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L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 20:50

mardi 27 décembre 2011

De : Antonio Gramsci via RF

« Existe-t-il une volonté des masses laborieuses prises dans leur ensemble et le Parti communiste peut-il soutenir qu’il va "obéir à la volonté des masses en général" ?

Non. Il existe, dans l’ensemble des masses laborieuses, plusieurs volontés distinctes : il existe une volonté communiste, une volonté maximaliste, une volonté réformiste, une volonté démocratique libérale. Il existe même, en un certain sens et dans une certaine limite, une volonté fasciste.

Tant que subsiste le régime bourgeois, et que le monopole de la presse est aux mains du capitalisme, et que par conséquent le gouvernement et les partis bourgeois ont la possibilité de poser les problèmes politiques en fonction de leurs intérêts, présentés comme l’intérêt général, tant que sera supprimée ou limitée la liberté d’association et de réunion de la classe ouvrière et que l’on pourra diffuser impunément les mensonges les plus impudents contre le communisme, il est inévitable que les classes laborieuses restent dans un état de désagrégation, autrement dit qu’elles aient plusieurs volontés.

Le Parti communiste "représente" les intérêts de la masse travailleuse tout entière, mais il ne "réalise" que la volonté d’une partie déterminée des masses, de la partie la plus avancée, de cette partie (prolétarienne) qui veut renverser le régime existant par des moyens révolutionnaires pour fonder le communisme.

Que signifie plus généralement la formule de l’Avanti ! : "Il faut suivre la volonté des masses" ? Elle signifie la tentative de justifier son propre opportunisme, en se cachant derrière la constatation qu’il existe encore des couches attardées de la population laborieuse qui sont sous l’influence de la bourgeoisie, qui "veulent" la collaboration avec la bourgeoisie.

Mais ces couches existeront toujours tant que le régime bourgeois sera le régime dominant ; si le Parti "prolétarien" obéissait à "cette volonté", il obéirait en réalité à la volonté de la bourgeoisie, en d’autres termes il serait un parti bourgeois, et non un parti prolétarien. Le Parti "prolétarien" ne peut pas se mettre à la remorque des masses, il doit précéder les masses, tout en tenant compte objectivement de l’existence de ces couches attardées.

Le Parti représente non seulement les masses travailleuses, mais aussi une doctrine, la doctrine du socialisme, et c’est pourquoi il lutte pour unifier la volonté des masses dans le sens du socialisme, tout en se tenant sur le terrain réel de ce qui existe, mais qui existe en se mouvant et en se développant.

Notre parti réalise, la volonté de la partie la plus avancée de la masse qui lutte pour le socialisme et qui sait qu’elle ne peut pas avoir la bourgeoisie pour alliée dans une lutte qui justement vise la bourgeoisie elle-même.

Dans la mesure où elle coïncide avec le développement général de la société bourgeoise et avec les exigences vitales de toute la masse laborieuse, cette "volonté" est en constant progrès, elle s’élargit, elle conquiert des couches toujours nouvelles de travailleurs, elle désagrège les autres partis ouvriers - "ouvriers" par leur composition sociale, non pas en raison de leur orientation politique. »

Publié par Bellaciao http://bellaciao.org/fr/spip.php?page=article_txt&id_article=123784

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Published by Antonio Gramsci/Vendémiaire - dans International
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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:28

Les travailleurs vivent un véritable ouragan de mesures anti populaires mises en œuvre par le gouvernement, le patronat, l’État capitaliste, l’UE, la BCE, le FMI : chômage, précarisation des conditions de vie et de travail, baisse des salaires et des pensions de retraite, augmentation de l’âge du départ à la retraite, nouveaux impôts de classe, plans sociaux, licenciements massifs, hôpitaux démantelés, éducation nationale bradée à partir d’un discours de culpabilisation sur la dette publique.

Les travailleurs savent qu’ils n’ont aucune responsabilité dans cette dette : celle-ci résulte avant tout des exonérations des grandes entreprises, d’une fiscalité au service des plus riches, des dépenses improductives, notamment militaires, mais aussi depuis plus de 30 ans de la privatisation de la fonction monétaire au bénéfice des banques et des marchés financiers et de notre insertion dans l’Union européenne, véritable carcan politique et institutionnel au service de l’oligarchie.

Il en est d’ailleurs de même de la dette des pays du « Sud » : n’est-ce pas les pays colonisateurs qui sont endettés vis-à-vis des ex-colonies ?

À l’instar de ce qui se passe en Grèce, et qui s’étend déjà à d’autres pays européens, ces mesures visent à faire porter durablement le fardeau de la crise du système capitaliste par les travailleurs. C’est le sens du passage en force du nouveau Traité européen et de la « règle d’or » sur l’équilibre budgétaire .

Ces plans sont aussi appliqués ou préconisées par les forces sociales-démocrates. N’oublions pas qu’en France ces mêmes forces ont défendu le « OUI » au TCE en 2005 ainsi que le Traité de Lisbonne adopté contre la volonté populaire, aujourd’hui, apparus comme des outils d’appauvrissement des peuples d’Europe, d’agression et de domination des peuples du « Sud ».

Les directions syndicales réformistes en France, en Europe (CES) et dans le monde (CSI), ont accompagné les mesures anti-sociales cédant au chantage à la dette et aux déficits, elles ont appuyé les guerres impérialistes, leur orientation détournant les luttes vers des protestations et des manifestations sans perspective…

Pas de succès dans nos luttes sans s’inscrire dans une stratégie contre le capitalisme, contre les politiques de l’UE, contre les guerres impérialistes prolongement international des politiques d’austérité. Il ne s’agit pas seulement de politiques gouvernementales, de changement d’équipe : il s’agit de lutter pour l’élimination des mécanismes de l’exploitation capitaliste et la domination impérialiste !

Parce que la crise est une crise sans précédent du système lui-même et qu’elle ne connaîtra d’issue positive pour les travailleurs et les peuples que si les travailleurs et les peuples se donnent pour objectif une sortie du système et un véritable détricotage de toutes les mesures qui ont abouti à la situation de chaos actuel.

L’histoire et l’expérience du mouvement syndical et ouvrier nous renseignent sur l’alternative qui s’offre aux travailleurs et syndicalistes : soit bâtir des syndicats comme organisations auxiliaires des capitalistes, soit bâtir un syndicat pour se libérer de l’exploitation .

