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Le temps des cerises / Jean Lumière 

28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 14:02

(Afrique Asie, mars 2011)

par Pierre PICCININ, en Syrie, décembre - janvier 2011/2012


Au terme d’un nouveau séjour d’observation en Syrie, force est d’admettre que, plus que jamais depuis le début des événements, la réalité du terrain diffère du tableau catastrophiste qu’en proposent les médias en Europe et aux États-Unis.

 

Très éloignée de la vision simpliste d’une insurrection populaire contre une dictature, la conjoncture syrienne se décline effectivement de manière plus complexe et l’opposition au président al-Assad, bien loin de constituer un bloc solidaire, se révèle fragmentée et très locale.

 

À l’intérieur du pays et dans les grandes villes, le calme règne, et l’armée régulière est fidèle au gouvernement, soutenu, fût-ce par défaut face à l’islamisme radical, par une majorité de la population, à commencer par les communautés alaouite et chrétiennes, mais aussi par la classe moyenne sunnite, favorable aux réformes économiques entreprises depuis 2000.

 

Seules les villes de Hama et de Homs connaissent des troubles significatifs, et des agglomérations de moindre importance, le long des frontières turque et libanaise, à travers lesquelles s’infiltrent des combattants, armés et soutenus par l’étranger.

 

À Homs, pendant deux jours, j’ai observé l’opposition, qui contrôle deux quartiers; dont celui d’al-Bayadah, où j’ai rencontré Fadwa Suleiman, porte-parole des insurgés.

 

Les rebelles de Homs –il s’agit bien d’une rébellion armée- ne constituent pas la principale préoccupation du gouvernement, qui parviendrait à ramener l’ordre en quelques heures de combats, s’il ne craignait la réaction de l’opinion internationale et de donner du grain à moudre au couple franco-qatari, désireux, pour des raisons encore obscures, de promouvoir une intervention armée similaire à celle qui s’est achevée par la mort de plusieurs dizaines de milliers de civils en Libye.

 

La situation est plus simple à Hama. J’ai là aussi été introduit au sein de l’organisation de l’opposition. Pas plus qu’en juillet, je n’y ai vu de manifestant armé. Policiers et militaires occupent les principaux boulevards et places.

 

Les manifestants sont donc contraints de se réunir par groupes de quelques centaines seulement, dans les ruelles latérales. Leurs seules armes sont des pierres, qu’ils lancent sur les forces gouvernementales, lesquelles répliquent par des gaz lacrymogènes et des tirs de plombs de chasse, rarement par des tirs de balles. Hama n’est donc pas le théâtre de violents affrontements, mais s’y déroule quotidiennement une poignante intifada.

 

Les réels défis pour le régime sont, d’une part, les groupes de combattants salafistes, qui se déplacent et commettent çà et là des atrocités (enlèvements, mutilations, exécutions sommaires) contre des soldats et des policiers, mais aussi contre des civils qui refusent de les appuyer, et, d’autre part, l’Armée syrienne libre (ASL), composée de déserteurs et d’éléments étrangers, qatari et libyens notamment, entraînés par des éléments de l’armée française dans les camps de « réfugiés » au Liban et en Turquie.

 

L’ASL attaque les agglomérations proches des zones frontalières, principalement Zabadani, au nord-ouest de Damas, à la frontière du Liban, Talkalakh et Qousseir, dans la province de Homs, et Idlib, à proximité de la frontière turque. Les factions libanaises hariristes qui la soutiennent au Liban prennent ainsi le risque de provoquer l’extension du conflit au territoire libanais. Le Hezbollah, allié de Damas, pourrait en effet soulager considérablement le gouvernement syrien en attaquant les bases arrière de l’ASL.

 

Une des questions qui s’imposent est donc celle de la désinformation. Comment expliquer une telle différence entre la réalité du terrain et les propos tenus dans nos journaux et sur nos petits écrans, qui donnent de la Syrie l’image d’un pays à feu et à sang, où la répression aurait fait plus de six mille morts (un nombre de plus en plus souvent avancé sans emploi du mode conditionnel) ?

 

Pour l’essentiel, une réponse : l’OSDH ; l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme (ou, plus exactement, « les » OSDH), la source quasiment unique des médias occidentaux, presque systématiquement mentionnée dans tous les articles de journaux et reportages télévisés.

 

                 

www.syriahr.com                                        www.syriahr.org

 

En juillet 2011 déjà, j’avais été frappé par la distorsion qui existait entre le terrain et « l’information », et ce plus encore à l’occasion d’une expérience très précise, à Hama. Le vendredi 15 juillet, j’y avais assisté à une manifestation qui avait rassemblé entre 3.000 et 10.000 personnes. Le soir même, l’AFP, suivie des bulletins de France 24, d’Euronews et du journal Le Monde, avait annoncé 500.000 manifestants et la fin prochaine du régime ! Il convenait de s’interroger sur l’origine de « l’information » : l’OSHD… La ville de Hama, qui plus est, ne compte pas même 400.000 habitants, ce qu’aucune rédaction n’a vérifié. L’étiquette « droit-de-l’hommienne » de cette organisation semble ainsi avoir inspiré une totale confiance.

 

Pourtant, à plusieurs reprises, les dépêches de l’OSDH se sont révélées contenir des « fakes ».

 

Autre cas très concret : le 20 novembre, toute la presse a annoncé une attaque de roquettes contre le siège du parti Baath à Damas. Un de mes contacts à Damas m’a informé de ce que le bâtiment était intact. Deux coups de fil ont été suffisants pour vérifier l’information et publier une photographie du siège du Baath, avec, en avant-plan, la une d’un grand quotidien du lendemain de la prétendue attaque.

 

Autre exemple vécu : le 27 décembre, j’étais à Damas lorsque l’on a annoncé une fusillade à l’université. Je me suis immédiatement rendu sur place, puis à l’hôpital où les blessés étaient transportés. J’ai interrogé des étudiants, ainsi que la mère et la tante d’un des blessés : un opposant au gouvernement, un étudiant, était entré dans une salle d’examen et avait tiré, en choisissant ses cibles, toutes membres d’organisations étudiantes pro-Assad. Dans l’heure, l’OSDH a affirmé que plusieurs tireurs pro-régime avaient ouvert le feu, tuant et blessant des étudiants qui manifestaient contre le gouvernement… Une « information » immédiatement reprise par l’ensemble des sites de presse occidentaux.

 

Il convenait dès lors de mener une enquête de fond, dans le but d’identifier avec précision l’OSDH, organisation basée à Londres qui, selon plusieurs sources interrogées en Syrie en juillet déjà, dans les milieux de l’opposition, comprendrait notoirement des membres des Frères musulmans.

 

Il n’a pas été bien difficile de rencontrer les membres de cette organisation, à l’origine de laquelle on trouve un certain Rami Abdel Rahmane, syrien émigré à Londres, propriétaire d’un commerce de prêt-à-porter. Depuis le début de la crise syrienne, cet opposant au régime baathiste a créé un site sous le label rassurant d’observatoire des droits de l’homme, adressant aux agences de presse des dépêches dénonçant les exactions du gouvernement syrien et des bulletins nécrologiques chiffrés, informé quotidiennement, selon lui, par un réseaux de plusieurs centaines d’observateurs présents en Syrie.

 

Rami Abdel Rahmane n’est pas son véritable nom. Il s’agit en réalité d’Oussama Ali Suleiman. Son pseudonyme fut aussi utilisé par les personnes qui ont rejoint son organisation par la suite.

 

En août 2011, toutefois, des dissensions sont apparues au sein de l’OSDH : plusieurs de ses membres ont découvert et reproché à Oussama Ali Suleiman les relations étroites qu’il entretenait avec Rifaat al-Assad, l’oncle de Bashar al-Assad, banni de Syrie par son frère Hafez. Oussama Ali Suleiman fut alors accusé d’avoir utilisé l’OSDH au profit de Rifaat al-Assad, qui a constitué à Paris un groupe d’opposition appelant au départ de son neveu et se propose de reprendre la présidence.

 

Menacé d’exclusion, Oussama Ali Suleiman a réagi en modifiant tous les mots de passe du site web de l’OSDH et, depuis son appartement de Coventry, continue depuis lors d’alimenter « www.syriahr.COM », un site uniquement en arabe. Il s’est toutefois adjoint une certaine Hivin Kako, qui fait de temps à autre office de porte-parole anglophone de l’OSDH. Selon cette dernière, Oussama Ali Suleiman n’a aucun rapport avec Rifaat al-Assad et la scission de l’équipe de l’OSDH a eu lieu après que celui-ci a découvert que les autres membres de l’équipe « travaillaient pour le gouvernement syrien et avaient infiltré l’OSDH »…

 

Les membres exclus, au nombre de neuf, tous syriens habitant Londres et issus de la classe moyenne, ont quant à eux décidé de fonder un second OSDH,  affirmant disposer eux aussi d’un réseau d’observateurs en Syrie, et de le doter d’un nouveau site, en arabe et en anglais, dont l’adresse diffère peu de l’original : « www.syriahr.ORG ».

 

Les représentants du « nouvel » OSDH que j’ai rencontrés m’ont garanti de leur complète indépendance de tout groupe politique et se sont présentés comme de simples militants des droits de l’homme.

 

Toutefois, dans un premier temps, le secrétariat de l’OSDH m’a conseillé de prendre contact avec Wael Aleji, identifié comme membre de la Commission générale de la Révolution syrienne... Peut-on en conclure que l’organisation n’est peut-être pas si « indépendante » que l’affirment ses membres ?

