Vendémiaire
Le résultat du Front de gauche aux élections européennes a été accueilli avec soulagement, au sein du PCF. Beaucoup de militants communistes redoutaient un nouveau recul du parti – ou, en l’occurrence, des listes qu’il soutenait. Mais de nombreux militants pensaient – et, souvent, espéraient – que la stratégie du Front de gauche se limiterait aux élections européennes. Ce n’est pas le cas. Fort d’un résultat qu’elle qualifie de « beau signe d’espoir », la direction du PCF appelle les militants communistes à « poursuivre et élargir » le Front de gauche, dans la perspective des prochaines échéances électorales. Cela suscite des doutes et des interrogations, dans les rangs du parti.
La Riposte a appelé à voter pour les listes du Front de gauche. Mais dans le même temps, nous avons formulé un certain nombre de critiques, qui portaient à la fois sur la stratégie et le programme défendus par la direction du parti (voir ICI). Or, comme nous allons le montrer, ces critiques n’ont pas été invalidées, mais, au contraire, confirmées par le résultat des élections européennes, qu’il faut soumettre à une analyse sobre et sans complaisance.
Le résultat du Front de gauche
Encore une fois, au regard de la longue période de déclin électoral qu’a connu le PCF, on comprend parfaitement que beaucoup de camarades soient satisfaits – ou, au moins, soulagés – par le résultat du Front de gauche. Ceci dit, le Front de gauche n’a que très faiblement progressé, par rapport au score du PCF en 2004. Il a recueilli 1,1 million de voix, contre 1 million en 2004. Ces 100 000 voix supplémentaires représentent 0,6 % des suffrages exprimés et moins de 0,3% des inscrits. Mais surtout, les leçons d’un résultat électoral ne peuvent être tirées à partir de la seule comparaison du nombre de voix recueillies en 2004 et cette fois-ci. Le résultat du Front de gauche doit être apprécié de façon relative, en tenant compte de trois éléments, au moins : 1) l’abstention massive ; 2) la chute du vote socialiste ; 3) les grandes luttes sociales de ces dernières années et l’impact de la récession mondiale.
Le fait majeur de cette élection fut le niveau historique de l’abstention (59,5%). On lit, dans la presse du parti, que le Front de gauche en aurait souffert, au même titre que le PS. Dans la grande masse des chômeurs et des bas salaires, le rejet de la politique et des institutions réactionnaires de l’UE a débouché sur une très forte abstention. Cela a mécaniquement favorisé la droite, car les couches intermédiaires et supérieures de la société ont, elles, davantage voté.
Tout ceci est exact. Mais en même temps, c’est une explication qui n’explique rien du tout. Car c’est précisément la grande masse des travailleurs et des chômeurs qui constitue – ou devrait constituer – la base sociale et électorale du Parti Communiste. Mais pour arracher les travailleurs à l’abstention et les convaincre de voter PCF, il nous faut un programme et des idées qui leur ouvrent une perspective de rupture radicale avec l’ordre établi. Voilà le cœur du problème.
Beaucoup de travailleurs considèrent les institutions européennes comme un repère de politiciens bourgeois aux ordres des riches et des puissants. Ils ont parfaitement raison. Cependant, ces mêmes travailleurs sont tout à fait capables de comprendre la nécessité d’aller quand même voter pour des candidats communistes aux élections européennes, à une condition : que le PCF leur apparaisse comme un parti très différent de tous les autres, comme un parti qui lutte résolument contre la pauvreté et l’exploitation – et dont le programme peut y mettre un terme définitif.
Il était tout à fait possible, pour le PCF, de gagner de nombreuses voix dans la grande masse des abstentionnistes (26 millions !), dont l’écrasante majorité est constituée de victimes du capitalisme. Le résultat du Front de gauche, par rapport à 2004, montre que cela n’a pas été le cas – ou de façon très marginale. La raison nous paraît évidente : le programme et les idées du Front de gauche n’ont pas convaincu ces millions de jeunes, de travailleurs et de chômeurs qui ont refusé d’aller voter, le 7 juin dernier.
Ce problème est d’autant plus flagrant que la situation économique et sociale de ces dernières années était – et demeure – très favorable à une progression rapide du PCF. On ne prétend pas, bien sûr, que les luttes sociales et la récession mondiale poussent mécaniquement les travailleurs dans les bras du parti. La classe ouvrière n’est pas homogène, et l’évolution politique de ses différentes couches est un processus complexe, contradictoire. Mais gardons à l’esprit que le Front de gauche a très peu progressé, par rapport à 2004. Or, depuis 2004, la France a connu toute une série de luttes massives de la jeunesse et des salariés. Par ailleurs, la récession et ses conséquences sociales désastreuses poussent de plus en plus de gens à tirer la conclusion que le système capitaliste est une impasse. Dans ce contexte, il était parfaitement possible, pour le PCF, de gagner le soutien d’une partie de cette masse de jeunes et de trav ailleurs qui cherchent plus ou moins confusément une alternative au capitalisme. C’était possible, oui – à condition de défendre cette alternative révolutionnaire, d’expliquer la nécessité de mettre fin au capitalisme et de reconstruire la société sur des bases socialistes. Or, le Front de gauche a défendu un programme réformiste. Si nous voulons que le parti progresse au rythme où il doit et peut progresser, il nous faut absolument corriger cela.
