Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Site de recherche d'emploi

Le site http://jooble-fr.com/

vous propose des annonces d'offres d'emploi nationales et internationales.


Les offres qui vous seront envoyées par mail proviennent de différentes sources, et ne préjugent en rien des conditions de travail et des salaires. Il vous appartient de vous en assurer le cas échéant.

 

Le site est d'utilisation simple et l'inscription est gratuite.

 

http://jooble-fr.com/

 

Merci de signaler à Vendémiaire tout dysfonctionnement que vous pourriez constater.

Rechercher

Quelques conférences

Chansons

  Avant d'écouter les enregistrements ci-dessous, attendez la fin de la musique de fond du blog...

 

L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 11:48

A La Havane Colloque : "Les droits de nos ainés dans le monde"

par Rédaction Sylver Economy le 15 mars 2017

Du 3 au 6 avril 2017, la FIAPA organise à Cuba le colloque international « Les droits de nos aînés dans le monde ».

Evènement majeur de l’actualité de la gérontologie, ce colloque sera également l’occasion pour les entreprises de la Silver économie de découvrir un aspect méconnu de Cuba : une forte demande de coopération, un véritable dynamisme et des entreprises de pointe pour l’accompagnement des personnes âgées.

[on est loin de la façon dont les "ainés" sont traités en France : allongement du temps de travail, retraites minuscules pour le plus grand nombre, traitement scandaleux des vieillards, maisons de retraites hors de prix entre la garderie et le mouroir... En 1793, la République, qui cherchait un moyen de venir en aide aux vieillards sans ressources, avait inscrit dans sa Constitution que tout étranger prenant en charge un vieillard devenait automatiquement Français. Sous l"impulsion des communistes, l'Assurance Vieillesse fut créée au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd'hui les capitalistes, de Hamon à Le Pen, ne voient plus dans les vieillards qu'un marché juteux qu'ils appellent "l'or gris"... NDLR]

Repost 0
18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 20:48

 

Refusons la torture et les viols de femmes détenues au Mexique !

Mexique / Appels / Refusons la torture et les viols de femmes détenues au Mexique !

Tailyn. Victime d’une fausse couche dans le bureau du procureur après un passage à tabac par des policiers. Monica. Battue et violée par 6 policiers devant son mari et son frère. Fernanda. Soumise à des chocs électriques au niveau du vagin.

Les résultats de l’enquête menée par Amnesty International auprès de 100 détenues mexicaines sont terrifiants : 99 d’entre elles ont dit avoir subi des violences physiques ! 72 des violences sexuelles ! 33 assurent avoir été violées !

JE DEVIENS MEMBRE

Il est urgent de dénoncer ces pratiques barbares, généralisées, commises en toute impunité par les forces de sécurité pour obtenir des « aveux » forcés et gonfler les statistiques dans la lutte contre le crime organisé.

La plupart des victimes sont des femmes très pauvres, seules, dans l’incapacité de s’offrir une défense digne de ce nom. Elles sont les proies faciles d’un système répugnant !

Nous avons besoin de vous pour lutter contre ces pratiques intolérables et inhumaines.

En devenant membre d’Amnesty International, vous nous aidez à faire pression pour protéger ces femmes vulnérables et toutes les victimes d’abus dans le monde.

En espérant vous compter parmi nos membres !

 

 

 
  
Camille Blanc
Présidente d'Amnesty International
France

 

Repost 0
15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 17:15

«Nous devons étudier aux rayons X l’expérience soviétique», interview de Camilo Guevara

Afficher l'image d'origine

Interview de Camilo Guevara

« Si tous les gens de gauche, oubliant leurs différences, s’unissaient au moins le temps d’une seconde, s’en serait fini du statu quo actuel ».

8 septembre 2016

http://liva.com.ua/guevara-camilo.html

Préambule d’Oleg Yasinski : L’idée de cette interview est née il y a plusieurs années à Kiev. Mon ami, le journaliste Andrei Mantchouk, avec l’aide de l’Institut cubain d’amitié entre les peuples, avait rencontré Camilo lors d’un voyage à Cuba. Camilo lui avait raconté quelques histoires du temps où il faisait ses études en Union soviétique, démontrant d’ailleurs des capacités remarquables dans la maîtrise de l’argot russe. Je pensais que ce serait intéressant de lui poser quelques questions sur la pérestroïka et les raisons de l’effondrement de l’Union soviétique.

A l’époque, nous ne pouvions imaginer un seul instant que le pouvoir en Ukraine serait usurpé par les ultra-nationalistes, qu’il y aurait des morts parmi nos amis et connaissances, que les livres d’Andrei seraient mis à l’index et que lui, ainsi que de nombreux autres citoyens honnêtes feraient l’objet de menaces et de harcèlement.

Entre autres manifestations de leur démence, certains idéologues du nationalisme affirmaient que Che Guevara était un de leurs héros, qu’il admirait aussi l’UPA et avait même acquis chez elle ses tactiques de guérilla. Je l’ai pris comme une insulte personnelle, et ai décidé de contacter le plus vite possible quelqu’un de la famille du Che pour qu’il puisse apporter un démenti.

Quelque temps plus tard, ayant été invité à Cuba par des amis colombiens impliqués dans la lutte pour la paix, j’ai repensé à ce sujet et écrit à Camilo. Enfin, après quelques tasses de café sur son lieu de travail à La Havane au Centre d’études Che Guevara, j’ai pensé que ce serait intéressant de transformer cette conversation en interview et aborder non seulement le sujet de l’Ukraine, mais aussi parler de la situation présente des forces de gauche en Amérique latine et à l’échelle mondiale.

C’est ainsi qu’est née cette conversation, réalisée par e-mail. Assurément, elle sera un témoignage supplémentaire du moment historique complexe que nous vivons aujourd’hui, si éloigné de nos rêves. Je ressens ces paroles non seulement comme des opinions, mais aussi en tant que matériau possible pour la construction de ponts entre les temps et les mondes, fragmentés aujourd’hui par le néolibéralisme.

Ernesto Guevara était le père de mon interlocuteur, et peut-être aussi de toute une génération de gens capables de donner leur vie et leur mort pour la construction d’un monde meilleur, sans rien demander pour soi-même, l’une des rares personnes qui n’ayant pas accumulé dans la vie un grand nombre de succès matériels tangibles, a réussi à illuminer l’humanité d’une clarté qui est restée avec nous pour toujours.

Le grand poète cubain José Martí, dans un article écrit en exil a déclaré que «la patrie c’est l’humanité ». L’opinion de Camilo Guevara nous semble une contribution importante à la construction ou au salut de cette patrie, en effet il faut dire que, outre le fait qu’il est le fils de Che, il est aussi le fils ordinaire d’un peuple si particulier, le peuple Cubain. Ordinaire, parce que nombreux sont sur l’île ceux qui continuent le chemin dans la même direction et c’est peut-être la seule chose qui importe vraiment.

– Camilo, tu as vécu et étudié en URSS. Quels moments ou quelles histoires de cette période t’ont le plus marqué?

– Ma première rencontre avec Moscou a été tout à fait particulière, je m’en souviens toujours clairement, malgré le fait que ma mémoire ne soit pas très bonne. En outre, c’était mon premier voyage à l’étranger, je me trouvais dans un état quelque peu euphorique, même si, du moins je l’espère, cela ne se remarquait pas.

Tout ce que je savais alors à propos de l’Union soviétique provenait des histoires qu’on m’avait racontées, d’informations trouvées dans les journaux, plus une bonne dose de littérature soviétique et pré-soviétique, principalement russe, et toutes sortes de documentaires et de longs métrages. Et aussi, quand j’étudiais à « Camilito » (école militaire cubaine que l’on appelle familièrement du nom de Camilo Cienfuegos, où sont formés les futurs officiers, NDT) nous avions des professeurs de russe.

C’était comme une sorte de reflet de quelque chose d’important, quelque chose de sublime. Je n’avais jamais été en Russie et me faisais une image quelque peu exagérée et édulcorée de ce grand pays.

Je suis arrivé à Moscou en septembre 1981, quand j’avais à peine dix-neuf ans. Tu sais ce que c’est que cet âge. J’étais assailli de toutes sortes de rêves. Certains tout à fait terre-à-terre, d’autres  plus élevés. Ce soir-là était frais, presque froid, et à respirer l’air de Moscou j’éprouvais un sentiment très étrange. Je m’imaginais plus ou moins la façon dont les choses fonctionnaient ici, tout ce que l’on peut voir et toucher, mais je voulais goûter les odeurs, respirer l’air, sentir le changement des saisons.

L’arrivée de notre groupe n’a pas été quelque chose de particulièrement exceptionnel. Au contraire, personne n’a remarqué notre arrivée, il n’y a pas eu de rassemblements festifs ou discours de bienvenue. Néanmoins, comme je l’ai dit, ce fut un moment très spécial dans ma vie.

Puis il y a eu beaucoup d’épisodes heureux, dont le souvenir me fait chaud au cœur. Une expérience de vie qui vous marque à jamais. Beaucoup de ce sans quoi aujourd’hui je serais probablement une personne complètement différente.

Je ressens une très grande proximité par rapport à ce peuple, si hospitalier, si solidaire et amical pour les Cubains. Son histoire, sa littérature, son art me sont chers. Ses défaites et ses victoires, je les vis comme les miennes. J’ai appris à les aimer comme une partie de moi.

– La restauration du capitalisme dans l’ex-Union soviétique a été une surprise pour tous ceux de ma génération. Nous ne savions pas que dès le début des années 60, le Che avait averti du danger. Pour toi aussi, ce qui est arrivé a été une surprise?

– Oui, parce que toutes les prédictions, en dépit de la justesse des arguments, dépendent toujours de nombreux facteurs. Nous parlons d’un grand pays qui a développé sa propre révolution, malgré l’opposition de tous les éléments hostiles. Elle a vaincu les hordes fascistes au prix d’énormes sacrifices de son peuple, rendant un précieux service à l’humanité. Les Soviétiques ont accompli beaucoup d’exploits et réalisations dans divers domaines. Je pense que cela ne peut être nié, même par les plus grands critiques et les pires ennemis, s’ils ont un minimum d’objectivité. J’ai toujours été convaincu qu’il n’y avait pas de force dans le monde qui puisse détruire ce travail titanesque. Mais j’ai sous-estimé la puissance destructrice de la bureaucratie politique, le poids des erreurs accumulées et l’influence capitaliste sur la mentalité de certains dirigeants.

L’avalanche, qui depuis longtemps amassait de l’énergie, s’est enclenchée. La perte croissante de confiance dans le projet socialiste soviétique et le Parti communiste tombé en léthargie a créé un terrain fertile pour le scepticisme universel et conduit, par voie de conséquence, à des mesures suicidaires stupides. Je pense, même si aujourd’hui cela ne sert plus à rien, que dans ce cas particulier, certains des problèmes pouvaient être résolus sans qu’il ait été nécessaire de tout bouleverser. Mais toutes ces réflexions ne sont que des hypothèses. Néanmoins, je suis d’avis que vraiment on pouvait et devait apporter les modifications nécessaires, sans tomber dans le chaos.

Le Che a averti qu’au sein de l’Union soviétique avait déjà commencé une coexistence avec le capitalisme. Et surtout, il voulait alerter sur cette situation les révolutionnaires, supposant que cela risquait de donner un coup d’arrêt aux efforts pour construire une société plus juste et plus humaine. Il savait quels dégâts cela pourrait entraîner pour les forces progressistes dans le monde entier. En effet, l’Union soviétique pendant une longue période et pour beaucoup de gens a été une grande ligne directrice idéologique.

– Quelles étaient selon toi les principales faiblesses ou contradictions du modèle soviétique du socialisme qui ont permis de le vaincre? Dans la gauche post-soviétique ce sujet se réduit souvent à un débat entre partisans du trotskisme et du stalinisme. Y a-t-il un autre point de vue, plus en profondeur?

– Je pense que nous avons encore à faire une analyse de tout cela, et la plus scientifique possible. En d’autres termes, une analyse sans sentimentalisme ou sympathies idéologiques, afin de parvenir à un résultat plus ou moins juste. Je ne demande pas que l’on considère le sujet en abandonnant nos positions militantes ou de classe, c’est impossible. Mais je veux que l’on essaye d’examiner attentivement cette expérience, qu’il convient de mettre complètement à nu, d’ausculter et d’explorer aux rayons X – jusqu’au moindre recoin, pour comprendre les racines de tout ce qui a été bien ou mal fait. Parce que cette expérience, dans sa version améliorée, est peut-être notre seule chance de salut en tant qu’espèce.

A qui revient cette tâche? Bien sûr, à ceux qui sont convaincus que le capitalisme c’est la barbarie et que le moment historique actuel doit être surmonté.

Beaucoup pensaient que le socialisme était la solution, mais quel socialisme? Celui qu’avaient commencé les révolutionnaires soviétiques avec Lénine, ou celui qui était à l’époque de Staline? L’expérience vietnamienne, chinoise ou cubaine? Elles sont toutes différentes. Le socialisme s’est adapté aux différentes réalités, montrant parfois des réalisations exceptionnelles, et parfois des échecs lamentables. Par conséquent, nous voyons une très large gamme de versions du socialisme – si large que nous pouvons nous demander ce que peut être chacune d’entre elles et si toutes ensemble elles ne sont pas qu’un pâle reflet de ce qui pouvait être atteint. Nous voyons toute cette gamme, qui n’est probablement rien d’autre qu’une merveilleuse tentative de changer le monde qui n’a pas encore donné jusqu’à présent les fruits attendus.

Nous devons soigneusement et sans crainte explorer toute cette expérience. Nous devons séparer ce qui a été bien fait, de ce qui a été mal fait, sur la base des critères de l’humanisme révolutionnaire et de la plupart des nobles valeurs humaines. Il est de notre devoir de faire d’une nouvelle expérience quelque chose de cent pour cent positif afin que le système fonctionne, et résiste à l’épreuve du temps.

