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La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

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L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 21:24
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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 15:00

La victoire de Donald Trump a envoyé une onde de choc aux quatre coins du monde. Le Washington Post évoque un événement « cataclysmique ». Il faut dire que ce quotidien américain avait, des mois durant, annoncé une « confortable » victoire de Clinton, comme l’avaient d’ailleurs fait la plupart des « experts » des autres grands médias. Clinton était leur candidate, la candidate de l’establishment. Elle avait le soutien des sections décisives de la classe dirigeante américaine, qui considéraient le milliardaire populiste et réactionnaire Donald Trump comme trop instable, imprévisible et provocateur.

Comme toujours en pareilles circonstances, une armée de belles âmes « progressistes » accuse les masses américaines. Les électeurs de Trump seraient stupides, incultes, racistes et sexistes. Nul doute qu’un certain nombre d’entre eux sont tout cela et plus encore. Mais enfin, près de 60 millions d’Américains ont voté pour Donald Trump. Ils seraient tous racistes, sexistes, etc. ? 41 % des femmes ayant pris part au vote ont choisi Donald Trump, de même que 28 % des latinos : toutes et tous sexistes, racistes ? Evidemment pas. Les belles âmes refusent de comprendre que la victoire de Trump est avant tout la conséquence d’une révolte contre l’establishment, contre un « système » en faillite et sa classe politique corrompue. En dernière analyse, c’est une expression politique de la crise organique du capitalisme. En Grande-Bretagne, le même phénomène s’est produit à l’occasion du référendum sur le Brexit, à ceci près que la victoire de Trump est un « Brexit puissance 3 », selon sa propre formule.

Avant même la crise de 2008, les conditions de vie et de travail de la majorité des Américains se dégradaient. Depuis 2008, le processus s’accélère, achevant de transformer le prétendu « rêve américain » en un cauchemar pour des millions de jeunes, de travailleurs et de retraités. Dans le même temps, les « 1 % » sont devenus encore plus riches. A la veille des élections, le Financial Times publiait un article de Martin Wolf rapportant qu’aux Etats-Unis, « le salaire médian réel est inférieur à son niveau de 2000. Relativement au PIB par habitant, il baisse régulièrement depuis le milieu des années 70. Cela explique la vague de désillusion, voire de désespoir, que ces élections ont si clairement révélée. » Il poursuit : « La part des salaires dans le PIB du pays est tombée de 64,6 % en 2001 à 60,4 % en 2014. Mais les travailleurs n’ont pas seulement souffert de cette réduction de leur part du gâteau. Egalement significative est la croissance régulière du pourcentage d’hommes âgés de 25 à 54 ans qui n’ont pas de travail et n’en cherchent plus : de 3 % en 1950 à 12 % aujourd’hui. (…) Parmi les pays de l’OCDE, les Etats-Unis arrivent en deuxième position en termes de croissance du pourcentage d’hommes sans emploi. » Et bien sûr, la situation n’est pas meilleure chez les femmes : « Depuis 2000, la tendance à la baisse du pourcentage de femmes sans emploi s’est interrompue. Le pourcentage de femmes de 25 à 54 ans qui ont un emploi est désormais parmi les plus faibles de l’OCDE. »

Il ne faut pas aller chercher beaucoup plus loin l’explication du vote de mardi dernier. Car que proposait Hillary Clinton face à la situation décrite par Martin Wolf ? Rien. Ou plutôt : les vieilles promesses et la rhétorique habituelle, creuse, stéréotypée, de l’establishment. Autrement dit, la même politique que ses prédécesseurs. Hillary Clinton, cette créature de Wall Street, était la personnification de tout ce qu’une majorité d’Américains détestent, y compris bon nombre de ceux qui ont quand même voté pour elle, faute d’une alternative de gauche. Voilà pourquoi Clinton a recueilli 6 millions de voix de moins que Barrack Obama en 2012, alors que le nombre d’électeurs potentiels s’est accru de 9,1 millions depuis 2012. Donald Trump, lui, a perdu 1,2 million de voix par rapport au candidat républicain de 2012, Mitt Romney. Clinton a perdu cette élection parce qu’elle a été davantage rejetée que Donald Trump.

La faillite du « moindre mal »

Ces chiffres illustrent la faillite de la théorie qui sévit aux Etats-Unis, depuis des décennies, selon laquelle les Démocrates seraient un « moindre mal » que les Républicains. C’est au nom de cette théorie que Bernie Sanders a refusé de se présenter comme candidat « indépendant » face à Clinton et Trump. C’était une grosse erreur. Sanders, qui se disait « socialiste » et proposait une « révolution politique contre la classe des milliardaires », a suscité énormément d’enthousiasme dans de larges couches de la jeunesse et de la classe ouvrière, pendant les primaires démocrates. Cet enthousiasme exprimait, là aussi, le rejet de l’establishment, mais d’un point de vue de gauche. Et il est parfaitement clair, comme les sondages de l’époque l’indiquaient, que seule la candidature de Sanders aurait pu empêcher la victoire de Trump. D’une part, des millions des partisans de Sanders se sont abstenus, refusant de voter pour Clinton. D’autre part, des millions d’électeurs de Trump — et bien sûr de Clinton — auraient voté pour Sanders s’il avait été candidat.

Dans tous les cas, la candidature de Bernie Sanders aurait pu jouer un rôle décisif dans la création d’un véritable parti de la classe ouvrière américaine. C’est le cœur du problème. Les Républicains et les Démocrates sont deux partis bourgeois, deux partis des banques et des multinationales, qui sont les véritables responsables des problèmes et des souffrances du peuple américain. Comme le soulignait l’écrivain américain Gore Vidal, « notre République a un seul Parti, le Parti de la Propriété, avec deux ailes droites ». Trump représente les mêmes intérêts de classe que Clinton. Tous les travailleurs qui ont crû à ses discours démagogiques sur les « bons emplois » et la « croissance » à venir, sous sa présidence, vont déchanter. La crise du capitalisme américain est loin d’être terminée — et Donald Trump, qui défend ce système, ne pourra pas résoudre la crise. L’austérité va s’aggraver. Des attaques brutales se préparent contre les conditions de vie, de travail et d’études de la grande majorité des Américains.

En outre, si Donald Trump applique son programme en matière de commerce international, cela pourrait précipiter une nouvelle et profonde récession, non seulement aux Etats-Unis, mais à l’échelle mondiale. N’oublions pas que c’est une flambée de mesures protectionnistes qui, dans les années 30, a transformé la récession en Grande Dépression. La classe dirigeante américaine — ou du moins une large fraction de celle-ci — comprend ce danger et fera pression sur Trump pour qu’il renonce à l’idée de dénoncer tous les accords de libre-échange.

Donald Trump va rapidement décevoir ses électeurs. La lutte des classes va s’intensifier, comme le signalent déjà les magnifiques manifestations spontanées de la jeunesse, dans de nombreuses villes du pays. La victoire de Trump prépare inévitablement un puissant mouvement de balancier vers la gauche. Ce qui s’est exprimé autour de Bernie Sanders refera surface. Il est impossible de dire quelle forme et quel rythme prendra le mouvement vers un authentique parti de la classe ouvrière américaine, mais la profonde crise des partis républicain et démocrate en est clairement le prélude. A travers ce processus, nous sommes confiants dans le fait que nos camarades de Socialist Appeal sauront développer les cadres et les idées révolutionnaires capables de jouer un rôle décisif dans le renversement du capitalisme américain.

