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Le site est d'utilisation simple et l'inscription est gratuite.

 

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Quelques conférences

Chansons

  Avant d'écouter les enregistrements ci-dessous, attendez la fin de la musique de fond du blog...

 

L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 09:55

A paraître dans le n°25 de Vendémiaire
À propos de Guy Môquet et de l’instrumentalisation de l’histoire nationale

Le candidat faisait de la lettre de Guy Môquet un usage incantatoire. Dès son avènement, le président persiste et signe.
On ne regrettera pas que l’exemple du jeune résistant communiste soit ainsi proposé aux lycéens, qui sans doute, dans leur majorité, l’ignorent.
Mais, écartant toute supputation sur le rapport personnel du président à notre histoire, on ne peut que s’interroger (le mot est faible) sur la place de l’Histoire dans la rhétorique qui a convaincu une majorité de citoyens.
Depuis quelques années, collectivement ou individuellement, nombre d’historiens dénoncent l’officialisation de l’Histoire : contrôle de la mémoire, histoire revisitée à l’aune des « valeurs » d’une colonisation dont le candidat disait qu’elle rêvait plus de civilisation que de conquête. On conçoit facilement quelles couches de la population sont, au premier chef, courtisées dans cette apologie de la « grandeur impériale », dont elles participent par expérience vécue ou par mémoire familiale.
Pour autant, notre histoire nationale ne semblait pas devoir être convoquée à la barre des témoins dans une campagne qui, par sa condamnation de l’assistanat, son apologie de la réussite individuelle, balayait les valeurs de solidarité et de justice sociale, héritées de deux siècles de luttes, et les compromis positifs arraché par ces luttes. Une campagne où la nouvelle donne du capitalisme se justifiait plus de références aux Etats-Unis qu’à « la vieille Europe ». Dans ce contexte, on aurait pu penser que la référence historique n’aurait pas sa place.
Et pourtant, hommage opportuniste à un sentiment national profondément enraciné, la campagne du candidat n’en a pas moins été soutenue par un recours permanent au passé, inscrivant les perspectives de « la rupture » dans la continuité de l’Histoire de France. Vision démagogiquement œcuménique, totalisante, qui n’omet significativement de son Panthéon que les Bonaparte et Pétain, et n’exorcise que 1968.
À nouveau, la réaction déontologique et citoyenne de nombreux historiens (en particulier celle du Comité de vigilance sur les usages de l’histoire) a mis en garde contre cette manipulation.
Les réactions « à gauche » ont été également vives contre une captation d’héritage qui utilise les grandes figures du socialisme sans craindre le contresens historique. Réactions bien plus vives et spontanées dans la masse citoyenne, chez les militants et élus « de base » que chez la candidate et dans l’état-major vibrionnant du parti socialiste, dont la campagne, incapable d’enraciner les aspirations populaires d’aujourd’hui dans ce qu’il y a d’opérant dans notre histoire, se gardait de faire appel aux souvenirs de 1789, de 1848, de 1871, de 1936 ou de la Libération. Et c’est paradoxalement par la voix de Nicolas Sarkozy que de jeunes électeurs de gauche ont entendu parler des grands ancêtres… Débordement apparemment sur la gauche, dans la grande tradition de Louis Napoléon et du général Boulanger, qui a pris par surprise la candidate et ses conseillers, tout autant que les amis du candidat conservateur, les uns et les autres fort peu préoccupés de la « République démocratique et sociale ».
Ne s’en étonneront que ceux qui refusent de voir la porosité, pour ne pas dire l’osmose, entre les deux facettes de « l’élite » politique, osmose dont les récentes péripéties autour de la formation du gouvernement ont donné des exemples édifiants.
Répondant à mon billet du 7 mai, Rémy Pergoux, qui mène depuis longtemps en Haute-Savoie un efficace travail d’éducation populaire, m’écrit notamment :
« Cette élection avait été manipulée de longue date pour obtenir une sorte de coup d’état « légal ». En somme c’est à la fois le coup lui-même et le plébiscite qui était, dans le passé, chargé de créer la « légitimité ».
Et en plus je pense que, si Ségolène Royal avait été élue, j’aurai pensé la même chose !
Parce qu’au fond, l’objet de ce coup d’état « light » est d’installer le système de bipartisme à l’américaine, le libéralisme sans retenue, la liquidation de « l’esprit de résistance à l’oppression ».
Je fais miennes ces quelques lignes.

René Merle
17 mai 2007

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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 14:20

Pierre SERNA

La république des girouettes
1795-1815 et au delà
une anomalie française: la république de l?extrême-centre

Collection LA CHOSE PUBLIQUE

 

La vie politique fourmille de personnages changeant au gré des majorités qui se font et se défont. Mais comment la girouette est-elle née dans la culture politique française? De quelle façon réapparaît-elle lors de chaque crise et de quelle manière désorganise-t-elle la vie parlementaire?
La littérature pourrait donner un début de réponse. Un personnage de fiction surgit au xixe siècle: le transfuge, qui, sous le visage de l?arriviste cynique, contribue au façonnement de l?archétype du «Judas politique» moderne. Pourtant tout n?est pas sorti de l?imagination des romanciers. Le transformisme idéologique provient de l?expérience traumatisante que les Français ont connue entre 1814 et 1816, lorsque se succèdent à une cadence soutenue Napoléon et Louis XVIII, lorsque les serments de fidélité ne durent que quelques semaines? Ce n?est pas la première fois que la France voit ses élites renoncer à leurs paroles. La monarchie puis la Révolution ont déjà été confrontées, de façon conflictuelle parfois, à la question de la fidélité religieuse d?abord, politique ensuite. Ce ne sera pas non plus la dernière fois, comme les événements de 1940 le montreront.
La girouette en soi vaut surtout par ce qu?elle révèle: la construction d?un pouvoir exécutif qui ne peut plus s?appuyer sur un pouvoir d?origine divine. Le personnage-caméléon incarne alors un technicien de la politique ou un professionnel de l?administration dont la vocation consiste à faire marcher la chose publique au-delà des opinions ou des contingences idéologiques. Pour cela, mieux vaut se trouver en un centre politique, mieux vaut être capable de s?adapter et de saisir rapidement les leviers du pouvoir en toutes occasions, afin de rejeter à la périphérie les radicaux et les perturbateurs de l?ordre public. L?authentique anomalie de la vie politique française ne serait pas cette lutte entre «blancs» et «rouges» depuis deux siècles, mais l?émergence d?un centre invisible et pourtant omniprésent.
Qui mieux que le général accomplissant le coup d?Etat du 19 brumaire a perçu cet «extrême centre» lorsqu?il résumait ainsi son programme politique: «Ni talons rouge, ni bonnet rouge»? Ce livre interroge finalement, de façon dérangeante mais nécessaire, la place de Bonaparte, éminent politique, au c?ur de la construction républicaine française depuis deux cents ans.

