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Site de recherche d'emploi

Le site http://jooble-fr.com/

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Le site est d'utilisation simple et l'inscription est gratuite.

 

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Quelques conférences

Chansons

  Avant d'écouter les enregistrements ci-dessous, attendez la fin de la musique de fond du blog...

 

L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 16:45



Le 22 janvier 2017.

C’est le vendredi 20 janvier, à Lens, que le Parti de la démondialisation (Pardem), lors d’une conférence de presse, a présenté ses 12 candidats aux législatives dans le Pas-de-Calais. Il s’agit du premier département dans lequel le PARDEM présente des candidats dans toutes les circonscriptions. Dans les jours qui viennent, d’autres annonces seront faites…

Jacques NIKONOFF, président du PARDEM et candidat à la présidence de la République, a présenté les enjeux des élections de 2017, la présidentielle comme les législatives.

 


Jean-Claude DANGLOT, ancien sénateur et premier secrétaire de la fédération du Parti communiste français, a expliqué les raisons de sa candidature pour le PARDEM.

Michèle DESSENNE, vice-présidente du PARDEM et candidate, a insisté sur le fait que le Pas-de-Calais était un département martyr de la mondialisation néolibérale. La démondialisation est donc un objectif vital pour les habitants de cette région. Le PARDEM se fixera donc comme priorité pendant cette campagne électorale la question de l’emploi.

Enfin, Jean-Luc FLAHAUT, responsable départemental du PARDEM et également candidat, a donné les raisons de la création récente de ce jeune parti – le PARDEM – et remis aux journalistes la liste des candidats du PARDEM dans les 12 circonscriptions du Pas-de-Calais.

 


Citoyennes, citoyens de toute la France, si vous partagez le combat du PARDEM, vous pouvez devenir candidat aux législatives. Prenez contact avec nous : secretariat@pardem.org

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 23:18
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Published by Vendémiaire
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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 20:09

Le 8 février prochain aura lieu la commémoration pour le 55ème anniversaire du massacre commis au métro Charonne. Elle aura lieu à 11h30 à l'entrée de la station, à l'initiative du Comité Vérité et Justice pour Charonne et l'URIF-CGT.


Philippe Martinez, pour la CGT, et Pierre Laurent, pour le PCF, prendront la parole.

 

Pour le 55ème anniversaire :

  • le Comité Vérité et Justice pour Charonne publie un livre, avec notamment de nombreux témoignages,
    qui retrace les évènements de cette période (ci-joint le flyer de l'éditeur) ;
  • une soirée aura lieu à 18h à l'hôtel de ville de Paris avec la projection du film produit par le comité,
    suivie d'un débat sur la répression et la présentation du livre (invitation ci-jointe).

 

Nous vous invitons à diffuser ces informations le plus largement possible.

Fraternellement,



Emilie Lecroq
Responsable Vie du Parti

vie-militante@pcf.fr 

 

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 19:06
 

Le froid qui touche la France n'a rien d'exceptionnel même si les médias semblent découvrir que l'hiver, il peut faire...froid ! Cela leur permet simplement de faire croire que l'insupportable situation des usagers et des personnels des hôpitaux est exceptionnelle.

 

Mais pour le peuple, pour les 20 % de la population en état de « précarité énergétique » et qui ne peuvent se chauffer, pour ceux dont l'accès aux soins passe par des urgences hospitalières asphyxiées par des années de rigueur budgétaires et de fermetures de services et de lits, pour ceux qui meurent de froid dans les rues, pour les agents des services publics qui par exemple se dévouent pour rétablir l'électricité alors que les équipes ont été réduites drastiquement, le froid saisonnier ne faire que rendre plus insupportable encore l'état d'urgence sociale dans lequel « ils » ont mis le pays.

 

« Ils », ce sont tous les représentants de la classe dominante, les 300 familles qui dirigent l'économie et le pays, les barons du Medef, les politiques de droite comme de « gauche » qui se succèdent au gouvernement, les « journalistes » et autres « experts » de tous poils grassement payés pour expliquer au peuple qu'il doit en finir avec ses privilèges et se serrer toujours davantage la ceinture... Bref, tous ceux qui depuis des années appliquent et justifient les politiques de guerre sociale définies au niveau européen et par le Medef dans le seul but de favoriser le profit maximum (68 milliards de dividendes versés en 2016 pour les gros actionnaires du CAC 40, un record depuis 2008 !) et de casser les solidarités que les travailleurs avaient su construire dans la lutte et le rapport de forces (Sécu, retraites, conventions collectives et droit du travail...).

Et nos services publics, du fait de leur casse systématique sous l'impulsion des directives européennes, ne peuvent plus répondre aux besoins vitaux de toute la population dont le niveau de vie régresse de jour en jour, ce qui mène notre pays dans une paupérisation toujours plus importante ouvrant une voie à l’extrême-droite et/ou au repli sur soi même. Le silence sur la politique néfaste européenne par la Confédération Européenne des Syndicats est une fois de plus déplorable.

 

Dans le même temps, les syndicalistes sont poursuivis partout dans le pays surtout s'ils sont à la CGT (Chérèque lui ayant eu droit à des hommages appuyés de la part des chiens de garde médiatiques pour services rendus à la cause patronale) et les blanchiments judiciaires se succèdent dans les affaires de corruption ou de délinquance financière tandis que rien de sérieux n'est entrepris pour lutter contre les 80 milliards annuels d'évasion fiscale qui permettent aux puissants d'éviter l'impôt grâce aux paradis fiscaux qu'ils ont créés tout en affirmant vouloir les combattre !

 

Oui, il y a quelque chose de pourri dans la République de France et ce quelque chose, c'est le pouvoir des riches qui dissout le pays dans l'empire européen en formation, qui étrangle le peuple et prétend le tenir en laisse, reniant les promesses du Conseil National de la Résistance de construire une société de fraternité débarrassée du pouvoir des féodalités financières.

 

Alors que les médias nous vendent du Fillon, du Macron, du Le Pen, ou du Valls tous au service des intérêt dominants (n'oublions pas Montebourg, Peillon, Hamon eux aussi anciens ministres de Hollande), l'espoir ne peut renaître que de la mobilisation populaire, de la mobilisation des travailleurs et de la classe ouvrière pour la défense de la Sécu, de la Santé publique, des services publics, du droit du travail, des emplois, des libertés syndicales, des retraites…

 

Pour cela, soutenons et participons aux nombreuses luttes qui se développent dans le pays, organisons la solidarité autour de nos camarades poursuivis en justice, faisons monter la nécessité de la convergence des luttes et inscrivons d’ores et déjà sur nos agendas l'importante journée du 7 mars 2017 de grève nationale de la santé et de l’action sociale avec manifestation nationale à Paris.

 

Front Syndical de Classe, 19 janvier 2017

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 17:45

Par Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF, et Antoine Manessis, responsable international du PRCF. Le 17 janvier 2017.
Dans L’, stade suprême du capitalisme (1916), Lénine a réfuté la thèse révisionniste défendue par les ténors de la Deuxième Internationale à propos du prétendu « hyper-impérialisme ». Reprise par Kautsky, cette expression de Hilferding résumait l’idée suivante : la concentration mondiale des capitaux est de nature à unifier mondialement l’impérialisme, dont les principaux Etats finiront par fusionner planétairement pour exploiter collectivement les travailleurs. De cette manière, la tendance à la guerre mondiale propre à l’ancien capitalisme disparaîtrait ; les Etats-nations s’effaceront alors devant une sorte d’Empire mondial dont la mise en place d’éventuels « Etats-Unis d’ » seraient les prémices heureuses. Léon Trotski – dont les liens d’avant-guerre n’avaient pas été rompus avec les mencheviks – adhérait alors à ce montage théorique spécieux, si bien que Lénine dut polémiquer contre lui en réfutant le mot d’ordre pseudo-internationaliste des « Etats-Unis socialistes d’ ». Un slogan dont, manifestement, le NPA et LO ne sont toujours pas sortis aujourd’hui. De nos jours, nombreux sont les « théoriciens » qui se croient « innovants » quand ils évoquent naïvement « la » mondialisation capitaliste, « la » construction européenne, voire – comme le révisionniste de gauche Tony Negri, on ne sait quel « Empire » universel régnant sur une « Multitude », voire sur une « plèbe » étrangère aux rapports de production réellement existants. Exit dans la foulée la lutte prolétarienne pour le socialisme, sans parler du combat anti-impérialiste pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes…

Face à ces leurres sociaux-démocrates (hier, l’ « hyper-impérialisme », aujourd’hui, l’euro-mondialisme, etc…), Lénine et ses successeurs eurent le mérite de démontrer point par point que dans les faits, l’unification/harmonisation totale des Etats prédateurs du capitalisme-impérialisme n’est qu’une vue de l’esprit. Encore moins qu’à l’époque du capitalisme « libéral » et pré-monopoliste, le capitalisme impérialiste ne peut totalement s’unifier et s’ « harmoniser », fût-ce pour dominer les peuples et surexploiter les travailleurs. D’abord parce que le système capitaliste est fondamentalement anarchique ; derrière la « planification » monopoliste, derrière les « cartels » inter-impérialistes, l’anarchie de la production s’aggrave et la phase impérialiste du capitalisme ne fait que l’aiguiser en provoquant d’incessants repartages à haut risque de la planète. Dans une période où les énormes capitaux dégagés par la financiarisation peinent à se valoriser, une guerre économique sourde se livre sur tous les continents par-delà les bavardages boboïsants sur « l’unité de la communauté internationale « . Véritable « guerre de tous contre tous » pour reprendre le mot de Hobbes, le capitalisme-impérialiste ne peut produire qu’un « développement inégal » des Etats capitalistes, dont tour à tour, certains prennent la première place tandis que d’autres, jadis chefs de file du développement mondial, déclinent… provisoirement en méditant leur « revanche ». Ensuite parce que, même si les regroupements, cartels et autres fusions monopolistes continentaux et transcontinentaux poussent à des rapprochements politico-militaires transitoires, la tendance de fond du système capitaliste reste à l’instabilité fondamentale desdits regroupements. Les Empires « mondiaux », voire plus modestement, les Empires continentaux ou « transcontinentaux » du grand capital sont périodiquement secoués dans leurs tréfonds par des crises de plus en plus fréquentes et aiguës qui font jaillir d’énormes étincelles, non seulement entre les Etats prédateurs d’un même « cartel », mais aussi entre les cartels internationaux d’Etats-brigands : en un mot, le règne mondial des mafieux est impossible sans une permanente guerre des gangs. Autant de guerres honteuses, aux origines sordidement inavouables, que les médias du système capitaliste, eux-mêmes détenus par les puissances militaro financières, se chargent en permanence de traduire en mots d’ordre « politiquement corrects »…

Le mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe ne peut être qu’utopique ou réactionnaire

C’est pourquoi Lénine répliquait déjà aux « européistes » superficiels de son temps* que, sous le capitalisme, « le mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe ne peut être qu’utopique ou réactionnaire ». A l’inverse, Lénine développait la théorie, fondée sur les faits, selon laquelle « une chaîne vaut ce que vaut son maillon le plus faible ». Si bien qu’il était parfaitement absurde d’attendre « la révolution mondiale », fût-elle « permanente », pour mettre en place le socialisme, au besoin dans un seul pays ou groupe de pays. Au contraire, expliquait Lénine, le prolétariat révolutionnaire devait d’abord briser la chaîne impérialiste dans son maillon le plus faible (à l’époque, l’Empire tsariste travaillé par d’éclatants antagonismes) pour ouvrir en grand l’ère historique des révolutions prolétariennes. C’est d’ailleurs pour cette raison que le choix opéré en 1925 par les bolcheviks russes, celui d’entreprendre la construction du socialisme dans un seul pays, n’avait rien de l’aberration antimarxiste dont l’accusèrent alors les partisans de Trotski, incapbale de rompre durablement avec le menchevisme.