Car le système n’est ni moralisable ni régularisable et plus que jamais à l’heure de sa crise globale et dans le contexte actuel l’attente du résultat des présidentielles serait mortel !

 Amplifions, élargissons, coordonnons les protestations qui se sont déjà manifesté et qui ne manquerons pas de continuer, contre les plans d’austérité en intervenant davantage dans nos syndicats de base !

 Agissons pour des revendications collectives (salaires et emploi, luttes contre les fermetures et contre les plans dits sociaux) et unifiantes au niveau national !

 Intensifions la lutte contre les courants dominants du réformisme au sein des centrales syndicales et refusons « les diagnostics partagés avec les partenaires sociaux » et l’unité syndicale au sommet qui revient à emprisonner les travailleurs dans la collaboration de classe prônée par la CFDT notamment !

 Agissons pour la sortie de la CGT de la CES véritable appendice de l’UE et de la mondialisation capitaliste !

 Développons la solidarité contre les violences et la répression anti-syndicale, dans les entreprises comme dans les services publics !

 Développons la solidarité internationaliste envers les peuples victimes des agressions impérialistes !

 

Paris le 20 décembre 2011

 

Front Syndical de Classe

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:24

Il faut d'abord dire que le vieux Karl, né en 1818, n'était pas si vieux que cela lorsqu'il écrivit les quelques lignes ci-dessous...

Je sais bien que le temps est passé (heureusement) où, dans le parti auquel j'ai longtemps eu l'honneur d'appartenir, il convenait de mettre les citations de Marx à toutes les sauces. Mais je conjure mes amis socialistes ou socialisants, en proie au prurit électoraliste et à la confiance dans le candidat salvateur, de bien vouloir lire la première citation ; je prie également mes amis (ce ne sont pas exactement les mêmes) qui vont clamant qu'il vaut mieux en définitive que Sarkozy l'emporte : "au moins, Hollande ne nous chloroformera pas ; les gens seront encore plus dans la merde, et ils finiront bien par se révolter"... Voire...

Les deux textes sont extraits d'un long article publié (en allemand) dans la journal radical (en allemand lui aussi) de Paris Vorwärts

 Karl Marx, Gloses critiques en marge de l'article "Le Roi de Prusse et la réforme sociale par un Prussien" (Vorwärts, n°60, 7 et 10 août 1844)

 

I

 

"Là où il existe des partis politiques, chacun voit la cause de tout mal dans le fait que son adversaire est au gouvernail de l'État, et non pas lui. Même les politiciens radicaux et révolutionnaires cherchent la cause du mal non dans la nature de l'État, mais dans une forme spécifique de l'État qu'ils veulent remplacer par une autre forme d'État. [...]

Plus l'État est puissant, donc plus un pays est politique, moins il est disposé à chercher dans le principe de l'État - c'est-à-dire dans l'organisation actuelle de la société, dont l'État est l'expression active, consciente et officielle -, la raison des tares sociales et à en comprendre le principe général. Si l'intelligence politique est précisément intelligence politique, c'est qu'elle pense à l'intérieur des limites de la politique. Plus elle est pénétrante et vivante, moins elle est capable de saisir la nature des tares sociales. La période classique de l'intelligence politique, c'est la Révolution française. Loin de percevoir dans le principe de l'État la source des tares sociales, les héros de la Révolution française perçoivent, au contraire, dans les tares sociales la source des mots politiques. C'est ainsi que Robespierre ne voit dans l'extrême pauvreté et l'extrême richesse qu'un obstacle à la démocratie pure. C'est pourquoi il désire établir une frugalité générale, à la spartiate. Le principe de la politique, c'est la volonté. Plus exclusif, c'est-à-dire plus parfait est l'esprit politique, et plus il croit à la toute puissance de la volonté, et plus il est aveugle devant les limites naturelles et spirituelles de la volonté ; et, par conséquent, moins il est capable de découvrir la source des tares sociales."

 

II

 

" Il est faux que la misère sociale engendre l'intelligence politique ; tout au contraire, c'est le bien-être social qui produit l'intelligence politique. L'intelligence politique est une spiritualiste, et elle est donnée à celui qui est déjà fortuné, à celui qui a déjà les pieds bien au chaud." 

 

René Merle

 

Article publié sur le blog de René Merle http://rene.merle.charles.antonin.over-blog.com/article-l-actualite-2011-au-prisme-du-vieux-karl-92476689.html

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:22

de : LE REBOURSIER

mercredi 21 décembre 2011 - 17h04

 

SYNDICAT CGT COMMERCE ET SERVICES DU BASSIN ALESIEN.

Bourse du Travail,Place Georges Dupuy,30100 Alès.

Tel:04 66 30 04 57 . Fax:04 66 30 10 37.

ADRESSE AUX SYNDIQUES et SYNDICATS CGT GARDOIS

Chers Camarades,

Réunis en AG le 8/12/2011,notre syndicat vous appelle à réagir à nos côtés pour sortir notre secrétaire général adjoint,Olivier BIREAUD,de la situation dramatique dans laquelle il se trouve depuis le 13ème congrès de la Fédération du commerce et des services CGT de Mai 2011.

Cette situation fait suite à une longue série d’évènements qui révèlent un véritable acharnement de son employeur,La Fédération du Commerce et des services CGT.Il a subi,et subit toujours :

 Une véritable mise au placard.

 Une insupportable suppression de toutes ses tâches de travail ( situation depuis le mois de juin 2011,juste après le congrès ).

 Une dramatique mutation arbitraire à Montreuil avec un délai de prévenance de 3 jours (à 800 Kms de son domicile).

 une incroyable convocation à un entretien préalable en vue d’un éventuel licenciement.

PIRE ENCORE !

A bout de souffle,Olivier est victime d’un malaise.Le médecin le place en accident de travail.Malgré ce,la Fédération ose renouveler sa convocation à l’entretien préalable au licenciement.

Sa seule "FAUTE" : avoir exprimé un point de vue différent lors du congrès fédéral,et avoir appliqué les décision de congrès de la CGT depuis des années,en particulier la fameuse résolution N°4 du 49ème congrès confédéral.

Nous le répétons encore,nous n’avons pas de désaccord avec les orientations confédérales.

La position de notre syndicat est très claire.Nous vous appelons à agir à nos côtés pour combattre cette véritable chasse aux sorcières qui est menée à l’encontre de notre camarade.

Pour cela,nous devons interpeller Bernard THIBAULT !!!