 

http://www.marxiste.org/international/amerique-du-nord/etat-unis/2079-la-victoire-de-donald-trump-et-la-faillite-du-moindre-mal

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 20:01

L'élection de Donald Trump change la donne mondiale

Il est machiste. Kennedy qui avait organisé un baisodrome à la Maison Blanche et qui se faisait approvisionner en viande fraiche chaque jour, l’était encore plus. Il est grossier. Johnson qui proférait un juron par minute l’était encore plus. Il est inculte. Reagan, qui ne savait pas où se trouvait l’Afghanistan ni la Jordanie, l’était tout autant. Il aime l’argent. Les ploutocrates n’ont jamais autant prospéré que sous Obama. Il a mauvais goût. C’est un art de vivre à la Maison-blanche. Il est raciste. L’Amérique qui s’est fondée sur l’ethnocide des Indiens et l’esclavagisme des noirs, n’en aura jamais fini avec ses vieux démons.

 

Vu d’Europe, Donald Trump concentre à peu près tous les défauts que l’on objecte aux Américains. Pourtant, c’est la surface des choses à laquelle s’arrêtent les médias qui ont renoncé depuis longtemps à penser la politique pour ne s’intéresser qu’aux mondanités.

 

Non, les deux faits majeurs de l’élection de Trump s’appellent isolationnisme et  protectionnisme.

Dans son discours de fin de mandat, le président Eisenhower mettait en garde l’Amérique : « nous devons nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. » Il est clair qu’il n’a pas été entendu et que la politique interventionniste des USA n’a apporté que des désastres depuis 50 ans. La péninsule indochinoise ravagée par des milliers de bombardements témoigne encore de l’inanité de la guerre menée là-bas par les USA. Guerre terminée par une débandade et l’image des hélicoptères Cobra passés par-dessus bord d’un porte-avions devant Saigon. L’Afghanistan occupé par les Russes témoigne aussi de l’erreur magistrale commise par les Américains qui ont armé les talibans et donné naissance au djihadisme salafiste. La première guerre d’Irak menée pour sauver une petite monarchie chiite occupée par un Etat laïc et la seconde menée pour pourchasser des terroristes qui ne se trouvaient pas là mais en Arabie saoudite témoignent aussi de l’inanité des interventions américaines. Le soutien apporté aux régimes révolutionnaires et anti-russes en Georgie ou en Ukraine témoignent là encore de l’inconséquence du Département d’Etat. Trump nous dit qu’il va renoncer à l’interventionnisme et inaugurer une ère d’isolationnisme. Nous verrons. Mais s’il tient ses promesses, on peut espérer que la situation internationale ne s’aggrave pas. Ce serait déjà un progrès en soi. Et si Trump rétablit des relations normales et cordiales avec la Russie de Poutine, on évitera peut-être une troisième guerre mondiale. Ce ne serait pas mal.

Ronald Reagan est arrivé au pouvoir en inaugurant l’ère de ce qu’on a appelé le néo-libéralisme accompagné de son avatar le libre-échangisme. Depuis cette époque, tous les économies occidentales ont stagné ou ont subi de plein fouet des crises financières désastreuses. Toutes les classes moyennes qui à l’instar de celle qui a voté Trump ont encaissé sans broncher l’affaissement de leur cadre de vie. Les friches industrielles témoignent du grand déménagement de l’industrie en Asie. Les travailleurs qui ont 2 ou 3 jobs témoignent de l’effondrement de la précarisation du marché du travail. Les 47% des Américains qui n’ont pas les moyens de se payer les soins courants témoignent de la ruine du Welfare State. Donald Trump arrive en disant « America First ». Il promet aussi de mettre à bas les différents traités de libre-échange comme l’Alena, le TPP ou encore le Tafta. Nous verrons bien. Mais s’il tient ses promesses et enclenche une ère de protectionnisme en occident, nous n’aurons là-aussi pas à nous en plaindre en Europe.

Mais isolationnisme et protectionnisme heurtent tant la doxa des médias et les élites libérales-libertaires qu’ils sont en état de sidération devant l’élection de Donald Trump. Un peu moins chaque heure passant, car l’Amérique reste un objet de fascination et de soumission. Rassurons-nous, demain Donald Trump deviendra un personnage tout à fait fréquentable. Et on commencera à étudier les vertus de l’isolationnisme et du protectionnisme. Ainsi va le monde.

La lettre de Xavier THERY

https://www.facebook.com/ligoxt?ref=bookmarks

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 14:51

A l’instar du Brexit en Angleterre, la victoire de Donald Trump aux présidentielles états-unienne a pris de court la caste médiatique qui, droite néo-thatchérienne et « gauche » bobo unies, refuse d’entendre l’immense clameur des peuples, et d’abord, celle du monde du travail, contre le néolibéralisme mondial et ses immenses dégâts sur les acquis sociaux, la paix, la démocratie et la souveraineté des peuples.

Bien entendu, Trump ne fait que dévoyer dans un sens fascisant cette légitime aspiration des peuples au progrès, à la solidarité et à la sécurité intérieure et extérieure. D’une autre façon que le libre-échangisme cultivé jusqu’au bout par Obama/Clinton, le protectionnisme bourgeois proposé par Trump représente lui aussi à terme un grave danger pour la paix mondiale. La véritable alternative, qui peine à prendre forme aux USA, en France et dans le monde, suite à l’autodestruction révisionniste du camp socialiste, du Mouvement communiste international et, en France, du PCF dénaturé, est celle qui, sous la conduite du monde du travail, associera dans une même dynamique révolutionnaire la lutte pour l’indépendance nationale, l’engagement pour la coopération égalitaire entre les nations et la perspective du socialisme et du communisme – seule manière durable au 21ème siècle, de remettre l’humanité sur les rails du développement partagé, du sauvetage de l’environnement et des « Lumières communes ».

Il faut s’attendre à ce que la victoire de D. Trump donne des ailes au FN aux prochaines élections françaises. Pour conjurer ce grave danger qui, dans les conditions françaises aboutirait à l’implosion déshonorante du pays, les vrais communistes doivent travailler ensemble, en s’affranchissant totalement de la direction « euro-constructive » du PCF, à rassembler les progressistes et les patriotes antifascistes et républicains dans un large Front Antifasciste, Patriotique, Populaire et Ecologique. A l’action ensemble, y compris dans les luttes sociales urgentes, pour un FREXIT progressiste sortant la France de l’UE supranationale et pour construire une nouvelle République sociale, souveraine et fraternelle affrontant offensivement le MEDEF et les magnats du CAC-40.

On peut compter sur les militants franchement communistes et 100% anti-UE du PRCF pour agir dans cette direction en unissant les deux drapeaux révolutionnaires du peuple français, le drapeau tricolore de la Révolution française et de la souveraineté des peuples, et le drapeau rouge de la Révolution d’Octobre orné des emblèmes du monde du travail.

Georges Gastaud est philosophe et secrétaire national du PRCF

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 20:28

Atilio Boron

26 septembre 2013

 

En vertu d'une pratique bien ancrée, les gouvernements opposés à la domination nord-américaine sont automatiquement qualifiés de « régimes » par les grands médias de communication, par les intellectuels colonisés de seconde zone et par ceux que le grand dramaturge espagnol Alfonso Sastre appelle les intellectuels bien-pensants. En sciences politiques, le terme « régime » a pris une connotation foncièrement négative, dont il était dépourvu à l'origine. Jusqu'au milieu du XXe siècle, on parlait d'un régime féodal, d'un régime monarchique ou d'un régime démocratique pour se référer à l'ensemble de lois, d'institutions et de traditions politiques et culturelles caractéristiques d'un système politique. Or, avec la Guerre froide, puis avec la contre-révolution néoconservatrice, le vocable a acquis un tout autre sens. Actuellement, il est utilisé pour stigmatiser des gouvernements ou des États qui refusent de se plier aux diktats de Washington et auxquels sont collées les étiquettes dépréciatives d'« autoritaire », voire de « tyrannies sanglantes ».

 

Toutefois, sans être particulièrement éclairé, on peut constater l'existence d'États manifestement despotiques que les chantres de la droite n'auraient jamais l'idée de qualifier de "régimes". Qui plus est, la conjoncture actuelle voit apparaître une pléthore d'analystes et de journalistes (dont quelques "progressistes" un tant soit peu distraits) qui ne répugnent nullement à employer le langage établi par l'empire. Dans leur bouche ou sous leur plume, il n'y a pas de gouvernement syrien, mais le "régime de Bachar el-Assad". 