L’évolution de l’impérialisme actuel vérifie une fois de plus comme à la parade (faut-il dire « hélas » ?) les anticipations géniales de Lénine. En quelques années, la crise ravageuse de l’euro-mark et la dominance arrogante de l’Allemagne impérialiste « réunifiée » sur le sous-continent européen, le talon de fer que Berlin a successivement posé sur les ex-pays socialistes écartelés (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, URSS occidentale : pays baltes puis Ukraine), sur les ainsi-dit « P.I.G.S. » (les « Etats-cochons » : Portugal, Italie, Grèce, Espagne, Spain en anglo-maastrichtien), puis sur la France en cours d’euro-délitement, a produit une énorme crise de légitimité de l’UE, notamment dans les couches populaires, classe ouvrière en tête. Le prodrome de cette crise explosive est la sortie britannique de l’UE par la porte à droite, dont Donald  n’a pas tort d’annoncer qu’elle n’est que l’amorce d’une possible réaction en chaîne. Car, peu à peu, le compromis géopolitico-économique passé entre les maîtres de la zone Mark (devenu l’euro « fort ») et les oligarques du dollar constitué en monnaie mondiale, s’est inéluctablement effrité. Dans un article d’Etincelles, la revue théorique du PRCF, l’auteur de ces lignes indiquait naguère que l’euro n’était pas autre chose, derrière sa façade libre-échangiste, qu’une monnaie crypto-protectionniste réservant le marché européen à l’industrie allemande tout en ménageant le rôle mondial du dollar : donnant-donnant. En effet, l’euro fort –c’est-à-dire l’alignement de la lire, du franc, de la peseta, etc. sur le Deutsche Mark, ne pouvait que plomber l’industrie des pays sud-européens en renchérissant leurs produits et en interdisant les dévaluations compétitives. Dans le même temps, l’euro fort fermait le marché américain aux produits allemands et le dollar faible permettait aux USA de continuer à exporter. Nous signalions déjà à l’époque que ce compromis germano-américain ne pourrait pas durer : une fois les pays du Sud européen (Grèce, Portugal, Italie, Espagne, suivi par la France) dûment essorés par l’euro-austérité berlinoise et par la « dette », le marché sud-européen de l’industrie allemande se restreindrait, la récession menacerait la RFA elle-mêmeet il faudrait bien alors que les « Européens » (dont l’Allemagne produit plus de la moitié des marchandises industrielles) se cherchassent des débouchés surd ‘autres marchés solvables, USA et Canada en tête. Ce changement de pied monétaire s’est traduit par la nouvelle politique financière de la BCE : elle a comprimé ses taux directeurs, relancé 

artificiellement l’inflation en arrosant les banques européennes de milliards d’euros en monnaie de singe (modèle US !), pendant que les gouvernements de la zone euro pilotée par Berlin continuaient d’écraser les « coûts » salariaux : et c’est évidemment à partir de ces considérations cyniques qu’il faut lire la « générosité » de Merkel à l’égard des migrants chassés de Syrie par les ingérences impérialistes et si aimablement « accueillis » en Allemagne… dans un premier temps. Cette nouvelle politique monétaire destinée à conjurer la dépression en Europe ne pouvait manquer d’inquiéter certains secteurs, notamment industriels, du capital monopoliste états-unien**.

Bien entendu, ces constats n’exonèrent en rien le capital « français », tout aussi prédateur que le capital allemand par rapport aux pays de l’Est et du Sud (sans parler du maintien de la sanglante « Françafrique »), et dont les chefs de file médéfiens, soutenus par l’Arc maastrichtien qui va du PS aux LR, poussent plus loin que jamais leur double vassalisation à l’égard à la fois des USA et de la RFA (entre Fillon et Macron, il y a contradiction entre deux ailes du grand capital français, ce que révèlent comme toujours « grandeur nature », les différends sur la politique étrangère, en clair, les positionnements divers des candidats présidentiels sur la question russe).

Les contradictions impérialiste se creusent à nouveau

Toujours est-il qu’après la victoire du Brexit, l’élection de Trump montre qu’à nouveau les contradictions d’intérêt, longtemps relativisées par la commune croisade contre le socialisme réel, se creusent à nouveau entre les deux rives de l’Empire euro-atlantique : piétinement des négociations sur le TAFTA, déclarations fracassantes de Trump sur l’obsolescence de l’OTAN, exigence trumpiste que les Européens « paient » leur propre défense, rapprochement au moins conjoncturel avec la Russie pour tenter d’isoler la  et de rompre les tentations de rapprochement entre les  (dont l’aile marchante est le partenariat stratégique entre Pékin et Moscou). A l’arrière-plan, on trouve l’impuissance de la « toute-puissante » US Army à juguler les peuples du Proche-Orient, à mettre au pas la Russie, à régenter la Mer de Chine, à annexer l’Ukraine et la Crimée sans coup férir***, l’incapacité durable de la CIA à déstabiliser décisivement (malgré d’intenses tentatives !) Cuba socialiste et ses alliés de l’ALBA. Tout cela engendre de fortes oppositions mercantiles entre la RFA et ses vassaux et les USA de Trump, avec de fortes oppositions à l’intérieur même des Etats impérialistes (lesquels ne sont pas monolithiques : la guérilla déclenchée par le camp Clinton-Obama contre Trump, avec la volonté évidente d’entraîner la Russie dans une escalade avec Washington, n’a rien d’anecdotique !), et pour finir, la remise en cause de l’UE elle-même par Donald Trump…

Tout cela montre que, sans bien entendu remettre en cause le primat absolu des contradictions « Capital/Travail /// Impérialisme/Peuples opprimés », de nouvelles lignes de fracture inter-impérialistes se creusent, dont certaines – sous des formes évidemment très nouvelles – ne sont pas sans rappeler les fractures géopolitiques des deux précédents conflits mondiaux…

 

Pour le moment, le Japon impérial continue de privilégier ses relations avec les USA, mais il profite de l’affaiblissement relatif de leur ancien vainqueur pour

  •  promouvoir un négationnisme historique effarant au sujet des crimes de l’armée nippone à l’encontre des peuples chinois et coréen, les USA du « gentil » Obama continuant de leur côté à légitimer l’abomination d’Hiroshima ;
  • sortir du cadre pacifique imposé par l’actuelle Constitution du Japon qui interdisait jusqu’ici à l’Empire du Soleil Levant d’envoyer des troupes hors de l’archipel nippon. Bref, avec l’appui de leur ancien vainqueur états-unien (celui d’Obama à l’égard de Shinzo Abé, celui, implicite, de Trump, à l’égard de l’Europe allemande sommée d’accélérer sa course aux armements), les principales deux puissances vaincues de 1945 vont très certainement relancer fortement leurs dépenses d’armement. Qui peut croire que ce soit pour le bien de l’humanité et de leurs peuples respectifs ?

Cela dit, l’ennemi principal des deux impérialismes, le Japon de Shinzo Abé et les USA de Trump, étant la Chine, le Japon impérialiste ne devrait pas avoir de grandes difficultés à s’entendre tout aussi bien avec Donald Trump qu’il ne s’entendait, hier, avec le « pacifique » Barak Obama…

l’ennemi principal des travailleurs d’Europe est bien sur leur propre continent où l’UE est de A à Z une structure d’oppression tourné contre les acquis sociaux, contre la  et contre les peuples souverains

Bien entendu, cela ne doit pas leurrer des révolutionnaires. Le prolétariat d’Europe n’a que faire de se ranger derrière « l’Europe unie » ; il ne doit pas verser un sou pour la « défense européenne » ; il doit rire de l’hypocrite pilotage « humanitaire » de l’UE par Berlin et ses bons amis du PS et d’ « Europe-Ecologie les Verts », cette pointe avancée et particulièrement arrogante de l’euro-fédéralisme impérialiste. Quant à la « sauvegarde du modèle social européen face à l’Oncle Sam », c’est une plaisanterie : l’Axe Berlin/Bruxelles (complété par le MEDEF et par les partis à sa dévotion s’agissant de la France) est le premier à démolir au quotidien l’ainsi-dite « économie sociale de marché » que la RFA pratiquait ou feignait de pratiquer peu ou prou, contrainte et forcée, tant qu’il lui fallait « tenir » la concurrence politico-sociale de la RDA. En réalité, rallier le bandit impérial européen « pour résister à Trump », conduirait tout droit le mouvement ouvrier ouest-européen à cautionner la marche à l’affrontement contre la Russie en prenant le risque d’une guerre mondiale exterminatrice bien pire encore que celle de 39/45. Dans la mesure où les partis sociaux-démocrates européens (le « PS européen » dominé de la tête et des épaules par le SPD, avec son appendice pseudo-radical, le Parti de la Gauche Européenne auquel sont affiliés le PCF et Die Linke), sans parler de la très immobiliste Confédération Européenne des Syndicats, continuent à vendre le mensonge paralysant de l’ « Europe sociale, démocratique, pacifique » dans le cadre de l’UE/OTAN, ils ligotent (de plus en plus malaisément !) la classe ouvrière d’Europe à l’Empire social-maastrichtien en crise. Tâche de plus en plus malaisée tant ledit Empire en crise se fait de plus en plus dictatorial (cf l’attitude récente de Schäuble envers les pensions des Grecs les plus pauvres), de moins en moins « pacifique » et de plus en plus fascisant (chasse aux sorcières anticommuniste en voie de généralisation d’Est en Ouest, alliance russophobe de la social-démocratie « civilisée » occidentale avec les néonazis ukrainien, répression accrue du syndicalisme de classe).

 

 

Bref, de même que l’ennemi principal des travailleurs états-uniens est bel et bien dans leur propre pays (souvenons-nous de la formule du communiste Karl Liebknecht, « der Hauptfeind steht in eignem Land »), de même l’ennemi principal des travailleurs d’Europe est-il bien sur leur propre continent où l’UE est de A à Z, du Traité de Rome à nos jours en passant par le déni du Non français à la constitution européenne, une structure d’oppression tournée contre les acquis sociaux, contre la paix et les peuples souverains. Bien entendu, un soutien des travailleurs européens à Donald Trump via le soutien de certains d’entre eux aux extrémistes de droite (Le Pen ici, AfD en Allemagne, Orban en Hongrie, Aube dorée en Grèce, etc.) ne serait pas moins dangereux. Que serait d’ailleurs une Internationale… des protectionnistes bourgeois ? Qui ne voit que le protectionnisme bourgeois, tourné contre les autres peuples et non pas orienté vers la coopération entre peuples libres, n’est qu’une autre voie pour marcher à la guerre impérialiste mondiale, que nourrit lui aussi le pseudo-libre-échange actuel d’Obama, de l’UE et du « Traité transatlantique ».

