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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 13:15

 

Contre le total-terrorisme, quelle réponse à gauche ?

dimanche 15 novembre 2015

Par Évariste

Le terrorisme islamiste, une nouvelle fois, mais à une échelle sans précédent pour la France, se rappelle à nous. Nous n’avons pas le choix : sans rien oublier de nos autres combats, il faut d’abord prendre la mesure de la menace.

 

Dans son dernier numéro, ReSPUBLICA avait déjà sonné l’alerte avec la chronique d’Evariste abordant les aspects géopolitiques et en signalant le texte de Didier Hanne « Attentifs ensemble» paru le 8 novembre : « Un effort est indispensable pour que se constitue un rempart intellectuel, militant, citoyen et unitaire contre le terrorisme. Une gauche lucide et déterminée apportant sa pierre, sans rien renier de ses valeurs mais au contraire les défendant contre ce qui les attaque, est indispensable à son édification. Il faut faire face. Nous revient de démontrer qu’on peut penser et agir contre le terrorisme sans glisser à droite. »

Si aujourd’hui il est difficile de faire avec certitude la part du soutien d’une base arrière professionnelle et financière étrangère dans la perpétration des attentats de Saint-Denis et de Paris, et celle des appuis intérieurs, nous devons refuser l’idée que les seules prises de position françaises en matière internationale soient en cause (thèse des « représailles »).

Nous refuserons aussi qu’on renonce à mettre en cause l’industrie française de l’armement. La France est devenue un des plus grands marchands d’armes de la planète, les dirigeants du Grand capital y sont en lien étroit depuis des décennies avec le capital financier des pétro-monarchies du Golfe persique. Ces représentants d’authentiques États islamiques barbares sont reçus avec les égards les plus humiliants par nos gouvernants ; c’est que leurs capitaux sont devenus, depuis la crise financière de 2008, indispensables à la survie d’un capitalisme français archaïque, ce qui fait fermer les yeux sur les délits d’initiés, blanchiment d’argent mafieux, fraudes fiscales, etc., sans oublier le financement et l’encouragement de Daesh, l’ennemi qui nous fait la guerre, par l’Arabie saoudite, l’allié qui achète « nos » avions…

 

Aucune bataille pour l’émancipation ne peut faire l’économie de la lutte contre le terrorisme islamiste

La République et la démocratie françaises sont attaquées, mais les gauches aussi, et tout particulièrement. Le total-terrorisme islamiste, non réductible à l’Islam ni même aux fondamentalismes musulmans, constitue un projet politique tourné contre l’émancipation des hommes et des femmes et donc contre la gauche de transformation culturelle, sociale et politique. L’histoire des martyrs du djihadisme est longue. Parmi ceux-là, de très nombreux militants de la gauche, de la laïcité et du féminisme.

Mais là, l’ennemi a franchi un cran supplémentaire : ce ne sont plus les athées (Charlie Hebdo), la police (8 janvier 2015) ou les juifs (l’Hypercasher du 9 janvier 2015) mais n’importe qui vivant en France qui est visé. L’idée avait été énoncée par Ben Laden il y a déjà plus de 15 ans : ils veulent créer en France une guerre civile sur des bases religieuses. S’ils y parviennent, c’est la destruction de la gauche politique et sociale dans ce pays. Ces total-terroristes, rois du pétrole (de contrebande) et de vidéos Youtube abjectes, sont des ultra-capitalistes 2.0 d’une efficacité incroyable car ils s’appuient tout à la fois sur les vulnérabilités des démocraties et sur un projet de « civilisation (!) » qui justifie la démesure des actes.

On ne dialogue pas avec une Kalachnikov. Alors oui des mesures « régaliennes » doivent êtres prises, à la hauteur de la guerre que le total-terrorisme nous fait. Bien sûr, il faut que cette lutte se fasse sous la surveillance du droit et des citoyens, des limites doivent être posées, mais en lui assurant enfin une efficacité. De ce point de vue, comment ne pas s’interroger sur l’échec que constituent pour nos services de sécurité les massacres du 13 novembre ?

Mais comment aussi ne pas voir la faillite d’un certain discours gauchiste qui, après s’être soigneusement abstenu de participer aux immenses défilés populaires du 11 janvier, s’est consacré à lutter contre « l’hystérie sécuritaire » ? Pourtant, contre le terrorisme, il n’y avait pas « trop » de sécurité, mais pas assez.

Prévenir et réprimer, oui, mais, nous devons aussi mener la bataille de l’opinion, débattre avec les citoyens, rassembler le plus largement possible, faire converger les forces progressistes pour une réponse commune au nouveau terrorisme. Nous devons le faire avec la grande majorité des musulmans attachés aux principes républicains malheureusement bafoués tous les jours par nos dirigeants depuis des décennies, notamment en faisant la chasse à tous les actes anti-musulmans.

 

La gauche doit exister dans le combat antiterroriste

Comparer la situation de ce jour à celle de l’« après-Charlie », c’est d’abord montrer l’échec patent de la direction politique de notre pays qui n’a pas pris la mesure des enjeux de la situation ouverte par les massacres de janvier 2015. Le trio adulé des médias néolibéraux (Hollande-Valls-Macron, Sarkozy-Fillon-Juppé-Ciotti, la machine de Marine le Pen) a pu continuer ses conflits picrocholins pour s’assurer les parts d’audience.

La gauche ne peut disparaître dans une « union nationale » sans contenu. Elle doit féconder d’un contenu progressiste le combat antiterroriste. Le Front de gauche, en particulier, doit s’occuper de cette question, qui ne saurait être abandonnée au gouvernement. Il doit prendre des initiatives, de réflexions et d’actions. A Paris et en province. Dire clairement qu’il va nous falloir lutter en même temps contre le capitalisme, contre le communautarisme et contre l’intégrisme. Ouvrir les yeux de ceux qui, encore, s’acharnent à croire que le terrorisme est un « fantasme », alors qu’il constitue un danger mortel immédiat, ou qui s’imaginent qu’il dépérira tout seul, sous l’effet de politiques sociales, alors que les causes (au demeurant multiples et complexes) ne sauraient disparaître en un jour.

Non à l’attentisme, non à l’esquive : si on continue comme cela, ce sera comme à la fin de la IVe République, mais en plus grave : un coup de massue électoral en 2017 et/ou un coup d’Etat institutionnel mettant au pouvoir la machine Le Pen alliée à une partie de la droite traditionnelle, pour le pire assuré.

La résistance aux politiques socio-libérales continue, n’en déplaise à Hollande-Valls-Macron qui accélèrent le cours des réformes destructrices contre nos acquis sociaux. Mais cette résistance ne saurait servir d’excuse pour éviter d’aborder de front les questions spécifiques que nous pose le total-terrorisme. Nos outils d’éducation populaire1 sont là pour nous aider dans cette tâche. Que des structures de base des organisations associatives, syndicales, mutualistes et politiques prennent au sérieux cette période en donnant comme thème à leurs initiatives d’éducation populaire ce qu’ils ont longtemps considéré comme des sujets tabous qui divisaient leurs bases.

 

ReSPUBLICA, à la mesure de ses forces, s’investira dans ce combat. Hasta la victoria siempre (jusqu’à la victoire finale) !

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 12:54

Attentats de Paris : Contre leurs guerres, nos solidarités

Une vague d’attentats meurtriers s’est déroulée la nuit dernière à Paris et à Saint-Denis.

L’État français mène des guerres dans plusieurs pays (Libye, Mali, Syrie…) depuis des années. Ces guerres ont aujourd’hui des répercussions sur le territoire français.

Nous sommes confronté-es à des attaques dont l’objectif est de semer la terreur et d’attiser les clivages au sein de la population. Alternative libertaire condamne ces attentats : tuer des gens au hasard dans la rue et frapper aveuglément dans le seul but de faire peur est abject.