Un autre élément confirme cette analyse : le score du PS. Alors que le Front de gauche a progressé de 100 000 voix, depuis 2004, le PS en a perdu 2,2 millions. Où se sont reportées ces 2,2 millions de voix ? Principalement sur les Verts et l’abstention, mais très peu sur le Front de gauche. Ainsi, malgré la dérive droitière des dirigeants du PS et leurs guerres obscènes pour des postes, les électeurs socialistes de 2004 n’ont pas vu dans le Front de gauche une alternative crédible au Parti Socialiste. C’est un fait incontestable, auquel tous les militants communistes doivent réfléchir.
Le fait est que la masse de la population ne voit pas de différence fondamentale entre le programme du PS et celui du PCF. Et si elle n’en voit pas, c’est parce que, précisément, il n’y en pas. Quelle est, d’une formule, le programme du Parti Socialiste sur l’Europe ? « L’Europe sociale » – sur la base du capitalisme. Et celui du PCF ? C’est exactement le même. Le programme officiel du PCF, comme celui du PS, ne remet pas en cause la propriété capitaliste des banques, de l’industrie et des grands leviers de l’économie en général. Ces deux programmes proposent d’en finir avec les conséquences du capitalisme… sur la base du capitalisme.
Certes, dans le détail, les programmes du PS et du PCF diffèrent. Le PCF avance des propositions plus radicales sur telle ou telle question (salaires, conditions de travail, etc.). Mais précisément, la masse des travailleurs, en général, ne prête pas attention aux détails des programmes. Elle se contente des grandes lignes, des principaux mots d’ordre – et, surtout, des leçons de son expérience. Or, les grandes lignes du programme du PCF et l’expérience des gouvernements PS-PCF, depuis 1981, ont poussé des millions de travailleurs à tirer la conclusion que rien de fondamental ne distingue la politique du PCF de celle du PS.
Pour tenter de se distinguer du PS, pendant la campagne électorale, les dirigeants du PCF ont systématiquement rappelé qu’à l’inverse de la plupart des dirigeants socialistes, le PCF avait fait campagne pour le « non » au Traité Constitutionnel Européen (TCE), en 2005 – puis contre le Traité de Lisbonne, en 2007 et 2008. Il est vrai que le PCF a joué un rôle déterminant dans la victoire du « non », en 2005, et qu’il a vigoureusement dénoncé le Traité de Lisbonne. Très bien ! Il fallait le faire, et la position de la direction du PS, sur ces traités capitalistes, était scandaleuse. Cependant, quelle est l’expérience concrète des travailleurs ? Avant comme après le rejet du TCE, les contre-réformes se sont succédées, le chômage a augmenté et les inégalités se sont creusées. En d’autres termes, le capitalisme a été rejeté dans le texte, mais il a continué ses ravages dans la réalité. Or, c’est à la réalité que les travailleurs s’intéressent. Le PCF ne peut se contenter de rappeler aux travailleurs sa lutte passée contre le TCE : il doit surtout défendre un programme crédible – c’est-à-dire communiste – pour mettre fin aux fermetures d’entreprises, aux plans sociaux, à la pénurie de logements, au démantèlement des services publics et à la misère de masse. Tout en participant activement à la lutte pour des réformes et contre les attaques de la droite, il doit patiemment et systématiquement expliquer la nécessité d’en finir avec le système capitaliste lui-même.
Le PCF et le Front de gauche
L’Humanité célèbre avec enthousiasme la « dynamique unitaire » du Front de gauche. Or, le Front de gauche n’ayant que très légèrement progressé, par rapport à 2004, de deux choses l’une : soit l’alliance avec le Parti de Gauche n’a rapporté que très peu de voix, soit c’est le poids électoral spécifique du Parti Communiste qui a reculé, dans le vote pour le Front de gauche. Dans les deux cas, on ne voit pas bien en quoi cette « dynamique unitaire » devrait susciter l’enthousiasme des militants communistes.
On ne peut pas régler les problèmes politiques et idéologiques du PCF par des combinaisons organisationnelles, des effets de tribunes « unitaires » et des jeux d’étiquettes. C’est ce qu’avait déjà démontré la pénible expérience des présidentielles de 2007, lorsque le parti s’était embourbé dans les « collectifs anti-libéraux », avant de se présenter sous le drapeau mort-né de la « Gauche populaire et anti-libérale ». Depuis, le drapeau a changé, mais la démarche reste au fond la même. Les dirigeants du parti cherchent désespérément à présenter un visage « unitaire ». Ils ont annoncé comme un grand événement l’alliance du PCF et du tout petit Parti de Gauche. Et comme cela fait toujours un logo de plus, sur les tracts et les affiches, ils ont même salué avec enthousiasme le ralliement au Front de gauche d’une minuscule scission du NPA (la « Gauche un itaire »).