Pierre Serna est maître de conférences à l?Université Paris-I. Il a publié Antonelle, aristocrate révolutionnaire (1747-1817) (Félin, 1997) et avec Pascal Brioist et Hervé Drévillon, Croiser le fer. Violence et culture de l?épée dans la France moderne (XVIe-XVIIIe siècle) (Champ Vallon, 2002).

Un volume 14 x 21 de 574 pages
ISBN 2.87673.413.3, 29 euros

 

Éditions Champ Vallon
F 01420 Seyssel
Tél. 04 50 56 15 51 Fax 04 50 56 15 64

 

 

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Published by Michel Strausseisen - dans France - Culture
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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 22:32
Bonjour,
Voici un texte d’une pétition concernant les tarifs postaux, l’entrave à la diffusion et les éditeurs indépendants.
Si vous pensez être concerné, merci de faire lire, reproduire, diffuser, faire signer...
merci à vous.
Voir ci-dessous, le lien de signature en ligne et liste des soutiens (près de 4500 depuis le 4 février).
Amicalement
Daniel Delort pour la revue Brèves et l’Atelier du Gué éditions
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Soutien aux Éditeurs indépendants et aux revues littéraires
http://www.cynthia3000.info/petition/index.php?petition=3

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(PÉTITION proposée en octobre 2006 dans la revue Brèves, reprise sur le net le 4 février 2007)
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La Poste a toujours été un des outils privilégiés de diffusion des livres et revues littéraires des éditeurs indépendants, auprès des libraires, des bibliothèques et du public.  

Or, les transformations de La Poste, l’abandon des tarifs particuliers ou intermédiaires, la libéralisation des services, les fermetures de bureaux, mettent aujourd’hui leur existence en danger.
Ceci porte préjudice aux écrivains, à la création littéraire, aux éditeurs, aux libraires, aux lecteurs, comme à toute la chaîne du livre, (graphiste, photographe, imprimeur...)

Des tarifs postaux abusifs, la réduction programmée à l’accès des tarifs “presse” par de nouvelles contraintes administratives, l’abandon des tarifs réduits (“coliéco” “sacs postaux de librairies”…  le refus de la Poste d’appliquer le tarif  “livres et brochures” sur le territoire national), etc…  remettent en question la pérennité de l’édition indépendante, et par voie de conséquence, entravent le droit d’expression, réduisent l’économie du livre et affaiblissent la démocratie.

De nombreuses petites structures éditoriales sont aujourd’hui contraintes à réduire ou à cesser leur activité.

Les soussignés s’inquiètent de cette situation et demandent à l’État, aux ministères concernés et à la direction de l’entreprise publique La Poste de créer un tarif préférentiel pour les livres et les revues (indépendamment, pour celles-ci, de l’attribution, ou non, d’un numéro de commission paritaire), et d’inscrire ce tarif au registre des missions de service public de la Poste, afin de garantir pour demain la diversité culturelle et la libre circulation des idées.
------------------------------------------------
Vous pouvez signer en ligne et voir les soutiens sur :

http://www.cynthia3000.info/petition/index.php?petition=3
 
 
 
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Published by Michel Strausseisen - dans Appels
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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 20:34

Cyber @ction 210 : rien n'est gagné continuons à y participer.

 

 

http://www.cyberacteurs.org/actions/action.php?id=142

 

 

 

 

 

Cyber @ction 21: Pour des alternatives au nucléaire Stop EPR

 

 

à réaliser avant le 6 mai 2007

 

 

 

 

 

A la veille des élections présidentielle et législatives de 2007, moment-clé de notre démocratie, la construction de l'EPR commence à Flamanville, en Basse Normandie, sans que les Français aient été véritablement consultés. Cette décision bafoue la démocratie.

 

 

Ne vous y trompez pas : si l'EPR est construit, il sera bientôt suivi par plusieurs dizaines de nouveaux réacteurs nucléaires partout en France. C'est le renouvellement du parc nucléaire tout entier qui est en jeu aujourd'hui avec l'EPR.

 

 

L'avenir énergétique de la France doit être choisi par tous les Français et non par le lobby pro-nucléaire qui défend exclusivement ses intérêts. 84% des Français plaident en faveur des énergies  renouvelables et 77% d'entre eux souhaitent que la maîtrise de l'énergie soit développée (sondage BVA, 21-22 juillet 2006). De fait, seules la sobriété énergétique et les énergies renouvelables permettent de lutter contre le réchauffement climatique, assurant ainsi un avenir aux générations futures. Faites entendre votre voix en envoyant la carte Soleil aux candidats de votre choix à l'élection présidentielle afin qu'ils sachent que vous ne voterez pas pour eux s'ils ne se prononcent pas clairement contre le projet EPR.

 

 

 

 

 

Quelles énergies pour demain ? Aux citoyens de décider, pas à l'industrie nucléaire.

 

 

Si l'EPR est construit, il absorbera une part importante des investissements consacrés à l'énergie, condamnant ainsi toute  politique ambitieuse de maîtrise de l'énergie et de développement des énergies renouvelables. La France restera prisonnière d'un modèle énergétique dépassé, centralisé, polluant et dangereux.

