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Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 16:45

 jeudi 16 janvier 2014

 

Près de cinq ans après sa création, le Front de Gauche traverse une période de fortes turbulences. Dans un certain nombre de villes – et non des moindres –, le PCF et le Parti de gauche (PG) n’auront pas de listes communes au premier tour des élections municipales de mars 2014. Par ailleurs, mi-décembre, le PG a annoncé qu’il suspendait pendant quatre mois sa participation au Parti de la Gauche Européenne (PGE), qui regroupe plusieurs partis européens de la « gauche radicale » (dont le PCF) et qui vient de réélire à sa tête Pierre Laurent. Pourquoi cette auto-suspension ? Parce que Pierre Laurent a soutenu l’option d’une liste PS-PCF au premier tour des municipales à Paris, nous expliquent les dirigeants du PG. Dans L’Humanité Dimanche du 19 décembre, Cédric Clérin (PCF) réagissait ainsi : « Le Parti de gauche veut-il la peau du Front de Gauche ? On pourrait le croire, tant les actes de rupture envers son allié communiste se multiplient ». De son côté, le PG affirme que les dirigeants du PCF sont responsables de cette situation et mettent en péril le Front de Gauche.

Les militants et sympathisants du Front de Gauche ont parfois du mal à se repérer au milieu de ces tirs croisés de critiques publiques. Ce qui, ces derniers mois, a compliqué la compréhension de la situation interne au Front de Gauche, c’est l’enchevêtrement complexe de divergences politiques réelles et de positions qui relevaient, au PCF comme au PG, de logiques d’appareil, avec ce que cela comporte de manœuvres et de postures plus ou moins artificielles. Sur la question des municipales, par exemple, toutes sortes d’arguments politiques et de beaux principes ont été mobilisés (et pas seulement au PCF) pour justifier des choix tactiques essentiellement dictés, en réalité, par la volonté d’obtenir un maximum de positions éligibles – et ce qui vient avec : l’argent, le prestige, etc.

De même, en suspendant provisoirement son adhésion au PGE, la direction du PG a adopté une simple posture qui ne fait pas avancer notre combat d’un centimètre. Les travailleurs ne connaissent pas le PGE ou ne s’y intéressent pas le moins du monde. Cette initiative du PG ne leur apprend rien sur ses idées et son programme. Elle est à mille lieues de leurs problèmes et de leurs aspirations.

L’attitude à l’égard du gouvernement

Reste que tout ceci exprimait – même de façon confuse – des divergences politiques réelles entre les directions du PCF et du PG. Et la principale divergence portait sur l’attitude à adopter à l’égard du gouvernement. Nous écrivons « portait » et non « porte », car comme nous le verrons plus loin, la position de la direction du PCF sur cette question semble évoluer, ces dernières semaines.

Le PCF comme le PG critiquent la politique d’austérité du gouvernement, mais le PG l’a fait plus sévèrement que le PCF, en général. Cette différence de ton n’est déjà pas un détail, dans la mesure où la plupart des travailleurs, eux, ne mâchent pas leurs mots contre François Hollande et ses ministres. Le Front de Gauche doit être au diapason de cette colère. Mais jusqu’en décembre 2013, il y avait aussi une différence d’approche sensible dans la façon de concevoir le rôle et les objectifs politiques du Front de Gauche face au gouvernement.

Dès les toutes premières mesures du gouvernement Hollande, en 2012, la direction du PCF a demandé qu’il « change de cap » et « mène une véritable politique de gauche ». Cette formule est revenue sans cesse dans la propagande publique du parti. Elle n’était pas mauvaise en soi. Mais compte tenu de la politique du gouvernement, elle était complètement déconnectée de l’humeur réelle de la masse des travailleurs, qui ont rapidement compris que François Hollande les abandonnait, ne s’occupait que des riches et poursuivait, au fond, la politique de Nicolas Sarkozy. Ils ne croient plus – depuis longtemps – à un virage à gauche du gouvernement. De fait, sa trajectoire politique n’a pas viré vers la gauche, mais vers la droite. Les travailleurs ne se faisaient donc aucune illusion sur l’efficacité des « appels » que le PCF adressait au gouvernement. En cela, ils avaient bien raison.

Conscients de ce problème, les dirigeants du parti ont régulièrement expliqué qu’il s’agissait en réalité d’imposer au gouvernement ce « changement de cap » au moyen de mobilisations des travailleurs. Le Front de Gauche était alors présenté comme un instrument de la pression que le mouvement ouvrier doit exercer sur le gouvernement socialiste en vue d’infléchir sa politique vers la gauche. Mais même cette perspective était bien trop abstraite. Toute l’expérience des gouvernements de gauche en Europe, ces dernières années, montre que du fait de la profonde crise du capitalisme et de la complète dégénérescence pro-capitaliste des dirigeants « socialistes », des manifestations de masse et des grèves générales de 24 heures, même très suivies, ne permettent pas d’infléchir un tant soit peu la politique de gouvernements « de gauche ». Ce fait a été enregistré par de nombreux travailleurs français.

Les dirigeants du PS ne diffèrent en rien de leurs homologues grecs, espagnols et portugais, qui au pouvoir ont fermement maintenu le cap de la rigueur face à de puissantes mobilisations de jeunes et de travailleurs. Complètement soumis à l’économie de marché, Hollande et ses ministres sont déterminés à en boire le calice jusqu’à la lie, quitte à le payer lourdement sur le plan électoral. Un gouvernement qui accepte le système capitaliste doit en accepter les lois. Dans le contexte de crise actuel, cela signifie qu’il doit mener la politique d’austérité que lui dicte la classe dirigeante. Hollande, Ayrault et compagnie s’exécutent avec enthousiasme.

Le Front de Gauche doit donc se présenter aux travailleurs comme une alternative de gauche au gouvernement Hollande, c’est-à-dire comme une force politique qui veut disputer le pouvoir au PS – et non comme le simple relais d’une « pression » qui s’exercerait sur sa gauche. C’est la position, formellement correcte, des dirigeants du PG depuis pratiquement le début du mandat de François Hollande. Ceci étant dit, il faut noter l’inflexion de la position des dirigeants du PCF depuis les « vœux » que François Hollande a adressés « aux Français » (et surtout aux grands patrons), le 31 décembre dernier. Par exemple, lors des « vœux » de Pierre Laurent, le 13 janvier, il a renoncé à demander au gouvernement de « changer de cap », déclarant : « l’heure n’est plus à attendre ce qui ne viendra pas ». Il a également appelé à « tracer les grandes lignes d’une politique alternative de gauche ». D’autres formulations sont plus ambigües. Mais l’inflexion est notable – et bienvenue, à condition qu’elle soit consolidée.

La position du PG

Même si cela reste à confirmer, la position du PCF semble donc se rapprocher de celle du PG sur cette question. Reste que la position des dirigeants du PG est loin d’être satisfaisante. Ils reprochent (à juste titre) aux dirigeants du PCF de discréditer le Front de Gauche en multipliant les alliances au premier tour avec le PS aux municipales. Mais dans le même temps, les dirigeants du PG se tournent vers Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV) et multiplient les alliances avec ce parti ! C’est une grave erreur. Les Verts sont au gouvernement. Leurs députés se sont abstenus lors du vote sur la dernière contre-réforme des retraites (entre autres lâchetés). L’alliance du Front de Gauche avec un parti gouvernemental ne peut que semer le doute et la confusion parmi les jeunes et les travailleurs écœurés par la politique pro-capitaliste du gouvernement. Cela vaut pour le PS comme pour EELV.

Certains militants du PG nous répondent, non sans embarras : « oui, mais les Verts ne sont qu’une petite force du gouvernement… ». Mais l’opportunisme ne se juge pas au poids et à la taille ! On ne peut pas être « un peu » opportuniste, de même qu’on ne peut pas être « un peu » enceinte.

Mélenchon a beau préciser, sur son blog, que le PG travaille à des alliances « avec les structures de base d’EELV », cela ne change rien. Suivant cette logique, le PCF pourrait répondre aux critiques du PG : « Eh bien, nous autres, nous faisons alliance avec des structures de base du PS » ! Par ailleurs, il n’est pas surprenant que des « structures de base » d’EELV concluent des alliances avec le Front de Gauche : ce parti saturé de carriéristes petits-bourgeois a toujours été prêt à s’allier avec n’importe qui, pourvu qu’il y ait des positions éligibles en jeu. Les Verts cultivent de longue date une image d’« indépendance » à l’égard du PS, auquel cependant ils finissent toujours par se soumettre – contre des postes. Pour construire une alternative de gauche à l’actuel gouvernement, le Front de Gauche ne doit pas chercher à s’accrocher à la branche vermoulue des Verts ; il doit résolument se tourner vers la masse des travailleurs, des jeunes et des chômeurs qui cherchent une issue à la crise du capitalisme.

Rompre avec le capitalisme !

En menant une politique pro-capitaliste, le PS se condamne au déclin. En Grèce, le PASOK s’est effondré au profit de Syriza. Le même processus peut s’engager, en France, au profit du Front de Gauche. Mais rien ne le garantit d’avance. La division et l’opportunisme des dirigeants du PCF et du PG, à l’occasion des élections municipales, ont pour effet de ralentir la croissance du Front de Gauche – aussi bien sur le plan électoral qu’en termes d’effectifs militants. L’enthousiasme soulevé par la campagne de Mélenchon, en 2012, illustrait la radicalisation d’une fraction de la jeunesse et du salariat. Si le Front de Gauche marque le pas, depuis, ce n’est pas parce que cette radicalisation a disparu ; c’est parce que les directions du PCF et du PG ne lui ont pas donné une expression adéquate.

La question des mots d’ordre et du programme du Front de Gauche est ici décisive. La « 6e République » et la « révolution fiscale » ne vont pas assez loin. Face à l’actuel désastre économique et social, ces mots d’ordre ne répondent pas clairement aux préoccupations les plus brûlantes des travailleurs, à commencer par la flambée du chômage et l’épidémie de plans sociaux. Le Front de Gauche doit passer à l’offensive et défendre un programme qui vise à briser le pouvoir économique des capitalistes. C’est le seul moyen d’en finir avec l’austérité, le chômage de masse et la régression sociale. Or ni le PG, ni le PCF, ni « Ensemble » (la troisième force du Front de gauche) ne défendent un tel programme. C’est la carence fondamentale du Front de Gauche. Si elles veulent donner une expression adéquate à l’exaspération des masses, les organisations du Front de Gauche doivent ouvrir la perspective d’une rupture révolutionnaire avec le système capitaliste et d’une transformation socialiste de la société, dans laquelle l’économie sera fermement sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes.

Dans le Manifeste du Parti Communiste, Marx écrivait : « En somme, les communistes appuient en tous pays tout mouvement révolutionnaire contre l’ordre social et politique existant. Dans tous ces mouvements, ils mettent en avant la question de la propriété, à quelque degré d’évolution qu’elle ait pu arriver, comme la question fondamentale du mouvement. » Les occasions de « mettre en avant la question de la propriété » ne manquent pas, en France, chaque mois apportant son lot de fermetures d’entreprises et de plans sociaux. Le Front de Gauche devrait prendre la tête d’une vaste campagne visant à mobiliser les travailleurs autour du mot d’ordre d’expropriation – sans indemnité pour les grands actionnaires – des grands capitalistes qui ferment et licencient, dans le seul but de sauvegarder leurs marges de profits.