                                          

J’ai finalement soumis aux deux organisations les cas de « fakes » que j’avais démontés. Moussab Azzawi, l’un des représentants du « nouvel » OSDH, a affirmé que cette désinformation était le seul fait d’Oussama Ali Suleiman. Quant à Oussama Ali Suleiman, il a immédiatement mis un terme à notre échange…

 

Les événements de Syrie constituent un cas d’école extrême de désinformation médiatique, peut-être plus encore que la guerre du Golfe de 1991, voire même que la guerre de Yougoslavie, dans les années 1990’, ou celle d’Irak de 2003, ou que l’intervention atlantique en Libye en 2011.

 

C’est que, en matière de manipulation de l’opinion publique (qui a si bon caractère) les bonnes vieilles recettes resservent toujours.

 

 

 Lien(s) utile(s) : Afrique Asie.  

 

http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com/

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 13:59

samedi 25 février 2012, par 

 

Le Président de la Statistique grecque encourt la prison à vie

C’est un scandale de dimension continentale qui vient d’éclater à Athènes : le chiffre du déficit public de 2009 avait été gonflé artificiellement lors de sa révision à la hausse en novembre 2010 de 13,6 % à 15,4 % du PIB. Ces chiffres auraient été aggravés à dessein afin de culpabiliser les Grecs jusqu’à ce qu’ils acceptent l’abaissement de leur niveau de vie, la ruine de leur économie et le dépeçage de leur patrimoine, le tout imposé par l’Union européenne et servilement relayé par leurs politiciens véreux. Il fallait pour cela que le déficit grec dépassât celui de l’Irlande et devînt ainsi un record dans la zone euro.

 

Malheur à celle qui a dit la vérité

C’est une employée de l’Elstat, l’institut statistique grec, Zoé Gorganta, qui a révélé l’affaire en septembre dernier, sans que rien ne soit porté à la connaissance du peuple grec littéralement martyrisé par la troïka UE-BCE-FMI. Malheur à celle par qui le scandale arrive : Zoé Gorganta a été immédiatement licenciée.

Une commission d’enquête parlementaire grecque

Le procureur d’Athèmes, Grigoris Peponis, a obtenu jeudi du parlement grec, la mise en place d’une commission parlementaire d’enquête concernant le niveau du déficit public hellénique en 2009. Georges Papandréou et de son ministre des Finances d’alors Georges Papakonstantinou semblent d’ores et déjà mouillés jusqu’au cou. La Commission d’enquête doit démontrer qu’ils auraient commandités le tripatouillage des chiffres.

L’Elstat imposée par l’UE

Si la responsabilité des ministres grecs est flagrante, celle des institutions européennes l’est tout autant : L’Elstat a été fondée en août 2010 sur le modèle des autres instituts statistiques européens. La Commission européenne avait alors imposé que l’institut grec soit indépendant du pouvoir politique afin que ne se reproduise pas les « trucages » de comptes qui avaient permis entre 2000 et 2004 au pays d’entrer sans difficultés dans la zone euro. Ce serait très drôle si ce n’était pas si tragique.

Atteinte à la sûreté de l’État

La transmission de l’affaire au parlement a provisoirement évité au président de l’Elstat, Andreas Georgiou, d’être mis en examen pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », et de risquer une condamnation de prison à vie. Pour sa défense, il tente de noyer le poisson dans un océan d’eau trouble : il a soumis au procureur un dossier de pas moins de 74.500 pages au prétexte d’expliquer le mode de calcul du déficit et a effectué mercredi une déposition de 110 pages.

Andreas Georgiou aurait insisté sur la surveillance européenne qui aurait alors entouré ses calculs, gage pour lui de leur justesse [1]. Il réfute toute pression gouvernementale et proclame son indépendance absolue. A Luxembourg, Eurostat proteste également de la régularité absolue des comptes grecs. Un ange passe sur Bruxelles.

Une raison de plus d’expulser la troïka UE-BCE-FMI

La commission parlementaire grecque devra donc faire la lumière sur un scandale susceptible de révéler la gigantesque entreprise de corruption qu’est devenue la « construction » européenne. Si cette première victoire de la liberté est encourageante, il est à craindre que tout soit fait pour lui mettre des bâtons dans les roues et les médias français - champions de la désinformation - testent déjà leur manœuvre de dé crédibilisation sur le thème éculé de « théorie du complot ».

Il est désormais indéniable que la troïka n’a plus aucune crédibilité pour "contrôler" sur place les comptes grecs, comme il a été décidé mardi dernier.

A quand une commission d’enquête parlementaire en France ?

Au-delà du cas grec, il faudra également tirer toutes les conséquences de cette révélation : c’est bien sur la base de chiffres bidonnés que les finances françaises ont été ponctionnées par dizaines de milliards. Dès la première aide, il avait été dit en séance de commission des finances que la Grèce ne remboursera pas, sans que cette juste prédiction ne soit contredite. C’est donc en toute connaissance de cause qu’ont été détournés des milliards appartenant aux Français pour le compte des usuriers de la Grèce, dans une gigantesque manipulation.

En attendant que toute la lumière soit faite et que soient jugés et condamnés ceux qui auraient triché pour asservir les peuples et servir la troïka, il devient évident que la manipulation de la crise visait à mettre en place le fameux « Nouvel Ordre Mondial » où les banquiers mettraient en faillite les états pour installer une dictature en Eurozone, puis en Europe, puis ailleurs.

 

Reproduction autorisée avec le lien : Le déficit grec était bidonné !

Notes

[1] Source : Quotidien grec Ekathimerini

 

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2264

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 13:50

Lundi 13 février 2012

 

L’UFAL avait dénoncé l’introduction subreptice dans une proposition de loi sénatoriale, par M. Alain Richard, de l’autorisation de subventionnement public des crèches privées confessionnelles. Le Parlementaire nous a fait l’honneur de nous répondre par un communiqué, qui, interprétant un peu rapidement le droit de la laïcité, justifie au passage le subventionnement public de l’enseignement scolaire privé confessionnel. C’est bien ce que nous avions cru comprendre, hélas !

Alain Richard justifie 50 ans d’atteintes à la laïcité de l’enseignement

 

De la loi Debré de 1959, à la loi Carle de 2009, en passant par la loi Guermeur de 1977, et le projet de loi Bayrou de 1994, la droite a patiemment cherché à étendre, par voie législative, le financement public des écoles privées confessionnelles. A son appui, le Conseil Constitutionnel a inventé en 1977 le principe du « respect du caractère propre » des établissements religieux sous contrat, pour permettre à ceux-ci de se soustraire aux obligations de neutralité religieuse du service public (1), auquel ils sont pourtant « associés » !

Voilà donc les tristes antécédents dont se prévaut Alain Richard, rompant délibérément avec la tradition de combat laïque, dont pourtant se réclament nombre de membres de son parti, depuis la fondation du Comité National d’Action Laïque en 1953, et le Serment de Vincennes de 1960 (contre la loi Debré). M. Richard, apparemment passé dans l’autre camp, justifie ledit « caractère propre » (donc la loi Guermeur, notamment) en assénant : « C’est la règle dans un État de droit ».

On se permettra de rappeler à M. Richard que les Parlementaires sont justement élus par les citoyens pour changer le droit. Par exemple, celui qui affaiblit l’école laïque en subventionnant à parité l’école privée (la plupart du temps, confessionnelle). Le parti qu’il représente y a-t-il renoncé ?


Quelques leçons de droit en échange

M. Richard soutient que le « respect du caractère propre (…) n’est pas une nouveauté » de sa proposition de loi. Or ce principe ne s’appliquait jusqu’ici qu’à l’enseignement scolaire. Pas de fausse modestie : en l’étendant aux structures d’accueil de la petite enfance, il est bien l’auteur d’une novation juridique de plus contre la laïcité.

Introduisant une confusion intéressée entre possibilités et obligations, Alain Richard explique doctement que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et une mystérieuse « Charte européenne des Droits de l’Homme »(2) interdiraient, selon lui, de refuser un financement public pour un motif religieux à une crèche respectant les « obligations légales »… Sous-entendu : ce serait donc obligatoire. Eh bien, non ! Le respect des « obligations légales » – qui est bien la moindre des exigences pour ouvrir une structure d’accueil !- n’ouvre pas plus un « droit à subvention publique », qu’il n’impose aux collectivités une obligation de financement.

On rougit d’avoir à rappeler à l’honorable Parlementaire le principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales (3). Une collectivité est libre de subventionner ou non telle association. Elle a la possibilité de ne financer aucune crèche (ce qui est regrettable pour les familles), ou de le faire ; et dans ce cas, d’astreindre en contrepartie les structures subventionnées à une obligation de neutralité –ce qui était l’objet de la proposition de loi initiale, défigurée par les amendements de M. Richard.

Car voici introduite par ses soins une troisième possibilité : subventionner des crèches confessionnelles sans exigence de neutralité, en échange d’une vague garantie de respect de la liberté de conscience, parfaitement hypocrite comme on va le voir. Le maire de Paris pourrait ainsi continuer à subventionner les crèches de la secte Loubavitch… Mais attention ! Le principe de libre administration l’oblige à justifier un tel choix politique, puisque nulle obligation ne peut être invoquée.

Les citoyens et les familles restent fondés à contester, non seulement le subventionnement de structures confessionnelles, mais également celui de structures privées commerciales (ne les oublions pas). C’est en tout cas le sens de l’action de l’UFAL !

La laïcité contre l’apartheid religieux des bébés

La loi de séparation des églises et de l’État du 9 décembre 1905 dispose bien en son article 2 que « la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne, aucun culte ». Largement mis à mal en matière d’enseignement scolaire (par le fameux « caractère propre »), ce principe de séparation l’est aujourd’hui spécialement dans le champ d’action des collectivités locales. De plus en plus, la différence entre les activités « culturelles » ou éducatives (subventionnables) et les activités « cultuelles » (purement religieuses, donc interdites de subvention) est remise en cause, pour favoriser ce que le Conseil d’État lui-même qualifie de « subventions indirectes aux cultes » (4).