Sommet des BRICS – 2014 – Brésil

Quant aux BRICS, il faut se garder à leur égard des deux erreurs suivantes :

  • la première consisterait à idéaliser leurs dirigeants en oubliant, par ex., qu’en Russie, la contre-révolution a été faitepour le plus grand malheur du peuple russe (par ex. en ce moment, le parti de Poutine fait campagne pour expulser du Kremlin le tombeau de Lénine, et nul ne peut ignorer le signal anticommuniste qu’un tel geste donnerait aux forces réactionnaires du monde entier) ; ni qu’au Brésil un pouvoir archi-réactionnaire s’est mis en place pour aider les USA à liquider la gauche latino-américaine toutes tendances confondues. Nul ne peut ignorer non plus qu’en Chine, où de notre point de vue la contre-révolution n’a pas encore triomphé et où le PCC tangue entre une orientation néolibérale durcie et l’actuelle ligne patriotique tournée vers l’essor du marché intérieur, les acquis subsistants du socialisme sont pour le moins mal assurés.
  • La seconde erreur serait de négliger le fait que dans tous les BRICS de puissantes traditions communistes existent, que les forces marxistes-léninistes n’y ont pas été éradiquées, bien au contraire et qu’objectivement, quelles que soient les intentions des dirigeants politiques et des milieux économiques capitalistes de ces pays, l’existence des BRICS fait obstacle à la domination mondiale univoque des trois prédateurs principaux, USA, Europe allemande et Japon. En aucun cas des communistes ne peuvent négliger l’analytique des contradictions principales et secondaires (cf le brillant essai de Mao intitulé De la contradiction) sous peine, soit d’être écrasés par un ennemi de classe « invincible » (tant qu’il n’est pas un tant soit peu divisé : songeons au tournoi des Horaces et des Curiaces !), soit  – pis encore – de devenir les idiots utiles de tel ou tel impérialisme ou sous-impérialisme. Aucun soutien, donc, au surarmement annoncé des super-prédateurs euro-atlantiques contre les peuples russe, chinois, latino-américains, africains, proche-orientaux, sud- et est-européens, mais aussi, dans tous ces pays, solidarité de classe et soutien politique (ce qui ne signifie pas systématiquement alignement) aux communistes, plus précisément, aux marxistes-léninistes, mais aussi aux forces patriotiques et progressistes de ces pays.

Nous, militants franchement communistes, vivons en France, pays capitaliste, donc dans l’UE, bloc impérialiste, et nous agissons pour une République sociale, souveraine et fraternelle en marche vers le socialisme-communisme. Nous devons donc combattre Trump et l’impérialisme US, dont les deux versants, « mondialiste » (sic) et « isolationniste » (sic) ne sont pas moins dangereux pour la paix et la souveraineté des peuples, à commencer par celle des peuples cubain, vénézuélien et palestinien ; mais nous ne devons pas moins fortement combattre la bannière étoilée de l’Europe allemande (fût-ce à travers le slogan mielleux de l’ « Europe sociale » et de la « défense européenne pour sauver nos valeurs »). Il nous faut exiger la sortie par la gauche de la France de l’euro, de l’UE (Frexit progressiste) et de l’OTAN, sans cesser de dénoncer les ingérences et prédations de l’impérialisme français en Libye, en Afrique subsaharienne et au Proche-Orient. Aucune faiblesse non plus, faut-il le dire, à l’égard du chauvinisme et de la xénophobie euro-compatible de la dynastie Le Pen****. Bien entendu, nous ne cesserons pas de tendre la main aux communistes allemands*****, ainsi qu’à nos courageux camarades « rouges » des Etats-Unis d’Amérique, où un vent progressiste nouveau s’est levé, notamment dans la jeunesse, à l’occasion des primaires démocrates.

C’est sur cette ligne à la fois patriotique, internationaliste et anti-impérialiste que milite le PRCF, qui diffuse présentement aux entreprises du pays son programme 100% anti-UE, 100% anti-OTAN et 100% anticapitaliste. Au-delà des divergences compréhensibles qui peuvent diviser les communistes en période d’élections bourgeoises, comment de véritables révolutionnaires pourraient-ils ne pas s’unir sur cette stratégie léniniste ?


*Le social-pacifisme européiste n’est jamais très éloigné d’une exaltation conquérante de l’Empire européen sous l’égide de l’Etat momentanément le plus fort : l’évolution des « Verts » allemands et de leurs vassaux français en est une triste illustration…

**voir l’actuelle guerre de communiqués entre Trump et le ministre allemand Sigmar Gabriel sur les mérites comparés de Mercedes et des voitures américaines…

***c’est cette annexion à l’orbite euro-atlantique qu’a tenté de provoquer l’Euro-Maidan sous influence ouverte de John Kerry. L’aide russe au Donbass et l’annexion de la Crimée ont SUIVI et non précédé l’ingérence occidentale en Ukraine et son recours peu ragoûtant aux néonazis ukrainiens de « Svoboda ».

****les récentes déclarations de Marine Le Pen attestent ce que nous avons toujours affirmé : le FN ne veut sortir ni de l’euro, ni de l’UE, ni de l’OTAN. La (non-)sortie de l’euro n’est rien d’autre qu’une monnaie d’échange de second tour entre les LR et le FN. Si Mme Le Pen gagnait la présidentielle, elle aurait besoin des députés LR pour « mettre la France en ordre » (tel est désormais son slogan clairement fascisant), ce qui est sa véritable mission de classe au détriment du mouvement ouvrier. On peut parier qu’alors, elle « suspendrait » toute velléité d’affrontement avec l’UE pour obtenir en échange le soutien de la « droite forte » et des autres éléments ultraréactionnaires qui infestent l’ex-parti « gaulliste ». Le FN pourrait alors devenir officiellement « Rassemblement bleu marine ». Pour le plus grand déshonneur de notre pays, le FN viendrait clore le cycle progressiste ouvert, pas seulement pour la France, par la Révolution française. Cf http://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/le-pen-et-le-fn-contre-la-sortie-de-leuro-et-de-lunion-europeenne/

***** Que nous ne confondons pas avec le « Grand Européen » Gregor Gysi : ce liquidateur du SED et de la RDA est récemment devenu le président du PGE aux côtés de Pierre Laurent, vice-président de ce parti.

http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/trump-brexit-merkel-shinzo-abe-redeploiement-contradictions-inter-imperialistes-georges-gastaud/ 

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Published by Vendémiaire - dans International
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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 17:37

Le dernier Conseil National a témoigné des difficultés considérables dans lesquelles se débattent les communistes alors que les campagnes de la présidentielle et des législatives s’amorcent.

Le renoncement à une candidature communiste à la présidentielle continue d’affaiblir considérablement notre visibilité nationale et handicape nos candidats aux législatives. Dans ces conditions, la campagne autonome annoncée tient de la prouesse.

Notre soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon se heurte à son indifférence apparente. Il est clair que celui-ci, sur le terreau de la décomposition politique, s’installe dans une démarche présidentiable et personnelle visant entre autres à dépasser les partis et tout particulièrement le PCF, avec l’objectif de s’approprier notre électorat achevant ainsi le projet entamé par François Mitterrand.

La vieille union de la gauche, issue du programme commun, agonise des renoncements de la social-démocratie et d’une conception renvoyant au sommet la transformation sociale. Certains espèrent pourtant toujours profiter de l’intransigeance de Jean-Luc Mélenchon et agitent la chimère d’une candidature de rassemblement issue de la primaire socialiste, alors que les communistes ont largement rejeté cette hypothèse et que le Parti socialiste est au bord de la décomposition/recomposition.

Dans ces conditions, de très nombreux camarades s’interrogent sur la stratégie suivie depuis plusieurs années et la légitimité de la direction nationale. Le refus de l’effacement du PCF est de plus en plus largement partagé, c’est un point d’unité qui peut être le fil rouge d’un renouveau de notre parti. Le respect du choix des communistes pour la présidentielle et la mobilisation de toutes nos forces pour les législatives sont essentiels.

Nous prenons date pour un débat stratégique, bilan, perspectives et responsabilités de la direction nationale, qui devra s’ouvrir après la période électorale qui se terminera par les sénatoriales. Ce débat ne peut se limiter aux présidentielles, il doit aborder autant la question de l’Union européenne que celle des grandes réformes nationales nécessaires, en passant par la bataille pour la Paix. Nous avons besoin de construire le chemin de la conquête du pouvoir et de la révolution populaire dans un pays capitaliste développé, alors que de plus en plus de citoyens mesurent les limites d’une démocratie renvoyée au seul système électoral.

Avec la présidentielle, le capitalisme n’a qu’un objectif : créer les conditions d’une nouvelle aggravation de l’exploitation des salariés, de la marchandisation de la vie humaine et de sa domination sur toute la planète. Il ne peut y parvenir avec un gouvernement en faillite et lance donc ses pions pour garder la main : droite dure avec Fillon, fascisme avec Marine Le Pen, ainsi que le leurre Macron, celui qui promet que « quand on croit à ses rêves, ils finissent par se réaliser », le comble du cynisme quand on sait les rêves brisés par la misère, la guerre et le pillage de la planète de millions d’êtres humains.

Notre combat, c’est de construire la résistance à ce nouveau recul social et démocratique qui s’annonce, jusqu’à l’empêcher et à ouvrir une nouvelle perspective. Nous appelons les communistes à refuser la paralysie, le renoncement et les vieilles combines d’appareil qui ne peuvent que nous enfoncer dans l’effacement du PCF. Soyons nous-mêmes et travaillons ensemble à une campagne communiste appuyée sur l’ancrage de nos militants dans les entreprises et les quartiers, le travail et le rayonnement de nos élus. Par nos propositions, nos actions et nos initiatives politiques, redonnons confiance au peuple dans sa force et sa capacité à transformer la société. Plus que jamais notre pays a besoin d’un parti communiste qui joue pleinement son rôle.

Déclaration signée par :

Caroline Andreani, Danielle Trannoy, Gilles Gourlot, Jean-Pierre Meyer, Jean-Jacques Karman, Paul Barbazange, Anne Manauthon, Marie-Christine Burricand, Michaele Lafontant, membres du Conseil National et Hervé Poly, secrétaire départemental du Pas-De-Calais

Michelle Bardot (67), Floriane Benoît (38), Gilbert Rémond (69), Laurent Santoire (93), Sandrine Minerva (34), Hervé Fuyet (92), Pascal Brula (69), Robert Brun (26), Pierre-Alain Millet (69), Bernard Trannoy (33), Guillaume Sayon (62), Clara Gimenez (34), Rémy Ferront (73), Michel Dechamps (06), Nicolas Peyraud (13), Christian Harquel (34), Danielle Bleitrach (13), Willy Pepelnjak (38), Luc Basin (26), Aimé Couquet (34), Amandine Lampin (31), Danièle Viallet (34), Pierre Viallet (34), Olga Touitou (13)

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 17:15

«Nous devons étudier aux rayons X l’expérience soviétique», interview de Camilo Guevara

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Interview de Camilo Guevara

« Si tous les gens de gauche, oubliant leurs différences, s’unissaient au moins le temps d’une seconde, s’en serait fini du statu quo actuel ».

