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Quelques conférences

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L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 12:22

Beaucoup de militants se sont alarmés du silence de la CES durant notre long et durable mouvement contre la loi travail !

Cette préoccupation a trouvé un écho à la réunion CGT des fédérations le 1er juillet dernier.

En effet :

 

" Plusieurs fédérations interpellent fortement concernant la CES, son inaction, son manque d’expression concernant la situation et le conflit en France mais aussi en Belgique. De plus, c’est de partout que l’austérité fait ses dégâts. Il est demandé que la CGT pèse de tout son poids pour qu’a minima il y ait une expression claire de la CES, l’idéal aurait été une initiative européenne."

 

Dans l'esprit des auteurs de ces réflexions il suffirait donc que de l'intérieur la CGT hausse le ton pour que la CES ait une claire expression et organise la lutte à l'échelle européenne.

On retrouve une analyse parallèle dans l'idée que les divergences de la CGT (ainsi que de FO) et de la CFDT appartenant toutes à la CES auraient également contraint cette dernière au silence.

En quelque sorte pour ne fâcher personne !

Mais les raisons fondamentales de ce silence et de cette inaction résident-elles dans ces explications avancées pour en fait contourner les motivations essentielles du comportement de la CES ?

Et ne pas s'avouer que le problème est bien plus profond ?

Car il y a une donnée qui a été largement été ignorée durant tout le conflit : c'est que le cœur de la loi concernant l'inversion de la hiérarchie des normes correspond aux recommandations du Conseil européen qui spécifie dans ses recommandations concernant la France le 18 mai 2016 :

" Les réformes menées récemment n'ont donné aux employeurs que peu de possibilités pour déroger aux accords de branche. Cela concerne tous les aspects des conditions d'emploi, notamment les salaires, le temps de travail et les conditions de travail, et limite la capacité des entreprises à moduler leurs effectifs en fonction de leurs besoins …".

La loi El Khomri trouve donc incontestablement sa source dans les orientations européennes au nom de la compétitivité des entreprises, de la concurrence internationale, des "exigences" de la flexibilité du marché du travail ...

 

Or la CES est avant tout une institution dépendante financièrement et politiquement des institutions européennes.

Elle n'a donc ni l'indépendance organisationnelle, ni financière, ni politique et idéologique de s'opposer de front à des recommandations et directives européennes.

Et les divergences entre organisations de la CES ne l'ont pas empêché de prendre position ouvertement contre les dirigeants grecs au moment du referendum contre la politique d'austérité de la Troïka.

Mais là bien sûr il s'agissait d'agir en faveur de l'Union européenne, de ses dirigeants et de la banque Centrale européenne contre les choix du peuple grec.

C'est là que résident les vrais raisons du silence de la CES à propos de notre mouvement !

La CES est une instance de l''UE et c'est pour cela que la CES a toujours été du mauvais côté de la barricade. Les précédents sont légions comme en 2003 lors du conflit sur les retraites en France et en Italie pour laquelle la CES ne fit pas la moindre déclaration, préférant en pleine lutte inviter à son congrès Giscard d’Estaing venu vendre la constitution européenne sous les hourras, constitution pour laquelle la CES appellera à voter oui en 2005…

Continuer de prétendre qu'en élevant le niveau d'intervention de la CGT dans la CES on va pouvoir réorienter cette organisation dans le sens des luttes et de l'intérêt des travailleurs, c'est ne pas faire le bilan de près de 20 ans d'adhésion.

C'est ignorer que parmi les principaux motifs évoqués à l'époque pour justifier l'adhésion figurait en bonne place l'idée que la seule présence de la CGT dans la CES allait en quelque sorte "gauchir" ses orientations et la transformer en structure de combat.

Et c'est ignorer qu'il n'en n'a rien été !

Cette illusion entretenue pour justifier le maintien dans une organisation totalement dépendante des objectifs et des intérêts de l'oligarchie est de la même nature que l'illusion de "l'Europe sociale "invoquée depuis des décades sans le moindre commencement d'amorce de début de réalisation !

Et pour cause : la construction européenne et ses traités sont les instruments de la domination sans partage de l'oligarchie et de la mise en œuvre des ses projets !

Les structures syndicales mises en place dans les années 1970-1980 correspondent non pas à la nécessité d'organiser et de coordonner les luttes des travailleurs européens mais à celle de les contrôler, de les subordonner aux intérêts de l'oligarchie et des grandes entreprises, d'accompagner la crise du capitalisme sans risques pour la domination patronale par la "concertation," le "dialogue social" …, la collaboration de classe quoi !

Dans les années 90, les forces réactionnaires et social-démocrates ont mis à profit le désarroi dans le monde ouvrier et salarial qui a résulté à la fois de la désindustrialisation et du chômage massif et de l'effondrement des pays socialistes.

Pour présenter le marché capitaliste comme la seule réalité crédible et efficace face à toute visée de changement de société.

Pour tenter d'intégrer à leur vision … et à leurs intérêts jusque et y compris les forces et les organisations qui jusque là s'étaient opposé à leurs prétentions.

Pour eux c'était la fin de l'Histoire et des projets transformateurs des forces révolutionnaires, de la classe ouvrière.

Dans le mouvement syndical européen c'est à ce projet que la CES a servi et continue de servir !

La réalité de la lutte des classes plus forte que jamais

Sauf que les réalités de la crise systémique du capitalisme, les réalités de l'exploitation, de la misère et de l'aggravation des inégalités, celles de la crise de l'Union européenne elle-même ont balayé et ringardisé ce discours.

Ce qui existe en profondeur ce n'est pas l'entente cordiale avec le patronat, mais le rapport de forces, la lutte des classes pour le salaire, pour l'emploi, pour les garanties sociales, pour le respect du Code du travail et des conquis historiques.

Et dans ce combat, les travailleurs, la classe ouvrière doivent conforter les organisations réellement indépendantes des structures patronales et des institutions sous leur contrôle ou en phase avec leurs intérêts de classe.

Il est donc plus que temps de tirer un véritable bilan de près de 20 ans d'appartenance de la CGT à la CES.

En se dégageant des illusions de l'Europe sociale et de la possibilité d'une réorientation positive de la CES.

La nécessaire coordination, entente de lutte entre les travailleurs du continent européen ne passe pas par la CES mais par celle de leurs organisations nationales.

Cela est si vrai que dans le mouvement actuel contre la loi travail qui frappe tous les travailleurs européens les seuls démarches de solidarité proprement européennes ont bel et bien émanés de syndicats eux-mêmes engagés dans cette lutte comme c'est le cas du syndicat belge FGTB.

 

L'alternative Fédération Syndicale Mondiale

 

L'existence de la FSM est une réalité forte : plusieurs dizaines de millions d'adhérents.


Déjà d'importantes fédérations CGT y ont leur place comme l'agro-alimentaire et la fédération de la chimie, ainsi que des dizaines de syndicats.

Le prochain congrès se déroule à Durban (Afrique du Sud) du 5 au 8 octobre.

Rien n'empêche donc la confédération en tant que telle de prendre langue dans un premier temps par exemple justement à l'occasion de ce congrès.

A moins que la CES et Confédération Syndicale Internationale (CSI) issue de la lutte anti-communiste durant la guerre froide n'y oppose leur veto et/ou prétendent à l'appartenance exclusive.

Ce qui renvoie au choix confédéral et à l'affirmation de son indépendance à l'égard de toute force extérieure à l'organisation elle-même !

D'autant que la FSM elle, a manifesté sa solidarité à l''égard de notre mouvement à plusieurs reprises et que son secrétaire général, le grec, Georges Mavrikos est intervenu en personne à Marseille devant plusieurs dizaines de milliers de manifestants, comme l'indique la Marseillaise qui a retranscrit son discours dans son édition du 2 juin dernier.

Dans le combat contre la loi travail la CGT et ses bases combatives ont su montrer le chemin de l'issue pour le monde du travail. La cohérence exige d'aller au bout de cette démarche et de renouer radicalement avec la critique du rôle de l'Union européenne et du marché commun et de ses conséquences prévisibles formulées avec prescience par un Benoît Frachon dès 1957 *.

En en tirant toutes les conséquences !

Car c'est de cohérence d'une orientation et d'une stratégie qu'il s'agit !

 

Le Front syndical de Classe

9 juillet 2016

 

 

* (Benoit Frachon, Au rythme des jours)

 

Le Marché commun n’a pas et ne pouvait pas aboutir à l’amélioration de la situation de la classe ouvrière. Il l’a aggravée. Le Marché commun, sous le signe des monopoles, ne pouvait pas ne pas aboutir à ce que ces derniers dominent de plus en plus l’Etat dans chacun de ses pays où tous les gouvernements exécutent désormais fidèlement leur politique.

La domination des monopoles qui a abouti, dans tous les pays du Marché commun, à l’installation de gouvernements à leur dévotion, est une menace permanente pour les libertés ouvrières et démocratiques.

Nous le disons très franchement aux militants des organisations qui participent aux institutions du Marché Commun, nous n’avons aucune confiance dans la possibilité de transformer ces organismes, de les infléchir vers une politique différente.

Quelles que soient les modifications qui puissent leur être apportées, ils poursuivront leur politique actuelle aussi longtemps que les représentants des monopoles et les gouvernements à leur dévotion en seront les animateurs et les bénéficiaires. Nous nuirions à la collaboration fraternelle des peuples, nous retarderions l’union ouvrière pour le progrès, pour la liberté et la paix, si nous laissions croire un seul instant que dans l’Union européenne que les capitalistes veulent réaliser, il y a la moindre parcelle de cet internationalisme auquel aspirent les travailleurs. Nous devons au contraire démasquer leurs subterfuges et expliquer que les Etats-Unis d’Europe dont parlent d’abondance les représentants les plus typiques des monopoles, ne seraient qu’une simple association réactionnaire d’exploiteurs unissant leurs efforts pour maintenir les peuples sous leur domination, et empêcher l’évolution de la société vers le socialisme, vers une véritable collaboration fraternelle des peuples. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 12:46

Le 1er juillet 2016.