Jean-Luc Mélenchon écrivait récemment sur son blog : « Nous traçons un chemin sur le futur qui va à la racine des problèmes que rencontre le pays : la question de la répartition des richesses et du système fiscal qui l’organise ». Or les racines de nos problèmes plongent encore plus profondément que « la répartition des richesses » ; elles plongent dans la propriété capitaliste des moyens de produire ces richesses. Celle-ci détermine et limite nécessairement celle-là. C’est pour cela que Marx désignait la question de la propriété comme « la question fondamentale » de notre mouvement. Nous pourrons d’autant mieux partager les richesses équitablement, rationnellement, conformément au progrès social, que nous serons devenus maîtres, collectivement, des moyens de les produire. Telle est la grande idée socialiste que la crise actuelle remet à l’ordre du jour – et dont le mouvement ouvrier doit à nouveau se saisir.

Lorsque les militants de La Riposte défendent ces idées, dans les sections du PCF, ils suscitent parfois la perplexité de camarades, qui disent : « ce sont des idées trop radicales ; les gens ne les comprendront pas ». Mais les gens les comprendront d’autant moins que personne ne les leur explique ! S’il est exact que tous les travailleurs n’accepteront pas d’emblée le programme de la révolution socialiste, une section décisive de jeunes et de salariés finira par y adhérer sur la base de leur expérience collective, qui leur prouvera que c’est le seul programme susceptible d’apporter une solution définitive à leurs problèmes.

 

Jérôme Métellus (PCF Paris 18e)

La Riposte : journal communiste

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 08:01

 jeudi 28 novembre 2013

 

La Riposte appelle à participer à la manifestation « pour la révolution fiscale » organisée par le Front de Gauche, dimanche 1er décembre, à Paris.

En manifestant contre l’injustice fiscale, nous savons que ce n’est qu’un aspect parmi bien d’autres de l’injustice sociale flagrante qui règne dans ce pays. Des fermetures d’entreprise et des suppressions d’emploi sont annoncées presque quotidiennement. Le nombre de demandeurs d’emploi se situe entre 5 et 6 millions de personnes, et ne cesse d’augmenter. Pour ceux qui ont encore un emploi, les conditions de travail et les rémunérations se dégradent.

Ce sont toujours les petits qui remplissent les coffres des grands, et les dernières mesures fiscales de ce gouvernement prétendument « socialiste » vont dans ce même sens. Concrètement, un nouveau cadeau fiscal, d’une valeur de 20 milliards d’euros, sera fait aux plus grands groupes capitalistes, sans qu’ils en aient besoin. Et comment savoir à quoi cet argent servira ?

Et d’où viendra cet argent ? 10 milliards seront amputés aux dépenses publiques, ce qui veut dire une nouvelle détérioration des services publics, quand ils ne sont pas purement et simplement supprimés. 7 milliards viendront d’une hausse de la TVA, amputant directement le pouvoir d’achat – déjà en baisse – des salariés. C’est une somme qui équivaut à 100 euros par personne en moyenne, et donc pour un couple avec deux enfants, 400 euros de revenus en moins sur l’année ! Enfin, les 3 milliards d’euros qui devaient provenir de l’« écotaxe », actuellement suspendue, restent à trouver.

Concernant l’« écotaxe », n’est-ce pas tout simplement une taxe de plus, sous prétexte de considérations écologiques ? S’il faut encourager l’utilisation des transports publics, qu’on arrête d’en augmenter les tarifs ! S’il faut encourager le fret ferroviaire, qu’on cesse de le démanteler et de le privatiser !

Marchons donc pour contester les mesures iniques du gouvernement. Mais ne perdons pas de vue le problème de fond. Dans une société soumise à la loi du profit, la « justice fiscale » est une chimère. Taxer les profits est une bonne chose, mais tant que les capitalistes conserveront le contrôle des grands groupes bancaires, industriels et commerciaux, ils nous tiendront par la gorge. Ils ne s’intéressent qu’au profit. « Taxer nos profits », disent-ils, « et nous fermeront encore plus d’entreprises, nous supprimerons encore plus d’emplois ».

Pour sortir de ce chantage permanent, il faut des mesures décisives pour briser l’emprise capitaliste sur l’économie et la société. Tous les grands groupes devraient être nationalisés – sans indemnité pour les grands actionnaires –, placés sous le contrôle démocratique des travailleurs et intégrés dans une planification rationnelle et démocratique de l’ensemble des ressources économiques, tournée vers la satisfaction des besoins de tous.

 

Dimanche 1er décembre – 13h30 place d’Italie

 

La Riposte : journal communiste

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 08:00

 Communiqué du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Le 26 novembre 2013.

 

Le Front de gauche a décidé d’organiser une manifestation, le 1er décembre 2013 à Paris « pour une véritable justice fiscale » (PCF), et même pour « la révolution fiscale » (PG).

Le M’PEP se joint à cette manifestation. En effet, l’approfondissement de la crise économique, sociale, morale, politique qui frappe notre pays, impose une présence massive dans la rue du monde du travail, de la jeunesse, des forces de progrès. Dans les périodes de désarroi et de perte des repères, il est indispensable d’établir des points fixes auxquels s’arrimer. C’est un rapport de forces physique qui doit s’exprimer, c’est la puissance du nombre qui doit rassurer les uns et décourager les autres.

Les slogans utilisés pour mobiliser le peuple dans ces périodes ont leur importance et il ne saurait être question de les sous-estimer. Ils doivent contribuer à l’occupation de la rue, à la démonstration d’une volonté générale, à susciter un dynamisme capable de renverser la situation.

Si le M’PEP avait eu son mot à dire, il n’aurait pas choisi les slogans proposés par le Front de gauche ni le point d’arrivée de la manifestation. Le M’PEP aurait choisi l’annulation de la dette publique de la France, la sortie de l’Union européenne et de l’euro. Et le M’PEP aurait appelé à manifester près de l’Elysée, car c’est là où se trouve le pouvoir, et non à Bercy.

Les objectifs de la lutte, les revendications, le programme qu’il convient de mettre en œuvre de toute urgence doivent aller à l’essentiel. Les priorités doivent être clairement établies. C’est sur cette base que le rassemblement le plus large du peuple pourra s’opérer. Et l’essentiel, aujourd’hui, c’est l’annulation – restructuration de la dette publique de la France, la sortie de l’Union européenne et de l’euro. Seules ces décisions sont de nature à desserrer l’étau qui étrangle la France et les Français, à redonner au peuple son entière liberté, à lui redonner les instruments décisifs qui permettront de sortir de la crise.

Pour autant, la question fiscale est loin d’être secondaire et méritait bien une manifestation. Pour qu’une réforme fiscale soit efficace, il faudra s’engager dans l’annulation de la dette, la sorte de l’Union européenne et de l’euro.

La hausse de la TVA prévue par le gouvernement PS-EELV, le 1er janvier 2014, est le symbole le plus fort de la politique de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Elle n’est que cynisme, morgue, mépris de la part du gang de Solferino et des écologistes d’opérette à l’égard des classes populaires.

C’est un nouvel affaiblissement du pouvoir d’achat des ménages, particulièrement des plus pauvres, qui va peser sur l’emploi en 2014 réduisant en poussière les promesses du président de la République « d’inverser la courbe du chômage ». La hausse devrait être de 19,6% à 20% pour le taux normal ; de 7% à 10% pour le taux intermédiaire ; une baisse minuscule de 5,5% à 5% serait prévue pour le taux réduit. Au total, la ponction sur le pouvoir d’achat sera de 400 euros par an pour un ménage avec deux enfants, frappant particulièrement les revenus médians qui sont autour de 1 630 euros par mois. C’est particulièrement injuste car ce sont les ménages les plus pauvres qui seront frappés en premier. La TVA est un impôt dégressif : plus on est pauvre et plus on paye, alors qu’il faudrait au contraire développer les impôts progressifs, plus on est riche et plus on paye. La TVA est une taxe sur les pauvres !

C’est le principe des vases communicants : 20 milliards d’euros sont donnés en pure perte aux grandes entreprises via le crédit d’impôt d’un côté, et 10 milliards de diminution des dépenses publiques plus 7 milliards de hausse de la TVA d’un autre côté sont retirés aux classe populaires qui subventionnent ainsi les grandes entreprises.

En outre, cette hausse de la TVA va se répercuter sur les prix. La SNCF annonce déjà + 3%, EDF + 2%...

C’est le mensonge érigé en principe politique. Ainsi, le 2 mai 2012, François Hollande, lors d’un débat entre les deux candidats lors du second lors de l’élection présidentielle, avait lancé à Nicolas Sarkozy : « cette TVA que vous voulez imposer, elle va prélever du pouvoir d’achat. J’ai fait le calcul : 300 euros pour un couple de smicards… voilà ce que va être le prélèvement annuel que vous allez infliger ». La « réforme fiscale » lancée par Jean-Marc Ayrault n’est qu’une diversion.

·         Alors, le 1er décembre, manifestons toutes et tous pour exiger l’annulation – restructuration de la dette publique de la France, la sortie de notre pays de l’Union européenne et de l’euro !

·         En manifestant nous condamnerons la politique gouvernementale néolibérale menée par le gouvernement EELV-PS lors des élections municipales des 23 et 30 mars 2014.

 

http://www.m-pep.org/spip.php?article3488

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 07:58

par Robert Duguet


L’appel du Front de Gauche  à manifester le 1er décembre à Paris contre l’augmentation de la TVA au 1er janvier 2014, mais pour le maintien de l’écotaxe, fait l’objet de la part de la direction du Parti de gauche d’une curieuse préparation idéologique. L’essentiel de l’argumentation tourne autour de la question de la caractérisation du mouvement des bonnets rouges. Au lendemain de la manifestation de Quimper, l’éditorial de l’Humanité du 12 novembre titrait : « Le peuple de gauche doit reprendre la rue ! », position vite précisée par  le dirigeant communiste Francis Parny : « il est temps pour le peuple de gauche de reprendre la rue aux bonnets rouges ».  A travers la voix de Jean Luc Mélenchon et d’Eric Coquerel, voyons comment les problèmes sont posés. Le 24 novembre Jean Luc Mélenchon publie ces lignes :

 « Dans l’interview que j’ai donnée au journal « Médiapart », on se souvient que je me trouvais placé quasiment en position défensive par rapport aux questions qui m’étaient posées, compte tenu du préjugé qui dominait alors selon lequel l’essentiel, dans la manifestation de Quimper, aurait été le mouvement et la composition sociale plutôt que les mots d’ordre et les organisateurs. J’ai protesté contre cette vision très « mouvementiste » de la lutte sociale, au profit d’une lecture plus respectueuse de ce que les protagonistes déclaraient mettre réellement en jeu. Il me semble que l’évolution de la situation jusqu’au point où nous voici rendus pour ce 23 novembre breton confirme cette approche. 

De tous côtés, les enquêtes réalisées montrent que j’avais raison : chez les bonnets rouges, il n’y a que le bonnet de rouge. Dernière confirmation en date : le syndicat Force Ouvrière du Finistère était le seul syndicat à avoir participé au collectif des "bonnets rouges" et à la manifestation de Quimper le 2 novembre. Depuis, ce syndicat a décidé de quitter le collectif dénonçant son "corporatisme" et son "régionalisme". Nous avions vu cela dès début novembre : les mots d’ordre de la manifestation de Quimper, les organisations qui y appelaient autour de l’UMP, de la FNSEA et du Medef, le soutien des évêques et du Front National, tout cela nous avait mis en alerte. J’ai dit sans détour ce que j’en pensais ! Le Parti de Gauche n’a pas été en reste ! Nous avons bien fait. A cette heure on nous témoigne de la reconnaissance de l’avoir fait « cru et dru ». A présent, les témoignages se multiplient qui confirment la manipulation à laquelle nous avons appelé à ne pas céder. Ainsi, Le Monde du 17 novembre a dressé le portrait de "ces patrons à l’origine des bonnets rouges" comme le titre le journal. Dès le titre, il est donc clair que l’initiative est patronale, comme nous l’affirmions. La manifestation des "bonnets rouges" a été organisée à l’appel d’un collectif nommé "Vivre, décider et travailler en Bretagne". C’est ce collectif que FO a décidé de quitter. Le caractère productiviste et patronal du collectif est limpide, puisque sa cheville ouvrière est le président de la FNSEA du Finistère Thierry Merret. Depuis le début, ce collectif revendique aussi son caractère régionaliste à travers le maire de Carhaix, Christian Troadec. Celui-ci explique au Monde comment ce collectif dont il fait partie a été composé autour d’"un réseau informel de gens qui se connaissent très bien, qui se côtoient très régulièrement, dans les locaux de l’Institut de Locarn ou ailleurs".