8 septembre 2016

http://liva.com.ua/guevara-camilo.html

Préambule d’Oleg Yasinski : L’idée de cette interview est née il y a plusieurs années à Kiev. Mon ami, le journaliste Andrei Mantchouk, avec l’aide de l’Institut cubain d’amitié entre les peuples, avait rencontré Camilo lors d’un voyage à Cuba. Camilo lui avait raconté quelques histoires du temps où il faisait ses études en Union soviétique, démontrant d’ailleurs des capacités remarquables dans la maîtrise de l’argot russe. Je pensais que ce serait intéressant de lui poser quelques questions sur la pérestroïka et les raisons de l’effondrement de l’Union soviétique.

A l’époque, nous ne pouvions imaginer un seul instant que le pouvoir en Ukraine serait usurpé par les ultra-nationalistes, qu’il y aurait des morts parmi nos amis et connaissances, que les livres d’Andrei seraient mis à l’index et que lui, ainsi que de nombreux autres citoyens honnêtes feraient l’objet de menaces et de harcèlement.

Entre autres manifestations de leur démence, certains idéologues du nationalisme affirmaient que Che Guevara était un de leurs héros, qu’il admirait aussi l’UPA et avait même acquis chez elle ses tactiques de guérilla. Je l’ai pris comme une insulte personnelle, et ai décidé de contacter le plus vite possible quelqu’un de la famille du Che pour qu’il puisse apporter un démenti.

Quelque temps plus tard, ayant été invité à Cuba par des amis colombiens impliqués dans la lutte pour la paix, j’ai repensé à ce sujet et écrit à Camilo. Enfin, après quelques tasses de café sur son lieu de travail à La Havane au Centre d’études Che Guevara, j’ai pensé que ce serait intéressant de transformer cette conversation en interview et aborder non seulement le sujet de l’Ukraine, mais aussi parler de la situation présente des forces de gauche en Amérique latine et à l’échelle mondiale.

C’est ainsi qu’est née cette conversation, réalisée par e-mail. Assurément, elle sera un témoignage supplémentaire du moment historique complexe que nous vivons aujourd’hui, si éloigné de nos rêves. Je ressens ces paroles non seulement comme des opinions, mais aussi en tant que matériau possible pour la construction de ponts entre les temps et les mondes, fragmentés aujourd’hui par le néolibéralisme.

Ernesto Guevara était le père de mon interlocuteur, et peut-être aussi de toute une génération de gens capables de donner leur vie et leur mort pour la construction d’un monde meilleur, sans rien demander pour soi-même, l’une des rares personnes qui n’ayant pas accumulé dans la vie un grand nombre de succès matériels tangibles, a réussi à illuminer l’humanité d’une clarté qui est restée avec nous pour toujours.

Le grand poète cubain José Martí, dans un article écrit en exil a déclaré que «la patrie c’est l’humanité ». L’opinion de Camilo Guevara nous semble une contribution importante à la construction ou au salut de cette patrie, en effet il faut dire que, outre le fait qu’il est le fils de Che, il est aussi le fils ordinaire d’un peuple si particulier, le peuple Cubain. Ordinaire, parce que nombreux sont sur l’île ceux qui continuent le chemin dans la même direction et c’est peut-être la seule chose qui importe vraiment.

– Camilo, tu as vécu et étudié en URSS. Quels moments ou quelles histoires de cette période t’ont le plus marqué?

– Ma première rencontre avec Moscou a été tout à fait particulière, je m’en souviens toujours clairement, malgré le fait que ma mémoire ne soit pas très bonne. En outre, c’était mon premier voyage à l’étranger, je me trouvais dans un état quelque peu euphorique, même si, du moins je l’espère, cela ne se remarquait pas.

Tout ce que je savais alors à propos de l’Union soviétique provenait des histoires qu’on m’avait racontées, d’informations trouvées dans les journaux, plus une bonne dose de littérature soviétique et pré-soviétique, principalement russe, et toutes sortes de documentaires et de longs métrages. Et aussi, quand j’étudiais à « Camilito » (école militaire cubaine que l’on appelle familièrement du nom de Camilo Cienfuegos, où sont formés les futurs officiers, NDT) nous avions des professeurs de russe.

C’était comme une sorte de reflet de quelque chose d’important, quelque chose de sublime. Je n’avais jamais été en Russie et me faisais une image quelque peu exagérée et édulcorée de ce grand pays.

Je suis arrivé à Moscou en septembre 1981, quand j’avais à peine dix-neuf ans. Tu sais ce que c’est que cet âge. J’étais assailli de toutes sortes de rêves. Certains tout à fait terre-à-terre, d’autres  plus élevés. Ce soir-là était frais, presque froid, et à respirer l’air de Moscou j’éprouvais un sentiment très étrange. Je m’imaginais plus ou moins la façon dont les choses fonctionnaient ici, tout ce que l’on peut voir et toucher, mais je voulais goûter les odeurs, respirer l’air, sentir le changement des saisons.

L’arrivée de notre groupe n’a pas été quelque chose de particulièrement exceptionnel. Au contraire, personne n’a remarqué notre arrivée, il n’y a pas eu de rassemblements festifs ou discours de bienvenue. Néanmoins, comme je l’ai dit, ce fut un moment très spécial dans ma vie.

Puis il y a eu beaucoup d’épisodes heureux, dont le souvenir me fait chaud au cœur. Une expérience de vie qui vous marque à jamais. Beaucoup de ce sans quoi aujourd’hui je serais probablement une personne complètement différente.

Je ressens une très grande proximité par rapport à ce peuple, si hospitalier, si solidaire et amical pour les Cubains. Son histoire, sa littérature, son art me sont chers. Ses défaites et ses victoires, je les vis comme les miennes. J’ai appris à les aimer comme une partie de moi.

– La restauration du capitalisme dans l’ex-Union soviétique a été une surprise pour tous ceux de ma génération. Nous ne savions pas que dès le début des années 60, le Che avait averti du danger. Pour toi aussi, ce qui est arrivé a été une surprise?

– Oui, parce que toutes les prédictions, en dépit de la justesse des arguments, dépendent toujours de nombreux facteurs. Nous parlons d’un grand pays qui a développé sa propre révolution, malgré l’opposition de tous les éléments hostiles. Elle a vaincu les hordes fascistes au prix d’énormes sacrifices de son peuple, rendant un précieux service à l’humanité. Les Soviétiques ont accompli beaucoup d’exploits et réalisations dans divers domaines. Je pense que cela ne peut être nié, même par les plus grands critiques et les pires ennemis, s’ils ont un minimum d’objectivité. J’ai toujours été convaincu qu’il n’y avait pas de force dans le monde qui puisse détruire ce travail titanesque. Mais j’ai sous-estimé la puissance destructrice de la bureaucratie politique, le poids des erreurs accumulées et l’influence capitaliste sur la mentalité de certains dirigeants.

L’avalanche, qui depuis longtemps amassait de l’énergie, s’est enclenchée. La perte croissante de confiance dans le projet socialiste soviétique et le Parti communiste tombé en léthargie a créé un terrain fertile pour le scepticisme universel et conduit, par voie de conséquence, à des mesures suicidaires stupides. Je pense, même si aujourd’hui cela ne sert plus à rien, que dans ce cas particulier, certains des problèmes pouvaient être résolus sans qu’il ait été nécessaire de tout bouleverser. Mais toutes ces réflexions ne sont que des hypothèses. Néanmoins, je suis d’avis que vraiment on pouvait et devait apporter les modifications nécessaires, sans tomber dans le chaos.

Le Che a averti qu’au sein de l’Union soviétique avait déjà commencé une coexistence avec le capitalisme. Et surtout, il voulait alerter sur cette situation les révolutionnaires, supposant que cela risquait de donner un coup d’arrêt aux efforts pour construire une société plus juste et plus humaine. Il savait quels dégâts cela pourrait entraîner pour les forces progressistes dans le monde entier. En effet, l’Union soviétique pendant une longue période et pour beaucoup de gens a été une grande ligne directrice idéologique.

– Quelles étaient selon toi les principales faiblesses ou contradictions du modèle soviétique du socialisme qui ont permis de le vaincre? Dans la gauche post-soviétique ce sujet se réduit souvent à un débat entre partisans du trotskisme et du stalinisme. Y a-t-il un autre point de vue, plus en profondeur?

– Je pense que nous avons encore à faire une analyse de tout cela, et la plus scientifique possible. En d’autres termes, une analyse sans sentimentalisme ou sympathies idéologiques, afin de parvenir à un résultat plus ou moins juste. Je ne demande pas que l’on considère le sujet en abandonnant nos positions militantes ou de classe, c’est impossible. Mais je veux que l’on essaye d’examiner attentivement cette expérience, qu’il convient de mettre complètement à nu, d’ausculter et d’explorer aux rayons X – jusqu’au moindre recoin, pour comprendre les racines de tout ce qui a été bien ou mal fait. Parce que cette expérience, dans sa version améliorée, est peut-être notre seule chance de salut en tant qu’espèce.

A qui revient cette tâche? Bien sûr, à ceux qui sont convaincus que le capitalisme c’est la barbarie et que le moment historique actuel doit être surmonté.

Beaucoup pensaient que le socialisme était la solution, mais quel socialisme? Celui qu’avaient commencé les révolutionnaires soviétiques avec Lénine, ou celui qui était à l’époque de Staline? L’expérience vietnamienne, chinoise ou cubaine? Elles sont toutes différentes. Le socialisme s’est adapté aux différentes réalités, montrant parfois des réalisations exceptionnelles, et parfois des échecs lamentables. Par conséquent, nous voyons une très large gamme de versions du socialisme – si large que nous pouvons nous demander ce que peut être chacune d’entre elles et si toutes ensemble elles ne sont pas qu’un pâle reflet de ce qui pouvait être atteint. Nous voyons toute cette gamme, qui n’est probablement rien d’autre qu’une merveilleuse tentative de changer le monde qui n’a pas encore donné jusqu’à présent les fruits attendus.

Nous devons soigneusement et sans crainte explorer toute cette expérience. Nous devons séparer ce qui a été bien fait, de ce qui a été mal fait, sur la base des critères de l’humanisme révolutionnaire et de la plupart des nobles valeurs humaines. Il est de notre devoir de faire d’une nouvelle expérience quelque chose de cent pour cent positif afin que le système fonctionne, et résiste à l’épreuve du temps.

Si toutes ces questions pouvaient être réduites à un différend entre trotskistes et staliniens, la solution serait relativement simple. Je crains que cette question soit beaucoup plus complexe. Elle exige la résolution d’une myriade de problèmes économiques, psychosociaux, politiques et autres, qui sont innombrables, et qui ont empêché la formation d’une nouvelle société, qui en plus de tout le reste ne pouvait jamais se reposer sur ses lauriers, le lit a toujours été garni d’épines, toujours sous la pression d’une masse de difficultés et d’urgences, exigeant des décisions difficiles. Par conséquent, malgré les erreurs, nous avons beaucoup de réalisations dont nous pouvons être fiers.

Et je dois te dire que malgré tous les échecs évidents, ce n’est pas la fin. Le socialisme n’a été vaincu que dans les cas où, au cours de sa construction, les constructeurs se sont éloignés de son essence. Mais il y aura de nouvelles révolutions. Certaines répèteront les vieilles erreurs. D’autres feront mieux. Et ainsi progressivement nous arriverons à quelque chose. Personnellement, je pense que les réponses peuvent venir par différentes voies, parce que chacune d’elles sera spéciale. Mais en même temps quelques principes obligatoires dans tous les cas seront respectés. Par exemple, toujours chercher une alternative au capitalisme, rechercher le bien commun, être profondément humain, faire preuve de solidarité, être noble et juste, rationnel, etc.