Ces attaques sont l’œuvre d’un courant politique — le djihadisme salafiste — dont les premières victimes sont les populations civiles du Moyen-Orient et qui, au cours des derniers jours, a déjà frappé à Beyrouth. C’est ce même courant politique qui continue de mener la guerre contre les forces progressistes kurdes en Syrie.

Suite à ces attentats, nous allons assister à un déchaînement sécuritaire entretenu par des forces politiques qui surfent sur les peurs pour nous monter les uns contre les autres.

D’ores et déjà, les populations issues de l’immigration et la minorité musulmane de ce pays commencent à être visées par des déclarations politiques et sont exposées à des représailles aveugles.

Ce n’est pas un redoublement des dispositifs liberticides qui empêchera de nouveaux attentats. L’état d’urgence, c’est la suspension de nombreux droits démocratiques, la légalisation de mesures répressives de grande ampleur à l’égard de différentes couches de la population qui n’ont rien à voir avec ces attentats.

Nous refusons que le gouvernement profite de l’occasion pour interdire les mobilisations syndicales et écologistes à venir.

Tout cela ne mènera qu’à diviser et à renforcer les peurs et les haines. Tout cela ne mènera qu’à une surenchère entre attaques terroristes de plus en plus sanglantes et réponses sécuritaires de plus en plus répressives. La réponse, ce n’est ni le repli sur soi, ni la militarisation de la société.

La solution ne viendra pas de celles et ceux qui ont contribué à créer cette situation par leurs politiques militaristes, impérialistes, discriminatoires, haineuses. Ils utilisent cette situation pour imposer une société toujours plus policière et une unité nationale entre exploiteurs et exploité-es, que nous refusons et dénonçons.

La solution passe par le renforcement des solidarités, dans les quartiers et sur nos lieux de travail, et par le regroupement de toutes celles et tous ceux qui refusent tous les régimes de terreur. Ne restons pas isolé-es ! Réunissons-nous pour discuter de nos responsabilités face à la situation, en particulier en termes d’actions unitaires de toutes les forces de transformation sociale.

 

Alternative libertaire, le 14 novembre 2015

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 10:21

Déclaration suite à la vague d'attentats commis à Paris le 13 novembre 2015

 

A ce jour, au moins 126 morts, 250 blessés dont plus de 90 dans un état grave.

Nous exprimons notre profonde indignation face à ces actes barbares. Nous assurons les familles des victimes de notre indéfectible solidarité.

 

L’Humanité victime de la barbarie.

Notre humanité est de nouveau attaquée. La barbarie des terroristes est aveugle, sans limite et peut encore frapper. Leur cible est devenue globale. Notre attitude doit être à la hauteur, notre réponse, notre riposte forte et digne. Nous devons rester uni-es et solidaires autour des valeurs de notre démocratie avec toutes celles et tous ceux qui les partagent et qui les défendent.

Solidarité et confiance plutôt que replis sur soi et méfiance. Ne cédons pas à la facilité de nous méfier de tout ce qui nous est étranger. Reprenons la marche des peuples libres, debout pour celles et ceux qui sont tombé-es. Saisissons les mains qui se tendent bien plus nombreuses que la main qui nous frappe. La force de notre détermination à rester uni-e-s doit étouffer les éclats de leurs actes maléfiques. La colère, la tristesse, le désarroi, la sidération doivent faire place à la détermination solidaire de garder la tête haute. Acceptons nos divergences pour nous unir massivement contre cette aveugle cruauté.

La crainte aujourd'hui après la compassion pour ces victimes innocentes est que la réaction de sidération face à ces attentats sanglants soit de s'en remettre à un besoin d'état fort, policier et dangereusement protecteur. Cela risque de nous entrainer dans une spirale infernale de renforcements sécuritaires.

Comment envisager les jours à venir ?

Il faut encore plus affirmer notre désir, notre volonté de solidarité, de paix, de fraternité, de liberté, de respect des différentes cultures, en un mot de vivre dans un monde libre et solidaire, basé sur une réelle égalité entre les femmes et les hommes.

Nous ne savons pas encore ce qui sera autorisé ou interdit, mais d'ores et déjà la Préfecture de police a interdit toutes les manifestations de rues à Paris jusqu'à nouvel ordre. La question de la tenue de la COP21 ou en tout cas de ses modalités est donc posée et, pour nous, celle de nos mobilisations. Qu'en sera-t-il des manifestations féministes prévue le 21 novembre à l’occasion de la Journée internationale de luttes contre les violences faites aux femmes, celle du 29 novembre à l’appel de la Coalition Climat et celles que nous avons prévu de tenir pendant le Village Mondial des Alternatives en décembre ?

Dans le combat restons solidaires et uni-es. Soyons vigilant-es face aux dérives des pensées et des Etats.

Paris, samedi 14 novembre 2015.

Les membres du Collège du Réseau Féministe « Ruptures »

Monique Dental, Marie-Josée Salmon, Bernard Bosc, Claudy Bouyon.

 

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 16:13

Communiqué du Bureau politique du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

Le 6 juillet 2015.

L’extraordinaire processus politique à l’œuvre en Grèce depuis l’élection d’Alexis Tsipras le 25 janvier 2015 peut être considéré comme une leçon de choses européenne. Il révèle au grand jour la réalité, la véritable nature des institutions européennes et leur incompatibilité radicale avec le moindre processus démocratique. Jusqu’à présent, aucun gouvernement de la « nouvelle » gauche « radicale » (Syriza, Podemos, Front de gauche, Die Linke, etc.), se distinguant apparemment des partis de gauche classique tout en restant dans la logique européiste, n’était parvenu au pouvoir au sein de l’Eurozone. Les forces politiques qui, comme le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP) en France, ou Antarsia, MARS, Plan B ou l’EPAM en Grèce sont pour une reconquête des processus démocratiques par la sortie des traités et institutions néolibérales européennes, étaient accusés de faire des procès d’intention ou de professer un scepticisme jugé désagréable de la part de ceux qui pensent qu’une rupture avec le néolibéralisme est compatible avec le maintien dans les institutions européennes.

Depuis l’accession au pouvoir de SYRIZA, il en va tout autrement. Personne ne peut plus se payer de mots. C’est désormais à l’épreuve de la réalité que l’on voit ce qui est réellement possible et ce qui ne l’est pas dans le cadre institutionnel européen. De l’autre côté de ce rapport de force dont tous les européistes se seraient bien passés, la logique sous-jacente des institutions européennes est contrainte de révéler au grand jour ce qui se passe réellement derrière son idéologie sucrée et hypocrite. L’année 2015, de ce point de vue, restera comme un spectaculaire effet de réel, ou effet de loupe, sur la réalité adémocratique des institutions européennes. Tout le monde aura pu observer le cynisme impitoyable de la Troïka et des « créanciers » face au gouvernement grec tentant désespérément de donner une perspective crédible à un double mandat totalement contradictoire, rester dans l’euro et stopper l’austérité.

L’Allemagne, la BCE et la Commission européenne, (la France de Hollande ne se distinguant en rien de fondamental des exigences de ces acteurs décisifs), étaient dans une position « dure ». Il leur fallait démontrer que les contraintes des politiques économiques dictées par les institutions européennes n’étaient surtout pas modulables en fonction des résultats électoraux, faisant donc de la Grèce un cas d’espèce, une victime pour l’exemple. Alors que la crédibilité de Tsipras, leader de la gauche dite « radicale » « alter-européiste », impliquait au contraire que ses « partenaires » institutionnels lui laissent un minimum de marge de manœuvre, ne serait-ce que symboliquement, pour pouvoir garder un tant soit peu la tête haute face à la population grecque à l’issue de négociations particulièrement asymétriques. Cette contrainte essentielle notamment pour l’Allemagne, tant qu’elle reste souterraine et réservée aux couloirs discrets des institutions européennes, peut être masquée aux yeux de l’opinion publique. Mais vu le contexte public et spectaculaire des négociations grecques, l’effet révélateur met au grand jour ce qui n’est supportable que lorsque cela reste masqué, c’est l’effet « Dracula » pour les institutions européennes, qui prennent normalement grand soin de l’éviter à tout prix. C’est dire si cette année aura été exceptionnelle en tous points.