La même dépréciation s'opère avec les pays bolivariens : au Venezuela, c'est le régime chaviste, en Équateur, le régime de Correa et la Bolivie subit les caprices du régime d'Evo Morales. Le fait que dans ces trois pays ont émergé des institutions ainsi que des formes de participation populaires et de fonctionnement démocratiques supérieurs à celles que connaissent les États-Unis et la grande majorité des pays du monde capitaliste développé est soigneusement passé sous silence. Comme il ne s'agit pas de pays amis des Etats-Unis, leur système politique ne peut être autre qu'un régime.

L'application de deux poids, deux mesures est manifeste. Les monarchies pétrolières du Golfe, pourtant autrement plus despotiques et brutales que le "régime" syrien, ne se verraient jamais affublées de ce terme. On parle du gouvernement d'Abdul Aziz ibn Abdillah, jamais du régime saoudien, même si l'Arabie saoudite ne dispose pas de parlement, mais d'une simple "Assemblée constitutive", formée d'amis et de parents du monarque, que les partis politiques membres sont expressément interdits et que la gouvernance est exercée par une dynastie qui occupe le pouvoir depuis des décennies.

 

Le Qatar présente exactement le même tableau, sans pour autant que le New York Times ou les médias hégémoniques d'Amérique latine et des Caraïbes évoquent le "régime saoudien" ou le "régime qatari". Par contre, le gouvernement de la Syrie – un État pourtant laïque au sein duquel cohabitaient encore récemment plusieurs religions, où existent des partis politiques reconnus légalement et doté d'un congrès monocaméral comprenant une représentation de l'opposition – est taxé de régime. Personne ne le débarrasse de cette étiquette.

En d'autres termes : un gouvernement ami, allié ou client des États-Unis peut être le pire oppresseur ou commettre les violations des droits de l'homme les plus graves, jamais il ne sera qualifié de régime par l'appareil de propagande du système. À l'inverse, ce terme est systématiquement appliqué aux gouvernements de pays tels que l'Iran, Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, l'Équateur et j'en passe. [1]

Pour constater cette tergiversation idéologique, il n'y a qu'à voir comment les journalistes de droite désignent le gouvernement américain, qu'ils considèrent comme le nec plus ultra de la réalisation démocratique. Pourtant, l'ancien président James Carter a lui-même dit que dans son pays, il n'y avait pas de démocratie qui fonctionne. Ce qu'il y a, c'est un État policier très habilement dissimulé, qui exerce une surveillance permanente et illégale sur ses citoyens, et dont la principale réalisation des trente dernières années a été de permettre que 1% de la population s'enrichisse comme jamais auparavant, au détriment de 90% de la population. 

Dans la même ligne critique vis-à-vis de cette cynique ploutocratie que sont les Etats-Unis, le philosophe politique Sheldon Wolin a défini le régime politique de son pays comme étant un "totalitarisme inversé". Selon lui, il s'agit "d'un phénomène qui (…) représente fondamentalement la maturité politique du pouvoir corporatif et de la démobilisation politique des citoyens” [2], à savoir la consolidation de la domination bourgeoise dans les principales situations d'oligopole et la désactivation politique des masses, ce qui provoque une apathie politique, l'abandon de la vie publique – et le dédain à son égard – ainsi que la fuite en avant dans l'approche privatiste vers une consommation effrénée soutenue par un endettement encore plus endiablé.

Le résultat : un régime totalitaire d'un genre nouveau, une démocratie particulière, en somme, sans citoyens ni institutions, dans laquelle le poids faramineux de l'establishment vide de tout contenu le discours et les institutions de la démocratie pour en faire une pauvre mascarade et les rendre absolument impropre à garantir la souveraineté populaire ou à concrétiser la vieille formule d'Abraham Lincoln définissant la démocratie come "le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple".

Par la magie de la gigantesque opération de falsification du langage, l'État américain est considérée comme une "administration", soit une organisation qui gère en toute transparence, impartialité et dans le respect de l'état de droit les affaires publiques en fonction de règles et de normes clairement établies. En réalité, comme l'affirme Noam Chomsky, rien de tout cela n'est vrai.

Les États-Unis constituent un État voyou qui viole comme nu autre le droit international ainsi que certains des droits et des lois les plus importants du pays. Au niveau national, les révélations récentes à propos des pratiques d'espionnage usitées par la NSA et d'autres agences contre la population américaine le prouvent, sans parler des atrocités perpétrées quotidiennement dans la prison de Guantánamo, ni du fléau chronique du racisme [3].

Par conséquent, je propose que nous ouvrions un nouveau front dans la lutte idéologique et qu'à compter d'aujourd'hui, nous désignions le gouvernement américain par les termes "régime d'Obama" ou "régime de la Maison-Blanche". Il s'agira d'un acte de justice, qui aura également pour effet d'améliorer notre capacité d'analyse et d'assainir le langage de la politique, contaminé et perverti par l'industrie culturelle de l'empire et par sa prolifique fabrique à mensonges.

 

Traduction : Collectif Investig'Action

Source : Atilio Boron 

 

Notes : 

[1] Aux États-Unis, cette dualité de critères moraux a une longue histoire. Rappelons-nous la réponse du Président Franklin D. Roosevelt face à des membres du parti démocrate horrifiés par la brutalité des politiques répressives adoptées par Anastasio Somoza au Nicaragua : "Oui, c'est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute". L'appellation pourrait s'appliquer aux monarques de l'Arabie saoudite et du Qatar, entre autres. Par contre, Bachar Al Assad n'est pas leur fils de pute, ce qui vaut à son gouvernement le qualificatif de "régime".

[2] Cf. Democracia Sociedad Anónima (Buenos Aires : Katz Editores, 2008) p. 3

[3] Pour en savoir davantage sur la violation systématique des droits de l'homme par le gouvernement américain, ou par le "régime" américain, voir : Atilio A. Boron et Andrea Vlahusic, El lado oscuro del imperio. La violación de los derechos humanos por Estados Unidos (Buenos Aires : Ediciones Luxemburg, 2009)

http://www.michelcollon.info/Le-regime-d-Obama.html

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 22:26

Lettre du Québec : MANIFESTE DES PATRIOTES COMMUNISTES QUÉBÉCOIS

Depuis quelques mois, le Collectif communiste Polex a noué un dialogue avec des militants du Québec, qui a connu cette année des mouvements populaires importants. Ils nous ont transmis un « Manifeste des patriotes communistes » que nous publions volontiers, même si nous ne partageons ni toutes leurs analyses, ni toutes leurs références idéologiques. Ils ont sollicité notre avis sur le mouvement national québécois, nous le joignons : le dialogue entre anti-impérialistes ne peut être que profitable aux militants des deux rives de l’Atlantique.

Le Québec est encore une nation dominée par l'impérialisme anglo-canadien depuis plus de 250 ans. Cette domination perdure malgré la volonté du peuple québécois de se libérer de ce joug cruel. Pour mener à terme notre lutte de libération nationale et sociale nous avons besoin d'une alternative claire et précise. Ce ne sont pas le Parti Québécois ni le Bloc Québécois en tant que fervents adeptes du libéralisme économique et du libre-échange qui peuvent réaliser l’indépendance du Québec. Le communisme patriotique représente justement la doctrine qui est nécessaire pour donner un deuxième souffle au mouvement indépendantiste québécois.

Le communisme patriotique prône une fusion entre le patriotisme et le socialisme dans une perspective de libération nationale et sociale. Nous rejetons fermement le système d’exploitation capitaliste qui concentre la richesse produite par la classe ouvrière entre les mains d'une élite ploutocratique et apatride toujours plus avide de profits exorbitants. La nationalisation des secteurs prédominants de l'économie, comme les banques, les ressources naturelles, les grandes entreprises, en tant que première étape, est une nécessité vitale pour empêcher les intérêts privés d'acquérir trop de pouvoir sur notre vie politique. Nous participons aux luttes de la classe ouvrière et des autres secteurs opprimé de la société contre les attaques de plus en plus brutales du capital contre nos acquis sociaux et nos droits démocratiques.