Si toutes ces questions pouvaient être réduites à un différend entre trotskistes et staliniens, la solution serait relativement simple. Je crains que cette question soit beaucoup plus complexe. Elle exige la résolution d’une myriade de problèmes économiques, psychosociaux, politiques et autres, qui sont innombrables, et qui ont empêché la formation d’une nouvelle société, qui en plus de tout le reste ne pouvait jamais se reposer sur ses lauriers, le lit a toujours été garni d’épines, toujours sous la pression d’une masse de difficultés et d’urgences, exigeant des décisions difficiles. Par conséquent, malgré les erreurs, nous avons beaucoup de réalisations dont nous pouvons être fiers.

Et je dois te dire que malgré tous les échecs évidents, ce n’est pas la fin. Le socialisme n’a été vaincu que dans les cas où, au cours de sa construction, les constructeurs se sont éloignés de son essence. Mais il y aura de nouvelles révolutions. Certaines répèteront les vieilles erreurs. D’autres feront mieux. Et ainsi progressivement nous arriverons à quelque chose. Personnellement, je pense que les réponses peuvent venir par différentes voies, parce que chacune d’elles sera spéciale. Mais en même temps quelques principes obligatoires dans tous les cas seront respectés. Par exemple, toujours chercher une alternative au capitalisme, rechercher le bien commun, être profondément humain, faire preuve de solidarité, être noble et juste, rationnel, etc.

– Les nationalistes ukrainiens d’extrême-droite qui ont pris le pouvoir à Kiev ont affirmé dans de nombreuses publications et déclarations officielles que le Che était un fan des partisans anti-communistes de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), avait étudié leur tactique, s’était appuyé dans la bataille pour Santa Clara sur les recommandations de ses conseillers et même avait invité leur chef Stepan Bandera à participer à la lutte contre Batista. Je pense qu’il est important que tu fasses un commentaire à ce sujet.

– C’est absolument impossible et ridicule. Et bien sûr, cette affirmation est loin d’être innocente. C’est une tentative d’utiliser au profit de la réaction la force symbolique que représente l’image du Che. Malheureusement, il y a beaucoup de gens crédules qui sont prêts à croire n’importe quoi, sans chercher un instant à réfléchir. Et les réactionnaires le savent bien et en profitent.

Ce n’est pas un accident et pas non plus un cas isolé. On m’a raconté un jour qu’à une manifestation néo-fasciste en Italie, il y avait des pancartes avec le portrait du Che. Et comme je pensais qu’il s’agissait d’une contre-manifestation de gauche qui était descendue dans les rues contre les fascistes, j’ai demandé à mon interlocuteur, « il y a eu du grabuge, hein? ». Mais il m’a corrigé en expliquant que les nazis eux-mêmes avaient apporté des pancartes à l’effigie du Che, comme matériel de propagande. Nous pouvons dire que ceci est le résultat des tentatives constantes pour séparer l’histoire et les idées du Che de son image, qui a fait l’objet d’une diffusion universelle et reçu une signification particulière.

Ceci est un type courant de manœuvre tactique. La confusion est un outil très efficace pour attirer les masses, qui déterminent la direction des événements, de son côté. Ces tentatives se distinguent généralement par la grossièreté et la malhonnêteté, pour ces gens-là le but justifie toujours les moyens. Après un certain temps, ou bien s’ils ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs, ils sont capables d’expliquer cyniquement que ce mensonge était nécessaire pour un plus grand bien. Ce plus grand bien, en règle générale, sera accaparé par une petite poignée de privilégiés.

Je ne critique pas les sentiments sincères des gens pour leur terre. A ce stade du développement de la civilisation, c’est tout à fait naturel. Pour nous, Cubains, ce sentiment est parfaitement familier. Mais en même temps, nous avons vu aussi des «patriotes» qui au nom du prétendu mal qui menacerait leur patrie sont prêts à se vendre corps et âme au premier venu qui leur promet des villas et des palais. Et si nécessaire – vendre leur patrie, aussi.

Nous sommes toujours très jaloux de notre souveraineté et de notre indépendance. Ce sont pour nous des choses sacrées pour lesquelles de nombreux Cubains sont morts depuis des siècles. C’est ce qui nous permet d’être ce que nous sommes aujourd’hui. L’un des symboles du XIXe siècle était notre cher général Mambi (guérilleros cubains qui ont combattu pour leur indépendance vis-à-vis de l’Espagne, en grande majorité des descendants d’esclaves africains) Antonio Maceo, connu sous le nom de « Titan de bronze ». Je le mentionne ici à titre d’exemple, parce que je pense que son intégrité et sa sagesse pourraient être utiles aujourd’hui aux Ukrainiens, malgré les grandes différences qui existent entre nous. Lorsque les États-Unis lui ont proposé leur «aide» dans la lutte contre la métropole espagnole, il a répondu : «nous devons compter entièrement sur nos propres efforts, il est préférable de nous soulever ou de tomber sans votre aide, plutôt que d’acheter une dette de reconnaissance à un tel voisin influent ».

L’OTAN n’est pas intéressé à l’indépendance ukrainienne, ni aux Ukrainiens eux-mêmes. Ce que veut l’OTAN c’est obtenir ces zones uniquement en raison de leur richesse et leur situation géographique. Et si l’Ukraine en fin de compte tombe entre leurs mains, vous verrez combien il sera difficile alors de se débarrasser d’eux. Ou bien ils laisseront l’Ukraine tranquille – mais quand elle sera dans un tel état qu’il sera difficile de la relever, et cela apportera beaucoup de malheurs pour le peuple ukrainien. Il serait utile que les Ukrainiens tirent les leçons de l’Irak, de la Libye et de la Syrie.

– En dépit de la trahison de Cuba par les dirigeants de la perestroïka, je suis impressionné et profondément touché par l’amour des Cubains pour nos peuples, qui à leurs yeux restent soviétiques. Que penses-tu des derniers développements là-bas et de la guerre actuelle en Ukraine? Comment cela a-t-il pu arriver?

– Parfois, je ressens une grande impuissance, quand je vois comment sont manipulés les sentiments des peuples dans l’intérêt des empires. Il est évident que la guerre en Ukraine est dirigée contre la Russie. Pour certains patriotes, il peut être très désagréable de voir ou d’apprendre que d’autres considèrent les choses de cette façon, mais c’est ainsi. En tout cas c’est comme ça que je le perçois.

Toute cette zone qui est divisée par des frontières d’aujourd’hui, a été le berceau de trois nations slaves, qui à un moment donné ont été réunies dans une république soviétique. Mais leur relation étroite a commencé bien avant la création, selon tel ou tel événement, d’un empire ou d’un pays. Leur sang et leur culture sont mélangés. Ils ont été alliés et frères beaucoup plus longtemps qu’adversaires ou ennemis. Par conséquent, et aussi pour d’autres raisons politiques et historiques, je ne peux toujours pas comprendre comment ils se sont laissés mener par des forces extérieures, qui profitent de leur querelle.

Dans l’histoire post-soviétique il y a eu un moment où régnait un équilibre délicat entre des forces qui voyaient les problèmes avec des positions opposées. Faisant son travail de sape, l’Occident – appelons-le ainsi, même si le terme n’est pas exact – a créé à travers sa clientèle locale des conditions pour changer radicalement la situation et réaliser un coup d’Etat. Immédiatement après, on a tenté de réprimer toute résistance – par la terreur, la propagande nationaliste et raciste, en utilisant une campagne de style nazi. En conséquence, la chaudière a explosé, et différents projets se sont clairement positionnés sur les territoires en conflit. Et certains d’entre eux ont même déclaré leur indépendance.

Le nationalisme est l’un des extrémismes les plus nuisibles, qui réveille les plus viles passions d’un homme. Le fait que ses représentants étaient des alliés des Allemands dans la Seconde Guerre mondiale, et que leur discours et leur propagande soient si réactionnaires, ce n’est pas une coïncidence. Ces gens n’ont absolument rien à ajouter au trésor des valeurs humaines universellement reconnues.

Je considère que Rosa Luxemburg a injustement accusé Lénine de la création du problème du nationalisme ukrainien. Nous savons que l’indépendance a été accordée à l’Ukraine conformément à la volonté clairement exprimée par le gouvernement bolchevique léniniste. Rosa Luxemburg est une grande autorité et une brillante intellectuelle. Étant une révolutionnaire polonaise qui a vécu et a été tuée en Allemagne, elle considérait que les Ukrainiens n’avaient jamais eu leur propre État, et donc qu’il n’était pas nécessaire de le créer artificiellement. À son avis, il aurait été préférable de joindre ce territoire, sur lequel vivait un peuple slave ethniquement proche, à la Russie, où, comme on sait, est survenue la révolution. Lénine n’était pas d’accord avec cette idée, parce que la révolution ne pouvait ignorer la volonté de toute une nation, et il fallait une décision démocratique. Remarque une chose : l’Ukraine était si importante pour les révolutionnaires russes que, selon les mots de Lénine, une condition nécessaire pour la construction du socialisme était le contrôle sur les ressources du bassin du Donbass. En outre, on connaît bien le rôle stratégique joué par l’Ukraine dans toutes les guerres menées contre la Russie. Et, malgré tout cela, il a été décidé de lui accorder l’indépendance.

Quelle que soit l’approche de l’analyse des événements historiques, la réalité est qu’aujourd’hui, l’Ukraine est un État en raison de ces circonstances. Et aujourd’hui, il n’y a pas le moindre soupçon que les Russes veuillent changer cela ou qu’ils aient quelque intérêt caché. S’il y a une chose dont les Russes n’ont pas besoin, ce sont des territoires. Ils ont besoin d’autre chose, de sécurité, mais cela peut être résolu par des accords et la bonne volonté réciproque. Donc, je ne comprends pas comment un vrai patriote peut soutenir ce conflit idiot, qui ne peut qu’apporter des maux incalculables aux habitants de la région? N’est-il pas préférable d’essayer de parvenir à un accord raisonnable et calmer le jeu? Et je suis sûr que la communauté internationale, les Russes et la majorité des Ukrainiens appuieraient une telle idée. Je veux dire les gens, parce que l’intérêt de certains centres de pouvoir et de leurs représentants locaux pour rapprocher la guerre des frontières russes est bien connu.

Les problèmes de ce type ne peuvent pas être résolus simplement. Tact et patience sont nécessaires. Il faut faire appel à la raison. Il faut être prêts à serrer l’autre dans ses bras, sans armes cachées. Lorsque se réveillent les passions les plus malsaines, lorsque tant d’erreurs et de crimes sont commis, cela n’a plus d’importance qui au départ avait tort ou raison. Le mal sera déjà fait et les principales victimes seront à la fois le peuple ukrainien et le peuple russe. Il ne faut jamais oublier les paroles qui sont adressées souvent à Cuba aux enfants prétentieux: « ce ne sont pas ceux qui provoquent qui se battent. »

– Les médias mondiaux, qui se proclamaient les yeux de l’humanité, proclament presque tous les jours depuis 20 ans la chute imminente du système cubain. Pourquoi le socialisme cubain n’a pas eu le même sort que le «socialisme réel» européen, qui s’est effondré immédiatement après la disparition de l’URSS?

– Je ne jurerais pas que ma réponse est la plus juste, mais il me semble que cela a à voir avec l’instinct de conservation, qui est très développé chez les Cubains. Le processus de colonisation a été à l’origine de l’émergence de notre peuple, divers ethniquement et religieusement. Néanmoins est apparue une culture commune, unie, en dépit du fait qu’elle est très ouverte aux influences différentes et qu’elle n’a pas de dogme, nécessitant la domination d’un seul modèle. C’est la principale caractéristique de notre identité. A quoi il faut ajouter la langue qui, comme vous le savez, est la même pour tous les Cubains.

Nous sommes un peuple uni par la menace extérieure. Notre existence est menacée parce que notre deuxième colonisateur, les États-Unis, ne reconnaît pas l’idée même de l’indépendance d’un pays si petit et géographiquement si proche du leur, qui, pardessus le marché, leur a résisté avec succès et depuis si longtemps. Cela nous oblige à être constamment en alerte. Et quand nous nous détendons un peu, l’Empire accourt pour nous rappeler que cela peut être une erreur mortelle. Notre histoire nous a toujours confrontés à un choix : être un protectorat, ou quelque chose comme ça, soumis aux caprices d’une «grande» nation, ou rester une république d’hommes et de femmes libres qui ont leurs propres intérêts et les défendent. A Cuba il y avait une bourgeoisie, et certains de ses membres ont réussi dans un sens où ils considéraient cela comme un succès, c’est-à-dire qu’ils avaient des propriétés, des ressources financières, et ainsi de suite. Mais cette bourgeoisie n’a jamais eu un projet national. Ses intérêts ont toujours été étroitement liés à d’autres, presque toujours avec les Yankees, qui étaient mille fois plus puissants et en même temps un point de référence idéologique pour ceux qui, en fait, représentaient leurs intérêts sur l’île.

Et cela a amené les Cubains les plus avancés à réfléchir, et ils ont décidé de créer quelque chose qui nous mènerait au bon port, sans trahir les idéaux de nos ancêtres, qui ont combattu pour l’indépendance. Et c’est pourquoi les vrais révolutionnaires (certains même avant la naissance de Fidel) avaient déjà considéré la possibilité de la route vers le socialisme et l’insurrection armée, afin de donner à notre peuple une chance pour l’avenir et pour en finir avec le statu quo colonial existant.

Et donc, après la chute de l’Union soviétique et du camp socialiste dans son ensemble, Cuba a continué à se battre pour ses idéaux. Le camp socialiste était pour nous un guide, mais pas la seule raison pour laquelle nous voulions et nous voulons continuer à nous battre. Les conditions sont réellement très compliquées et pourraient se détériorer davantage, mais même en étant pessimiste et si nous ne parvenions pas à ce que nous voulons, cela ne signifie pas que d’autres dans l’avenir ne réussiront pas. Bien que cela puisse ne pas plaire aux adversaires du socialisme, il est impossible d’arrêter le changement. Le capitalisme ne pourra pas éternellement aplanir ses contradictions, et plus la transition vers une nouvelle société tardera, plus il sera difficile de rétablir l’équilibre perturbé et plus la menace sera grande pour l’existence de l’humanité.