La Riposte n’est pas hostile à des alliances avec d’autres forces de gauche. Mais en l’occurrence, tout cet échafaudage « unitaire » est très artificiel. Les militants communistes l’ont bien vu, sur le terrain. Dans la très grande majorité des sections du parti, surtout en dehors des grandes villes, les communistes ont été bien seuls à faire campagne, à coller des affiches, à diffuser des tracts, à organiser des réunions publiques, etc. Oh ! Ils n’ont rien à reprocher aux masses militantes du Parti de Gauche et de la « Gauche unitaire » : elles n’existent pratiquement pas. Au regard des effectifs et de l’implantation nationale du PCF, ce ne sont pas les 2 ou 3000 encartés du Parti de Gauche – sans parler de la « Gauche unitaire » – qui pouvaient sérieusement renforcer la mobilisation militante. Sur le terrain, loin des studios de télévision et des tribunes des grands meetings, le Front de gauche était un « Front » du PCF avec lui-même, ou peu s’en faut.
On comprend bien, dès lors, que la direction du parti parle « d’élargir » le Front de gauche. Mais à quelles organisations pense-t-elle, concrètement ? Le ralliement du PS est exclu : ses dirigeants se préparent à faire « front » avec le MoDem, dès les élections régionales de mars 2010. Que reste-t-il ? De nouvelles scissions du PS ou du NPA ? Rien de tel ne s’annonce, dans l’immédiat. On ne peut faire surgir des organisations du néant par un simple appel à « élargir le Front de gauche ». Certes, on peut s’attendre au ralliement de « personnalités » en mal de postes – et qui ne représentent qu’elles-mêmes. Mais une chose est certaine : l’« élargissement » du Front de gauche ne modifiera en rien l’écrasante domination de sa « composante » communiste. Et pendant ce temps, le PCF risque de disparaître partiellement derrière le drapeau du Front de gauche, aux yeux de la population. La poursuite et « l’élargissement » du Front de gauche pourraient se traduire, dans les faits, par un rétrécissement de l’activité et du rayonnement publics du PCF. Beaucoup de militants s’en inquiètent, à juste titre.
Concluons. Le résultat électoral du Front de gauche prouve qu’il n’y a rien d’irréversible, dans le déclin du PCF. Il rappelle aussi ce que peut accomplir la mobilisation de dizaines de milliers de communistes, sur le terrain. Mais pour que le parti réalise tout son potentiel, dans la période à venir, il faut de profondes modifications de son programme. C’est indispensable, si nous voulons que le parti progresse à grand pas chez ces millions de jeunes et de travailleurs qui sont de plus en plus critiques à l’égard du système capitaliste. Le réarmement idéologique et programmatique du parti est la tâche centrale qui attend les militants communistes. Comme le disait le titre de notre document de congrès, il faut « renforcer le PCF et renouer avec le marxisme ». Dans le contexte actuel, qui lui est très favorable, le parti pourra alors rapidement remonter la pente et se mettre en position d’accomplir sa mission historiqu e : le renversement du capitalisme et la transformation socialiste de la société.
Jérôme Métellus (PCF Paris)
Publication : La Riposte samedi 20 juin 2009
Déclaration du Conseil national du M’PEP
Montreuil (93), le 28 juin 2009.
Le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) a commencé l’analyse de la campagne des élections européennes, de ses résultats et de ses suites. Il a déjà publié de « premiers constats » afin d’établir les données incontestables qui permettront ensuite à tous ceux qui le souhaitent de procéder à des analyses fiables. En ce qui le concerne, dans les jours et les semaines qui viennent, le M’PEP publiera d’autres textes. Le niveau exceptionnel atteint par l’abstention nécessite une réévaluation complète des positions de la gauche sur la question européenne. Comment croire qu’il soit possible de construire une quelconque union européenne dans l’indifférence ou même l’hostilité d’une majorité des peuples ? Cette réalité s’impose désormais aux partis, organisations et regroupements de gauche qui auront à assumer leur rupture avec le système européen actuel.
Pendant la période électorale, le M’PEP a appelé à voter pour les listes du Front de Gauche et a fait campagne en leur faveur. Par cette décision, le M’PEP a considéré que l’alliance entre le Parti communiste français (PCF) et le Parti de gauche (PG), rejoints ensuite par deux autres forces politiques (Gauche Unitaire et République et Socialisme), était une avancée vers les objectifs fondamentaux que notre Mouvement s’est fixés.
Les référendums et les élections sont toujours des moments privilégiés de débats politiques et de politisation des citoyens. Il était donc logique que le M’PEP se manifeste pendant cette campagne, d’une façon ou d’une autre. Car la repolitisation des citoyens, qui se traduit par l’engagement individuel et collectif, doit avoir l’action pour finalité. Et l’action, lors d’une élection, c’est le vote. De plus, le M’PEP s’est engagé dans cette bataille électorale en cohérence avec la mobilisation de ses membres dans la campagne contre le traité constitutionnel européen en 2005. Il constate aujourd’hui l’éclatement des forces altermondialistes : une partie s’est condamnée à l’inertie, une autre s’est réfugiée dans Europe Ecologie, favorable au traité de Lisbonne. Le soutien du M’PEP au Front de Gauche, seule configuration politique ayant manifesté des préoccupations unitaires sur la base du rejet du traité de Lisbonne, semblait le mieux convenir à cet objectif de repolitisation que s’est fixé le M’PEP.
Malgré des points de divergence entre le PCF et le PG d’une part, et le M’PEP d’autre part, le M’PEP a néanmoins considéré que le Front de Gauche constituait un pas dans la direction du rassemblement des gauches. Le M’PEP n’est pas favorable au tout ou rien, aux attitudes intransigeantes et sectaires, et ne croit pas au mythe de la « pureté » révolutionnaire. L’union des gauches est indispensable, et elle ne se réalisera que si chaque composante fait un pas vers les autres sur la base de compromis clairs, publics et assumés par toutes les parties. C’est ce qu’a fait le M’PEP.