Cet Institut de Locarn est le fer de lance du patronat régionaliste. « Le Monde » le présente comme un "think thank régionaliste". Régionaliste n’est pas le bon mot pour le décrire. C’est un haut lieu du communautariste identitaire, ce qui n’est pas pareil. C’est une évidence. Son président, Alain Glon, est même allé jusqu’à écrire le 10 novembre 2012 sur un blog breton que "le problème de la Bretagne c’est la France". Alain Glon a explicitement soutenu le Parti Breton et son candidat dans la campagne législative à Dinan. Mais ce think tank est aussi intimement lié au monde patronal puisqu’il compte, parmi ses principaux membres, de grandes entreprises et le syndicat patronal CGPME. « Les bonnets rouges » ne sont qu’un épisode dans une offensive concertée des patrons identitaires. Celle-ci vient de loin. A l’époque, le 18 juin, il y a maintenant cinq mois, quand on ne parlait pas encore des bonnets rouges, une trentaine de patrons réunis à Ponthivy, dans le Morbihan, créent le "comité de convergences des intérêts bretons" (CCIB). Ce CCIB a ensuite participé à la création du collectif des bonnets rouges. Parmi les initiateurs de l’appel, il y a un homme : Alain Glon. Il est le président de l’Institut de Locarn dont parle Troadec. Au « Monde », il avoue la supercherie des "bonnets rouges" en déclarant clairement "on pilote deux choses : les “bonnets rouges” et un projet pour la Bretagne". Le pilote, c’est donc lui, son institut et ses acolytes du patronat de la grande distribution et de l’agroalimentaire productiviste.

En juin, ces patrons ont lancé un "appel". Cet appel de Pontivy fixe le cadre de ce qui deviendra ensuite le mouvement des bonnets rouges. On y trouve déjà tout ce que nous avons rejeté dans la manifestation de Quimper. Sur la méthode d’abord ! Comment s’étonner ensuite du saccage des portiques Ecotaxe ? Surtout quand Alain Glon explique que "on peut tolérer un peu de violence". Sur le fond, le message est aussi très clair. Le discours anti-Etat et antirépublicain est fortement présent et s’agglomère dans un gloubi-boulga libéral contre « l’hyper centralisme français et le labyrinthe des réglementations ». Ils réclament que davantage de pouvoir soit donné aux régions ainsi qu’un "droit à l’expérimentation (…) afin de ne pas avoir à affronter en permanence les excès des systèmes bureaucratiques". »

Pour couronner cette brillante analyse, qui découvre avec horreur, que dans un mouvement social de masse la réaction est toujours présente, et qui laisse purement et simplement de côté le rôle joué par les entreprises en lutte, on pourrait conseiller à Jean Luc Mélenchon de conclure avec quelques réminiscences historiques. En 1940 il y avait en centre Bretagne un mouvement régionaliste, par ailleurs ultra-minoritaire dans la population, qui avait décidé de négocier directement avec les nazis pour une autonomie régionale dans l’Europe brune du 3ème Reich. Ils passaient outre la case Pétain pour tracter avec Hitler… Pourquoi ne pas dire aussi que le mouvement des bonnets rouges, c’est de la graine de nazi. D’ailleurs l’analyse faite par Eric Coquerel, en tant que secrétaire national du Parti de Gauche, ne se mouche pas du pied en avançant ce qui suit : 

« Sur fond de chômage et de stagnation économique, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault poursuit une politique d’austérité catastrophique pour le pays. Pire, parce qu’identifié comme le gouvernement de la « gauche », il sème la confusion et désoriente toujours plus nos concitoyens. Cette fin d’année, marquée par le vote d’une réforme des retraites qui légitime et aggrave celle de Nicolas Sarkozy et par un budget d’austérité record, est en train d’achever ce qui reste de légitimité populaire à Jean-Marc Ayrault et François Hollande. C’est dans ce contexte qu’est survenue la « révolte » des Bonnets rouges. Constatons qu’il s’agit du premier mouvement de masse auquel le gouvernement cède. Alors que François Hollande est resté droit dans ses bottes pour refuser aux syndicats la moindre inflexion sur l’accord national interprofessionnel, la réforme des retraites ou la loi d’amnistie sociale, alors qu’aux côtés de son ministre de l’intérieur il a refusé au mouvement lycéen le moindre geste en faveur des élèves scolarisés expulsés du pays, fidèle en cela à une gestion autoritaire et à la politique du bouc émissaire, voilà qu’en quelques jours il laisse démanteler ses portiques et son écotaxe. Ce gouvernement de « gauche » a la particularité d’être compréhensif et faible avec les « pigeons », le Medef et, dans le cas des bonnets rouges, une alliance contestatrice dominée par la FNSEA , le Medef et la droite, voire le FN. A l’inverse, il se révèle dur et intransigeant avec ceux qui lui ont permis d’être là.

Le signal donné est terrible et pourrait donner des ailes à ce type de mobilisations dans lesquelles les justes revendications des salariés pour l’emploi sont dévoyées et manipulées au service des intérêts de l’agro-business, du patronat et de visions identitaires, réactionnaires voire antirépublicaines. Il n’est d’ailleurs pas un hasard que l’extrême droite se « déguise » depuis en « bonnets rouge » que ce soit sur les Champs-Elysées pour les cérémonies du 11 novembre ou ailleurs. Le FN et ses succursales ont très bien compris le terreau que représente ce mouvement de contestation qui nie les intérêts divergents des classes au profit d’une vision corporatiste de la société. Le fascisme a pratiqué ainsi dans les années 30. »

On connaît cette méthode, c’est celle de l’amalgame, elle a sévi au sein de mouvement ouvrier tout au long du XXème siècle. Les staliniens étaient les maîtres en la matière. Le parti stalinien n’est pas tout à fait mort. Quand on ne veut pas répondre à un problème réel, en l’occurrence un processus social charriant les couches de la société en Bretagne sacrifiées par la crise du mode de production capitaliste, on pratique l’amalgame : les participants à la manifestation de Quimper  sont des « benêts » des « nigauds » manœuvrés par le patronat, l’église et l’extrême droite. De là à dire que ces mêmes« nigauds » sont les alliés objectifs du fascisme, il n’y a qu’un pas et Coquerel  le franchit. Le petit père Staline faisait cela autrefois !

Tout ce matraquage idéologique initié par la direction du PCF, puis repris et labouré par les responsables nationaux du Parti de Gauche a une fonction ; essayer d’occulter que ces derniers  ont refusé de prendre leur responsabilités par rapport aux ruptures qui s’opèrent au sein des départements bretons avec le néo-libéralisme et l’Europe du Reich Merkel. Ce faisant la direction du Front de Gauche abandonne le terrain aux forces réactionnaires. En fait le projet strictement électoraliste de la direction du Front de Gauche de construction d’une majorité en particulier avec l’écologie politique entre aujourd’hui en contradiction avec les aspirations de ceux et celles qui se sont mobilisés parce qu’ils sont étranglés par la crise : ils se foutent  des élections municipales et encore plus des européennes. Ils ont besoin de réponses ici et maintenant. Le rôle d’un parti qui prétend combattre contre le capitalisme est d’être là avec ceux qui entrent en lutte et de formuler les réponses. Je joins sur ce blog l’article d’Emile Fabrol, « En passant par la Bretagne » qui souligne que si la perspective ce sont  les positions de l’Intersyndicale des départements bretons que le Front de Gauche honore de son soutien, les salariés ont vraiment du souci à se faire. Et cet autre article de Jérome Metellus qui explique dans sa conclusion :

« Tant que l’économie reste sous le contrôle des capitalistes, le mouvement ouvrier ne peut, au mieux, que « freiner les conséquences de la catastrophe » sociale engendrée par la crise du système, la plus profonde depuis les années 1930. On peut résister, éventuellement arracher des concessions, retarder une fermeture, obtenir de « bonnes » indemnités de licenciement et limiter le nombre de travailleurs licenciés, mais rien de plus. Toute l’expérience de ces dernières années l’atteste. D’où la nécessité vitale, pour les grandes organisations de la classe ouvrière, de remettre au cœur de leur programme la revendication de l’expropriation des capitalistes, à commencer par ceux qui menacent de fermer leur entreprise. »

Aucune force conséquente ne combat aujourd’hui sur cette orientation. Et pourtant c’est cela dont nous avons besoin : je vois avec amertume que le Front de Gauche ne prend pas cette direction. Je crains que la décrue en terme de mobilisation sociale après la réussite de la manifestation du 5 mai ne commence à s’amorcer et les contradictions internes, apparue notamment avec la direction du PCF, ne s’approfondissent.

 

http://la-sociale.viabloga.com/news/manifestation-du-1er-decembre-pourquoi-ce-matraquage-ideologique-contre-les-bonnets-rouges

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 07:57

 Par Jean-Paul Damaggio


Philippe Marlière, sur son blog de Mediapart, veut se distinguer et convoque Gramsci pour expliquer les bonnets rouges. Hégémonie, guerre de position et j’en passe, viennent colmater les brèches de la pensée et je ne l’écris pas pour mieux honorer ma propre pensée que je livre ici sans prétention aucune et après avoir écouté de Bretagne jusqu'ici les voix les plus contradictoires.

Des manifs contre le mariage pour tous, au cas breton

Si on veut mettre dans son contexte les bonnets rouges alors rappelons d’abord que contrairement à une vision de la «gauche», la rue peut appartenir parfois à la droite. Mais, si des millions de manifestants n’ont pas ou peu ébranlé le gouvernement par rapport à sa loi sur le mariage pour tous, ceux de Bretagne, en un rien de temps, ont réussi au moins à bloquer un projet. La TVA va augmenter mais rien ne bouge. L’écotaxe devait s’installer et là c’est une levée de bouclier. Pourquoi cet écart ? Contre la TVA, il n’y a aucun portique à brûler pour faire de belles images télés, car si on veut analyser il faut, une fois de plus, s’en référer aux médias. En de telles circonstances, l’idée des bonnets rouges n’a d’historique que le supplément d’âme qu’il faut donner à l’image télé. Des révolutions oranges au slogan « dégage », de l’occupation des places à « l’occupation » de Wall Street l’image veut dicter sa loi, et la loi de l’image est l’inverse d’une révolution ! Les bonnets rouges de 1675 n’avaient pas besoin d’être fabriqués en urgence, ils étaient le peuple comme le béret basque. Philippe Marlière a réussi à voir : « Il existe au cœur du mouvement des Bonnets rouges une radicalité des petits contre un impôt injuste ». Donc « la référence au mouvement de 1675 n’est pas usurpée. » Il peut y avoir une radicalité mais alors il faut expliquer celle d'aujourd'hui.

 

La question de la fiscalité

Je n’ai en rien envie de défendre l’écotaxe car, en matière de taxe, c’est le principe lui-même qui est injuste. Dans un contexte général où les autorités célèbrent toujours la baisse des impôts (directs) pour constater ensuite qu’il faut augmenter les impôts indirects, l’injustice est celle, prônée par la gauche comme la droite, de céder au moins d’Etat, car l’Etat ne se donne plus les moyens d’une gestion adaptée aux temps présents.

Cent fois répétée, cent fois oubliée, la mise en place d’une réforme fiscale d’envergure restera un serpent de mer tant que le courage du politique sera un tigre de papier.