Or depuis longtemps, la Cour européenne des droits de l’homme a admis la conformité de la loi de 1905 à la « liberté de pensée de conscience et de religion » proclamée par l’article 10 de la Convention européenne de 1950. Le principe de séparation, un des deux piliers de la laïcité avec celui de liberté de conscience (donc de culte), exclut précisément, contrairement à ce qu’écrit Alain Richard, toute « reconnaissance et tout financement d’activités éducatives à base religieuse ». Oxymore juridique, tout simplement parce que, dès lors qu’elles sont « à base religieuse », ces activités perdent le caractère d’intérêt général qui, seul, peut justifier des subventions publiques. Il ne s’agit plus que d’activités cultuelles, certes autorisées par la loi, mais financées par les seuls adeptes du culte concerné.

Il faut quand même savoir ce que sont les « crèches confessionnelles », de quelque religion qu’elles se réclament. Le très jeune âge des enfants les y soumet à un endoctrinement total et sans limites, obtenu par l’apposition de symboles religieux dans leur environnement, le port de tenues spécifiques, la séparation des sexes, la pratique de rites, l’atmosphère de connivence religieuse exclusive, etc. On n’aura pas ici la cruauté de développer l’exemple des crèches « Loubavitch », auxquelles, en France, la majorité des familles de religion juive se refusent à confier leurs enfants.

Au moins, dans l’enseignement scolaire religieux sous contrat, les programmes nationaux imposent-ils un minimum de limites à l’endoctrinement, et permettent-ils en principe le développement de l’esprit critique. Mais dans les crèches, plus aucun garde-fou n’empêche le formatage. L’engagement demandé par M. Richard à ces structures confessionnelles, en contrepartie des subventions publiques, d’« accueillir tous les enfants sans distinction… » ou de « respecter leur liberté de conscience » n’est qu’un faux-semblant hypocrite, parfaitement contradictoire avec leurs pratiques.

Qui plus est, ces crèches confessionnelles, mises en place par les adeptes les plus intégristes des cultes concernés, reposent sur un projet de « développement religieux séparé ». Plus question d’apprendre à « vivre ensemble » ! Comment pourront s’intégrer ces enfants, dans notre société largement sécularisée, et de ce fait ouverte à toutes formes de conscience et d’expression, spirituelle ou non ? Encourager cet apartheid confessionnel par des subventions publiques est un crime contre la République.

On ne glosera pas ici sur l’article 3 de la proposition de loi sénatoriale, qui impose une obligation de neutralité aux « nounous » exerçant à titre privé –pour le coup, la validité juridique de cette ingérence publique paraît bien incertaine. Mieux inspirée, la proposition initiale de Mme Laborde tendait à préciser les conditions de l’agrément public des assistantes maternelles (5).

Alain Richard se prévaut abusivement des libertés religieuses, alors qu’elles sont totalement compatibles avec le principe de séparation, et que la loi de 1905 les garantit, au contraire. Est-ce pour dépasser la droite anti-laïque, dans la course au subventionnement des activités des cultes ? Surenchère inefficace politiquement (non, les « confessionnels » de tout bord ne voteront pas majoritairement pour le candidat du PS), et dangereuse pour la laïcité, ce « principe autour duquel la République française s’est construite », comme l’a rappelé la Cour européenne des droits de l’homme (6).

La liberté de conscience et l’égalité de tous devant les aides publiques s’opposent à ce type de subventionnement : la religion ne s’exerce qu’à titre privé, elle n’est pas un service public. Le « caractère confessionnel » d’une crèche doit certes être respecté, mais il exclut tout financement public !


1.Ainsi, un établissement catholique subventionné peut licencier tranquillement une institutrice divorcée, puisque son « caractère propre » ne reconnaît que le mariage chrétien indissoluble… []

2.Le rapporteur a confondu en réalité –et par deux fois- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, de 1950, ratifiée par la France en 1973, et la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne, de 2000 (intégrée au Traité de Lisbonne). []

3.art. 72 de la Constitution []

4.Notamment dans ses cinq arrêts (restreignant pourtant la laïcité !) du 19 juillet 2011. []

5.Art. L.421-3 du Code de l’action sociale et des familles. L’agrément est délivré par le président du conseil général []

6.Arrêts Kervanci c. France et Dogru c. France, 4 décembre 2008 []


par Charles Arambourou
Administrateur de l'UFAL en charge de la commission Laïcité

 

http://www.ufal.info/feminisme-et-laicite/alain-richard-repond-a-lufal-en-justifiant-le-financement-de-lenseignement-prive-confessionnel/5850#more-5850

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 13:48

La Grande Révolution française se caractérise par une série de soulèvements populaires, une lutte titanesque des classes opprimées pour en finir avec l’inégalité sociale et l’injustice, une lutte pour la liberté. Les répercussions de ces événements se firent sentir dans toute l’Europe et même au-delà. Aujourd’hui l’étude de cette révolution est indispensable à la compréhension de l’époque. Plus encore, elle nous permet de mieux comprendre les défis révolutionnaires de notre temps. Les idées qui galvanisaient les « sans culottes » n’ont rien perdu de leur actualité.

Dans son exposé, Greg Oxley (directeur du journal La Riposte et membre du PCF à Paris) présentera les causes générales et celles plus immédiates de la révolution, son déroulement à partir de 1789, avec son apogée en 1792-1793 et jusqu’à la chute de Robespierre en juillet 1794. Il répondra également à vos questions et interventions.

Jeudi 1er mars à 18h30 
Salle AR05 - Arche de l’Université du Mirail 
Métro Mirail - Université

Voir le rendez-vous et le plan d’accès sur le site Démosphère Toulouse

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 13:16

lundi 20 février 2012
De : CGT

Contre la réforme du droit du travail et l’austérité

Près de deux millions d’Espagnols dans la rue

 

A l’appel des Commissions ouvrières (CCOO) et de l’Union générale des travailleurs (UGT) au moins un million d’Espagnols ont envahi les rues dans 57 villes du pays pour s’opposer à la réforme du droit du travail et aux mesures d’austérité.

Les manifestations ont rassemblé plus de 500 000 personnes à Madrid 400 000 à Barcelone, 150.000 à Valence, 50.000 à Séville. les deux grands syndicats espagnols, ont envahi les grandes avenues du centre de la capitale en portant des pancartes avec les mots "Non à la réforme du travail injuste, inefficace, inutile" ou "Non à la réforme et aux coupes budgétaires". Ils protestaient aussi contre les coupes budgétaires dans les services publics, notamment dans l’Education. Le gouvernement de Mariano Rajoy a adopté le 11 février une nouvelle réforme pour flexibiliser le marché du travail, incluant la baisse des indemnités de licenciement.

 

Lire aussi l’article consacré aux conséquences de la politique d’austérité en Espagne sur le site de la Confédération Européenne des Syndicats.

Lire (en espagnol) le communiqué des Commissions ouvrières espagnoles

source :

http://www.cgt.fr/Plus-d-un-million...

http://bellaciao.org/fr/spip.php?page=article_txt&id_article=125547

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 13:15

mardi 21 février 2012, par Comité Valmy

 

Aujourd’hui, les députés vont voter un article unique disant « (qu’)est autorisée la ratification du traité instituant le mécanisme européen de stabilité... »

Nous savions déjà que les traités européens ratifiés contre les peuples étaient immoraux et illégitimes. Avec le traité MES, une nouvelle étape est franchie : non seulement l’illégalité est patente [1], mais l’objet consiste ni plus ni moins à créer un organisme qui aura le pouvoir de racketter - en toute impunité [2] - sans limite [3] les finances publiques des états de l’eurozone, sans que ceux-ci ne puissent s’y opposer. Ils devront s’exécuter sous sept jours, sans aucun recours.

 [4]

 

Tous soumis, sauf l’Allemagne

Le pouvoir de racket par centaines de milliards des états accordé au MES concerne tous les états, sauf un, l’Allemagne, protégée par son arrêt de sa Cour Constitutionnelle de Karlsruhe [5] et la loi du 29 septembre 2011 votée par le Bundestag, textes qui donnent un droit de veto au comité du budget du Bundestag sur tout paiement que l’Allemagne pourrait faire, y compris en vertu des traités et engagements antérieurs.

 [6]

Ainsi, quand le MES appellera quelques centaines de milliards de "capital non libéré", les 16 états-membres de l’eurozone s’exécuteront automatiquement, tandis que le Sondergremium du Haushaltausschuss pèsera le pour et le contre, puis décidera souverainement de payer OU DE NE PAS PAYER.

 

La solution : payer pour l’Allemagne

Tout est prévu dans le traité, y compris la solution si le comité du Bundestag refuse de payer, ce qui est de plus en plus probable. Devinez quelle solution a été imaginée dans ce cas : les autres pays, et en premier lieu la France, paient la part de l’Allemagne !

 [7]

 

Le traité MES rend inévitable le défaut de la France

La France deviendrait ainsi le premier contributeur et pourrait être contrainte de payer 27% du capital non libéré du MES soit 170 milliards d’euros (27% des 620 milliards, capital initial non libéré) [8]. La représentation nationale s’apprête donc à autoriser la ratification d’un traité dont le résultat est de contraindre la France à se déclarer en défaut de paiement dès qu’elle sera ponctionner par le MES pour voler au secours du prochain état-membre - par exemple l’Espagne - à avoir recours au "Mécanisme européen de stabilité").