Le socialisme est encore très jeune dans le sens de l’expérience pratique. Il serait étrange qu’il soit parfaitement réussi dès le début. Toute l’histoire de l’humanité nous montre que ce n’est pas ainsi. Pour acquérir des connaissances il faut expérimenter, et cela implique inévitablement des erreurs et d’essayer à nouveau, jusqu’à ce que le but soit atteint. Et quand il sera atteint, il y aura certainement de nouveaux défis et il faudra leur chercher des solutions.

– Compte tenu des énormes progrès et des nombreux problèmes non résolus auxquels fait face aujourd’hui le peuple cubain, quels sont à ton avis les principaux risques et défis actuels?

– Tout d’abord, il faut sauvegarder et développer avec succès notre projet national, dont nous avons parlé plus haut : c’est extrêmement difficile, parce que les conditions ne sont pas propices. Nous devons survivre en tant que pays – et cela, à mon avis, ne peut être possible que dans le cadre d’un projet économique, politique et social, différent du capitalisme, comme le prouve toute notre histoire.

Il convient d’ajouter à cela le récent rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis, qui pour les deux parties est un défi. Pour la première fois en tant que pays indépendant, nous avons la possibilité de nouer des relations avec eux. A Washington, ils ont été tout à fait francs, en disant que leur objectif dans les relations avec Cuba révolutionnaire restait inchangé. Juste évolue leur tactique, et ils essaient de nouvelles méthodes pour atteindre leur objectif souhaité, qui est notre destruction. Je ne vois pas très clairement ce qui nous a incités à prendre cette mesure, peut-être notre désir de montrer une volonté de dialogue. Des efforts internationaux ont été faits pour que les États-Unis changent leur attitude intolérante envers Cuba. En conséquence, ils se sont retrouvés dans l’isolement, et il faut reconnaître qu’ils ont effectué une manœuvre politique intelligente, présentant leur contreproposition pour normaliser nos relations. Par conséquent, le seul fait que nous ayons accepté ce défi devra avoir des conséquences politiques et économiques. En tout cas, il me semble que la tentative d’établir une relation constructive et mutuellement bénéfique et respectueuse sur un pied d’égalité – qui est notre objectif ultime – sera un véritable exploit si à un moment donné, on réussit à obtenir des résultats significatifs.

De notre côté, il y a beaucoup de demandes justes auxquelles les USA ne sont pas très disposés à répondre. De leur côté, en tant qu’Empire, ils essayent de nous présenter des exigences absurdes afin de rétablir l’équilibre. Donc, nous sommes en ce moment dans une sorte de purgatoire, et le résultat de tout cela manque de clarté. Je fais confiance à nos diplomates et au gouvernement, qui, dans des circonstances défavorables ont obtenu des victoires très importantes. Je souhaite qu’en dépit de tous mes doutes, cette fois encore cela se passe ainsi.

Une autre tâche urgente est la nécessité de renforcer les positions de l’Alliance de l’Amérique latine et des Caraïbes et de contribuer au processus d’intégration régionale. C’est encore plus difficile parce que de puissantes forces font tout le possible et l’impossible pour fomenter des conflits sur notre continent. Et puisque le rapport des forces est changeant, la voie choisie par tel ou tel peuple dépend souvent d’intérêts qui sont étrangers à l’unification des forces progressistes. Alors parfois notre unité d’intégration faiblit.

L’Empire a en Amérique latine et dans les Caraïbes des alliés idéologiques et de classe, et notre région, qu’ils considèrent comme leur arrière-cour depuis leur création comme un état, est à nouveau une priorité pour leurs politiques – et pour la contrôler, ils n’épargnent ni la force ni les ressources. En ce moment ils s’activent particulièrement, leur objectif principal est le développement du bloc Pacifique, une manœuvre par laquelle ils veulent obtenir un marché énorme et des alliés obéissants pour contrebalancer la Chine et d’autres concurrents ou adversaires. Le potentiel de ce projet est utilisé par eux comme une incitation – ils distribuent généreusement des sucres d’orge à leurs serviteurs régionaux, font des promesses à droite et à gauche aux naïfs, qui, comme de coutume, sont nombreux.

Dans le même temps, il me semble absolument nécessaire de renforcer les liens politiques et économiques avec le reste du monde. Sur le plan politique, je pense que nous devrions jouer un rôle actif dans tous les forums internationaux, en y défendant les plus justes et nobles objectifs. Il est nécessaire de maintenir et, si possible, de renforcer notre soutien aux pays pauvres, que personne d’autre n’aide, où vont nos médecins, enseignants et techniciens – parce que nous devons défendre le principe humaniste de faire le bien et d’aider les personnes le plus dans le besoin. Cela ne doit pas être une politique politicienne, mais un acte sincère de sacrifice pour les autres – parce que ce faisant, nous grandissons et devenons meilleurs. Si nous croyons qu’un monde meilleur est possible, et que nous devons y parvenir, alors nous devons prêcher par l’exemple. Comment nous l’avons toujours fait.

– L’Histoire est une école où on ne cesse d’apprendre. Quels changements sont nécessaires aujourd’hui pour protéger le choix socialiste de Cuba?

– Je ne sais pas s’il existe des recettes ou des vérités définitives. Toutes les modifications possibles doivent être étudiées très attentivement et en détail – et en même temps, en toute sécurité et sans émotion excessive. Dans l’analyse de toutes les propositions doit prévaloir la clarté mentale. Il sera nécessaire d’examiner la sagesse et la volonté du peuple et, en même temps, compter sur l’expertise de nos spécialistes.

Ces décisions comportent une énorme responsabilité. Ceci est une question délicate et épineuse – elles doivent être prises très efficacement et avec une extrême prudence. Par conséquent, j’admire ceux qui en sont conscients et décident, en prenant sur eux tout le poids de la critique et des conséquences possibles.

Indépendamment de cela, personnellement, je voudrais que la recherche de nouvelles voies s’engage plus dans une direction qui ouvre de réelles possibilités pour des entreprises socialistes ou communautaires (coopératives, NDT), les libérant des schémas périmés. Si on ne les libère pas du costume étroit des schémas périmés, des mécanismes obsolètes qui ne fonctionnent plus et qu’on les met en «concurrence» avec des entreprises privées qui ont les mains complètement libres, et qui peuvent agir entièrement à leur discrétion – dans ce cas, vous pouvez être sûr que les gains seront entièrement en faveur d’une société privée, au détriment de l’entreprise d’Etat, qui ne pourrait dans ces circonstances réaliser son potentiel. Je voudrais voir ces expériences menées ouvertement, sans crainte, et que les personnes impliquées dans cela ne reçoivent pas de fausses promesses. Pour rendre les gens conscients de la possibilité d’erreurs et qu’ils soient prêts à revenir au point de départ, pour essayer de le faire différemment – mais sans jamais renoncer à nos rêves et espoirs.

La tentation d’ «aller à coup sûr» – par exemple, en donnant une chance aux rapports de production capitalistes – pourrait signifier un recul irréversible, ce qui ouvrirait la voie pour que nous devenions encore une fois quelque chose comme une colonie yankee. Je vois cela comme une grande menace. Dans ce cas, le projet national de Cuba, dont le monde a besoin comme un modèle alternatif de société, peut être reporté à un avenir incertain.

– Les gouvernements considérés comme progressistes d’Amérique latine connaissent aujourd’hui de graves problèmes – même si nous parlons de réalités et situations très différentes. Quel est selon toi le principal problème à résoudre par les forces de gauche dans la région?

– Sans un projet alternatif, sans plate-forme révolutionnaire, nous ne pouvons offrir que la répétition de l’existant. Par conséquent, tout d’abord, il faut avoir un projet alternatif. S’il existe déjà, il faut de manière urgente l’analyser de façon critique pour découvrir ses faiblesses et lacunes – afin d’être en mesure de le transformer en quelque chose de vraiment révolutionnaire. Et lorsque le projet commence à être mis en pratique, il est nécessaire de le surveiller en permanence et le corriger parce qu’il n’y a pas d’action humaine qui soit parfaite.

Beaucoup de gens font des choses valables, mais trouver maintenant une conception adéquate et équilibrée n’est pas facile. En outre, il est nécessaire de la rendre efficace, équitable, rationnelle, lui donner un idéal. Il est relativement facile de parler des défauts, de soi-même ou des autres. Il est beaucoup plus difficile d’élaborer un plan d’action pour les surmonter.

Une autre difficulté rencontrée par la gauche à travers le monde est sa désunion. Ce n’est pas par hasard si Marx s’est adressé à la gauche avec le slogan «Prolétaires de tous les pays – unissez-vous ». Tous les empires de l’histoire ont suivi le principe de «diviser pour régner», la division sape le potentiel des forces de gauche et rend possible une réalité dans laquelle l’exploitation et la répression sont de plus en plus mondialisées et chaque seconde causent de nouvelles victimes, en même temps que le nombre de privilégiés diminue.

L’une des réalisations les plus impressionnantes de la Révolution cubaine est le niveau actuel de l’unité de notre peuple. Le manque d’unité était autrefois le talon d’Achille de tous les mouvements révolutionnaires, y compris les mouvements du XIXe siècle qui ont précédé la révolution de 1959, dirigée par Fidel et le Mouvement du 26 Juillet. Vous me demandez les raisons qui nous ont permis de survivre à la disparition du camp socialiste. Ainsi, l’une des raisons importantes que j’oublié de souligner est l’unité de notre peuple.

Si toute la gauche, oubliant ses différences, s’unissait au moins une seconde, le statu quo actuel disparaitrait instantanément.

– Parmi toutes ces gauches d’hier, rénovées et honteuses de leur passé, et celles enlisées dans les dogmes d’hier, les nouvelles générations cherchent de nouvelles voies. Selon toi, en quoi le nouveau socialisme sera-t-il différent du socialisme du XXe siècle?

– L’essentiel est qu’il doit devenir réel. Si nous regardons de près la variété de modes de production qui se succèdent dans le cours de l’histoire de l’humanité, nous voyons qu’elles s’engendrent les unes les autres. On suppose que le socialisme rompt avec cette règle, il est lui-même un pont, une période de transition vers l’objectif principal, qui est censé être le communisme. Ce dernier n’a jamais été atteint, même si certains pensent que, à un moment donné, ils ont vécu sous le communisme – quand il y avait suffisamment de tout avec une juste répartition. Mais le communisme est bien plus qu’une répartition équitable des richesses, c’est une société sans crises et sans classes entrelacées dans leur combat mortel incessant. Le communisme suppose un autre mode de vie et d’autres relations qui nourriront mutuellement une société où prévaudront une morale et une éthique, visant à une solidarité globale entre les gens, pour qui les principes de l’humanisme deviendront la norme, où le travail ne sera pas un lourd fardeau dans un but de survie, mais un plaisir spirituel. Sans ces caractéristiques, nous ne pouvons pas parler de nouvelle société. Et nous ne devons pas oublier que notre objectif est le communisme, pas le socialisme, qui est une étape qui doit être surmontée avant l’ascension au sommet convoité.

Mais cela ne tombera pas sur nous, comme une manne du ciel. Pour y parvenir, il faudra beaucoup de travail et de luttes. Les gens au pouvoir ne connaissent pas de remords. Ils ne vont pas changer l’ordre établi, le fait que les enfants meurent de la pauvreté. Ils dorment paisiblement. Ils sont le produit et le résultat des relations industrielles qui les créent, et leur nature de classe leur dit comment se comporter. Ils peuvent être plus ou moins impitoyables, selon le niveau de résistance, selon qu’ils sont acculés ou non, ou s’ils sont matures en termes de classe. Cela signifie qu’ils cessent d’être une classe en elle-même pour devenir une classe pour elle-même, qui maintient son pouvoir et cherche à se perpétuer dans la subjectivité idéologique. Ils ont leurs philosophes, qui justifient la nécessité de l’assujettissement des masses. Ils dominent l’appareil d’Etat et le gouvernement, pour la destruction de tout ce qui leur est hostile. Cependant, ils ont une grande faiblesse: contrairement à nous, ils ne sont pas autorisés à vivre sans ennemi de classe, parce que c’est lui qui garantit leur existence. Sans plus-value pas de capitalisme. Par conséquent, il est nécessaire de leur ôter le pouvoir, de détruire toutes les formes de leur domination économique (la plus-value) et idéologique, vaincre leur armée, briser les mécanismes qui recréent l’ordre établi des choses.

On suppose que l’on pourra parvenir un jour à une paix relative, mais je pense qu’à mesure que les révolutions se radicalisent, mûrissent et prennent des mesures réelles vers la destruction de l’ancien système, il devient évident que l’agonie et les convulsions du monde qui meurt peut être mortelle. Et alors gagne le représentant de ta classe ou bien revient immédiatement ou progressivement au pouvoir le gouvernement déchu des oppresseurs, avec tout ce que cela signifie. C’est l’étape de la violence la plus réactionnaire.

Et la dernière chose que je veux dire à cet égard. Toutes ou presque toutes les véritables révolutions après avoir surmonté de grandes difficultés sont entrées dans une période de prospérité – faisant penser que tout continuerait de soi-même à se développer dans la même direction – mais ensuite elles ont commencé à expérimenter de nouvelles circonstances, pour des raisons internes, externes ou les deux, qui finalement les ont amenées à dévier de leur route. Mais je suis optimiste, et je pense que la plupart des vraies révolutions, celles qui sont le résultat d’un vrai besoin des peuples ont de plus grandes chances de survie. La révolution cubaine est l’une d’entre elles.

– Pour moi, le plus révolutionnaire dans les idées du Che est son concept de l’homme nouveau. S’il n’y a pas le rêve et le travail sur la création d’un homme nouveau – cohérent, solidaire, sans doubles standards, dénué de la petitesse que nous apprend au quotidien le système capitaliste – aucun changement économique n’a de sens. Peut-être l’échec du modèle soviétique en est-il la preuve la plus évidente. Selon toi, qui fait naître ou produit cet homme nouveau?

