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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 19:55

 

17 mars 2016

Jérôme Métellus (PCF Paris)

 

À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, les grands médias veulent enfermer ce scrutin dans une compétition entre trois candidats, trois partisans du système, trois fidèles serviteurs des riches et des puissants : Hollande (ou Valls), Juppé (ou Sarkozy) et Marine Le Pen. Les autres candidats ne seraient dignes d’intérêt que comme « réserves de voix » pour les qualifiés du deuxième tour. Dans cette configuration, Marine Le Pen jouerait le rôle habituel d’épouvantail au premier tour (pour voter PS) et, le cas échant, au deuxième tour (pour voter PS ou Les Républicains). Alors, tout irait pour le mieux dans la meilleure des démocraties bourgeoises.

La classe dirigeante espère que cela permettra au candidat des Républicains de l’emporter face à un PS très affaibli par le bilan économique et social du gouvernement. Mais cette perspective – comme d’ailleurs celle d’une victoire de Hollande ou consorts – suscite très peu d’enthousiasme dans la masse des jeunes et des travailleurs. La majorité d’entre eux rejette à la fois Les Républicains et le PS, comme on l’a vu aux élections régionales de décembre dernier. L’abstention réelle, au premier tour, s’élevait à plus de 55 % (et plus de 70 % chez les jeunes). Comment s’en étonner ? Depuis des décennies, la « gauche » et la droite se succèdent au pouvoir sans que rien ne change – sinon en pire, en particulier depuis la crise de 2008.

Au fil des années, des coupes budgétaires et des plans sociaux, d’énormes quantités de colère et frustration se sont accumulées sous la surface de la société. Elles peuvent exploser à tout moment. A l’heure où nous bouclons ce numéro de Révolution, les manifestations du 9 mars contre la loi Travail promettent d’être importantes. Un mouvement social de très grande ampleur est tout à fait possible. Cela changerait radicalement l’ambiance politique dans le pays – et pourrait contribuer à balayer le scénario électoral élaboré par la classe dirigeante, pour 2017. Dans tous les cas, la situation politique actuelle se caractérise avant tout par son extrême volatilité. Les scénarios écrits d’avance n’en sont que plus douteux.

La crise du Front de Gauche

Après des années de crise économique, de politiques d’austérité et de croissance du chômage, la colère s’est essentiellement exprimée, sur le plan électoral, par une abstention massive et une poussée du Front National. Or, il est évident qu’une cristallisation politique sur la gauche du PS est non seulement possible, mais même inévitable, à un certain stade. Si elle n’a pas encore eu lieu, c’est surtout parce que les dirigeants du Front de Gauche n’ont pas été à la hauteur de la situation. Le succès de la campagne de Mélenchon, en 2012, était plein de promesses. Mais dès les élections municipales de mars 2014, le Front de Gauche s’est profondément divisé. Le PCF s’est compromis dans des alliances au premier tour avec le PS, pendant que le Parti de Gauche s’alliait aux Verts (qui étaient au gouvernement). Après quoi les divisions ont continué, tout comme les alliances et manœuvres opportunistes avec le PS et les Verts.

Il a donc manqué, en France, ce qui a surgi en Grèce (Syriza), en Espagne (Podemos) et en Grande-Bretagne (Corbyn) : un véhicule politique permettant à la colère des masses de s’exprimer sur la gauche. Certes, le cas de Syriza montre que d’autres problèmes se posent ensuite ; nous y reviendrons plus loin. Mais l’expérience de ces trois pays souligne l’extrême rapidité du processus de cristallisation de gauche, dès lors que les conditions sont réunies. En France, il y a un large espace politique vacant sur la gauche du PS. Cet espace est d’ailleurs aujourd’hui bien plus important qu’en 2011-2012, car la politique du gouvernement Hollande a détruit les dernières illusions de millions d’électeurs dans la direction du PS.