Macron doit déclencher un contrôle fiscal du groupe Lafarge

C’est le 22 juin 2016 que le journal Le Monde a révélé que « les ciments Lafarge ont travaillé avec l’État islamique » et qu’il a lui « versé des taxes sur le pétrole et les matières premières ».

Le 23 juin 2016, dans un communiqué de presse, Jacques Nikonoff, candidat à l'élection présidentielle au nom du Rassemblement pour la démondialisation, demandait aux pouvoirs publics de réagir.

À ce jour, aucun actionnaire de Lafarge n’a vendu ses actions, aucun cadre dirigeant, aucun membre du Conseil d’administration n’a démissionné pour dénoncer cette collaboration. Tous, par leur inertie, cautionnent la collaboration de l’entreprise avec l’organisation criminelle Daech.

Monsieur Macron, ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, doit sortir de son silence

Jacques Nikonoff, ce jour, vient de lui adresser un courrier pour lui demander :

  • de déclencher un contrôle fiscal du groupe Lafarge afin de vérifier les affirmations du journal Le Monde concernant des paiements illégaux à l’organisation criminelle Daech
  • de faire vérifier par ses services si le groupe Lafarge ne tombe pas sous le coup des mesures de gel prises par l’Union européenne dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme ;
  • si le groupe Lafarge ne contrevient pas aux mesures nationales de gel prises dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme sur le fondement de l’article L. 562-1 du Code monétaire et financier ;
  • si le groupe Lafarge respecte la loi n° 2006-64 du 23 janvier 2006 relative à la lutte contre le terrorisme.


Citoyens, signez l’appel ci-dessous à la ntionalisation-sanction du groupe Lafarge :
http://www.nikonoff2017.fr/qui-est-jacques-nikonoff/communiques/258-appel-pour-une-nationalisation-sanction-de-lafarge

Citoyens, participez à la campagne de Jacques Nikonoff pour l’élection présidentielle !
http://www.nikonoff2017.fr/

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 14:08

par Jérôme Métellus

 

Le mouvement de grèves reconductibles qui s’est engagé dans plusieurs secteurs clés de l’économie, il y a trois semaines, a eu pour effet immédiat d’intensifier la campagne de propagande médiatique qui, depuis le début du mois de mars, vise la mobilisation contre la loi Travail. L’extrême agressivité de cette propagande, qui est orchestrée au plus haut niveau de l’Etat et des milieux patronaux, reflète la haine et la peur qu’éprouvent ces derniers face à des mobilisations comme celles des salariés des raffineries et des ports. Et pour cause : en paralysant d’importants secteurs de l’économie, les grèves reconductibles ont montré la voie d’une possible victoire contre la loi Travail. Comme nous l’avons souligné dès le début du mois de mars, seul le développement d’une grève reconductible embrassant un nombre croissant de secteurs économiques est susceptible de faire reculer le gouvernement.

Dans le même temps, les grèves reconductibles ont démontré l’énorme pouvoir de la classe ouvrière. Pas une roue ne tourne et pas une ampoule ne brille sans l’aimable permission des salariés. Cette vérité est insupportable aux capitalistes, car elle a des implications révolutionnaires. En effet, si ce sont les salariés qui assurent toutes les fonctions décisives de l’économie de ce pays, pourquoi n’en seraient-ils pas les maîtres ? Pourquoi laisser l’économie et l’Etat entre les mains d’une poignée de parasites géants – les patrons du CAC 40 – et de leurs politiciens de droite ou « de gauche » ?

Nos adversaires ont en quelque sorte eux-mêmes posé cette question – de façon négative – lorsqu’ils ont répété en boucle les propos de Manuel Valls : « La CGT ne fait pas la loi dans ce pays ». En effet : c’est le Medef qui fait la loi dans ce pays, pour le moment. Mais le mouvement actuel souligne l’énorme pouvoir potentiel du mouvement ouvrier. Les salariés d’EDF l’ont directement rappelé à Pierre Gattaz en privant d’électricité sa résidence secondaire – et en basculant en « heures creuses » plus d’un million de foyers. Dès lors, si c’était vraiment le mouvement ouvrier qui « faisait la loi », en lieu et place du grand patronat, les choses n’iraient-elles pas mieux pour la masse de la population ? Voilà le genre de questions que la déclaration de Manuel Valls a suscité dans l’esprit d’un certain nombre de salariés. En cherchant à tourner « l’opinion publique » contre la CGT et les travailleurs en lutte, le premier ministre a donné matière à des réflexions politiques sur ce thème crucial : qui doit diriger la société ? Qui doit « faire la loi » ? Une minorité de grands capitalistes avides de profit et qui détruisent l’économie – ou la masse des travailleurs, qui produisent toutes les richesses ?

Encouragés par les déclarations du gouvernement et de Pierre Gattaz, les journalistes et chroniqueurs des grands médias capitalistes ont jeté leurs derniers oripeaux d’« objectivité » et rallié l’immense concert réactionnaire. Le problème de la France, voyez-vous, c’est la CGT, les « blocages », la « prise en otage » de la population par « une minorité de grévistes radicalisés » – et ainsi de suite, 24 heures sur 24, dans tous les grands médias. Prenant de vitesse Eric Zemmour, ce qui n’est pas facile, Franz Olivier Giesbert a carrément mis la CGT et Daesh dans le même sac. Mais alors, c’est qu’il faut traiter la CGT comme Daesh ! En une phrase, Giesbert a révélé le véritable objectif de « l’état d’urgence » et des mesures anti-démocratiques adoptées dans la foulée des attentats de janvier et novembre 2015. Toutes ces mesures visent non les terroristes de Daesh, mais nos droits démocratiques, les droits démocratiques du mouvement ouvrier – et notamment les « terroristes » et « voyous » de la CGT, pour citer le patron du Medef. Voilà une autre importante leçon politique échappée de la plume d’un chroniqueur bourgeois.

En poussant nos adversaires à des déclarations politiques contre les grévistes et leurs organisations, les grèves reconductibles ont eu pour effet de politiser les débats. Prenons encore un exemple. La CGT est accusée, sur toutes les ondes, de « bafouer la démocratie ». Comment ? En rejetant l’autorité du Parlement et du Président de la République, « élus par le peuple » en 2012. Les « institutions démocratiques » seraient menacées par une « minorité » de syndicalistes « radicalisés ». Mais là encore, l’argument se retourne contre ses auteurs. Premièrement, le recours au 49-3, le 10 mai dernier, a montré l’attitude du gouvernement lui-même à l’égard du Parlement. Aussi les travailleurs mobilisés déclarent-ils, désormais : « la grève, c’est notre 49-3. »

Deuxièmement, François Hollande n’avait pas fait campagne, en 2012, sur l’engagement de détruire le Code du travail. Au contraire, il avait désigné « la finance » comme son « adversaire » et promis d’améliorer le sort des salariés, des jeunes, des chômeurs et des retraités. Mais une fois au pouvoir, il a immédiatement axé toute sa politique sur les intérêts de « la finance » et du grand patronat en général, au détriment du reste de la population. Et l’on voudrait que les travailleurs – dont une majorité a voté pour Hollande en 2012 – se laissent paisiblement dépouiller après avoir été trahis, une fois de plus, par la direction du Parti Socialiste ?

Non, Hollande et Valls ne représentent pas « la majorité du peuple » ; ils représentent et servent une poignée de milliardaires ; ils végètent d’ailleurs dans des abîmes d’impopularité. Les militants de la CGT en lutte, par contre, défendent les intérêts de toute la population travailleuse. La véritable « majorité » démocratique est du côté des grévistes et de leurs organisations syndicales, non du côté de l’Elysée, du Parlement et du Medef. C’est ce que comprennent ou ressentent un très grand nombre de salariés. Les « institutions démocratiques » bourgeoises (et corrompues) en sortent encore plus discréditées qu’elles ne l’étaient déjà.

Un problème de direction

Dans un premier temps, l’offensive médiatique contre les grèves et la CGT n’a pas affecté le soutien massif dont bénéficie le mouvement. C’est ce que montrent non seulement les sondages, mais aussi le grand succès de la caisse de grève lancée par info’com-CGT : plus de 260 000 euros recueillis à ce jour. Si la direction confédérale de la CGT avait organisé une sérieuse campagne de solidarité financière avec les grévistes, ce chiffre serait sans doute beaucoup plus élevé. De plus, cela inciterait d’autres secteurs du salariat à entrer dans l’action.

Le soutien au mouvement est donc solide. Mais cela peut changer. Si les blocages et les grèves reconductibles ne se développent pas de façon significative, s’ils ne gagnent pas rapidement de nouveaux secteurs de l’économie, il est peu probable que le gouvernement recule. Alors, faute d’une perspective de victoire, le mouvement pourrait perdre du soutien dans l’opinion publique. C’est l’objectif de Valls et Hollande. Le principal danger n’est pas la propagande anti-syndicale du gouvernement, mais le relatif isolement des secteurs mobilisés.