Dans les démocraties, la souveraineté populaire s’exprime d’abord lors des élections. Le M’PEP s’est engagé dans ces élections en cohérence avec cet objectif et pour défendre la souveraineté populaire qui avait été bafouée par toutes les forces en présence disposant de parlementaires, sauf celles rassemblées au sein du Front de Gauche.
Le M’PEP considère qu’il faut « faire bouger l’Union européenne ou en sortir ». Cette analyse n’est pas partagée par le PCF et le PG. Afin de ne pas compromettre le rassemblement qui se dessinait avec le Front de Gauche, le M’PEP a choisi de ne pas faire campagne sur ce thème. D’autant que les positions du PCF et du PG contenaient un aspect très positif, celui de considérer – à juste titre – que les traités européens sont « incompatibles avec des politiques de gauche ». Cette analyse conduit ces deux partis à préconiser la signature de nouveaux traités. Mais, comme le M’PEP aura l’occasion de le développer ultérieurement, la possibilité de changer d’Europe par de nouveaux traités vient d’être pulvérisée par le résultat des élections européennes. Le PCF et le PG, tôt ou tard, devront en tenir compte et s’interroger sur le maintien du système européen actuel.
Au total, le M’PEP a mené campagne aux côtés du Front de Gauche, malgré le refus de ce dernier de l’intégrer. Il a pu cependant présenter ses propositions dans des dizaines de réunions publiques, contribuant à donner localement au Front de Gauche l’image de pluralisme et de diversité qui lui était nécessaire.
1.- Que les quatre membres actuels du Front de Gauche s’adressent ensemble à toutes les organisations de la gauche de gauche, sans ostracisme. Le but étant d’élaborer une plateforme politique commune, valable pour les luttes immédiates et pour les prochaines échéances électorales (des régionales aux présidentielles et législatives). Cette stratégie n’est possible, bien évidemment, qu’à la condition de se fixer l’objectif de devenir la force dominante à gauche, devant le PS.
2.- Que les militants qui ont participé à la campagne du Front de Gauche sur le terrain soient incités à se réunir pendant les mois d’été pour débattre du bilan et des perspectives.
3.- Que les partis et forces politiques de la gauche de gauche engagent une réflexion approfondie, sans tarder, sur la question européenne. Il faut réévaluer les perspectives européennes de la gauche de gauche. Sa perspective actuelle, en effet, est soit la signature de nouveaux traités européens, soit une « constituante » européenne. Mais ces objectifs n’ont de sens que dans le très long terme, ils n’en ont aucun dans le court et moyen. Les élections européennes 2009 viennent de démontrer qu’il n’existe aucun rapport de force, à l’échelle des Vingt-Sept, pour parvenir à brève échéance à l’un ou l’autre de ces objectifs.
4.- Que le Front de Gauche participe aux élections régionales. Il afficherait ainsi sa volonté de durer et de participer à la construction d’une gauche unie, à la gauche du PS. Le M’PEP est partisan qu’une réflexion nationale, associant tous les acteurs qui le souhaitent (partis et mouvements politiques, élus, syndicalistes, associations), s’engage rapidement pour dresser le bilan de gestion de toutes les régions et élaborer les pistes d’un programme général. Ce dernier serait ensuite décliné et adapté région par région. Le Front de Gauche présenterait donc des listes au premier tour, dans toutes les régions. Au deuxième tour, le Front de Gauche devrait appeler à battre la droite et fusionner avec la liste de gauche arrivée en tête, si les conditions politiques le permettent, par exemple le rejet de membres du MoDem. Sur ces bases, le M’PEP est prêt à s’engager, y compris par la présence de candidats sur les listes du Front de Gauche.
« Trois ans après cette victoire historique [celle du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005], le paysage politique français est un champ de ruines. L’incroyable élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, il y a tout juste un an, fait honte à la France. Elle n’a été permise que par la faillite de la gauche : renoncements, calculs politiciens, sectarismes, jeux des egos, ont provoqué l’échec et ne semblent plus avoir de fin. Toute la gauche française est à reconstruire. Elle est en haillons et n’a plus de fondements idéologiques solides. Une partie d’entre elle s’est même inscrite dans le cadre intellectuel du néolibéralisme, ne cherchant, timidement, qu’à freiner les conséquences de la mondialisation capitaliste. Elle s’est résignée. Elle a capitulé. Fascinée par le martèlement idéologique de la droite et du Medef, cette gauche a perdu l’initiative et se retrouve impuissante à s’engager sur la voie d’un projet de société libéré de l’emprise du capitalisme. »
Cette déclaration poursuivait : « La création du M’PEP répond à une double finalité : contribuer aux débouchés politiques des activités d’éducation populaire et des luttes sociales ; participer à la création d’une grande force politique de gauche. » Elle ajoutait : « C’est pourquoi le M’PEP considère qu’il faut engager dès à présent une bataille de fond pour ouvrir un nouveau cycle idéologique, culturel, philosophique et politique : celui de l’épuisement de la pensée néolibérale et de l’avènement d’un socialisme du XXIe siècle. Il faut organiser le réarmement idéologique et culturel de la gauche. La gauche doit se décomplexer et renouer avec son ancrage populaire. Il faut faire grandir l’idée et construire une nouvelle force politique de gauche, à vocation majoritaire et internationaliste. »
Un an après la création du M’PEP, la situation politique a évolué. A gauche, le Front de Gauche représente aujourd’hui un espoir. Mais sa démarche demeure balbutiante et fragile. C’est pourquoi le M’PEP, qui n’est pas un parti politique mais un mouvement (les adhérents des partis peuvent devenir membre du M’PEP), va poursuivre et amplifier son activité. Dès cet été il va lancer une campagne d’adhésions.