Alexis Tsipras savait dès le début que la partie serait particulièrement délicate, mais tablait sur son habileté et l’intérêt bien compris de chaque partenaire de lâcher un peu afin que chacun puisse sauver la face. Mais les intérêts de la Grèce et de l’Allemagne sont à ce point objectivement opposés dans le cadre de l’Eurozone, et cette opposition structurelle encore plus avivée par le contexte politique de l’élection d’un « alter-européiste » au pire moment pour Merckel, que le fait que les deux acteurs soient tous les deux des européistes déclarés ne change rien aux données de fond qui contraignent chacune des deux parties à une lutte frontale. De manière moins spectaculaire mais tout aussi objectivement contraignante, François Hollande, à la remorque de l’Allemagne, ne peut se permettre l’effet, pour lui délétère, d’une petite Grèce financièrement étranglée qui prouverait qu’elle peut obtenir plus de marge de manœuvre que la France de Hollande, qui elle, n’aura jamais tenté de rien renégocier, malgré les promesses pourtant molles de la campagne présidentielle française. Le référendum désespéré de Tsipras forme ainsi un cruel contraste entre un président français particulièrement suiviste et un politicien grec beaucoup plus volontariste. Là aussi, l’effet de réel est dévastateur.

La victoire très nette du NON à ce référendum (plus de 61% avec de surcroît un très fort taux de participation) porte déjà toute une série de leçons politiques précieuses.

 

PREMIÈRE LEÇON, tout simplement, le fait que la population grecque est scandalisée de l’humiliation des « négociations » où des créanciers lui imposent une politique aux conséquences sociales dramatiques sans aucune rationalité économique, autre que la démonstration que la démocratie ne peut contredire des décisions prises dans les enceintes institutionnelles européennes. Les contraintes budgétaires, économiques et sociales du carcan imposé par la Troïka, instances non élues, et des traités, ne peuvent pas être mises en balance avec le résultat d’élections nationales. Telle est la première et spectaculaire leçon de choses. Mais les électrices et électeurs ne peuvent accepter une telle réalité, et dès que l’occasion leur est donnée, le font massivement savoir, comme chez nous en 2005, et en Grèce en 2015, dix ans après.

DEUXIÈME LEÇON, tout aussi évidente : dans le contexte européen, épicentre de la révolution de la mondialisation néolibérale au niveau institutionnel, les processus électifs, notamment parlementaires, sont devenus vides de sens. Ils sont en effet sans portée politique et démocratique du fait que les décisions cruciales ont toutes été déportées au niveau antidémocratique européen (cet espace supranational où on n’entend pas une mouche démocratique voler). Les seuls procédés démocratiques résident encore dans les référendums décisionnaires, où les processus « représentatifs » sont court-circuités par une décision directe de la nation souveraine. Du moins tant que des partis de gouvernement visibles médiatiquement ne portent pas l’exigence de sortie unilatérale des institutions néolibérales européennes.

TROISIÈME LEÇON : Tsipras a martelé, afin de gagner ce référendum puisque les Grecs veulent encore majoritairement rester dans l’euro et l’UE, et parce que telle était sa propre volonté, que ce référendum portait sur le contenu du mémorandum de l’Eurozone, et non pas sur le maintien dans l’euro. Ce référendum a ainsi été organisé comme un moyen de reprendre la main dans des négociations qui étaient dans l’impasse pour Alexis Tsipras. Il n’aurait pu conserver une majorité au Parlement s’il était revenu une fois de plus sans aucun acquis contre l’austérité pour obtenir la prochaine tranche de prêt indispensable à la survie financière de la Grèce tant qu’elle reste dans l’euro. La victoire fait donc repartir à nouveaux la machine des négociations, seule manière de rouvrir un jeu qui ne lui laissait plus aucune marge de manœuvre, à l’intérieur comme à l’extérieur, et qui l’aurait à terme condamné à la démission. Mais tout indique que c’est reculer pour mieux sauter. Sa pression pour faire immédiatement démissionner son symbolique ministre des Finances, le trop médiatique Varoufakis, au verbe haut, indique trop bien que Tsipras est très conscient que l’humiliation ouverte des institutions européennes, désavouées publiquement par le peuple grec qu’elles sacrifiaient volontairement, implique un geste symbolique symétrique, afin de rétablir la position inégale de chacune des parties.

Le compte n’y est naturellement pas, et la Commission ainsi que l’Allemagne vont tout tenter pour démontrer qu’on ne peut s’écarter de la ligne tracée par les traités, la BCE, la Commission et l’Allemagne, gardienne du temple de l’austérité budgétaire. Mais c’est la preuve que Tsipras est embarrassé de sa propre victoire, sentant le moment proche où l’Allemagne préférera éjecter la Grèce voire même sortir elle-même de l’euro, ou le faire tomber, plutôt que de mettre en question sa politique monétaire et budgétaire. Il aura ainsi bien malgré lui provoqué une accélération de l’histoire qui contredit ses convictions, sa stratégie et son intérêt.

QUATRIÈME LEÇON, plus amère mais pédagogique sur un aspect essentiel : les Grecs, comme toutes les nations de l’UE en général et de l’Eurozone en particulier, ne sont plus du tout souverains. Là-dessus, plus personne ne peut se raconter d’histoires. Le destin économique et social de tout un peuple, se joue lors de négociations avec un tiers qui n’est ni politique, ni démocratique, et qui n’est responsable devant personne. La Troïka est un ensemble technocratique constitué de la BCE, de la Commission européenne, et du FMI, au service des classes dominantes européennes. Les Grecs avaient déjà solennellement signifié qu’ils ne voulaient plus d’une folle et criminelle austérité qui aggravait la dette en détruisant les bases économiques et sociales de leur pays, simplement pour satisfaire la volonté de fer de l’Allemagne pour maintenir coûte que coûte - pour les Grecs - le statu quo. L’Union européenne représenterait donc la paix entre les peuples européens, comme nous le chante la propagande européiste, tout aussi contrefactuelle là-dessus que sur le reste. Mais les élections dans le cadre des institutions européennes valant ce qu’elles valent, c’est-à-dire rien, il leur faut le redire encore plus clairement. Nous verrons bientôt que cela aura été tout autant en vain.

Il y a là une perversité que tout le monde ne voit pas forcément clairement. En faisant ce référendum dans les conditions et les termes proposés, les seuls possibles à vrai dire en raison du contexte, les Grecs cautionnent par-là, bien malgré eux, et légitiment officiellement une aberration démocratique. Celle qui veut que leurs « décisions » ne soient en définitive qu’un élément de négociation avec des créanciers et des technocrates en dehors du jeu démocratique, et en dehors du périmètre national . Cette soi-disant « décision » qui ne décide en fait de rien, se révèle ainsi cruellement pour ce qu’elle est au sein des institutions européennes antidémocratiques, l’équivalent d’un sondage sans valeur décisionnelle. C’est la « démocratie participative » à l’échelle supranationale selon la célèbre formule : « vous participez, nous décidons »… Alexis Tsipras, en poussant à la démission son charismatique et emblématique ministre des Finances Yanis Varoufakis le lendemain d’un référendum lui donnant raison, en dit long sur les contraintes rédhibitoires du point de vue démocratique de la logique du fonctionnement réel des institutions européennes dans lesquelles cette équipe veut à tout prix rester. Il s’agit en effet de reprendre des négociations sans lesquelles toute la stratégie et les engagements de l’équipe au pouvoir changent radicalement de sens. Il va falloir reprendre une logique antidémocratique, mais après avoir dû mobiliser ce qu’il reste d’espace démocratique dans les institutions européennes, le référendum, qui se voit le lendemain pour ainsi dire annulé par le jeu même des processus européens. Cette perversité fondamentale ne pourra qu’apparaître pour ce qu’elle est aux yeux des Grecs et des peuples européens. Et notamment à toutes celles et à ceux qui se bercent encore d’illusion sur ce qu’il est possible ou pas de faire au sein des institutions européennes, qu’ils voudraient tellement croire être un outil « international » neutre, apte à recouvrir n’importe quelle politique, même antilibérale si les « bons » gouvernements son élus.