Surtout, les travailleurs engagés dans une grève reconductible ne peuvent pas tenir indéfiniment. De par sa nature même, l’extension du mouvement doit être rapide. De ce point de vue, il faut reconnaître que la situation est contrastée. Les éboueurs et salariés du traitement des déchets sont entrés dans le mouvement. La grève est toujours solide dans des bastions tels que la Compagnie Industrielle Maritime du Havre. Chaque jour, des actions de blocage et de barrage filtrant – entre autres – sont organisées aux quatre coins du pays, notamment à l’initiative des électriciens et gaziers. Le 7 juin, un communiqué de la CGT faisait état de grèves dans 3 des 4 sites Amazon – où les conditions de travail sont notoirement mauvaises – et d’« actions reconductibles dans de nombreuses entreprises de l’agroalimentaire (Nestlé 56, Haribo Perrier 30, Jacquet 63, Tabac Le Havre…), des métaux (LME 59, Iveco Annonay 07, Peugeot Mulhouse…), du commerce (Intermarché, Leclerc 31), du verre (Verralia…) ». Toutes ces grèves sont très significatives. Elles signalent un énorme potentiel. Mais dans le même temps, le mouvement est en reflux dans les raffineries, alors qu’elles étaient toutes en grève le 24 mai. Les patrons de plusieurs raffineries se livrent à d’intenses manœuvres pour briser la grève, organisant des « consultations » par-dessus la tête des AG de travailleurs. La plupart des transporteurs routiers ont repris le travail. La grève à la SNCF n’est pas assez solide pour paralyser le trafic. Aucune perturbation importante n’est visible à la RATP.

La dynamique est donc contradictoire. Or encore une fois, le gouvernement ne reculera pas facilement : premièrement parce que la loi Travail est une contre-réforme très importante du point de vue du grand patronat ; deuxièmement parce que le gouvernement redoute qu’une victoire des travailleurs encourage de nouvelles mobilisations. C’est ce que devrait expliquer la direction de la CGT, au lieu de simplement se féliciter de la mobilisation – en ignorant ses faiblesses – et de semer des illusions sur l’impact potentiel de la journée du 14 juin (qui a été fixée à une trop grande distance du début des grèves reconductibles). En elle-même, la journée d’action du 14 juin – même si elle est puissante – ne fera pas reculer Hollande et Valls. Rappelons qu’à l’automne 2010, Sarkozy et Fillon n’ont rien cédé face à trois journées d’action rassemblant chacune plus de 3 millions de personnes dans les rues du pays. Si elle ne s’inscrit pas dans une phase d’extension des grèves reconductibles, la journée du 14 juin ne changera pas le rapport de force de façon décisive.

Il y a des limites aux « grèves par procuration » contre la loi Travail. En l’absence d’une généralisation du mouvement, les travailleurs en grève reconductible chercheront à arracher des garanties à leur employeur ou au patronat de leur branche, avant de reprendre le travail. Le gouvernement manœuvre pour favoriser ce scénario, comme on l’a vu avec les transporteurs routiers, qui ont obtenu des garanties – et comme on le voit actuellement à la SNCF et dans l’aviation civile, entre autres. Il serait absurde de le reprocher aux salariés des secteurs concernés. La responsabilité de cette situation retombe sur les directions confédérales des syndicats engagés dans le mouvement, qui ne tiennent pas suffisamment compte de la dynamique réelle de la lutte et en appellent encore « à continuer et amplifier la mobilisation sous toutes ses formes », alors que la seule « forme » de mobilisation susceptible d’arracher la victoire est désormais la grève reconductible et son extension rapide à un maximum de secteurs économiques.

Enfin, la CGT continue d’appeler à la mobilisation « pour obtenir le retrait de la loi travail (…) et pour gagner de nouveaux droits avec un code du travail du XXIe siècle. » Le retrait de la loi Travail est évidemment la revendication centrale et doit le demeurer. Il faut repousser cette offensive du gouvernement. Mais de nombreux travailleurs – notamment ceux de la Fonction publique – ne se sentent pas immédiatement menacés par cette loi, qui sur le papier ne les concerne pas directement (bien qu’en réalité tout recul dans le privé prépare des reculs dans le public). A l’inverse, dans le privé, de très nombreux salariés sont déjà confrontés aux dispositions prévues par la loi Travail. C’est pourquoi il faut intégrer à la plateforme du mouvement des revendications positives et offensives – par exemple sur les salaires ou le temps de travail – susceptibles d’entraîner de nouvelles catégories de travailleurs dans l’action. A cet égard, « de nouveaux droits avec un code du travail du XXIe siècle » est une formule beaucoup trop vague, sans contenu concret. Elle ne peut convaincre personne d’entrer dans la lutte.

Après des années de contre-réformes et d’austérité, les salariés sont disposés à se battre : c’est ce que démontre clairement le mouvement actuel. Mais face à des adversaires aussi déterminés que Valls, Hollande et Gattaz, il faut au mouvement une direction déterminée à mener la bataille jusqu’au bout, sur la base d’une stratégie offensive, qui corresponde au rapport de force réel et à la dynamique réelle de la lutte. Si cette direction fait défaut au sommet des organisations syndicales, les travailleurs et syndicalistes mobilisés sur le terrain doivent prendre eux-mêmes les choses en main. Les AG de travailleurs doivent se lier au niveau local, régional et national à travers des délégués élus et révocables, pour donner au mouvement une structure démocratique capable d’exprimer pleinement la combativité des salariés, de développer le mouvement et de passer à l’offensive. La manifestation du 14 juin, à Paris, pourrait être l’occasion d’organiser une réunion de délégués issus d’AG des secteurs mobilisés à travers le pays. Il n’y a pas de temps à perdre !

 

http://www.marxiste.org/actualite-francaise/luttes-mouvement-syndical/2017-loi-travail-forces-et-faiblesses-du-mouvement​ 

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 15:10

Jérôme Métellus

Il y a 80 ans, le Front Populaire accédait au pouvoir. En même temps, une puissante vague de grèves avec occupation déferlait sur le pays. Dès son entrée en fonction, le nouveau gouvernement faisait voter la semaine de 40 heures et les deux semaines de congés payés, entre autres. Dans la mémoire collective du mouvement ouvrier, le Front Populaire est associé à cette magnifique mobilisation des salariés et à ces réformes sociales qui, en les arrachant un peu à l’usine ou au bureau, les élevaient au-dessus du rang de simples bêtes de somme. C’est donc à juste titre qu’on célèbre, aujourd’hui, l’audace et l’énergie de ces travailleurs : ils ont écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de notre classe.

Cependant, les pages suivantes furent sombres. Deux ans et demi après son arrivée au pouvoir, le Front Populaire cédait la place à une coalition de droite, et la plupart des acquis sociaux du printemps 1936 étaient remis en cause. Un an plus tard, la classe ouvrière étouffait sous le régime de Pétain et l’occupation nazie. Pourquoi les « espoirs du Front Populaire » ont-ils été si brusquement balayés ? Qu’a-t-il manqué pour que l’impulsion révolutionnaire du printemps 1936 débouche sur une société nouvelle, débarrassée de la misère et de l’exploitation ? Il importe de répondre à ces questions, car l’histoire du Front Populaire et de son effondrement constitue une source de leçons précieuses pour tous ceux qui, aujourd’hui, luttent pour un monde plus juste.

A peine sorti de la première guerre mondiale, le capitalisme replongeait dans une crise organique qui, dès le début des années 30, portait la menace d’une nouvelle conflagration mondiale. Le marasme économique sapait les bases matérielles du réformisme et de la démocratie parlementaire. Les contradictions de classes atteignaient des sommets d’intensité. L’heure était aux révolutions et aux contre-révolutions, comme le montraient aussi bien l’offensive du mouvement ouvrier espagnol que l’écrasement des travailleurs allemands sous la botte des nazis. En France, également, l’impasse du capitalisme plaçait à très court terme le mouvement ouvrier devant l’alternative suivante : conquête du pouvoir ou dictature réactionnaire.

Dans quel état les organisations du mouvement ouvrier français abordaient-elles cette situation ? Le Parti Socialiste (SFIO) fermait les yeux sur la gravité de la crise et ses implications. Il reconnaissait en paroles la nécessité de renverser le capitalisme, mais toute sa politique était basée sur la perspective d’une modification graduelle et pacifique du régime social, à la faveur d’une majorité parlementaire de gauche. Certes, en Allemagne, cette politique avait fait faillite. Mais Léon Blum, le chef de la SFIO, s’efforçait de convaincre les masses que « la France n’est pas l’Allemagne », et qu’une offensive révolutionnaire ne serait pas nécessaire, en France, pour en finir avec la misère et le chômage.

De leur côté, les dirigeants du PCF ont pratiqué jusqu’en 1934 la politique dite de la « troisième période », qui consistait à caractériser la SFIO de parti « social-fasciste » et à refuser toute forme d’action commune avec les socialistes face aux véritables organisations fascistes, dont l’influence ne cessait de croître dans le pays. C’est cette même politique de division du mouvement ouvrier qui, en Allemagne, avait été appliquée par le plus puissant Parti Communiste de la IIIe Internationale - jusqu’à ce qu’Hitler prenne le pouvoir et pulvérise les organisations ouvrières, y compris le PS « social-fasciste ». Cette catastrophe donnait la mesure de la dégénérescence de la IIIe Internationale, dont la cause fondamentale était la dégénérescence de la révolution russe elle-même. Isolée dans un pays arriéré, la démocratie soviétique instaurée par la révolution d’Octobre avait fini par céder la place à la domination d’une caste parasitaire.

Le Front Populaire

Le Front Populaire était, fondamentalement, une alliance de trois partis : le PCF, la SFIO et le Parti Radical. La seule alliance du PCF avec la SFIO supposait donc l’abandon de la théorie du social-fascisme. Comment expliquer ce revirement de 180° ?