Nous nous situons dans la lignée politique des dirigeants et théoriciens marxistes et révolutionnaires comme Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao, Enver Hoxha, Ho Chi Minh, Fidel Castro, Che Guevara et bien d’autres qui ont théorisé et dirigé le combat des travailleurs et des travailleuses contre le capitalisme et l’impérialisme. Les patriotes communistes considèrent que le camp socialiste qui était constitué par l’URSS et les pays d’Europe de l’Est, représentait une avancée par la classe ouvrière malgré ses défauts et les graves erreurs perpétrées par ses dirigeants. Les systèmes de protection sociale qui existaient dans les pays socialistes procuraient de nombreux avantages à la classe ouvrière comme la santé et l’éducation gratuites, des logements bon marché, des garderies accessibles et abordables, la sécurité d’emploi, etc. Ces régimes constituaient un contrepoids à l’impérialisme et leur chute a donné encore plus les mains libres à l’offensive antiouvrière et antisociale du capital. La défense de Cuba et de la Corée du Nord socialistes ainsi que de la révolution bolivarienne dirigée par le président vénézuélien Hugo Chavez contre les attaques et le harcèlement constant de l’impérialisme américain sont aujourd’hui une tâche fondamentale pour tout militant anticapitaliste digne de ce nom. Les patriotes communistes québécois sont solidaires du combat mené par le Pôle de la Renaissance communiste française contre la dégénérescence social-démocrate du PCF et pour la renaissance d’un parti communiste digne de ce nom et basé sur les principes du marxisme-léninisme.

Nous rejetons le racisme et la xénophobie sous toutes leurs formes, mais nous sommes opposés au masochisme national qui fait l'éloge des cultures étrangères et considèrent en même temps la fierté nationale et patriotique légitimes comme étant du fascisme. Le Québec est un pays francophone et doit le rester et nous devons être fiers de nos racines et de nos origines afin de ne pas disparaître sous le rouleau compresseur anglo-saxon grandement favorisé par la mondialisation ultralibérale. Nous n'avons rien contre les autres nations et cultures mais nous revendiquons le respect de ce que nous sommes en tant que peuple porteur d'une culture particulère et originale. Nous sommes les héritiers de la Nouvelle-France et à ce titre nous pouvons nous revendiquer de la culture européenne, ce qui n’exclut en rien la solidarité prolétarienne internationale avec les luttes des travailleurs et des différents peuples opprimés dans le monde. Nous donnons par exemple notre appui aux luttes de libération nationale comme celle du peuple palestinien contre l'État sioniste colonialiste ou bien des Abkhazes et des Ossètes du Sud contre le régime géorgien.

En résumé nous combattons les politiques néolibérales de privatisation et de démantèlement des programmes sociaux ainsi que la dictature des multinationales assoiffées de profit, nous luttons pour la défense de la langue et de la culture française au Québec. Le capitalisme est un système exploiteur et apatride qui n’a aucun respect pour les langues et les cultures nationales et qui représente un obstacle fondamental à leur épanouissement. Il contribue grandement au phénomène de l’anglicisation du monde en faisant de l’anglais la langue des affaires et du marché du travail au mépris des travailleurs et des travailleuses qui partout dans le monde veulent défendre leur droit de travailler dans leur langue nationale respective. Au Québec nous faisons toujours face à la volonté de nous assimiler et de nous faire disparaître dans le marais anglo-saxon largement prédominant en Amérique du Nord. Il faut renforcer la loi 101 qui a été tellement édulcorée depuis plus de vingt ans par l'action combinée de la Cour Suprême du Canada et de certains gouvernements québécois. Le capitalisme cherche également à baisser constamment nos conditions de travail et à dégrader notre niveau de vie dans une perspective d’uniformation sociale vers le bas.

Si vous êtes d’accord avec ce texte n’hésitez pas à nous rejoindre. Notre combat de libération nationale et sociale ne peut attendre plus longtemps. Nous avons besoin d’une organisation structurée et remplie de militants et de militantes de bonne volonté qui ont à coeur l’indépendance de notre pays, la sauvegarde de notre langue et de culture ainsi que la lutte acharnée et sans relâche contre le système d’exploitation capitaliste et pour l’instauration d’une société socialiste.

En avant vers un Québec libéré du joug du capital et socialiste !

 

La réponse de Francis Arzalier

Cher camarade,

Je ne suis pas spécialiste du problème québécois, mais seulement secrétaire du Collectif communiste Polex de France, qui regroupe des militants anti-impérialistes de diverses affiliations, les uns au PCF, les autres non.

Je suis a priori méfiant vis à vis de tout nationalisme, qu'il soit français, corse, algérien ou autre, parce qu'il sacralise la nation, en niant souvent les clivages de classe qui la traversent. Par contre, je pense que la nation française a aujourd'hui un contenu progressiste et qu'on doit le défendre contre l'Europe supranationale au service du grand capital transnational.

Etre communiste signifie qu'on approuve le droit de chaque peuple de choisir lui-même son destin, et d'être, s'il le veut, une nation avec toutes les prérogatives d'un état. C'est donc l'affaire exclusive du peuple du Québec et des travailleurs qui en font partie. En espérant que l'indépendantisme ne les détournera pas des luttes sociales. Je ne crois pas que le Parti québécois soit opposé à l'impérialisme et au capitalisme, d'où qu'ils viennent. Il me paraît même fort aligné sur les dirigeants des USA et l'impérialisme occidental.

Nous espérons que le dialogue entre nous se poursuivra.

 

Fraternellement,
Francis Arzalier

Transmis par HP

 

http://www.collectif-communiste-polex.org/bulletin/bulletin_96_art1.htm

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 11:05

EMCEE

Un récent rapport de l’OCDE qui compare les systèmes éducatifs de plus de 30 pays riches montre les carences du système aux Etats-Unis. Pourtant, les USaméricains croient dur comme fer (à cause du matraquage : "on est les champions en tout !") que leur pays est le plus performant au monde en matière d’Education, comme on les a persuadés que les Etats-Unis étaient les meilleurs en matière de santé et dans tous les autres domaines.

Mythes et réalité du système éducatif aux Etats-Unis

Promotion sociale :

Mythe : c’est aux Etats-Unis qu’un enfant a le plus de chances de bénéficier de l’ascenseur social.

Faux : Un enfant dont les parents n’ont pas terminé le cycle d’études secondaires n’a que 29% de chances de faire des études supérieures.

Sur les 28 pays étudiés, les US sont 3° avant la fin.

 

Enseignants

Mythe : les enseignants (protégés par des syndicats insatiables) travaillent moins et gagnent plus.

La chasse est ouverte contre les agents du service public, surtout les enseignants et leurs syndicats. Ils sont trop payés. Ils ont trop d’avantages sociaux. Ils ont la sécurité de l’emploi alors que le reste de la population vit dans la crainte d’un licenciement. Et ce sont des fainéants qui sont en vacances tout l’été. Si l’éducation est en déclin, cela ne peut être que la faute des enseignants.

Faux : les enseignants aux Etats-Unis effectuent entre 1050 et 1100 heures d’enseignement par an. Sur les 38 pays qui ont été étudiés, il n’y en avait que deux où les horaires des enseignants étaient plus chargés – l’Argentine et le Chili. Et quand il s’agit des enseignants du primaire, ce sont les Etats-Unis qui arrivent en tête de liste.

Quant aux salaires, le rapport indique :

"alors que dans la plupart des pays de l’OCDE, les salaires des enseignants tendent à être inférieurs en moyenne aux salaires des autres travailleurs à qualifications égales, aux Etats-Unis, le fossé est très grand, surtout pour les enseignants les moins diplômés".