C’est pour toutes ces raisons,ET EN ACCORD AVEC L’UNION LOCALE d’ALES,que nous vous appelons :

 A participer massivement à l’AG de l’UL CGT d’Alès le 5 JANVIER 2012 à 17h30 à la bourse du travail d’Alès,pendant laquelle notre syndicat vous exposera clairement la situation d’Olivier.

 A signer la pétition concernant Olivier (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait).Sachez enfin,que pour notre syndicat,cette invraisemblable situation est un profond traumatisme et perturbe grandement notre activité syndicale et fait le jeu du patronat (ouverture des magasins le dimanche à Alès).

Comptant sur votre solidarité et votre action,

Pour les syndiqués du Syndicat CGT du Commerce et des Services du bassin alésien,

Martine PAGES

Secrétaire du syndicat

 

Publié par Bellaciao https://bellaciao.org/fr/spip.php?article123648

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:20

Vous trouverez ci-après le texte du discours que Vera Paiva devait prononcer lors de la cérémonie instituant la création de la Commission de la Vérité le 18 novembre. Vera est la fille de l’ex-député Rubens Paiva, disparu pendant la dictature militaire. Son intervention a finalement été annulée, au prétexte qu’elle pourrait provoquer le “désagrément” des militaires présents à cette initiative.


Vendredi 18 Novembre 2011, 11:00. Palais du Planalto, Brasília.


Chère Présidente Dilma, Chère Ministre des Droits Humains Maria do Rosário, Mesdames et Messieurs les Ministres présents, Messieurs les représentants du Parlement National, des Forces Armées, chers ex-prisonniers politiques et parents de disparus ici présents, que de temps consacré à cette bataille.

Nous remercions l’honneur qui nous est fait, à mon fils João Paiva Avelino et moi-même, petits-fils et fille de Rubens Paiva, de pouvoir participer à ce moment historique et, parmi les centaines de familles de morts et disparus, de milliers d’adolescents, femmes et hommes emprisonnés et torturés pendant le régime militaire, d’avoir le privilège de pouvoir nous exprimer.

En affrontant la vérité sur cette période, en empêchant que les violations de toutes sortes contre les droits humains restent sous silence, nous nous heurtons aussi à l’héritage qui continue d’assombrir le quotidien des brésiliens. Et je ne parle pas seulement du quotidien des familles touchées pendant ce régime d’exception. D’innombrables familles sont encore de nos jours victimes dans tout le Brésil d’arrestations arbitraires, d’enlèvements, d’humiliations et de torture. Sans aucune aide judiciaire ni caution. N’est-ce pas une telle situation que décrivent presque tous les jours les journaux et télévisions, dénonçant notamment comme est dévoyée la reconquête de la citoyenneté dans les favelas de Rio de Janeiro ? D’abondantes données montrent comment des brésiliens sans défense, en particulier les plus pauvres et les plus noirs, ou considérés comme homosexuels, sont encore quotidiennement agressés dans les rues, ou sont arrêtés de façon arbitraire, sans droit au respect, dans le mépris de leurs droits les plus fondamentaux à la non discrimination et à la préservation de leur intégrité physique et morale consignés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée par l’ONU en 1948, en réaction aux horreurs du nazisme.

Tout cela se poursuit, Chère Présidente. Ces pratiques continuent par l’action de personnes qui ne respectent pas leurs obligations constitutionnelles perpétuant des méthodes héritées de ce régime d’exception dont nous avons tant souffert de 1964 à 1988.

Le respect des droits humains, le respect démocratique de la diversité d’opinion ainsi que la construction de la paix se bâtissent au quotidien avec chaque génération ! Tous, civils comme militaires, sommes concernés par leur préservation.

Notre histoire familiale n’est qu’une parmi tant d’autres décrites dans des livres et des expositions. Ici à Brasília, l’exposition sur le calvaire de Frei Tito (Frère Dominicain arrêté en 1969 et affreusement torturé par les militaires, mort en exil en France, ndt) constitue encore une leçon sur cette période qui doit faire l’objet d’investigations.

En mars dernier, lors de l’inauguration de l’exposition relative à mon père, au Parlement National, je rappelais qu’il y avait précisément 40 ans que nous l’avions vu pour la dernière fois. Rubens Paiva avait été un pugnace leader estudiantin dans la bataille “le Pétrole est à nous” (grande lutte menée par les étudiants dans les années 50 pour la nationalisation de 1’industrie pétrolière, ndt), puis ingénieur ayant participé à la construction de Brasília, ensuite élu député du peuple, déchu de son mandat et contraint à l’exil en 1964. En 1971, c’était un ingénieur ayant réussi professionnellement, démocrate préoccupé par son pays et père de 5 enfants. Il a été arrêté à la maison, en revenant de la plage, heureux d’avoir joué au volley et de pouvoir déjeuner avec sa famille en ce jour férié. Sous la contrainte, il est parti au volant de sa voiture, dont le reçu de dévolution délivré quelques jours plus tard reste la seule preuve qu’il a été arrêté. Ma mère, dévouée femme au foyer, a été emprisonnée le jour suivant, avec ma sœur de 15 ans. Elles sont restées plusieurs jours entre les mains de la DOI-CODI (police politique du temps de la dictature militaire, ndt), dans un de ces scénarios d’horreur de l’époque. J’ai retrouvé ma sœur avec l’âme en pièces et ma mère défaite. Elle a ensuite passé des années, de caserne en caserne, de bureau en bureau, à essayer de le retrouver ou au moins d’avoir quelques nouvelles. Sans jamais obtenir la moindre information.

Ce n’est que lors de l’inauguration de l’exposition à São Paulo, 40 ans plus tard, où pour la première fois un Mémorial a été créé, que la famille s’est rassemblée avec des amis pour honorer sa mémoire. Nous avons alors découvert que la date où chacun situait sa mort pouvait beaucoup varier de mois ou d’année… Accepter qu’il ait été assassiné, c’était comme le tuer une seconde fois.

Cette cicatrice devient aujourd’hui moins douloureuse, en raison de ce nouveau pas pour que rien de tout cela ne puisse se répéter, pour que le Brésil consolide sa démocratie et un chemin vers la paix.