En dépit de leurs erreurs politiques, les dirigeants du PCF et de la IIIe Internationale ne pouvaient pas ne pas tenir compte des leçons de la catastrophe allemande. Après tout, ils n’avaient aucun intérêt à voir le fascisme prendre le pouvoir en France. Mais ici, le facteur principal ne fut pas les craintes de Thorez (dirigeant du PCF) ou de Dimitrov (chef de IIIe Internationale) : ce fut la puissante pression de la masse des travailleurs, qui aspirait instinctivement à l’unité des organisations ouvrières.

Le 6 février 1934, une manifestation fasciste tenta de marcher sur l’Assemblée nationale. Les affrontements avec les forces de l’ordre firent 17 morts et provoquèrent la chute du gouvernement. En réaction à ce coup de force, les syndicats et partis de gauche appelèrent à une grève générale pour le 12 février. La grève fut un succès. Et ce jour-là, lorsque les cortèges du PCF et du PS se rejoignirent, place de la Nation, leurs rangs se mêlèrent dans l’enthousiasme. En mettant les dirigeants du PCF devant le fait accompli de l’unité dans la rue, les travailleurs portaient un coup sérieux à la théorie du social-fascisme.

Cependant, cette unité ne recouvrait pas celle du Front populaire, qui allait, lui, jusqu’au Parti Radical. Ici, l’un des principaux facteurs fut le pacte franco-soviétique, signé à Paris le 2 mai 1935. Ce pacte n’a pas été sans conséquences sur la politique du PCF, qui était sommé de ménager l’impérialisme français. Le communiqué officiel du ministère des affaires étrangères disait : « Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sécurité ».

Cette position était en complète contradiction avec les principes de l’internationalisme révolutionnaire. A l’époque de Lénine, il eut été inconcevable que la signature d’un accord avec un gouvernement impérialiste - comme celui passé avec l’Allemagne, en 1918, à Brest-Litovsk - s’accompagne d’un soutien à la politique de la puissance impérialiste en question. Or, en 1935, la direction de la IIIe Internationale annonçait aux travailleurs de France que l’heure n’était plus au renversement de la classe capitaliste française, mais à la collaboration avec cette même classe capitaliste, de façon à ce qu’elle puisse « maintenir sa force armée au niveau de sécurité ». L’alliance des partis de gauche avec le Parti Radical - qui constituait le nœud du Front Populaire - fut l’instrument de cette politique collaborationniste.

Le Parti Radical

Les dirigeants de la SFIO et du PCF justifiaient leur entrée dans un Front avec le Parti Radical par la nécessité de s’allier aux classes moyennes (petits paysans, petits commerçants, etc.), qui constituaient l’électorat traditionnel des radicaux. Mais, en réalité, le Parti Radical n’était pas le parti des classes moyennes : il représentait les intérêts de la classe capitaliste, qui l’utilisait pour s’asservir, politiquement, les classes moyennes. Comme le disait Trotsky à l’époque, le Parti Radical était « l’appareil politique de l’exploitation de la petite-bourgeoisie par l’impérialisme », ou encore « l’aile gauche du capital financier ». L’union avec ce parti n’était pas l’union avec les classes moyennes, mais avec les grands capitalistes dont, en dépit de leur démagogie, les politiciens du Parti Radical défendaient les intérêts.

De cette alliance avec un parti capitaliste ne pouvait découler qu’un programme conforme aux intérêts du capitalisme. Les radicaux s’opposaient systématiquement à toute mesure susceptible de contrarier les « 200 familles » qui tiraient les ficelles de l’économie nationale. Le radical Daladier écrivait : « Le programme du Front Populaire ne renferme aucun article qui puisse troubler les intérêts légitimes de n’importe quel citoyen, inquiéter l’épargne, porter atteinte à aucune force saine du labeur français ». En effet, ce programme ne prévoyait, par exemple, d’autres nationalisations que celle de l’industrie militaire.

L’alliance de la gauche avec le Parti Radical était d’ailleurs en contradiction avec toute la dynamique de la situation. La crise du capitalisme et l’aggravation des contradictions de classe s’accompagnaient d’une polarisation croissante de la société - vers la gauche et vers la droite. La classe ouvrière se déplaçait rapidement vers la gauche. Quant aux classes moyennes, elles désertaient le Parti Radical au profit, soit de la gauche, soit de la droite et de l’extrême droite.

C’est ce que montra clairement le premier tour des élections législatives d’avril 1936. Alors que la SFIO maintenait son score de 1932 - malgré la scission du groupe droitier des « néo-socialistes » - le PCF passait de 780 000 à 1 470 000 voix, cependant que les radicaux en perdaient plus de 500 000. Ainsi, malgré le soutien que les dirigeants communistes et socialistes apportaient aux radicaux, les travailleurs et une partie importante des classes moyennes rejetèrent les radicaux et doublèrent les voix en faveur du parti qui se réclamait de la révolution d’Octobre.

Le deuxième tour donna une majorité absolue aux partis du Front Populaire. Le PCF passa de 10 à 72 sièges, la SFIO de 97 à 147, les radicaux de 159 à 116. Premier groupe parlementaire du Front Populaire, la SFIO envoya son chef, Léon Blum, à la tête du gouvernement. Mais au lieu de provoquer la démission immédiate du gouvernement en place, Léon Blum décida de respecter le « délai constitutionnel » d’un mois. C’était une façon de dire aux travailleurs : « nous respecterons les lois de la République capitaliste ». A quoi les masses répondirent par une mobilisation révolutionnaire d’une ampleur inédite.

L’offensive révolutionnaire

Les signes avant-coureurs de la vague de grèves de mai-juin 1936 n’avaient pas manqués. Par exemple, en août 1935, les travailleurs des arsenaux de Brest et Toulon se soulevèrent, drapeau rouge en tête, contre l’amputation de leurs salaires. Des événements similaires se sont produits à Limoges, en septembre de la même année.

Le 11 mai 1936, une grève éclate à l’usine Bréguet du Havre : 600 ouvriers occupent les bâtiments. Le 13 mai, ce sont les travailleurs de Latécoère, à Toulouse, qui occupent leurs usines. Le 14 mai, c’est le tour des usines Bloch, à Courbevoie. Les jours suivants, les grèves avec occupation se multiplient dans la métallurgie de la région parisienne. Le 24 mai, la traditionnelle célébration des Communards, au Père Lachaise, rassemble 600 000 personnes. Les radicaux y brillent par leur absence. A partir du 2 juin, le mouvement de grève s’étend à d’autres secteurs que la métallurgie et gagne l’ensemble du pays. En l’espace de 15 jours, la contagion révolutionnaire s’étend à plus de 2,5 millions de travailleurs.

Dans la mesure où elle embrasse, non seulement l’avant-garde de la classe ouvrière, mais aussi ses couches généralement passives et inorganisées, une grève de ce type constitue l’amorce classique d’une révolution. La signification des occupations n’a pas échappé aux capitalistes : il s’agissait d’une atteinte directe à la sacro-sainte propriété privée - qui, aux yeux de millions de salariés, cessait justement d’être sacro-sainte. Les travailleurs indiquaient qu’ils voulaient être les maîtres là où ils n’avaient jusqu’alors été que des esclaves. La question était posée devant tous : « Qui doit contrôler l’économie : les capitalistes ou les travailleurs ? » Dans un tel contexte, un parti révolutionnaire aurait pu pousser à la création de conseils ouvriers, liés les uns aux autres de l’échelon local jusqu’au national, et socialiser l’économie sur cette base.

Que firent le PCF, la SFIO et la CGT ? Leurs militants de base, et en particulier ceux du PCF et de la CGT, étaient largement impliqués dans le mouvement. Mais leurs dirigeants furent, comme les capitalistes, pris de panique. Le 3 juin, avant même de prendre ses fonctions comme ministre de l’Intérieur, le député socialiste Roger Salengro déclarait à l’Assemblée : « Que ceux qui ont pour mission de guider les organisations ouvrières fassent leur devoir. Qu’ils s’empressent de mettre un terme à cette agitation injustifiée. Pour ma part, mon choix est fait entre l’ordre et l’anarchie. Je maintiendrai l’ordre contre l’anarchie ». Selon lui, l’« ordre », c’était l’anarchie capitaliste, et l’« anarchie », la lutte pour l’ordre socialiste !

Les dirigeants du PCF, qui s’étaient engagés à soutenir le gouvernement Blum « sans réserves et sans éclipses », pesèrent de toute leur autorité pour ramener « l’ordre » que réclamaient Salengro et les chefs radicaux. De concert avec Léon Jouhaux, le chef de la CGT réunifiée, Maurice Thorez décréta que les objectifs de ce mouvement étaient « purement économiques », et que toute autre interprétation ne pouvait être que le fait de provocateurs ou d’irresponsables. Après que, dans la nuit du 7 au 8 juin, les représentants du grand patronat eurent signé l’Accord de Matignon - qui prévoyait, entre autres, la semaine de 40 heures, les deux semaines de congés payés et une augmentation des salaires de 7 à 15 % - Thorez déclara : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ». Or, au même moment, de nouvelles grèves avec occupation éclataient, notamment dans les Grands Magasins parisiens. Mais les directions de la CGT, de la SFIO et du PCF parvinrent, au cours du mois de juin, à faire rentrer le mouvement dans le canal des « revendications économiques ». La grève s’estompa peu à peu - non sans que, dans certains cas, le Front Populaire ne mobilise la police pour mettre un terme aux « troubles ».