 

Etudes supérieures

Mythe : c’est l’Etat-providence (grâce à l’argent du contribuable, donc) qui finance les études supérieures.

Faux : dans tous les états, les uns après les autres, les élus réduisent actuellement le budget destiné aux études supérieures. Les Etats-Unis investissent de plus en plus d’argent dans les prisons, et, à ce qu’ils prétendent, ils n’ont, donc, plus les moyens de subventionner les facultés et les universités (voir (ang) : "Crazy Country : 6 Reasons America Spends More on Prisons Than On Higher Education").

En réalité, aux Etats-Unis, 38% des dépenses pour les études supérieures proviennent des fonds publics et 62 % du privé. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, 70% des dépenses pour les études supérieures proviennent des fonds publics et 30% sont versés par le secteur privé.

Et c’est ainsi qu’aux Etats-Unis, le secteur des compagnies de prêts pour étudiants pèse mille milliards de dollars et fait constamment pression sur les élus pour s’assurer que les étudiants et leurs parents ne cesseront d’être les seuls responsables de la dette.

 

Ecoles maternelles

Mythe : les programmes en maternelle sont excellents.

Faux : "en moyenne, dans les pays de l’OCDE, 84 % des élèves des écoles maternelles sont accueillis dans des établissements publics ou des institutions sous contrat avec l’Etat, tandis qu’aux Etats-Unis, 55 % vont dans un établissement public et 45 % dans des écoles indépendantes. Aux Etats-Unis, l’âge pour être admis en maternelle est, en général, de 4 ans, alors que dans 21 autres pays de l’OCDE, c’est 3 ans, voire moins.

D’autre part, les enseignants de maternelle aux Etats-Unis ne sont souvent pas formés et n’ont pas de programme officiel.

Résultat :
Pour les enfants de 3 ans (en maternelle) : les US sont au 25ième rang sur 36 pays.
4 ans (maternelle et primaire) : les US sont au 28ième sur 38.
5-ans à 14 ans (tous niveaux) : ils sont au 29ième sur 39.

 

Diplômes universitaires

Mythe : c’est aux Etats-Unis qu’il y a le pourcentage le plus élevé de diplômés d’études supérieures.

Faux : les Etats-Unis arrivent au 14° rang dans le monde en pourcentage de diplômés d’études supérieures pour les 25-34 ans (42%).

Mais ils sont premiers dans un domaine. Et c’est révélateur. Ils arrivent à la première place pour le nombre de personnes entre 55 et 64 ans qui ont fait des études secondaires jusqu’au diplôme final (les baby boomers ont, en effet, fait des études secondaires) avec un taux de 90%, alors que la moyenne de l’OCDE est de 65 %.

Ces chiffres montrent que les Etats-Unis avaient, après la Seconde Guerre mondiale investi dans leur population.

La "GI Bill of Rights", par ex, permettait à plus 3 millions de GIs de retour du front de poursuivre les études supérieures.

Les super-riches payaient des impôts élevés, ce qui avait permis d’investir dans l’éducation, dans un réseau routier national, et d’alimenter le budget de la défense.

Les syndicats étaient encouragés par l’Etat et avaient imposé des augmentations de salaires un peu partout.

Mais, explique Les Leopold, directeur de l’institut des travailleurs et de l’institut de la santé publique à New York :

"Vous voyez aucun de ces mythes ne concerne les riches.

Leurs enfants ont plein de choix d’écoles maternelles. Leurs enfants ne vont pas étudier dans des écoles délabrées. Leurs enfants ne s’endettent pas pour aller à l’université. En fait, nos classes dirigeantes sont sur orbite pour prospérer dans une économie mondialisée. Ils peuvent s’en prendre aux écoles publiques, aux syndicats d’enseignants, à l’Etat providence sans en subir les conséquences.

Et, franchement, ils se fichent pas mal du rang que les Etats-Unis occupent au niveau

mondial".

 

Réforme actuelle du système éducatif

Si le système éducatif est, on le voit, largement inégalitaire, la "réforme", à savoir la suppression du service public d’Education, que cherchent à mettre en place définitivement les démocrates, soutenus en cela par les républicains, ne fera que creuser davantage cet énorme fossé entre les pauvres et les classes moyennes et les riches.

La Santé, les prisons, la Recherche, l’Université sont entre les mains du secteur privé, l’armée et la police sous-traitent à des sociétés privées, etc. restaient les vestiges de l’Education publique, convoitée par les rapaces de Wall-St.

A la suite de l’effondrement financier de 2008, qui a déclenché la plus grande crise économique mondiale depuis les années 1930, les "réformes" mises en place pour soi-disant stopper l’hémorragie n’ont réussi qu’à amplifier les inégalités socio-économiques dans tout le pays, les pauvres, une fois de plus, payant le prix le plus élevé.

Et ces attaques ont été particulièrement féroces contre les agents du secteur public, les syndicats et les retraites.

Ce n’est, donc, pas une surprise si les enseignants se retrouvent en première ligne, aujourd’hui. Ces attaques contre l’Education publique, qui ont déjà commencé de la façon la plus violente qui soit, en particulier à l’encontre des enseignants, accusés à répétition d’incompétence notoire, se poursuivent inexorablement pour se généraliser dans tout le pays.

 

Objectif de la réforme

L’objectif de cette réforme est clair : supprimer les écoles publiques pour les remplacer par des "charter schools", écoles gérées par des administrateurs privés et subventionnées par l’Etat (autrement dit, sous-traitées par lui), et pour finir, sans doute, financées par les parents d’élèves en partie.

On constate les effets néfastes de cette politique dans l’Education supérieure, où les frais de scolarité sont énormes et en constante augmentation,ce qui empêche la grande majorité des diplômés du secondaire de poursuivre des études universitaires.

Wall St, évidemment, non seulement voit d’un bon œil cette politique, mais pousse les élus à accélérer le mouvement.

Or, c’est Wall ST qui finance les candidats aux élections. Ceux-ci ont, donc, tout intérêt à se plier.

Et si Wall St se frotte les mains, c’est que la privatisation des écoles publiques va remplir les poches du secteur privé, qui récoltera in fine les fonds publics destinés à l’éducation, devenue, enfin, une marchandise comme les autres.

Et il y a, c’est certain, énormément d’argent public à siphonner dans les caisses de l’Etat : les fonds réservés à l’éducation s’élèvent à près de 600 milliards de dollars.

D’autre part, si les milieux financiers poussent à une réforme de l’éducation, c’est dans le but de mettre fin au système éducatif pour tous, obtenu grâce aux luttes ouvrières.

Ne s’avouant jamais battue, revancharde, l’oligarchie revient toujours à la charge contre les acquis des classes ouvrières.

C’est ainsi que, dans le but de privatiser le secteur de l’Education, les pouvoirs publics ont créé les "charter schools" pour concurrencer les écoles publiques.

Parallèlement, ils ont imposé aux élèves une série de tests nationaux standards pour les évaluer, mais, également, pour classer les écoles et tout le personnel, et plus particulièrement, montrer du doigt les enseignants des écoles les plus défavorisées.

Une méthode sournoise, et certainement pas mise en œuvre dans le but d’améliorer le système éducatif, puisque, forcément, la réussite ou l’échec scolaire dépendent de bien d’autres facteurs que de la capacité à répondre à des tests ciblés élaborés par des bureaucrates et qui imposent aux enseignants de faire du bachotage toute l’année et aux élèves du "par cœur" – ce qui élimine l’approfondissement des sujets, les innovations pédagogiques et une véritable évaluation du travail de l’enseignant.

Or, ces facteurs déterminants - comme le milieu, familial et scolaire, les dotations dont bénéficient les écoles (plus il y a de pauvres dans un secteur, moins il y a de financement pour les écoles – que ce soient des fonds publics ou privés), les effectifs, etc. – sont totalement ignorés par cette méthode d’évaluation.