Chère Présidente : nous avons beaucoup de choses en commun, outre les marques que nous ont laissées à l’âme ce régime d’exception (la Présidente Dilma a été aussi arrêtée et torturée pendant la dictature militaire, ndt), et le fait que nous soyons toutes deux femmes, mères et fonctionnaires. Nous partageons les droits humains comme référence éthique pour les politiques publiques du Brésil. À 19 ans, je me suis également engagée dans des mouvements de jeunesse qui désiraient changer le pays. Pendant que j’attendais le début de cette cérémonie, je me souvenais de la façon dont avait démarré cette mobilisation. À la direction de l’Association Libre Centrale des Étudiants de l’Université de São-Paulo (DCE-Livre da USP), portant le nom de Alexandre Vanucci Leme, un des jeunes collègues sacrifiés par la dictature (jeune étudiant arrêté en 1973 et mort sous la torture, ndt), j’ai contribué à l’organisation de la première manifestation dans les rues depuis la bataille du AI-5 (ensemble de lois liberticides promulguées par la dictature militaire fin 1968 ayant provoqué un grand mouvement de contestation, ndt), contre les arrestations arbitraires de collègues emprisonnés et pour l’amnistie des prisonniers politiques.

C’était en mai 1977, et, jusqu’à ce nous soyons stoppés par les bombes du Colonel Erasmo Dias, nous avions défilé pacifiquement dans les rues du centre ville en distribuant une lettre ouverte à la population dont le titre était :

“AUJOURD’HUI, QUI NE DIT MOT, CONSENT !”

Je trouve cette phrase tout à fait adéquate pour traduire le sentiment qui nous anime en ce jour, où doit être instituée cette Commission de la Vérité. Pour que la lumière soit réellement faite sur ce qui s’est passé lors de ces années appelées de plomb car “qui ne dira mot, consentira”, n’est-ce pas ?

Si la Commission de la Vérité ne disposait pas d’autonomie ni de souveraineté pour mener ses enquêtes, ni d’une grande équipe qui l’aide à remplir son rôle, alors nous consentirions. Et je tiens à souligner qu’en consentant, nous nous rendrions complices de la souffrance imposée aux milliers de familles encore affectées par cet héritage d’horreur, qui ne peut plus s’appuyer de nos jours sur des lois d’exception mais dont les conséquences demeurent toujours impunies.

Notre lettre ouverte de 1977, publiée le jour suivant en une du journal “ o Estado de São Paulo”, exprimait l’indignation de la jeunesse face au manque de démocratie et de justice sociale, qui continuent à nous interpeler de nos jours. Le Brésil a été le dernier pays à clore la période de l’esclavage et les récentes données rendues publiques par L'Institut Brésilien de Géographie et de Statistiques (IBGE) confirment que nous restons un pays riche mais d’une effarante inégalité… Nous sommes le dernier pays aujourd’hui qui commence, très timidement mais avec grand espoir, à réaliser ce que d’autres pays ayant subi des dictatures à la même époque ont déjà accompli. Nous sommes encouragés par l’ONU, par les organismes internationaux et même par la revue “The Economist” à nous engager dans ce processus. Tous conviennent que rétablir la vérité et préserver la mémoire ne relève pas de la revanche et que, juger les responsables d’atrocités, en leur garantissant les droits à la défense dont n’ont jamais bénéficié les prisonniers politiques est primordial pour que les tortionnaires d’aujourd’hui n’éprouvent pas de sentiment d’impunité pour faire obstacle à la paix et la justice chaque jour. Le Chili et l’Argentine l’ont déjà effectué et l’Afrique du Sud a donné un exemple admirable de comment affronter la vérité afin de préserver la mémoire. Pour que des années de plomb ne puissent plus se reproduire et que chaque génération en soit porteuse.

Je conclurais en rappelant que la DÉMOCRATIE SE CONSTRUIT ET RECONSTRUIT CHAQUE JOUR. Qu’elle doit être valorisée et renforcée à CHAQUE GÉNÉRATION.

Car aujourd’hui, encore une fois, qui ne dit mot consent.

Merci.

P.S: Après avoir appris que la parole ne me serait pas donnée, je me suis souvenu d’un texte de mon frère Marcelo Paiva publié dan son journal, adressé aux militaires:

“Vous appartenez à une nouvelle génération de généraux, d’amiraux, de brigadiers. Vous étiez jeunes lors de la dictature (…) Pourquoi ne pas rétablir l’image de votre corporation ?
 Ne vous comparez pas à eux. Vous ne devez rien à ceux qui ont sali le nom des Forces Armées. Vous devez vous inscrire dans une tradition qui nous honore, celle qui a sauvegardé la République, mis fin à la dictature de Getúlio (Getúlio Vargas, dictateur au pouvoir de 1930 à 1954, ndt), après avoir combattu les nazis et qui, aujourd’hui, mène la campagne en Haïti.”

* Vera Paiva est la fille de l’ex-député Rubens Paiva, disparu pendant la dictature militaire. Elle est professeure de psychologie à l’Université de São Paulo et coordinatrice du Centre de Recherches pour la Prévention du Sida (NEPAIDS) à l’université.

 

Traduction Pedro DA NOBREGA

http://sul21.com.br/jornal/2011/11/discurso-de-vera-paiva-na-cerimonia-de-criacao-da-comissao-da-verdade/ 

22/11/11 | 08:00

 

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:17

Communiqué de l’académie de la Carpette anglaise

L’académie de la Carpette anglaise s’est réunie le 15 décembre 2011. Le jury, présidé par Philippe de Saint Robert, était composé de représentants du monde associatif et littéraire.

Au deuxième tour de scrutin, par huit voix sur douze, la Carpette anglaise 2011 a été décernée àM. Jean-François Copé,

secrétaire général de l’UMP, pour promouvoir avec vigueur l’usage de la langue anglaise de la maternelle aux grandes écoles et pour faire de la télévision publique en anglais aux heures de grande écoute (sous-titré en français) un des enjeux de son parti et de la prochaine élection présidentielle (article disponible en ligne, intitulé « Les Français must speak english », 3 février 2011).

Le prix spécial du jury à titre étranger3 a été décerné au premier tour de scrutin, par onze voix sur douze, à la compagnie Ryanair, présidée par M. Michael O’Leary, pour avoir imposé, en Espagne, aux femmes enceintes de plus de vingt-huit semaines un certificat médical exclusivement rédigé en anglais, y compris pour les vols intérieurs (menaçant de ne plus desservir les aéroports ne se pliant pas à cette exigence). (AFP, Madrid, 13 septembre 2011.).