La contre-révolution relève la tête

On entend souvent l’idée que les grèves de mai-juin 1936 furent suscitées par les « espoirs » que les travailleurs avaient placés dans le Front Populaire, au lendemain de sa victoire électorale. En fait, il serait plus juste de dire que les grèves furent provoquées par le manque de confiance des masses dans la capacité du Front Populaire à briser la résistance patronale. Elles se méfiaient tout particulièrement des radicaux. Elles voulaient, à leur manière, « aider » le Front Populaire à prendre des mesures décisives contre les capitalistes. Les dirigeants du Front refusèrent cette aide de toute leur force. Mais en obtenant du patronat des concessions qui allaient plus loin que le programme du Front Populaire, les travailleurs ont prouvé, une fois de plus, que les véritables réformes sont toujours des sous-produits de révolutions.

La classe dirigeante n’avait fait des concessions que parce qu’elle craignait de tout perdre. Cependant, la vague révolutionnaire passée, elle conservait toujours le contrôle de l’économie, et s’en servit pour reprendre d’une main ce qu’elle avait dû lâcher de l’autre. La mécanique parlementaire - avec son Sénat, son administration bureaucratique, etc. - lui permettait de saboter l’action gouvernementale. Par ailleurs, la fuite des capitaux menaçait le gouvernement Blum de banqueroute. Cédant à la pression, il procéda à une dévaluation du Franc, accentuant ainsi un mouvement d’inflation qui annula rapidement les augmentations de salaires consenties en juin 1936.

Faute de s’attaquer au pouvoir économique de la classe dirigeante, Blum fut condamné à l’impuissance et, en juin 1937, démissionna. Les gouvernements qui suivirent glissèrent toujours plus vers la droite. Les grèves étaient durement réprimées, notamment celles que déclencha, en novembre et décembre 1938, la remise en cause des 40 heures par le gouvernement du radical Daladier. Démoralisé et paralysé par ses propres dirigeants, le mouvement ouvrier fut entraîné sur la voie de la guerre, puis finalement atomisé par le régime de Pétain, en 1940. « Révolution socialiste ou dictature réactionnaire » : la perspective dessinée par Trotsky, dès 1934, prenait corps dans les ruines d’un des plus grands mouvements révolutionnaires que la France ait connu. Il faudra attendre l’insurrection contre l’occupation allemande, en août 1944, pour que la classe ouvrière se relève de cette défaite et retrouve sa confiance en ses propres forces.

Révolution, http://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/661-il-y-a-70-ans-le-front-populaire

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 05:08

Le projet de loi présenté au Conseil des Ministres va arriver à l’Assemblée Nationale. C’est sous la pression de la mobilisation sociale des jeunes et des salariés que le débat va s’ouvrir. La journée du 24 mars a été une nouvelle démonstration de rejet du projet de loi El Khomri. Cette nouvelle étape annonce un 31 mars massif, puissant. Déjà des propositions sont faites à l’Assemblée pour une autre logique : une réelle amélioration du Code du travail, la valorisation du CDI, le renchérissement des heures supplémentaires, la réduction du temps de travail…

Mobilisation sociale et débat parlementaire sont désormais liés. La majorité de gauche à l’Assemblée peut produire un autre projet, rejeter celui proposé par Valls-Macron-El Khomri. En articulant pétition de masse (loi travail-non merci) , mobilisation dans la rue et débats parlementaires, on peut gagner.

Rien n’est plus important que de renforcer la mobilisation sociale

C’est de la mobilisation, en premier lieu, que dépend le sort du projet de loi El Khomri. Si elle n’est pas retirée, c’est le démantèlement du Code du travail. Si elle est retirée, c’est alors la possibilité, à l’inverse, d’une loi de progrès social pour l’emploi renforçant les droits, encadrant la précarité pour la faire baisser, améliorant les conditions de travail…

Aider à la réussite du 31 mars, c’est le rôle de toutes celles et tous ceux qui sont opposés à la régression sociale. Au-delà du 31 mars, il y aura d’autres échéances de mobilisation à construire tout au long du débat parlementaire. Et pourquoi pas des manifestations, dans toute la France un samedi ou un dimanche pour favoriser la participation de toutes et de tous ? Le 80e anniversaire de la victoire du Front populaire en mai peut coïncider avec une nouvelle journée de mobilisation. Une célébration vivante, 80 ans après, de mai-juin 1936. Le signe que de nouvelles conquêtes sociales sont possibles.

Ouvrir, ensemble, une perspective politique

Ce lien entre mobilisation sociale et 80e anniversaire du Front Populaire, c’est le moyen de faire le lien entre mobilisation sociale de 2016 et perspectives politiques en 2016-2017. La mobilisation a besoin d’un débouché et peut y aider. Il y a certes le débat parlementaire sur la loi El Khomri, pour une loi de progrès social. Mais il y a aussi besoin de débattre plus largement des bases d’une politique alternative. Car avec le rejet de la loi Valls-Macron-El Khomri s’exprime aussi plus globalement le rejet d’une politique économique et sociale pro-libérale, le rejet du néo-conservatisme illustré par l’état d’urgence et le débat sur la déchéance de nationalité.

Le fonctionnement institutionnel de la Ve République est lui aussi mis en cause : refus du 49-3, de la prééminence de l’exécutif, besoin d’être représentés et entendus.

Débattre d’une plateforme politique de toute la gauche et des écologistes est la seconde tâche des socialistes. Les exigences du peuple de gauche sont nombreuses, elles doivent s’exprimer ! C’est l’urgence à gauche. Débattons-en dans des milliers de débats citoyens, avec les jeunes et les salariés mobilisés. C’est sur cette base que pourront se décliner les mesures d’urgence d’une majorité et d’un gouvernement rose, rouge, vert. L’heure n’est pas aux jeux politiciens, au bal des égos. L’heure n’est pas aux candidatures. Il faut préalablement discuter, et partager dans des forums, les bases et les orientations communes que de telles candidatures pourraient ensuite porter.

Organisons partout des réunions en ce sens, créons des collectifs ouverts, pluralistes…

Ensuite seulement, et avec la dynamique créée, ce sera le temps des primaires de toute la gauche pour 2017, des candidatures communes aux législatives. Et trouver le bon, les bons candidat-e-s.

Priorité à la mobilisation, priorité au débat citoyen pour un projet alternatif et des mesures d’urgence. Priorité à l’unité dans nos entreprises, nos lycées, nos facs, nos villes pour gagner.

 

www.democratie-socialisme.org

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 19:49

Prosterné devant l’Union Européenne et le MEDEF, le gouvernement, avec la complicité de L. Berger, le patron de la CFDT, a tenté de dynamiter la mobilisation en présentant une version légèrement modifiée de la loi «travail». Mais le fond de la loi reste le même, une destruction des dernières garanties collectives offertes aux salariés par le Code du Travail. En 1995, Juppé avait procédé de la même façon en tentant de briser le mouvement de grève avec l’aide de Notat, la patronne du syndicat «réformiste». En 2003 la CFDT a poignardé dans le dos les mouvements de protestation contre différentes réformes du gouvernement exigées par Helmut Kohl (retraites des fonctionnaires, régionalisation des TOSS) ; idem en 2007 (retraites des cheminots), en 2010 (retraite à 62 ans), mais aussi l’A.N.I. (préciser ce que ça veut dire), la baisse des indemnisations chômage dans le cadre des ASSEDIC, le report de fait de la retraite à 63 ans dans le cadre de la négociation AGIRC-ARCO sur les complémentaires.

On se souvient aussi de la manière dont a été trahi le mouvement des sidérurgistes de Florange quand leur chef de file cédétiste, le dénommé Martin, est soudain devenu le chef de file du PS aux européennes en Lorraine. Déjà dans les années 80, le père de François Chérèque, alors leader des sidérurgistes CFDT, avait été nommé superpréfet de Lorraine par Mitterrand pour que le pouvoir puisse tranquillement fermer la sidérurgie française en échange de quelques «investissements » d’État dans cette région, notamment un… Parc des Schtroumpfs qui a fermé à peine ouvert !

Dans l’Éducation nationale, le SGEN-CFDT est lui aussi de toutes les contre-réformes sous couvert de «modernité»; notamment il a soutenu la contre-réforme Fillon, la contre-réforme Chatel et la contre-réforme des collèges avec ses amis de l’UNSA dont les liens avec le PS sont transparents. N’oublions pas non plus les innombrables cas où la CFDT nationale a tiré dans le dos des grévistes CGT, FO et SUD, notamment à la SNCF ou à Air-France, renchérissant même sur les insultes de Valls contre les cégétistes qui ont eu le malheur de bousculer un coupeur de tête patronal : une chose est de ne pas faire grève, une autre de briser la grève d’autrui et d’aller ensuite se présenter aux salariés comme celui qui a obtenu des concessions alors que le gouvernement a pris appui su vous pour casser le mouvement au prix de concessions anecdotiques…

 

Alors que l’adoption du projet Valls / Macron, El Khomri détruirait le Code du travail, annoncerait la casse du statut de la fonction publique et de ce fait, affaiblirait décisivement la capacité ultérieure de lutter et de faire grève des salariés français, la Commission Luttes et syndicalisme du PRCF appelle les communistes, les travailleurs conscients, les syndicalistes DIGNES DE CE NOM :

 

- A rejeter tout rapprochement des syndicats engagés dans l’action avec les directions nationales de la CFDT et de l’UNSA, ces cheval de Troie du patronat, de l’UE et du gouvernement. Bien entendu, nous ne confondons pas les états-majors syndicaux qui trahissent la classe ouvrière avec les militants de base et les adhérents sincères de la CFDTet de l'UNSA qui luttent à nos côtés.