– Les nationalistes ukrainiens d’extrême-droite qui ont pris le pouvoir à Kiev ont affirmé dans de nombreuses publications et déclarations officielles que le Che était un fan des partisans anti-communistes de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), avait étudié leur tactique, s’était appuyé dans la bataille pour Santa Clara sur les recommandations de ses conseillers et même avait invité leur chef Stepan Bandera à participer à la lutte contre Batista. Je pense qu’il est important que tu fasses un commentaire à ce sujet.

– C’est absolument impossible et ridicule. Et bien sûr, cette affirmation est loin d’être innocente. C’est une tentative d’utiliser au profit de la réaction la force symbolique que représente l’image du Che. Malheureusement, il y a beaucoup de gens crédules qui sont prêts à croire n’importe quoi, sans chercher un instant à réfléchir. Et les réactionnaires le savent bien et en profitent.

Ce n’est pas un accident et pas non plus un cas isolé. On m’a raconté un jour qu’à une manifestation néo-fasciste en Italie, il y avait des pancartes avec le portrait du Che. Et comme je pensais qu’il s’agissait d’une contre-manifestation de gauche qui était descendue dans les rues contre les fascistes, j’ai demandé à mon interlocuteur, « il y a eu du grabuge, hein? ». Mais il m’a corrigé en expliquant que les nazis eux-mêmes avaient apporté des pancartes à l’effigie du Che, comme matériel de propagande. Nous pouvons dire que ceci est le résultat des tentatives constantes pour séparer l’histoire et les idées du Che de son image, qui a fait l’objet d’une diffusion universelle et reçu une signification particulière.

Ceci est un type courant de manœuvre tactique. La confusion est un outil très efficace pour attirer les masses, qui déterminent la direction des événements, de son côté. Ces tentatives se distinguent généralement par la grossièreté et la malhonnêteté, pour ces gens-là le but justifie toujours les moyens. Après un certain temps, ou bien s’ils ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs, ils sont capables d’expliquer cyniquement que ce mensonge était nécessaire pour un plus grand bien. Ce plus grand bien, en règle générale, sera accaparé par une petite poignée de privilégiés.

Je ne critique pas les sentiments sincères des gens pour leur terre. A ce stade du développement de la civilisation, c’est tout à fait naturel. Pour nous, Cubains, ce sentiment est parfaitement familier. Mais en même temps, nous avons vu aussi des «patriotes» qui au nom du prétendu mal qui menacerait leur patrie sont prêts à se vendre corps et âme au premier venu qui leur promet des villas et des palais. Et si nécessaire – vendre leur patrie, aussi.

Nous sommes toujours très jaloux de notre souveraineté et de notre indépendance. Ce sont pour nous des choses sacrées pour lesquelles de nombreux Cubains sont morts depuis des siècles. C’est ce qui nous permet d’être ce que nous sommes aujourd’hui. L’un des symboles du XIXe siècle était notre cher général Mambi (guérilleros cubains qui ont combattu pour leur indépendance vis-à-vis de l’Espagne, en grande majorité des descendants d’esclaves africains) Antonio Maceo, connu sous le nom de « Titan de bronze ». Je le mentionne ici à titre d’exemple, parce que je pense que son intégrité et sa sagesse pourraient être utiles aujourd’hui aux Ukrainiens, malgré les grandes différences qui existent entre nous. Lorsque les États-Unis lui ont proposé leur «aide» dans la lutte contre la métropole espagnole, il a répondu : «nous devons compter entièrement sur nos propres efforts, il est préférable de nous soulever ou de tomber sans votre aide, plutôt que d’acheter une dette de reconnaissance à un tel voisin influent ».

L’OTAN n’est pas intéressé à l’indépendance ukrainienne, ni aux Ukrainiens eux-mêmes. Ce que veut l’OTAN c’est obtenir ces zones uniquement en raison de leur richesse et leur situation géographique. Et si l’Ukraine en fin de compte tombe entre leurs mains, vous verrez combien il sera difficile alors de se débarrasser d’eux. Ou bien ils laisseront l’Ukraine tranquille – mais quand elle sera dans un tel état qu’il sera difficile de la relever, et cela apportera beaucoup de malheurs pour le peuple ukrainien. Il serait utile que les Ukrainiens tirent les leçons de l’Irak, de la Libye et de la Syrie.

– En dépit de la trahison de Cuba par les dirigeants de la perestroïka, je suis impressionné et profondément touché par l’amour des Cubains pour nos peuples, qui à leurs yeux restent soviétiques. Que penses-tu des derniers développements là-bas et de la guerre actuelle en Ukraine? Comment cela a-t-il pu arriver?

– Parfois, je ressens une grande impuissance, quand je vois comment sont manipulés les sentiments des peuples dans l’intérêt des empires. Il est évident que la guerre en Ukraine est dirigée contre la Russie. Pour certains patriotes, il peut être très désagréable de voir ou d’apprendre que d’autres considèrent les choses de cette façon, mais c’est ainsi. En tout cas c’est comme ça que je le perçois.

Toute cette zone qui est divisée par des frontières d’aujourd’hui, a été le berceau de trois nations slaves, qui à un moment donné ont été réunies dans une république soviétique. Mais leur relation étroite a commencé bien avant la création, selon tel ou tel événement, d’un empire ou d’un pays. Leur sang et leur culture sont mélangés. Ils ont été alliés et frères beaucoup plus longtemps qu’adversaires ou ennemis. Par conséquent, et aussi pour d’autres raisons politiques et historiques, je ne peux toujours pas comprendre comment ils se sont laissés mener par des forces extérieures, qui profitent de leur querelle.

Dans l’histoire post-soviétique il y a eu un moment où régnait un équilibre délicat entre des forces qui voyaient les problèmes avec des positions opposées. Faisant son travail de sape, l’Occident – appelons-le ainsi, même si le terme n’est pas exact – a créé à travers sa clientèle locale des conditions pour changer radicalement la situation et réaliser un coup d’Etat. Immédiatement après, on a tenté de réprimer toute résistance – par la terreur, la propagande nationaliste et raciste, en utilisant une campagne de style nazi. En conséquence, la chaudière a explosé, et différents projets se sont clairement positionnés sur les territoires en conflit. Et certains d’entre eux ont même déclaré leur indépendance.

Le nationalisme est l’un des extrémismes les plus nuisibles, qui réveille les plus viles passions d’un homme. Le fait que ses représentants étaient des alliés des Allemands dans la Seconde Guerre mondiale, et que leur discours et leur propagande soient si réactionnaires, ce n’est pas une coïncidence. Ces gens n’ont absolument rien à ajouter au trésor des valeurs humaines universellement reconnues.

Je considère que Rosa Luxemburg a injustement accusé Lénine de la création du problème du nationalisme ukrainien. Nous savons que l’indépendance a été accordée à l’Ukraine conformément à la volonté clairement exprimée par le gouvernement bolchevique léniniste. Rosa Luxemburg est une grande autorité et une brillante intellectuelle. Étant une révolutionnaire polonaise qui a vécu et a été tuée en Allemagne, elle considérait que les Ukrainiens n’avaient jamais eu leur propre État, et donc qu’il n’était pas nécessaire de le créer artificiellement. À son avis, il aurait été préférable de joindre ce territoire, sur lequel vivait un peuple slave ethniquement proche, à la Russie, où, comme on sait, est survenue la révolution. Lénine n’était pas d’accord avec cette idée, parce que la révolution ne pouvait ignorer la volonté de toute une nation, et il fallait une décision démocratique. Remarque une chose : l’Ukraine était si importante pour les révolutionnaires russes que, selon les mots de Lénine, une condition nécessaire pour la construction du socialisme était le contrôle sur les ressources du bassin du Donbass. En outre, on connaît bien le rôle stratégique joué par l’Ukraine dans toutes les guerres menées contre la Russie. Et, malgré tout cela, il a été décidé de lui accorder l’indépendance.

Quelle que soit l’approche de l’analyse des événements historiques, la réalité est qu’aujourd’hui, l’Ukraine est un État en raison de ces circonstances. Et aujourd’hui, il n’y a pas le moindre soupçon que les Russes veuillent changer cela ou qu’ils aient quelque intérêt caché. S’il y a une chose dont les Russes n’ont pas besoin, ce sont des territoires. Ils ont besoin d’autre chose, de sécurité, mais cela peut être résolu par des accords et la bonne volonté réciproque. Donc, je ne comprends pas comment un vrai patriote peut soutenir ce conflit idiot, qui ne peut qu’apporter des maux incalculables aux habitants de la région? N’est-il pas préférable d’essayer de parvenir à un accord raisonnable et calmer le jeu? Et je suis sûr que la communauté internationale, les Russes et la majorité des Ukrainiens appuieraient une telle idée. Je veux dire les gens, parce que l’intérêt de certains centres de pouvoir et de leurs représentants locaux pour rapprocher la guerre des frontières russes est bien connu.

Les problèmes de ce type ne peuvent pas être résolus simplement. Tact et patience sont nécessaires. Il faut faire appel à la raison. Il faut être prêts à serrer l’autre dans ses bras, sans armes cachées. Lorsque se réveillent les passions les plus malsaines, lorsque tant d’erreurs et de crimes sont commis, cela n’a plus d’importance qui au départ avait tort ou raison. Le mal sera déjà fait et les principales victimes seront à la fois le peuple ukrainien et le peuple russe. Il ne faut jamais oublier les paroles qui sont adressées souvent à Cuba aux enfants prétentieux: « ce ne sont pas ceux qui provoquent qui se battent. »

– Les médias mondiaux, qui se proclamaient les yeux de l’humanité, proclament presque tous les jours depuis 20 ans la chute imminente du système cubain. Pourquoi le socialisme cubain n’a pas eu le même sort que le «socialisme réel» européen, qui s’est effondré immédiatement après la disparition de l’URSS?

– Je ne jurerais pas que ma réponse est la plus juste, mais il me semble que cela a à voir avec l’instinct de conservation, qui est très développé chez les Cubains. Le processus de colonisation a été à l’origine de l’émergence de notre peuple, divers ethniquement et religieusement. Néanmoins est apparue une culture commune, unie, en dépit du fait qu’elle est très ouverte aux influences différentes et qu’elle n’a pas de dogme, nécessitant la domination d’un seul modèle. C’est la principale caractéristique de notre identité. A quoi il faut ajouter la langue qui, comme vous le savez, est la même pour tous les Cubains.

Nous sommes un peuple uni par la menace extérieure. Notre existence est menacée parce que notre deuxième colonisateur, les États-Unis, ne reconnaît pas l’idée même de l’indépendance d’un pays si petit et géographiquement si proche du leur, qui, pardessus le marché, leur a résisté avec succès et depuis si longtemps. Cela nous oblige à être constamment en alerte. Et quand nous nous détendons un peu, l’Empire accourt pour nous rappeler que cela peut être une erreur mortelle. Notre histoire nous a toujours confrontés à un choix : être un protectorat, ou quelque chose comme ça, soumis aux caprices d’une «grande» nation, ou rester une république d’hommes et de femmes libres qui ont leurs propres intérêts et les défendent. A Cuba il y avait une bourgeoisie, et certains de ses membres ont réussi dans un sens où ils considéraient cela comme un succès, c’est-à-dire qu’ils avaient des propriétés, des ressources financières, et ainsi de suite. Mais cette bourgeoisie n’a jamais eu un projet national. Ses intérêts ont toujours été étroitement liés à d’autres, presque toujours avec les Yankees, qui étaient mille fois plus puissants et en même temps un point de référence idéologique pour ceux qui, en fait, représentaient leurs intérêts sur l’île.