 

Anne Cublier, Hervé Bourges, Benoît Duteurtre, Alain Gourdon, Yves Frémion et Dominique Noguez sont membres de cette académie.

 

1) La Carpette anglaise, prix d’indignité civique, est attribué à un membre des « élites françaises » qui s’est particulièrement distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France au détriment de la langue française.

2) Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (Asselaf), Avenir de la langue française (ALF), Cercle des écrivains cheminots (CLEC), Courriel (Collectif unitaire républicain pour la résistance, l’initiative et l’émancipation linguistique), Défense de la langue française (DLF) et Le Droit de comprendre (DDC).

3) Le prix spécial à titre étranger est attribué à un membre de la nomenklatura européenne ou internationale, pour sa contribution servile à la propagation de la langue anglaise.

Contact: Marc Favre d’Échallens, secrétaire de l’académie de la Carpette anglaise.
Courriel: parlerfranc@aol.com

 

Académie de la Carpette anglaise,, chez Le Droit de Comprendre, 34 bis, rue de Picpus, 75012 Paris.

 

NDLR: L’académie de la Carpette anglaise, dont Avenir de la langue française (ALF) fait partie, a dû choisir parmi des “candidats” de haute valeur, notamment : M. François Hollande pour ses maillots “H is for hope”; M. Paul Delevoye, ancien Médiateur de la République, pour son rapport sur le “burn out” de la société française, M. Luc Chatel pour ses anglicismes répétés et surtout son annonce de l’obligation d’apprendre l’anglais (seule langue étrangère possible) à la maternelle dès l’âge de trois ans ; M. Pierre Tapie, président de la Conférence des Grandes Ecoles, qui veut rendre l’anglais langue principale de notre enseignement supérieur, y compris pour les étudiants français…
A quand une réaction massive des Français et des autres Européens non anglophones maternels contre cette offensive tous azimuts de l’empire anglo-saxon et de tous ceux que le philosophe Michel Serres qualifie de “collabos de la pub et du fric”?

 

Albert Salon.

Affiché sous Accueil, Langue Française

 

Article publié par Dragan MIRIANOVIC, le 20 décembre 2011

 

Article publié par le PRCF http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/?p=10251

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:03

Date de publication : samedi 17 décembre 2011

 

Franz Fanon est une figure respectée et aimée dans toute l’Afrique et l’Asie. Fanon était un individu d’envergure, de grande qualité par la finesse de ses jugements comme par son courage pour dire la vérité. Psychiatre, il ne pouvait donc être qu’un bon psychiatre. Peaux noires, masques blancs et ses autres écrits concernant les maladies mentales qui frappaient les colonisés d’Algérie qu’il soignait, en constituent le très beau témoignage. Mais au-delà il a été un révolutionnaire authentique. Son livre, Les Damnés de la Terre, explicite sa vision de la révolution nécessaire pour sortir l’humanité de la barbarie capitaliste. Et c’est à ce titre qu’il a conquis le respect de tous les Africains et Asiatiques.

source : www.pambazuka.org - 2011-12-05

FANON, LES ANTILLES ET L’ESCLAVAGE

Fanon est né Antillais. L’histoire de son peuple, de l’esclavage, de sa relation à la métropole française, a donc été par la force des choses le point de départ de sa réflexion critique. La première et seule révolution sociale que le continent américain ait connu jusqu’aux temps récents est celle des esclaves de Saint-Domingue (Haïti) ayant conquis par eux-mêmes leur liberté. La révolution de Saint-Domingue coïncidait avec celle du peuple français. L’aile radicale de la révolution française sympathisait donc naturellement avec celle des esclaves ayant conquis leur liberté par eux-mêmes, devenus de ce fait d’authentiques citoyens. Mais bien entendu les colons de la place ne l’entendaient pas ainsi. Le recul de la révolution française s’est traduit dans les Antilles par le rétablissement de l’esclavage, à nouveau aboli par la Seconde République en 1848, sans que pour autant soit aboli leur statut colonial jusqu’en 1945, date à partir de laquelle s’ouvre un chapitre nouveau de leur histoire.

Que voulait-on ? L’indépendance - fut elle encore en apparence éloignée - ou l’assimilation, ou encore la construction d’une « Union française véritable », c’est à dire d’un Etat multinational. Les partis communistes des Antilles et de la Réunion se sont battus sur le terrain de l’assimilation et ont fini par l’emporter effectivement. Le résultat s’impose aujourd’hui : l’assimilation a créé une dépendance économique et sociale telle qu’il est difficile de concevoir que le mouvement puisse être inversé et que les Antilles et la Réunion puissent un jour devenir indépendants. Paradoxe apparent : si aujourd’hui les Antilles et la Réunion sont devenues indissociables de la France, elles le doivent aux efforts des communistes, de France et des colonies concernées, couronnés de succès. La droite, qui s’était toujours opposée à l’assimilation des droits, défenseur hier de l’esclavage et plus tard du statut colonial, n’aurait donc pas évité que le mouvement conduise, ici comme dans les Antilles anglaises et à Maurice, à la revendication indépendantiste.

Bien entendu, en dépit des transformations profondes produites par la départementalisation à partir de 1945, les effets du passé esclavagiste et colonial ne pouvaient être gommés ni de la mémoire des peuples concernés ni de leur conception vivante de leur identité dans ses rapports avec la France. «  Peaux noires, masques blancs  » nous propose, sur ce terrain, une analyse d’une lucidité parfaite. Le traitement des problèmes abordés dans cet ouvrage permet d’en saisir la singularité – au-delà des dénominateurs communs banals - par opposition aux défis auxquels sont confrontés les Noirs des Etats-Unis, ceux des Antilles britanniques, du Brésil, les Noirs d’Afrique en général et ceux d’Afrique du Sud en particulier. Je rapporterai ces différences à la distinction que je propose entre colonialisme externe et colonialisme interne (ref « Du capitalisme à la civilisation », 2008, pages 145-151).

FANON ET LE DÉFI DU CAPITALISME RÉELLEMENT EXISTANT

L’accumulation par dépossession est permanente dans l’histoire du capitalisme réellement existant

Fanon avait parfaitement compris que l’expansion capitaliste était fondée sur la dépossession des peuples d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, c’est-à-dire de la majorité écrasante des peuples de la planète. Que les victimes majeures de cette expansion – les « damnés de la terre »- étaient donc ces peuples, appelés par la force des choses à la révolte permanente et légitime contre l’ordre mondial impérialiste.