 

- Appelle les travailleurs, les syndicats, les étudiants à construire en bas, dans les mobilisations, les conditions du «tous ensemble en même temps et jusqu’au bout», avec un vrai calendrier de luttes débouchant sur le blocage des profits patronaux, ce qui permettra de battre les sociaux-traitres au pouvoir et leurs collabos de la droite et des «syndicats » jaunes.»

 

D'UNE SEULE VOIX

31 MARS 2015

MANIFESTATION NATIONALE A PARIS

POUR LE RETRAIT TOTAL DE LA « LOI TRAVAIL » de

Valls – Macron – El Khomri - UE

 

PRCF – INFO LUTTES

N° 12 – SEMAINE DU 21 AU 27 MARS 2016

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 18:45

25 mars 2016 Révolution

 

L'annonce du projet de loi Travail a suscité une hostilité immédiate et massive. A cela deux raisons fondamentales : 1) Cette loi est une offensive majeure contre les salaires et les conditions de travail de millions de personnes ; 2) Cette offensive intervient après des années de crise économique, de régression sociale et de contre-réformes. La coupe est pleine !

 

Face à la mobilisation des travailleurs, des lycéens et des étudiants, le gouvernement manie la carotte et le bâton : la carotte pour les dirigeants syndicaux (dégel du point d'indice des fonctionnaires, "concessions" à la CFDT), le bâton contre les jeunes (violences et provocations policières du 17 mars). Le gouvernement a très peur de la mobilisation des jeunes, parce qu'elle peut jouer un rôle important dans la radicalisation de l'ensemble des travailleurs. Toute l'histoire du mouvement ouvrier international en atteste - à commencer par la révolution de Mai 68, en France.

 

Lors de cette réunion publique, nous discuterons des perspectives pour le mouvement contre la loi Travail et des moyens de garantir sa victoire, à la lumière des grandes luttes passées : CPE, Mai 68...

 

Venez nombreux !

 

 

Mardi 29 mars à 18h

Maison des Initiatives Etudiantes - Salle du conseil, 2e étage
50 rue de Tournelles - Métro Bastille ou Chemin-Vert

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 19:55

 

17 mars 2016

Jérôme Métellus (PCF Paris)

 

À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, les grands médias veulent enfermer ce scrutin dans une compétition entre trois candidats, trois partisans du système, trois fidèles serviteurs des riches et des puissants : Hollande (ou Valls), Juppé (ou Sarkozy) et Marine Le Pen. Les autres candidats ne seraient dignes d’intérêt que comme « réserves de voix » pour les qualifiés du deuxième tour. Dans cette configuration, Marine Le Pen jouerait le rôle habituel d’épouvantail au premier tour (pour voter PS) et, le cas échant, au deuxième tour (pour voter PS ou Les Républicains). Alors, tout irait pour le mieux dans la meilleure des démocraties bourgeoises.

La classe dirigeante espère que cela permettra au candidat des Républicains de l’emporter face à un PS très affaibli par le bilan économique et social du gouvernement. Mais cette perspective – comme d’ailleurs celle d’une victoire de Hollande ou consorts – suscite très peu d’enthousiasme dans la masse des jeunes et des travailleurs. La majorité d’entre eux rejette à la fois Les Républicains et le PS, comme on l’a vu aux élections régionales de décembre dernier. L’abstention réelle, au premier tour, s’élevait à plus de 55 % (et plus de 70 % chez les jeunes). Comment s’en étonner ? Depuis des décennies, la « gauche » et la droite se succèdent au pouvoir sans que rien ne change – sinon en pire, en particulier depuis la crise de 2008.

Au fil des années, des coupes budgétaires et des plans sociaux, d’énormes quantités de colère et frustration se sont accumulées sous la surface de la société. Elles peuvent exploser à tout moment. A l’heure où nous bouclons ce numéro de Révolution, les manifestations du 9 mars contre la loi Travail promettent d’être importantes. Un mouvement social de très grande ampleur est tout à fait possible. Cela changerait radicalement l’ambiance politique dans le pays – et pourrait contribuer à balayer le scénario électoral élaboré par la classe dirigeante, pour 2017. Dans tous les cas, la situation politique actuelle se caractérise avant tout par son extrême volatilité. Les scénarios écrits d’avance n’en sont que plus douteux.

La crise du Front de Gauche

Après des années de crise économique, de politiques d’austérité et de croissance du chômage, la colère s’est essentiellement exprimée, sur le plan électoral, par une abstention massive et une poussée du Front National. Or, il est évident qu’une cristallisation politique sur la gauche du PS est non seulement possible, mais même inévitable, à un certain stade. Si elle n’a pas encore eu lieu, c’est surtout parce que les dirigeants du Front de Gauche n’ont pas été à la hauteur de la situation. Le succès de la campagne de Mélenchon, en 2012, était plein de promesses. Mais dès les élections municipales de mars 2014, le Front de Gauche s’est profondément divisé. Le PCF s’est compromis dans des alliances au premier tour avec le PS, pendant que le Parti de Gauche s’alliait aux Verts (qui étaient au gouvernement). Après quoi les divisions ont continué, tout comme les alliances et manœuvres opportunistes avec le PS et les Verts.

Il a donc manqué, en France, ce qui a surgi en Grèce (Syriza), en Espagne (Podemos) et en Grande-Bretagne (Corbyn) : un véhicule politique permettant à la colère des masses de s’exprimer sur la gauche. Certes, le cas de Syriza montre que d’autres problèmes se posent ensuite ; nous y reviendrons plus loin. Mais l’expérience de ces trois pays souligne l’extrême rapidité du processus de cristallisation de gauche, dès lors que les conditions sont réunies. En France, il y a un large espace politique vacant sur la gauche du PS. Cet espace est d’ailleurs aujourd’hui bien plus important qu’en 2011-2012, car la politique du gouvernement Hollande a détruit les dernières illusions de millions d’électeurs dans la direction du PS.

La présidentielle de 2017 va susciter énormément d’intérêt dans la population. Et comme nous venons de l’expliquer, une candidature d’opposition de gauche au PS aurait beaucoup de potentiel, à condition d’être suffisamment offensive et radicale. Des dizaines de milliers de militants du Front de Gauche sont prêts à se jeter dans la bataille. Malheureusement, la division du Front de Gauche a franchi une nouvelle étape. Pour 2017, nous faisons face à deux initiatives très divergentes : la direction du PCF propose des « primaires de la gauche », pendant que Jean-Luc Mélenchon avance sa candidature sous la bannière d’un nouveau mouvement à construire : « La France insoumise ».

L’erreur primaire des dirigeants du PCF

Pierre Laurent et la direction du PCF soutiennent l’idée d’une « primaire » à laquelle pourrait participer tout ce que « la gauche » compte d’opportunistes, de réformistes modérés et d’ex-ministres du gouvernement Hollande. C’est une erreur flagrante qui suscite beaucoup de doutes dans les rangs du parti. Elle sème le trouble jusqu’au sommet : plusieurs dirigeants nationaux, dont Marie-George Buffet, ont fait connaître leur opposition à cette démarche.

L’essentiel a été dit, notamment par Mélenchon, contre ce projet de « primaires de la gauche ». Y participer implique de s’engager publiquement à soutenir le vainqueur du processus, même si ses idées, son programme et son parcours ne sont pas à la hauteur de la situation. C’est pour le moins risqué. Imaginons par exemple que Cécile Duflot, girouette notoire et ex-ministre du gouvernement Hollande, se présente à la primaire et, par malheur, l’emporte. Le PCF devrait alors faire campagne pour une candidate qui a soutenu pratiquement toutes les lois réactionnaires depuis 2012 ? La même question se pose aussi, bien sûr, à propos des girouettes Hamon, Aubry, Montebourg – et tant d’autres.

« C’est de la folie », se disent bien des militants du Front de Gauche. Oui, mais comme l’écrivait Shakespeare au sujet d’Hamlet, « il y a de la méthode dans cette folie ». Il y a une logique sous-jacente, la même qui est à l’œuvre dans la plupart des erreurs de la direction du PCF. Cette logique découle du lien de dépendance organique, bureaucratique, entre l’appareil du PCF – élus, permanents, finances – et celui du PS. C’est ce qui explique que Pierre Laurent se soit révélé incapable de rompre clairement avec le PS, ces dernières années, malgré la politique réactionnaire du gouvernement Hollande. Et de ce point de vue, Mélenchon pose désormais un problème à la direction du PCF, car il tire à boulets rouges sur la direction du PS et rejette les alliances avec ce parti. Avec les primaires, Pierre Laurent botte en touche et espère qu’un candidat providentiel, moins hostile au PS, offrira une alternative crédible à Mélenchon. C’est loin d’être évident.

Pierre Laurent lui-même sera-t-il candidat aux primaires ? Il l’évoque avec un enthousiasme très modéré. De la base au sommet du parti, rares sont ceux qui s’enthousiasment à l’idée d’une telle candidature. Une minorité de militants réclamera une candidature issue du PCF. Mais laquelle ? Obnubilé par la sauvegarde de son réseau d’élus, l’appareil du PCF n’a pas été capable, ces dix dernières années, de faire émerger des dirigeants comparables à Mélenchon, comme orateurs et débatteurs. C’est un fait reconnu et déploré par bien des militants communistes. Et ils savent que dans une élection présidentielle, les capacités du candidat ne sont pas un facteur secondaire.