Avec Sarkozy nous avons eu droit à la réforme d’envergure de la taxe professionnelle, réforme qui a fait crier les élus perdant des recettes totalement injustes puisqu’il s’agissait de richesses allant aux communes déjà riches. Hollande n’a pas osé revenir sur le sujet, comme il n’a rien osé se contentant de chercher le juste milieu qui ne peut pas être juste !

Mais cependant un point précis sur l’écotaxe. Elle a été négociée au départ avec les transporteurs routiers qui, en échange, ont obtenu de pouvoir augmenter le droit au tonnage, fait qui n’est plus évoqué, mais qui est rentré dans les mœurs ! Je suis doublement d’accord sur ce point avec Evariste : « Quant au transport, la substitution du train au camion suppose des voies ferrées, mais on sait combien la SNCF est incapable d’organiser le transport du fret. Et ce n’est pas en mettant l’argent dans les LGV pour cadres supérieurs ou dans les aéroports pour les mêmes en internationalisé, que l’on va réduire le transport des cochons par camion. » En effet l’argent de l’écotaxe était destiné à sauver quelques projets de LGV dont celui de Bordeaux-Toulouse que nous combattons avec énergie depuis quatre ans et qui n'apportera rien de plus au fret ferroviaire ![1] Sur ce dossier LGV notons qu’après les déclarations du premier ministre le 9 juillet annonçant une priorité donnée aux lignes du quotidien, on a assisté à une politique inverse mais moins claironnée sur les ondes : l’accord pour le Bordeaux-Turin et l’accord pour le Bordeaux-Toulouse complété contrairement aux prévisions, par le Bordeaux-Dax qui s’ajoute au Limoges-Poitiers !

 

La question du micro-nationalisme

Gramsci défenseur de la Sardaigne aurait pu être convoqué par Marlière pour évoquer le nationalisme breton qui contrairement à un discours ambiant n’est ni de gauche, ni de droite ni d’extrême-droite mais tout simplement ridicule. On appelle divers gauche le maire de Carhaix qui est en fait un nationaliste prenant en charge le mythe de la Bretagne. J’ai entendu parler « du Breton » comme s’il n’y avait qu’une Bretagne ! Et pas celle de la manif de Quimper contre celle de la manif de Carhaix ! Celle du Nord contre celle du Sud ? « Une hargne jacobine très 3ème République s’est abattue contre les Bretons » nous précis Marlière qui en véhiculant ses propres stéréotypes pensent dénoncer… des stéréotypes.

Là aussi sortons un peu du cadre breton pour penser aux Catalans, aux Ecossais et à tant d’autres régions à travers l’Europe qui n’ont pas connu la hargne jacobine mais qui pensent que pour sortir de l’enfer national, il faut tomber dans le micro-nationalisme ! D’autres plus savant que moi, et j’hésite à citer Gramsci, ont su démontrer que le nationalisme est le meilleur discours contre les nations, que le nationalisme plaide toujours pour l’union sacré quand le fondement de la nation est l’articulation d’une pluralité ! La nation française n’a jamais été celle d’une seule langue, d’une seule religion, d’une seule musique et encore moins d’une seule révolution ! Les nations resteront un projet d’avenir que ça plaise ou non aux nationalistes de tout poils. Sans elles l’Europe ne sera jamais l’Europe, car les Etats Unis d’Europe ne seront jamais ceux d’une seule langue, d’une seule religion etc. Malgré les nombreux efforts des maîtres du monde, le modèle des USA n’a aucun en avenir en Europe et c’est bien pour les USA comme pour l’Europe aussi.

C'est le système lui-même qui alimente le micro-nationalisme en décrétant que l'écotaxe pour les Bretons c'est 50% de moins et pour le Sud-Ouest 30% de moins ! Je ne réduis pas la révolte à la demande de "faveurs" pour les Bretons puisque je pense qu'il y a bel et bien plusieurs Bretagne... mais je prends en compte cette dimension qui peut

 

La gauche de transformation sociale ?

Evariste pointe ceci : « Plusieurs organisations politiques ou syndicales de gauche fustigent ce mouvement parce qu’il est interclassiste et disparate (des élus de gauche, des petits patrons, des agriculteurs de la FNSEA, des ouvriers, des employés, etc.). Sans doute aurait-il été préférable que ces organisations soient capables de représenter la révolte bretonne. Malheureusement, elles n’ont pas été à la hauteur des enjeux et n’ont pas pris la mesure du « ras le bol » social de cette région, qui s’est donc cristallisé en mouvement interclassiste. »

Si je m’en réfère au calendrier, ce point mérite une observation. Le 10 octobre ce sont les syndicats de gauche qui ont décidé de la manifestation de Quimper au cours d’une réunion à Carhaix qui en a surpris plus d’un par son importance. Ensuite seulement, est venu la décision, en dehors de ce rassemblement, de s’en prendre aux portiques et donc c’est très tardivement que les syndicats de gauche, voyant l’effet médiatique du détournement de la manif sur l’emploi annoncée à Quimper, décidèrent le report vers Carhaix. Sans la chute des portiques, quel journal télévisé aurait mentionné à l’avance la manif pour l'emploi de Quimper ? On ne peut critiquer une incapacité à représenter la révolte bretonne sans s’en référer aux conditions générales de la bataille même si les manipulateurs peuvent être dépassés ensuite par les manipulés !

 

De son côté tout l’effort de Marlière c’est pour aider « la gauche de transformation sociale (qui) serait bien avisé de l’aborder (le mouvement des Bonnets rouges) sans apriori idéologique. Les directions des partis doivent faire confiance à leurs militants locaux afin qu’ils entreprennent un travail de rapprochement avec les éléments progressistes de ce mouvement. Car sur nombre de ces bonnets rouges, il y a bien du rouge. »

Entendez : les déclarations de Mélenchon (qui n’est pas cité mais on mentionne la référence aux « esclaves ») furent mal venues alors que la base sait ce qu’il y a à faire. Je n’ai rien à dire en pour ou en contre le discours de Mélenchon car derrière l’écotaxe, questionnons plutôt le fondement des taxes, et derrière la « gauche de transformation sociale », constatons surtout que la transformation sociale est conduite par une droite et une «gauche» unie.

Gauche anti-capitaliste, alternative, écolo ; « l’autre gauche », la gauche de gauche, l’extrême-gauche, la gauche caviar et la gauche gauche… Toute analyse de la transformation sociale doit s’appuyer sur la transformation en cours depuis les années 1980 appelée le néo-libéralisme, le capitalisme de la séduction et qui inclut le capitalisme à la chinoise etc. La caractéristique de cette transformation en cours, c'est qu'elle laisse le mouvement social sans outils, sans repères et sans perspectives. Toujours sur la défensive à demander le meilleur plan social possible...

Toute la démonstration de Marlière va contre le travail de Gramsci… auquel il se réfère mais, comme j’ai le droit de me tromper, j’en reste à ce constat.

 

Jean-Paul Damaggio

 

http://la-sociale.viabloga.com/news/gramsci-au-secours-des-bonnets-rouges

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 07:54

 par Floréal


 Exploitant le désarroi engendré par les plans de licenciements et par l’austérité « hollandaise », un cartel de gros entrepreneurs, de notables UMP et d’ayatollahs régionalistes dévoient contre « Paris » la légitime colère des salariés et des petits entrepreneurs bretons. Des ouvriers sont incités par leurs patrons à affronter d’autres ouvriers, certains s’allient à leurs exploiteurs pour supplier la sacro-sainte UE de rétablir ses subventions « salvatrices » ; dans le même temps, des salariés sous influence de la distribution défilent… à Paris pour le « droit » d’œuvrer le dimanche… quitte à faire sauter des lois protectrices du travail et des familles, qui remontent aux grandes avancées sociales de 1905.

La colère des travailleurs bretons… et non bretons est-elle légitime ? Oui, car le PS, qui avait promis le changement maintenant, rampe devant le MEDEF, se prosterne devant l’UE et matraque comme jamais le monde du travail (blocage des salaires, ANI, contre-réforme des retraites, casse des remboursements maladie…). Malgré les fanfaronnades de Montebourg, le Breton Ayrault ne fait rien pour stopper la désindustrialisation de notre pays puisqu’il refuse de nationaliser les banques et les entreprises stratégiques.

La rage des artisans et des petits agriculteurs est-elle justifiée, en Bretagne et ailleurs ? Oui ! car en réalité, seuls les PME et les salariés paient l’impôt, alors que les grands manitous du CAC-40 bénéficient d’énormes dégrèvements fiscaux du pouvoir (par ex. sur les cotisations famille), délocalisent leurs productions et… planquent les milliards amassés en France dans les paradis fiscaux, sans aucune riposte sérieuse des gouvernements successifs.

Faut-il pour autant réclamer, à l’unisson du MEDEF, la « baisse des charges » ? Cela permettrait seulement au patronat de faire main basse sur NOTRE salaire différé et mutualisé(retraites, Sécu, chômage, enfance…) en abandonnant chaque salarié à son sort en cas de « pépin », comme c’est le cas aux USA !Faut-il réclamer la « baisse des impôts et des charges des entreprises»? En fait, de telles « solutions », promues par la droite et par le MEDEF, se retourneraient contre les travailleurs, mais aussi contre les PME ; car la baisse du pouvoir d’achat populaire qui en résulterait (chacun devrait se payer sa retraite, ses frais d’hôpital, ses frais de scolarisation, etc.) assècherait la demande intérieure qui constitue le débouché prioritaire des paysans et des PME ! Derrière la prétendue « baisse des charges », c’est l’écroulement du CAHIER DE COMMANDES qui surviendra très vite, au seul bénéfice des sociétés transnationales !

Sous couvert de chasser Hollande, faut-il alors rallier la droite dure, quand ce n’est pas le FN ou les régionalistes ennemis de la République une et indivisible ? Bien sûr que non ! car le retour des revanchards de l’UMP signerait une offensive thatchérienne débridée contre notre peuple ; l’avancée du FN multiplierait les heurts communautaires, provoquerait le retour larvé des guerres de religion et signifierait la répression brutale contre les communistes et les syndicats. Qui pourrait y gagner si ce n’est l’Empire européen, avec ses fascisants projets de démantèlement des nations ? Ce serait en outre le déshonneur pour la France de 1789, de la Commune, du Front populaire, du CNR et de mai 68 !

Quant à l’éclatement de la France en régions ethniques faisant chacune sa propre loi, elle briserait l’unité du monde du travail, elle enterrerait l’espoir du tous ensemble, elle favoriserait les délocalisations à l’intérieur même de l’ex-territoire national ; derrière l’apparente décentralisation, l’euro-régionalisation du pays donnerait tout le pouvoir à Bruxelles et à Francfort : ce n’est pas le triomphe des langues régionales – ce bien commun de la nation – qui sortirait du dépeçage de la France, mais le « désétablissement » du français comme langue de la République et le triomphe du tout-anglais impérial sous l’égide de la nouvelle Union transatlantique piloté par l’Axe Washington-Berlin.

Faut-il alors coiffer le bonnet rouge qu’utilisèrent les « besogneux » bretons au 17ème siècle pour défier Louis XIV ? Pourquoi pas, sous réserve de ne pas l’opposer au bonnet phrygien, ce symbole républicain (coiffé par Marianne et orné de tricolore, il signifie l’affranchissement des esclaves) que coiffèrent les Sans Culotte combattant l’Europe féodale.