 

Mais les syndicats enseignants sont encore forts

Les syndicats d’enseignants sont les derniers obstacles restants qui se mettent en travers d’une privatisation totale de l’éducation publique. Et Wall Street, qui en a parfaitement conscience, les combat sans relâche depuis toujours.

Et, cela, avec, aujourd’hui, la contribution active des deux partis, complètement redevables aux financiers de Wall Street, et qui poussent actuellement à une réforme radicale de l’école – comme on le voit à Chicago, où un démocrate néolibéral mène l’offensive.

 

Grande grève à Chicago

Le 10 septembre dernier, les enseignants des écoles publiques, qui accueillent plus de 80% d’élèves à faibles revenus, se sont mis en grève dans toute la ville de Chicago, troisième plus grand district scolaire du pays.

L’appel à la grève du syndicat des enseignants de Chicago, le CTU ("Chicago Teachers Union") a été lancé après que la grève a été votée par 98% des délégués syndicaux.

Malgré les menaces du maire, Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet du Président Obama, le CTU et les dirigeants des communautés, décidaient, donc, massivement, de mener une action d’envergure pour s’élever contre des mesures que les parents d’élèves, en lutte également, qualifiaient d’"apartheid éducatif".

Emanuel, par le biais du conseil d’administration des établissements scolaires dont les membres ont été triés sur le volet par ses soins (où siègent très peu de véritables enseignants, mais où pullulent les PDG millionnaires, les experts en privatisations, et les promoteurs immobiliers) a décidé de laisser les opérateurs du secteur privé s’emparer des écoles publiques.

Les institutions de Chicago sont connues pour ce genre de politique. Milton Friedman, père spirituel de la dérèglementation, et économiste à la Chicago School of Economics, avait dit, de triste mémoire :

Seule une crise – réelle ou perçue – crée un véritable changement. Quand une crise se produit, les mesures qui sont prises dépendent des idées qui sont dans l’air. C’est cela, d’après moi, qui est notre fonction fondamentale … jusqu’à ce que ce qui est impossible politiquement devienne inévitable politiquement.

Souscrivant aux idées de Friedman, le maire cherche à profiter de la crise économique pour supprimer les cours de lettres et sciences humaines libéraux, muter des centaines d’enseignants, réduire la couverture maladie et le nombre de titularisations d’enseignants, et privatiser des services essentiels.

Il exige également que les évaluations des enseignants du public – et, donc leur rémunération, assujettie aux primes au mérite – soient liées aux résultats des tests communs des élèves, un projet qui nuit aux élèves pauvres ainsi qu’aux enseignants des écoles surpeuplées des quartiers défavorisés, forcés de resserrer les programmes.

Cette "réforme" implique donc que les enseignants, s’ils veulent conserver leur emploi, effectuent plus d’heures pour un salaire inférieur dans des conditions largement dégradées pour eux et leurs élèves.

 

Victoire des enseignants ?

Le mercredi 19 septembre, après neuf jours de grève, les enseignants des écoles publiques de Chicago retournaient en classe.

Le mardi 18, 800 délégués du syndicat Chicago Teachers Union (CTU) votaient à une majorité écrasante la suspension de la grève pour annoncer l’accord conclu avec la municipalité devant l’ensemble des adhérents.

Cet accord comprend l’embauche de plus de 600 enseignants d’arts plastiques, de musique et d’éducation physique, et une évaluation des enseignants où seuls 30% de la note globale concerneront les tests d’évaluation.

La présidente du CTU, troisième plus important syndicat aux US, qui avait appelé à la grève pour la première fois en 25 ans, parle de "victoire".

Disons que c’est une victoire sur l’énorme régression que prévoyaient les mesures du maire, Rahm Emanuel, et qui concernait tous les enseignants du public.

Que va-t-il se passer, toutefois, quand une nouvelle série de fermetures d’écoles publiques dans les quartiers à majorité noire ou latino de Chicago mettra des milliers d’enseignants au chômage ?

Très probablement, ils seront en partie réembauchés, dans les "charter schools", pour plus de flexibilité et d’heures de travail, une année scolaire prolongée, un salaire nettement inférieur dépendant de primes à la docilité, la baisse des prestations sociales et ... l’assurance qu’ils ne se syndiqueront pas.

D’autre part, cette victoire s’inscrit dans un contexte précis :

En cette période électorale, Obama et ses amis ne peuvent pas se permettre de mécontenter le secteur public et les syndicats où ils puisent une grande partie de leur électorat.

 

Barack Obama, Rahm Emanuel et les autres

Or, le maire de Chicago, Rahm Emanuel, est non seulement démocrate, mais c’est un proche d’Obama.

Pour mémoire, même s’il a quitté la Maison Blanche, où il était chef de cabinet d’Obama, Emanuel (qui a mis ses enfants dans le privé, est-il besoin de le préciser) est resté très proche d’Obama.

Jusqu’à la semaine dernière, il était vice-président national de l’équipe de campagne présidentielle et il est actuellement président du "Super PAC" d’Obama ( qui se charge de collecter des fonds auprès des entreprises pour payer sa campagne, NDA).

Un conflit dans la ville d’origine d’Obama (Chicago) entre un démocrate dont il est très proche et les travailleurs syndiqués pourrait compromettre la réélection d’Obama.

Ce qui explique, sans doute, qu’Emanuel ait lâché du lest assez vite, probablement même après une intervention d’Obama lui-même, qui en tirerait un profit politique, lui qui, en tant que candidat, avait dit, aux syndicats qu’ils "le trouveraient à leurs côtés sur les piquets de grève" (la fourberie d’Obama est incommensurable).

Mais, d’un autre côté, le maire étant maintenant un des plus importants collecteurs de fonds auprès des grands groupes financiers, il lui faut également ménager Wall St (qui a, à ce jour, déjà versé jusqu’à 40 millions de dollars aux démocrates pour les élections prochaines - contre les 3 petits millions de dollars de contribution des syndicats).

C’est, donc, Wall St qu’il faut rassurer, pas les syndicats. Or, la réforme scolaire néolibérale d’Emanuel est un projet qui a les faveurs de Wall Street depuis longtemps.

Et, de ce fait, les candidats étant largement dépendants des fonds privés, ils n’ont pas intérêt à fâcher les gros contributeurs à la campagne.

Mais Wall St est patient : il attendra la réélection du président.

Car, jusqu’à présent, ni Emanuel, ni a fortiori, Obama, n’ont démérité.

Même si le candidat Obama avait fait une multitude de promesses à son électorat populaire en matière d’éducation, de santé, d’immigration, de justice sociale, de justice tout court, de retrait des troupes, de budget de la défense, de défense des femmes, des orphelins, des personnes âgées, que sais-je encore, c’est, au final, Wall St qui a raflé la mise partout.

D’ailleurs, pour ce qui concerne l’Education, c’est Arne Duncan, ancien président des écoles publiques de Chicago et architecte du programme de privatisations qu’il a baptisé "Renaissance 2010", qui est le secrétaire de l’éducation - nommé par le président Obama. Sa politique suit la ligne de la réforme d’Obama appelée "race to the Top” (course au sommet), un programme anti-syndicats qui impose aux états de faire des réformes s’ils veulent recevoir des subventions fédérales.

On voit bien vers qui se portent les regards …

 

Source initiale du billet : "des bassines et du zèle"

 

(Sources tirées de l’article : "Shocking Report Explodes 5 Myths About American Education").

Voir aussi : "Mort programmée du système éducatif public aux Etats-Unis : le processus est désormais bien engagé" (29 mai 2012).

 

URL de cet article 17841

http://www.legrandsoir.info/systeme-educatif-mobilisation-a-chicago-contre-la-privatisation-programmee-du-service-public.html

 

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 16:26

Par Jean-Paul Damaggio •  Lundi 10/09/2012

Résultats comparés 

L’originalité de l’élection québécoise 2012 tenait à la traduction « politique » qu’allait produire l’imposante lutte des étudiants du pays (surtout ceux de Montréal), lutte largement soutenue par une partie de la population. Pour Jean Charest, qui décida de dissoudre l’Assemblée pour se sortir cette épine du pied, sa campagne menée contre les étudiants-enfants gâtés devait l’aider à l’emporter, avant que ne lui tombe sur la tête une autre tuile : les révélations de corruption.