– Avant et après notre ère, et j’y inclue le Christ, l’humanité a connu de nombreux hommes et femmes en avance sur leur temps, avec des qualités personnelles particulières qui les distinguaient des autres et les transformaient en exemple à suivre. Peut-être ces hommes étaient-ils des messagers des temps nouveaux, de nouvelles valeurs, d’un comportement plus humain, un nouveau mode de vie qui donnaient de l’espoir aux autres; tout ce que leurs contemporains aimeraient voir plus souvent. Il est naturel que beaucoup aient pensé initialement que la diffusion mécanique de ces vertus dans la société était une solution possible à ses problèmes. D’autre part, ces paradigmes étaient une preuve remarquable de la possibilité d’être différent, même lorsque les conditions ne sont pas favorables. Ici se manifestait la volonté de la personne à surmonter les circonstances. Peut-être que ce modèle de vie est le point d’origine de l’idée dont tu parles, mais le concept de l’homme nouveau utilisé par Che est fondé sur des principes modernes et scientifiques. Beaucoup de révolutionnaires – et tout d’abord, les classiques du marxisme – attachent une importance particulière au rôle de transformation de l’homme dans la société, en la présentant sous la forme d’un dialogue permanent et riche entre l’individu et l’ensemble, puisque la société n’est pas une entéléchie conceptuelle. C’est un ensemble d’intentions, qui vivent ensemble, et il est supposé que leur enrichissement mutuel avec le modèle socialiste devrait être plus harmonieux.

Les Soviétiques aussi ont accordé une place au rêve d’un homme nouveau – dans les premiers stades de la révolution. Mais d’après ce que disent certains, cet idéal a été plus tard bridé par l’étau du stalinisme. Pour autant que je le comprenne, sans en être tout à fait sûr, Che a été le premier qui mettre un accent particulier sur cette idée, et personne d’autre n’a été si cohérent par rapport à elle en termes théoriques et pratiques. Non seulement il en rêvait, ce qui est plus ou moins évident pour quiconque croit que l’homme doit devenir meilleur et que nous ne pouvons pas nous arrêter à ce que nous sommes aujourd’hui, mais aussi il essayé de créer pour cela un milieu de vie, de la société et de l’économie, qui pourrait favoriser cette nouvelle approche. En outre, il était conscient du rôle joué par l’éducation dans la formation de l’homme nouveau. Malheureusement, il n’a pas eu le temps d’étudier la question plus en profondeur, afin de mieux affiner l’idée.

Bien sûr, ce concept d’un «homme nouveau» n’a de sens que dans une société socialiste ou communiste. Il existe entre eux une interdépendance inévitable, qui les contraint à la symbiose. Une telle société «obligerait» à agir selon la volonté libre de personnes instruites, conscientes de leurs besoins. Les possibilités s’élargiraient avec le développement de la société, qui à son tour serait le résultat de l’action des individus. Le Che a toujours insisté sur le fait que, sans l’éthique et la solidarité humaniste, ce processus serait incomplet et voué à l’échec. Bien sûr, au fur et à mesure de la construction d’une société communiste, beaucoup de ces exigences deviendraient inutiles, parce que les nouvelles conditions engendreraient automatiquement l’homme nouveau.

Ainsi, nous voyons d’une part une société juste, équilibrée et humaine, et de l’autre – l’individu, comme son centre et son résultat, avec sa capacité à l’auto-amélioration et la correction des erreurs et des contradictions, et, si nécessaire – la direction du vecteur de développement de la société. Cela peut sembler trop théorique ou utopique, mais le Che et d’autres camarades ont vraiment essayé d’en faire une réalité. Aujourd’hui même on peut avoir un aperçu de l’image de l’homme nouveau, un reflet puissant de l’impact de la révolution sur la conscience de la personne – par exemple, chez de nombreux médecins engagés dans des missions internationales dans les endroits éloignés du continent africain, en Amérique latine, dans une partie du monde où ils risquent quotidiennement leur vie, pour sauver la vie des autres.

– Quelles sont les modalités possibles de réunions et d’assistance mutuelle entre le Centre de recherche cubain Che Guevara et les mouvements sociaux et les organisations des autres pays?

– Nous sommes un modeste centre de recherche, qui a des relations avec de nombreuses organisations dans le pays et le monde, mais nous ne cherchons pas à embrasser l’immensité. Nous travaillons à une étude approfondie de l’héritage théorique et pratique du Che, à répandre ses idées – afin de les présenter dans toute leur profondeur et leur ampleur. Nous menons des travaux universitaires avec toute l’objectivité et la rigueur scientifique que cela comporte. Et notre centre participe au programme « Mémoire du monde » de l’UNESCO ce qui montre l’importance largement reconnue de ce patrimoine, qui peut être utile pour de nombreuses personnes à travers le monde. Bien sûr, nous aimerions apporter notre grain au moulin pour contribuer à changer le monde en mieux. Et si cela nous rassemble et fait de nous des camarades dans les mouvements et les organisations de lutte, c’est un grand honneur pour nous et nous sommes prêts à partager cet héritage enrichissant.

Interview réalisée par Oleg Jasinski

Traduction Marianne Dunlop

Repost 0
26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 14:29

Chers amis et camarades,

Comme tous les communistes, comme tous les vrais progressistes, comme tous les vrais amis de la souveraineté des peuples, nous portons le deuil d’un des plus grands révolutionnaires de l’histoire mondiale.

Alors que tous les roquets anticastristes des médias privés et « publics » aboient minablement sur la dépouille encore chaude de Fidel Castro (pour eux, il ne saurait y avoir de bon communiste, fût-il mort), alors que le parti de Marine Le Pen se démasque en battant des records d’indécence et de haine de classe anticommuniste, je vous prie de bien vouloir prendre connaissance du communiqué ci-joint, publié sur le site du PRCF, www.initiative-communiste.fr et de le partager avec vos contacts.

Hasta la victoria siempre, Commandante y amigo Fidel !

Georges Gastaud, secrétaire national du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), le 16 novembre 2016

 ***************************************

Dans nos cœurs et nos luttes, TU VIVRAS, COMMANDANTE !

Le président Raul Castro vient d’annoncer la triste nouvelle du décès de Fidel Castro. Les communistes, les vrais progressistes sont en deuil mais déjà les chiens de garde médiatiques de l’anticommunisme et de l’anti-castrisme primaires aboient sur toutes les radios du capital et du prétendu « service public ».

Pour sa part, le secrétariat national du PRCF est certain d’exprimer les sentiments unanimes des militants du Pôle en déclarant que ce 25 novembre 2016 restera comme une date noire pour Cuba socialiste, pour le Mouvement communiste international, pour tous les peuples en lutte et pour l’ensemble des militants franchement communistes et progressistes de France.

Dès sa jeunesse Fidel Castro Ruz a mis ses talents d’avocat et d’intellectuel antifasciste et anti-impérialiste au service du peuple cubain férocement opprimé par Batista, le proconsul étatsunien qui faisait de Cuba le lupanar de l’Empire. La plaidoirie de Fidel intitulée « l’Histoire m’acquittera » à l’issue de laquelle notre camarade fut condamné, incarcéré puis exilé, restera un jalon inoubliable dans l’histoire mondiale des luttes antifascistes et anti-impérialistes.

Avec ses compagnons Ernesto Guevara, Camilo Cienfuegos, Célia Sanchez, avec Frank Pais, assassiné par les séides de Batista, Fidel allait lancer une lutte armée révolutionnaire ponctuée par l’assaut de la Moncada et par l’épopée du Granma. Initialement portée par un très petit nombre de combattants, la guérilla reçut l’appui des communistes cubains, puis de l’écrasante majorité du peuple des villes et des campagnes. Pour des millions de Cubains, la proclamation triomphale de la Révolution à La Havane le 1er janvier 1959 restera marquée comme le plus beau jour de leur vie.

Aussitôt, l’impérialisme américain et l’oligarchie mafieuse cubaine, dont les immenses possessions sur l’île furent expropriées au bénéfice du peuple, commencèrent à comploter pour renverser le régime progressiste et permettre l’invasion de l’Ile par les USA : mais la riposte immédiate que le peuple cubain, Fidel en tête, apporta aux envahisseurs, ruina les espérances contre-révolutionnaires à Playa Giron, l’analogue cubain de Valmy. A la suite de quoi, la direction révolutionnaire cubaine proclama le caractère socialiste de la Révolution, ce qui souleva un énorme enthousiasme militant en Amérique latine et dans le monde.

Méprisant à la fois la démocratie et la souveraineté du peuple cubain, l’impérialisme américain riposta par le blocus économique, par la guerre idéologique et par de nouvelles tentatives d’invasion, voire d’assassinats ciblés contre Fidel. Face à cette entreprise de strangulation d’un peuple tout entier, l’URSS se solidarisa avec Cuba. A l’issue de la crise de 1962, l’URSS accepta de retirer ses missiles destinés à protéger Cuba de l’invasion imminente. En échange de quoi, les USA, qui avait pu mesurer l’unanimité contre eux du peuple cubain prêt à tous les sacrifices (les mots d’ordre « la patrie ou la mort », « le socialisme ou mourir ! » ponctuaient tous les discours de Fidel devant des foules immenses) renoncèrent à envahir la tête de pont du socialisme et du pouvoir populaire que constituait Cuba dans l’hémisphère occidental.

Malgré le cruel blocus yanqui qui empêche Cuba depuis des décennies de commercer librement avec le monde (un blocus qu’Obama n’a toujours pas levé), le socialisme a liquidé la faim et l’analphabétisme à Cuba, il a créé un système de santé publique, d’éducation, d’université et de recherche biomédicale, sans le moindre équivalent en Amérique latine. Jusqu’à nos jours, la mortalité infantile est bien plus basse à Cuba que dans le riche Empire voisin, où 35 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté ; et quand un ouragan tropical ravage les Antilles et la Floride, c’est hélas en Haïti, demeuré capitaliste, ou dans la riche Louisiane, qu’il fait des dizaines, voire des centaines de morts parmi les populations pauvres que les autorités locales, contrairement au Poder popular cubain, ne veulent ni ne savent protéger contre les éléments déchaînés…

Pendant toute la durée de son alliance avec l’URSS et le camp socialiste, Fidel, Raul et le PC de Cuba ont été à la tête du Mouvement anti-impérialiste mondial, Fidel présidant même le Mouvement des non-alignés à la fin des années 70. C’est notamment grâce à Cuba et à son contingent internationaliste en Angola que l’armée raciste de Pretoria, lourdement armée par les Etats-Unis et soutenue par Thatcher, fut vaincue à Cuito Carnevale, ce qui ouvrit la voie à la défaite des racistes et à la libération du Zimbabwe, de la Namibie et de l’Afrique du Sud : c’est ce qu’a toujours reconnu Mandela, dont la première visite comme chef d’Etat fut réservée à Fidel.

Quand le liquidateur Gorbatchev eut accédé à la direction de l’URSS et qu’il eut, avec Eltsine, commencé son œuvre de désintégration du camp socialiste au nom d’une fausse conception de la paix et de la démocratie, c’est Fidel qui, le 26 juillet 1989 sonna le rappel de la résistance cubaine et mondiale à la contre-révolution dans son discours historique de Camaguey : aux opportunistes, aux révisionnistes, aux « mutants », futurs mutants et autres pseudo- « rénovateurs » capitulards de tous les pays, le marxiste-léniniste Fidel Castro lançait au visage sa cinglante formule de classe : « Il y a la démocratie des riches et il y a la démocratie des pauvres, il y a la paix des riches et il y a la paix des pauvres ! ».

Malgré le double blocus, celui, continu et aggravé, des USA (loi Burton-Helms), et celui, inavouable, du contre-révolutionnaire Eltsine, Cuba socialiste tint bon. Privée de matières premières, plus que jamais menacée d’invasion et de subversion, le PC de Cuba organisa la « période spéciale » qui fut une très rude époque de privations partagées, mais où l’essentiel, le droit de manger, de travailler, de se soigner, d’être logé, d’être éduqué, fut préservé pour tous.

Mieux, au bout des années 90, un début de croissance économique se redessinait à Cuba. Le mouvement bolivarien prenait de l’ampleur sur le continent sud-américain. Fidel nouait avec Chavez, puis avec les dirigeants progressistes de la Bolivie, de l’Equateur, etc., l’Alliance Bolivarienne des Amériques. Face à l’ALENA impériale et néolibérale, la nouvelle ALBA voulait dessiner une alternative faite de souveraineté nationale, de coopération internationale et d’échanges mutuellement profitables en lieu et place de la ruineuse « concurrence libre et non faussée » propre aux Traités supranationaux du capital.

Frappé par la maladie à l’issue d’une vie militante haletante, Fidel a quitté le pouvoir mais il ne s’est pas replié pour autant. Durant les dernières années de sa vie, le vieux sage de la Révolution a fustigé le caractère exterministe du capitalisme, qui mènera l’humanité à la mort si le socialisme ne reprend pas le dessus dans le monde. On doit aussi à Fidel une réflexion pionnière sur les questions écologiques, Cuba ayant plusieurs fois été mise à l’honneur par l’ONU pour sa contribution d’avant-garde à la lutte contre la dégradation de l’environnement, dégradation dont la quête éperdue du profit est la cause principale.

En un sens, les deux magnifiques formules de Fidel « patria o muerte », « socialismo o  morir » résument les tâches des communistes de la planète entière : par-delà le caractère héroïque de ces proclamations, il faut saisir qu’à notre époque la lutte révolutionnaire passe par la défense patriotique de l’indépendance nationale face aux Empires fascisants qu’a consolidés la re-mondialisation de l’exploitation capitaliste. Face à l’exterminisme impérialiste, auquel conduit sur tous les plans (militaire, économique, environnemental, sociétal…) le capitalisme pourrissant de notre temps, le socialisme est la seule issue vitale pour l’humanité ; si bien que le Mouvement communiste renaissant devra de plus en plus défendre, non seulement la justice sociale propre à une société sans classes, mais tout simplement, le droit de l’humanité à la vie et au développement.

