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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Pas de troisième voie entre la lutte des classes et la collaboration de classe

Publié le 20 Décembre 2010 par Michel Strausseisen/Vendémiaire in France-Politique - société

par Michel Strausseisen

 

aaa Vendemiaire 2010 drapeauNous renvoyons nos lecteurs à un article de Jean Lévy publié par le Comité Valmy, « Les partis qui se réclament de la « Gauche » en échec », qui vient confirmer ce que Vendémiaire dénonce depuis sa création en 2002, à savoir la dérive du PCF et de la CGT vers une collaboration de classe, tant en France qu’au niveau européen (la CES par exemple, qui aujourd’hui ne peut que servir d’alibi social à l’Europe libérale).

Au fil de cette collaboration, le PCF d’abord, la CGT ensuite, ont fini par lasser, décourager et démobiliser un grand nombre de leurs militants qui, eux, loin des bureaux et des stratégies directoriales, n’ont pas renoncé à leurs idéaux, et vivent au quotidien la réalité de la lutte des classes. Un grand nombre de ces militants ont fini par quitter le PCF dans lequel ils ne retrouvent plus les valeurs communistes pour lesquelles ils ont lutté toute leur vie.  J’avais, juste avant l’élection de Sarkozy, dénoncé cette dérive et mis en garde le PCF contre les dangers de la voie du « suivisme électoral » qu’il avait choisi de suivre (1). D’autres voix, de plus en plus nombreuses, se sont élevées et s’élèvent aujourd’hui, mais les dirigeants tant du PCF que de la CGT semblent être devenus sourds aux aspirations de leurs bases et poursuivent obstinément leur politique de collaboration. A tel point qu’aujourd’hui le PCF ne croit voir son salut que dans une collaboration étroite avec le PG au sein du Front de Gauche (2)(3). Toujours une stratégie électoraliste à court terme. En réalité, le PCF va continuer à se diluer, comme il le fait depuis des décennies, en abandonnant un peu plus ses valeurs communistes fondamentales, et donc son identité.

Nous partageons l’analyse que fait Jean Lévy de la défaite de la Gauche lors de deux municipales. Certes, dira-t-on, ce ne sont que deux municipales et les parties ne préjugent pas de l’ensemble. Mais comme l’auteur le fait remarquer, ces élections viennent juste après une énorme mobilisation populaire (c’est-à-dire l’expression populaire d’un immense espoir) et la déception tout aussi grande engendrée par les décisions politiques et syndicales qui ont conduit à l’échec. Peut-être nos dirigeants du PCF et de la CGT misent-ils pour les prochaines élections, comme le fait la droite, de l’UMP au PS, sur l’amnésie progressive des électeurs… Mais ces dirigeants oublient que la plupart de leurs militants défendent avant tout des valeurs, valeurs mises à mal, voire jetées au fossé, par leurs stratégies opportunistes à court terme.

De notre point de vue, et tous les évènements de ces dernières années l’ont confirmé, la dérobade du PCF face à ses responsabilités historiques, et en conséquence son affaiblissement, sont dramatiques pour les travailleurs qui sont livrés aux appétits libéraux. La collaboration de classe des dirigeants du PCF et de la CGT aggrave encore les choses, comme le disait si bien en son temps Henri Krasucki (voir l’article « Affirmons nos valeurs »).

Ainsi que je l’écrivais dans « Une République à reconstruire » (1), la place et le rôle du PCF dans les structures politiques ne peuvent être tenus par aucun autre parti. Et pour avoir assisté à des rassemblements du Front de Gauche, je ne peux malheureusement que constater que ce dernier n’a pas les capacités d’unir les mouvements et aspirations populaires, il n’unit que des dirigeants qui « roulent » chacun pour soi.

Mais au sein même du PCF, des militants se rassemblent pour ramener ce parti à une politique d’affirmation de ses valeurs communistes fondamentales, d’affirmation de son identité propre. Souhaitons que ces courants se fassent enfin entendre.

Car si le communisme doit rassembler, il ne doit pas oublier qu’un rassemblement ce n’est pas un ramassis… Autrement dit, plus que jamais, l’heure n’est pas à se fondre dans des unions idéologiquement stérilisantes, mais à affirmer nos idéaux, condition sine qua non pour que le rassemblement ait un sens, celui de l’avenir.

 

Michel Strausseisen

20 décembre 2010

 

1 – Une République à reconstruire, de Michel Strausseisen, 2007

2 – Front de Gauche qui, à la gauche du PS et à la droite du PC, est fondamentalement un rassemblement sur des bases idéologiques petites-bourgeoises.

3 – Malgré les déclarations de bonnes intentions et les voeux pieux... Voir "90 ans du PCF : le pari du "renouveau"

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vincent ferrier 20/12/2010 17:23



Tout à fait d'accord avec ce qui précède. A une nuance près: je doute de plus en plus de la possibilité de remettre le PCF sur ses rails révolutionnaires, de l'intérieur; et ceci quelle que soit
la conviction et l'ardeur des camarades dont c'est la volonté. Malgré toutes ses racines encore bien prégnantes, ses traditions de luttes de classe et son passé admirable, le PCF est atteint dans
ses profondeurs militantes par l'esprit d'accommodement, de "collaboration" au nom de l'"unité". Et je pense sincèrement que ce qui est vraiment à l'ordre du jour est la reconstruction d'un autre
parti, révolutionnaire, lui.