En même temps qu’elle se lance dans le pari désespéré des primaires, la direction du PCF annonce plus ou moins la fin du Front de Gauche. Mais dans la conscience de millions de personnes, le Front de Gauche a acquis une existence indépendante des dirigeants du PCF. De nombreux militants, sympathisants et électeurs du Front de Gauche ne veulent pas y renoncer à la légère – d’autant que pour toute alternative, on les met devant le fait accompli de deux stratégies contradictoires pour 2017 : les primaires ou Mélenchon. Et on leur demande de choisir l’un ou l’autre camp, sans avoir même organisé des débats internes rassemblant toutes les forces du Front de Gauche. Ce n’est pas sérieux et pas démocratique.

La candidature de Mélenchon

Fort de sa notoriété, qui dépasse de loin celle de tout autre dirigeant de la « gauche radicale », Mélenchon espère cristalliser un mouvement politique massif autour de sa candidature. Il l’a annoncée à 14 mois du vote pour donner à ce mouvement le temps de se construire. Cependant, cette démarche soulève plusieurs problèmes.

Mélenchon présente sa candidature comme « hors partis » – tout en invitant les partis et organisations de gauche à le soutenir. Le fait est qu’à la différence de sa campagne de 2011-2012, il n’est pas soutenu par l’appareil du PCF. Par ailleurs, le Parti de Gauche soutient sa candidature, mais ce parti est en crise et ne compte tout au plus que 2 à 3000 militants actifs. Mélenchon est donc « hors-parti »… faute de parti donnant d’emblée à sa campagne une large base militante. D’où sa volonté de lancer un nouveau mouvement, « la France insoumise ».

Aux journalistes et adversaires qui soulignent son « isolement », Mélenchon répond qu’il a immédiatement reçu le soutien de dizaines de milliers de sympathisants, via le site de sa campagne, et qu’il fait salle comble dans ses réunions publiques. Encore une fois, la notoriété de Mélenchon est indiscutable. Elle découle à la fois de ses capacités personnelles et d’une certaine radicalité de son discours. Mais lorsqu’il dit s’adresser au « peuple » indépendamment des partis, cela pose un problème évident. Le « peuple » – entendu comme la masse des exploités et des opprimés – n’est pas politiquement homogène. Il est traversé par toutes sortes d’idées contradictoires, y compris réactionnaires. Dès lors, ses couches les plus conscientes et les plus militantes doivent se regrouper dans une organisation impulsant et dirigeant la mobilisation des couches retardataires. C’est justement ce qu’on appelle un parti. Il est vrai qu’aujourd’hui les partis sont souvent discrédités, comme Mélenchon le souligne. Mais ce n’est pas une raison pour y renoncer. D’ailleurs, Mélenchon lui-même n’y renonce pas, puisque ses « comités de soutien » sont animés par des militants du Parti de Gauche, à ce stade.

Personne n’a encore trouvé le moyen d’organiser une lutte politique sérieuse contre le système capitaliste, son appareil d’Etat, ses partis et ses médias sans développer un mouvement politique regroupant non tout « le peuple », mais d’abord sa couche la plus consciente et la plus déterminée. La campagne de Mélenchon ne sera vraiment utile – et ne peut être couronnée de succès – que si elle contribue à faire avancer l’organisation politique de la jeunesse et du mouvement ouvrier dans sa lutte contre le capitalisme en crise. Car cette lutte ne s’arrêtera pas le 7 mai 2017, quel que soit le vainqueur de l’élection.

Pour une discussion démocratique du programme

Ceci pose la question du contrôle démocratique de la campagne de Mélenchon. Les jeunes et les travailleurs qui s’impliquent dans une campagne électorale doivent avoir leur mot à dire, participer à l’élaboration du programme et des initiatives. En particulier, la question du programme que va défendre Mélenchon ne peut pas être laissée à sa seule appréciation.

Mélenchon dit qu’il veut reprendre et « compléter » le programme du Front de Gauche de 2012, L’Humain d’abord, qui s’était vendu à plus de 400 000 exemplaires. C’est un bon point de départ. Mais qui décidera ce qui doit être modifié, dans ce programme ? Et suivant quel processus démocratique sera-t-il modifié ? Les contributions individuelles postées sur le site internet de « la France insoumise » ne suffisent pas. Le programme doit être collectivement débattu et amendé par les militants – à commencer par ceux du Front de Gauche qui sont prêts à y prendre part. Une « Conférence nationale » pourrait marquer l’aboutissement d’un tel processus démocratique, qui permettrait d’impliquer un maximum de militants et sympathisants.

Une large discussion sur le programme est d’autant plus nécessaire que, depuis 2012, des événements politiques majeurs ont eu lieu à l’échelle internationale. Il faut en tirer les leçons, notamment programmatiques. Prenons l’exemple de la crise grecque. Lors de la victoire électorale de Syriza, en janvier 2015, tous les dirigeants du Front de Gauche – Mélenchon compris – soutenaient le programme réformiste et la démarche d’Alexis Tsipras, qui se proposait de négocier avec la « troïka » l’allègement de la dette publique grecque et la mise en œuvre d’un programme ambitieux de réformes progressistes. On connait la suite : la « troïka » a refusé toute négociation et exigé de Tsipras qu’il renonce à son programme social au profit d’un troisième Mémorandum. Le premier ministre grec a capitulé le 13 juillet et, depuis, soumet le peuple grec à un nouveau régime d’austérité drastique.

Quelles leçons doit-on tirer de ce revirement brutal ? Mélenchon explique qu’il faut « rompre avec les traités européens ». Ces traités sont réactionnaires ; ils doivent être rejetés. Mais ils ne sont qu’une expression politique du capitalisme européen. Il faut donc rompre avec le système réactionnaire – le capitalisme – sur lequel reposent ces traités. Il faut trancher la question : qui doit diriger l’économie ? Les travailleurs, qui produisent tout – ou quelques centaines de grandes familles capitalistes avides de profits ? Tsipras a capitulé parce qu’il a refusé de s’engager dans la seule voie lui permettant de réaliser son programme : l’expropriation des grands capitalistes grecs, la répudiation de la dette publique et un appel aux autres peuples d’Europe pour qu’ils suivent cette voie.

Les choses se poseront dans les mêmes termes en France. Il ne sera pas possible d’enrayer la régression sociale et d’engager des réformes progressistes sur la base du capitalisme en crise, c’est-à-dire tant que l’économie sera dominée par une poignée de parasites géants. Cette idée manquait au programme L’Humain d’abord. Il faut l’y introduire.

Conclusion

Jean-Luc Mélenchon est la figure la plus connue et la plus appréciée du Front de Gauche. Il est capable de défendre avec vigueur et fermeté les victimes du capitalisme, comme il l’a fait à l’occasion du lynchage médiatique des travailleurs d’Air France, en octobre dernier. Il a aussi bien des défauts politiques ; c’est du moins notre point de vue, comme marxistes. Mais en l’absence d’une candidature alternative crédible, celle de Mélenchon ne devrait pas poser de problèmes aux organisations du Front de Gauche. Si la direction du PCF refuse de soutenir Mélenchon, ce n’est pas parce qu’elle vibre d’un authentique enthousiasme pour les « primaires », mais parce qu’elle considère que Mélenchon est trop à gauche, et notamment trop agressif à l’égard du PS.

Les militants communistes ne peuvent pas accepter cette situation. Quoi qu’ils pensent de Mélenchon, ils doivent exiger de leurs dirigeants qu’ils renoncent aux « primaires de la gauche ». Ce serait un premier pas important vers une candidature unitaire du Front de Gauche. Mais il y en a un deuxième, lui aussi indispensable : Mélenchon doit faire en sorte que sa campagne, son organisation et son programme soient sous le contrôle des militants qui s’engagent, sur le terrain, pour faire émerger une alternative de gauche à l’austérité permanente. C’est une condition sine qua non de son succès.

http://www.marxiste.org/actualite-francaise/front-de-gauche/1968-les-primaires-de-la-gauche-melenchon-et-la-presidentielle-de-2017

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 14:13

« Nous sommes en guerre » affirmait il y a quelques semaines le premier ministre entre deux coups de menton… Il avait raison. Ce gouvernement, directement aux ordres du Medef et de l'UE, livre une guerre sans limite contre tous les acquis que le peuple avait su arracher lors de luttes mémorables et de rapports de force solidement installés, mettant sur la défensive le pouvoir patronal en 1936, en 1944-45 ou encore en 1968.

 

Tandis que les grosses entreprises et les gros actionnaires sont gavés de subventions publiques et autres exonérations, l'agriculture familiale comme l'artisanat sont laminés et les classes populaires condamnées à la dégradation continue de leurs conditions de vie : emploi, salaires, santé, logement, éducation, transports, culture, associatif, tout est passé à la moulinette euro-patronale pour construire une société du profit et de l'opulence d'un côté et pour le plus grand nombre de la précarité, de l'insécurité, de l'isolement, de la misère. Et les travailleurs comme ceux d'Air France ou de Goodyear qui entendent faire respecter leurs droits sont pourchassés, arrêtés et condamnés !

 

Il y a quelques mois, le ministre grec des finances avait vendu la mèche, révélant que derrière la Grèce, c'était directement la France, ses conquêtes sociales et son peuple frondeur qui étaient dans le collimateur de l'UE et des forces capitalistes dominantes, apparaissant comme le dernier verrou au totalitarisme du capital qu'entendent imposer les maîtres de l’Europe. Ce n'était d'ailleurs pas vraiment une révélation...