Salut à Raul, aux communistes et au peuple cubains, à M. l’Ambassadeur de Cuba en France, à M. l’Ambassadeur du Venezuela bolivarien, à tous les révolutionnaires qui pleurent la mort de Fidel et qui honoreront sa mémoire en redoublant de combativité anti-impérialiste. Le PRCF, qui a joué un rôle moteur en novembre 2005 pour organiser avec d’autres le grand meeting de solidarité avec Cuba socialiste à St-Denis, rappelle la parole du président-fondateur du Pôle, le député franchement communiste Georges Hage : « à notre époque, tout progressiste a deux patries : la sienne et Cuba socialiste » !

Honneur à Fidel, l’un des plus grands révolutionnaires patriotes et internationalistes que la terre ait portés ! Honneur à ce passeur d’histoire révolutionnaire incomparable qui a transmis jusqu’à nous, dans la nuit sombre de la contre-révolution, le flambeau de la Révolution française, de Toussaint Louverture, de la Commune de Paris, de la Révolution d’Octobre, de Stalingrad, des Révolutions chinoise, cubaine, vietnamienne, africaines du 20ème siècle, et dont le prénom évocateur fait vibrer en nous la justesse de ces deux paroles immortelles,
« ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » (Victor Hugo)

Et aussi

« les contre-révolutions sont des parenthèses de l’histoire, l’avenir appartient aux révolutionnaires » (Georges Dimitrov, 1935).

Tu vis dans nos cœurs, et plus encore dans nos luttes pour la renaissance communiste et pour la résistance populaire, Commandante !

 

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE, PATRIA O MUERTE, SOCIALISMO O MORIR, VENCEREMOS !


Par ailleurs, le secrétariat national du PRCF appelle les membres et les sympathisants du Pôle et des JRCF à organiser dans un esprit unitaire un maximum de célébrations décentralisées de la mémoire de Fidel, et à se joindre aux manifestations de sympathie et de condoléances qui seront organisées par l’Ambassade de Cuba et par les autres amis de Cuba socialiste.
Le PRCF invite à verser largement à la souscription ouverte par le PRCF pour la solidarité avec les victimes de l’ouragan qui a récemment frappé Cuba en écrivant  au président du PRCF, Léon Landini, 8 rue du Clos Lapaume, 92220 Bagneux, et en précisant « solidarité Cuba ».

http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/dans-nos-coeurs-et-nos-luttes-tu-vivras-commandante/

 

 

Repost 0
9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 13:55

Depuis plusieurs semaines, l’assaut contre la révolution bolivarienne s’est intensifié. Les éditos et premières pages des journaux américains et espagnols s’insurgent contre la faim au Venezuela et réclament le départ du « régime dictatorial ». Les pénuries en cours ont entraîné des cas de pillages. L’opposition de droite tente de déclencher un référendum présidentiel révocatoire, mais menace également de passer à l’action violente et fait appel à des puissances étrangères, parfois pour une intervention militaire. Que se passe-t-il réellement au Venezuela et comment faire face à ces menaces ?

 

Vendredi 13 mai, Nicolas Maduro, le président du Venezuela, a étendu le « décret d’urgence économique » qui lui avait donné des pouvoirs supplémentaires depuis janvier ; il a également déclaré un état d’urgence de 60 jours qui lui confère un pouvoir très large pour traiter des menaces militaires externes et des problèmes de distribution et de production alimentaires.

Comme il fallait s’y attendre, les médias capitalistes du monde entier s’unirent dans un chœur de dénonciation, hurlant à la « dictature », tandis qu’un des principaux leaders de l’opposition de droite, Capriles Radonski, appela publiquement à la désobéissance face au décret. La menace est cependant bien plus réelle et vaut la peine d’être illustrée par quelques exemples.

Il y a un mois, un éditorial du Washington Post [1] a ouvertement appelé les pays voisins du Venezuela à une « intervention politique ». Le week-end du sommet Concordia à Miami, l’ancien président colombien Alvaro Uribe a exhorté les forces armées du Venezuela à entreprendre un coup d’Etat, ce qui devrait être complété, en cas d’échec, par une intervention militaire étrangère contre la « tyrannie ».

Au Venezuela, l’opposition de droite a invité de nombreuses fois l’Organisation des Etats Américains à s’appuyer sur sa « Charte démocratique » pour intervenir contre le président Maduro. L’opposition s’enhardit de l’éviction de Dilma Rousseff au Brésil et souhaite suivre le même chemin aussi vite que possible, par tous les moyens légaux ou illégaux. Francisco Toro, influent journaliste et blogueur vénézuélien de droite (et éditeur des chroniques de Caracas), vient d’écrire un article discutant ouvertement des avantages et des inconvénients d’un coup d’Etat [2], qu’il dit être constitutionnel et en aucun cas criminel.

Aujourd’hui, le gouvernement vénézuélien fait état d’une violation de son espace aérien par les forces américaines.

Dans une tentative de tirer profit des graves difficultés économiques auxquelles le pays est confronté, l’opposition réactionnaire a été très occupée à créer une situation de chaos et de violence qui justifierait un coup d’Etat ou une intervention étrangère pour accélérer le départ du président Nicolas Maduro. Des actes violents ont été commis à Zulia et Tachira. Constamment, des rumeurs d’émeutes et de pillages sont répandues, le plus souvent à tort.

Une crise très grave

Cela fait maintenant plus de 13 ans que je suis impliqué dans la défense de la révolution bolivarienne ; j’ai fréquemment visité le Venezuela et écris régulièrement sur sa situation. Rien de ce que je viens de décrire n’est vraiment neuf. Depuis le début, avec l’élection de Chavez en 1998, et surtout depuis les lois d’habilitation de décembre 2001, l’oligarchie vénézuélienne et l’impérialisme se sont lancés dans une campagne continue mêlant harcèlement, violence, déstabilisation, coups d’Etat, mensonges, diffamations, pressions diplomatiques, sabotage économique… Vous y pensez ? Ils l’ont fait.

Cette fois, néanmoins, il y a quelque chose de différent. Lors des tentatives précédentes, la volonté révolutionnaire des masses bolivariennes, travailleurs, paysans et pauvres a fait échouer les tentatives de la contre-révolution. Ce fut le cas contre le coup d’Etat d’avril 2002, et les lock-outs et sabotages de l’industrie pétrolière en décembre de la même année, avant que la révolution ne soit en mesure d’améliorer véritablement le niveau de vie. Ce qui n’a été possible qu’après la prise de contrôle totale du gouvernement sur les compagnies pétrolières, en 2003.

Pendant 10 ans, la révolution fut à même d’effectuer de larges réformes et d’améliorer les conditions de vie des masses. En parallèle, un mouvement de radicalisation politique avait lieu, au cours duquel le président Chavez et les masses révolutionnaires s’entraînaient dans une émulation réciproque. Le socialisme fut déclaré but de la révolution bolivarienne ; des expériences de contrôle ouvrier eurent lieu à grande échelle ; les usines furent occupées et les propriétaires expropriés ; les entreprises furent renationalisées. Des millions de personnes devinrent actives à tous les niveaux, dans une tentative de reprise en main de leur futur. Le moteur de la révolution, la force qui lui permit de contrecarrer toutes les tentatives de l’oligarchie et de l’impérialisme, était les masses révolutionnaires, actives, politiquement conscientes, et engagées à tous les niveaux.

Bien évidemment, cette période profitait du prix élevé du pétrole (qui atteignit un pic à 140 dollars le baril en 2008). Le gouvernement disposait d’une manne financière considérable issue des revenus du pétrole pour financer des programmes sociaux qui bénéficiaient à des millions (en termes d’éducation, de santé, d’alimentation, de logement, de retraite…). La question de la prise de contrôle des moyens de production n’a pas été posée immédiatement.

Le capitalisme ne peut pas être régulé

Des mesures ont été prises pour limiter le fonctionnement normal de l’économie de marché capitaliste, afin de défendre la révolution contre le sabotage de la classe dirigeante. Ceci incluait le contrôle des changes (pour empêcher la fuite des capitaux) et le contrôle des prix des produits alimentaires de base (pour défendre le pouvoir d’achat des pauvres).

Les capitalistes trouvèrent rapidement un moyen de contourner ces mesures. Le contrôle des changes devint une escroquerie et aboutit à un transfert massif des devises fortes issues des revenus du pétrole directement dans la poche des capitalistes sans scrupules. Comment ? Le gouvernement mit en place un taux de change subventionné, qui devait être utilisé pour l’importation de produits de base (alimentation et soins) et de pièces pour l’industrie.

Au lieu de cela, les capitalistes demandèrent des dollars subventionnés pour les injecter ensuite sur le marché noir (inévitable effet secondaire du contrôle monétaire) ou dans des comptes bancaires à l’étranger. On vécut donc l’incroyable situation où le volume des importations diminuait alors que la valeur des importations (en dollars) augmentait massivement. L’économiste marxiste Manuel Sutherland a analysé les chiffres concernant les importations de produits pharmaceutiques.

En 2003, le Venezuela importait ses produits pharmaceutiques à 1,96 dollar le kilo. En 2014, les prix avaient atteint 86,80 dollars le kilo. Les importations s’étaient effondrées de 87 % en volume, mais avaient augmenté 6 fois en prix ! Des chiffres semblables peuvent être trouvés pour presque chaque secteur de l’économie pour lequel les capitalistes recevaient des dollars subventionnés pour importer des biens.

Une situation semblable s’est développée avec le contrôle des prix. Le secteur privé, qui a encore presque le monopole de la transformation alimentaire ainsi que de la distribution de nombreux produits de première nécessité, refusa de produire quoi que ce soit dont le prix fût contrôlé. Ainsi, pour contourner la régulation des prix du riz, il se mit à produire des variétés colorées ou aromatisées qui n’étaient pas réglementées.

Ce blocage de la production de la part des capitalistes privés a obligé l’Etat à endosser le rôle de producteur et de distributeur des produits alimentaires de base. L’Etat importait de la nourriture du marché mondial, la payait au prix du marché mondial avec les dollars du pétrole, et la vendait ensuite à des prix largement subventionnés dans des chaînes de supermarchés étatisées (PDVAL, MERCAL, Bicentenario).

Pendant un moment, ceci fonctionna plus ou moins bien grâce aux prix élevés du pétrole. Mais lorsque les prix s’effondrèrent et que l’économie entra en profonde récession, l’ensemble de l’édifice s’écroula comme un château de cartes. En 2014, le baril de pétrole vénézuélien était encore à 88 dollars. En 2015, il n’était plus qu’à 44 dollars et atteignait son plus bas niveau en janvier 2016, à 24 dollars.

Pour continuer à financer les programmes sociaux (dont les produits alimentaires subventionnés), l’Etat se mit à imprimer d’énormes quantités de billets sans aucun ressort réel. Entre 1999 et 2015, l’agrégat monétaire M2 [un indicateur statistique utilisé entre autres pour mesurer l’inflation, NDLT] augmenta de plus de 15 000 % !

La combinaison d’une fuite massive de capitaux, du développement concomitant d’un marché noir du dollar, et d’une forte croissance de la masse monétaire en période de récession économique (3,9 % en 2014, 5,7 % en 2015) mena inéluctablement à l’hyperinflation. Le taux annuel d’inflation a ainsi atteint un record de 6 8 % en 2014, explosé ensuite en 2015 avec un taux de 185 % selon la banque centrale vénézuélienne.[3] L’inflation pour la nourriture et les boissons non alcoolisées était encore plus forte que la moyenne.

Le taux de change sur le marché noir du dollar a bondi de 187 bolivars par dollar en janvier 2015 à plus de 1000 bolivars par dollar maintenant (avec un pic à 1200 bolivars en février de cette année). C’est le taux de change sur la base duquel la plupart des prix des produits sont calculés maintenant.

Cette dislocation économique à grande échelle a également mené à une diminution rapide des réserves de change :

 

De 24 milliards de dollars début 2015, elles ont chuté à 12,7 milliards aujourd’hui, selon les chiffres de la banque centrale vénézuélienne.

Cette sombre situation a entraîné une forte baisse des importations du gouvernement en aliments et autres produits de base. Le total des importations a diminué de 18,7 % en 2015, créant une pénurie permanente de produits de base dans les chaînes de supermarchés possédées par l’Etat et qui les vendaient à des prix réglementés. Conséquence logique : un immense marché noir pour ces produits a vu le jour. La cause première en est les pénuries, qui se voient aggravées par l’existence du marché noir lui-même. La grande différence créée entre les prix réglementés (de plus en plus rares) et le marché noir rend ce dernier extrêmement attirant pour la vente de produits.

Voici un tableau comparatif des prix de produits de base vendus par les bachaqueros (vendeurs au noir) dans les quartiers ouvriers et pauvres de Petare à Caracas, en mars :

 

Au cours des deux dernières années, le gouvernement a plusieurs fois décrété une augmentation du salaire minimum, de 10 000 bolivars en novembre 2015 à 15 000 bolivars maintenant, auxquels il faut ajouter 18 000 bolivars des cesta ticket (un supplément alimentaire). Mais si vous devez acheter la plupart des produits de votre panier hebdomadaire au marché noir, ceci ne suffit pas. Comme les importations étatiques de nourriture ont été drastiquement réduites, les produits à prix réglementés sont de plus en plus rares et les gens se trouvent contraints d’aller faire une part de plus en plus grande de leurs achats au marché noir et libre.

Les pénuries ont engendré une forte corruption à tous les niveaux, vivant du détournement des produits de la chaîne d’approvisionnement officielle, gérée par l’Etat, vers le marché noir : de la famille qui fait la queue pendant des heures et revend ensuite une partie de ce qu’elle a acheté, jusqu’au gérant de supermarché d’Etat qui détourne des camions entiers pleins de produits (de mèche avec les gardes nationaux surveillant l’établissement), en passant par des gangs criminels qui engagent des gens pour faire la queue des heures durant et acheter n’importe quel produit subventionné encore disponible (en menaçant et graissant la patte des employés de supermarché, des gardes nationaux, des gérants, etc.), sans oublier le directeur national de la chaîne de supermarchés d’Etat Bicentenario, qui détourne des cargaisons entières de produits.