La gauche, en effet, a besoin d’organisations comme le M’PEP, indépendantes, désintéressées, attachées à leur liberté d’expression, refusant la langue de bois ou de coton. Le M’PEP souhaite mettre de la politique dans l’éducation populaire et de l’éducation populaire dans la politique. Il a pour ambition de construire un courant d’idées rassemblé :
· sur le retour aux valeurs historiques de la gauche et du socialisme ;
· sur la politisation des questions environnementales afin de se dégager du piège qui vise à résoudre la crise de légitimité du capitalisme néolibéral en inventant un pseudo consensus sur un « capitalisme vert » ;
· sur la conviction qu’à défaut de faire bouger l’Union européenne il faudra en sortir pour rebâtir de nouvelles coopérations entre les peuples et nations d’Europe et de Méditerranée ;
· sur l’exigence d’un nouvel ordre économique, monétaire et financier international qui passe, à court terme, par des mesures protectionnistes universalistes inspirées de la Charte de La Havane de 1948 ;
· sur le renouveau des valeurs républicaines et de la nation, seul espace démocratique à partir duquel mener les combats internationalistes pour la transformation sociale ;
· sur la volonté de construire une grande force politique de gauche débarrassée de toute notion de parti-guide ou d’homme providentiel.
Le M’PEP invite toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à son action à participer à sa 2e université d’été, du 28 au 30
août à Lille, et à le rejoindre.
http://www.m-pep.org/spip.php?article1371
8 juillet 2009
Où va le Parti Communiste Français ?
Les partis de gauche n’existent pas dans le vide. Les travailleurs voient en eux un moyen de défense face à l’Etat et à la rapacité du patronat. Mais ces partis subissent l’influence corruptrice de la classe dirigeante. Le prestige et autres avantages associés aux places, dans les « institutions » de la République capitaliste, contribuent à façonner les idées et le comportement de ceux qui occupent des positions dirigeantes. Le Parti Socialiste fournit un exemple flagrant de ce phénomène. Sa direction actuelle est totalement acquise à la défense du capitalisme, au point de proclamer son accord avec l’essentiel de la politique du MoDem – qui, elle-même, est quasiment identique à la politique de Sarkozy et de l’UMP.
Les mêmes pressions ont été – et sont toujours – à l’œuvre dans le PCF. L’évolution de son programme et de l’action de ses instances dirigeantes, ces dernières décennies, a suivi la même trajectoire que celles du PS. Les modifications introduites, dans le programme du parti, l’ont rapproché de celui du PS. Ce programme ne dépasse en aucune manière les limites de l’« économie de marché » – c’est-à-dire du capitalisme. Au moyen d’un certain nombre de retouches d’ordres fiscal et financier, il se propose de transformer le capitalisme en un système « équitable » et « à dominante sociale ». Lorsqu’on parle du marxisme aux dirigeants du parti, ils répondent, au mieux, par un sourire narquois – au pire, par une franche hostilité.
Cette dérive réformiste du PCF remonte assez loin, dans l’histoire. Cependant, la période de la participation au gouvernement Jospin marque un tournant majeur. Entre 1997 et 2002, Jospin a privatisé à une plus grande échelle que tout autre gouvernement, dans l’histoire du pays, renforçant ainsi la mainmise des capitalistes sur l’économie, et donc sur la société toute entière. Cette politique rétrograde a été menée avec le soutien actif des ministres et dirigeants nationaux du PCF.
Dans le passé, des centaines de milliers de travailleurs ont lutté, au prix d’énormes sacrifices personnels, et parfois au prix de leur vie, pour construire le Parti Communiste. Malgré les crimes et les aberrations du « stalinisme », ils voyaient dans le PCF l’instrument d’une lutte implacable contre le capitalisme et pour son remplacement par le socialisme. L’adoption d’une politique de plus en plus ouvertement réformiste a grandement contribué à l’effondrement de la crédibilité du PCF, aux yeux des travailleurs et de la jeunesse. Cela ne pouvait mener qu’à la contraction de sa base électorale, militante et syndicale.
Une « majorité de gauche » ?
A l’époque du gouvernement Jospin, les dirigeants du PCF répondaient aux critiques des militants en leur rappelant qu’ils étaient minoritaires, dans le gouvernement, et qu’il fallait s’aligner sur la politique de la majorité socialiste. Cautionner la privatisation de 31 milliards d’euros d’actifs publics, les attaques contre l’Education Nationale, la participation aux coalitions impérialistes en Afghanistan et en Serbie, c’était le prix à payer pour conserver les fauteuils ministériels. Depuis, il n’y a pas eu de changement significatif dans la politique du parti. Sa direction ne réclame pas la renationalisation des industries privatisées, à l’époque – et continue, aujourd’hui même, à cautionner des privatisations, aux niveaux municipal et régional.