La présidentielle de 2017 va susciter énormément d’intérêt dans la population. Et comme nous venons de l’expliquer, une candidature d’opposition de gauche au PS aurait beaucoup de potentiel, à condition d’être suffisamment offensive et radicale. Des dizaines de milliers de militants du Front de Gauche sont prêts à se jeter dans la bataille. Malheureusement, la division du Front de Gauche a franchi une nouvelle étape. Pour 2017, nous faisons face à deux initiatives très divergentes : la direction du PCF propose des « primaires de la gauche », pendant que Jean-Luc Mélenchon avance sa candidature sous la bannière d’un nouveau mouvement à construire : « La France insoumise ».

L’erreur primaire des dirigeants du PCF

Pierre Laurent et la direction du PCF soutiennent l’idée d’une « primaire » à laquelle pourrait participer tout ce que « la gauche » compte d’opportunistes, de réformistes modérés et d’ex-ministres du gouvernement Hollande. C’est une erreur flagrante qui suscite beaucoup de doutes dans les rangs du parti. Elle sème le trouble jusqu’au sommet : plusieurs dirigeants nationaux, dont Marie-George Buffet, ont fait connaître leur opposition à cette démarche.

L’essentiel a été dit, notamment par Mélenchon, contre ce projet de « primaires de la gauche ». Y participer implique de s’engager publiquement à soutenir le vainqueur du processus, même si ses idées, son programme et son parcours ne sont pas à la hauteur de la situation. C’est pour le moins risqué. Imaginons par exemple que Cécile Duflot, girouette notoire et ex-ministre du gouvernement Hollande, se présente à la primaire et, par malheur, l’emporte. Le PCF devrait alors faire campagne pour une candidate qui a soutenu pratiquement toutes les lois réactionnaires depuis 2012 ? La même question se pose aussi, bien sûr, à propos des girouettes Hamon, Aubry, Montebourg – et tant d’autres.

« C’est de la folie », se disent bien des militants du Front de Gauche. Oui, mais comme l’écrivait Shakespeare au sujet d’Hamlet, « il y a de la méthode dans cette folie ». Il y a une logique sous-jacente, la même qui est à l’œuvre dans la plupart des erreurs de la direction du PCF. Cette logique découle du lien de dépendance organique, bureaucratique, entre l’appareil du PCF – élus, permanents, finances – et celui du PS. C’est ce qui explique que Pierre Laurent se soit révélé incapable de rompre clairement avec le PS, ces dernières années, malgré la politique réactionnaire du gouvernement Hollande. Et de ce point de vue, Mélenchon pose désormais un problème à la direction du PCF, car il tire à boulets rouges sur la direction du PS et rejette les alliances avec ce parti. Avec les primaires, Pierre Laurent botte en touche et espère qu’un candidat providentiel, moins hostile au PS, offrira une alternative crédible à Mélenchon. C’est loin d’être évident.

Pierre Laurent lui-même sera-t-il candidat aux primaires ? Il l’évoque avec un enthousiasme très modéré. De la base au sommet du parti, rares sont ceux qui s’enthousiasment à l’idée d’une telle candidature. Une minorité de militants réclamera une candidature issue du PCF. Mais laquelle ? Obnubilé par la sauvegarde de son réseau d’élus, l’appareil du PCF n’a pas été capable, ces dix dernières années, de faire émerger des dirigeants comparables à Mélenchon, comme orateurs et débatteurs. C’est un fait reconnu et déploré par bien des militants communistes. Et ils savent que dans une élection présidentielle, les capacités du candidat ne sont pas un facteur secondaire.

En même temps qu’elle se lance dans le pari désespéré des primaires, la direction du PCF annonce plus ou moins la fin du Front de Gauche. Mais dans la conscience de millions de personnes, le Front de Gauche a acquis une existence indépendante des dirigeants du PCF. De nombreux militants, sympathisants et électeurs du Front de Gauche ne veulent pas y renoncer à la légère – d’autant que pour toute alternative, on les met devant le fait accompli de deux stratégies contradictoires pour 2017 : les primaires ou Mélenchon. Et on leur demande de choisir l’un ou l’autre camp, sans avoir même organisé des débats internes rassemblant toutes les forces du Front de Gauche. Ce n’est pas sérieux et pas démocratique.