Et cela a amené les Cubains les plus avancés à réfléchir, et ils ont décidé de créer quelque chose qui nous mènerait au bon port, sans trahir les idéaux de nos ancêtres, qui ont combattu pour l’indépendance. Et c’est pourquoi les vrais révolutionnaires (certains même avant la naissance de Fidel) avaient déjà considéré la possibilité de la route vers le socialisme et l’insurrection armée, afin de donner à notre peuple une chance pour l’avenir et pour en finir avec le statu quo colonial existant.

Et donc, après la chute de l’Union soviétique et du camp socialiste dans son ensemble, Cuba a continué à se battre pour ses idéaux. Le camp socialiste était pour nous un guide, mais pas la seule raison pour laquelle nous voulions et nous voulons continuer à nous battre. Les conditions sont réellement très compliquées et pourraient se détériorer davantage, mais même en étant pessimiste et si nous ne parvenions pas à ce que nous voulons, cela ne signifie pas que d’autres dans l’avenir ne réussiront pas. Bien que cela puisse ne pas plaire aux adversaires du socialisme, il est impossible d’arrêter le changement. Le capitalisme ne pourra pas éternellement aplanir ses contradictions, et plus la transition vers une nouvelle société tardera, plus il sera difficile de rétablir l’équilibre perturbé et plus la menace sera grande pour l’existence de l’humanité.

Le socialisme est encore très jeune dans le sens de l’expérience pratique. Il serait étrange qu’il soit parfaitement réussi dès le début. Toute l’histoire de l’humanité nous montre que ce n’est pas ainsi. Pour acquérir des connaissances il faut expérimenter, et cela implique inévitablement des erreurs et d’essayer à nouveau, jusqu’à ce que le but soit atteint. Et quand il sera atteint, il y aura certainement de nouveaux défis et il faudra leur chercher des solutions.

– Compte tenu des énormes progrès et des nombreux problèmes non résolus auxquels fait face aujourd’hui le peuple cubain, quels sont à ton avis les principaux risques et défis actuels?

– Tout d’abord, il faut sauvegarder et développer avec succès notre projet national, dont nous avons parlé plus haut : c’est extrêmement difficile, parce que les conditions ne sont pas propices. Nous devons survivre en tant que pays – et cela, à mon avis, ne peut être possible que dans le cadre d’un projet économique, politique et social, différent du capitalisme, comme le prouve toute notre histoire.

Il convient d’ajouter à cela le récent rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis, qui pour les deux parties est un défi. Pour la première fois en tant que pays indépendant, nous avons la possibilité de nouer des relations avec eux. A Washington, ils ont été tout à fait francs, en disant que leur objectif dans les relations avec Cuba révolutionnaire restait inchangé. Juste évolue leur tactique, et ils essaient de nouvelles méthodes pour atteindre leur objectif souhaité, qui est notre destruction. Je ne vois pas très clairement ce qui nous a incités à prendre cette mesure, peut-être notre désir de montrer une volonté de dialogue. Des efforts internationaux ont été faits pour que les États-Unis changent leur attitude intolérante envers Cuba. En conséquence, ils se sont retrouvés dans l’isolement, et il faut reconnaître qu’ils ont effectué une manœuvre politique intelligente, présentant leur contreproposition pour normaliser nos relations. Par conséquent, le seul fait que nous ayons accepté ce défi devra avoir des conséquences politiques et économiques. En tout cas, il me semble que la tentative d’établir une relation constructive et mutuellement bénéfique et respectueuse sur un pied d’égalité – qui est notre objectif ultime – sera un véritable exploit si à un moment donné, on réussit à obtenir des résultats significatifs.

De notre côté, il y a beaucoup de demandes justes auxquelles les USA ne sont pas très disposés à répondre. De leur côté, en tant qu’Empire, ils essayent de nous présenter des exigences absurdes afin de rétablir l’équilibre. Donc, nous sommes en ce moment dans une sorte de purgatoire, et le résultat de tout cela manque de clarté. Je fais confiance à nos diplomates et au gouvernement, qui, dans des circonstances défavorables ont obtenu des victoires très importantes. Je souhaite qu’en dépit de tous mes doutes, cette fois encore cela se passe ainsi.

Une autre tâche urgente est la nécessité de renforcer les positions de l’Alliance de l’Amérique latine et des Caraïbes et de contribuer au processus d’intégration régionale. C’est encore plus difficile parce que de puissantes forces font tout le possible et l’impossible pour fomenter des conflits sur notre continent. Et puisque le rapport des forces est changeant, la voie choisie par tel ou tel peuple dépend souvent d’intérêts qui sont étrangers à l’unification des forces progressistes. Alors parfois notre unité d’intégration faiblit.

L’Empire a en Amérique latine et dans les Caraïbes des alliés idéologiques et de classe, et notre région, qu’ils considèrent comme leur arrière-cour depuis leur création comme un état, est à nouveau une priorité pour leurs politiques – et pour la contrôler, ils n’épargnent ni la force ni les ressources. En ce moment ils s’activent particulièrement, leur objectif principal est le développement du bloc Pacifique, une manœuvre par laquelle ils veulent obtenir un marché énorme et des alliés obéissants pour contrebalancer la Chine et d’autres concurrents ou adversaires. Le potentiel de ce projet est utilisé par eux comme une incitation – ils distribuent généreusement des sucres d’orge à leurs serviteurs régionaux, font des promesses à droite et à gauche aux naïfs, qui, comme de coutume, sont nombreux.

Dans le même temps, il me semble absolument nécessaire de renforcer les liens politiques et économiques avec le reste du monde. Sur le plan politique, je pense que nous devrions jouer un rôle actif dans tous les forums internationaux, en y défendant les plus justes et nobles objectifs. Il est nécessaire de maintenir et, si possible, de renforcer notre soutien aux pays pauvres, que personne d’autre n’aide, où vont nos médecins, enseignants et techniciens – parce que nous devons défendre le principe humaniste de faire le bien et d’aider les personnes le plus dans le besoin. Cela ne doit pas être une politique politicienne, mais un acte sincère de sacrifice pour les autres – parce que ce faisant, nous grandissons et devenons meilleurs. Si nous croyons qu’un monde meilleur est possible, et que nous devons y parvenir, alors nous devons prêcher par l’exemple. Comment nous l’avons toujours fait.

– L’Histoire est une école où on ne cesse d’apprendre. Quels changements sont nécessaires aujourd’hui pour protéger le choix socialiste de Cuba?

– Je ne sais pas s’il existe des recettes ou des vérités définitives. Toutes les modifications possibles doivent être étudiées très attentivement et en détail – et en même temps, en toute sécurité et sans émotion excessive. Dans l’analyse de toutes les propositions doit prévaloir la clarté mentale. Il sera nécessaire d’examiner la sagesse et la volonté du peuple et, en même temps, compter sur l’expertise de nos spécialistes.

Ces décisions comportent une énorme responsabilité. Ceci est une question délicate et épineuse – elles doivent être prises très efficacement et avec une extrême prudence. Par conséquent, j’admire ceux qui en sont conscients et décident, en prenant sur eux tout le poids de la critique et des conséquences possibles.

Indépendamment de cela, personnellement, je voudrais que la recherche de nouvelles voies s’engage plus dans une direction qui ouvre de réelles possibilités pour des entreprises socialistes ou communautaires (coopératives, NDT), les libérant des schémas périmés. Si on ne les libère pas du costume étroit des schémas périmés, des mécanismes obsolètes qui ne fonctionnent plus et qu’on les met en «concurrence» avec des entreprises privées qui ont les mains complètement libres, et qui peuvent agir entièrement à leur discrétion – dans ce cas, vous pouvez être sûr que les gains seront entièrement en faveur d’une société privée, au détriment de l’entreprise d’Etat, qui ne pourrait dans ces circonstances réaliser son potentiel. Je voudrais voir ces expériences menées ouvertement, sans crainte, et que les personnes impliquées dans cela ne reçoivent pas de fausses promesses. Pour rendre les gens conscients de la possibilité d’erreurs et qu’ils soient prêts à revenir au point de départ, pour essayer de le faire différemment – mais sans jamais renoncer à nos rêves et espoirs.

La tentation d’ «aller à coup sûr» – par exemple, en donnant une chance aux rapports de production capitalistes – pourrait signifier un recul irréversible, ce qui ouvrirait la voie pour que nous devenions encore une fois quelque chose comme une colonie yankee. Je vois cela comme une grande menace. Dans ce cas, le projet national de Cuba, dont le monde a besoin comme un modèle alternatif de société, peut être reporté à un avenir incertain.

– Les gouvernements considérés comme progressistes d’Amérique latine connaissent aujourd’hui de graves problèmes – même si nous parlons de réalités et situations très différentes. Quel est selon toi le principal problème à résoudre par les forces de gauche dans la région?

– Sans un projet alternatif, sans plate-forme révolutionnaire, nous ne pouvons offrir que la répétition de l’existant. Par conséquent, tout d’abord, il faut avoir un projet alternatif. S’il existe déjà, il faut de manière urgente l’analyser de façon critique pour découvrir ses faiblesses et lacunes – afin d’être en mesure de le transformer en quelque chose de vraiment révolutionnaire. Et lorsque le projet commence à être mis en pratique, il est nécessaire de le surveiller en permanence et le corriger parce qu’il n’y a pas d’action humaine qui soit parfaite.

Beaucoup de gens font des choses valables, mais trouver maintenant une conception adéquate et équilibrée n’est pas facile. En outre, il est nécessaire de la rendre efficace, équitable, rationnelle, lui donner un idéal. Il est relativement facile de parler des défauts, de soi-même ou des autres. Il est beaucoup plus difficile d’élaborer un plan d’action pour les surmonter.

Une autre difficulté rencontrée par la gauche à travers le monde est sa désunion. Ce n’est pas par hasard si Marx s’est adressé à la gauche avec le slogan «Prolétaires de tous les pays – unissez-vous ». Tous les empires de l’histoire ont suivi le principe de «diviser pour régner», la division sape le potentiel des forces de gauche et rend possible une réalité dans laquelle l’exploitation et la répression sont de plus en plus mondialisées et chaque seconde causent de nouvelles victimes, en même temps que le nombre de privilégiés diminue.

L’une des réalisations les plus impressionnantes de la Révolution cubaine est le niveau actuel de l’unité de notre peuple. Le manque d’unité était autrefois le talon d’Achille de tous les mouvements révolutionnaires, y compris les mouvements du XIXe siècle qui ont précédé la révolution de 1959, dirigée par Fidel et le Mouvement du 26 Juillet. Vous me demandez les raisons qui nous ont permis de survivre à la disparition du camp socialiste. Ainsi, l’une des raisons importantes que j’oublié de souligner est l’unité de notre peuple.

Si toute la gauche, oubliant ses différences, s’unissait au moins une seconde, le statu quo actuel disparaitrait instantanément.