A ceci, il faut ajouter les mille et une façons que le secteur privé a pour briser le régime de régulation des prix. La farine de maïs manque continuellement, mais les arepas abondent. Il est quasiment impossible d’acheter des poulets à prix réglementés, mais les poulets rôtis ne manquent jamais. On ne trouve pas de farine de blé au prix officiel et les boulangeries utilisent ce prétexte pour ne pas produire la quantité habituelle de pain (dont le prix est réglementé), mais mystérieusement, elles sont tout de même capables de fournir toutes les autres variétés de pain, gâteaux et biscuits, dont on suppose qu’ils sont faits de farine… Qu’est-ce qui se trouve derrière cette énigme ? L’approvisionnement des établissements par des vendeurs en gros, mais à des prix non réglementés.

Toute tentative pour mettre fin à cette situation avec des mesures répressives contre les vendeurs au noir, bien qu’elles soient nécessaires, est vouée à l’échec : les petits ou gros bachaqueros ne sont pas le problème fondamental. La cause profonde est l’incapacité actuelle du gouvernement à financer l’approvisionnement en quantités suffisantes de produits pour couvrir l’ensemble de la demande, combinée avec le refus du secteur privé de produire et de vendre aux prix fixés par le gouvernement.

Une des raisons de cette intenable dislocation économique est donc la rébellion « naturelle » des producteurs capitalistes contre toute tentative de régulation des affaires du « libre marché ». Voilà ce que signifie vraiment la « guerre économique » dénoncée depuis de nombreuses années par le gouvernement bolivarien. Oui, indubitablement, il y a un sabotage économique délibéré qui chercher à frapper la classe ouvrière et à ébranler son soutien à la révolution. Mais dans le même temps, il est facile de comprendre que, du point de vue des capitalistes, s’il est possible d’obtenir une marge de profit de 100 %, 1000 % ou encore plus au marché noir, il n’y a aucune raison de vendre ou de produire des produits réglementés qui ne leur apporteront qu’un gain très faible, voire des pertes.

Ce qui a échoué au Venezuela ce n’est donc pas le « socialisme » comme les médias capitalistes aiment le souligner dans leur propagande. Bien au contraire : ce qui a clairement échoué, c’est la tentative d’introduire des systèmes de régulation pour que le capitalisme, même partiellement, se mette à servir l’intérêt des travailleurs. La conclusion est limpide : le capitalisme ne peut pas être régulé. L’essai dans ce sens a mené à une dislocation économique à très grande échelle.

La réponse du gouvernement : un appel au secteur privé

La majorité des Vénézuéliens est bien consciente, à des degrés divers, du rôle odieux joué par les compagnies privées comme Grupo Polar dans l’instauration d’une situation où dominent accaparement, racket, marché noir, spéculation, etc. Durant ma dernière visite au Venezuela, j’ai assisté à la discussion suivante dans une file d’attente :

Mujer A: “aquí tienen su patria bonita” - Mujer B: “a ver si creen que es el gobierno que produce la Harina PAN”

[Femme A, d’un ton méprisant : « voilà ton beau pays » (donc voilà ce que le chavisme t’a donné, des files d’attente). Femme B, sèchement : « tu penses que c’est le gouvernement qui produit la Harina PAN ? » (en réalité, c’est Grupo Polar qui a le contrôle monopolistique de la production de farine de maïs).]

Le problème n’est pas que les gens ignorent le sabotage économique perpétré par le secteur privé, mais qu’ils considèrent le gouvernement incapable ou réticent à prendre les mesures nécessaires pour résoudre cette situation.

Au problème des pénuries alimentaires et à celui des activités criminelles, il faut ajouter la grave sécheresse qui frappe le Venezuela, effet collatéral d’El Nino, et qui a entraîné des difficultés de production d’électricité au barrage hydroélectrique El Guiri et donc de fréquentes coupures de courant au cours des derniers mois. En avril, le gouvernement a décrété la semaine de 2 jours ouvrés dans les institutions publiques pour réduire la consommation d’électricité.

Même dans ce domaine, il faut témoigner d’une campagne intensive de sabotage du réseau électrique du pays. Depuis de nombreuses années, des attaques à la bombe ont été perpétrées contre les centrales et les postes électriques dans différents endroits du pays. Elles coïncident généralement avec les périodes de campagnes électorales et des moments d’exacerbation des tensions politiques ; elles visent à provoquer des coupures de courant pour répandre un sentiment d’effondrement, de chaos, d’instabilité…

Quelle a été la réponse du gouvernement à ces problèmes ? Depuis au moins 2014, l’échec des tentatives de régulation du capitalisme est publiquement reconnu, de même que celui du financement des programmes sociaux avec les revenus du pétrole. On pourrait dire que le point de basculement a été le départ du gouvernement en juillet 2014 de l’ancien ministre des Finances Giordani. Depuis, la ligne dominante de la politique économique du gouvernement a consisté à faire encore plus de concessions aux capitalistes en espérant en retour gagner leur confiance pour une future collaboration et un redressement de la situation. En témoigne toute une série de mesures : la libéralisation partielle du contrôle des changes, un effacement partiel des subventions au prix du pétrole, l’établissement de zones économiques spéciales pour attirer les investissements directs étrangers ainsi que le rapatriement du capital détenu à l’étranger par des capitalistes vénézuéliens, l’ouverture d’Arco Minero à l’exploitation minière (111 000 km² de terres)…

Rien n’a marché. Le gouvernement a de fréquentes discussions avec des hommes d’affaires au cours desquelles ces derniers obtiennent des concessions allant dans le sens de leurs intérêts et se voient priés d’investir. Et, logiquement, au cours des négociations suivantes, les entreprises exigent des concessions encore plus grandes alors que l’économie demeure dans une crise profonde.

Pour être honnête, les concessions du gouvernement au secteur privé s’accompagnent de temps à autre de menaces d’expropriation. Mais elles ne sont jamais concrétisées. Ainsi, le 13 mai, lorsque le président Maduro a étendu l’état d’urgence économique et a décrété des pouvoirs d’urgence pour 60 jours, il a tout particulièrement prévenu que « toute usine paralysée par un capitaliste serait reprise et redonnée aux mains de la communauté ». Moins de 48 heures plus tard, dans une interview accordée à Reuters, le vice-président chargé de toutes les questions économiques du gouvernement, Perez Abad, a rassuré le capital international en « excluant la reprise des usines qui sont paralysées suite à un manque de matières premières ». Dans la même interview, il a souligné l’intention du Venezuela de continuer à rembourser sa dette extérieure, très religieusement, en totalité et dans les temps. Il a également ajouté que ceci impliquerait une nouvelle réduction des importations en 2016.

En réalité, bien que l’avertissement de Maduro ait été largement repris dans les médias internationaux, les Vénézuéliens n’y ont pas prêté grande attention. Il a proféré de telles menaces d’expropriation, notamment contre Grupo Polar, de si nombreuses fois, qu’il est maintenant l’homme qui crie au loup. Récemment, à chaque fois que les travailleurs ont repris des usines paralysées par les patrons, ils ont été confrontés à une chaîne sans fin d’obstacles bureaucratiques ou à la répression directe de la police bolivarienne. Dans la majorité des cas, même si les lois introduites par Chavez soutiennent les travailleurs et autorisent les expropriations et le contrôle ouvrier, la plupart des inspecteurs du travail sont dans la poche des patrons. Plutôt que d’accélérer le processus d’expropriation, ils continuent d’accorder des délais aux propriétaires pour payer les salaires et redémarrer la production, ce qui aboutit à la démoralisation des travailleurs en lutte.

Perez Abad est un représentant de premier choix de cette politique de concessions envers la classe capitaliste. Il est lui-même un homme d’affaires et l’ancien président d’une des fédérations d’employeurs du pays. Il est devenu ministre chargé des affaires économiques en février, succédant à Luis Salas, qaue les capitalistes qualifiaient de « radical ». Juste avant que Maduro décrète l’extension des pouvoirs d’urgence économique, Perez Abad avait déjà annoncé une nouvelle augmentation des prix des produits réglementés, après discussions avec les capitalistes concernés.

Plus récemment, pour tenter de répondre au problème des pénuries, le gouvernement a voulu promouvoir la mise en place de comités locaux de production et de ravitaillement. L’idée est que les communautés organisées gèrent directement elles-mêmes la distribution aux familles des produits alimentaires subventionnés. C’est un pas dans la bonne direction, qui pourrait renforcer le rôle des organisations de base. Cependant, cette mesure n’a eu, jusque-là, qu’un impact limité ; elle ne traite que de la question de la distribution, et pas de celle, primordiale, de la production et de la transformation, qui est le nœud du problème.

Repost 0
19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 12:31

Lode Vanoost

15 octobre 2013

 

L’Assemblée Générale de l’ONU n’a pas fort attiré l’attention sur elle. Cependant, des choses y ont été dites qui mériteraient d’être analysées. Entre autres, la présidente du Brésil et le président des États-Unis y ont prononcé des paroles plus que dignes d’intérêt.

 

La présidente brésilienne Dilma Rousseff avait clairement fait savoir durant les semaines précédant l’AG que certains événements s’étaient déroulés qu’elle condamne avec sévérité. Il ressortait ainsi des révélations d’Edward Snowden que la NSA avait espionné pour ainsi dire toutes les communications de la compagnie pétrolière brésilienne Petrobras, alors que quelque jours plus tard, il semblait que le service de renseignements britannique GCHQ avait fait de même.

 

Petrobras n’est pas vraiment une organisation terroriste. Mais bien un concurrent sérieux aux entreprises pétrolières américaines et britanniques. En d’autres termes, la NSA s’est livrée en l’occurrence à de l’espionnage économique. Et comme si ce n’était pas assez grave en soi, la NSA aurait également espionné, depuis des années, les courriels internes entre la présidente et son staff.

 

Rousseff a annulé une visite officielle prévue aux États-Unis. Une série d’accords commerciaux importants, dont l’achat de matériel militaire, qui devaient être paraphés durant cette visite, ne sont désormais plus à l’ordre du jour. Même après une conversation en tête à tête avec le président Obama, Rousseff n’est pas revenue sur sa décision.

 

Dilma Rousseff ne cède pas

 

Quiconque pensait qu’elle s’exprimerait à demi-mots durant l’Assemblée Générale s’est bien trompé. Roussef n’y a pas été par quatre chemins pendant son discours. Vous le retrouverez en intégralité dans la vidéo ci-dessous. Extrait :

 

« Ce dont il s’agit ici constitue un cas grave de violation des droits de l’homme et du citoyen, un cas d’invasion et de vol d’informations confidentielles et secrètes concernant des activités commerciales. Et il s’agit surtout d’un cas de mépris de la souveraineté nationale de mon pays. Nous avons protesté auprès du gouvernement américain et exigeons des explications, des excuses et des garanties que de tels agissements ou procédures ne se reproduiront plus. Des gouvernements amis et des sociétés qui veulent mettre sur pied des partenariats stratégiques sincères, comme dans notre situation, ne peuvent en aucun cas admettre de telles actions illégales comme si elles étaient de bonne guerre en affaires. Ces actions sont totalement inacceptables. »

 

Plus tard dans son allocution, elle a évoqué une proposition de régulation d’Internet au niveau international selon cinq principes :

 

« Le Brésil va déposer un certain nombre de propositions sur la table pour créer un cadre civil multilatéral de gouvernance et d’utilisation d’Internet, ainsi que des structures régulatrices garantissant une protection effective des données et de l’information qui circulent sur Internet. Nous devons mettre en place des mécanismes multilatéraux pour le World Wide Web, des mécanismes à même de concrétiser un certain nombre de principes.

 

1. Le premier principe est celui de la liberté d’expression, du respect de la vie privée des personnes et des droits de l’homme.

 

2. Le deuxième principe est une gouvernance démocratique, multilatérale et transparente, exercée dans un esprit d’ouverture, qui stimule à la fois la créativité collective et la participation de la société, des autorités et du secteur privé.

 

3. En troisième lieu, le principe d’universalité garantissant tant le développement social que le développement humain, ainsi que la création de sociétés inclusives et non-discriminantes.

 

4. Le quatrième principe est celui de la diversité culturelle, sans aucune imposition compulsive de croyances, de coutumes ou de valeurs.

 

5. Le principe numéro cinq est celui de la neutralité d’Internet à travers des accords sur des critères techniques et ethniques, qui rendent inacceptable le fait que des arguments politiques, commerciaux ou religieux y posent quelque limitation que ce soit. »

 

Précédent historique

 

La présidente d’une des plus importantes économies émergentes du monde déclare ainsi ouvertement à l’Assemblée Générale de l’ONU que les États-Unis portent atteinte à la souveraineté d’autres pays – la souveraineté nationale est un des principes de base de la charte de l’ONU. En outre, il s’agit de la présidente du pays le plus puissant d’Amérique latine, traditionnel pré-carré des États-Unis. C’est, en d’autres mots, du jamais vu dans l’histoire de l’ONU.

Coïncidence ou non, après son allocution suivit celle du président Obama. Celui-ci n’a pas consacré un seul mot aux accusations de sa collègue brésilienne. Ce qu’il a dit n’en fut pas moins déconcertant. L’allocution complète n’est pas encore disponible. Extrait :

 

« Les États-Unis d’Amérique sont prêts à mettre en œuvre toutes les composantes de leur puissance, en ce comprise la composante militaire, pour sécuriser nos intérêts dans la région. Nous répondrons aux agressions externes contre nos alliés et partenaires comme nous l’avons fait pendant la guerre du Golfe. Nous garantirons l’accès libre du monde aux ressources énergétiques de la région. »

 

En résumé, il a déclaré que les États-Unis agiront en considérant les ressources naturelles partout dans le monde comme leur propriété. Le fait que l’armée US agit à sa guise a été confirmé par les dernières attaques de drones au Yémen et au Pakistan, qui continuent sans relâche.

Il confirme ainsi ce qui fut à l’époque dénoncé par ses opposants mais qui fut toujours nié par les États-Unis, à savoir que la guerre du Golfe fut menée au nom du pétrole. Quant au plus important scandale d’espionnage de ces cinquante dernières années, il n’en dit mot. Il n’a même pas pris la peine de réfuter les accusations de la présidente brésilienne.