La droite

Pour Jean Charest, ce fut une bataille de trop. Non seulement son parti a perdu (Le Parti Libéral (PLQ) passe de 42,08% en 2008 à 31,2% et de 66 à 50 sièges) mais lui-même n’a pas pu se faire élire député. Car en effet, si le système électoral anglo-saxon du pays a des inconvénients quant à la juste représentation de l’électorat, il a l’avantage de ne pas être une l’élection présidentielle : un leader politique peut se trouver à terre.

Ceci étant, son calcul n’était pas totalement erroné car, dans son camp, le bénéficiaire majeur de l’élection c’est un nouveau parti de droite (une droite ordinaire mais une coalition nouvelle) dont personne ne peut savoir s’il s’agit d’un phénomène éphémère ou stable.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) fondée par les rescapés de la défunte ADQ (droite) et des transfuges du PQ fait donc une percée spectaculaire passant de 16,37% et 7 sièges pour l'ADQ à 27,1% mais n'a que 19 sièges. Ce sont eux qui enregistrent la plus grande progression en captant l’essentiel du vote PLQ perdu.

Dans la tradition québécoise on peut aisément imaginer demain une alliance entre les vestiges du Parti libéral de Charest, et ce nouveau parti si un nouveau leader capable d’unifier l’ensemble émerge. Ensemble ils peuvent au moment où ils le choisiront faire chuter le nouveau pouvoir.

 

La «gauche »

En effet le Parti québécois ne peut prétendre être le grand gagnant de cette élection même s’il obtient à nouveau le poste de premier ministre. Il passe de 35,17% à 31,9% et de 51 à 54 sièges. Paradoxe : il perd des points de pourcentages mais gagne 3 sièges. Il n’aura pas de gouvernement majoritaire stable puisqu’il lui manque 9 députés.

Dans son « camp », malgré l’appel au vote « utile » du PQ, le gagnant est le petit parti Québec solidaire qui, non seulement a la joie d’obtenir la réélection de son député sortant (preuve qu’il a donné satisfaction) mais double le nombre de ses voix et fait élire une deuxième députée Françoise David, co-porte parole du parti qui s’était distingué au moment du débat des chefs à la télé. Concrètement ce parti passe de 3,78% à 6% et de 1 à 2 sièges.


Sans entrer ici plus loin dans les comparaisons, les avancées de la gauche aux dernières élections fédérales avec le vote NPD ne se retrouve pas dans l’élection du 4 septembre.

 

Résultats commentés

Concrètement, la lutte des étudiants qui a relancé l’enthousiasme politique (au sens large du mot), si elle a réussi à déstabiliser le système n’a pas suscité une avance large de la gauche. Le gain de QS compense juste la perte en pourcentage du PQ.

Pour moi c’est la confirmation qu’il n’y a pas de lien direct entre une lutte sociale et le résultat électoral immédiat. Parce que sans doute la bataille des idées met des années avant de se traduire en votes. Si on réduit Mai 68 en France aux résultats des élections législatives très à droite de juin 68, on rate totalement la vague de fond produite dans les consciences de tous bords, pendant toute la décennie 70. La victoire de Mitterrand en 81 a été une façon de conclure cette vague. Jean Charest a essayé de faire peur. Avec le temps cette peur va reculer et la nature des enjeux globaux de la lutte vont mieux apparaître. Il n’est pas impossible cependant que les élections servent parfois à imposer des reculs aux luttes sociales.

J’entends bien le propos suivant : « Mais quoi que la propagande de Québécor et Gesca inventera, personne ne pourra nier que pour la toute première fois dans l’histoire du Québec, les mouvements sociaux ont largement contribué à « faire tomber » un gouvernement parce qu’il refusait d’écouter sa population. Point ! Il faut le crier très fort. Il faut le célébrer ! » Michel Lambert http://www.cahiersdusocialisme.org/2012/09/06/on-avance-on-recule-pas/

Mais Québec solidaire n’a cessé de le répéter, faire tomber le gouvernement ne suffisait pas et si l’avancée de ce parti est réjouissante, elle est nettement inférieure à celle du CAQ qui apparaît davantage comme une alternative possible, si le PQ en situation fragile s’effondre. Je pense bien sûr que comme le PQ l’a promis il va annuler la hausse des frais de scolarité et à ce titre la lutte devient victorieuse. Ce qui permet de dire que les grèves étudiantes ne sont pas de même nature qu’Occupy Wall Street par exemple. D’un côté il y avait une lutte syndicale précise et de l’autre un mouvement vague qui s’est réduit à un moment de fièvre. Pour revenir sur ce rapport entre luttes et votes, je repense à la Révolution tranquille au Québec, qui des années après a donné naissance justement au Parti Québécois.

Voilà pourquoi je continue de penser que dans le monde, c’est la radicalisation à droite qui avance plus vite que la montée des gauches. Il appartient à la jeunesse de bien mesurer cette situation, pour s’engager plus fermement encore dans le combat politique organisé. Je pense à la jeunesse car c’est elle qui va être contrainte d’inventer un autre avenir et ce combat politique je n’en connais pas la meilleure forme tout en le sachant indispensable.

 

Jean-Paul Damaggio

 

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 11:15

Depuis le mois de mars 2012, un large mouvement étudiant se déroule au Québec, donnant lieu depuis 6 mois aux plus grandes manifestations et grèves étudiantes qu'ait connu la province canadienne.

 

Le mouvement, parti de la colère des étudiant-e-s face à une nouvelle loi libérale augmentant les frais d'inscriptions à l'université de 75% en cinq ans, s'est progressivement répandu dans le reste de la sphère politique et syndicale québécoise, mais également dans l'ensemble de la société civile. A la suite de la loi liberticide dite loi 78 (qui vise entre autres à une réduction drastique du droit de grève, du droit de manifester et du droit d'expression), le mouvement social ne cesse de s'amplifier et des expériences politiques alternatives voient le jour, tandis qu'une grande partie des négociations échoue.

 

Alors que dans de nombreuses régions du monde, des révoltes éclatent pour réclamer plus d'égalité et de justice sociale, au Québec aussi, la population se soulève contre le capitalisme débridé, les lois liberticides, l'austérité et la répression étatique et policière.

A l'heure de la crise du capitalisme, de l'austérité à tout va, le collectif pour une Alternative libertaire Paris Nord-Est vous propose une rencontre conviviale à l'occasion de la venue de militant-e-s québécois-e-s en France.

Cette rencontre se tiendra le vendredi 6 juillet, à partir de 20h, au local d'Alternative libertaire -92, rue d'Aubervilliers, 75019 Paris ( Métro: Stalingrad, Riquet ou Marx Dormoy).

Ce débat permettra d'échanger sur la situation politique et sociale actuelle et des moyens de résistance et d'offensive à mettre en place contre des politiques gouvernementales et économiques toujours plus oppressives.

 

http://eldiablo.over-blog.org/article-rencontre-avec-des-militant-e-s-quebecois-e-s-en-lutte-le-6-juillet-2012-a-paris-107754101.html

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 18:52

De : Cousine

jeudi 31 mai 2012 (20h33) :

 

Universitaires, nous enseignons et nous conduisons nos recherches au Québec et en France. Nous connaissons bien nos universités et nos étudiants, que nous côtoyons et que nous contribuons à former, des deux côtés de l’Atlantique. Aujourd’hui, au regard de la situation que connaît le Québec, nous sommes partagés entre la colère et l’espoir. La colère face au cynisme d’un gouvernement qui a laissé pourrir la situation et a préféré la répression au dialogue pendant trop longtemps ; l’espoir de ceux qui ont vu fleurir ce mouvement et tout ce qu’il a déjà semé d’irréversible sur son chemin.

