 devaient douloureusement le rappeler. Et en cette année de célébration du cent
cinquantième anniversaire de l’unité italienne arrachée de haute lutte à l’Empire austro-hongrois, le mot d’ordre garibaldien, ne redevenait-il pas d’une brûlante actualité et « L’Italia
farà da sè » ne pouvait-il s’entendre « La Libya farà da sè » ?


À voir rétrospectivement les tonitruantes et multi médiatiques irruptions de BHL sur la scène libyenne, — qui ne sont pas que des
gesticulations car ne dit-on pas qu’il s’est rendu à Washington et à Londres avant de se rendre à l’Élysée ! — à voir l’intervention américano franco-britannique puis OTANique, à voir l’US
Army se retirer dès le lendemain de ce bourbier puis revenir avec ses drones, à voir la tournure des événements, la guerre de plus en plus sale et, devant son imprévisible longueur, pudiquement
dénommée "enlisement", à entendre les appels de plus en plus pressants des rebelles et de leurs porte-voix à une intervention au sol et à un débarquement des armées de terre « alliées »
… À voir le Qatar et l’Arabie séoudite voler au secours des insurgés de Benghazi et participer en même temps à l’écrasement des insurgés du Barheïn et du Yémen… !


D’avoir entendu Sarkozy jurer ses grands dieux qu’il n’engagerait pas des troupes à terre et de le voir aujourd’hui envoyer des
« conseillers militaires » et à se rappeler que la guerre du Vietnam avait commencé par l'envoi de conseillers …   


Candide n’a pas fini de se gratter la tête et de s’étonner …