Et c’est là qu’en réalité, le propos ne peut être pour nous, militants révolutionnaires, de culpabiliser les travailleurs bretons. Est-ce leur faute si depuis des décennies la fausse gauche a répudié le combat anticapitaliste (au profit de l’inconsistant « syndicalisme rassemblé »), si elle a renié l’opposition catégorique à l’UE et à l’euro (au profit de l’introuvable « Europe sociale ») ? Est-ce la faute des salariés et des paysans bretons si la fausse gauchea abandonné le drapeau tricolore à la droite, si de faux dirigeants « communistes » ont « ringardisé » la faucille paysanne et le marteau ouvrier chers au communiste breton C. Tillon et aux courageuses « Pen-Sardinières » ? Est-ce la faute des travailleurs d’Armorique si la gauche bobo a « folklorisé » le bonnet phrygien de 1793 et rejeté la souveraineté nationale au profit de l’Empire européen ?

Dans ces conditions, il est plus que temps d’associer à nouveau la lutte pour l’indépendance nationale au combat anticapitaliste en revendiquant la sortie de la France de l’euro, de l’UE et de l’OTAN. Il est temps également de se réapproprier nos « outils » rouges et nos symboles révolutionnaires tricolores. Tout autre choix ouvre un boulevard à la pire réaction, à l’avancée du racisme, au dépeçage « communautariste » de notre peuple, à l’appauvrissement général de la classe ouvrière et des couches moyennes.

Dans l’immédiat, la question est posée à tous les citoyens soucieux de l’avenir du peuple français : allons-nous continuer, uniquement préoccupés d’échéances municipales, à abandonner la rue aux réactionnaires qui – comble de misère idéologique ! – récupèrent la fronde populaire sur des bases équivoques ? Ou bien très vite, le mouvement ouvrier et démocratique va-t-il organiser dans la rue (pourquoi pas avec le bonnet phrygien pour emblème ?) la riposte à l’UE, au MEDEF et à la social-eurocratie au pouvoir ?

Comme on le voit, il ne s’agit nullement de défendre l’indéfendable Hollande ; il s’agit d’organiser DE GAUCHE, sur des bases ouvrières, patriotiques et antifascistes, l’OPPOSITION POPULAIRE au pouvoir, à l’UE, aux euro-régionalistes et aux forces de droite. A chacun de prendre position en prenant conscience de l’urgence !

 

http://www.calameo.com/link?id=76264475

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 08:10

Quentin Vanbaelen

4 novembre 2013

Le titre de l’introduction du nouveau rapport de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge plante le décor : « Cinq ans après – de mal en pis ». La situation humanitaire en Europe est plus qu’inquiétante. Par rapport à 2009, des millions de personnes supplémentaires doivent faire la queue pour se nourrir et n’ont pas de quoi acheter des médicaments, se faire soigner, se chauffer. Ce sont ces besoins qui doivent devenir les priorités des politiques. Sinon, la catastrophe ne peut qu’empirer.

 

« Par rapport à 2009, peut-on lire dans le rapport, des millions de personnes supplémentaires doivent faire la queue pour se nourrir et n’ont pas de quoi acheter des médicaments ou se faire soigner. » 3,5 millions d’européens ont ainsi reçu de l’aide alimentaire de la Croix-Rouge en 2012. Aujourd’hui, le rapport indique que 12 % des parents sondés ont avoué que leurs enfants devaient régulièrement se passer d’un des repas de la journée. En Espagne, 26,3 % des personnes ayant fait appel à l’aide de la Croix-Rouge ont moins de trois repas riches en protéines par semaine, et 43,2 % ne peuvent pas se permettre de se chauffer durant l’hiver.

Ces problèmes ont bien évidemment des conséquences importantes sur l’état de santé de la population. Celui-ci se détériore d’autant plus en raison des coupes dans les budgets des États : « Les conséquences des coupes dans les dépenses de santé se font durement sentir, un nombre croissant de personnes se tournant vers les dispensaires et les centres sociaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour obtenir un traitement ou une aide financière pour acheter des médicaments. »

 

Les travailleurs pauvres 

La crise humanitaire européenne est là. La crise économique, mais aussi des mesures d’austérité, en sont responsables. Car, si, auparavant, l’aide d’urgence de la Croix-Rouge tendait à être réservée à des gens exclus de l’emploi et de la sécurité sociale, aujourd’hui, ni l’un ni l’autre ne sont garants d’un minimum de dignité.

Dans l’introduction du rapport, Anitta Underlin, directrice de la zone Europe de la Fédération, souligne l’émergence d’ « un nouveau groupe de personnes vulnérables, les travailleurs pauvres, qui demandent de l’aide à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge en fin de mois quand ils doivent faire un choix entre acheter de la nourriture ou payer leurs charges – avec le risque de voir l’électricité́ ou le gaz coupé s’ils ne peuvent pas payer ces services ou d’être expulsés s’ils ne peuvent pas rembourser leur prêt hypothécaire. » Un constat qui fait écho à ce que de nombreuses organisations dénoncent dans le cadre du fameux « modèle allemand » et de ses mini-jobs. 600 000 travailleurs allemands ont ainsi dû faire appel à de l’aide supplémentaire pour payer leurs factures en août 2012, selon la Croix-Rouge.

Quand à ceux qui n’ont même pas d’emploi, leur situation est également de plus en plus difficile : « Parmi les nouveaux groupes vulnérables figurent également les personnes qui ont perdu leur emploi et qui n’ont pas ou plus droit aux indemnités de chômage, les familles monoparentales, les retraités, les jeunes qui ne sont ni aux études ni au travail et les migrants en situation irrégulière. »

 

Les chômeurs belges durement touchés

Dans le rapport, un encadré est spécialement prévu pour la Belgique et le problème du chômage. Le témoignage de Sigrid, de Charleroi, est édifiant. Elle y raconte comment, d’une situation stable où elle et son mari avaient chacun un emploi, sa famille s’est retrouvée à devoir faire appel à l’aide de la Croix-Rouge pour boucler les fins de mois, notamment en achetant des denrées dans les magasins sociaux. « Nous pouvons acheter pour 44 euros chaque mois. Cela peut ne pas sembler beaucoup, mais cela me permet de joindre les deux bouts, d’acheter du lait, des langes, et d’autres choses qui sont très chères au prix plein, raconte Sigrid. Aujourd’hui, nous vivons au jour le jour, comptant chaque euro, et nous avons constamment peur que nos enfants tombent malades… »

Plus de 24 000 Belges font aujourd’hui appel à l’aide alimentaire de la Croix-Rouge. Nancy Ferroni, de la section belge de l’organisation, explique que les autorités envoient à la Croix-Rouge les gens dans le besoin, et que de plus en plus de chômeurs, retraités et étudiants bénéficient de leur aide. Elle pointe notamment le coût élevé de l’énergie, qui pousse de plus en plus de gens dans la précarité.

En regard de ces constats, les mesures du gouvernement Di Rupo qui touchent aux allocations de chômage semblent d’autant plus irresponsables.

En effet, 1 650 000 personnes — 15 % de la population — vivent sous le seuil de pauvreté dans notre pays. « En 2009, nous avons distribué 38 000 colis alimentaires. En 2012, c'est plus de 50 000. Il y a quelques années, le nombre d'épiceries sociales, qui répondent donc à des besoins, a largement augmenté. Aujourd'hui, on a 24 épiceries sociales rien que sur la Wallonie », explique Kathy Stinissen, qui dirige le département aide sociale de la Croix-Rouge.1



Par ailleurs, chez nous aussi, la santé se dégrade, et de plus en plus de personnes souffrent de dépressions et de troubles mentaux. En cause notamment, le coût des frais de santé. Kathy Stinissen : « C'est très lié évidemment, quand on se trouve dans un situation où l'on est d'une façon ou d'une autre, exclu de la société, on est potentiellement sujet à des problèmes de santé mentale. Et comme la plupart de ces gens n'ont pas les moyens de se soigner, leur situation peut se dégrader. »

 

Une réaction urgente est nécessaire

Face à une telle réalité, une réaction est nécessaire. Une réaction qui passe par la remise en question de la logique dominante du profit maximum. Celle-ci a mené à la crise, et n’a pu apporté, comme solution aux maux qu’elle a causé, qu’une spirale vers le bas. L’austérité, qui enfonce les populations européennes dans une crise humanitaire gravissime, vise à garantir le maintien d’un taux important de profit pour les grandes entreprises et les grands actionnaires. En Europe, aujourd’hui, des gens ont faim, ne peuvent plus se soigner, se chauffer, se loger… Ce sont ces besoins qui doivent devenir la priorité des politiques. Autrement, la catastrophe ne peut qu’empirer.

La Croix-Rouge met ainsi en évidence le lien entre la précarité croissante et la possible montée de la xénophobie. Laisser la misère s’installer et se généralise et s’en prendre aux migrants pour noyer le poisson, revient à mettre en place un terreau fertile pour les idées d’extrême droite. « Plusieurs Sociétés nationales (de la Croix-Rouge, NdlR) indiquent que les politiques publiques relatives aux migrants se sont durcies pendant la crise économique et que la mise en œuvre des lois existantes est problématique », indique le rapport. Maggie De Block, notre Secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, en est un bon exemple. Sa politique inhumaine a fragilisé encore plus les migrants en Belgique, et contribue à alimenter une division malsaine entre Belges et étrangers.

Ailleurs en Europe, la situation a déjà atteint des proportions alarmantes. En Grèce les néonazis d’Aube Dorée rencontrent un succès croissant, et les ratonnades d’immigrés, de syndicalistes et de communistes, se sont multipliées. N’attendons pas d’en arriver là pour réagir.

 

Retrouvez ici le résumé du rapport de la Croix-Rouge en français.

Retrouvez ici le rapport complet (en anglais).

 

http://www.michelcollon.info/Rapport-de-la-Croix-Rouge-La-crise.html

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 08:09

Par Zohra Ramdane

 

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS 2014) a deux objectifs directs :

  • réduire le déficit de la branche famille par une nouvelle cure d’austérité (le déficit du régime général de la branche se réduirait de 2,8 milliards d’euros en 2013 à 1 milliard d’euros en 2017),
  • recentrer les financements sur les prestations sous conditions de ressources, en revoyant à la baisse des plafonds déjà très bas.

Les objectifs de fond de ce projet sont ainsi :

  • de continuer à attaquer le champ du droit social et ses prestations universelles
  • et plus généralement d’appliquer la stratégie du Medef de recul progressif de la cotisation sociale pour augmenter les profits des entreprises.

La conséquence mécanique de ce PLFSS sera une aggravation des inégalités sociales, concernant notamment les familles ou la santé (en abaissant les plafonds de ressources).
En visant à réduire globalement la masse des prestations, c’est-à-dire le salaire socialisé, le projet s’inscrit clairement dans la stratégie néo-libérale habituelle de restauration des profits par diminution du coût salarial.

Les chiffres fournis par le Haut conseil de la famille (HCF) permettent d’enfoncer le clou sur la nécessité de s’intéresser de plus près à la protection sociale. D’abord par ce que c’est le premier budget humain, avec plus de 31 % du PIB, soit près de 9 fois plus que le budget de l’Education nationale, premier budget de l’État.
Ensuite, parce que le Medef centre son attaque sur la protection sociale, secteur toujours le plus socialisé avec l’école, alors que les militants de la gauche de la gauche « regardent ailleurs pendant que la maison brûle ». Pourtant, voilà des politiques qui impactent les couches populaires ouvrières et employées (53 % de la population), celles qui ont le sentiment que la gauche, y compris la gauche de la gauche, les abandonnent. Pourtant, c’est bien la sphère de constitution des libertés (protection sociale, services publics, école) qui peut permettre aux citoyens et  leurs familles de passer des droits formels aux droits réels.

 

Les trois décisions concernant les dépenses

1) Majoration du complément familial (CF) et de l’allocation de soutien familial (ASF) à horizon 2018 

À l’horizon 2018, le complément familial (d’un montant de 167,34 € depuis le 1/4/2013 en métropole) sera revalorisé de +50 % (en plus de la revalorisation liée à l’inflation) pour les familles nombreuses vivant sous le seuil de pauvreté.
En métropole, le plafond ouvrant droit à un CF majoré équivaut à la moitié du plafond de ressources en vigueur au 1/1/2013. Il est de 10 167 €, avec une majoration de 25% par enfant à charge (soit 2 542 €), de 30 % par enfant à charge supplémentaire à partir du 3e enfant (soit 3 050 €) et de 4 087 € si les parents sont biactifs et en cas d’isolement.