La colère d’abord. Depuis trois mois, le premier ministre Jean Charest et son gouvernement ont plongé le Québec dans l’une des pires crises sociales de son histoire.

D’abord, en remettant en cause l’un des éléments fondateurs de la société québécoise contemporaine : une université accessible à tous. Ce modèle fait notre fierté ! L’université québécoise, dans sa forme actuelle, est étroitement liée à la construction d’un Etat-providence unique en Amérique du Nord, qui a favorisé l’essor économique et social du Québec et l’édification de son peuple. Elle tire d’ailleurs une partie de son prestige, vue d’Europe, de cette position singulière. Cette spécificité est une chance et devrait être valorisée comme telle.

Il y a par ailleurs une cruelle ironie, doublée d’un certain cynisme, à faire payer aujourd’hui les étudiants, pour les difficultés financières des universités québécoises que le gouvernement libéral de Jean Charest a directement alimentées depuis des années. Les choix d’investissement aventureux (en matière d’immobilier notamment) ont été rendus possibles par des modes de décisions de moins en moins collégiaux, de plus en plus "managériaux", au sujet desquelles de multiples signaux d’alerte ont été lancés. Depuis plus de 100 jours, le gouvernement Charest et ses ministres n’ont pourtant pas jugé nécessaire de faire le bilan de l’université québécoise et des politiques menées depuis plusieurs années, au-delà même de la question des droits d’inscription. Les frais de scolarité ont bon dos !

Ensuite, en ébranlant un autre pilier de cette société : la négociation et le dialogue social, notamment avec les organisations syndicales. Depuis le début du conflit, le premier ministre n’a cessé de mépriser ses interlocuteurs étudiants, qui ont pourtant démontré à maintes reprises leur sens des responsabilités, de la mesure, de l’imagination et du dialogue, durant ces longues semaines de grève. Faut-il rappeler ce que représente pour ces milliers d’étudiantes et d’étudiants le sacrifice d’une session d’étude, dans un environnement qui leur en rappelle sans cesse le prix ?

A l’heure où la dette des étudiants aux Etats-Unis vient de dépasser mille milliards de dollars, leurs voisins québécois ont clamé leur refus de la "hausse des frais de scolarité" et leur crainte face à l’endettement. Mais leurs gouvernants n’ont eu comme réponses qu’indifférence et paternalisme. Au bout de plusieurs semaines de grève, le gouvernement annonça en grande pompe une bonification des "prêts et bourses" et la mise en place d’un système de "remboursement proportionnel au revenu", le tout accompagné d’un étalement de la hausse sur sept ans plutôt que cinq (mais cette hausse serait désormais de 82 % et non plus de 75 %). Les questions de l’endettement étudiant, tout particulièrement pour les enfants des classes moyennes n’ayant pas accès aux bourses du gouvernement, et de la marchandisation de l’éducation restèrent absentes du débat. A l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays (Angleterre, Chili), les défenseurs de réformes régressives font mine de s’offusquer de l’injustice d’une gratuité pour tous qui profiterait aux plus riches, pour avancer leurs pions. Si l’enjeu est de faire participer davantage les classes supérieures au financement de l’université, pourquoi ne pas les imposer directement ? C’est au niveau de l’impôt et de sa répartition que se fabrique la solidarité nationale, pas dans la variation du coût du service pour ses usagers ! Le Québec, n’en déplaise à monsieur Charest, n’est pas encore une entreprise, et l’université non plus !

Enfin, en s’attaquant au droit de manifester, le gouvernement Charest a heurté de front un marqueur démocratique majeur, au Québec comme ailleurs. En effet, comme si la situation n’était pas déjà suffisamment désastreuse, le premier ministre a ajouté la provocation à l’incompétence en créant contre son propre peuple un état d’exception. La "loi 78", aussi appelée "loi spéciale" est en passe de faire le tour du monde, et vaut déjà au premier ministre du Québec d’être comparé à des chefs d’État peu fréquentables dans certains journaux étrangers. Lui qui s’affirme tellement soucieux de l’image du Québec dans le monde, quelle belle opération ! De pays ouvert et tolérant, le Québec est en train d’apparaître, grâce à cette "campagne de communication", comme "le pays où l’on manifeste en tapant sur des casseroles" (faute d’être entendu), rappelant les heures les plus sombres des dictatures sud-américaines...

Mais ces sources de colère légitimes, comme un magistral pied de nez aux artisans du pire, ont fait surgir une multitude d’initiatives, d’échanges, d’expressions citoyennes qui donnent de multiples raisons d’espérer, dans une société qui pouvait donner l’impression de se sentir "à l’abri de ces choses qui n’arrivent qu’aux autres", pour paraphraser le grand poète québécois Gaston Miron, et son beau texte La route que nous suivons. Qui peut rester insensible à une telle effervescence collective, à la clameur de ces milliers de citoyens, toujours plus nombreux, défiant chaque jour la loi spéciale ? Dans les rues, le soir, en famille et entre voisins, on ne parle plus seulement des frais de scolarité mais de l’arbitraire de la loi 78, du refus de dialoguer du gouvernement, des brutalités commises "au nom de la sécurité publique", de l’atteinte aux biens publics et aux ressources collectives par des intérêts privés.

Bien sûr, le gouvernement peut écraser ce mouvement, en arrêtant toujours un peu plus de manifestants (plusieurs centaines la semaine dernière). Les Etats sont toujours en mesure de "gagner" contre leur population, pour un temps du moins. Mais quelle sera alors la victoire des gouvernants d’aujourd’hui ? Quel titre de gloire comptent-ils obtenir de l’écrasement de la jeunesse de leur pays ? Quelle réforme vaut l’infamie de voir son nom associé à la répression et à la trahison pour des générations ?

L’honneur est un bien précieux, et c’est la seule chose que peut encore sauver le gouvernement Charest : en abrogeant la loi 78 et en décrétant un moratoire sur la hausse des frais de scolarité afin de créer des conditions favorables à un vrai débat démocratique de société sur l’avenir de l’éducation supérieure au Québec, ou encore en quittant les responsabilités qu’il n’a pas su assumer ! Parce que pour le reste, il a déjà perdu et nous avons déjà gagné. Tant s’est construit dans ce mouvement, tant s’est bâti qui résistera aux coups de matraques, aux intimidations et à toutes les "lois spéciales" : de la dignité et de l’espoir dans la lutte, des aspirations à une société plus juste et à la restauration d’une morale publique. Autant d’éléments dont nos deux sociétés, au Québec comme en France, ont grandement besoin. Peut-être est-ce de nouveau chez Gaston Miron que l’on trouve les mots les plus justes, pour décrire ce printemps québécois : "Nous avançons nous avançons le front comme un delta (...) nous reviendrons nous aurons à dos le passé et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir."

Valérie Amiraux, Université de Montréal ; Marcos Ancelovici, Université McGill à Montréal ; Emilie Biland, Université Laval à Québec ; Fabien Desage, université Lille-II ; Pascale Dufour, Université de Montréal ; Stéphanie Garneau, Université d’Ottawa ; Diane Lamoureux, Université Laval à Québec ; Eléonore Lépinard, Université de Montréal ; Sylvain Lefèvre, Université du Québec à Montréal ; Sylvie Paquerot, Université d’Ottawa ; Anne Revillard, université Paris-XIII ; Vincent Romani, Université du Québec à Montréal ; George Ross, Université de Montréal ; Frédéric Vairel, Université d’Ottawa ; Daniel Weinstock, Université de Montréal.

des enseignants-chercheurs québécois et français

Un article Le Monde.fr http://www.lemonde.fr/idees/article...

Le Quèbec, parlons en tous les jours, un moyen de les aider.

 

Publié sur http://bellaciao.org/fr/spip.php?page=article_txt&id_article=128170

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