Si le minimum de règles démocratiques étaient respectées, tous ceux qui ont trempé dans cette agression faite à la nation, comme ceux qui s’apprêtent à le faire, (les députés qui vont voter la loi) ceux qui vont laisser faire, (les socialistes ont déjà enfilé leurs costumes de Ponce Pilate en annonçant s’abstenir) tous devraient en répondre devant la justice.

A bons entendeurs...

 


Reproduction autorisée avec le lien : Le MES d’enterrement de la France

Idée de référendum :

Question : Souhaitez-vous que le Président de la République et les députés restent impunis en cas de crime de Haute trahison ?

Oui - Non

Si le NON l’emporte, il suffira de modifier comme suit la Constitution (passages soulignés) :

Article 26 : Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions, à l’exception du crime de Haute trahison

Article 68 :

Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de crime de Haute trahison ou de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat.

Notes

[1] Lire MES : L’illégalité de l’amendement de l’article 136

[2] Article 27 du traité : extrait : « Pour permettre au MES de remplir sa mission, le statut, les immunités et privilèges énoncés dans le présent article sont accordée au MES dans le territoire de chaque Membres du MES. »

[3] Articles 8 & 9 du traité, extrait : « « Le capital social s’élève à 700 milliards d’euros » (...). » « Le total initial de la valeur nominale des actions libérées s’élève à quatre vingt milliards d’euros. » (article 8) « Le Conseil des Gouverneurs (...) peut décider du changement du capital social et de la modification de l’article 8 et l’annexe 2 en conséquence. »(article 9)

[4] article 11 du traité, extrait : « Le Conseil des Gouverneurs peut faire appel au capital non libéré à tout moment et fixer une période de temps appropriée pour son paiement par les Membres du MES. Le Conseil d’administration peut faire appel à des capitaux non libérés par décision majoritaire simple. Les Membres du MES, irrévocablement et inconditionnellement, s’engagent à payer sur demande l’appel de capital effectué par le Directeur Général conformément au présent paragraphe, cet appel devant être payé dans les sept (7) jours suivant la réception de ladite demande. »

[5] relire : La Cour de Karlsruhe place le Bundestag à la tête de l’Union européenne

[6] Le 29 septembre 2011, le Bundestag a adopté la loi visant à élargir le FESF et a par ailleurs renforcé son propre rôle dans le processus. Il est maintenant obligé d’approuver auparavant :

- les changements essentiels apportés aux mesures d’urgence existantes ;
- la modification du montant des garanties existantes ;
- l’aide à de nouveaux pays ;
- l’ajout de nouveaux instruments ;
- le changement du contrat-cadre du FESF ;
- la transition des droits et devoirs du FESF dans le ESM (mécanisme de sauvetage permanent).

Dans les cas d’urgence et de confidentialité, l’accord préalable d’une section spéciale (« Sondergremium ») du comité budgétaire est requis pour :
- directives opérationnelles pour le FESF ;
- changements dans les conditions de programmes de sauvetage déjà appliqués (ex. changement de la durée du crédit et du niveau d’intérêt) ;
- décisions opérationnelles du FESF ;
- tant que le comité budgétaire n’a pas encore décidé, le Bundestag peut lui-même prendre les décisions.

Le comité budgétaire allemand

Le Sondergremium du Haushaltsausschuss sera constitué du nombre le plus petit possible représentant encore la distribution des sièges au Parlement. Il sera élu par le Parlement pour une période législative. Les informations à ce sujet ne sont pas encore disponibles, mais on peut s’attendre à ce qu’il ait une autonomie similaire au comité budgétaire déjà en place. Ce comité parlementaire est considéré comme une partie essentielle de l’organisation démocratique allemande. Il vise à rassembler le gouvernement et l’opposition dans le cadre du processus d’adoption des budgets fédéraux

Source : FLASH ECONOMIE DE NATEXIS DU 7 octobre 2011 - No. 750

[7] Si un Membre du MES ne respecte pas le paiement requis par un appel de capital fait en vertu des articles 9 (2) ou (3), un appel de capital révisé accru devra être fait à tous les Membres du MES afin de s’assurer que le MES reçoit le montant total des primes nécessaires.

[8] La clé de contribution pour souscrire au capital social du MES sera basée sur la clé utilisée pour les Membres du MES lors de la souscription au capital de la BCE (article 11)

 

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2253

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 12:39

vendredi 10 février 2012

Le 12 novembre dernier, une quarantaine de Jeunes Communistes (JC) étaient réunis au siège national du PCF pour une journée de débat sur le thème du socialisme. Cela faisait suite au dernier Congrès national des JC, en avril 2010, qui avait adopté à une très large majorité un amendement affirmant que « le monde du travail doit devenir la classe dominante », dans le but de construire « le socialisme du 21e siècle ». De manière générale, ce Congrès avait été marqué par de nombreuses interventions réclamant un « retour à Marx » et une réaffirmation des objectifs révolutionnaires du mouvement.

La Riposte a salué les travaux de ce Congrès. Un « retour à Marx » est d’autant plus nécessaire que, pendant de nombreuses années, les dirigeants de la JC s’en sont beaucoup éloignés. Ce faisant, ils suivaient le chemin tracé par la direction du PCF, en particulier dans la foulée de l’effondrement de l’URSS et du bloc de l’Est. A l’époque, les capitalistes avaient lancé une campagne de propagande sans précédent contre le socialisme, le communisme et le marxisme. Incapables d’expliquer la chute de régimes bureaucratiques qu’ils avaient longtemps encensés, les dirigeants du mouvement communiste – en France et ailleurs – ont subi de plein fouet cette vague de propagande. A l’instar de la plupart des responsables socialistes et syndicaux, les dirigeants du PCF et des JC se sont alors réconciliés avec « l’économie de marché » (le capitalisme). Le socialisme, comme objectif central du mouvement, a fini par disparaitre des textes, des discours et des programmes, au profit de l’objectif – pour le moins contradictoire – de parvenir à une « économie de marché à dominante sociale ». Celle-ci n’a jamais vu le jour, comme on sait, et la terrible régression sociale que provoque la crise actuelle souligne assez l’absurdité d’un tel projet.

Dans les années 90 et 2000, les dirigeants de la JC sont allés très loin dans cette dérive réformiste. Nombre d’entre eux ont développé une authentique allergie au vocabulaire le plus élémentaire du mouvement communiste : la « lutte des classes », les « nationalisations » et la « révolution socialiste » étaient proclamés dogmatiques, sectaires ou dépassés. Il fallait se limiter à la conquête de « nouveaux droits pour les jeunes » (dans le cadre du capitalisme). « Les jeunes » étaient souvent élevés au rang d’entité sociale indépendante et coupée des classes en lutte. Ce « jeunisme » aggravait la confusion des idées et du programme officiels de la JC.

Le Congrès de 2010 a-t-il permis de tourner cette page ? Il est bien trop tôt pour l’affirmer. La majorité des dirigeants nationaux de la JC se sont opposés à l’amendement inscrivant « le socialisme » au cœur du programme du mouvement. Depuis, cette idée n’a pas trouvé d’expression systématique dans la propagande et l’activité publique de la JC. Mais le débat s’est tout de même poursuivi à différents niveaux de l’organisation. En soi, c’est déjà extrêmement positif. L’objet du présent article est de contribuer à ce débat d’une importance décisive pour l’avenir de la JC et de sa lutte contre le capitalisme.

 

Quelle référence théorique ?

En politique, il arrive parfois qu’en cherchant à corriger une erreur, on tombe dans une autre erreur tout aussi sérieuse. Ce risque est d’autant plus important que la base théorique du « tournant » est fragile. Or, le fait est que les dirigeants de la JC n’ont pas du tout préparé les Jeunes Communistes, sur le plan théorique, à un débat sérieux sur la question du socialisme. Ils n’y sont pas préparés eux-mêmes. En fait, ce débat leur a été imposé. Mais la nature ne tolère pas le vide. A défaut d’une théorie cohérente ayant assimilé les grandes leçons du mouvement communiste international, y compris l’expérience cruciale du stalinisme, de nombreux Jeunes Communistes ont naturellement tendance à prendre le chemin le plus court, c’est-à-dire à puiser dans les idées du PCF de l’époque où ses dirigeants défendaient encore – du moins en paroles – l’objectif d’une transformation socialiste de la société.

Il n’y avait pas que des mauvaises choses dans les idées du parti de cette époque, surtout comparées aux idées platement réformistes qui les ont remplacées. Mais sous les directions successives de Maurice Thorez, Jacques Duclos, Waldeck Rochet et Georges Marchais, les idées, le programme et les méthodes du parti – y compris son régime interne – étaient fortement imprégnés de stalinisme. Or, un gouffre sépare le stalinisme du marxisme. Et ce n’est pas qu’une question d’idées. Pendant des décennies, le stalinisme a causé un tort considérable au mouvement ouvrier international. Il est responsable d’une longue série de défaites des travailleurs dans de nombreux pays. Il a conduit à la restauration du capitalisme en Russie, dans les pays de l’Est et en Chine. Aujourd’hui encore, il constitue l’argument principal dont se sert la classe dirigeante pour dissuader les jeunes et les travailleurs de s’intéresser aux idées du communisme.

Il va sans dire que la grande majorité des Jeunes Communistes rejette le stalinisme. Cependant, ce rejet doit s’appuyer sur une compréhension claire et scientifique de ce qui est rejeté. Sans cela, on court le risque que, chassées par la porte, les idées staliniennes reviennent par la fenêtre – sans que les camarades ne s’en rendent nécessairement compte. Nous pensons que ce risque existe à l’occasion du débat des JC sur le socialisme. C’est ce que montre par exemple la Note de synthèse sur l’actualité du socialisme publiée par la fédération des JC des Bouches-du-Rhônes, en novembre dernier.