La majoration mensuelle sera de 17 € en métropole et de 10 € dans les DOM en 2014 (hors revalorisation de la BMAF(base mensuelle des allocations familiales). En métropole, le CF majoré devrait bénéficier à la moitié des bénéficiaires actuels du CF (les plus modestes), soit environ 400 000 familles

Afin que cette majoration du CF n’ait pas pour effet de réduire le montant du RSA auquel le allocataires ont droit, il est proposé d’exclure cette majoration de la base ressources de calcul du RSA.
Le code de l’action sociale et des familles sera modifié en ce sens par décret en Conseil d’État.

L’augmentation de l’allocation de soutien familial de 25 %, toujours à horizon 2018, n’est pas inscrite dans le PLFSS car elle est de nature réglementaire. Le montant actuel de l’ASF par enfant lorsqu’il est privé de l’aide de l’un de ses deux parents est actuellement de 90,40 €.Ces augmentations du CF et de l’ASF interviendront à partir du 1/4/2014

2) Plusieurs mesures concernent les composantes de la Paje pour les enfants nés à partir du 1/4/2014

Le montant de l’allocation de base (AB) de la Prestation d’accueil du jeune enfant (Paje) - 184,62 € depuis le 1/4/2013 - sera divisé par deux au-delà d’un seuil de ressources, plus bas que le plafond d’octroi actuel. Le plafond d’octroi va évoluer du fait de la modification du calcul des majorations :

- la majoration pour les parents isolés et les couples biactifs passe de +40% dans le système actuel à + 33 % ;

- la progression du plafond de ressources de l’AB en fonction du nombre d’enfants devient linéaire, avec une majoration de 22 % par enfant quel que soit son rang, alors que le système actuel est progressif à partir du troisième enfant avec des majorations plus élevées (+ 25 % pour chacun des deux premiers enfants puis + 30 % par enfant à partir du troisième).

Le nouveau système de plafonds proposé est construit à partir de l’hypothèse d’un maintien à son niveau actuel du plafond pour les couples avec un enfant ne disposant que d’un seul revenu. Pour les autres configurations familiales, les plafonds d’exclusion de l’AB seront plus bas qu’actuellement, notamment pour les familles avec trois enfants ou plus du fait de la suppression de la progressivité.
Par exemple, le plafond d’exclusion pour un couple biactif (ou un parent isolé) avec quatre enfants sera abaissé de 10 % par rapport au système actuel.

La fixation du montant de ces plafonds de l’AB et des majorations relève du niveau réglementaire. Ils seront donc fixés par décret après le vote de la LFSS. Trente mille familles seraient exclues de l’AB, soit 3 % des bénéficiaires ; 10 % des bénéficiaires seraient concernées par l’AB à taux partiel, soit 180 000 familles.

Le plafond de ressources de l’AB étant commun avec celui des primes à la naissance et à l’adoption (PN) et servant au calcul des plafonds de ressources pour le droit au CMG, cette modification de la structure des plafonds de l’AB va impacter ces autres prestations.

Enfin, il est prévu de geler le montant de l’AB de la Paje jusqu’au moment où sa valeur sera ramenée à celle du complément familial attribué aux familles nombreuses en métropole, qui est actuellement d’un niveau inférieur (167,34 €)

La majoration du Complément de libre choix d’activité (CLCA) du montant de l’AB de la Paje (184,62 € euros nets de CRDS par mois et par enfant actuellement) pour les familles n’en bénéficiant pas du fait de ressources supérieures au plafond sera supprimée. Cette disparition du CLCA majoré touchera 16 % des familles dans le haut de la distribution des revenus.

3) Gel des paramètres de calcul des allocations logement en 2014

Dans le PLFSS et le PLF, le Gouvernement prévoit le gel des aides personnelles au logement (APL, ALS et ALF) en 2014. Cette mesure va donc toucher les ménages les plus modestes (6,4 millions de foyers).

 

Les deux décisions concernant les recettes

1) Plafonnement du quotient familial

La recette fiscale résultant de la baisse du plafond du quotient familial à 1500 euros par demi-part (2000 euros en 2013) sera affecté à la Cnaf : le gain attendu est de 1,03 milliard d’euros.
Cette mesure devrait concerner 13 % des foyers fiscaux ayant des enfants mineurs à charge ou des majeurs rattachés au foyer fiscal de leur parent.

2) La baisse de la cotisation patronale famille sera compensée à la CNAF

L’impact sur le coût du travail de la hausse de 0,15 point de la cotisation vieillesse décidée dans le cadre de la réforme des retraites de 2013 sera neutralisé par une réduction de la cotisation patronale famille de même ampleur (- 0,15 point sur les 5,4 points de cotisation actuelle). Cette dernière sera intégralement compensée à la Cnaf (montant total du transfert de recettes estimé de 1,16 milliard d’euros). Nouvelle avancée de la fiscalisation souhaitée par le Medef.

 

Reprise du déficit par la Cades pour augmenter les dividendes du secteur bancaire et financier

L’article 14 du PLFSS 2014 propose d’intégrer les déficits des branches famille et maladie dans la Caisse d’amortissement de la dette sociale (Cades). Comprenons ce que cela veut dire : on baisse les recettes de la Sécu par la déformation du partage de la valeur ajoutée (augmentation relative du profit au détriment des salaires directs et du salaire socialisé), puis avec le déficit crée, on emprunte sur les marchés financiers pour le grand profit du secteur bancaire et financier. En 2014, il y aura une reprise de 4 milliards d’euros mais pour la seule CNAM-TS. Pour les années 2012 à 2017, 6,9 milliards de déficit de la branche famille seront repris par la CADES sur les 12,1 milliards de déficits accumulés prévus, ce qui laisse 5,2 milliards d’euros à purger à l’issue de cette période.

Conclusion provisoire : Voilà présentée une nouvelle tranche de la « vraie vie » qui impacte des millions de nos concitoyens. Soyons les bourgeons de la future transformation culturelle sociale et politique.

 

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/apres-la-sante-et-les-retraites-la-branche-famille-de-la-secu-nouveau-champ-de-conquete-pour-le-medef/7218

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 08:06

Raf Custers

2 novembre 2013

  

_500____cover-custers_49.pngDans son tout récent livre Chasseurs de matières premières, Raf Custers enquête sur ces multinationales qui s’enrichissent grâce aux ressources naturelles de pays qui restent pauvres. Son premier chapitre commence avec le Maroc : les pêcheurs de Sidi Ifni, sur la côte Atlantique, se font appauvrir par les bateaux – usines occidentaux qui épuisent le poisson. Une alternative possible en exploitant la ressource naturelle de la région, les mines de phosphate ? Hélas, non. Les pêcheurs ne peuvent sortir de la misère. A cause de l’élite autour du roi, à cause des multinationales, à cause de l’injustice Nord – Sud.

 

EXTRAIT : 

 

1. Les monuments de l’exportation

 
Notre agriculture, elle aussi, utilise des matières premières. Prenons les phosphates : sans eux, pas de céréales ni de bétail. Les mines de phosphate les plus riches se trouvent au Maroc et dans le Sahara occidental occupé. Pourtant, la terre et le désert y restent arides. Le Maroc ne vise pas son marché domestique, il cible le monde. 


C’est en voiture que nous entamons notre exploration. Le dimanche 29 juin 2008, à Sète, sur la Côte d’Azur, nous prenons le ferry pour Tanger, dans le nord du Maroc. La traversée dure deux nuits et un jour. Sur les petits coussins de la cabine sont brodés des bateaux à vapeur. La petite piscine sur le pont grouille d’enfants, telles des anguilles dans un seau. Nous sommes partis avec une Corolla d’occasion, datant de 1995. Elle venait d’être remise en circulation par la gendarmerie belge. Quand j’ai aspiré l’intérieur, j’ai retrouvé sous la place du mort des billets provenant d’un cinéma de Bruges. Les inspecteurs allaient-ils au cinéma pendant leurs heures de service ? Quand nous sommes partis, le compteur indiquait 153.243 kilomètres. Une caisse à la technique toute simple, sans complexe ni sophistications électroniques. Pas d’air conditionné, et des vitres à descendre à la main, tout simplement. Pour profiter de la brise de mer, nous suivons les côtes marocaines. Le dimanche suivant, nous arrivons à Sidi Ifni, un petit port à environ 1.200 kilomètresau sud de Tanger. Nous décidons de nous y arrêter un peu plus longtemps. L’auto doit aller au garage, il faut remplacer le thermostat. Sinon, il risque de surchauffer d’ici peu dans la chaleur du Sahara occidental et de la Mauritanie. Le lendemain, quelqu’un nous accompagne, depuis l’hôtel Suerte Loca jusque chez un mécano. Je sors quelques banalités – « Il fait calme, comparé avec les plages du Nord ! » - mais l’histoire qu’on me sert en guise de réponse est tout sauf banale. 

 
Le blocage


Exactement un mois plus tôt, le 7 juin, une révolte a été réprimée ici, à Sidi Ifni. Les protestations avaient débuté fin mai, quand la commune avait proposé d’engager du personnel. Il y avait eu huit offres d’emploi. Mais, le jour de la sélection, 985 candidats s’étaient présentés à la mairie. Sidi Ifni compte plus d’habitants au chômage qu’au travail. Le rassemblement face à la mairie était donc déjà toute une manifestation en soi. Quand les candidats refusés avaient été renvoyés chez eux, quelqu’un a crié : « Au port ! » Vraisemblablement c’était l’un des jeunes diplômés. Ces jeunes ont fait des études mais ne trouvent pas d’emploi. Ils se sont affiliés à un syndicat, l’Association des jeunes licenciés. Immédiatement, la foule s’est mise en mouvement. Au port, ils ont barré le long mur de l’embarcadère, bloquant ainsi nonante camions réfrigérants. Ceux-ci venaient d’être chargés de sardines fraîches et se tenaient prêts à partir pour le nord. Ce n’était pas la première fois que les gens d’Ifni menaient des actions. Ils savaient comment s’y prendre. Ce jour même, ils faisaient parvenir leurs revendications aux autorités provinciales, à Tiznit. Ils voulaient du travail dans leur propre région et exigeaient que les sardines fussent mises en boîte sur place au lieu de les acheminer vers les usines d’Agadir ou de les exporter vers l’Espagne. 
 
Sidi Ifni est pressuré. La région se situe au bord du Maroc et les villes du centre en emportent la richesse. Et la situation n’a pas changé depuis l’époque coloniale. Longtemps, Sidi Ifni a été une enclave espagnole. Jusqu’en 1969, la ville a été soumise à l’administration coloniale espagnole. Autour de la Plaza Espana, quelques bâtiments de style Art déco mauresque sont demeurés intacts. Certains habitants de la ville pensent avec nostalgie à cette époque coloniale, quand cela se bousculait à l’aéroport et que le commerce était florissant, entre autres avec un autre territoire espagnol comme les îles Canaries. Le commerce tournait autour du poisson. L’Espagne n’avait investi à Sidi Ifni que pour en emporter facilement le poisson. L’administration coloniale avait fait construire deux tours colossales en béton à l’entrée du port, sur des socles qui s’enfonçaient à 150 mètres de profondeur en mer. Les tours étaient reliées à la terre ferme par un téléphérique. La tour la plus proche du littoral est toujours plus ou moins intacte. Au pied des tours, on déchargeait les marchandises espagnoles et elles étaient amenées à terre par le téléphérique. Le poisson de Sidi Ifni faisait le trajet inverse pour être chargé dans les navires espagnols et être exporté, naturellement. 