 

 

 L'EPR n'est vraiment pas la bonne réponse

 

 

 

 

 

Philippe Brousse Réseau Sortir du Nucléaire

 

 

Alain Uguen Association Cyber @cteurs

 

 


Comment agir ?

 

 

C'EST FACILE : A VOUS DE SUIVRE LES 6 ETAPES SUIVANTES :

 

 

1- Copiez LE TEXTE À ENVOYER ci-dessous

 

 

2- Ouvrez un nouveau message et collez le texte

 

 

3- Signez le : prénom, nom, adresse, ville

 

 

4- Rajouter l'objet de votre  choix : STOP EPR

 

 

5- Envoyez votre message aux  adresses suivantes :

 

 

cyberacteurs@wanadoo.fr

 

 

contact@arlette-laguiller.org

 

 

contact@mgbuffet.org

 

 

contact@sarkozy.fr

 

 

sroyal@assemblee-nationale.fr

 

 

f.bayrou@udf.org

 

 

cette cyber @ction est aussi signable en ligne

 

 

http://www.cyberacteurs.org

 

 

Par cette action, vous ferez connaître votre opinion aux candidats à  la Présidence de la République Française qui ne se sont pas exprimés contre l'EPR et à Cyber @cteurs pour nous permettre d'évaluer l'impact de cette action et en informer nos partenaires.

 

 


 

 

 

Texte à copier :

 

 

 

 

 

Prénom Nom

 

 

Profession

 

 

Adresse

 

 

code postal, ville

 

 

 

 

 

Madame, Monsieur le candidat à l'élection présidentielle,

 

 

 

 

 

Je vous demande de vous prononcer au plus vite pour l'abandon du projet de réacteur nucléaire EPR à Flamanville ou ailleurs en France.

 

 

La décision de construire l'EPR est anti-démocratique, les Français n'ont pas été véritablement consultés à ce sujet.

 

 

Savez-vous que plus d'une personne sur deux ne trouve pas normal d'investir 3,3 milliards d'euros dans la construction d'un nouveau réacteur nucléaire (sondage BVA 21-22 juillet 2006) ?

 

 

L'EPR est semblable aux réacteurs nucléaires en service actuellement : le même risque d'accident majeur, le même danger de prolifération, des tonnes de déchets radioactifs, la même  vulnérabilité aux attentats et les mêmes rejets radiotoxiques dans l'environnement.

 

 

L'EPR est un projet inutile. Il y a déjà trop de réacteurs nucléaires en France : on exporte plus de 16% de notre électricité.

 

 

L'EPR va étouffer les alternatives parce qu'il engloutira 3,3 milliards d'euros qui devraient être consacrés en urgence à la maîtrise de l'énergie et aux énergies renouvelables.

 

 

La politique énergétique française est aujourd'hui dans le rouge. Les  58 réacteurs nucléaires français n'ont pas empêché les citoyens de souffrir de la hausse du pétrole, un réacteur nucléaire supplémentaire ne changera donc rien à cette situation de crise.

 

 

C'est pourquoi je vous demande de lancer une politique de maîtrise de  l'énergie qui ne soit pas un cache-misère et d'encourager fortement la croissance des énergies renouvelables : des énergies propres, inépuisables, économiques, génératrices d'emploi et, surtout, sans conséquences néfastes pour le climat.

 

 

Sachez qu'en aucun cas je ne donnerai ma voix à un candidat qui ne se prononcerait pas clairement pour l'abandon de l'EPR.  

 

 

(fin du texte à copier)

 

 

Cassons le verrou de l'EPR pour empêcher la relance du nucléaire en France.

 

 

 

 

 

Une autre politique énergétique est possible : mobilisons nous !

 

 

 

 

 

 

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8 février 2007 4 08 /02 /février /2007 17:21

Une République à reconstruire

de Michel Strausseisen
par
Christian Rome  

A quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, l'opuscule de Michel Strausseissen, Une République à reconstruire, paru il y a quelques mois, prend un sens qui éclaire l'actualité politique d'une lumière crue et sans concession. Dans ce texte d'une trentaine de pages, l'auteur se livre à un diagnostic argumenté sur la situation politique et sociale et le climat de malaise qui a saisi le pays après les événements survenus dans les banlieues à l'automne  2005, résultat conjoint des coups de butoir de la droite libérale contre les acquis de la République et de l'incapacité de la gauche dans son ensemble - et plus particulièrement le parti socialiste -  à proposer un projet de société alternatif, noyée qu'elle est à la fois par sa complaisance, voire sa collaboration, avec le libéralisme et ses incurables divisions internes.

L'auteur pointe l'incapacité des gouvernants depuis plusieurs décennies, de droite comme de gauche,  à résoudre les problèmes de fond de la société française, identitaires, sociaux, économiques, laquelle a eu pour consé-quence pour la majeure partie de nos concitoyens, et pas seulement pour les populations résidant en banlieue ou les classes sociales les moins favorisées, le sabotage de toute perspective d'avenir pour eux-mêmes et leurs enfants et l'installation d'un désintérêt croissant pour la politique. Cette dépolitisation s'accompagnant d'une défiance à l'égard du personnel politique dans son ensemble - dont plus personne ne croit aux discours tant il est perçu comme une caste complètement déconnectée de la réalité des citoyens - a ouvert la porte à des risques d'aventures politiques (cf avril 2002) et d'éclatement  communautariste de la société, mettant en danger l'exis-tence même de notre démocratie républicaine.

Pour M. Strausseisen, c'est donc la République elle-même qu'il faut reconstruire en s'attaquant en profondeur aux causes du problème et tout d'abord au dysfonctionnement ou à l'insuffisance des rouages institutionnels, politiques, économiques, sociaux, judiciaires, éducatifs, sanitaires et également syndicaux qui ne jouent plus leur rôle de courroies de transmissions. Pour accomplir ces réformes, il est nécessaire de redonner à l'Etat, avec une revalorisation de ses missions de service public, toute sa place dans son rôle de contre-pouvoir face au rouleau compresseur libéral, de la loi du profit et des puissances d'argent qui broient la vie de nombre de nos conci-toyens et démantèlent par pans entiers les protections acquises de haute lutte sur la santé, l'éducation et le droit du travail.