Seulement, la chronique de ce tragique échec annoncé, ne sera pas la même que si ce référendum crucial n’avait pas eu lieu. Car désormais, autant les acteurs institutionnels européens qu’Alexis Tsipras sont tenus par le rappel solennel du peuple grec : la perpétuation de l’austérité en Grèce n’est pas compatible avec une démarche démocratique ! Le réel va donc implacablement continuer à s’accentuer et se dramatiser. Si les « négociations » (comment peut-on accepter de négocier une décision référendaire ?) persistent à maintenir ce que le peuple grec a par deux fois refusé en 6 mois, plus personne ne pourra se dissimuler derrière des phrases creuses et généreuses, la clarification sera dévastatrice.

CINQUIÈME LEÇON, la crédibilité de la « gauche radicale », qui tente depuis des années de se refaire une virginité et se drape dans les habits de la nouveauté politique à peu de frais tout en dissimulant les véritables alternatives (maintien ou sortie des institutions néolibérales), se joue désormais à la vue et au sus de tous en Grèce et des fameuses « négociations » de l’Eurozone. Lorsque Alexis Tsipras sera arrivé au bout de son talent de négociateur, il faudra bien se résoudre à conclure sur ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire en restant dans le cadre contraignant des institutions européennes. Car paradoxalement, son talent et son courage indéniables serviront bien malgré lui à démontrer l’inverse de ce qu’il voulait prouver : la démocratie et le progrès social sont incompatibles avec les institutions européennes, quelle que soit la détermination des dirigeants et des peuples eux-mêmes. Cette démonstration tragique et spectaculaire en vraie grandeur sera sans doute faite avant les élections générales espagnoles de novembre 2015, pour le malheur de Podemos, qui devra revoir son logiciel européiste ou se résoudre à disparaître aussi vite qu’il est apparu. En France, le peu de crédibilité du PG, du PCF et du Front de gauche qui va pour les mêmes raisons se faire achever par cette même démonstration dont ils se seraient volontiers passé, car les discours idéologiques aussi généreux qu’ambigus ne craignent rien de plus que l’épreuve cruelle de la réalité.

SIXIÈME LEÇON, la Grèce est isolée parmi les dirigeants européens. Elle l’est, d’abord, auprès de ce que le gouvernement grec appelle ses « partenaires » (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). Mais la Grèce est également isolée auprès de tous les gouvernements de l’Union européenne. Il ne s’en trouve pas un seul pour témoigner de la moindre solidarité ou même, c’est moins onéreux, de la moindre compassion. Hormis l’Allemagne, les gouvernements les plus vindicatifs sont ceux d’Espagne, de Pologne, des pays baltes… Autant dire qu’une révision du traité de Lisbonne, processus juridique et politique obligatoire pour qui veut changer l’Union européenne de l’intérieur, n’est pas pour demain. Autant dire également que la sortie de l’euro et de l’Union européenne ne sera qu’unilatérale, chaque pays exerçant alors sa souveraineté.

L’histoire s’accélère, et désormais, les effets de réel s’accumulent malgré le gigantesque effort de toutes les classes dirigeantes et des grands médias pour masquer la réalité inhérente au processus des institutions européennes. Mais ils peuvent être battus, comme le démontre l’exemple des Grecs qui ne se sont pas laissés impressionner par la campagne de peur organisée par les oligarques européens. D’ici un an, les peuples européens sauront encore mieux que la démocratie n’est plus qu’un mot creux, vide de toute réalité, depuis qu’ils ont accepté de laisser coiffer leurs institutions nationales par les institutions européennes. En quelque sorte, là aussi la mauvaise monnaie chasse la bonne : soit on accepte des traités et institutions supranationales qui s’emparent des choix économiques et sociaux, soit on maintient des processus démocratiques qui ne peuvent être autre chose que des rapports de force nationaux, dans le cadre de la souveraineté nationale, afin que les décisions en dernier ressort restent dans le périmètre où se passent les élections politiques, la nation. Mais on ne peut avoir les deux, il faut choisir, ou en accepter les conséquences inévitables et de plus en plus dramatiques. La crise aura au moins servit à cela : révéler impitoyablement la réalité qui se masquait derrière les discours lénifiants. Ce sont des raisons supplémentaires pour intensifier la lutte en faveur de la sortie de l’euro et de l’Union européenne.

 

http://www.m-pep.org/Referendum-grec-La-lecon-de-choses-europeenne

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Published by Vendémiaire - dans Europe
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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 15:10

CES à laquelle appartient la CGT, mais aussi l'ensemble du syndicalisme français dont la CFDT.

Avant le référendum grec, la CGT, mais aussi FO, sud et la FSU avaient appelé à manifester le soutien des travailleurs français à ceux de la Grèce face aux diktats de l'UE capitaliste, le BCE et le FMI qui le sont autant. La CFDT n'avait pas dit un seul mot de solidarité. Elle n'en avait pas eu besoin, puisque la CES, le syndicalisme à l'échelle de l'UE, soutenait le GSEE, le syndicat majoritaire en Grèce.

Et donc dans un communiqué dont sont extraites les premières lignes: "La Confédération européenne des syndicats soutient le GSEE dans son appel d'aujourd'hui pour le retrait du référendum".

Oui, vous avez bien lu, le GSEE ne voulait pas d'un référendum et la CES non plus. Pourquoi:

"La question posée par le référendum est fallacieuse et des choix irréfléchis et diviseurs par des forces extrémistes dans et hors de Grèce mènent notre pays vers des aventures tragiques. Nous exigeons ici et maintenant l'annulation du référendum. En tant qu'organisation syndicale centrale des travailleurs du secteur privé, nous envoyons un message clair dans toutes les directions :

  • l'orientation européenne de notre pays est non-négociable

  • nous disons oui à l'Europe des peuples et à la solidarité !

  • nous disons oui à une monnaie commune et à une Europe fédérale !"

Oui, Sainte Europe sociale, devenez une sainte Europe fédérale! Chacun appréciera.

Ce communiqué du premier syndicat grec, soutenu par la CES au plan européen, est dans la droite ligne de la position du bureau confédéral de la CGT sous Bernard Thibault secrétaire général. Celui-ci, s'étant dit partisan du OUI, réfutait que la CGT donne son oipinon sur le référendum. Finalement, cette position mise en minorité par l'instance dirigeante confédérale, la CGT appela à voter NON.

A cette époque, la doite, le PS et les Verts faisaient compagne pour le OUi, avec le MEDEF et la FNSEA, aidés par la CFDT, la CFTC et l'UNSA. Finalement aussi, le NON l'emporta avec 54,68% des exprimés. Sur quoi l'UE capitalise libre et non faussée s'assoira et poursuivra son petit bonhomme de chemin austéritaire contre la souveraineté de la France et de l'ensemble du vieux continent.

Ceci dit, la CGT et la CFDT vont organiser en commun le congrès de la CES à Paris cete automne. Ladite CES a invité François de l'Elysée. Pour parler de quoi, de la construction d'une Europe fédérale du grand capital?

Ensuite, dans la préparation du congrès de la CGT en 2016, depuis quelle date ma confédération s'est-elle pronocée sur une "Europe fédérale" prônée par la CES.

La question de l'affiliation internationale de la CGT, le bilan de sa présence dans la CES se posent plus que jamais. Cela sera-t-il à l'ordre du jour du 51e congrès confédéral?

