Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Ouzbékistan: des journalistes indépendants inquiétés

Publié le 14 Février 2010 par RSE Claude Schiff in Europe Est & Centrale

 

Par Claude Schiff (sources: Reporters Sans Frontières, Commitee to Protect Journalists (cpj.org))


Ce début 2010 est marqué en Ouzbékistan par une nouvelle campagne contre des journalistes indépendants. Les 7 et 8 janvier, le Parquet de la ville de Tachkent a interpellé 6 journalistes – Vassiliï Markov, Sid Ianychev, Abdoumalik Boboev, Khousnouddin Koutbiddinov, Alexeï Volossevitch et Marina Kozlova qui travaillent pour diverses agences d’informations étrangères.


Le parquet a présenté à chacun de ces journalistes leurs dossiers établis par le Ministère des Affaires étrangères et le Service de Sécurité Nationale. Ces dossiers contiennent des articles écrits sous différents pseudonymes pour les sites Ferghana.ru, Uznews.net, et IWPR.net notamment, ainsi que des éléments de leur vie privée.


Ces services considèrent leurs articles comme tendancieux et portant atteinte à l’image de l’Ouzbékistan. Pourtant aucune accusation n’a été notifiée. Relâchés après avoir expliqué par écrit ce qu’ils font et pour qui, les journalistes ont été juste prévenus des risques qu'ils encourent.


Le 21 janvier, la police de Tachkent a arrêté Khaïroulla Khamidov, journaliste sportif. Il y a quelques années, il animait une émission sur l’Islam à la radio FM «Naurouz». Cette émission était très populaire et les CD avec ses enregistrements ont été largement vendus non seulement en Ouzbékistan, mais aussi dans les pays limitrophes. Cette émission avait été interdite après que K. Khamidov ait cité des communications orales du prophète, des récits allégoriques du Coran (les Hadith et les paraboles) et les sermons de l’imam-dissident Abdovali-kori Mirzoev, disparu en 1995, faisaint allusion à la réalité ouzbèke. Plus tard, K. Khamidov avait lancé l'hebdomadaire indépendant «Odamlar orasida» (Parmi les gens) qui traitait de questions de société. Ce journal avait été fermé en 2007 sous prétexte de la violation de la loi ouzbèke «Sur les médias».


La photographe et caméraman Oumida Akhmedova est en attente de son procès au tribunal qui a été intenté par la police de Tachkent fin 2009. Elle est accusée de «diffamation»: son album de photos ethnographiques «Femmes et Hommes: des crépuscules à l’aube» et son film «Fardeau de virginité» sont considérés par les autorités comme «portant atteinte à l’idéologie et à la mentalité nationale». D’ailleurs, la projection de ce film au musée du cinéma avait causé la fermeture de cette salle en automne dernier.


«Je crois que, suite à la levée définitive des sanctions européennes et au «réchauffement» des relations avec les États-Unis, les autorités font pression sur les journalistes pour intimider la société afin que personne ne s’exprime librement ni par des articles, ni par des photos, ni par des films», estime le journaliste Andreï Koudriachov, lui aussi convoqué au Ministère des Affaires étrangères ouzbek en octobre dernier et prévenu du risque que constitue son travail pour les agences indépendantes. «Sous le régime totalitaire, les autorités punissent non seulement pour l’opposition, mais pour manque d’obséquiosité», ajoute-t-il.


Trois journalistes de journaux officiels – Dmitriï Povarov, Begkoul Egamkouliov et Sobyr Iakoubov – ont été licenciés juste pour avoir participé aux séminaires en France qui étaient organisés par le ministère des Affaires étrangères français en 2007 et 2008. Le même sort a été réservé à un journaliste de la radio nationale pour son stage de formation en Inde et à un rédacteur d’un journal pour son voyage aux États-Unis.


A présent, une quarantaine de journalistes étrangers seulement sont accrédités auprès du MAE ouzbek. Les bureaux des agences Associated Press, Reuters et IWPR, ainsi que des radios BBC, Deutsche Welle et RFE/RL avaient été fermés après les massacres d’Andijan.


Le Comité de Protection des Journalistes, basé à New-York, place l’Ouzbékistan au septième rang mondial pour les journalistes emprisonnés: ils sont sept – Moukhammad Bekjanov. Ioussouf Rouzimouradov, Gaïrat Mehliboev, Ortikali Namazov, Djamchid Karimov, Solijon Abdourakhmanov et Dilmourad Sayid.

Dépêche publiée le 25/01/2010

Publié sur RSE  

 

 

Commenter cet article