Un tel projet, résolument anti-libéral, ne peut être conduit que par un vrai mouvement de gauche. Mais qui, aujourd'hui à gauche, nous dit Strausseisen, se trouve dans la capacité d'incarner légitimement, en étant crédible,  la mise en oeuvre de ce projet ? Le non au référendum sur la constitution européenne aurait dû être la ligne de partage apte à rassembler, de l'extrême gauche au parti socialiste, tous ceux qui refusent le compromis avec l'idéologie libérale. Le congrès socialiste du Mans a tout fait exploser. Les sociaux libéraux, emmenés par François Hollande ont transformé la victoire de la gauche au référendum en défaite. Dès lors, pour M. Strausseisen, il n'y a plus que deux stratégies possibles : soit on réédite le scénario d'une « gauche plurielle » dont l'objectif utile sera uniquement de tenter de barrer la route à la droite ; soit on essaie de reconstruire une vraie gauche non libérale. Dans le premier cas, ce serait redonner la prééminence au parti socialiste - c'est-à-dire à sa mouvance social-démocrate - ; nous aurions alors une gestion libérale du pays un peu plus soft ou « à visage humain », une situation « à l'américaine » avec une droite ultra-libérale et un centre un peu plus progressiste,  qui serait dans les faits une capitulation devant la marchandisation du monde et en même temps la mort assurée de la gauche par asphyxie. Dans le deuxième cas, seul le parti communiste, de par son histoire et sa position inchangée face au capitalisme, pourrait prétendre et être en mesure de rassembler autour de lui. Cette prise d'indépendance vis-à-vis du PS risquerait certes de donner la victoire à la droite, mais assurerait une chance, même minime, et avec une marge très étroite, à une survie de la gauche en France qui devrait se reconstruire dans l'opposition. La position du PC est délicate et sa responsabilité énorme, car de son choix risque de dépendre la vie ou la mise en sommeil pour longtemps, pour ne pas dire la mort, d'une vraie gauche anti-libérale en France.

A quelques encablures du premier tour des élections présidentielles, alors qu'a succédé à la valse des présidentiables le début du menuet entre Nicolas Sarkosy et Ségolène Royal, avec l'entrée sur scène en arrière-plan de François Bayrou et dans l'ombre des coulisses la menace incertaine mais toujours présente de l'extrême droite, alors, qu'à l'accoutumée, la gauche de la gauche part au combat en ordre dispersé, il est conseillé de lire attentivement le texte  de M. Strausseisen qui invite tous les républicains démocrates porteurs des vraies valeurs de gauche à réfléchir profondément sur notre choix d'électeur : faut-il sacrifier tous ses pions aujourd'hui pour tenter de gagner la bataille, au risque d'une compromission fatale, ou conserver des forces en réserve pour être en mesure de continuer le combat ?
Le choix n'est pas facile et il est vrai que le pire n'est jamais sûr.

Christian Rome

Michel Strausseisen, Une République à reconstruire, éditions Bérénice (Collection Alix), 3 euros

 

 

 

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25 janvier 2007 4 25 /01 /janvier /2007 13:43

En notre automne les feuilles continuent de tomber. Jean-Pierre Vernant vient de mourir, et l'abbé Pierre aussi. Etrange mais réelle coïncidence. Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas.

En tout cas l'un et l'autre (se sont-ils croisés ?) meurent à point nommé. L'un et l'autre ont mené tous les combats et mis leurs vies en jeu pour l'inaccessible étoile. L'un et l'autre surtout - c'est leur particularité - l'ont fait autant que de besoin, c'est-à-dire jusqu'à la fin de leurs jours.
L'un a cherché chez les Grecs la figure de l'homme. L'autre interrogeait l'Esprit sur la même question. L'un et l'autre menèrent une réflexion permanente de la pensée à l'action et de l'action à la pensée. Chez l'un et l'autre cette certitude, ou cette inquiétude, que le sens de l'Homme est que seul l'Homme donne du sens à l'Homme. Et alors on se trouve tout nu devant non plus l'Homme mais les hommes. Jean-Pierre Vernant et l'abbé Pierre ont en commun d'avoir toujours combattu dans cette effroyable déclinaison : l'Homme, les hommes, des hommes.
Entre ces degrés n'existe aucune hiérarchie palpable, utilisable. La juste position des humains entre les Dieux et les Bêtes, pointée par Vernant,  s'oppose et épouse la fraternité mise en oeuvre (à coups de pieds dans le cul) par l'abbé Pierre, expression de la Charitas, la charité. Terme dévoyé par l'Eglise « moderne », qu'elle avait hérité du stoïcisme antique pour lui servir de morale civique, puisque les Evangiles n'en ont point. Charitas désignait la fraternelle communauté des humains contre les bêtes et les dieux ; c'est-à-dire contre la création même.

Borges écrit qu'un homme n'est jamais tout a fait mort aussi longtemps qu'il survit dans la mémoire d'un autre. Jean-Pierre Vernant et l'abbé Pierre font partie de notre mémoire joyeuse. Que ce rapprochement n'insulte les mânes ni de l'un ni de l'autre.


Jean Maffioletti

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Published by Michel Strausseisen - dans France-Politique - société
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12 décembre 2006 2 12 /12 /décembre /2006 07:02