Ce comportement a sérieusement affaibli l’autorité politique des dirigeants auprès des communistes eux-mêmes. Lors du congrès de 2008, 40% des adhérents ont voté pour les textes oppositionnels, dont 15% pour le texte présenté par les communistes de La Riposte. Par ailleurs, il n’est pas du tout exclu que la direction du parti accepte des postes dans un futur gouvernement socialiste. Lors d’une récente interview, sur BFM TV, Karl Zéro a demandé à Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité, si le « Front de Gauche » pouvait déboucher sur la participation à un futur gouvernement socialiste. Le Hyaric a répondu de la manière suivante : « Oui. Il n’y a pas de force, qui, seule, à gauche, puisse penser avoir une majorité, demain. Donc, il faut évidemment avoir une majorité, avec un flanc gauche solide, de telle sorte qu’il n’y ait pas de dérive, comme on en a connu. ». Si cette orientation devait s’affirmer, elle serait vivement contestée, dans les sections, et provoquerait une crise majeure au sein du parti. De nombreux militants comprennent que sur la base du programme actuel du PS, le « flanc gauche » d’un gouvernement PS-PCF ne pourrait empêcher aucune « dérive » – à commencer par celle, une fois de plus, de la direction du PCF lui-même.
Les élus communistes
La récession économique aura un impact important dans la vie interne du PCF. Plus que jamais, la voracité des capitalistes est sans limites. Ils veulent transformer ce qui reste du secteur public en sources de profit, qu’il s’agisse des universités, des hôpitaux, des services postaux, de l’eau, des transports urbains, du ramassage et du traitement des déchets, des cantines scolaires ou du gardiennage. Les « lobbies » capitalistes et leurs complices politiques s’entendent pour arracher au public, de gré ou de force, tous les secteurs d’activité potentiellement rentables. Les élus du PCF, qui pèsent très lourd dans la détermination de sa politique, se trouvent en première ligne face à ces pressions, et ne réagissent pas toujours de la bonne manière. C’est que toute opposition franche à de telles privatisations – comme à des suppressions d’emplois municipaux, etc. – ne signifie pas seulement une confrontation directe avec les capitalistes qui convoitent les « marchés publics ». Elle peut signifier, aussi, l’éclatement de majorités ou d’alliances, notamment avec le Parti Socialiste. Cela ne va pas toujours dans le sens des ambitions personnelles de certains élus. Chacun doit choisir son camp. Un processus de différenciation politique en résulte qui va, dans la période à venir, provoquer une nouvelle série de crises, au sein du PCF. Les lignes de démarcation entre son aile « liquidatrice » et son aile gauche seront tirées de façon plus nette.
Etre un élu communiste n’est pas une tâche facile. Il faut résister aux pressions, quelles que soient les conséquences personnelles ou électorales qui en découlent. Nous devons un soutien sans faille aux élus du parti qui s’efforcent de se servir de leur position pour mieux défendre les droits et les conditions de vie des travailleurs. Chez un élu authentiquement communiste, les considérations de pouvoir, de prestige et d’avantages matériels n’entrent pas en ligne de compte. Mais à l’évidence, il y a un certain nombre de dirigeants du parti qui cherchent avant tout à se trouver une niche confortable dans les institutions, à profiter des avantages et du prestige qui en découlent, et qui sont prêts à n’importe quel compromis – avec le PS ou la droite – pour y rester. Dans bien des cas, les élus et les dirigeants du parti acceptent de cautionner, et parfois même de promouvoir, des mesures qui vont directement à l’encontre des intérêts des travailleurs. L’affaire Transvilles constitue l’un des exemples les plus flagrants de ce type de comportement. Mais il est très loin, hélas, d’être un cas isolé.
La Riposte critique le programme actuel du parti. Elle explique que la lutte contre la régression sociale et contre toutes les autres conséquences néfastes du capitalisme ne peut être menée à son terme sans mettre fin à la propriété capitaliste des banques, de l’industrie, des services et de la grande distribution. Le communisme, c’est d’une part la propriété publique des moyens de production et d’échanges – et d’autre part un Etat sous le contrôle démocratique des travailleurs, à tous les niveaux, et au service de ces derniers. Le programme du parti laisse l’essentiel de l’économie aux capitalistes, mais prône timidement la propriété publique de quelques secteurs, tels que l’eau et les transports en commun. Or, il s’avère que même ce programme minimum n’est pas respecté par les dirigeants du parti, qui couvrent d’un silence complice – quand ils n’y sont pas directement impliqués – les nombreuses privatisations de ces services publics, au niveau local.
Marxisme ou réformisme
Au fond, la différenciation à l’œuvre dans le parti est une expression de l’impasse du réformisme. Le réformisme, c’est l’adaptation au capitalisme, l’abandon de la lutte contre le système. Or, c’est une chose de s’accommoder du capitalisme quand lui-même peut s’accommoder des réformes. Mais c’en est une autre quand le capitalisme est devenu totalement incompatible, non seulement avec de nouvelles avancées sociales, mais même avec celles du passé. Pour le capitalisme, la destruction des conquêtes sociales est devenue un enjeu absolument vital. Ce système signifie désormais la régression sociale permanente. Les bases économiques et sociales du réformisme ont donc disparu. Du réformisme avec des réformes, on est passé d’abord au réformisme sans réformes – pour finir avec des « réformistes » qui mènent des contre-réformes !