Le capitalisme historique, fondé sur la conquête du monde par les centres impérialistes abolit par sa nature même la possibilité pour les sociétés des périphéries de son système mondial de « rattraper » et de devenir, à l’image des centres, des sociétés capitalistes opulentes. La voie capitaliste constitue pour ces peuples une impasse. L’alternative est donc socialisme ou barbarie. La vision (hélas dominante) d’une accumulation préalable nécessaire et incontournable, qui exigerait le passage par une « phase capitaliste » avant de s’engager sur la voie socialiste, est sans fondement dès lors qu’on prend la mesure des défis objectifs que représente le capitalisme historique.

La conquête du monde par les Européens constitue une gigantesque dépossession des Indiens d’Amérique. La traite négrière qui prend la relève exerce sur une bonne partie de l’Afrique une ponction qui retarde d’un demi millénaire le progrès du continent. Des phénomènes analogues sont visibles en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Kenya, en Algérie et plus encore en Australie et en Nouvelle Zélande. Ce procédé d’accumulation par dépossession caractérise l’Etat d’Israël – une colonisation en cours. Non moins visibles sont les conséquences de l’exploitation coloniale des paysanneries soumises de l’Inde anglaise, des Indes néerlandaises, des Philippines, de l’Afrique : les famines (celle célèbre du Bengale, celles de l’Afrique contemporaine) en constituent la manifestation. La méthode avait été inaugurée par les Anglais en Irlande dont la population, jadis égale à celle de l’Angleterre, n’en représente plus encore aujourd’hui que le dixième, ponctionnée par la famine organisée dont Marx a fait le procès. La dépossession n’a pas frappé seulement les populations paysannes – la grande majorité des peuples d’autrefois. Elle a détruit les capacités de production industrielle (artisanats et manufactures) de régions naguère et longtemps plus prospères que l’Europe elle même : la Chine et l’Inde entre autre (les développements de Bagchi, dans son dernier ouvrage « Perilous passage », sont sur ce sujet indiscutables).

Le XIXe siècle a représenté l’apogée de ce système de la mondialisation capitaliste/impérialiste. Au point que, désormais, expansion du capitalisme et « occidentalisation » au sens brutal du terme rendent impossible la distinction entre la dimension économique de la conquête et sa dimension culturelle, l’eurocentrisme.

LE XXE SIÈCLE : LA PREMIÈRE VAGUE DES RÉVOLUTIONS SOCIALISTES ET ÉVEIL DU « SUD »

Le moment de l’apogée du système est bref : à peine un siècle. Le XXe siècle est celui de la première vague de grandes révolutions conduites au nom du socialisme (Russie, Chine, Vietnam, Cuba) et de la radicalisation des luttes de libération de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine, dont les ambitions s’expriment à travers le « projet de Bandoung » (1955-1981). Cette concomitance n’est pas le fruit du hasard. Le déploiement mondialisé du capitalisme/impérialisme a constitué pour les peuples des périphéries concernées la plus grande tragédie de l’histoire humaine, illustrant ainsi le caractère destructif de l’accumulation du capital. La loi de la paupérisation formulée par Marx s’exprime à l’échelle du système avec encore plus de violence que ne l’avait imaginé le père de la pensée socialiste ! Cette page de l’histoire est tournée. Les peuples des périphéries n’acceptent plus le sort que le capitalisme leur réserve. Ce changement d’attitude fondamental est irréversible. Ce qui signifie que le capitalisme est entré dans sa phase de déclin. Ce qui n’exclut pas la persistance d’illusions diverses : celles de réformes capables de donner au capitalisme un visage humain (ce qu’il n’a jamais eu pour la majorité des peuples), celles d’un « rattrapage » possible dans le système, dont se nourrissent les classes dirigeantes des pays « émergents », grisées par les succès du moment, celles de replis passéistes (para religieux ou para ethniques) dans lesquelles sombrent beaucoup de peuples « exclus » dans le moment actuel. Ces illusions paraissent tenaces du fait que nous sommes dans le creux de la vague. La vague des révolutions du XXe siècle s’est épuisée, celle de la nouvelle radicalité du XXIe siècle ne s’est pas encore affirmée. Et dans le clair-obscur des transitions se dessinent des monstres, comme l’écrivait Gramsci.

Les gouvernements et les peuples de l’Asie et de l’Afrique proclamaient à Bandoung, en 1955, leur volonté de reconstruire le système mondial sur la base de la reconnaissance des droits des nations jusque là dominées. Ce « droit au développement » constituait le fondement de la mondialisation de l’époque, mise en œuvre dans un cadre multipolaire négocié, imposé à l’impérialisme contraint, lui, à s’ajuster à ces exigences nouvelles. L’ère de Bandoung est celle de la Renaissance de l’Afrique. Ce n’est pas un hasard si les Etats africains s’engagent dans des projets de rénovation qui leur imposent de s’inspirer des valeurs du socialisme, puisque la libération des peuples des périphéries s’inscrit nécessairement dans une perspective anti capitaliste.

Il n’y a pas lieu de dénigrer ces tentatives nombreuses sur le continent, comme on le fait aujourd’hui : le régime odieux de Mobutu a permis en trente ans la formation d’un capital d’éducation au Congo 40 fois supérieur à celui que les Belges n’avaient pas réalisé en 80 ans. Qu’on le veuille ou non, les Etats africains sont à l’origine de la formation de véritables nations. Et les options « trans ethniques » de leurs classes dirigeantes ont favorisé cette cristallisation. Les dérives ethnicistes sont ultérieures, produites par l’épuisement des modèles de Bandoung, entraînant la perte de légitimité des pouvoirs et le recours de fractions de ceux ci à l’ethnicité pour la rétablir à leur profit. Je renvoie ici à mon ouvrage « L’Ethnie à l’assaut des Nations » (Harmattan, 1994).

Le long déclin du capitalisme, sera-t-il synonyme d’une longue transition positive au socialisme ? Il faudrait, pour qu’il en soit ainsi, que le XXIe siècle prolonge le XXe siècle et en radicalise les objectifs de la transformation sociale. Ce qui est tout à fait possible, mais en possibilité dont les conditions doivent être précisées. A défaut, le long déclin du capitalisme se traduirait par la dégradation continue de la civilisation humaine. Je renverrai ici à ce que j’ai écrit à ce propos il y a plus de vingt cinq ans : « Révolution ou décadence ? » ( Classe et Nation, Minuit 1979, pp 238-245).