La CGT veut-elle demeurer un syndicat de classe, c'est en dire de luttes du monde du travail contre le capitalisme, comme le prévoient ses statuts depuis sa création en 1895? Oui, il y a 120 ans de cela.

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 14:40

mardi 7 juillet 2015

Par Évariste

Les dirigeants néolibéraux répètent à l’envie : tina, tina, tina (there is no alternative, il n’y a pas d’alternative). L’un de ceux-là, celui-là même qui a permis l’ « optimisation fiscale » des banques et des firmes multinationales au Luxembourg, véritable paradis fiscal au milieu de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker, donc, actuellement président de la Commission européenne, placé là par les néolibéraux de droite et de gauche, ajoutait : « Il ne peux y avoir de choix démocratique aux traités européens ». Peu importe aux néolibéraux que ces traités n’aient pas été décidés par un processus démocratique, la démocratie doit s’effacer devant les intérêts du capital.
La Commission et le Conseil européens ne pouvant exclure un pays via le traité de Lisbonne, ont délégué à l’Eurogroupe, qui n’est pas une instance légale de l’UE, le pouvoir d’asphyxier la Grèce par l’assèchement des liquidités.

La situation grecque est inhumaine

On connaît la situation sociale de la Grèce : hausse de 45 % de la mortalité infantile, hausse de 42 % du taux de suicides, baisse de trois ans de l’espérance de vie, 44,6 % de retraités vivant en dessous du seuil de pauvreté, le plus grand hôpital du pays, Évangélismos, ne pouvant plus fonctionner à compter de la fin juillet 2015, violation systématique des droits sociaux, économiques et humains de la population grecque au cours des quatre dernières années (Rapport relatif aux droits humains des Nations unies, présenté par Cephas Lumina).

 

Selon M. Jyrki Kataïnen, ancien Commissaire aux affaires économiques et monétaires de l’UE, « la validité de la Charte des droits fondamentaux de l’UE est suspendue en Grèce mais aussi dans tous les pays sous programme », dans la mesure où les memoranda n’ont pas à être soumis au droit communautaire. En décembre 2014, avant l’arrivée de Syriza au pouvoir et en réponse à une question d’eurodéputés de Syriza sur le non-respect du droit du travail en Grèce, son successeur, le très socialiste et humaniste Pierre Moscovici, faisait valoir, pour justifier de telles violations du droit, que les memoranda étant des accords intergouvernementaux, ils n’étaient pas soumis en tant que tels au droit communautaire (voir notamment « Un coup d’État financier contre Athènes », 29 juin 2015, de Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque de philosophie Alitheia.

Selon V. Skoumbi, « ce qui est affirmé sans ambages ici est le fait que le principe fondateur de la démocratie depuis Solon, à savoir l’isonomie, n’est plus valable, ni pour les Grecs, ni pour les autre pays sous la tutelle de la Troïka. En somme, ce dont il s’agit, c’est de l’instauration de véritables zones de non-droit au sein de l’Europe, qui fonctionneront comme hauts lieux d’une exploitation extensive, d’autant plus que, du droit du travail, il ne reste presque rien. Un presque rien que les créanciers trouvent encore excessif et s’efforcent de rendre équivalent à zéro. Cette création des zones économiques spécialisées, régies par la seule loi du plus fort, ne sert pas uniquement la maximisation de profits sur place, mais l’intimidation de ceux qui ailleurs en Europe se mettront à résister à l’offensive néolibérale. »

Le gouvernement Tsipras ne peut pas négocier sur le long terme avec l’oligarchie de l’UE sans trahir le peuple grec

Malgré une réelle volonté de départ de négocier avec l’oligarchie, Alexis Tsipras n’a pas voulu trahir le peuple grec, comme l’avait fait le parti socialiste grec. Il a donc décidé de provoquer un référendum populaire, mais a il dû mettre en place un contrôle des capitaux et fermer provisoirement des banques tout en assurant le maintien des avoirs du peuple dans ces banques. Par ailleurs, la présidente du Parlement grec a installé la « Commission de la vérité sur la dette grecque » qui a présenté ses travaux et notamment les « Fondements juridiques de la suspension et de la répudiation de la dette souveraine grecque »1.

Alexis Tsipras a ainsi déclaré qu’« après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum (…). Leur but est l’humiliation de tout un peuple (…). Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. J’ai proposé au conseil des ministres l’organisation d’un référendum, et cette proposition a été adoptée à l’unanimité »2.

La réalité matérielle a donc transformé un gouvernement voulant négocier en un gouvernement menant la bataille contre l’Eurogroupe et le FMI. Une fois encore, la volonté ne suffit pas à tordre la réalité matérielle ; c’est bien la réalité matérielle et ses lois tendancielles qui régissent le réel. D’où l’importance d’une formation politique et économique pour tous les cadres et militants afin qu’ils ne prennent pas pour argent comptant les beaux discours techniques des « stars » de l’hétérodoxie néo ou post keynésienne ou encore du marxisme vulgaire. Ainsi, la question centrale n’est plus de décréter ce que nous devons faire sur le plan économique. Nous pouvons nous épuiser à lire toutes les stars de l’Autre gauche française, nous ne trouverons chez elles aucune réponse politique. Pour chercher ce qu’il convient de faire politiquement et comment le faire ici et maintenant, il faut rassembler le peuple, sans lequel rien n’est possible. C’est donc la politique qui doit être remise au poste de commande.

La montée en force depuis 2009 de la poussée populaire grecque

Nous constatons à chaque élection la poussée populaire grecque. Syriza faisait 4,6 % à l’élection législative de 2009 et 4,7 %, à l’élection européenne, puis 26,9 % à la législative de 2012, 26,57 % à l’européenne de 2014, et 36,3 % en janvier 2015, quand Syriza prend le gouvernement grâce au bonus de 50 députés pour la liste arrivée en tête et avec l’appoint de la droite souverainiste. Après qu’en 2013, le cartel Syriza a fait place à une organisation unifiée fusionnant tout le cartel et qui a obtenu plus de 60 % des voix sur le non (oxi) au référendum anti-austérité, malgré toutes les tentatives et bidouillages des médias et des néolibéraux grecs.

Ce non est un non à l’austérité néolibérale voulue par une Union européenne sous direction allemande et soutien de ses alliés, parmi lesquels la France de Hollande. Pour la première fois, et c’est en Grèce, une majorité du peuple construite par une alliance des ouvriers, des employés et des couches moyennes intermédiaires, bouscule le château de cartes ordolibéral de la zone euro et donc de l’union européenne elle-même. Il faut se réjouir politiquement de l’existence ici et là de poussées populaires qui accompagnent le mouvement social et l’émergence d’un parti unifié qui a surgi ces dernières années. Mais les lois tendancielles de la formation sociale capitaliste continueront à agir et à montrer que la zone euro et les traités de l’union européenne sont des carcans qu’une simple poussée populaire nationale (comme celle du 5 juillet) ne parviendra pas seule à ôter.

Ainsi, Tsipras a démissionné le bouillant Varoufakis qui, au vu de la large victoire du non, a cru pouvoir déclarer dimanche qu’il ne signerait jamais un accord austéritaire. Tsipras aurait été prêt, selon la rumeur, à passer sous la table en annulant le référendum et en acceptant l’essentiel des demandes des « institutions », quand, dans un dernier sursaut, il a au dernier moment maintenu ledit référendum. Fort d’un quasi-plébiscite, Tsipras espère maintenant pouvoir reprendre les négociations et obtenir ce à quoi il avait failli renoncer, la restructuration de la dette grecque, à laquelle FMI et Allemagne étaient farouchement opposés. Tsipras n’avait pas les moyens de renverser la table, et il sait que le référendum ne suffit pas à les lui donner, mais il peut espérer faire plier quelque peu l’UE, qui devra peut-être lui accorder les moyens de rembourser le FMI pour le sortir du jeu. Ce n’est pas la fin de la guerre que les dirigeants néolibéraux de droite comme de gauche et les économistes mènent contre les peuples, mais la poussée populaire change la donne, même si la fin de l’histoire n’est pas écrite.

Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour prévoir une plus grande vigueur des peuples européens qui verront que la résistance est possible, d’où une augmentation des tensions politiques au sein de la direction de l’Union européenne. Et il y aura aussi augmentation des tensions d’ordre géopolitique, car la Grèce ne pèse certes qu’un peu plus de 2% du PIB de la zone euro, mais ses liens culturels avec l’Est de l’Europe, et même avec la Russie, et son ancrage dans le bassin méditerranéen lui donnent un poids géopolitique qui dépasse largement son poids économique.

Cet épisode est donc pour nous un tournant d’une importance capitale que nous saluons, car il relève d’un mouvement général de résistance à la gestion néo-libérale de la crise. Ainsi, Podemos se prépare à ouvrir en Espagne un nouveau front dans la lutte globale et internationale, tandis que les manifestations de soutien au peuple grec se développent et que des solidarités entre États-nations se font jour3. Il est temps en France à sortir du débat people du type « Pierre Laurent a-t-il raison d’aller aux régionales contrairement à ce qu’il a dit un mois auparavant ? », et d’engager un processus politique visant à organiser une action de transformation de la réalité matérielle du peuple.

Les tâches de l’heure en France

Nous invitons les camarades à réfléchir aux conditions actuelles d’une lutte plus efficace :

– la priorité à l’éducation populaire en milieu populaire pour augmenter la conscientisation, la volonté de l’émancipation et la puissance d’agir ;

– la nécessité de l’éducation populaire dans les classes moyennes pour montrer l’inanité de la seule lecture des « stars » de la gauche de la gauche et pour centrer les débats sur comment connaître et rassembler le peuple par lui-même car c’est la seule solution ;

– l’efficacité de plus en plus faible des cartels, tels le Front de gauche en France ou Izquierda Unida en Espagne, et la force des organisations nouvelles sans cartels, tels Syriza, parti unique depuis 2013 qui monte en puissance, ou Podemos, mouvement citoyen

– la nécessité, pour mobiliser le peuple, de partir de ses préoccupations au lieu d’évoquer abstraitement les causes des injustices. Ces préoccupations se manifestent dans les actions liées à l’accès aux soins (les dispensaires gratuits en Grèce et les marches blanches en Espagne), au logement (les luttes contre les expulsions en Espagne), à la nourriture (les actions du type « Restos du cœur » en Grèce, liées à l’éducation populaire), aux services publics, y compris de proximité, etc. ;

– le développement du contact avec le peuple : porte à porte, théâtre de rue, liens avec le mouvement syndical revendicatif travaillant en milieu populaire, réinvestissement des MJC en milieu populaire, idem pour les associations de parents d’élèves et des associations familiales travaillant en milieu populaire, etc ;

– la nécessité d’une formation des militants bénévoles aux lois tendancielles du capitalisme et aux théories révolutionnaires et non aux variantes bourgeoises de la doxa militante ;

– le besoin de saisir les bases d’appui des grands mouvements populaires (même confus comme celui du 11 janvier), car il convient de tenir compte de la culture d’un peuple pour mener la bataille de l’« hégémonie culturelle » gramscienne. Cette bataille doit entraîner la fin des mono-combats censés régler par enchantement tous les autres maux de la planète pour lui substituer la globalisation jaurésienne des combats dans une liaison des combats démocratiques, laïques, sociaux, écologistes et féministes sans en oublier un seul ;

– la nécessité de comprendre que dans la gauche de la gauche, sont aujourd’hui pris à contre-pied ceux qui, majoritaires dans les directions des organisations associatives, syndicales et politiques de l’Autre gauche française, considéraient que l’Europe sociale était possible dans le cadre de l’Union européenne et de la zone euro. Là, les dirigeants de la gauche de la gauche de type « Europe sociale dans l’UE » où les nouveaux « Jésus Christ » de la prééminence surplombante d’une idée qui résout tout à elle toute seule nous sont de peu d’utilité dans la période car la priorité est ailleurs ;

– la nécessité de prendre de conscience qu’il faut combler le fossé entre le peuple et les équipes militantes : il suffit de faire une distribution de tracts dans un quartier populaire pour vite comprendre que le problème central est de supprimer le fossé entre la représentation politique de la gauche de gauche et les couches populaires ouvrières et employées (53 % de la population qui aujourd’hui s’abstiennent très majoritairement de voter pour tous les candidats gauche de la gauche comprise) ; on peut comprendre que ceux qui ne lisent que les « stars » de la gauche de la gauche sans avoir jamais distribué un tract en débattant dans un quartier populaire ont quelques difficultés à appréhender la réalité matérielle ;

– le rappel de ce que nous disons dans notre journal depuis très longtemps, que la perspective d’une Europe sociale compatible avec les traités de l’Union européenne et la zone euro est une chimère, que ces derniers sont des carcans qui empêchent toute orientation progressiste. Mais que la sortie de ces carcans ne se fera pas comme un dîner de gala par des mesures techniques à froid comme le présente certaines « stars » de la gauche de la gauche mais à chaud. Tout simplement parce que le problème n’est plus technique, mais politique et géopolitique. Il s’agit d’enlever des manettes les mains de l’oligarchie, et la lutte des classes est implacable. Mieux vaut se préparer à cela plutôt qu’à l’idéalisme des conseillers du prince car il n’y a plus de prince en place à conseiller.

Hasta la victoria, siempre (jusqu’à la victoire finale)
Si, se puede (si, c’est possible)

  1. http://cadtm.org/Fondements-juridiques-de-la []
  2. http://syriza-fr.org/2015/06/27/allocution-du-premier-ministre-a-tsipras-au-peuple-grec-la-choix-au-peuple-souverain-referendum/ []
  3. Prenons un exemple parmi d’autres, l’Argentine : « Llevados por el FMI ». El jefe de Gabinete, Aníbal Fernández, expresó ayer su solidaridad con el pueblo y el gobierno griego frente a su delicada crisis económica y financiera. El funcionario responsabilizó al Fondo Monetario Internacional por presionarlos a un ajuste y comparó la actual situación de la economía helena con la crisis socio-económica de 2001-2002. “Esto ya lo vimos alguna vez en la Argentina, con la complicación que significa que se van los fondos y se complica a los bancos y se los deja realmente en riesgo de quiebra”, remarcó el precandidato a la gobernación bonaerense en su habitual contacto con la prensa en Casa de Gobierno.
    Traduction très synthétique : Le Cabinet de la Présidence argentine (donc le Gouvernement) exprime sa solidarité avec le Gouvernement et le peuple grecs.

 

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/oxi-oui-mais-apres-continuer-a-combattre-la-tyrannie-du-capitalisme/7396483

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 14:07

Nous nous réjouissons immensément de la victoire nette et sans conteste du NON en Grèce.

Et de son ampleur.

Dans les conditions d'une véritable guerre et de la tentative d'instaurer le chaos et la panique, de la mise en pratique d'une stratégie de la peur !

C'est la victoire du peuple contre l'austérité et contre l'arrogance des oligarques européens et de leurs porte-voix.

Le spectacle de leurs mines défaites dans les médias hier au soir suffirait à nous remplir de joie.

C'est la volonté et l'espoir d'une autre politique que celle imposée de manière dictatoriale par les tenants de l'austérité à tout prix, des reculs sociaux permanents et de la domination sans partage des marchés qui s'est exprimé avec force et dignité.

Une leçon de démocratie infligée par un peuple humilié à la soit-disant élite post-moderne et hors sol !

Rien n'est cependant durablement réglé !

Les forces qui dominent l'Union européenne, le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale comme les forces d'accompagnement telles la CES, n'ont pas abandonné la partie.

Elles demeurent maîtresses de l'arme monétaire qu'elles ont utilisé contre le peuple grec en imposant la fermeture des banques afin de suciter la chaos et la panique pour faire triompher le oui.