 

Aujourd'hui, une nouvelle étape est franchie avec la loi El Khomri précédée des lois Macron et du rapport Badinter (le mari de la milliardaire du même nom, celle qui préside le conseil de surveillance de Publicis). C'est tout bonnement le code du travail que le gouvernement entend brûler et avec lui les acquis de décennies de lutte, permettant au patronat d'exploiter ses salariés comme il le faisait au 19ème siècle et comme il continue à le faire en délocalisant. C'est la loi du capitalisme, la loi du marché, de l'Euro et de la « concurrence (soi-disant) libre et non faussée ».

 

Le pouvoir comptait sur le « syndicalisme rassemblé » et la complicité de certaines directions syndicales habituées à la compromission, CFDT en tête, et le très consensuel communiqué intersyndical des confédérations, le 23 février dernier semblait lui donner raison.

 

Mais il risque de tomber sur un os.

 

Cet os, c'est la colère populaire qui depuis quelques mois prend peu à peu la place du découragement. Le ras-le-bol de cette société de plus en plus inhumaine, des mensonges et contre-vérités proférés sans aucune pudeur par des médias complètement contrôlés par les forces de l'argent, de cette justice de classe qui condamne les syndicalistes mais qui annule les procédures contre les puissants, de cette France d'en-haut, des palais dorés et des beaux quartiers qui suinte de son mépris et de sa peur du peuple,... ce ras-le-bol est sensible dans tout le pays.

Il est prêt à se cristalliser à partir de l'attaque en règle que constitue la destruction du code du travail.

 

D'ores et déjà : de nombreuses organisations syndicales de base (jusqu'à des fédérations CGT) réclament la construction sans attendre du « tous ensemble » ; les organisations de jeunesse et d'étudiants semblent vouloir reprendre le chemin gagnant de la lutte contre le CPE en 2006 ; une pétition contre la loi El Khomri a été signée par des centaines de milliers de personnes ; un appel à la grève générale le 9 mars lancé sur internet et ayant lui aussi recueilli des dizaines de milliers de signatures en quelques jours a été repris à son compte par de larges secteurs de la CGT….

Dans le même temps, une grève est prévue le 9 mars à la SNCF et à la RATP, une autre est en préparation dans la FP pour le 22 mars, tandis que les organisations syndicales nationales semblent vouloir opter de manière très floue pour une « journée d'action » le 31 mars. Sans oublier bien sûr les nombreuses initiatives des comités Goodyear un peu partout dans le pays et qui appellent à lier la défense des libertés démocratiques et syndicales à la construction d'un « tous ensemble » si nécessaire.

 

Dans ce contexte de montée des luttes, oui la France des travailleurs, celle qui de la Révolution Française à 1968 ou 1995 en passant par la Commune ou la Résistance fait peur aux puissants, peut mettre un coup d'arrêt à l’offensive de « l'aristocratie des riches » comme l'appelait déjà Robespierre.

 

L'expérience des 20 années de défaites successives doit être un guide pour l'action. Pas question que se répètent les précédents de 2003 ou 2010 où le syndicalisme de sommet avait dès le départ annoncé qu'il ne voulait pas bloquer les profits, où les journées d'actions avaient été espacées et les secteurs en pointe laissés isolés et sans soutien. Les manœuvres de la CFDT ont déjà commencé et le report annoncé du texte doit être l'occasion d'approfondir la mobilisation, pas de laisser le temps au gouvernement et au syndicalisme d'accompagnement de faire diversion.

 

Pour gagner contre les régressions en cours, contre ce pouvoir qui s’assoit sur ses promesses de campagne et la souveraineté populaire et qui envoie nos camarades de la CGT Goodyear en prison, c'est un mouvement tous ensemble en même temps, comme en 1936, que nous devons préparer en faisant converger la colère et les revendications, en associant toute les forces syndicales, associatives, politiques prêtes à se jeter dans la bataille, en s'assurant que la volonté de ceux d'en bas soit suivie par ceux qu'ils ont chargés de les représenter.

 

Face aux immenses périls qui menacent les travailleurs, l'heure des grandes mobilisations a sonné.

Pour le 9 mars et ce printemps 2016, faisons monter ces mots d'ordre : « Tous ensemble » contre la casse du code du travail qui soumettrait totalement les travailleurs au patronat, contre la politique euro-formatée du gouvernement et du Medef, pour les libertés syndicales, pour commencer à avancer à nouveau sur la voie d'une société fraternelle, basée sur les besoins et les aspirations du peuple.

 

A partir du potentiel de résistance encore bien vivace dans le pays comme en 2003, en 2010 ou en 2005 avec le Non populaire à la Constitution européenne, construisons le « tous ensemble » pour gagner et ouvrir enfin des perspectives progressistes !

 

Front Syndical de Classe, 1er Mars 2016

 

 

frontsyndical.classe@laposte.net

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 13:47

Par Patrick Le Hyaric

 

Depuis des mois, les alertes de nombreux spécialistes et de nos institutions n’ont pourtant pas manqué. On avait peine à l’imaginer. Et pourtant ! Vendredi soir, des loups sont une nouvelle fois entrés dans Paris et Saint-Denis, provoquant un horrible carnage et irriguant les rues d’un sang innocent. L’effroi, l’émotion et le chagrin continuent d’envahir la France et, au-delà, le monde entier.

 

Chacun reste abasourdi par ce drame innommable. Jamais depuis la Libération, notre pays n’avait eu à faire face à un tel déchainement de violence à des attaques suicides menées simultanément en différents endroits de la région capitale. Jamais la France n’avait pleuré autant de victimes d’actes terroristes. Ces criminels ne font aucune distinction d’origine ou de religion. Ils frappent l’humanité.

 

Moins d’un an après les crimes barbares contre Charlie Hebdo et à l’hyper casher de Vincennes, nous voici à nouveau pris dans le redoutable tourbillon de la terreur fanatique. Cette fois, aucun symbole politique ou religieux sous le feu des assassins mais une foule heureuse, vivante, jeune et festive qui contraste tant avec le visage hideux du fondamentalisme. Un palier supplémentaire vient d’être franchi dans la barbarie qui frappe indistinctement au cœur des lieux où s’ébat la vie : au bar, au restaurant, au concert ou au stade. Il s’agit bien d’un acte de guerre au cœur de notre société, d’une insondable cruauté.

 

La solidarité qui s’est levée le soir même, des hôpitaux débordés par l’afflux de donneurs du sang à l’expression intense de liens solidaires sur les réseaux sociaux en passant par les portes ouvertes de centaines de foyers, incarne cette résistance morale qui réchauffe autant nos cœurs qu’elle donne confiance en l’avenir. L’efficacité des services publics de sécurité, de santé, de protection civile, des fonctionnaires territoriaux fut exemplaire. Ils étaient ce soir-là l’expression d’une nation solidaire et fraternelle.

 

Aujourd’hui, la France, sans être la seule, est indéniablement dans le viseur de Daech et de la nébuleuse jihadiste. La menace terroriste est plus que jamais la donnée macabre avec laquelle nos concitoyens devront composer. Il en faudra de la lucidité pour ne pas sacrifier les libertés, pour ne pas vaciller sur nos bases républicaines et convaincre que les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité restent les armes les plus tranchantes pour combattre l’obscurantisme assassin.

 

Preuve est désormais faite que ce n’est pas l’empilement de lois sécuritaires qui fait la sécurité d’une Nation, surtout si elles s’écrivent avec l’encre de l’animosité et sous le régime de l’austérité. Des moyens nouveaux sont indispensables à la justice, la police, aux services de renseignement pour protéger les Français et la démocratie. La tenaille de l’austérité doit aussi s’ouvrir pour l’école et les collectivités locales.

 

Les leçons de la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis doivent être une bonne fois pour toutes comprises et assimilées. Ce n’est pas en rajoutant la guerre à la guerre ni en écornant l’Etat de droit que l’incendie s’éteindra. La politique doit reprendre ses droits. C’est vers ce but exclusif que doivent être dirigés nos efforts diplomatiques et militaires comme la politique intérieure. C’est surtout le seul moyen d’assécher les filières de recrutement jihadiste qui se nourrissent du perpétuel ressentiment entretenu par le fracas des armes, les injustices et misères que cultive la mondialisation capitaliste. Des efforts nouveaux doivent être déployés ici pour l’éducation et la jeunesse, là-bas pour le développement humain, social et économique. Comment comprendre que notre pays, présent sur tant de théâtres de guerre, ait pour la cinquième année consécutive baissé son aide au développement, désormais loin, très loin des objectifs fixés par l’ONU ?

 

Pour sortir la Moyen-Orient du chaos, la France devrait être à l’initiative d’une coalition internationale nouvelle, avec des puissances régionales responsabilisées et associées aux Nations-Unies. Le Parlement devrait être habilité à faire des propositions en ce sens. Le double jeu des pays du golfe et de la Turquie doit être fermement dénoncé. La France ne peut pas d’un côté prétendre mener la guerre au terrorisme international et de l’autre signer des contrats d’armement mirobolants avec les monarchies théocratiques ou laisser les entreprises privées commercer sans contrainte avec ceux qui financent autant qu’ils inspirent le terrorisme islamiste. Clarté et cohérence sont aujourd’hui indispensables. Les victoires successives des forces kurdes contre l’Etat islamique forment à cet égard un nouvel espoir sur lequel il faudra s’appuyer.

 

Le terrorisme sera d’autant plus efficacement combattu que nous resterons une société ouverte, tolérante, qui refuse la stigmatisation, de confondre nos concitoyens de confession musulmane avec l’étendard de la mort jihadiste, qui combat le racisme sous toutes ses formes. La République comme arme commune et la solidarité comme bannière pourront renverser les montagnes de haine et de division que cherchent à ériger la barbarie fondamentaliste et ses exécutants.

 

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