 

Menaces avec la violence comme seule option

 

La politique extérieure de ses prédécesseurs diffère à peine de la sienne, mais aucun d’entre eux n’avait jamais exprimé aussi ouvertement que ce président américain-ci que les USA s’accordent le droit d’imposer par la force et unilatéralement leur volonté où que ce soit dans le monde.

 

C’est d’une part fort inquiétant, et d’autre part cela signifie que les États-Unis ne parviennent plus à imposer leur volonté au monde d’une manière qui évite des déclarations comme celle du Brésil. Le temps où les USA menaient le monde à la baguette à coups de dollars, de chantage ou de menaces militaires est révolu.

 

L’allocution de la présidente brésilienne fut à peine évoquée dans les médias de masse occidentaux. Dans le reste du monde ce ne fut pas le cas. Cet exemple pourrait en inspirer d’autres. 

 

Un ordre mondial économique multipolaire s’annonce. La question principale est de savoir comment les États-Unis y réagiront. Les États-Unis ont beau avoir perdu leur suprématie politique et économique, ils demeurent la nation possédant l’armée la plus puissante du monde. Celle-ci peut encore provoquer bien des dégâts, d’autant plus si les USA se sentent acculés dans un coin.

 

 

Source et vidéos des interventions : http://www.michelcollon.info/Le-Bresil-ecrit-l-histoire-a-l.html

Repost 0
24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 13:07

 11 septembre 2013

 

Le 11 septembre 1973, le siège de la présidence chilienne est assiégé par des soldats emmenés par le général Pinochet. Retranché dans la Moneda, le président Salavador Allende refuse de se rendre et prononce à la radio un dernier discours que nous reproduisons ici. Quelques heures plus tard, Allende trouve la mort. Soutenu par les Etats-Unis, Augusto Pinochet prend sa place et fera connaitre au Chili les années les plus sombres de son histoire. (IGA)

 

Vidéo : cliquez sur le lien ci-dessous

http://www.youtube.com/watch?v=ufHIrEEl0_o&feature=player_embedded

 

http://www.michelcollon.info/Le-dernier-discours-de-Salvador.html

Repost 0
24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 13:06

 Olivier Ravanello

10 septembre 2013

 

Le 11 septembre 1973, l’aviation chilienne mettait un terme à 1000 jours de présidence socialiste au Chili. 1000 jours de présidence Allende durant lesquels les États-Unis et leur Président Nixon n’ont pensé qu’à une chose : comment virer ce « rouge » qui, au Chili, nationalisait les entreprises américaines pour mener une politique plus égalitaire. En pleine guerre froide, un homme tirait les ficelles de la politiques étrangère des États Unis : Henry Kissinger, adepte de la realpolitik et du rapport de force. Un poète, aussi, à en lire ses conversations téléphoniques déclassifiées par la CIA… Morceaux choisis.

 

1970.

Après l’élection d’Allende, Kissinger parle au directeur de la CIA :

- "Nous ne laisserons pas le Chili partir à l'égout".

 

1971.

Le Chili décide de ne pas dédommager les entreprises américaines après la nationalisation du cuivre. Nixon réagit :

- "J'ai décidé que nous allions sortir Allende. C'est un ennemi. Tout est permis au Chili. Foutez-lui un coup de pied au cul, ok ?"

 

Juillet 1973, soit 2 mois avant le coup d'État :

- Nixon : "Je crois que ce Chilien pourrait avoir quelques problèmes".

- Kissinger : "Il a de gros problèmes…".

- Nixon : "Si seulement l'armée pouvait trouver quelques personnes derrière elle".

 

16 septembre 1973, soit 5 jours après le coup d'État qui a couté la vie au président Allende, Kissinger parle avec Nixon :

- Kissinger : "L'affaire au Chili se concrétise et bien sûr la presse se lamente parce qu'un gouvernement pro-communiste a été renversé. Sous le gouvernement de Eisenhower, nous serions des héros".

- Nixon : "Bon, nous ne l'avons pas fait, comme vous savez, notre main n'apparait pas".

- Kissinger : "Nous ne l'avons pas fait. Ou plutôt, nous avons aidé (...), nous avons créé les meilleures conditions possibles".

- Nixon : "Voilà, et c'est comme cela que nous allons le présenter".

 

Octobre 1973.

Les militaires ont pris la main sur le pays. La répression a fait plus de 3000 morts. Kissinger écrit, laissant une trace officielle :

- "Aussi désagréables que soient ses actes, le gouvernement de Pinochet est meilleur pour nous que ne l'était Allende".

 

No comment.

 

 

Source : Le Monde selon Ravanello

 

http://www.michelcollon.info/Chili-Allende-mettez-lui-un-coup.html

Repost 0
6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 17:35

 Jeudi 27 juin, Porto-Alegre, devant le Palais Piratini, siège du gouvernement de l’État du Rio Grande do Sul. Neuf heures du soir. Sur la place de la Matriz, plus de quatre mille manifestants usent de leur droit légitime de manifestation dans la sérénité et en toute harmonie, y compris avec les forces de la Brigade Militaire (nom de la force de police, ndt) qui garantissent à chaque citoyen la sécurité afin qu’il puisse manifester librement. Un cordon de policiers militaires, abrités derrière des boucliers, protège les accès du Palais.


Pendant plus d’une heure et demie, ils vont endurer, impassibles et disciplinés selon l’ordre qui leur a été donné par le propre Gouverneur, des jets de pierres, bouteilles et autres projectiles, venant d’un groupe d’environ 150 individus masqués, massés sur le côté gauche de la place et mêlés à près de 200 manifestants, qui ne s’opposent pas à leurs provocations violentes mais empêchent toute réaction de la Police qui, dans son intervention, pourrait atteindre des personnes qui, innocemment ou non, ne participent pas à ces agissements.


Dans le ciel, un hélicoptère, muni de panneaux lumineux, survole en rase-mottes la place, en diffusant des slogans contre les partis, et notamment l’idée que, sans les partis, le Brésil a “du talent”. Qui a organisé ce survol, qui l’a payé, qu’a-t-il à voir avec les manifestations ?    


À l’intérieur du Palais, un “gouvernement de partis”, élu au premier tour, qui gouverne en s’appuyant sur un réseau inédit de mécanismes de participation populaire, tels que le Budget Participatif, le Cabinet Digital (plate-forme virtuelle de dialogue interactif, ndt), les Conseils Régionaux de Développement, le Conseil de Développement Économique et Social, la Consultation Populaire ( différents dispositifs de démocratie participative mis en place par le gouvernement de gauche de cet État, ndt). Celle-ci notamment, par le biais de votes électroniques (1 million 100 mille votes l’an dernier) sur des questions précises favorise le financement priorisé d’investissements (cette année déjà plus de 200 millions de reals – près de 68 millions d’€, ndt-), essentiellement sur des petits chantiers dans le domaine de l’Éducation et de la Santé.

 

Au travers de cette scène emblématique, nous pouvons distinguer trois protagonistes indéniables de la crise : des citoyens qui manifestent pour le respect de leurs droits ; des groupes de “casseurs masqués” utilisés comme fers de lance pour des provocations, comme cela arrive historiquement dans ce genre de conjonctures (dont les objectifs apparaissent obscurs mais qui servent à déstabiliser la démocratie politique); et la droite factieuse, qui travaille dans « l’ombre » - en l’occurrence « en l’air- relayant toute la campagne orchestrée par les grands média, qui, ces dernières années, a sapé l’image des partis, des politiques en général et de toutes les institutions démocratiques de la République.


Les causes les plus manifestes de l’insatisfaction populaire résident sans aucun doute dans les déplorables conditions de transport collectif et l’état désastreux du système de santé publique dans les grandes régions métropolitaines. C’est-à-dire qu’en effet, l’État s’est montré défaillant tant comme prestataire de services que comme autorité organisatrice, ce qui, dans un contexte d’arrivée de millions de jeunes dans le monde du travail et dans les Universités, publiques et privées (celles-ci dans le cadre du PROUNI – PROgramme UNIversité pour tous, système de bourses pour les étudiants de milieux défavorisés démunis de diplôme supérieur voulant suivre des formations supérieures dans le privé, ndt), a entraîné une saturation des réseaux de déplacements dans ces grandes régions et aussi obéré la capacité des structures publiques de fournir des services de qualité moyenne. Par ailleurs, les incitations de la société de consommation sont sources de promesses mirifiques auxquelles seule une partie de la population peut avoir accès, transformant les aspirations déçues de beaucoup en frustration, crime et violence irrationnelle.


Il convient de rappeler que, dans ce contexte, est intervenu un processus général “d’hypnose fasciste” sans précédent dans l’histoire du pays. Cette « hypnose” a trouvé son expression majeure dans la dénonciation, non pas des inégalités et de la concentration de la richesse, mais de la “corruption” comme si elle relevait de l’exclusive responsabilité des responsables politiques et gouvernements actuels.


Ce n’est pas tant la lutte contre la corruption comme symptôme d’un État reproducteur d’inégalités et protecteur de privilèges corporatifs et de classe qui a été mise en avant car une telle approche permettrait de constater que tant dans les partis, le service public, les entreprises que dans toutes les institutions (y compris les média), il existe une large majorité de personnes qui ne tolère pas la corruption et qui ne s’y résigne pas au nom de principes moraux et politiques. Cette campagne a été organisée de sorte que ce soit la sphère politique dans son ensemble qui se voit incriminée au travers des partis mais plus particulièrement les deux gouvernements qui ont permis aux pauvres et aux travailleurs de devenir des acteurs de la scène publique.   


En procédant à une stigmatisation généralisée plaçant d’un côté les grands média comme autorité morale du pays face à des partis et des représentants publics présentés comme sources de la corruption, c’est la détérioration des instruments démocratiques propres à combattre cette même corruption qui s’est produite, laissant aux grands média le rôle de seul refuge de la morale républicaine, dotés du pouvoir totalitaire de désigner qui est valable et qui ne l’est pas, qui est digne de confiance ou non.
Quand une puissance privée, l’oligarchie médiatique, s’arroge le monopole du bien commun et de l’intérêt général, nous nous trouvons face à une crise de la République : La marginalité violente et les fascistes classiques et post-modernes qui émergent dans un pareil contexte n’éprouvent plus le besoin de se réfrener s’estimant idéologiquement autorisés à piller et incendier.

 

Il nous faut cependant admettre que ce qui se passe dans le pays n’est pas que simple machination médiatique. Il est évident que les partis de gauche et les institutions éclaboussées par cette instrumentalisation de la corruption ne sont pas exempts de tout reproche. Leurs faiblesses, leur commodisme idéologique, leur éloignement des questions qui pèsent le plus sur la vie quotidienne du peuple ont ouvert les portes à cette stratégie de la droite qui, comme chacun peut le voir, se réjouit de cette crise avec l’ambition d’en faire son cheval de bataille électoral. Nos partis doivent s’appuyer sur cette énergie créatrice qui inonde les rues et s’en servir pour promouvoir des politiques démocratiques de large portée.  


Face à cette situation, la crise de la démocratie s’est transformée en crise de la République. Cela ne signifie pas pour autant que le pacte démocratique ne puisse être réhabilité, tant par la voie « conservatrice » que par la voie de « la radicalisation de la démocratie ». Pour la première option, la voie « conservatrice », il suffit que les différents pouvoirs se remettent à fonctionner en relative harmonie pour donner l’illusion que « les choses ont commencé à s’améliorer ». S’ils y parviennent, les clameurs du peuple cesseront d’être mises en exergue par les grands média et la situation pourra s’apaiser, mais la démocratie ne sera pas revalorisée et la République ne sera pas réformée. De nouvelles institutions à même de renforcer l’intervention du peuple dans le processus politique ne seront pas créées et, de ce fait, les « crises » seront encore plus fortes à l’avenir.

 

L’essence de la crise actuelle est que les pouvoirs républicains et leurs institutions politiques ne sauraient récupérer leur pleine légitimité afin de rendre la démocratie plus opérante – la capacité à répondre aux justes attentes populaires -, sans la mise en place de nouvelles formes de participation dans les décisions publiques et de nouvelles sources de légitimité du pouvoir. Le Congrès fonctionne avec des mécanismes bureaucratiques qui permettent trop souvent à des intérêts occultes de faire obstacle à l’adoption de certaines mesures et que des minorités sans programme ni principes dominent la scène parlementaire, disqualifiant ainsi l’ensemble de la représentation. Il lui faut un souffle “direct » du peuple afin qu’il se mette à jour et se montre plus attentif aux problèmes réels dont souffre le pays.


J’évoque ici une Assemblée Constituante (de révision) spécifique, convoquée selon les termes de la Contitution par décret constitutionnel, pour connecter les institutions politiques de la République avec le peuple, qui représente le vrai pouvoir constituant.
Son objectif serait d’intégrer, de façon directe, l’énergie politique actuelle réveillée par les grandes mobilisations populaires, avec des délégués élus spécifiquement pour élaborer la Réforme Politique.

 

Ces représentants, élus à cette fin spécifique, ne pourraient se présenter aux prochaines élections, (en intégrant un pourcentage de représentants “sans parti”), et démocratiquement aiguillonnés par la société en mouvement, pourraient, par le biais de changements substantiels dans les normes constitutionnelles régissant les partis, le financement des campagnes électorales et la loi électorale, « démocratiser la démocratie » comme le dit Boaventura Souza Santos (célèbre sociologue et économiste portugais lié au mouvement altermondialiste, ndt). Et de la sorte élargir les champs de la participation directe du peuple, déjà prévus par l’actuelle Constitution Fédérale, pour l’articuler avec la représentation stable issue des processus électoraux traditionnels.


Ce qui se passe actuellement dans les manifestations est aussi la résultante d’un lent et efficace lavage de cerveau médiatique, largement relayé par les “réseaux sociaux”, dont l’objectif transparaît de façon synthétique dans des slogans tels que “Le géant s’est réveillé”, « Nous allons construire un nouveau Brésil » et « Nous allons balayer la corruption ». De pareils mots d’ordre illustrent un mensonge bâti avec méticulosité car les avancées démocratiques que le pays a connu ces derniers temps, y compris dans la lutte contre la corruption, datent de la Constitution de 1988 (première Constitution démocratique depuis la période de la dictature militaire, ndt)  et sur le plan social, des deux gouvernements du Président Lula (élu pour la première fois en 2002, ndt), élargis qui plus est par le gouvernement actuel.