On le savait déjà, les exemples sont nombreux , mais décidément, ça se confirme : le sport est bien l'ami des dictatures et des régimes corrompus. Les Chinois le savent bien, qui attendent impatiemment les Jeux Olympiques. L'Argentine de Videla avait en son temps bénéficié de la Coupe du Monde de football. Etc., etc.
Aujourd'hui, Zidane vole au secours de Bouteflika, lequel essaye par tous les moyens d'assurer la survie d'un régime affairiste, corrompu, et peu soucieux des Droits de l'Homme. Sans parler des Droits de la Femme... Bouteflika n'a-t-il pas "pardonné" aux fanatiques musulmans responsables de massacres tous plus horribles les uns que les autres, au grand dam de la majorité des Algériens ? N'a-t-il pas joué la carte de la haine communautariste, puis celle de la haine anti-française ? Tout cela, et bien d'autres basses manoeuvres n'ayant pas suffit, il invite aujourd'hui une vedette populaire, Zinedine Zidane.
Que Zidane soit attaché au pays de ses origines, rien de plus normal. Qu'il accepte une invitation officielle d'un des présidents les plus corrompus du bassin méditerranéen est autre chose. Mais peut-être n’a-t-il pas réfléchi et a-t-il accepté sur un coup de tête ?
Attendons de voir si Zidane en profitera pour dénoncer le code de la famille, par exemple, entériné par Bouteflika. Ou pour dénoncer les nombreuses atteintes au Droits de l’Homme perpétrées par les sbires du Président algérien. Peut-être Zidane ira-t-il rendre visite aux nombreux journalistes emprisonnés pour délit d’opinion ?
En tout cas, la balle est dans son camp…

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Published by Gracchus Babeuf - dans Maghreb-Machrek
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6 décembre 2006 3 06 /12 /décembre /2006 20:45

Il y eut un concours entre des militaires nord-américains experts en torture et la police sous le mandat de Francisco Ramírez Acuña [ex gouverneur du l’Etat du Jalisco et actuel ministre de l’Intérieur du Mexique] : qui trouverait le premier une petite souris.
Tandis que les gladiateurs du Pentagone débattaient encore, les bourreaux de Ramírez Acuña remportèrent la victoire. Ils présentèrent un petit éléphant qui tremblait en répétant sans arrêt : « Je suis une petit souris, je l’ai déjà dit, je le suis, c’est moi ! Où dois-je signer ? »

Jaime Avilés, paru dans La Jornada



En ce moment, alors que j’écris ces lignes et aussi quand vous les lirez, à Oaxaca et dans d’autres Etats du Mexique, il y a des centaines de gens innocents membres de l’APPO (Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca) qui sont torturés, condamnés par le gouvernement pour les délits de sédition, d’association de malfaiteur, ou d’incendie, entre autres. Des gens qui participaient à un mouvement social, juste et pacifique. Ils usaient d'un droit républicain, légal, avec des revendications sociales telles que l’amélioration des salaires, plus de justice et aussi la démission du gouverneur d’Oaxaca, Ulises Ruiz Ortiz (URO) du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), à cause de son inefficacité, de sa corruption, de son refus du dialogue.

Ces personnes sont torturées avec la délicatesse habituelle de la police et des hommes de main gouvernementaux. Ils sont en train de cracher leurs poumons, d'être violés, suppliciés avec les méthodes les plus «raffinées» de la «guerre sale» des années 70, avec des décharges électriques sur la langue et les organes génitaux, avec des chiens dressés pour mettre en pièces les mains, les pieds et le visage, l’asphyxie avec des sacs plastiques ou de l’eau pétillante pimentée dans le nez, des piqûres sous les ongles et bien sûr des coups jusqu'à faire exploser les viscères et les os, et d'autres techniques toutes aussi barbares et illégales. Je suis désolée de vous raconter tout ça, mais qu'il se passe de telles atrocités dans un pays soi-disant démocratique est intolérable ; un gouvernement qui devait veiller sur son peuple et le protéger est devenu son bourreau.

Les autorités locales et fédérales ont pris le peuple en otage et l’administration est en guerre contre son peuple. Il y a un terrorisme d’Etat, et le gouvernement veut un peuple docile, qui n’existe pour lui et ses amis que lors des élections et de la perception des impôts, et après tais-toi ! Empêcher des manifestations, même pacifiques, et la revendication des droits les plus fondamentaux, telle semble être la consigne.

Des hommes politiques drogués au Prozac, mégalomanes, éloignés de la réalité, inventent un pays qui n’existe pas, comme l’ex président Fox créa « Foxilandia » (voir Wikipedia), néologisme d'un monde merveilleux, une fiction aux chiffres maquillés. Selon eux nous vivons dans un état de droit institutionnel, la paix est rétablie ; il y a bien quelques insurrections mais elles sont contrôlées en toute légalité et respect des institutions. «Tout va très bien, madame la Marquise», répètent en écho les média affidées à un peuple qui, lui, souffre de la brutalité d'un Etat qui a effacé tout droit humain ou constitutionnel, la dignité, les garanties légales minimales. Devant les atrocités de l’Etat, les institutions des droits de l’Homme sont impuissantes, les hommes politiques restent immobiles : ni l’ex-président Fox qui avait déjà «fermé la boutique» après les élections du 2 juillet, ni URO qui reste cramponné au pouvoir, n’interviennent. Unique réaction, habituelle : déclencher une chasse aux sorcières et ranimer la xénophobie anti-amérindienne vieille de plus de 500 ans.

Oaxaca est un Etat naturellement riche, mais ses habitants, dont une forte population indienne, sont parmi les plus pauvres de la fédération. En mai 2006, un groupe de 70 000 enseignants de la section 22 de Oaxaca ont demandé au gouverneur Ulises Ruiz une amélioration salariale, similaire à l'augmentation décrétée dans d'autres Etats de la république, des infrastructures et du matériel didactique pour le million d’élèves de la région. La réponse gouvernementale fut négative. Alors les professeurs se sont mis en grève illimitée, soutenus par le peuple avec une manifestation de 80 000 personnes. Les enseignants on fait un sit-in sur la place principale. URO réagit avec sa brutalité coutumière et envoya la police pour réprimer le mouvement : il y eut des violations de droits fondamentaux et des assassinats. A cette manifestation se sont joints des gens protestant contre la précarité de la vie et les bas salaires. Ainsi naquit l’APPO le 22 juin.

Un mouvement social et pacifique composé de citoyens de tous âges, éducateurs, universitaires, étudiants, ouvriers, paysans, indiens, femmes au foyer… avec une structure horizontale et démocratique, sans leader mais avec à sa tête un comité de représentants. Un mouvement sui generis qui a largement dépassé les instances gouvernementales par sa force, son idéal d'action pacifique et son efficacité contre l’inertie du gouvernement.