 Nul n’ignore à quel point les zones poissonnières sont riches, au large des côtes de l’Afrique occidentale. On y pêche à l’échelle industrielle à l’aide de bateaux-usines. Ils viennent de Russie, de Corée, du Japon et d’Europe. Les pêcheurs européens qui, dans les mers plus au nord, ne peuvent plus pêcher davantage que les quotas imposés, se rendent dans les zones poissonnières du Maroc, de la Mauritanie, du Sénégal et de la Guinée. L’Union européenne a conclu des accords de pêche avec ces pays et convenu de la quantité de poisson que les pêcheurs européens pouvaient remonter. Et le Maroc en tire un bon prix. Dans le secteur européen de la pêche, quelque 250 emplois ont ainsi été sauvés, mais, dans les eaux africaines, on prend beaucoup plus de poisson qu’il n’a été convenu. Les pêcheurs africains ne peuvent faire face à la concurrence des bateaux-usines. Bien des pêcheurs ont cessé leurs activités émigrant vers les villes ou vers l’Europe où ils ont rejoint le prolétariat des migrants. 


 Les pêcheurs de Sidi Ifni sont faibles. Je présume qu’ils louent les bateaux avec lesquels ils vont pêcher. Pourtant, les producteurs peuvent également défendre leur intérêt collectif. Par exemple, en organisant la vente à la criée. C’est ce qu’on voit dans d’autres villes portuaires. Les pêcheurs se mettent tous ensemble et vendent ainsi leur poisson aux gens. La criée leur permet de céder leurs produits aux acheteurs à des prix raisonnables. Mais, à Sidi Ifni, il n’y a pas de criée. Le poisson est transvasé directement des bateaux dans les camions. Les pêcheurs ne reçoivent pas d’aide non plus du gouvernement marocain. Par expérience, ils savent que Rabat, la capitale, les considère comme des citoyens de second rang et qu’elle contrecarre le développement de la région. Le gouvernement ne fait rien pour moderniser le port de Sidi Ifni. Devant l’embouchure du port, il y a un banc de sable. Ce qui fait que, chaque fois que les pêcheurs sortent ou rentrent, ils risquent leur vie. Mais il n’existe aucun plan de dragage. Et tant que les pêcheurs de Sidi Ifni attraperont des sardines, le poisson sera systématiquement emporté vers les conserveries des villes du nord du Maroc. Dans le temps, Sidi Ifni était dirigé à partir de l’Espagne, aujourd’hui à partir des villes du centre du Maroc. Le colonialisme espagnol a fait place au colonialisme intérieur. Les régions pauvres du Maroc restent à la traîne, complètement démunies.

 
La répression 


Durant la révolte de Sidi Ifni, la fameuse élite marocaine a fait savoir clairement qu’elle entendait bien maintenir la situation telle quelle. Quand le blocage du port a commencé à traîner en longueur, les acheteurs ont calculé combien cette plaisanterie allait leur coûter. Ils ont fait intervenir leurs relations. Qui ont décidé d’infliger une bonne leçon à Sidi Ifni. 


 Le 7 juin, une semaine après le début du blocus, l’armée et la police antiémeutes débarquent en nombre. Elles viennent libérer les camions frigorifiques. Quatre mille hommes – c’est le chiffre officiel – entourent la ville. Des unités descendent des flancs de montagne derrière Ifni et, de la mer, des fusiliers marins débarquent. Une fois qu’ils arrivent en ville, ils se déchaînent. De force, ils sortent les gens de leurs maisons. Dans la caserne de la police, les personnes arrêtées, hommes et femmes, se font humilier. Ils doivent baisser le pantalon et s’asseoir sur des goulots de bouteilles de Coke. C’est le Samedi noir. La réalité. En même temps débute la traque aux dirigeants de la révolte.


L’un des dirigeants qu’on m’a signalés me fait savoir qu’il voudrait me rencontrer. Nous parlons sans être vus sur le toit d’une maison, à la belle étoile. L’homme est membre du « secrétariat », un groupe de syndicalistes et de militants de gauche fondé en 2005 lors de précédentes protestations en faveur de l’emploi. Le « secrétariat » a continué de se réunir dans la clandestinité. Il a rédigé un cahier de revendications. Demandant entre autres que le port et l’hôpital de Sidi Ifni soient modernisés, que la route côtière vers Tan-Tan soit élargie afin de faciliter un trafic routier plus abondant, que l’on sorte Ifni de son isolement et, par-dessus tout, que l’on crée des emplois pour les jeunes. Mais le gouvernement de Rabat et l’administration provinciale ne les écoutent pas. Au contraire, ils traficotent autour de l’avenir de Sidi Ifini. L’homme du « secrétariat » sait que la municipalité avait prévu des terrains pour des conserveries. Mais quelques politiciens et hommes d’affaires ont vendu ces terrains en sous-main à des amis politiques, « pour 1,5 dirham le mètre carré », une broutille. 


 L’homme du « secrétariat » me raconte le Samedi noir. Ses yeux se mouillent pendant qu’il me parle. Mais les Ifnois ne se sont pas laissé faire. Le lendemain de l’attaque de l’armée, ils sont descendus à nouveau dans la rue, pour protester contre la répression. La chaîne de télévision Al Jazeera a défié la censure et a transmis des images de la répression. Selon Al Jazeera, l’armée avait même abattu des personnes. Le gouvernement a obligé l’émetteur à cesser ses émissions. Mais la nouvelle de la révolte s’était désormais répandue très rapidement. Les Ifnois avaient téléphoné à leurs parents au Maroc et à l’étranger. Des migrants de Sidi Ifni s’étaient également mis en mouvement, à Rabat, à l’étranger, et même à Bruxelles. Les premiers messages de solidarité étaient arrivés. Une semaine après le Samedi noir, un cortège défilait à nouveau dans les rues de Sidi Ifni mais, cette fois, avec des délégations de Seffro, Safi, Laâyoun, Ouarzazate, Guelimim : 9.000 personnes au total. 

 
Combien d’endroits n’y a-t-il pas qui sont pareils à Sidi Ifni ? Les gens d’ici sont entrés en résistance afin de profiter un peu plus eux-mêmes des matières premières locales. Ils veulent mettre le poisson en valeur à leur propre avantage et récupérer au moins une partie de ce qu’il rapporte. Mais l’économie et la politique ne fonctionnent pas de cette façon. Si le peuple ne frappe pas sur la table, il n’aura pas grand-chose à dire. 

 
La bande transporteuse


Le Maroc est pauvre, comparé au noyau riche de l’Europe occidentale. Mais, en réalité, le pays n’est pas démuni. Il possède un long littoral et de riches zones de pêche. Il a également des minerais, dans son sous-sol. Les mines sont éloignées du monde habité. Mais, avec leurs bandes transporteuses, elles arrivent à la mer. Quand on traverse le Maroc du nord au sud, on se croirait sur la route des monuments de l’industrie d’exportation. Partout, on a construit des installations onéreuses qui n’ont qu’une seule fonction : exporter les richesses locales, en exporter le plus possible et sans en faire quoi que ce soit de tangible sur place. 


 A Sidi Ifni, sous l’administration coloniale espagnole, on a installé un téléphérique afin de pouvoir transborder le poisson destiné à l’exportation. Le joyau suivant se situe à Port Laayoun, à une grosse journée de route vers le sud depuis Sidi Ifni. C’est une bande transporteuse de près de cent kilomètres de long. Cette installation sert uniquement à acheminer vers un port le phosphate brut en provenance d’une mine de l’intérieur du pays. Au port, la marchandise est transbordée et expédiée en Europe ou à destination de l’industrie chimique américaine, dans le golfe du Mexique. L’exportation prime, la transformation sur place passe bien après, alors que le phosphate est nécessaire au pays même et qu’une industrie de transformation sur place pourrait procurer des emplois et des revenus. 


 Le phosphate est littéralement d’une importance vitale. De la roche de phosphate, on extrait du phosphore, dont on fait des engrais chimiques et de la nourriture pour bétail. Le phosphore contribue à faire pousser les plantes plus rapidement et consolide les os et les muscles des animaux. On en ajoute aussi aux boissons rafraîchissantes et aux aliments que les gens consomment. Le phosphate est une matière première extrêmement importante. Il fait l’objet d’une forte demande. Mais on a calculé que les réserves mondiales seront épuisées d’ici 75 à 100 ans, si la demande continue à croître chaque année d’environ. [i] Le Maroc et son voisin du sud, le Sahara occidental, disposent ensemble d’au moins deux tiers de tout le phosphate brut de la planète.[ii]

 
Le Maroc occupe le Sahara occidental depuis des décennies et administre le pays comme une province du Grand Maroc. La frontière entre le Maroc et le Sahara occidental a été effacée, jusque sur les cartes terrestres marocaines. Le Sahara occidental lui aussi était une colonie espagnole, dans le temps. Aujourd’hui, le pays est incorporé à l’économie marocaine. Parmi les Sahraouis, les habitants d’origine, beaucoup se sont réfugiés dans des camps en Algérie. Ceux qui sont restés n’osent pas parler ouvertement. La police marocaine fait le guet partout. Près du port de Dakhla, nous nous entretenons sans être vus avec un Sahraoui. Nous n’existons plus, dit-il, tout devient marocain. Les Sahraouis qui travaillaient à Boukraa, dans la mine de phosphate, ont été remplacés en grande partie par des colons marocains. Pour attirer ces colons, le Maroc maintient le carburant à un prix ridiculement bas et on a construit des villages qui ne manquent pas d’attrait. Mais les villages se trouvent en plein désert de pierrailles et restent vides. 

 
Le nom de la ville de Laayoun a été modifié en El Aâyoun par les autorités marocaines. Ici, des garnisons ont toujours été casernées pour veiller sur l’arrière-pays. Si on s’approche de Laayoun en venant du nord, on passe devant la caserne de la légion étrangère espagnole. Mais les légionnaires espagnols ont été remplacés par des militaires marocains. Il en fourmille partout, dans les rues de Laayoun. 


 Les installations portuaires de Port Laayoun et la fameuse bande transporteuse se situent à cinq kilomètres de la ville même. Au port, le paysage change de couleur. C’est un port minéralier et partout, aux alentours, tout est couvert d’une poussière blanche. La poussière provient de la bande transporteuse qui enjambe l’autoroute. On dit que c’est la plus longue bande transporteuse du monde. Cet honneur date des années 1970, lorsque cette installation a été réalisée par la firme allemande Krupp. A l’époque, il s’agissait encore vraiment d’une première mondiale. La bande transporteuse achemine le phosphate brut. Les blocs proviennent en droite ligne de la mine à ciel ouvert de Boukraa. Cette dernière se situe au beau milieu du désert de Saguia el-Hamra, à exactement 97 kilomètres d’ici. C’est l’une des mines de phosphate les plus riches au monde. Pour extraire le minerai du sol, il ne faut même pas creuser très profondément. Sur les photos satellites, la mine de Boukraa ressemble à un long fossile nervuré. Le phosphate brut extrait des puits est chargé sur la bande transporteuse. Dans un bruit fracassant, celle-ci fonce en ligne droite, sans la moindre courbe, vers le port de Laayoun. Au port, le minerai est lavé et séché. Puis emmené par bateau aux quatre points cardinaux. 