Ces « mots d’ordre », directement inspirés des thèmes de la droite extrême, conduisent les nouvelles générations à une idéalisation de l’avenir pouvant induire de lourdes frustrations à moyen terme. Même si la crise des régions métropolitaines – cause la plus immédiate des insatisfactions qui s’expriment – naît d’erreurs et de négligences des actuels et antérieurs gouvernements (en particulier pour ce qui concerne les transports urbains et la santé), aucune de ces questions ne trouvera de solution en profondeur dans les dix prochaines années. Cela représente des milliards qui doivent être investis et répartis entre les États et les mairies, qui doivent affronter les rigueurs de la crise mondiale et aussi promouvoir une réforme fiscale qui pour l’essentiel allège la fiscalité pour les pauvres et les nouvelles classes moyennes pour en contrepartie taxer plus lourdement les grandes fortunes et les transactions spéculatives du capital financier.   


Les grandes mobilisations populaires ont ainsi ouverts des chemins qui sont au cœur d’une bataille politique. Les partis de gauche, s’ils veulent se montrer à la hauteur des enjeux de la crise actuelle, s’ils sont vraiment de gauche et démocratiques, doivent adopter une stratégie unitaire de revalorisation de l’action politique et des partis, en l’articulant avec la création de nouveaux vecteurs de démocratie directe et de participation populaire qui viennent enrichir la démocratie représentative. Sinon nous courons le risque d’être vaincus par le conservatisme, qui peut nous conduire vers de nouvelles formes de totalitarisme post-moderne, qui contrôlera non seulement les esprits comme il imposera les normes, dictant ce qui est licite ou illicite, dans une démocratie encore plus élitiste que l’actuelle.  

 

Tarso Genro (*)

(*) actuel Gouverneur de l’État du Rio Grande do Sul, ancien Maire de Porto-Alegre, ancien Ministre de l’Éducation de Lula

 

http://www.cartamaior.com.br/templates/materiaMostrar.cfm?materia_id=22277&editoria_id=4

 

 

Repost 0
28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 11:50

jeudi 27 juin 2013

Ce qui a commencé comme une petite manifestation contre une augmentation de 20 centimes du prix du ticket de transport public à São Paulo s’est transformé en un mouvement de masse national impliquant plus d’un million de personnes dans 80 villes du pays – et ce après avoir obligé le maire de São Paulo, Fernando Haddad, et le gouverneur régional, Geraldo Alckmin, à faire marche arrière le 19 juin.

Le mouvement, cependant, a un caractère contradictoire. Sur les grandes manifestations célébrant la première victoire du mouvement, le 20 juin, des groupes de droite et d’extrême droite ont violemment expulsé des manifestants affiliés à des partis de gauche, des syndicats – et de façon générale quiconque portait un drapeau rouge ou d’autres symboles de ce type.

Le mouvement a clairement pris un caractère national à partir du 13 juin, lorsqu’une manifestation de 15 000 personnes à São Paulo a été brutalement réprimée par la police militaire. L’assaut s’est soldé par une centaine de blessés et un nombre semblable d’arrestations. Il rappelait, par sa violence, les heures les plus sombres de la dictature militaire. La police n’a pas simplement cherché à disperser la manifestation ; son but était de donner une leçon aux manifestants. Elle a notamment tiré des balles en caoutchouc.

Les images de cette répression ont très rapidement circulé sur les réseaux sociaux et les médias de masse. En l’espace de quelques heures, l’atmosphère a changé dans tout le pays. Des manifestations de masses contre la répression à São Paulo ont éclaté spontanément dans la plupart des grandes villes.

Le 17 juin, un demi-million de personnes ont manifesté à São Paulo, Rio de Janeiro, Brasilia et dans une douzaine d’autres villes. C’est le plus grand mouvement de masse du pays depuis des décennies. Le vent de la révolution arabe, des indignés espagnols, portugais, nord-américains et du soulèvement turc est arrivé au Brésil. De nombreuses villes petites et moyennes sont mobilisées. La jeunesse constitue la colonne vertébrale des manifestations.

Il est clair qu’un mouvement de cette envergure ne peut pas s’expliquer par les seules augmentations du prix des transports publics, ni même par la réaction à la répression brutale. Ce ne furent là que des catalyseurs. Des causes plus profondes sont au cœur de l’explosion actuelle. Le Brésil est passé par une phase de croissance économique soutenue, ces dix dernières années (à l’exception d’un bref reflux dans la foulée de la crise mondiale de 2008). Cette croissance s’est accompagnée d’une augmentation des niveaux de vie et d’une baisse significative de la pauvreté.

Mais ce n’est là qu’une facette de la situation. La croissance économique a reposé sur une série de facteurs qui, désormais, se transforment en leur contraire. Premièrement, le gouvernement du Parti des Travailleurs (PT) a beaucoup profité du boom économique en Chine, y exportant massivement des marchandises et des matières premières. Une politique de taux d’intérêt élevés, pour attirer les investisseurs étrangers, a fait que la dette brésilienne est devenue un investissement spéculatif très profitable. Ceci s’est accompagné d’une politique de privatisations massives de services publics et d’une vaste bulle spéculative dans l’immobilier.

La croissance de la consommation a été alimentée par une expansion massive du crédit. Entre 2005 et la fin 2012, la dette des ménages a bondi de 18 % à 44 % des revenus disponibles. C’est insoutenable, en particulier avec des taux d’intérêt aussi élevés. Dès que la croissance économique faiblira, l’énorme dette des ménages pèsera très lourdement sur l’économie brésilienne.

Les chiffres officiels de la croissance économique masquent un gouffre entre les riches et les pauvres. Le Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires au monde : 1 % de la population (2 millions de personnes) possède 13 % des richesses nationales, soit à peu près autant que les 50 % les plus pauvres (80 millions de personnes). Les statistiques nationales cachent aussi d’énormes disparités régionales et ethniques.

Le gouvernement du PT a été élu grâce au soutien des travailleurs et du mouvement syndical, auxquels il est historiquement lié. Cependant, Lula et désormais Dilma Rousseff ont gouverné en coalition avec d’autres partis, à commencer par le conservateur PMDB. Tout en réalisant quelques réformes sociales progressistes, ils ont mené une politique de privatisations et ont attaqué le système des retraites de la fonction publique. C’est pour cela que les médias et experts bourgeois présentaient le Brésil comme une alternative de gauche aux politiques « folles » et « conflictuelles » de Chavez et de la révolution vénézuélienne.

Il y a eu un certain nombre de conflits entre des sections du mouvement syndical et le gouvernement du PT. Mais le fait est que 90 % des accords salariaux étaient au-dessus de l’inflation ; aussi les travailleurs continuaient-ils de soutenir Lula, puis Rousseff, considérant le gouvernement du PT comme « le leur ».

Ceci a commencé à changer avec le ralentissement de l’économie. Le 6 mars 2013, 50 000 travailleurs ont manifesté à Brasilia, à l’appel – entre autres – de la grande confédération syndicale du pays, la CUT, pour demander davantage de dépenses sociales, une réduction du temps de travail sans perte de salaire, l’abandon des attaques contre les retraites, etc. En 2012, déjà, du fait du ralentissement de l’économie chinoise, le PIB du Brésil n’a crû que de 0,5 %, et des signes inquiétants ont commencé à s’accumuler. Pour beaucoup de gens, le premier et le plus douloureux de ces signes a été une augmentation de l’inflation – en particulier de la nourriture.

Alors que le gouvernement paye des sommes colossales en intérêts et service de la dette (47 % du budget de l’Etat), l’éducation, la santé et d’autres services publics subissent des restrictions financières. Des milliards de dollars sont dépensés dans la construction de stades pour la Coupe du monde – et c’est aux travailleurs qu’on demande de payer la facture en augmentant le prix déjà élevé des transports publics.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, la FIFA a imposé une série de conditions draconiennes concernant l’organisation de la Coupe du monde, que le gouvernement du PT a acceptées, notamment concernant la construction des installations. La FIFA a par exemple exigé de scandaleuses restrictions au droit de grève et de manifester.

Sans surprise, on trouve chez beaucoup de manifestants un rejet des partis politiques en général et du PT en particulier. On retrouve le même type de discrédit des « politiciens » dans d’autres pays. Cela contient un élément positif : la critique des représentants politiques qui ne servent que les riches et les puissants – et se servent eux-mêmes au passage. Ce rejet de la politique est dans une large mesure un rejet de la politique bourgeoise et des institutions capitalistes.

Au Brésil, cependant, cette situation a été très énergiquement exploitée par les médias et les partis de droite, dans le but de détourner le mouvement vers l’impasse du nationalisme. A partir du 18 juin, les grands médias ont commencé à encenser le mouvement et à tenter de le façonner. Des drapeaux brésiliens ont été distribués aux manifestants, auxquels on demandait de chanter l’hymne national, de s’habiller en blanc et de crier des slogans « contre la corruption » (un code pour la lutte contre le PT). Le 20 juin, cette influence de la droite sur les manifestations s’est encore renforcée. Aux côtés des pancartes sur le prix des transports et l’argent dépensé dans la Coupe du monde, il y avait des pancartes contre le droit à l’avortement, contre la corruption du PT et même en faveur d’un coup d’Etat !

C’est dans ce contexte que, sur les manifestations du 20 juin, des voyous d’extrême-droite se proclamant « nationalistes » ont encerclé les cortèges des partis de gauche et des syndicats. Armés de couteaux et de battes de baseball, ils harcelaient les manifestants de gauche et syndicaux aux cris de : « pas de partis ! », « à bas les rouges ! », « retournez à Cuba ! », etc., au point que ces derniers ont fini par abandonner leurs drapeaux rouges ou quitter la manifestation, certains blessés.

Même les organisateurs des protestations contre l’augmentation du prix des transports publics, le « Mouvement Libre Passage » (MPL), ont dû quitter la manifestation à São Paulo et faire une déclaration condamnant les attaques contre les organisations de gauche et soulignant que si leur mouvement n’est pas partisan, ils ne sont pas contre les partis politiques. De fait, des partis de gauche soutenaient la lutte du MPL dès le début, lorsque les manifestations étaient encore petites et soumises à une répression brutale.

Il serait donc erroné de conclure que les centaines de milliers de gens impliqués dans les manifestations du 20 juin sont des anti-communistes enragés ou des partisans des partis de droite. Loin s’en faut. Le fait est que lorsque le MPL a cessé d’appeler à manifester, les manifestations organisées par la droite ont mobilisé beaucoup moins de monde, comme à São Paulo. Dans d’autres cas, le mouvement a ouvertement scissionné, la gauche et la droite manifestant séparément.

Il faut ajouter que les syndicats et la CUT ont réagi trop lentement au mouvement. S’ils avaient jeté toutes leurs forces dans la bataille et donné au mouvement un caractère plus organisé, dès le début, avec des revendications des travailleurs, la droite et l’extrême-droite auraient eu beaucoup plus de mal à infiltrer et saboter les manifestations.

Le MPL lui-même est partiellement responsable de ce qui s’est passé. Il a insisté pour que le mouvement soit « horizontal », s’opposant à l’idée de lui donner une structure plus organisée. Il a également rejeté l’idée de voter à la majorité simple sur les suites du mouvement, préférant les décisions par « consensus », ce qui est le meilleur moyen de paralyser un mouvement, car cela donne de fait un droit de véto à la minorité (ce qui est le contraire de la démocratie). Dès le début, nos camarades d’Esquerda Marxista ont participé au mouvement, expliquant la nécessité de le doter de structures démocratiques et d’impliquer les organisations de masse de la jeunesse et des travailleurs.

Au lieu de cela, une douzaine de gens, à São Paulo, se réunissaient après chaque grande manifestation pour décider de la prochaine initiative, ce qui n’est pas une méthode très démocratique lorsque des centaines de milliers de personnes sont impliquées dans la lutte. C’est ce qui a facilité l’infiltration et la tentative de récupération des manifestations par la droite et ses grands médias. Les idées semi-anarchistes qui avaient déjà joué un rôle négatif dans le mouvement des indignés aux Etats-Unis et ailleurs, se sont révélées désastreuses au Brésil.

Une tâche urgente est d’organiser la défense des organisations de gauche et syndicales brésiliennes – et notamment leur droit de s’exprimer et de manifester, qu’elles ont gagné dans leur lutte contre la dictature militaire. Dans cette perspective, nos camarades brésiliens ont pris des initiatives en faveur d’un front unique à São Paulo, Joinville et ailleurs.

Ceci doit aller de pair avec la mobilisation de la puissance colossale de la classe ouvrière brésilienne en faveur de revendications les plus pressantes de la jeunesse et des travailleurs en matière de santé, d’éducation, d’emploi, de conditions de travail et de services publics.

La révolte brésilienne révèle la faillite des politiques de collaboration de classe menées par la direction du PT. Celle-ci a discrédité le parti aux yeux de la jeunesse. Les militants de base du PT sont désorientés. Même aujourd’hui, lorsque Dilma Rousseff affirme avoir entendu le message des manifestants, elle continue de s’engager fermement à ne pas sortir des limites imposées par le capitalisme. Par exemple, son engagement à verser 100 % des royalties des contrats pétroliers dans le système éducatif ne répond pas au problème des termes mêmes de ces contrats. En effet, les entreprises privées conservent 82 % des profits et n’en reversent à l’Etat que 8 % en royalties.

Le mouvement de la jeunesse brésilienne montre une chose : la lutte paye et ce qui semblait impossible il y a 10 jours à peine a été accompli. Si la pleine puissance du mouvement syndical rejoint la jeunesse, rien ne pourra les arrêter.


Traduction de l’article : Brazil : Mass revolt of the youth, bankruptcy of class collaboration and extreme right-wing attacks


La Riposte : journal communiste

Repost 0