Les doléances de l’APPO se sont accrues jusqu'à demander la démission du gouverneur. Plusieurs manifestations sont restées sans réponse. Vu l’ampleur des événements, le Sénat de la République a été saisi de la procédure pacifique et légale dite de la "disparition des pouvoirs" à Oaxaca, le gouverneur étant remplacés par un intérimaire. Mais les législateurs du PRI et du PAN ont refusé, en opposant de faibles arguments.

La situation n’a fait que se dégrader, et six mois de conflit plus tard, par manque de dialogue, par autisme politique des gouvernements locaux et fédéraux, il en résultait l’une des plus cruelles répressions qu’a connu le Mexique ces dernières années. Au lieu de dialoguer, le gouvernement a choisi d’employer la force, y compris des militaires en civil fortement armés pour rétablir l’ordre dans la ville. L’APPO avait déjà pris les principales rues de la ville, et les jeunes se ont élevé des barricades avec des voitures, camions, ferrailles à l’entrée des principales artères, comme celle du 5 señores a côté de l’université UABJO. Les universitaires se sont aussi solidarisés avec l’APPO.

Les insurgés prirent pacifiquement diverses radios : Universidad et d'autres fréquences privées pour informer les auditeurs de leurs réunions, tactiques et avancées. Dans le même temps, le gouvernement et le PRI créèrent une radio anonyme qui, avec un total manque d’étique, incita à la violence, à brûler les bureaux de l’APPO et des associations des Droits de l’Homme, à dénoncer les partisans de l’APPO ; en premier lieu les têtes des leaders tels que Flavio Sosa furent mises à prix sans que les autorités bougent le petit doigt.

La lutte avait commencé, batailles de policiers, militaires, marins, sicaires, escadrons de la mort, partisans du PRI, gouvernement et agitateurs contre le peuple. La violence qui dure depuis octobre a laissé plus de vingt morts sur le carreau dont un journaliste américain (Brad Will de Indymedia New York.), des centaines de blessés graves, torturés ; au moins 40 disparus, au minimum 203 détenus illégalement, enchaînés, ont été transportés par hélicoptère dans des prisons de haute sécurité au nord du pays (loin de leurs familles), coupés du monde, sans avocat, traités comme des terroristes et criminels tandis que les mafieux se baladent joyeusement partout avec la plus totale impunité. Et pour sortir de la prison la caution s'élève à 4 millions de pesos (275 000 euros) !

L’APPO commençait à devenir trop importante et dangereuse, pour la réprimer le gouvernement a déclenché une chasse aux sorcières impitoyable, aveugle et à incriminé des gens pris au hasard dans la foule, manifestants ou non, n’emportant pas des blessés. Ils étaient entre autres des mineurs, retraités, médecins, étudiants, femmes au foyer, professeur, un maire, un journaliste, etc., la plupart de faciès indien, qui parfois ne maîtrisent pas l’espagnol.

Des détentions illicites, des accusations falsifiées, des crimes fabriqués, le gouvernement avec ses cerbères cherche des coupables, des séditieux, n’importe qui, n’importe où, il faut trouver des boucs émissaires, il faut terroriser, inoculer la peur et faire passer le message du plus fort et de quel côté est la loi, il faut punir les rebelles. Les foyers sont pris d'assaut, les familles démembrées, les hôpitaux visités par de faux médecins, la traque en tout lieu, dans les bus, la rue, au travail. A l’école des enfants ne comprennent pas, regardent terrorisés la bestialité de ces hommes armés jusqu'aux dents qui enlèvent leurs professeurs en train de travailler dignement pour les incarcérer et les traiter comme des malfaiteurs pour avoir participé à un mouvement pacifique et légal devenu délictueux. Et après on manipule les faits en faisant de la police une victime du peuple.

Le père Romualdo Mayrén, de l'archevêché de Oaxaca et représentant de la Commission Diocésaine de Justice et Paix a déclaré qu’il y a un «état d’exception, de facto», que le gouvernent de URO a des problèmes de «myopie, astigmatisme et daltonisme, parce qu’il a confondu l'anticonformisme avec la subversion, l’exigence avec la révolte, la clameur contre l’injustice avec la déstabilisation sociale et la lutte sociale avec le crime organisé.»

Le message du président Calderon est clair : «main dure» (répression), «application du poids de la loi», «lutte contre le terrorisme», «ça coûtera des vies». En ce sens, le choix des membres de son nouveau cabinet est révélateur. Par exemple, le ministre de l’Intérieur Francisco Ramírez Acuña (surnommé "le Cavernicole", c'est-à-dire "le Cro-Magnon") ex-gouverneur de l'Etat de Jalisco. Ses antécédents ? Entre autres, avoir ordonné la chasse et torture de jeunes altermondialistes lors du sommet de 2004, un des pires épisodes de torture et de répression jamais vu à Guadalajara. Il exigea «je veux une centaine de détenus, maintenant !» et la police se mit à appréhender n’importe qui pour remplir son quota. Conséquence : plus de 700 cas de violations des droits de l’homme.

Paradoxe : il y a un recul politique, institutionnel, un état militariste et fasciste de toute évidence, et dans le même temps un progrès dans la conscience populaire. La révolution se fait en paix, les gens se mobilisent pacifiquement tandis que l’état impuissant face à la volonté du peuple réagit avec la machine de répression policière et les armes tandis que la seule arme du peuple reste sa voix !

Si vous vous demandez : le Mexique est-il démocratique ? La réponse est : le peuple l’est, pas son gouvernement.

La lutte se poursuit et l'Histoire avance. Cependant, la douleur est permanente. Tenir l'opinion internationale informée est notre premier objectif. Nous espérons de sa part, au moins des organismes internationaux des Droits de l’Homme, une réaction aux cris du peuple mexicain, dernier souci d'un gouvernement uniquement obsédé par le dépeçage économique du pays au profit de quelques-uns.