 

Marxisme ou stalinisme

Cette Note de synthèse commence par souligner l’impasse du capitalisme et l’impuissance des politiques réformistes. Elle rappelle aussi la nécessité d’une « planification socialiste » de l’économie, qui est la seule alternative au capitalisme en crise. Tout ceci est parfaitement correct – et il y a d’autres idées très justes, dans ce texte. Par contre, les passages relatifs aux soi-disant « expériences socialistes » ne sont pas satisfaisants.

L’erreur commence par la formule elle-même : « expérience socialiste ». La Note de synthèse désigne ainsi l’URSS et la « diversité » des régimes reposant sur « l’appropriation collective par les travailleurs des principaux moyens de production et d’échange ». Cette façon de poser la question n’est pas correcte. Elle est incomplète. Car si le socialisme suppose la socialisation des moyens de production, il ne s’y réduit pas. Le socialisme implique aussi – et indissociablement – le contrôle démocratique des travailleurs sur l’économie et l’appareil d’Etat. Comme l’expliquait Lénine, la transformation socialiste de la société est impossible sans la participation active et consciente de la classe ouvrière.

Comment caractériser l’URSS de la fin des années 30, par exemple ? Le capitalisme y était aboli, l’économie nationalisée et la production planifiée : tels étaient les précieux acquis de la révolution d’Octobre, qui ont permis à l’économie soviétique des connaître des rythmes de croissance dont le capitalisme russe était incapable. Les travailleurs russes étaient formellement « propriétaires collectifs » des moyens de production. Cependant, « l’expérience » des deux décennies qui ont suivi la révolution d’Octobre n’a pas débouché sur le socialisme. Elle a abouti au contraire à une monstrueuse caricature bureaucratique de socialisme, dans laquelle une caste privilégiée monopolisait le pouvoir et écrasait d’une main de fer les protestations légitimes des travailleurs. Les rapports de propriété issus de la révolution d’Octobre ont été maintenus, mais la bureaucratie a liquidé les conquêtes politiques et démocratiques de cette même révolution. Passer ce fait sous silence et se contenter de formules générales sur « l’expérience socialiste » et « l’appropriation des moyens de production », c’est compromettre gravement l’idée du socialisme. Non, les régimes de Staline et de ses successeurs n’étaient pas socialistes. Et non, la Jeunesse Communiste ne lutte pas pour établir ce type de régime : il faut que ce soit parfaitement clair aux yeux des jeunes qui s’intéressent aux idées du communisme – mais qui ne sont pas tentés par « l’expérience » du stalinisme !

Selon la Note de synthèse, « l’expérience socialiste » en URSS commence en octobre 1917 et s’achève avec l’effondrement du régime, au début des années 90. C’est confondre sous une seule et même formule des réalités historiques diamétralement opposées, à bien des égards. Le régime établi par la révolution d’Octobre, sous la direction de Lénine et Trotsky, était le plus démocratique que l’histoire ait jamais connu. Le système des soviets (« conseils », en russe) impliquait des millions de travailleurs, de soldats et de paysans dans l’administration du pays. Le système soviétique était infiniment plus démocratique que le plus démocratique des régimes parlementaires bourgeois, dans lequel chacun peut dire ce qu’il veut du moment qu’une poignée de capitalistes conserve son pouvoir et ses privilèges. Mais la démocratie soviétique n’a pas survécu à l’arriération économique du pays et à l’isolement de la révolution. Lénine lui-même ne se faisait aucune illusion à ce sujet. Il a répété des dizaines de fois que le salut de la révolution russe passait par son extension à l’échelle internationale.

Pour différentes raisons historiques, dont l’impréparation des jeunes Partis Communistes européens, la révolution russe est restée isolée. Le reflux de la vague révolutionnaire – inévitable, dans ces circonstances – a débouché sur la cristallisation d’une caste bureaucratique privilégiée qui, au fil des années, a liquidé toute trace de démocratie dans les soviets et le parti bolchevik. A la fin des années 30, la politique systématique de répression, de déportation et d’exécutions massives a pris des proportions inouïes. Au sommet du parti bolchevik, la quasi-totalité de la « vieille garde » – Kamenev, Zinoviev, Boukharine, etc. – a été exécutée, emprisonnée ou poussée au suicide. A la base du parti, des centaines de milliers de militants ont subi le même sort.

De tout cela, la Note de synthèse ne dit strictement rien. Elle se contente de ranger sous la même formule (« expérience socialiste ») toute l’histoire de l’URSS. Son auteur écrit que « nous devons rejeter les assertions selon lesquelles le "monde aurait changé" et donc que le socialisme que les communistes ont défendu au XXe siècle serait obsolète. » Là encore, cette formulation est beaucoup trop générale. Elle embrasse une période historique – 70 ans – qui recouvre tout et son contraire. Les militants qui ont créé le PCF en 1920 n’avaient pas du tout la même conception du socialisme que Jacques Duclos et Maurice Thorez, par exemple. Les premiers adhéraient à l’Internationale Communiste à l’époque où elle était une organisation vivante, démocratique et qui incarnait les meilleures traditions du marxisme. Les deuxièmes ont systématiquement justifié les crimes et les erreurs de la bureaucratie stalinienne, qui a transformé l’Internationale Communiste en un cadavre avant de la dissoudre. Auquel de ces deux « socialismes » l’auteur de la Note de synthèse fait-il référence ? Il ne pose même pas la question. Mais le jeune travailleur qui veut comprendre les idées des JC ne manquera pas, lui, de se poser ce type de question. En fait, tous les jeunes qui s’intéressent aux idées du communisme veulent comprendre en quoi notre programme se distingue de la politique menée sous les régimes staliniens. Il faut leur donner une réponse claire.

 

La question de l’Etat

L’auteur de la Note de synthèse écrit : « En rétablissant le socialisme comme "phase transitoire", notre dernier congrès s’est heureusement démarqué d’une autre conception fausse, celle du "communisme tout de suite". Le formidable développement des techniques avec le capitalisme ne conduit pas mécaniquement à la société d’abondance répondant aux besoins. La domination de classe de la bourgeoisie, pluri-centenaire, ne s’effondre pas d’un coup. L’existence transitoire d’un Etat socialiste, d’une planification socialiste est nécessaire. »

En réalité, la nécessité d’une planification de l’économie ne concerne pas seulement la « phrase transitoire » (« socialiste ») au cours de laquelle un Etat est encore nécessaire. Contrairement à ce que suggère la citation ci-dessus, la planification n’est pas un attribut de l’Etat ouvrier. Elle ne disparaîtra pas avec ce dernier. Le communisme repoussera sans cesse les limites de la planification économique, c’est-à-dire du contrôle collectif des hommes sur la nature. Pour ce faire, il n’aura plus besoin d’Etat. Selon les mots célèbres d’Engels, le communisme remplacera « le gouvernement des personnes » par « l’administration des choses et la direction des opérations de production ».

Ce paragraphe de la Note de synthèse appelle une deuxième remarque. Dans L’Etat et la révolution, Lénine explique qu’après avoir conquis le pouvoir, les travailleurs n’ont besoin que d’un « demi-Etat », lequel doit « s’éteindre » au fur et à mesure que disparait la division de la société en classes. L’Etat ouvrier se distingue de l’Etat capitaliste en ceci qu’il est un instrument de domination de la grande majorité (les travailleurs) sur la petite minorité (les capitalistes). A l’inverse, l’Etat capitaliste est un instrument de domination de la minorité capitaliste sur la majorité exploitée. En conséquence, les caractéristiques des Etats ouvriers et bourgeois diffèrent profondément. Lénine soulignait notamment que l’Etat ouvrier n’aurait pas besoin de l’étouffante bureaucratie propre aux Etats capitalistes.

Ayant ceci en tête, revenons à « l’expérience socialiste » en URSS. Le régime de Staline s’est caractérisé par un développement massif de la bureaucratie. Loin de « s’éteindre », l’Etat stalinien n’a cessé de croître, pesant sur les masses comme une énorme chape de plomb. Ce phénomène était le symptôme le plus évident du fait que, loin de s’atténuer, les antagonismes sociaux s’accentuaient. Pour justifier cette situation, les bureaucrates staliniens expliquaient qu’« on ne peut parvenir au communisme tout de suite » et qu’une « phase transitoire » est nécessaire au cours de laquelle « il faut un Etat », etc. Autrement dit, pour justifier leurs privilèges « d’hommes d’Etat », ils passaient sous silence les idées de Lénine sur la spécificité de l’Etat ouvrier, ce « demi-Etat » qui doit « s’éteindre » au fur et à mesure que s’atténuent les antagonismes sociaux.

La Note de synthèse ne dit rien de cette contradiction flagrante entre les idées de Lénine et la réalité concrète de l’Etat stalinien. Elle se contente de généralités sur le thème de la « phase transitoire ». Ce n’est pas suffisant et c’est dangereux, car ces généralités laissent la porte ouverte à l’idée que l’Etat stalinien – avec sa bureaucratie, ses innombrables carriéristes, sa vaste police secrète, ses purges, etc. – était « nécessaire » et donc acceptable car, voyez-vous, « on ne peut parvenir au communisme tout de suite ».