 
La colonie du phosphate


Les veines de minerai de Boukraa ont été découvertes dans les années 1950, quand le Sahara occidental était encore une colonie espagnole. Dans les années 1970, en Espagne, la dictature du général Franco s’écroulait, mais le Sahara espagnol n’en est pas devenu indépendant pour autant. Le Maroc et la Mauritanie, ses voisins du nord et du sud, se sont d’abord partagé le pays. Ensuite, le Maroc a chassé également les troupes mauritaniennes faisant main basse sur tout le pays. Le Maroc n’entendait le céder à aucun prix. Car, en 1974, en raison des zones de pêche au large des côtes et des réserves de phosphate du sous-sol, la Banque mondiale avait décrit le Sahara occidental comme le territoire le plus riche de l’Afrique du Nord-Ouest (le Maghreb). L’ancien et le nouveau colonisateur, l’Espagne et la Maroc, signaient d’ailleurs un accord à ce propos. L’Espagne restait copropriétaire des mines de phosphate du Sahara occidental. Ce fut le cas jusqu’en 2002, lorsque Boukraa devint entièrement propriété marocaine. 


C’est une absurdité, de voir cette colonie demeurer si aride, à l’instar de régions entières du Maroc. Avec leur phosphate, le Sahara occidental et le Maroc pourraient fertiliser leurs terres. Mais ce n’est nullement une priorité pour les entreprises qui détiennent la chaîne du phosphate, depuis l’extraction jusqu’au produit fini. L’une de ces entreprises est Prayon, toujours en partie dans des mains belges. 


Jusqu’au début des années 1990, Prayon transformait le phosphate du Maroc en Belgique. On en faisait de l’acide phosphorique. En Belgique, d’autres entreprises, comme UCB, BASF et Rhône-Poulenc s’en chargeaient également. Ce procédé avait un grand inconvénient : il laissait derrière lui des masses énormes de déchets de plâtre. Ceux-ci contenaient des métaux lourds et étaient en outre légèrement radioactifs. On les larguait dans des décharges, devenues tristement célèbres entre-temps, entre autres à Rumst et à Zelzate, ainsi que dans l’Escaut et dans d’autres cours d’eau.[iii] Des années durant, presque tout fut permis, pour soutenir la « position concurrentielle » de l’industrie. 


Mais le mouvement environnemental allait harceler cette industrie. En 1992, Prayon ne recevait plus de permis de décharge pour le site de Rumst. Selon des informations de l’époque, Prayon avait alors trois copropriétaires : Gechem (de l’écurie de la Société Générale), le holding public wallon SRIW et une entreprise publique marocaine, l’Office chérifien des phosphates (OCP).[iv] Prayon allait alors installer la production d’acide phosphorique de base au Maroc même. Mais pouvait-on encore faire là-bas ce qui était désormais interdit ici ? A-t-on mis en service là-bas, en même temps, une technologie permettant de produire (plus) proprement ? Ce sont des questions que j’espère encore approfondir. Cependant, le Maroc a commencé alors à bâtir sa propre industrie autour de l’exploitation du phosphate brut. Peu après, Gechem s’est retiré de Prayon et l’entreprise, avec une usine à Engis, près de Liège, est devenue la copropriété, à cinquante cinquante, de la Région wallonne et de l’OCP.


 Il importe de savoir que ce ne sont pas des firmes étrangères qui exploitent les mines de phosphate au Maroc. L’Etat marocain a accordé le monopole de l’exploitation à l’Office chérifien des phosphates. Dans ses brochures, l’OCP explique en détail comment il entend contribuer à l’agriculture au Maroc.[v] Mais, dans la pratique, on n’en voit pas grand-chose. Car, encore une fois, l’économie marocaine est adaptée au marché mondial, et non aux besoins intérieurs. 

N.B. L’auteur examine ensuite “le dédale de la monarchie”, les familles riches qui contrôlent le phosphate, et les difficultés affrontées sur le marché mondial


[i] Cordell, D. e.a., « The story of phosphorus : Global food security and food for thought », dans Global Environmental Change, 19 (2), pp. 292-305, 2009, cité dans : Fischer-Kowalski, Marina, « Socio-ecological transitions : definition dynamics and related global scenarios »,Working Document Neujobs, avril 2012.

[ii] Les réserves de phosphate du Maroc et du Sahara occidental sont de 50 milliards de tonnes pour des réserves mondiales totales de 65 milliards de tonnes. « Phosphate rock », dans U.S. Geological Survey, janvier 2011, pp. 118-119.

[iii] Paridaens, J., Vanmarcke, H., Inventarisatie en karakterisatie van verhoogde concentraties aan natuurlijke radionucliden van industriële oorsprong in Vlaanderen (Inventaire et caractéristiques des concentrations accrues de radionucléides naturels d’origine industrielle en Flandre), Departement Stralingsbeschermingsonderzoek Studiecentrum voor Kernenergie (SCK), étude menée pour le compte de la Société environnementale flamande, MIRA, MIRA/2001/01, juin 2001, 46 p.

[iv] Willems, R., « Prayon Rupel. Bedenkingen bij een (fosfor)zuur dossier » (Prayon Rupel. Réflexions sur un dossier acide (phosphorique) », dans Markant, 19 juin 1992, pp. 8-9.

[v] Voir par exemple le Rapport Annuel 2009, Groupe OCP, pp. 41-48.

 

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http://www.michelcollon.info/Maroc-qui-s-enrichit-avec-le.html

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 08:05

Communiqué de presse du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP), le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), les Clubs « Penser la France ».  

Le 5 novembre 2013.


Antisociale, antidémocratique, belliqueuse et dictatoriale, l’Union européenne (U.E.) pilotée par l’axe Washington-Berlin s’acharne sur la souveraineté et sur les conquêtes sociales des peuples. Sous l’égide d’Angela Merkel, la « Troïka » (Commission de Bruxelles, FMI et BCE) martyrise les peuples sous le talon de fer de l’austérité à perpétuité.

À son tour, la France en récession s’enfonce dans la crise politique et morale. La pauvreté, la précarité, la désindustrialisation et le chômage de masse plongent notre peuple dans le désarroi. Les services publics, la protection sociale, l’Éducation nationale, les retraites, la Sécurité sociale sont étranglés au nom de la funeste « monnaie unique » ; la tutelle humiliante de Bruxelles, les diktats arrogants de Berlin écrasent notre pays avec la parfaite collaboration des dirigeants du MEDEF, de l’UMP et du PS.

 La trahison du PS et de l’UMP !

Bafouant le Non populaire du 29 mai 2005 à la constitution européenne, violant l’aspiration au changement exprimée en mai 2012, F. Hollande applique à marche forcée la « feuille de route » « diktée » par Bruxelles : il s’agit d’araser les spécificités françaises issues de la Révolution française et du Conseil national de la Résistance, d’imposer le tout-anglais à l’Université, de substituer à la République une, laïque et indivisible une Europe des euro-métropoles qui porte en germes la mort des statuts, des conventions collectives, des diplômes nationaux et de la démocratie communale.

Alors même que l’UE écrase les dépenses publiques et les salaires au nom du « sauvetage de l’euro », l’Europe supranationale est engagée par le biais de l’OTAN, dans la politique belliqueuse, ruineuse et impérialiste menée par l’Oncle Sam. La signature du traité d’ « Union transatlantique » entre l’Amérique du Nord et l’UE aboutirait de fait à la réduction rapide de toutes les spécificités sociales, politiques et culturelles des diverses nations d’Europe.

 Le FN, parti de la collaboration !

Face à cette entreprise de déclin national et de régression sociale, aucune des grandes forces politiques françaises en lice lors des prochaines élections européennes ne porte un projet alternatif tant soit peu radical. Bien qu’il feigne de s’opposer au « système UMPS », le FN est un élément décisif du dispositif institutionnel de l’UE : comme c’est le cas dans tout le reste de l’UE en effet, l’extrême droite xénophobe n’a d’autre but que de dévoyer la colère populaire vers le racisme tout en la détournant de la nécessaire résistance aux prédations du capital. Du reste, le FN ne veut pas vraiment, comme ce serait pourtant nécessaire et urgent, sortir unilatéralement la France de l’UE et de l’euro ; et la prétendue « sortie concertée et progressive » de l’euro prônée par Mme Le Pen perd toute portée pratique quand on sait que le FN la subordonne très officiellement au bon vouloir de l’Allemagne capitaliste, laquelle dispose avec l’euro, ce clone du Deutschemark, d’une arme monétaire décisive pour imposer l’hégémonie allemande à l’Europe du sud.

 Front de Gauche et PCF dans l’impasse !

Malheureusement, la « gauche de gauche » ne s’oriente pas vers la remise en question radicale de la dictature européenne et de sa monnaie unique : J.-L. Mélenchon continue en effet de prétendre que « l’Europe est à nous » (sic) et que « l’euro est notre monnaie » (sic), pendant que Pierre Laurent, président du Parti de la Gauche Européenne, se prononce pour une impossible « refondation » de la construction européenne... dans le cadre de cette prison des peuples qu’est l’UE…

 Un parlement européen qui trahit les peuples !

Au demeurant, le « parlement » européen n’a jamais été autre chose qu’une fiction coûteuse : sa mission est de masquer le fait que l’UE est pilotée par une poignée d’États très puissants qui n’ont d’oreilles que pour les « marchés financiers » et pour les exigences du grand patronat. Pendant ce temps, les parlements nationaux privés de tout pouvoir budgétaire réel par le Traité européen de gouvernance (TSCG), se transforment en chambres d’enregistrement des directives édictées par Bruxelles.

 Pour un boycott de Résistance !

Dans ces conditions, le civisme républicain ne consiste pas à valider par son vote la farce électorale de la dictature européenne. En s’abstenant massivement, en votant blanc ou nul par millions, les peuples d’Europe ont déjà signifié par le passé leur REFUS DE VALIDER cette « construction » européenne illégitime et mortifère. À n’en pas douter, les peuples s’apprêtent à un REFUS DE VOTE PLUS MASSIF QUE JAMAIS lors des européennes de 2014. Il ne s’agit certes pas de rejeter le principe même du vote au nom d’un intemporel « élections piège à c… », car participer à des élections, quand les conditions permettent d’en faire un outil utile à l’expression des peuples, peut être un devoir impérieux. Mais quand l’ « élection » n’a d’autre but que de faire cautionner par les citoyens une politique tendant à exclure les bases mêmes d’une vie politique républicaine, le civisme commande de boycotter cette élection en trompe-l’œil et d’appeler les peuples à l’insurrection citoyenne à travers les luttes sociales nationales et internationales, les résistances civiques et tous les moyens démocratiques légitimes. C’est un devoir citoyen de voter quand le suffrage sert à la souveraineté du peuple, c’est aussi un devoir citoyen de ne pas voter quand le suffrage ne permet pas la véritable souveraineté du peuple.

 « Oui » à l’insurrection citoyenne !

C’est pourquoi, au nom des principes impérissables portés par le programme du CNR (indépendance nationale et coopérations internationales, progrès social, reconstruction industrielle, services publics et nationalisations, antiracisme et antifascisme…), nous appelons les républicains de toutes sensibilités, communistes, gaullistes, républicains laïques, progressistes sans étiquette, syndicalistes, croyants et non-croyants attachés à la laïcité, à s’associer pour refuser ensemble la farce de l’élection européenne ; saisissons-nous de ce boycott militant non pas pour « rester à la maison », mais pour expliquer autour de nous la nocivité de l’UE et de l’euro, impulser les résistances sociales aux contre-réformes, élaborer ensemble et démocratiquement, sur les bases de l’Appel lancé le 18 juin 2013 par le M’PEP, Penser la France et le PRCF, un programme de reconstruction sociale et républicaine de la France, pour appeler ensemble à SORTIR la France de l’euro, de l’UE et de l’OTAN par la voie progressiste.

Sur la base du présent texte, constituons partout, dans les départements, les localités, les entreprises, les universités, des collectifs républicains pour le boycott des élections au parlement européen.

Limoges, le 5 novembre 2013. 

Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP) Pôle de renaissance communiste en France (PRCF) Clubs « Penser la France »

 

http://www.m-pep.org/spip.php?article3447

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Published by Vendémiaire - dans Europe
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