Claudia Magana
Correspondante de Vendémiaire au Mexique

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28 novembre 2006 2 28 /11 /novembre /2006 22:12

par René Merle

Ce n’est pas l’actuelle campagne médiatique qui corrigera une évidente double ignorance de l’opinion : ignorance de l’histoire de l’institution et ignorance de la nature des pouvoirs
L’ignorance de l’histoire de l’institution (1) fait considérer comme naturelle, depuis 1969 et le départ du Général de Gaulle, la pérennité bancale d’une institution née de circonstances exceptionnelles, où, à tort ou à raison, un homme pouvait prétendre, en s’élevant au dessus des partis, représenter la grande majorité des citoyens pour écarter les périls.
Il serait d’ailleurs très intéressant, pour qui en a le temps et l’envie, de plonger dans les débats passionnés des années 1945-1946, qui virent les citoyens préférer la république parlementaire à la république présidentielle, et ceux des années 1958-1962, où ils se rallièrent majoritairement au régime présidentiel.
Dans l’intense médiatisation actuelle autour des deux candidats prédésignés d’office, on use et abuse de la fameuse formule gaullienne, « l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et d’un peuple ». Aujourd’hui un miracle se serait produit, qui aurait transformé un homme et d’une femme aux responsabilités politiques depuis 25 ans et plus (mais jouant sur la lassitude citoyenne devant l’autoperpétuation de la classe politique), en une femme et un homme nouveaux, rencontrant charnellement notre peuple...
En l’occurrence, on pourrait rappeler la formule de Marx, sur ces événements historiques majeurs qui se rejouent en farce.
Ce double avènement de la femme et de l’homme providentiels intervient alors même où le système apparaissait usé. Il importait donc à ceux qui en profitent de le perpétuer.
Je ne ferai pas l’affront d’expliquer longuement à des citoyens avertis l’efficace perversité de ce système. Non seulement l’élection présidentielle impose aux citoyens un choix par défaut, binaire par définition. Mais sa logique modifie profondément les conditions de la vie politique française : par sa binarité, elle tend à effacer la nécessaire diversité politique et transforme les deux principaux partis en clubs de supporters « people ». Et cette logique est telle qu’accepter d’entrer dans le jeu entraîne, de gré ou de force, l’adhésion au système, y compris de ceux qui l’ont le plus violemment condamné : de l’auteur du « Coup d’État permanent » aux militants pour la VI° République...
Cerise sur le gâteau, la personnalisation (choisir le ou la plus emblématique, sinon médiatique) vient pervertir les choix même de ceux qui se réclament d’une vraie vie politique citoyenne. Les débats dans la gauche de la gauche en témoignent à l’évidence.
Désormais, la persistance des appareils politiques ne doit pas nous tromper sur leur efficacité supposée (voir les débats dans la gauche de la gauche) et leur vraie finalité. Le Front National n’a pratiquement pas d’appareil, et fera pourtant sans doute un score très important.
Ainsi assistons-nous à la mise à mort programmée d’une vraie vie politique française, qui fait de plus en plus figure d’anachonisme dans une Europe gagnée aux bipartisme consensuel et institutionnel, quand ce n’est pas à l’union des deux grandes formations (voir l’Allemagne).
L’ignorance de la nature des pouvoirs vient encore renforcer cette mise à mort de la vie politique citoyenne, tant est répandue la conviction que le président, détenteur du pouvoir exécutif, détient en fait tous les pouvoirs.
Et nos deux candidats pré-désignés le confirment, non seulement en affirmant ne pas être ligotés par des programmes, mais encore en disposant déjà du pouvoir législatif. On a pu lire des formules du type : « Si je suis élue, ma première loi sera... ».
Or, pour régaliens que soient les pouvoirs du président, ils n’en sont pas moins contrebalancés par ceux des deux Assemblées. Les récentes et durables périodes de cohabitation l’ont bien montré.
En inversant l’ordre du calendrier électoral, le gouvernement Jospin avait voulu réaliser une réforme mettant fin à cette possibilité de cohabitation.
Dans la foulée de l’élection présidentielle, le président sollicite du pays une majorité qui le soutiendra sans état d’âmes. C’était indirectement renforcer le rôle du Président.
Mais c’était aussi renforcer la dépolitisation du pays : voter avant l’élection présidentielle pour élire l’Assemblée aurait signifié s’engager sur des choix politiques, sur des programmes. Voter après l’élection présidentielle pour élire l’Assemblée ne serait plus qu’entériner le choix premier, dans l’accentuation de la réduction binaire.
Aussi ne s’étonnera-t-on pas de l’absence totale des perspectives électorales de l’après présidentielle dans la médiatisation actuelle.
Ce qui n’empêche pas que, le système électoral aidant, les « petits » partis, pour s’assurer la manne de quelques dizaines de députés, de négocier déjà leur ralliement au second tour à l’un des deux postulants principaux.


René Merle - lundi 27 novembre 2006

Point Gauche, bimestriel, 82210 Angeville (Tarn-et-Garonne), décembre 2006, http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=469 

 (1) Sur cette question, je me permets de renvoyer à l’article « - René Merle - 1848 - 2006. À propos de l’élection présidentielle ». http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=468

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28 novembre 2006 2 28 /11 /novembre /2006 22:04

par Claudia Magana
correspondante de Vendémiaire au Mexique

Dans les medias français, il y a en ce moment peu d'informations à propos du Mexique, souvent incomplètes, malgré le moment difficile et dangereux que nous vivons.

Le Mexique vit aujourd'hui des temps très durs, des convulsions politique, sociale et des consciences, période que même le sous-commandant Marcos a qualifiée "d'antichambre d'une révolution". Cette idée de révolution fait partie du cadre de références mexicain et malheureusement, les faits actuels ressemblent à un « déjà vu » historique, avec deux précédents, l'un en 1910 et l'autre en 1988.
Comment tout cela est-il arrivé ?