– Parmi toutes ces gauches d’hier, rénovées et honteuses de leur passé, et celles enlisées dans les dogmes d’hier, les nouvelles générations cherchent de nouvelles voies. Selon toi, en quoi le nouveau socialisme sera-t-il différent du socialisme du XXe siècle?

– L’essentiel est qu’il doit devenir réel. Si nous regardons de près la variété de modes de production qui se succèdent dans le cours de l’histoire de l’humanité, nous voyons qu’elles s’engendrent les unes les autres. On suppose que le socialisme rompt avec cette règle, il est lui-même un pont, une période de transition vers l’objectif principal, qui est censé être le communisme. Ce dernier n’a jamais été atteint, même si certains pensent que, à un moment donné, ils ont vécu sous le communisme – quand il y avait suffisamment de tout avec une juste répartition. Mais le communisme est bien plus qu’une répartition équitable des richesses, c’est une société sans crises et sans classes entrelacées dans leur combat mortel incessant. Le communisme suppose un autre mode de vie et d’autres relations qui nourriront mutuellement une société où prévaudront une morale et une éthique, visant à une solidarité globale entre les gens, pour qui les principes de l’humanisme deviendront la norme, où le travail ne sera pas un lourd fardeau dans un but de survie, mais un plaisir spirituel. Sans ces caractéristiques, nous ne pouvons pas parler de nouvelle société. Et nous ne devons pas oublier que notre objectif est le communisme, pas le socialisme, qui est une étape qui doit être surmontée avant l’ascension au sommet convoité.

Mais cela ne tombera pas sur nous, comme une manne du ciel. Pour y parvenir, il faudra beaucoup de travail et de luttes. Les gens au pouvoir ne connaissent pas de remords. Ils ne vont pas changer l’ordre établi, le fait que les enfants meurent de la pauvreté. Ils dorment paisiblement. Ils sont le produit et le résultat des relations industrielles qui les créent, et leur nature de classe leur dit comment se comporter. Ils peuvent être plus ou moins impitoyables, selon le niveau de résistance, selon qu’ils sont acculés ou non, ou s’ils sont matures en termes de classe. Cela signifie qu’ils cessent d’être une classe en elle-même pour devenir une classe pour elle-même, qui maintient son pouvoir et cherche à se perpétuer dans la subjectivité idéologique. Ils ont leurs philosophes, qui justifient la nécessité de l’assujettissement des masses. Ils dominent l’appareil d’Etat et le gouvernement, pour la destruction de tout ce qui leur est hostile. Cependant, ils ont une grande faiblesse: contrairement à nous, ils ne sont pas autorisés à vivre sans ennemi de classe, parce que c’est lui qui garantit leur existence. Sans plus-value pas de capitalisme. Par conséquent, il est nécessaire de leur ôter le pouvoir, de détruire toutes les formes de leur domination économique (la plus-value) et idéologique, vaincre leur armée, briser les mécanismes qui recréent l’ordre établi des choses.

On suppose que l’on pourra parvenir un jour à une paix relative, mais je pense qu’à mesure que les révolutions se radicalisent, mûrissent et prennent des mesures réelles vers la destruction de l’ancien système, il devient évident que l’agonie et les convulsions du monde qui meurt peut être mortelle. Et alors gagne le représentant de ta classe ou bien revient immédiatement ou progressivement au pouvoir le gouvernement déchu des oppresseurs, avec tout ce que cela signifie. C’est l’étape de la violence la plus réactionnaire.

Et la dernière chose que je veux dire à cet égard. Toutes ou presque toutes les véritables révolutions après avoir surmonté de grandes difficultés sont entrées dans une période de prospérité – faisant penser que tout continuerait de soi-même à se développer dans la même direction – mais ensuite elles ont commencé à expérimenter de nouvelles circonstances, pour des raisons internes, externes ou les deux, qui finalement les ont amenées à dévier de leur route. Mais je suis optimiste, et je pense que la plupart des vraies révolutions, celles qui sont le résultat d’un vrai besoin des peuples ont de plus grandes chances de survie. La révolution cubaine est l’une d’entre elles.

– Pour moi, le plus révolutionnaire dans les idées du Che est son concept de l’homme nouveau. S’il n’y a pas le rêve et le travail sur la création d’un homme nouveau – cohérent, solidaire, sans doubles standards, dénué de la petitesse que nous apprend au quotidien le système capitaliste – aucun changement économique n’a de sens. Peut-être l’échec du modèle soviétique en est-il la preuve la plus évidente. Selon toi, qui fait naître ou produit cet homme nouveau?

– Avant et après notre ère, et j’y inclue le Christ, l’humanité a connu de nombreux hommes et femmes en avance sur leur temps, avec des qualités personnelles particulières qui les distinguaient des autres et les transformaient en exemple à suivre. Peut-être ces hommes étaient-ils des messagers des temps nouveaux, de nouvelles valeurs, d’un comportement plus humain, un nouveau mode de vie qui donnaient de l’espoir aux autres; tout ce que leurs contemporains aimeraient voir plus souvent. Il est naturel que beaucoup aient pensé initialement que la diffusion mécanique de ces vertus dans la société était une solution possible à ses problèmes. D’autre part, ces paradigmes étaient une preuve remarquable de la possibilité d’être différent, même lorsque les conditions ne sont pas favorables. Ici se manifestait la volonté de la personne à surmonter les circonstances. Peut-être que ce modèle de vie est le point d’origine de l’idée dont tu parles, mais le concept de l’homme nouveau utilisé par Che est fondé sur des principes modernes et scientifiques. Beaucoup de révolutionnaires – et tout d’abord, les classiques du marxisme – attachent une importance particulière au rôle de transformation de l’homme dans la société, en la présentant sous la forme d’un dialogue permanent et riche entre l’individu et l’ensemble, puisque la société n’est pas une entéléchie conceptuelle. C’est un ensemble d’intentions, qui vivent ensemble, et il est supposé que leur enrichissement mutuel avec le modèle socialiste devrait être plus harmonieux.

Les Soviétiques aussi ont accordé une place au rêve d’un homme nouveau – dans les premiers stades de la révolution. Mais d’après ce que disent certains, cet idéal a été plus tard bridé par l’étau du stalinisme. Pour autant que je le comprenne, sans en être tout à fait sûr, Che a été le premier qui mettre un accent particulier sur cette idée, et personne d’autre n’a été si cohérent par rapport à elle en termes théoriques et pratiques. Non seulement il en rêvait, ce qui est plus ou moins évident pour quiconque croit que l’homme doit devenir meilleur et que nous ne pouvons pas nous arrêter à ce que nous sommes aujourd’hui, mais aussi il essayé de créer pour cela un milieu de vie, de la société et de l’économie, qui pourrait favoriser cette nouvelle approche. En outre, il était conscient du rôle joué par l’éducation dans la formation de l’homme nouveau. Malheureusement, il n’a pas eu le temps d’étudier la question plus en profondeur, afin de mieux affiner l’idée.

Bien sûr, ce concept d’un «homme nouveau» n’a de sens que dans une société socialiste ou communiste. Il existe entre eux une interdépendance inévitable, qui les contraint à la symbiose. Une telle société «obligerait» à agir selon la volonté libre de personnes instruites, conscientes de leurs besoins. Les possibilités s’élargiraient avec le développement de la société, qui à son tour serait le résultat de l’action des individus. Le Che a toujours insisté sur le fait que, sans l’éthique et la solidarité humaniste, ce processus serait incomplet et voué à l’échec. Bien sûr, au fur et à mesure de la construction d’une société communiste, beaucoup de ces exigences deviendraient inutiles, parce que les nouvelles conditions engendreraient automatiquement l’homme nouveau.

Ainsi, nous voyons d’une part une société juste, équilibrée et humaine, et de l’autre – l’individu, comme son centre et son résultat, avec sa capacité à l’auto-amélioration et la correction des erreurs et des contradictions, et, si nécessaire – la direction du vecteur de développement de la société. Cela peut sembler trop théorique ou utopique, mais le Che et d’autres camarades ont vraiment essayé d’en faire une réalité. Aujourd’hui même on peut avoir un aperçu de l’image de l’homme nouveau, un reflet puissant de l’impact de la révolution sur la conscience de la personne – par exemple, chez de nombreux médecins engagés dans des missions internationales dans les endroits éloignés du continent africain, en Amérique latine, dans une partie du monde où ils risquent quotidiennement leur vie, pour sauver la vie des autres.

– Quelles sont les modalités possibles de réunions et d’assistance mutuelle entre le Centre de recherche cubain Che Guevara et les mouvements sociaux et les organisations des autres pays?

– Nous sommes un modeste centre de recherche, qui a des relations avec de nombreuses organisations dans le pays et le monde, mais nous ne cherchons pas à embrasser l’immensité. Nous travaillons à une étude approfondie de l’héritage théorique et pratique du Che, à répandre ses idées – afin de les présenter dans toute leur profondeur et leur ampleur. Nous menons des travaux universitaires avec toute l’objectivité et la rigueur scientifique que cela comporte. Et notre centre participe au programme « Mémoire du monde » de l’UNESCO ce qui montre l’importance largement reconnue de ce patrimoine, qui peut être utile pour de nombreuses personnes à travers le monde. Bien sûr, nous aimerions apporter notre grain au moulin pour contribuer à changer le monde en mieux. Et si cela nous rassemble et fait de nous des camarades dans les mouvements et les organisations de lutte, c’est un grand honneur pour nous et nous sommes prêts à partager cet héritage enrichissant.

Interview réalisée par Oleg Jasinski

Traduction Marianne Dunlop

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 14:02
 


 

Les convulsions du capitalisme - Edito du n°14
 

A l’occasion du centième anniversaire de la révolution russe, la bourgeoisie du monde entier va mobiliser son armée d’historiens et de journalistes pour qu’ils nous disent, une nouvelle fois, à quel point les révolutions en général sont mauvaises – et en particulier celle qui porta au pourvoir le parti bolchevik.
 

On connait d’avance leurs arguments. Ce sont toujours les mêmes, creux et mensongers. Ils nous expliqueront que les horreurs du stalinisme étaient en germe, déjà, dans la révolution d’Octobre 1917, dans le parti de Lénine, voire dans le cerveau de ce dernier. Ils parleront d’Octobre comme d’un « coup d’Etat ». Ils disserteront sur l’effondrement des régimes staliniens, au début des années 90, qu’ils désigneront comme le tombeau de toute alternative au système capitaliste.
 

« Risque politique maximal »


Nous répondrons à cette propagande. Mais d’ores et déjà, on peut observer que les chantres du capitalisme n’ont plus la même flamme, plus le même optimisme qu’au lendemain de la chute de l’URSS, il y a moins de 30 ans. Ils broient du noir. Depuis la crise de 2008, rien ne va plus. Le « retour de la croissance » est comme un mirage : sans cesse annoncé, toujours reporté. Et les perspectives sont chargées d’« incertitude », comme le signalait Le Figaro du 30 décembre, qui citait ces propos d’Ulrich Grillo, le chef de l’organisation patronale allemande : « Le niveau d’incertitude mondiale a augmenté, tout comme l’imprévisibilité. Malheureusement, je crains que cela ne change pas beaucoup en 2017 ».
 