De toute évidence, partant de considérations d’ambitions, de revenus et de prestige, une partie importante des échelons supérieurs du PCF a tiré la conclusion que, d’une façon ou d’une autre, il faut rompre avec l’« étiquette » communiste et les traditions militantes et révolutionnaires qu’elle représente. Telle est la motivation première qui se trouve derrière les appels incessants de nombreux dirigeants à de « profondes transformations » ou à la « métamorphose » du parti. La dernière manœuvre dans ce sens est celle du « Front de gauche ». L’accord avec Mélenchon a été manigancé dans le dos des militants, et tardivement soumis à un vote dans les sections, quand tout était déjà en place. Il s’agit d’habituer les communistes à ne pas avancer sous leurs propres couleurs. Les dirigeants du parti n’ont aucune intention de limiter ce « front » aux élections européennes. D’ores et déjà, dans les échelons supérieurs du parti, on évoque l’idée de mettre le PCF à la remorque d’une candidature de Mélenchon aux présidentielles de 2012.
Mélenchon lui-même, qui ne veut pas de l’étiquette communiste, mais veut bien profiter des militants du parti pour mener ses campagnes, souhaiterait que cette alliance débouche sur un nouveau parti. La direction actuelle du PCF penche dans le même sens, et ce malgré l’opposition de l’écrasante majorité des communistes à cette perspective. On nous cite en modèle le parti Die Linke, en Allemagne, c’est-à-dire un parti réformiste dont le programme est pratiquement identique à celui du SPD. A Berlin, par exemple, Die Linke a mené, avec le SPD, une politique de coupes budgétaires et de régression sociale qui n’a rien à envier aux municipalités de droite. Cependant, une tentative d’orchestrer la liquidation du PCF au moyen d’une fusion avec de petites formations – comme le Parti de Gauche ou les « Unitaires » de Christian Piquet – n’ira pas sans provoquer de profondes divisions. A terme, si les partisans de cette démarche persistent, cela pourrait même déboucher sur une scission du parti.
Les dirigeants du parti se déclarent hostiles à l’apparition de « tendances », parmi les communistes. Ils prétendent défendre l’unité du parti. Mais c’est précisément la politique d’adaptation de plus en plus flagrante au capitalisme en déclin qui menace l’unité du parti. Les tendances n’existent pas pour rien. En fin de compte, elles expriment les intérêts matériels et les objectifs contradictoires qui coexistent, dans le parti. La lutte idéologique – pour ou contre le marxisme, pour ou contre les privatisations, pour ou contre la dissolution du parti – reflète la résistance de la base à la pression du capitalisme qui s’exerce sur le parti. Oui, La Riposte est pour l’unité du PCF. Mais l’unité n’est pas une question abstraite. Lorsque deux orientations diamétralement opposées s’affrontent, l’unité ne peut se faire qu’autour de l’une ou de l’autre, mais pas des deux à la fois.
Jusqu’à présent, la lutte sur ces différentes questions a été contenue dans certaines limites. Cependant, le compromis actuel ne durera pas éternellement. La crise économique et ses conséquences sont trop graves, pour cela. Le fossé entre les classes se creuse un peu plus chaque jour. Les clivages, au sein du parti, en sont une expression. Le réformisme, comme le capitalisme, repose sur la patience des travailleurs. Mais celle-ci a ses limites. La psychologie des travailleurs est en train de changer. Celle des jeunes également. Le capitalisme les pousse vers le bas, les prive d’un avenir digne de ce nom. Cette situation ne peut continuer indéfiniment. Et les dirigeants du parti qui se gaussent d’« archaïsmes » tels que le marxisme et la révolution socialiste, comme s’il y avait quelque chose de « moderne » dans la capitulation à l’ordre établi, en seront pour leurs frais.
La situation économique et sociale qui s’installe, en France, prépare de grands événements, au cours desquels la question du socialisme sera posée, non pas seulement en théorie, mais en pratique, comme c’est le cas actuellement au Venezuela. Le rôle que jouera le PCF dans ces événements est encore une question ouverte, dont la réponse dépendra de son programme et de la qualité de ses dirigeants. Le PCF peut être – doit être – le parti de l’opposition la plus franche et la plus radicale au système capitaliste. Son programme doit redevenir communiste. Il faut orienter le parti dans ce sens, en rupture avec la « modération » réformiste qui le caractérise aujourd’hui.
Greg Oxley, PCF Paris
Publication La Riposte Le journal de l’aile marxiste du PCF: mercredi 8 juillet 2009
Depuis les élections européennes, les médias annoncent la perte d’influence de la « gauche », en Europe au profit, disent-ils, d’une avancée généralisée de la droite. La campagne sur ce
thème a pris une envergure nouvelle avec les élections allemandes et les perspectives désastreuses pour les Travaillistes britanniques. Certes, les commentaires varient de la compassion attristée
– Libération, Le Nouvel Observateur sont de ceux-là - à la jubilation déclarée du Figaro, le JO du CAC 40 et de l’UMP, en passant par l’octroi de « bons conseils », en direction de la
« sociale démocratie », développés tant par Le Monde que par Bernard Guetta, à France Inter. Cette offensive idéologique vise essentiellement le Parti socialiste, dans notre pays,.