Avec l'arrivée au pouvoir des « technocrates » comme Miguel de la Madrid Hurtado, puis Carlos Salinas de Gortari (ALENA), Ernesto Zedillo et finalement Vicente Fox, nous avons connu vingt-quatre ans de libéralisme. En appliquant cette doctrine et entre autres les conseils du FMI, de la Banque Mondiale, puis en entrant dans l'ALENA, nos dirigeants n'ont pas réussi a produire une économie saine et un bien-être social ; au contraire nous connaissons aujourd'hui l'une des pires crises de l’époque moderne que le pays n'ait jamais éprouvée.
Au niveau politique en l988, le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) avec Carlos Salinas de Gortari a volé la victoire électorale au gagnant Cuauhtemoc Cardenas Solorzano, candidat de gauche. Cette fraude est considérée comme l’une des plus sinistres de mémoire de Mexicain. En réaction, elle a eu pour conséquence la création d’un parti de gauche, le PRD (Parti de la Révolution Démocratique).

Après plus de 70 ans de pouvoir du PRI (on parlait d’une dictature d’Etat), en 2000 une nouvelle ère d'espoir s’ouvrit pour le Mexique. Les élections présidentielles donnèrent une victoire « propre », avec une marge confortable, au candidat du PAN (Parti Action National), Vicente Fox Quezada, un homme issu du monde de l'entreprise, ancien patron de Coca-Cola, gouverneur du Guanajuato, son état natal. Fox est arrivé au pouvoir avec une majorité de consensus. Le rêve d'un réel changement était général, l'une de ses devises était même « le gouvernement du changement » : mais tout finit en cauchemar. Fox a gaspillé tout son capital de sympathie, n’a en rien œuvré pour une transition vers la démocratie, a continué la politique de ses prédécesseurs priistes, mais tout en donnant encore plus de pouvoir aux intérêts patronaux, autant nationaux qu'étrangers, tout en restant aux ordres des Etats-Unis, avec une absence de gouvernement.

Pendant ses six années de mandat, Fox a tout promis et n’a rien accompli. Le pire s’est passé durant la dernière élection présidentielle. En dépit de la Constitution et des lois du Code électoral en vigueur, nous avons été les témoins d'une gigantesque manipulation orchestrée par le patronat et les partis politiques contre le charismatique candidat de la gauche PRD Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO).
La sale guerre anti-AMLO, pour empêcher sa candidature, a commencé quand le président Vicente Fox en se servant de son pouvoir présidentiel, des pires ruses et mensonges, essaya de ternir son prestige de maire de Mexico, puis dans une illégalité manifeste, quand il tenta de lui retirer son impunité de maire pour le bannir du jeu politique. Mais de suite, AMLO bénéficia d'un immense soutien populaire, d’abord spontané puis structuré, et l’affaire en resta là, mais elle avait affaibli et divisé le pays. Après avoir orchestré une série de calomnies contre AMLO, en le présentant comme un « épouvantail partageux », fort de ses appuis dans les mass media, Fox lança une campagne de publicité payée sur fonds publics salissant AMLO et ses amis politiques.

Finalement, le 2 juillet 2006, jour des élections présidentielles, la situation était incertaine. Les premières projections donnaient une courte victoire à AMLO contre le candidat du parti au pouvoir, Felipe Calderon, puis comme par magie les mêmes enquêtes changèrent de favori, et enfin le comptage des voix fut manipulé de telle façon que les résultats officiels donnèrent la victoire à Calderon avec un écart de 250 000 votes sur AMLO... et 7 millions de bulletins invalidés - soit vingt-huit fois plus !
Immédiatement, le PRD, la société civile et AMLO avec ses 15 millions de votants hurlèrent à la fraude électorale et refusèrent le résultat. Le IFE et le TRIFE (commissions fédérales électorales) relevèrent de graves irrégularités telle que l'intervention du président Fox et sa campagne de diffamation, les pressions des entreprises et de l’église, le dépassement des budgets de campagne. Les institutions qualifièrent ces infractions de fautes graves tout en minimisant les faits, clôturèrent le processus électoral et déclarèrent Calderon vainqueur. La seule solution équitable aurait été le recomptage des voix, mais Calderon s'y refusa. Il demeura aux yeux d'une partie de la société un président illégitime, affaibli par sa victoire douteuse et dénué de tout soutient et consensus populaire.

Fox laisse un pays sans stabilité sociale, divisé, fracturé, avec de nombreux conflits non résolus :
- le Chiapas du EZLN (Ejercito zapatista de liberacion nacional), même s'il s'était vanter de régler ce conflit en quinze minutes, ce qu'il na pu réaliser en six ans.
- l'enfer d’Oaxaca où un conflit des enseignants a déclenché un grand mouvement social, l'APPO (Asamblea de pueblos populares de Oaxaca). Le combat dure depuis juin, la population civile souffre au quotidien des violations des droits de l'homme perpétrés par la police et ses supplétifs. Sur place, les dernières exactions des autorités et les premières déclarations d'intention de Calderon vont dans le sens d'un fort durcissement du conflit et d'une répression rappelant aux Mexicains les heures les plus sombres de leur histoire.

Calderon est conscient de son déficit de légitimité, a peur du peuple et s'en protège. Au mépris de la Constitution, pour prévenir toute contestation, la cérémonie de son investiture se déroulera derrière une barrière d'acier et une garde de policiers et de soldats (on parle de 600 effectifs), mesure déjà condamnée par le bureau des Droits de l'Homme au Mexique.
Sur le plan de la sécurité intérieure, les premières nominations de son cabinet politique révèlent une future politique de la « main dure », sans compromis. En économie, sont nommés des "Chicago boys" des technocrates sans contacts avec la société civile, la réalité sociale du pays (pauvreté et misère de plus de 40 millions de Mexicains). Dans la partie sociale, tous ses membres sont issus du parti au pouvoir et quelques-uns viennent même de l'extrême-droite.
Ajoutons l'inévitable censure des journalistes de centre et gauche. La société est mécontente, les gens sont exaspérés et des groupes armés ont déjà fait leur apparition (peut-être créés par le gouvernement lui-même).

Si le gouvernement poursuit le processus de répression et de mépris du peuple qu'il a déjà amorcé avant même d'être officiellement intronisé, une ère sombre de violence et de douleur se profilera pour le Mexique.
Une vision d'ensemble étrangement similaire aux événements qui ont précédé la révolution de 1910…

Claudia Magana

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