 

Le « marxisme-léninisme »

La Note de synthèse affirme que « la référence théorique du marxisme-léninisme, matrice historique de nos organisations, ne peut pas être abandonnée sans autre forme de procès. Nous devons envisager notre rapport à cette théorie comme étant à actualiser, non pour la revisiter, mais pour rendre cette grille d’analyse lisible dans les conditions actuelles. »

Il n’est pas vrai que le « marxisme-léninisme » constitue la « matrice historique » du PCF et de la JC. Lorsque le PCF a été créé, en 1920, personne n’avait jamais entendu parler de « marxisme-léninisme ». Cette expression a été forgée par Staline et ses alliés après la mort de Lénine, en 1924, pour les besoins de la lutte fractionnelle entre le groupe dirigeant du parti bolchevik (autour de Staline) et l’Opposition de gauche dirigée par Trotsky. Ce dernier critiquait notamment la bureaucratisation rampante de l’Etat soviétique et du parti bolchevik. Soucieux de s’appuyer sur l’énorme autorité de Lénine, Staline opposait son prétendu « marxisme-léninisme » à ce qu’il appelait le « trotskysme » et accusait d’être un révisionnisme contre-révolutionnaire. Comme on le sait, Staline a remporté cette lutte fractionnelle. Trotsky et ses partisans ont été exclus du parti, pourchassés, exilés, emprisonnés ou assassinés. Et la bureaucratisation du régime a suivi son cours.

Pendant des décennies, le « marxisme-léninisme » a constitué la doctrine officielle de la bureaucratie stalinienne – ou plus exactement le cache-sexe « théorique » de sa politique. Les erreurs, les zigzags, les trahisons et les crimes du stalinisme étaient tous proclamés justes et bons parce que « conformes aux enseignements du marxisme-léninisme ». Ces « enseignements » étaient d’ailleurs régulièrement révisés, de façon à correspondre aux derniers soubresauts de « la ligne juste » : du « cours vers le koulak » à la « collectivisation forcée » et « l’élimination du koulak en tant que classe », de la théorie du « social-fascisme » à celle des Fronts Populaires avec les « sociaux-fascistes » de la veille, de l’alliance avec les « démocraties » impérialistes (mais « pacifistes ») au pacte germano-soviétique, etc. Ces revirements brutaux ne découlaient pas de telle ou telle considération théorique, mais des intérêts immédiats d’une bureaucratie soucieuse de conserver son pouvoir et ses privilèges. Sur le plan strictement théorique, le « marxisme-léninisme » était une caricature dogmatique des idées de Marx et de Lénine. Mais c’était une doctrine suffisamment élastique pour permettre à la bureaucratie stalinienne de justifier a posteriori chacun de ses actes les plus outrageusement contraires aux idées du marxisme. Et ce qui vaut pour la bureaucratie soviétique vaut aussi pour les directions des différents Partis Communistes qui, grâce aux « enseignements du marxisme-léninisme », justifiaient tout ce qui se faisait à Moscou – mais aussi les zigzags et les erreurs de leur propre politique nationale.

 

Pour un débat sérieux

On peut ne pas être d’accord avec les idées de La Riposte sur le stalinisme. Il existe même une petite minorité de Jeunes Communistes qui justifient la politique menée par Staline et ses successeurs à la tête de l’Etat soviétique. Ils en ont parfaitement le droit et nous sommes ouverts au débat sur ce thème très important. Mais pour qu’un débat soit de bonne qualité, il faut poser les questions franchement, en s’appuyant sur une analyse scrupuleuse des idées et des faits.

Ce n’est pas ainsi que procède l’auteur de la Note de synthèse. Il ne pose pas directement la question du stalinisme. Il l’introduit « en passant », pour ainsi dire, à coup d’idées très générales qui n’éclairent pas le sujet. Il se réclame du « marxisme-léninisme » comme si cela allait de soi, sans entrer dans le détail, sous le seul prétexte que c’était la doctrine officielle du PCF pendant des décennies. Il ne prend même pas la peine d’évoquer une seule des critiques dont les régimes staliniens ont fait l’objet, à commencer par leur caractère dictatorial et bureaucratique.

Ces critiques, pourtant, tous les jeunes les ont à l’esprit. C’est même souvent tout ce qu’ils connaissent – ou croient connaître – du « communisme ». Et pour cause : la classe dirigeante et ses intellectuels expliquent sans cesse que le communisme et le stalinisme sont une seule et même chose, que l’un ne peut pas aller sans l’autre. Les dirigeants réformistes répètent ces mensonges. Pour y répondre, les Jeunes Communistes ont besoin, non de deux ou trois formules générales, mais d’arguments sérieux reposant sur la méthode d’analyse marxiste et une solide connaissance des faits. Le débat des JC sur le socialisme est une excellente occasion d’armer nos jeunes camarades, théoriquement, sur cette question décisive.

 

Jérôme Métellus (PCF Paris 18e)

Journal communiste : La Riposte

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 09:38

mercredi 15 février 2012

Auteur : par Samir AMIN

 

Par Samir Amin, texte inédit diffusé par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) avec l’accord de l’auteur. Économiste franco-égyptien, Samir Amin est directeur du Forum du Tiers-Monde.

Le 15 février 2012.

 

J’ai emprunté ce titre à une phrase que j’ai entendu prononcée au colloque du M’PEP organisé en octobre 2011. Je pense que l’idée qu’elle exprime valait la peine d’être développée.

Un parallèle saisissant me paraît en effet s’imposer entre notre monde d’aujourd’hui et l’état de la France à la veille de 1789. Alors le pouvoir décisif était celui de l’aristocratie foncière (la noblesse, rangée derrière son Roi). Aujourd’hui c’est celui de la « ploutocratie » financière aux postes de commande dans le capitalisme des monopoles généralisés. Ce pouvoir était servi par une « noblesse de robe » - une bourgeoisie drapée dans les habits de l’aristocratie. Aujourd’hui le pouvoir des monopoles est servi par une « classe politique » constituée de véritables débiteurs (y compris au sens financier banal du terme), où se retrouvent associés les politiciens de la droite classique et de la gauche électorale. A son tour le pouvoir politique aristocratique/monarchiste de l’Ancien Régime était soutenu par un clergé (catholique en France) dont la fonction était de lui donner l’apparence de légitimité par le développement d’une rhétorique casuistique appropriée. Aujourd’hui les médias sont chargés de cette fonction. Et la casuistique qu’ils développent pour y parvenir et donner l’apparence de légitimité au pouvoir dominant en place est caractéristique des méthodes traditionnelles mises en œuvre par les clergés religieux.

Le présent texte développe cette analyse concernant le « clergé médiatique » contemporain. La question de la « noblesse de robe » que la classe politique d’aujourd’hui représente pourrait faire l’objet d’un traitement parallèle.

 Le pouvoir médiatique existe-t-il ?

Un regard rapide sur la réalité du monde, à toutes ses époques, révèlerait la coexistence de pouvoirs multiples. Par exemple dans notre monde moderne le pouvoir économique des grandes entreprises et les pouvoirs politiques – législatifs exécutif, judiciaire – exercés dans un cadre institutionnel défini, « démocratique » ou non. Par exemple les pouvoirs que les idéologies et les croyances (religieuses entre autre) exercent sur les peuples. Par exemple enfin le pouvoir des médias qui diffusent les informations, les sélectionnent, les commentent.

La reconnaissance de cette pluralité relève de la banalité extrême. Car la vraie question qui doit être posée est la suivante : comment ces pouvoirs, dans leur diversité, s’organisent pour se compléter dans leurs effets de construction du tissu social, ou au contraire entrent en conflit sur ce terrain. Bien entendu la réponse à cette question ne peut être que concrète, c’est-à-dire concerner une société donnée à un moment donné de son histoire. Les réflexions qui suivent concernent l’articulation entre les pouvoirs médiatiques et les autres dimensions des pouvoirs sociaux dans le capitalisme contemporain.

Un mot encore concernant le pouvoir médiatique. Une littérature abondante s’emploie à analyser, parmi les qualifications diverses de l’être humain celle de son caractère d’homo communicant . On entend par là que le volume et l’intensité des informations auxquels l’homme moderne a accès, sans commune mesure dit-on avec ce qu’ils étaient dans le passé, auraient véritablement transformé l’individu et la société. C’est peut-être aller un peu vite car, depuis les origines, l’être humain se définit précisément par l’usage de la parole, moyen de communication par excellence. Il reste que l’affirmation de ces propositions concernant le volume et l’intensité de l’information est par elle-même correcte et qu’elle donne de ce fait aux médias qui sont à son origine une puissance et une responsabilité, morale, politique et sociale décuplées. Mais cette constatation n’élude pas la question fondamentale posée : comment s’articule ce pouvoir avec les autres ?

 Le pouvoir médiatique dans le capitalisme contemporain, mythe et réalités

Le pouvoir médiatique, pas plus que les autres, n’est pas – n’a jamais été, ne peut pas être – « indépendant ». Je n’entends certainement pas par là qu’il est « aux ordres », l’exécutif d’un autre pouvoir (politique, religieux ou économique). Non le pouvoir médiatique peut être – et même est – largement autonome. J’entends par là qu’il est soumis dans son fonctionnement à l’autonomie de la logique qui est la sienne, et qui est distincte des logiques de reproduction des autres pouvoirs. C’était le cas des modes de fonctionnement du clergé catholique dans la France de l’Ancien Régime, comme de tous les autres clergés religieux de l’époque. C’est aujourd’hui le cas des modes de fonctionnement du nouveau clergé médiatique.

Cette autonomie des médias se manifeste également par ses règles propres de déontologie. Et dans ce sens, s’il existe des médias « aux ordres », il en existe tout également qui ne le sont pas. Néanmoins cette autonomie – vantée par l’idéal démocratique sinon toujours sa pratique – n’est pas synonyme d’indépendance, qui est un concept absolu, alors que l’autonomie implique l’articulation (l’interdépendance) entre les différents pouvoirs, dont le médiatique. La question de cette articulation reste donc centrale, incontournable.

Or je prétends que dans le capitalisme contemporain (celui dans lequel nous vivons tous depuis, disons, une quarantaine d’années) un pouvoir suprême tend à s’imposer à tous les autres, qu’il subordonne en les articulant aux exigences de son propre déploiement. Je parle bien entendu d’une tendance – forte – et non d’un état de fait accompli. Car les résistances au déploiement de cette tendance sont puissantes et peut être même se renforcent-elles au fil du temps.