Le déclin n’est pas non plus un processus continu, linéaire. Il n’exclut pas des moments de « reprise », de contre offensive du capital. Le moment actuel est de cette nature. Le XXe siècle constitue un premier chapitre du long apprentissage par les peuples du dépassement du capitalisme et de l’invention de formes socialistes nouvelles de vie, pour reprendre l’expression forte de Domenico Losurdo ( Fuir l’histoire, Delga 2007). Avec lui je n’analyse pas son développement dans les termes de « l’échec » (du socialisme, de l’indépendance nationale) comme la propagande réactionnaire qui a le vent en poupe aujourd’hui tente de le faire. Au contraire ce sont les succès et non les échecs de cette première vague d’expériences socialistes et nationales populaires qui sont à l’origine des problèmes du monde contemporain. L’analyse des contradictions sociales propres à chacun de ces systèmes, des tâtonnements caractéristiques de ces premières avancées, explique leur essoufflement et finalement leur défaite et non leur échec (Samir Amin, « Au delà du capitalisme sénile », PUF 2002, pp 11-19). C’est donc cet essoufflement qui a créée les conditions favorables à la contre offensive du capital en cours : une nouvelle « transition périlleuse » des libérations du XXe siècle à celles du XXIe siècle.

L’action politique de Fanon est située toute entière dans ce moment de l’histoire, celui de l’ère de Bandoung (1955-1980) et de la première vague de luttes de libération victorieuses. Les choix qu’il a fait –se ranger aux côtés du Front de Libération Nationale de l’Algérie et des mouvements de libération du continent africain- était le seul digne d’un révolutionnaire authentique.

Samir Amin
directeur du Forum du Tiers monde

 

visiter le site : www.frantz-fanon.com

lire aussi sur www.pambazuka.org : Actualité de Frantz Fanon dans le contexte de polycrises, par Mireille Fanon-Mendès France

et sur africamix.blog.lemonde.fr (27 novembre 2011) : Frantz Fanon, toute une vie, par Olivier Herviaux

 

 

Article publié par Senemag http://senemag.free.fr/spip.php?article973

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 15:01

de : KURTZ

mardi 20 décembre 2011 - 21h11

 

Les media ne cachent pas leur joie : le dictateur KIM JON IL est mort.

Le hasard veut qu’Havel, le dissident de l’Est qui contribua à libérer son pays, la Tchécoslovasquie disparaisse quelques jours plus tôt.

Le monde libre est en pleurs.

S’il est aisé pour les média de donner un visage angelique à Havel, en édulcurant une personnalité plus nuancée qu’il n’y paraît et que je juge utile, pour information, de rappeler.

HAVEL avait fait de son anticommunisme viscéral une affaire personnelle.

Lors de la prise su pouvoir par les communistes, ses parents que l’on soupçonne d’avoir collaborer avec l’occupant nazi avaient été dépossédés de leurs confortables biens.

A peine élu à la magistrature suprême, Havel avait veillé à ce que ces biens soient réintroduits dans son patrimoine.

De plus, par esprit revanchard, il s’était allié aux EU et intégré l’OTAN pour encercler la Russie.

Admiratif, pour ne par dire valet des EU, il avait approuvé la guerre d’agression menéé par les EU et par cet acte se rendit co-responsable de la mort d’un million de civils, de l’exil de 4 millions d’irakiens et de la destruction d’un pays, berceau de l’humanité, par des armes comme le phosphore blanc, les faucheuses de marguerite, les bombes à uranium appauvri dont les effets à long terme sur les enfants sont comparables à ceux d’Hiroshima.

J’ai une aversion sans réserve à l’égard du régime népotisme de Corée du Nord mais je lui reconnais d’avoir tenu la dragée haute aux état unis en se dotant d’un programme nucléaire, tout simplement en disant aux impérialismes que la proie coréenne sera plus difficile à dépouiller que l’Irakienne.

Au fond, "ce sont deux cadavres qui sont morts"

 

KURTZ

 

Article publié par Bellaciao https://bellaciao.org/fr/spip.php?article123616

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 14:58

lundi 19 décembre 2011, par Comité Valmy

 

Vaclav Havel est mort. On peut s’attendre, de Libération à Le Monde, sans oublier l’Humanité qui fera certainement preuve de ce zèle si caractéristique chez les nouveaux convertis qui ont peur de se voir reprocher quelque tiédeur, aux hommages dithyrambiques que la presse bienpensante réserve généralement à ces "consciences morales" qui ont fleuri si fort pendant la dernière phase de la guerre froide.

 

La tonalité de ces hommages pourrait faire penser que les personnes en question rentrent dans l’histoire. En fait, c’est tout le contraire. Jamais la formule "dernier hommage" n’a été aussi appropriée. Havel, une fois les lampions éteints, sera oublié comme il le mérite. Comment je le sais ? Mais... parce que c’est ce qui est arrivé à tous les "consciences morales" dont on s’est servi pour le combat anticommuniste. Une longue liste de littérateurs dont personne ne lit plus les oeuvres (1), de mathématiciens dont personne ne cite les travaux, de scientifiques dont l’éminente contribution est inconnue des jeunes étudiants. En un mot, des personnalités promues à la dignité de "grands intellectuels de notre temps" parce que cela était utile à un moment donné pour constituer le paravent "moral" des guerriers froids.

Tous ces gens n’ont qu’un destin : l’oubli. Ils furent les supplétifs dans une "sale guerre", dans laquelle les démocraties occidentales ont souvent perdu leur âme en soutenant les régimes les plus corrompus, les dictateurs les plus sanguinaires, les régimes les plus brutaux, et tout cela au nom de la défense des libertés. On comprend qu’on n’ait pas trop envie de s’en souvenir. Pinochet, Marcos, Videla, Somoza n’ont pas été des accidents de l’histoire, pas plus que ne l’ont été le renversement d’Allende ou de Mossadegh. Toutes ces opérations, et bien d’autres, sont le revers de la médaille qui porte sur l’autre face les figures de Havel, Walesa, Solzhenitsin et consorts, et ceux-là même qui aujourd’hui applaudissent au jugement des derniers dirigeants Khmers Rouges oublient que dans les années 1980 ils ont soutenu ces mêmes Khmers Rouges lorsqu’il s’est agi d’empêcher le gouvernement cambodgien qui leur a succédé d’occuper le siège du Cambodge à l’ONU. Au prétexte que ce gouvernement, horresco referens, était soutenu par le Vietnam pro-soviétique.

