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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Pas de liberté religieuse sans exercice de cette liberté !

Publié le 9 Octobre 2009 par MDS in France-Politique - société


Le ramadhan est l’occasion d’un regain du terrorisme islamiste mais aussi d’une recrudescence de l’intolérance officielle, l’un alimentant l’autre. La complicité entre l’islamisme attaché à la rente et le despotisme néolibéral est soulignée et rappelle leur volonté commune de soumettre la société et détourner les richesses du pays. Ces dernières années, l’Etat algérien avait poursuivi en justice, à Tiaret,  une femme pour « pratique sans autorisation d’un culte non musulman », contraint à quitter le pays des responsables d’églises accusés de représenter «une menace pour la sécurité de la nation» condamné à la prison, à Guelma, des militaires pour « manque de respect à l’Islam » et à Béjaïa, Biskra et Alger des jeunes qui ne pratiquaient pas le ramadhan. La police vient encore de mettre en garde à vue, pendant une nuit, une émigrée et son cousin parce qu’ils n’accomplissaient pas le jeûne, ce qui reste pour le pouvoir un « dénigrement des préceptes de l’islam ». Il ne s’agit pas d’une simple dérive policière mais de celle d’un système qui assimile les harragas à des terroristes, criminalise toute contestation sociale, et oblige les algériens aspirant à la justice et à la liberté à vivre comme des clandestins dans leur pays. Quand il n’exploite pas carrément les sentiments religieux du peuple algérien, y compris pour l’appeler, depuis les mosquées,  à aller voter à l’occasion de scrutins largement boycottés et au lieu de participer à pacifier l’espace public, le pouvoir exacerbe l’intolérance religieuse. Du désordre dans la gestion des cultes nous passons à une vision autoritaire qui marque la pratique du pouvoir actuel dans tous les domaines de la vie.

Les autorités en charge des questions religieuses voudraient faire croire que l’Islam interdit la pratique des autres cultes et que la religion serait menacée par les non musulmans ou par les non pratiquants, au lieu de reconnaître qu’au contraire, la menace réside dans cette véritable inquisition, dangereuse aussi bien pour les non musulmans que pour l’Islam et les musulmans. C’est ainsi qu’on a vu, à Berrianne, s’opposer Malékites et Ibadites et observé une levée de boucliers contre le livre de Bentounes qui est pourtant le dirigeant religieux de la confrérie Alawiya. L’expression la plus exacerbées de ce risque reste le terrorisme islamiste. Et pendant qu’on emprisonne ceux qui mangent un casse-croûte, on libère les égorgeurs islamistes et les prédateurs du système qui ont détourné des milliards comme le révèle quotidiennement la presse. Dans cette logique, le pouvoir charge Farouk Ksentini de relancer le débat sur l’amnistie générale, dont pourraient bénéficier, en premier lieu, ceux qui ont causé autant de tort à la religion qu’à une pratique démocratique de la politique en prétendant instaurer un Etat théocratique, y compris par les armes. Pour le chargé des droits de l’homme auprès du pouvoir, la justice et la vérité ne doivent pas être conciliées avec les impératifs politiques mais s’effacer devant eux. Au risque d’envoyer un signal d’encouragement aux milieux islamo-conservateurs à chaque fois que l’on bafoue les droits et libertés. Déjà Nahda se prépare à attaquer en justice le Ministère de la Culture qui, durant le festival panafricain, a proposé des spectacles que ce parti qualifie d’indécents.

Que ce soit pour donner des gages à l’islamisme ou pour tirer à lui la couverture religieuse, l’intolérance du pouvoir remet en cause un droit garanti par la Constitution et par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais que pouvait-on attendre d’un pouvoir qui proclame qu’il respecte les libertés syndicales et se prépare à une tripartite sans les syndicats autonomes ? Qui agite le pluralisme de la presse sans renoncer à pénaliser la diffamation ? Que peut-on espérer d’un pouvoir qui prétend défendre l’égalité entre les hommes et les femmes et qui impose encore un tuteur aux futures épouses ? Qui proclame Tamazight langue nationale mais pas officielle ? Que croire d’un pouvoir qui prétend renouer avec la rationalité économique et qui au lieu d’aller vers le week-end universel tergiverse en optant pour le week-end du vendredi/samedi. Le pouvoir de Bouteflika contrarie toute avancée fondamentale. Il veut réduire la liberté religieuse qui a une dimension privée et publique à la seule liberté de conscience. Il procède à coups d’ordonnances qui en limitent le sens et la portée et institue, de fait, une sorte de police de la pensée. Le pouvoir est conscient que la liberté religieuse et la séparation du politique et du religieux, sont fondatrices de toutes les autres libertés et permettent la réforme moderne de la pensée religieuse.

Dans la pratique, Bouteflika montre qu’il est dans le même projet que le soudanais Omar El Béchir dont la justice vient de condamner Loubna Ahmed El Hussein à une amende, à défaut d’avoir pu lui imposer quarante coups de fouets parce qu’elle a osé porter un pantalon. La question de la liberté de conscience se pose dans tout le monde arabe et musulman. Les régimes despotiques craignent la mobilisation et la solidarité internationale. Au Soudan comme en Algérie, la défense des libertés exige de faire reculer toute idée de poursuites auxquelles on échapperait seulement grâce à une intervention ou par l’exercice bienveillant de l’arbitraire du pouvoir. Mobilisons-nous et solidarisons-nous avec celles et ceux qui sont victimes de la répression au nom de la religion aussi bien en Algérie qu’au Soudan. Là bas, la courageuse Loubna se bat pour l’abrogation de l’article 152 du code pénal, ici il ne pourra y avoir d’impartialité du pouvoir, de respect des convictions et de consécration des libertés religieuses sans abrogation de l’article 2 de la Constitution et sans évolution du droit positif algérien. Pour qu’une telle rupture, en faveur d’une Algérie démocratique et de progrès, puisse consacrer la victoire de la société face à l’islamisme assassin et sa résistance au despotisme l’union la plus large reste incontournable.

Alger, le 14 septembre 2009

 Le comité pour l’égalité et les libertés démocratiques

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