Cela vainement cependant!

Elles détiennent la force de frappe que les abandons de souveraineté des états lui ont octroyé.

Incontestablement elles sont à nouveau fortement tentées de continuer à exercer leur chantage pour contraindre le gouvernement grec à la capitulation et au renoncement au programme qui l'a porté au pouvoir.

Et les prochains jours seront indicatifs de la ligne qui va l'emporter dans l'immédiat.

Car comme l'a affirmé avec morgue Jean-Claude Juncker, pour eux effectivement « il n'y a pas de démocratie contre les traités ! »

C'est que la construction européenne à l'inverse de ce qu'elle prétend n'est pas au service de la paix et du bien-être des peuples d'Europe ; mais au service exclusif de l'oligarchie et qu'elle s'est dotée des outils institutionnels, politiques et syndicaux qui permettent l'exercice de cette domination.

C'est que l'UE (distincte de l'Europe qui est d'abord une réalité géographique) est une construction politique et une machine de guerre contre tous les conquis sociaux et de négation de la souveraineté populaire comme l'a démontré le referendum de 2005 contourné par forfaiture.

Construction destinée à assurer la défense sans partage les intérêts d'une infime minorité.

C'est la raison pour laquelle nous continuons de penser que l'objectif d'une Europe sociale dans le cadre de l'UE est une dangereuse illusion.

Dans les heures qui viennent, en particulier l'attitude de la BCE dira quelle réponse immédiate est celle d'Angela Merkel contrairement à la fable de l'indépendance de la banque centrale :

Comme le dit en effet Romaric Godin :


"...Angela Merkel doit simplement décider si elle accepte cette main tendue [les propositions de négociation de Tsipras, quoi qu'on pense par ailleurs de ces propositions et des concessions déjà faites] ou si elle la refuse.

Si elle la refuse, si elle laisse l’affaire, comme elle l’a fait depuis des mois, entre les mains de la BCE et de l’Eurogroupe, donc si elle continue à ne considérer la crise grecque que comme une affaire de technique financière, la Grèce n’aura guère d’autre choix que de sortir de la zone euro.

Les banques grecques sont à l’agonie. Les distributeurs sont vides. La BCE doit, lundi 6 juillet, décider de l’accès du système financier grec à la liquidité d’urgence.

... Si aucun message d’ouverture ne vient de Berlin, la Grèce devra commencer à émettre une monnaie propre pour permettre le fonctionnement de son économie"

 

Dans la bataille qui vient de se livrer tous les acteurs ont révélé où sont leurs intérêts et quelles sont leurs alliances !

La CES

Au plan syndical en particulier la Confédération Européenne des Syndicats (CES) en se prononçant pour l'annulation du referendum grec, en affirmant son attachement indéfectible à l'euro et à l' Europe fédérale a affiché sa dépendance étroite des institutions européennes et sa dépendance à l'égard des oligarques européens dont au final elle dépend financièrement.

Les syndicats français qui tous appartiennent à la CES sont restés silencieux à propos de l'engagement de cette institution au côté de la troïka et de ses diktats.

Quand la question de l'appartenance en particulier de la CGT à cet organisme va-telle être débattue ?

L'indépendance syndicale c'est quoi ? La vraie celle qui idéologiquement, politiquement, matériellement rend libre de toute subordination aux puissances financières et aux institutions taillées pour les servir !

Le document d'orientation du 51e congrès qui doit se tenir en avril 2016 va-t-il avoir le courage de poser le débat devant les militants ?

Mais le congrès de la CES dont certains s'énorgeuillissent qu'il se tienne cet automne à Paris n'est-il pas une provocation aux engagements de la CGT de Krasucki et Frachon, en contradiction totale avec les principes de classe dont la CGT continue statutairement à se réclamer ?

Sortir du carcan de l'UE pour des coopérations véritables et élargies

Dans l'UE c'est d'abord "la concurrence libre et non faussée", c'est-à-dire la loi de la jungle, les divisions qui se creusent et s'enveniment, au profit de la minorité qui ne cesse de s'enrichir.

Notre solidarité à nous va au peuple grec et à sa farouche affirmation de souveraineté.

Plus que jamais l'heure est aux luttes contre toutes les régressions sociales (loi Macron, loi Rebsamen, attaques contre les hôpitaux, le droit à la santé …) et pour que se créent les conditions d'une véritable alternative politique dont tout indique qu'elle passera nécessairement par la déconstruction de l'Union européenne et de l'euro et par la re-construction de véritables solidarités populaires en Europe et dans le monde.

 

Le Front syndical de Classe

Lundi 6 juillet 2015

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 12:29

La campagne de peur organisée par la Commission de Bruxelles et la Banque centrale européenne a échoué ! La BCE n’avait pas hésité à geler l’alimentation des banques grecques en euros pour mettre l’économie grecque à genoux et semer la panique chez les déposants. En dépit de cette campagne, les électeurs grecs, dans leur majorité, ont refusé les propositions des créanciers de la Grèce.

Ces propositions avaient pour unique objectif d’empêcher la Grèce de servir d’exemple, en Espagne, en Italie ou en France et de montrer que, quelles qu’en soient les conséquences, il était impossible de résister à l’ordre néolibéral. Il fallait pour cela punir la Grèce et continuer à la maintenir dans la triple catastrophe, économique, sociale et financière que lui avait infligée la Troïka.

Après la victoire du Non, les négociations doivent reprendre immédiatement. Les dirigeants européens doivent entendre ce que vient d’affirmer la peuple grec : ni sortie de l’euro, ni humiliation et destruction sociale.

La dette grecque doit être restructurée, comme le demande le gouvernement grec. Le FMI lui-même vient de reconnaître qu’elle est insoutenable et impossible à rembourser.

La BCE a entre les mains le maintien de la Grèce dans la zone euro : elle doit se remettre à fournir normalement les banques grecques en euros, comme elle le fait pour toutes les autres banques de la zone euro. Si la BCE n’acceptait pas de traiter la Grèce comme doit le faire tout banquier central chargé d’alimenter les banques en liquidités, c’est elle qui prendrait la responsabilité, avec l’assentiment des 18 pays de la zone euro - autres que la Grèce - et de la Commission européenne, d’expulser la Grèce de l’euro. Les conséquences de cette expulsion seraient incalculables, non seulement pour le peuple grec, mais pour tous les peuples européens, l’avenir de l’euro et de l’Union européenne.

François Hollande doit se situer clairement du côté du peuple grec et se rappeler que son ennemie n’est pas la démocratie mais « la Finance » !

Athènes le 5 juillet 19h30

Gérard Filoche (membre du Bureau national du Parti socialiste et rédacteur en chef de Démocratie&Socialisme)

 

http://www.democratie-socialisme.fr

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 12:15

Face à l’étroitesse asphyxiante de leurs frontières nationales, les gouvernements de la bourgeoisie allemande, française, italienne… ont lancé en 1957 l’Union européenne (UE). Ils ne le firent pas à l’unanimité : par exemple, le parti gaulliste y était hostile en France. Pourtant, les succès initiaux de l’UE capitaliste ont conduit 28 pays à rejoindre les 6 initiateurs. L’intensité des échanges économiques au sein de l’UE et la dépendance des autres monnaies envers le mark allemand ont poussé la bourgeoisie française et sa comparse italienne à exiger de la bourgeoisie allemande une monnaie unique en 1992. Aujourd’hui, à travers la Banque centrale européenne (BCE), 19 États de l’UE (dont la Grèce) partagent l’euro et sa gestion.

Mais les classes dominantes restent incapables de se passer de leur État national, dont elles se servent contre leur classe ouvrière mais aussi contre leurs rivales y compris voisines ; l’idéologie dominante repose surtout sur le nationalisme traditionnel. Bref, les bourgeoisies se révèlent incapables d’unifier l’Europe.