Le pouvoir suprême auquel je fais référence ici est celui des « monopoles généralisés, mondialisés et financiarisés ». Je renverrai le lecteur pour plus de précision concernant chacune de ces qualifications à mon ouvrage récent (La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise, Le Temps des Cerises 2008).

Pour faire court je dirai qu’il s’agit d’un pouvoir économique et que ce pouvoir est le produit d’une évolution qui a conduit à une centralisation extrême de la propriété et de la gestion du capital, sans commune mesure avec ce qu’elle était encore il y a un demi siècle. Ces monopoles (ou oligopoles si vous voulez) contrôlent directement ou indirectement l’ensemble des systèmes productifs (et cela est nouveau) et cela non pas seulement à l’échelle des centres capitalistes traditionnels dominants (les pays « les plus développés », rassemblés dans la triade États-Unis/Europe/Japon) mais tout également à l’échelle mondiale. Certes ici cette tendance – qui se concrétise par des stratégies d’action économique et politique – se heurte à la résistance des pays émergents (la Chine et quelques autres).

Cette transformation qualitative a réduit l’espace d’autonomie relative dont bénéficiait traditionnellement le pouvoir politique dans la triade concernée (laquelle autonomie donnait son sens et sa portée à la « démocratie bourgeoise », les visions de la vie, les idées courantes, les « consensus » voire même les conceptions religieuses, en un mot « l’air du temps »).

Autrement dit ce qui est en construction ce n’est pas comme on le dit vulgairement « une économie de marché », mais bel et bien une « société de marché ».

Dans ce cadre les médias – tout comme le politique – voient les espaces de leur autonomie relative rognés. Sans devenir nécessairement des instruments « aux ordres », ils se trouvent invités (et contraints) à remplir des fonctions utiles et nécessaires pour assurer le succès du déploiement du pouvoir suprême des monopoles généralisés.

Nous ne vivons donc pas un moment d’avancées démocratiques mais au contraire nous assistons à sa défiguration et au recul de la démocratie. Le citoyen capable d’appréhender la réalité est soumis à un bombardement qui le dépolitise or il n’y a pas de démocratie sans citoyens politisés, de ce fait capables d’imagination créatrice, de production d’alternatives cohérentes et différentes. On lui substitue l’individu passif (dépourvu donc de toute liberté authentique) réduit au statut de consommateur/spectateur. On lui propose de s’aligner sur un consensus, en réalité un faux consensus qui n’est que la traduction des exigences du pouvoir suprême et exclusif des monopoles généralisés. L’élection tourne à la farce dans laquelle s’affrontent des « candidats » (dont le style présidentiel de l’organisation du pouvoir accuse le caractère « para-personnel ») alignés sur ce même consensus. Le stade suprême de la farce est désormais atteint dès lors que des « agences de notation » (c’est-à-dire des employés de ces mêmes monopoles) tracent les frontières de ce qui serait « possible ».

Or, hélas, les médias dominants participent activement à la distillation de cette pensée unique, le contraire absolu de la pensée critique. Certes ils ne le font pas en pratiquant le mensonge. Les médias respectables s’en gardent bien. Mais ils sélectionnent et leurs commentaires s’inscrivent dans ce qu’on attend d’eux. Leur autonomie se réduit alors à la mise en œuvre d’une casuistique fonctionnelle pour légitimer l’ordre en place. C’est donc en ce sens que je prétends que le pouvoir de l’aristocratie financière appelle en complément celui du clergé médiatique. On pourrait multiplier les exemples de cette casuistique, qui permet de présenter un juge criminel (celui qui en Lybie avait condamné à mort les infirmières bulgares) comme un champion de la démocratie ; de placer au devant de la scène du front « démocratique » arabe le sultan de Qatar et le Roi d’Arabie Saoudite. Pourrait-on imaginer une farce plus accomplie !

Exemple de la casuistique du clergé médiatique : la question des interventions (militaires, humanitaires, pressions économiques, etc.) des puissances impérialistes dans les affaires des pays du Sud. Il est interdit d’ouvrir le débat sur les objectifs réels de ces interventions, comme l’accès aux ressources naturelles des pays en question, ou l’établissement de bases militaires. Il faut accepter à l’avance que les motifs invoqués par les puissances sont les seules raisons de leurs interventions. S’agissant de « pouvoirs démocratiques » il faut les croire sur parole : les « démocrates » ne mentent pas ! Il faut accepter de croire – ou faire semblant de croire – que ces interventions sont décidées par la « communauté internationale », étant entendu qu’il est interdit de rappeler que celle-ci n’est représentée par personne d’autre que l’ambassadeur des États-Unis, suivi dans les minutes qui suivent par ceux de ses alliés subalternes de l’Union européenne/Otan, parfois soutenu par quelques comparses, comme le Qatar ! Il faut croire, ou faire semblant de croire, que les objectifs réels de l’intervention sont ceux dans lesquels se drapent les interventionnistes : libérer un peuple d’une dictature sanglante, promouvoir la démocratie, venir en aide « humanitaire » aux victimes de la répression. Les médias acceptent d’emblée de se situer dans ce cadre d’ « analyse » (en fait de non-analyse de la réalité). On acceptera alors de discuter pour savoir si les objectifs proclamés ont été atteints ou pas, s’il y a eu « bavures », si des obstacles « imprévus » ont empêché d’atteindre les objectifs. Belle casuistique qui évite de porter le débat sur son terrain réel : quels sont les objectifs véritables de ces interventions.

  Des médias travaillant à la re-politisation des citoyens, sont nécessaires

Dans la Révolution française des représentants du « bas clergé » s’étaient désolidarisés des hiérarchies débitrices de l’aristocratie de l’époque pour contribuer à la construction du nouveau citoyen doté d’une capacité de pensée critique réelle. Un processus analogue se dessine peut être dans les médias contemporains. Sans doute les militants du renouveau des médias authentiquement démocratiques sont-ils confrontés à la concurrence inégale des « grands médias », bénéficiaires de moyens financiers fabuleux. On ne peut donc ici que saluer – et soutenir – les contributions de cette minorité.

Un pouvoir médiatique honorable conçoit sa responsabilité comme celle de citoyens indépendants et politisés, contribuant par là même à la construction de ce que j’ai appelé, avec les collègues du Forum Mondial des Alternatives, la convergence des luttes dans le respect de leur diversité. Il ne s’agit pas de substituer à une pensée unique – celle qui s’emploie à légitimer les pratiques des monopoles généralisés – une « autre pensée unique ». Il ne s’agit pas non plus de « juxtaposer » des pensées et des projets divers qualifiés d’emblée d’également légitimes. Il s’agit, par un travail patient et continu, de contribuer au développement de la pensée critique, capable de ce fait, de donner un sens aux luttes sociales et politiques qui s’inscrivent dans la perspective d’émancipation des esprits et des êtres humains, pris dans leur individualité et dans les collectifs qu’ils créent par leurs luttes. La diversité en question ne concerne pas exclusivement le choix des champs de bataille, forcément spécifiques. Elle concerne tout autant l’appréciation des instruments de la théorie sociale proposée pour l’approfondissement de l’analyse du monde réel. Elle concerne aussi le sens donné par les uns et les autres à la perspective d’émancipation recherchée.

Alors et alors seulement les médias peuvent acquérir un pouvoir responsable qui doit leur être reconnu dans la recherche et la définition des objectifs immédiats des luttes et dans celle de la perspective à plus long terme dans lesquelles celles-ci veulent s’inscrire.

 

Samir AMIN

http://www.m-pep.org/spip.php?article2510

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 09:36

Le programme du PS ne contient aucun engagement susceptible d’améliorer les conditions de vie des travailleurs. Dans l’ensemble, il revient à gérer le capitalisme pour le compte des capitalistes – au détriment de l’écrasante majorité de la population. En la matière, les engagements de François Hollande vont encore plus loin que le programme officiel de son parti. Il rejette par exemple le rétablissement de l’âge légal de la retraite à 60 ans, que les textes du PS évoquent vaguement. Il envisage un nouvel allongement de la durée de cotisation, voire la suppression pure et simple d’un âge légal de départ à la retraite : « tout sera déterminé par rapport à la durée de cotisation », dit-il.

Sur cette base, les critiques que François Hollande adresse à Sarkozy ne peuvent être que des effets de manche. Il reproche au président de vouloir inscrire la « règle d’or » dans la Constitution, avant de préciser que c’est avant tout « dans les actes » qu’il faut l’inscrire ! Il veut réaliser 50 milliards d’économies budgétaires dès la première année. Cette somme est supérieure au budget de l’Education nationale ! Elle implique une politique d’austérité nettement plus sévère que celle de Sarkozy. Et si Sarkozy est réélu, il mènerait lui aussi une politique d’austérité encore plus sévère que ces 5 dernières années, du fait de la crise. Il n’y a donc aucune différence politique fondamentale entre les deux candidats. Le Front de Gauche est la seule force politique significative qui, face aux capitalistes, défend les intérêts des travailleurs et de la masse de la population. Il faut faire en sorte que tous les travailleurs, chômeurs, jeunes et retraités, prennent connaissance de son programme.