« qui ‘n’aurait pas de programme clair, divisé en rivalités de clans, sans perspectives concrètes et sans projets élaborés ». Donc voué à une disparition à terme de notre arc-en-ciel
politique. En fait, il est reproché au Parti socialiste d’être, encore trop « à gauche »…
Loin de nous de « défendre » le PS, dont nous dénonçons en permanence l’orientation, formalisée en 2008, dans ses nouveaux statuts. Ceux-ci font de ce parti un adepte enthousiaste de la « loi du Marché » et de la concurrence libre, base fondamentale de l’Union européenne, dont les socialistes se font les plus ardents champions.
Ces options devraient satisfaire les médias, qui partagent les mêmes valeurs.
Alors, pourquoi cette campagne contre la sociale démocratie ? A la vérité, les affirmations claironnantes de tous les moyens d’information sur la chute de crédit des partis socialistes en Europe et en France au profit, non seulement, de la droite, mais aussi des Verts, qui « auraient le vent en poupe », pointe l’inquiétude d’une montée en puissance de partis se réclamant d’une radicalisation sociale. A terme, exprimant la colère ouvrière, cette force pourrait, aux yeux de la bourgeoisie, menacer l’équilibre politique au profit des masses populaires. Malheureusement, nous n’en sommes pas là.
Pour faire face à ce péril, qu’ils craignent à terme, les médias montent en épingle les succès électoraux des formations de droite ou se réclamant de l’écologie. Pour rendre évidente ces affirmations, seuls les pourcentages calculés sur les votes exprimés, sont pris en compte. Il n’est jamais question de rendre publics, ni le nombre des voix obtenues, ni le taux d’abstention. Précaution indispensable pour justifier l’injustifiable.
Cette tactique s’est révélée largement payante en 2002, lors des élections présidentielles, pour monter de toute pièce, sur la base des seuls sondages, « un danger Le Pen » et faire élire, par une majorité de gauche, le représentant d’alors de la droite, Jacques Chirac. Le chef du Front National n’avait conquis la seconde place qu’à la faveur d’une abstention à gauche, sans pour autant gagner en voix…
Aujourd’hui, c’est la même opération qui se poursuit. Prenons des exemples concrets : La « victoire » de l’UMP (et partant de son chef) aux dernières européennes. Calculés sur les suffrages exprimés, le parti du Président caracolerait en tête, compte tenu de la massive abstention (62%). Par contre, mesurée à l’aune des inscrits, l’UMP doit se contenter de seulement 12% de votes favorables. Même opération concernant les Ecologistes : les 16% de bulletins Verts, ne représentent que moins de 6% des électeurs. Et ceux-ci se recrutent dans les quartiers et les villes, où les difficultés de vie sont les moins grandes et le prix des appartements, le plus haut. Exemples : à Paris, dans le 6ème, et lors de l’élection municipale de Rambouillet, dans les Yvelines. En fait, lors de tous les scrutins, on vote bien plus dans les secteurs bourgeois où les électeurs sont satisfaits de la politique du pouvoir, que sans les cités populaires, où l’abstention atteint des sommets. La comparaison est valable entre bureaux de votes d’une même localité. C’est ainsi qu’à Argenteuil, ces deux derniers dimanches, les « votants » n’étaient que 25%, puis 32%. Ce qui permit d’élire un conseiller général UMP, à la place d’un sortant communiste.
Oui, mais dira-t-on, cela n’explique pas la victoire de la droite en Allemagne. Oh, que si ! Si celle-ci progresse au total, c’est le résultat, d’une part, d’un transfert de voix CDU (3% en moins) au bénéfice des Libéraux du FDP, et des 10% d’abstentions supplémentaires (70% au lieu de 77%, en 2005), constatées dans l’électorat populaire. En ce qui concerne la chute des voix du SPD, elle s’explique du fait que la social-démocratie allemande a pratiqué une politique ultralibérale, sous Schröder, puis au gouvernement CDU d’Angela Merkel. Cette politique a été condamnée par les masses populaires. Cette désaffection (13% de moins qu’au scrutin précédent) se mesure donc par l’abstention ouvrière et, bien sûr, par les gains de Die Linke (plus 3%) par rapport à 2005. Il faut remarquer que nos médias n’ont donné aucun chiffre des voix obtenues par chaque parti, comparées à celles du scrutin précédent. Seuls, les pourcentages ont droit de cité.
En clair, les « succès » ou les « victoires » de la droite sont le résultat de la déshérence de l’électorat populaire, sans force politique de contestation radicale du système capitaliste et porteuse d’un projet de changement de société, sur laquelle les travailleurs puissent compter. C’est vrai en Allemagne, où Die Linke ne remet pas en cause l’intégration européenne. C’est également vrai en France, où la « gauche de la gauche » (PCF, NPA, Parti de Gauche), situent leurs programmes dans le cadre de l’Union européenne. Le monde ouvrier a conscience de cette contradiction entre le discours et la réalité.
Jean Lévy
par Comité Valmy :
http://www.comite-valmy.org/spip.php?article382