L’Europe des capitalistes se montre donc incapable, non seulement d’accueillir les réfugiés d’Afrique et du Proche-Orient, mais de sauver le capitalisme européen le plus fragile, qui s’est effondré lors de la crise capitaliste mondiale de 2007-2009. Le gouvernement allemand a tardé à aider le gouvernement grec et ne l’a fait qu’à des conditions qui ont aggravé la dépression. En Grèce aussi, il y a des classes. Les prêts du Fonds monétaire international (FMI) et de l’UE ont surtout profité aux capitalistes grecs, en particulier aux banques, ainsi qu’aux groupes capitalistes de l’armement et de la finance d’Europe de l’ouest et des États-Unis. Depuis 2010, la troïka BCE-CE-FMI a surtout exigé des coups contre les salariés grecs. Une partie des économistes et des médias va jusqu’à calomnier, de manière répugnante, le peuple grec comme paresseux et parasite. Merkel, Hollande, Juncker et Lagarde ont depuis plusieurs mois, multiplié leurs exigences envers le gouvernement grec : hausse de la TVA, baisse des retraites… Les représentants des impérialismes occidentaux jouent les apprentis sorciers, comme avec leurs manœuvres pour rattacher l’Ukraine à l’UE et à l’OTAN, comme avec leurs interventions militaires en Irak, en Libye, en Syrie…

Les partis réformistes d’Europe se sont révélés incapables, non seulement de mettre en place chez eux des gouvernements ouvriers (seuls aptes à tendre la main aux travailleuses et travailleurs de Grèce), mais même d’exiger l’annulation des créances de leur propre bourgeoisie sur la Grèce. Pire, certains (PS, SPD, SPÖ…) font partie des gouvernements bourgeois qui étranglent la Grèce.

De son côté, la Grèce est restée capitaliste et donc incapable de se sortir de la nasse, de tracer une voie à toute l’Europe. La cause est politique : le mouvement ouvrier reste prisonnier des deux partis ouvriers bourgeois (Syriza et KKE) issus du stalinisme qui a trahi la révolution socialiste en 1944 et a toujours capitulé devant sa propre bourgeoisie.

Le KKE (Parti communiste de Grèce) divise de manière forcenée les rangs ouvriers, scissionne les syndicats et alimente un chauvinisme irresponsable pour faire croire aux travailleurs que la sortie de l’euro et de l’UE leur profitera, comme si le capitalisme grec replié sur ses frontières et ayant récupéré la drachme pouvait échapper aux crises économiques et à la domination étrangère.

La Syriza (Coalition de la gauche radicale) a gagné les élections législatives, mais s’est alliée aussitôt à l’ANEL (Grecs indépendants), un parti bourgeois xénophobe (anti-UE et anti-immigrés). La majorité parlementaire de Syriza et le Premier ministre Tsipras n’ont pas démantelé l’armée hypertrophiée qui achète à grande échelle aux groupes de l’armement américains, français et allemands. Ils n’ont pas osé annuler la dette publique. Ils n’ont même pas osé taxer les armateurs et l’Église orthodoxe, qui ne paient toujours pas d’impôt. Face aux représentants de l’impérialisme, le gouvernement Syriza-ANEL était prêt à augmenter la TVA, à baisser les retraites et à privatiser… mais pas assez aux yeux des bourgeoisies impérialistes rapaces.

Ni la Syriza, ni le KKE n’ont créé de conseils ouvriers, paysans et étudiants. Le social-patriotisme partagé par la Syriza et le KKE, leur confiance commune dans l’armée bourgeoise, l’impuissance du gouvernement de front populaire et le sectarisme du KKE font le jeu de l’état-major et du fascisme représenté principalement par XA (Aube dorée). Le référendum est une manœuvre désespérée du gouvernement Tsipras qui reste dans le cadre de la démocratie bourgeoise. Le « non », que voteront probablement à juste titre la majorité des travailleurs, ne résoudra rien.

La classe ouvrière mondiale a besoin dans le monde entier d’une internationale qui lève le drapeau rouge des exploités et des opprimés, qui rompe avec la bourgeoisie et prépare la révolution sociale. La solidarité des travailleurs européens envers leurs sœurs et leurs frères de Grèce est d’exiger l’annulation de la créance de leur bourgeoisie sur la Grèce, de lutter chez eux pour un gouvernement des travailleurs du type Commune de Paris en 1871 et pouvoir des soviets en 1917, d’ouvrir la voie du socialisme qui n’est réalisable qu’à l’échelle et mondiale. Les travailleurs de Grèce ont besoin d’un parti ouvrier révolutionnaire et internationaliste, fidèle à l’héritage de Marx, Engels, Luxemburg, Lénine, Trotsky et Pouliopoulos, qui se batte pour :

  • Pour un vote « Non » au plan de la troïka ! Gouvernement Syriza-KKE sans ministre bourgeois !
  • Séparation de l’Église et de l’État ! Annulation de la dette publique ! Expropriation des banques et des grandes entreprises, à commencer par les armateurs ! Suppression de la TVA sur les produits de consommation des travailleurs !
  • Retrait de l’OTAN ! Dissolution de l’armée et de la police ! Armement du peuple contre la police et les fascistes ! Droits démocratiques pour les conscrits !
  • Unité des travailleurs locaux et immigrés ! Une seule centrale syndicale, démocratique et de lutte de classe ! Comités rassemblant tous les travailleurs dans les entreprises, les administrations, les quartiers, les villages, les universités, pour le contrôle ouvrier et populaire !
  • Gouvernement ouvrier et paysan basé sur les conseils et l’armement populaire ! États-Unis socialistes d’Europe !

2 juillet 2015

 

http://groupemarxiste.info/?p=2045​ 

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 15:52

S'il existe un vrai défenseur de toutes les libertés, un chevalier de la démocratie, c'est bien Robert Ménard. Ce combattant désintéressé ne supporte aucune atteinte à ce qu'il juge attentatoire au libre exercice des droits de l'Homme. Certains droits de certains hommes.

Jusqu'en septembre 2008, il était le patron de Reporters sans frontières. Rappel historique : en 1983, Reagan fondait le NED (National Endowment for Democracy), dont le but est la promotion et le financement de toute action politique ou médiatique s'inscrivant dans le prolongement des opérations confidentielles de la CIA. En 1985, le NED portait sur les fonds baptismaux et finançait l'ONG française Reporters sans frontières. But avoué ; la défense des journalistes partout où ils subissaient censure et oppression. But réel : attaquer tout ce qui semble s'opposer au leadership des USA, notamment Cuba, Chine, puis Venezuela, partis de gauche en occident. Sous couvert de défense des libertés. Et toujours dans le cadre tutélaire de la CIA.

En 2008, Ménard quitta RSF et trouva un bienfaiteur dont la démocratie n'était pas la préoccupation numéro 1. L'émir du Qatar sponsorisa à hauteur de 3 millions de dollars par an un centre d'accueil pour journalistes à Doha, dont le petit Robert fut (et est peut-être encore) le patron.

Entretemps, il n'a jamais abandonné le bon combat. Il réclama à cor et à cris en 2003 la libération de Maurice Papon. Il prit avec fougue la défense du raciste antisémite Dieudonné. Il vilipenda la loi Gayssot réprimant les publications négationnistes. A la suite de l'assassinat au Pakistan d'un journaliste américain, il invoqua en 2007 la légitimité de l'usage de la torture. Il n'hésita pas, en 2010 à se faire l'avocat de la peine de mort.

On se souvient de sa défense du Tibet en 2008, en lançant des actions de commandos dans Paris contre le passage de la flamme olympique.

Cerise sur un bien mauvais gâteau : fidèle envers lui-même, Robert Ménard fait la promotion de son livre Vive Le Pen ! Y compris en insultant une journaliste en direct sur l'antenne de France Inter.

Robert Ménard n'est pas le paladin de la liberté, mais le spadassin de la pire réaction.

Jacques FRANCK 20 avril 2011

 

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