Soutien critique

Ceci dit, à ce stade, le poids électoral du PS et le caractère réactionnaire de son programme posent certaines difficultés au PCF et au Front de Gauche. Ces difficultés impliquent des questions de principe et de stratégie de la plus haute importance. De très nombreux électeurs de gauche considèrent François Hollande comme le moindre mal face à Sarkozy. Et si, comme c’est très probable, Hollande se trouve face à la droite au deuxième tour, nous ne devrions pas nous tenir à l’écart du combat de la masse de l’électorat de gauche, sous prétexte que nous anticipons la politique rétrograde que mènera le candidat socialiste. Il faudra participer à cette lutte et le « soutenir » contre Sarkozy. Mais notre soutien devra être critique, et même très critique. Nous devons nous efforcer, par nos explications, d’ouvrir les yeux de tous. Entre les deux tours comme avant le premier, nous ne pouvons pas apporter le moindre soutien à la politique du PS, sous peine de trahir notre cause. Nous devons expliquer en toute circonstance, patiemment mais sans complaisance, le caractère réactionnaire de son programme et les conséquences sociales désastreuses qu’il entraînera.

Cette approche stratégique est cruciale pour la suite. Les élections ont une certaine importance, mais la lutte que nous menons, comme communistes, va bien au-delà des considérations électorales. Alors que le gouvernement Jospin avait au moins tenté d’appliquer quelques réformes positives, avant de virer à droite, le prochain gouvernement socialiste agira dès le premier jour comme un agent des intérêts capitalistes. En matière de coupes et de contre-réformes, la gravité de la crise le poussera à aller beaucoup plus loin que son programme ne le laisse présager. Les électeurs qui auront placé leurs espoirs en lui seront très rapidement déçus. Quant au Front de Gauche, sa lutte contre l’austérité et pour ses revendications se poursuivra. Une partie croissante des électeurs de gauche qui, pendant la campagne, avaient trouvé nos critiques injustes ou exagérées, se rendront compte que nous avions raison. Ceci augmentera considérablement l’autorité politique du PCF et du Front de Gauche aux yeux des travailleurs et renforcera d’autant notre combat contre le capitalisme et la politique du gouvernement.

« Rassembler toute la gauche » ?

Cette démarche ne fait pas l’unanimité. Il y a dans notre parti – et particulièrement dans ses instances dirigeantes – des camarades qui déconseillent fortement de « taper sur le PS ». L’un des arguments avancés est qu’en s’attaquant à la politique du PS, on risque de favoriser la droite. Il y a aussi, chez certains camarades, la crainte de compromettre des alliances électorales – actuelles ou futures – entre le PCF et le PS. Les points de vue qui existent à ce sujet se sont exprimés à plusieurs reprises, par exemple lorsque Jean-Luc Mélenchon a comparé François Hollande à un « capitaine de pédalo dans la tempête ». Par cette image, Mélenchon voulait souligner l’impuissance du programme socialiste face aux défis économiques et sociaux qui se posent. C’est le moins qu’on puisse dire. Et pourtant, cette formule n’a pas plu à tout le monde au sein du PCF. Soucieux de conserver de bons rapports avec le PS (et les bonnes places qui vont avec), Patrick Le Hyaric et bien d’autres responsables du parti n’en étaient pas du tout contents. Ne faut-il pas « rassembler toute la gauche » contre Sarkozy, disaient-ils, et donc épargner nos partenaires socialistes de critiques trop sévères ?

A notre avis, l’approche qui consiste à ménager le PS sous prétexte de ne pas favoriser Sarkozy est totalement irrecevable. Si on l’acceptait, elle vaudrait non seulement pour la campagne électorale, mais aussi pour après. Suivant cette logique, le fait de critiquer un gouvernement socialiste ne ferait-il pas courir le risque de renforcer l’opposition de droite, voire d’extrême droite ? Certes, notre priorité est d’attaquer la droite. Il faut discréditer son programme point par point, montrer ses conséquences néfastes pour la masse de la population. Mais justement, nous ne pouvons pas accomplir cette tâche primordiale en nous montrant indulgents vis-à-vis des dirigeants socialistes qui défendent essentiellement le même programme. Il faut toujours dire la vérité aux travailleurs. Jaurès n’écrivait-il pas que « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire » ?

Avant, pendant et après les élections, il faut expliquer la réalité des programmes de la droite et des dirigeants socialistes dans les termes les plus clairs et incisifs, dans le but d’élever le niveau de conscience des travailleurs à la hauteur nécessaire. Supposons que la droite remporte les élections parce que les électeurs n’auront pas vu de différence significative entre sa politique et celle des socialistes, comme ce fut le cas, par exemple, en 2007. Serait-ce la faute des dirigeants socialistes qui ont capitulé aux intérêts capitalistes – ou celle des partis du Front de Gauche qui auraient eu l’honnêteté de le dire ?

Enfin, que peut bien signifier « rassembler toute la gauche » lorsque les dirigeants de la principale force électorale de gauche – le Parti Socialiste – se préparent ouvertement à suivre la voie de Papandréou et Zapatero ? De deux choses l’une : soit on « rassemble la gauche » sur la base de leur politique réactionnaire, ce qui doit être évidemment exclu ; soit on gagne François Hollande et les siens au programme du Front de Gauche, ce qui est tout simplement impossible – et dire le contraire reviendrait à semer des illusions sur la nature politique des dirigeants du PS. La gravité de la crise trace des lignes de démarcation beaucoup plus nettes entre les partis et les programmes. Nous devons l’expliquer ouvertement plutôt que de prétendre qu’on peut gagner François Hollande à la lutte contre le système capitaliste. Encore une fois, les gens apprendront par l’expérience que nous avons raison.

La question des élus

Tous les communistes seraient d’accord pour que le PCF ait le plus grand nombre d’élus possible, que ce soit au niveau local ou à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, etc. Ils voient la conquête de sièges comme autant de moyens pour défendre la politique du parti. Mais précisément parce que ces positions ne sont pas une fin en soi, mais un moyen de lutte, toutes les méthodes ne sont pas bonnes pour les obtenir. L’argument selon lequel il faut éviter de critiquer la politique du PS pour obtenir un maximum de mandats est, au fond, opportuniste. Sur la base de compromis sans principes, les élus deviennent les prisonniers – volontaires ou non – d’une politique qui n’est pas la nôtre.

L’exemple le plus évident de ce type de situation est celle dans laquelle les ministres communistes se sont trouvés sous le gouvernement Jospin (1997-2002), où ils étaient impliqués dans des privatisations, des interventions militaires (Serbie, Afghanistan) et bien d’autres actions gouvernementales dont il n’y avait pas de quoi être fier. Et c’est loin d’être le seul exemple. Des situations analogues existent au niveau municipal, régional, etc. Nous ne disons pas que le PCF ne devrait jamais siéger aux côtés du PS. Mais cette collaboration devrait toujours dépendre de la politique qui est menée. Elle ne doit en aucun cas associer les communistes à des politiques contraires à leurs principes, comme par exemple la privatisation des services municipaux ou des méthodes de gestion oppressantes à l’égard du personnel municipal. Nos idées et nos principes doivent passer avant tout. Il est préférable de perdre un mandat en les défendant que de l’obtenir en y renonçant.

 

Greg Oxley, PCF Paris

Journal communiste : La Riposte

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 09:35

Communiqué de presse


La CGT COCHIN est intervenue vendredi 17 février 2012 au bloc opératoire de gynécologie-obstétrique et a déposé une procédure de Danger Grave et Imminent (DGI). En effet, le personnel (Agents Hospitaliers, Aides Soignants, Infirmiers et Infirmiers de bloc opératoire) en sous-effectif aggravé ne pouvait plus assurer ses tâches sans mettre en danger les patientes et leurs bébés. Outre ses tâches habituelles, le personnel devait travailler dans les cartons, laisser des patientes sans surveillance, aménager les locaux, assurer les brancardages, etc. De plus, le programme opératoire avait été surchargé afin de « rattraper » la baisse d’activité due au déménagement : il est vrai que pour rembourser les millions d’euros investis dans ce bâtiment, il faudra bien « travailler à la chaîne » dans cette « usine à bébés », qui prévoit 6000 naissances/an avec comme objectif proche 7500 naissances/an.

Dès l’origine du projet, la CGT COCHIN a dénoncé les conditions de travail et les sous-effectifs prévus par la direction dans cette maternité supposée être « modèle ». En effet, une expertise demandée par la CGT COCHIN avait démontré que les sous-effectifs déjà existants seraient aggravés de 30% dans la nouvelle maternité, avec 20% d’activité en plus… La direction a toujours fait la sourde oreille. Depuis la loi Bachelot, les directeurs d’hôpitaux sont devenus des chefs d’entreprises, les hôpitaux des unités de production, la santé une marchandise et les patients des clients.

Déjà angoissés par la fermeture de leurs anciennes maternités, les personnels sont quasiment livrés à eux-mêmes dans de nouveaux locaux où ils doivent faire face aux sous-effectifs. Situation ubuesque : à partir de sous-effectifs initiaux, la direction avait prévu d’accentuer encore ce sous-effectif dans la nouvelle maternité, mais même ce sous-effectif prévu n’a pas été atteint ! Au lieu des -30% de personnel prévu, on atteint les -50% !

Le personnel se retrouve donc dans une situation extrêmement stressante : ce sous-effectif aggravé est en effet source d’erreurs professionnelles permanentes et d’épuisement physique. A l’hôpital, l’erreur professionnelle peut être fatale pour les patientes et leurs bébés.

A la suite du DGI déposé par la CGT COCHIN, une réunion a eu lieu entre la direction, le personnel et la CGT COCHIN. Quatre postes ont été immédiatement attribués, et un appel à l’intérim sera fait pour combler les postes non encore pourvus. Le personnel et la CGT COCHIN ont donc levé le DGI, mais restent vigilants : si aucune autre amélioration n’intervient cette semaine, d’autres mesures seront envisagées…

Que voulez-vous, messieurs les directeurs, l’hôpital ne sera jamais une entreprise de betteraves !

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