Oui, le « niveau d’incertitude » a augmenté, en 2016. Le Brexit et l’élection de Donald Trump, par exemple, n’avaient pas été anticipés – ni souhaités – par les stratèges les plus avisés du grand Capital. Il faut dire que ces deniers sont complètement déconnectés des conditions de vie et de l’humeur réelles des masses, qui subissent la crise de plein fouet et cherchent désespérément une issue. Le Brexit et Donald Trump, bien sûr, ne seront pas une solution aux problèmes des travailleurs britanniques et américains. Mais ces deux événements n’en signalent pas moins un profond rejet du « système ». En Italie, l’ex-Premier ministre Matteo Renzi vient lui aussi d’en faire l’amère expérience.
 

En retour, ces crises politiques – et leurs conséquences – déstabilisent un peu plus les fondements de l’économie mondiale. Le Brexit est loin d’avoir produit tous ses effets sur l’UE et son économie. Les vociférations protectionnistes de Donald Trump, avant son élection, font redouter une guerre commerciale avec la Chine, entre autres. La chute de Renzi aggrave les pressions sur un système bancaire italien au bord du gouffre. Or d’autres crises politiques de cet ordre sont inévitables. L’article du Figaro que nous avons cité a pour titre : Risque politique maximal pour l’économie mondiale. On ne saurait mieux dire.
 

Désordre mondial


A cela s’ajoutent les risques liés à l’énorme instabilité des relations internationales. Les peuples martyrisés du Moyen-Orient n’en ont pas fini avec les guerres impérialistes. Les médias occidentaux accusent Vladimir Poutine. Leur hypocrisie n’a pas de limites. Certes, en Syrie, Poutine défend uniquement les intérêts de l’oligarchie réactionnaire russe. Mais les impérialistes américains, français et britanniques sont très mal placés pour lui donner des leçons de pacifisme. Ils interviennent militairement dans cette région depuis des décennies. Ils sont les premiers responsables du chaos sanglant qui y règne – et du fondamentalisme, qu’ils ont armé et financé. Ils versent des larmes de crocodile sur la population d’Alep, mais ne trouvent que des vertus à l’offensive contre Mossoul. Ils passent sous silence la guerre monstrueuse que mène leur allié saoudien au Yémen, dont la moitié de la population se trouve exposée au risque de famine.
 

Face à la domination des Russes en Syrie, Donald Trump annonce qu’il veut davantage collaborer avec Poutine, lequel s’en félicite. Mais les déclarations diplomatiques sont une chose. Autre chose est la réalité des intérêts objectivement divergents des impérialismes américain et russe. L’establishment américain le rappellera fermement à Donald Trump. En attendant, son « isolationnisme » proclamé signifie sans doute qu’il se concentrera sur les zones d’influence traditionnelles de l’impérialisme américain. C’est lourd de dangers pour les peuples d’Amérique latine – et en particulier pour ceux de Cuba et du Venezuela.
 

La présidentielle et la campagne de Mélenchon


Dans son Programme de transition, écrit en 1938, Léon Trotsky écrivait : « la bourgeoisie marche maintenant les yeux fermés à la catastrophe ». De nos jours, elle y marche les yeux grands ouverts, instruite par toute une série de crises. Mais reste que, chaque fois, les événements la prennent par surprise. Elle les enregistre dans la stupeur de l’après-coup – et n’anticipe pas mieux ceux qui se préparent. Elle est profondément désorientée.
 

La situation politique française en est un bon exemple. Si l’on en croit les « experts » des médias bourgeois, le vainqueur de l’élection présidentielle est connu d’avance : ce sera François Fillon, après un deuxième tour face à Marine Le Pen. N’est-ce pas ce qu’annoncent tous les sondages ?
 

Il est bien possible qu’il en soit ainsi. Les politiques réactionnaires du gouvernement Hollande – et en particulier la loi Travail – ont porté un coup sévère à la crédibilité du PS, dont le candidat aura le plus grand mal à susciter de l’enthousiasme. Pour canaliser les électeurs réticents à voter Fillon, les médias feront la promotion du chevalier Macron, si beau, si frais, si faux. Quant à Marine Le Pen, elle sera promue comme vote « protestataire » sans danger pour le système – puis serait l’épouvantail idéal, au deuxième tour, pour que Fillon l’emporte facilement.
 

Sur le papier, ce scénario n’est pas absurde. Mais il n’est pas du tout certain, car il fait abstraction de la volatilité et de la polarisation extrêmes de l’« opinion publique », qui sont elles-mêmes l’expression de la colère et de la frustration explosives qui travaillent les profondeurs de la société française. C’est précisément cela que les « experts » ne perçoivent pas concrètement, car ils sont eux-mêmes déconnectés des conditions de vie et des souffrances de la grande majorité de la population. Aussi n’anticipent-ils pas tout le potentiel de la candidature de Mélenchon, qui offre la possibilité d’infliger au « système » un coup venant de la gauche, à partir d’un programme hostile aux politiques d’austérité, aux inégalités sociales et à la corruption de la démocratie bourgeoise.
 

Au moment où nous bouclons ce journal, le 3 janvier, les sondages attribuent à Mélenchon 13 à 15 % d’intentions de vote, soit déjà davantage que son résultat de 2012 (11 %). A l’issue des primaires du PS, il est bien possible que son vainqueur soit toujours moins bien placé que Mélenchon, dans les intentions de vote. Alors, le candidat de la France insoumise deviendrait, de facto, ce que les dirigeants du PS appelaient le « vote utile » face à la droite – lorsqu’ils en étaient les bénéficiaires. Cela ne manquerait pas de piquant. Mais au-delà de l’arithmétique des sondages, dont la valeur est limitée, il y a l’indiscutable élan d’enthousiasme dont la campagne de Mélenchon bénéficie dans de larges couches de la jeunesse et du salariat. Cet élan ne cesse de se développer. Il est tout à fait possible qu’il franchisse des seuils décisifs, dans les mois qui viennent. Révolution y contribuera à la hauteur de ses moyens, avec ses idées et son programme marxistes, et appelle tous ses lecteurs et sympathisants à faire de même.

 

www.marxiste.org

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 12:54

Paris, le 30 décembre 2016

 

 

Cher Arnaud, Cher Benoît,

Le Comité national d’organisation ou La Haute Autorité n’ont pas validé ma candidature légitime aux primaires citoyennes ouvertes à la gauche et aux écologistes des 22 et 29 janvier.

Le nombre significatif de mes soutiens : celui de nombreux élus socialistes, celui des quelque 13 500 citoyens de gauche, puis des 5 500 signataires du recours mobilisés en 48 h ont légitimé le discours de campagne que je tenais depuis le mois de juin 2016. C’est parce que ma candidature répondait à un besoin social profond (la défense des petits salaires et des petites retraites) que Jean-Christophe Cambadélis s’est montré déterminé à empêcher que je puisse parler aux électeurs de gauche. Ils ont fait exploser les critères de sélection des postulants candidats en cours de route : parrainages ou pas, BAP ou pas, « wild card » ou pas…

Le juge des référés a ouvert la porte à cette reconnaissance de l’éclatement scandaleux des règles mais il a refusé de s’engager plus loin en tant que tel.

Malgré mon éviction, mes amis et moi, et ceux qui nous ont rejoint, nous voulons plus que jamais sanctionner le bilan du quinquennat incarné aujourd’hui par Manuel Valls : c’est le TSCG, le CICE, les lois Sapin (ANI) , les 6 trimestres supplémentaires pour la retraite, les lois Macron, El Khomri et six 49.3 scélérats. Nous voulons faire réussir les primaires et faire gagner la gauche socialiste.

La gauche pour repartir et regagner une confiance de masse ne peut faire autrement que de rompre avec cet échec de 5 ans, qui nous a fait perdre 5 élections, qui a produit 1,3 million de chômeurs de plus, qui a donné 41 milliards de CICE au patronat au lieu d’aider l’emploi direct, une austérité qui cassait la relance, et enfin ils ont brisé 100 ans de droit du travail – même le dimanche !… Sans oublier le refus de l’amnistie des syndicalistes, le projet de déchéance de nationalité après le rejet des Roms et la stigmatisation des musulmans, ni les voyages en Chine pour dénigrer les 35 h ou en Arabie Saoudite pour dénigrer les salariés d’Air France traités, depuis là-bas, de « voyous ».

Après tant de déceptions, et disons-le d’un sentiment de trahison qui fait si mal, la reconquête de l’électorat, à la présidentielle et d’abord aux primaires, passe forcément par une bataille pour l’unité de la gauche autour d’un projet convaincant, répondant clairement à ses attentes et à une exigence sociale exacerbée.

Le projet que je souhaitais présenter à nos concitoyens porte le social au cœur avec des mesures phares à satisfaire dès le début du quinquennat et parmi elles : une hausse significative du SMIC et des plus bas revenus, la réduction du temps de travail à 32 h hebdomadaires, la limitation du travail précaire, le contrôle des licenciements boursiers, le plafonnement légal des rémunérations annuelles des dirigeants d’entreprises, l’extension des conditions de retour à la retraite à 60 ans, une réforme fiscale, une réforme bancaire, une transition écologique, une marche vers la VI° République.

L’espoir du succès de la gauche à la présidentielle passe par le rassemblement de ses composantes autour d’un socle commun porté par une candidature unique, que j’appelle inlassablement de mes vœux depuis plus d’un an.

J’ai l’intention, avec tous mes amis de Démocratie & Socialisme, avec tous ceux qui m’ont soutenu, de poursuivre cette bataille politique. Nous souhaitons que cette bataille pour battre Valls et mettre le social au cœur soit le fait d’un rassemblement large afin que les 22 et 29 janvier, le renouveau socialiste l’emporte et que le mieux placé de vous deux gagne la bataille face à Manuel Valls et son bilan antisocial.

Au départ, vous vous en souvenez, puisque je vous ai écrit et contacté à plusieurs reprises depuis septembre, j’avais voulu qu’on fasse des gestes clairs de rassemblement entre nous quatre - avec Marie-Noëlle Lienemann. Je vous le propose de nouveau.

Je vous suggère de l’accepter car il y a deux tours, et il va falloir additionner impérativement nos voix, les vôtres et celles qui s’apprêtaient à venir spécifiquement me soutenir, il faut pour cela une dynamique politique.

Je suis prêt à faire campagne avec vous pour battre Manuel Valls et je souhaite, pour cela, que vous apportiez des précisions dans le débat public sur :

  • la hausse des salaires et la façon de prendre sur les dividendes (qui n’ont jamais été aussi élevés) ,
  • la façon dont vous envisagez l’abrogation de la loi El Khomri,
  • la façon dont vous comptez tous deux proposer en cas de victoire, dès le 30 janvier un programme de gouvernement commun à Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, car nous le savons, sans dynamique unitaire la gauche sera écartée le 23 avril à 20 h,
  • les initiatives que vous comptez prendre pour parvenir à une candidature unique sur la base d’une plateforme commune afin d’aborder au mieux non seulement la présidentielle mais aussi les législatives.

Dans l’attente de vous lire et de nous rencontrer, je vous adresse, cher Arnaud, cher Benoît, l’expression de mon amitié socialiste, unitaire et combattante et aussi celle de tous mes amis organisés autour de la revue mensuelle « Démocratie & socialisme. »

Gérard Filoche

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 13:49
Vendémiaire 2017

 

Vendémiaire

vous souhaite

une très bonne année 2017

de luttes

et de combats victorieux !

 

La régression sociale

ne se négocie pas,

elle se combat !

(Henri Krasucki)

 

 

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Published by Vendémiaire - dans vendemiaire
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