On peut comprendre qu’aujourd’hui on prefère oublier cette époque, et Badiou n’est pas le seul qui préfère jouer les amnésiques en enfouissant sous le tapis les articles passionnés qu’il écrivit pour défendre le régime de Pol Pot (2) lorsque celui-ci fut renversé par les vietnamiens. Personne ne tient à expliquer à ses enfants qu’il a été complice - ne serait-ce que par la pensée - de la mort ou de la torture de milliers de personnes. On préfère tirer un trait sur cette époque et passer à la suite, de la même manière qu’on a effacé des mémoires les "héros" de la guerre d’Indochine. Les héros des "sales guerres" en général n’ont pour récompense que l’oubli.

Mais des morts on ne dit que du bien. Personne n’aura donc l’outrecuidance de rappeler combien les "consciences morales" se sont revelées incompétentes lorsqu’il s’est agi d’exercer le pouvoir. Personne n’ira creuser l’histoire de la scission de la Tchecoslovaquie. Et personne ne s’ingerrogera sur ce que les "consciences morales" pensaient de l’oeuvre d’un Franco, d’un Pinochet ou d’un Somoza. Pourtant, dans ses écrits et ses discours, Havel a eu amplement le temps de s’exprimer sur la question, lui qui a tant écrit sur la liberté... Mais force est de constater que lorsqu’il s’est agi de critiquer les dictateurs "amis", la "conscience morale" est restée muette.


Descartes

(1) Connaissez vous une seule oeuvre littéraire de Vaclav Havel ? Seriez-vous en mesure de citer ne serait-ce qu’un seul titre ?

(2) "Kampuchéa vaincra", Le Monde, 17/1/79 (consultable ici ). A ma connaissance, l’auteur n’a jamais renié les propos qu’il tient dans cet article.

 

Article publié par le Comité Valmy http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2117

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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 14:57

samedi 24 décembre 2011, par Comité Valmy

 

En cette veille de Noël, la Syrie où nous servons le Corps du Christ, est endeuillée par des évènements tragiques. Par-delà le tintamarre médiatique et le bruit de plus en plus grandissant des armes ce sont les civils, innocents, hommes, femmes, enfants et vieillards que Dieu a créés à Son Image et Ressemblance qui payent le prix du sang, de la détresse et de la disette. Comme toujours ce sont les pauvres qui sont les victimes de la folie des grands.

 

Suite à une mission d’information avec des médias catholiques j’ai été amenée à visiter la ville de Homs et ses environs. J’ai été remuée au plus profond de ma conscience par la tragédie que vit la population civile, notamment les chrétiens. Ces derniers sont surtout concentrés dans les quartiers centraux de la ville qui sont devenus le repaire de bandes armées que personne jusqu’à présent n’a réussi à identifier. Toujours est-il que ces bandes imposent une loi martiale en vertu de laquelle les fonctionnaires qui rejoignent leur travail sont susceptibles de représailles, y inclus les enseignants dans les écoles publiques. De même les artisans, les vendeurs et même ceux qui ont une profession libérale sont la cible d’actes terroristes qui visent à paralyser la vie sociale.

Les résultats de ces méthodes coercitives sont des plus terribles : chaque jours des innocents sont égorgés ou kidnappés. Des familles perdent ainsi le père, le fils ou le frère. Les veuves et les orphelins sont dans la nécessité. Ceux qui n’ont pas affronté le spectre de la mort doivent faire face à la séquestration forcée dans leurs domiciles où ils cherchent à survivre sans travail. Les maigres économies de ces familles s’amenuisent. La plupart sont d’un niveau moyen et en-deçà. Désormais la pénurie se fait ressentir en cet hiver qui s’annonce rigoureux. Le mazout fait cruellement défaut à beaucoup en cet hiver qui s’annonce rigoureux. De plus, une aide alimentaire et médicale de première nécessité devient une urgence.

De retour à Qâra j’ai noté que les mêmes stratagèmes appliqués à Homs ou à Qusayr sont appliqués chez nous par les insurgés. D’un côté ils continuent à organiser des manifestations-studios pour les besoins médiatiques des chaînes mainstream (Al Jazeerah, Arabia, BBC, France 24 et relais) tandis qu’ils font régner la terreur dès la tombée de la nuit. Il est désormais interdit de circuler, sous peine de se faire abattre, après 18 heures à Qâra. Depuis une semaine trente hommes armés sont venus dans cinq camionnettes sur la place du village avec des marteaux compresseurs. Ils ont éventré la chaussée et, en toute impunité, ils ont sectionné les câbles de téléphone et les ont traînés avec eux pour les jeter dans le désert. Depuis deux jours, les miliciens ont forcé l’école municipale et ils l’ont volée.

Etant supérieure de l’antique monastère de Saint Jacques l’Intercis à Qâra, du diocèse grec-melkite catholique de Homs, Hama et Yabroud, et ayant vu de mes yeux l’immense souffrance de ces familles je lance un appel à nos amis et bienfaiteurs pour un projet urgent. Venir en aide aux familles syriennes sinistrées qui n’ont plus les moyens de subsister. Nous vous proposons d’adopter une ou plusieurs familles par mois. Voici ce que nous comptons faire. Acheter du mazout, acheter de l’alimentation de base. Distribuer aux familles. Voici les prix pour la Syrie. Prix du mazout : 18 LS le litre (0,3$).

Strict nécessaire pour une famille durant un mois : 150 litres. Prix du mazout par famille pour un mois : 2700 LS (45$) Portion alimentaire pour un mois : 55 $

(5kg de farine, 5 kg de riz, 5 kg de bourghol, 5 kg de lentilles, 10 kg de sucre, une bouteille d’huile d’olive, une bouteille d’huile végétale, une petite boite de graisse, 8 paquets de macaronis, une boite de confiture, des biscuits et divers)

Total prévu pour un mois par famille : 100 $

Je demeure à votre disposition pour tout service utile pour ce projet si important dans les temps difficiles qu’affronte la population civile en des lieux de plus en plus nombreux, soumis à la loi martiale de ceux qui ont pour mission de déstabiliser la Syrie,


Agnes-Mariam de la Croix

Higoumène

http://www.maryakub.org/actualites.html

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