La candidature de Mélenchon

Fort de sa notoriété, qui dépasse de loin celle de tout autre dirigeant de la « gauche radicale », Mélenchon espère cristalliser un mouvement politique massif autour de sa candidature. Il l’a annoncée à 14 mois du vote pour donner à ce mouvement le temps de se construire. Cependant, cette démarche soulève plusieurs problèmes.

Mélenchon présente sa candidature comme « hors partis » – tout en invitant les partis et organisations de gauche à le soutenir. Le fait est qu’à la différence de sa campagne de 2011-2012, il n’est pas soutenu par l’appareil du PCF. Par ailleurs, le Parti de Gauche soutient sa candidature, mais ce parti est en crise et ne compte tout au plus que 2 à 3000 militants actifs. Mélenchon est donc « hors-parti »… faute de parti donnant d’emblée à sa campagne une large base militante. D’où sa volonté de lancer un nouveau mouvement, « la France insoumise ».

Aux journalistes et adversaires qui soulignent son « isolement », Mélenchon répond qu’il a immédiatement reçu le soutien de dizaines de milliers de sympathisants, via le site de sa campagne, et qu’il fait salle comble dans ses réunions publiques. Encore une fois, la notoriété de Mélenchon est indiscutable. Elle découle à la fois de ses capacités personnelles et d’une certaine radicalité de son discours. Mais lorsqu’il dit s’adresser au « peuple » indépendamment des partis, cela pose un problème évident. Le « peuple » – entendu comme la masse des exploités et des opprimés – n’est pas politiquement homogène. Il est traversé par toutes sortes d’idées contradictoires, y compris réactionnaires. Dès lors, ses couches les plus conscientes et les plus militantes doivent se regrouper dans une organisation impulsant et dirigeant la mobilisation des couches retardataires. C’est justement ce qu’on appelle un parti. Il est vrai qu’aujourd’hui les partis sont souvent discrédités, comme Mélenchon le souligne. Mais ce n’est pas une raison pour y renoncer. D’ailleurs, Mélenchon lui-même n’y renonce pas, puisque ses « comités de soutien » sont animés par des militants du Parti de Gauche, à ce stade.

Personne n’a encore trouvé le moyen d’organiser une lutte politique sérieuse contre le système capitaliste, son appareil d’Etat, ses partis et ses médias sans développer un mouvement politique regroupant non tout « le peuple », mais d’abord sa couche la plus consciente et la plus déterminée. La campagne de Mélenchon ne sera vraiment utile – et ne peut être couronnée de succès – que si elle contribue à faire avancer l’organisation politique de la jeunesse et du mouvement ouvrier dans sa lutte contre le capitalisme en crise. Car cette lutte ne s’arrêtera pas le 7 mai 2017, quel que soit le vainqueur de l’élection.

Pour une discussion démocratique du programme

Ceci pose la question du contrôle démocratique de la campagne de Mélenchon. Les jeunes et les travailleurs qui s’impliquent dans une campagne électorale doivent avoir leur mot à dire, participer à l’élaboration du programme et des initiatives. En particulier, la question du programme que va défendre Mélenchon ne peut pas être laissée à sa seule appréciation.

Mélenchon dit qu’il veut reprendre et « compléter » le programme du Front de Gauche de 2012, L’Humain d’abord, qui s’était vendu à plus de 400 000 exemplaires. C’est un bon point de départ. Mais qui décidera ce qui doit être modifié, dans ce programme ? Et suivant quel processus démocratique sera-t-il modifié ? Les contributions individuelles postées sur le site internet de « la France insoumise » ne suffisent pas. Le programme doit être collectivement débattu et amendé par les militants – à commencer par ceux du Front de Gauche qui sont prêts à y prendre part. Une « Conférence nationale » pourrait marquer l’aboutissement d’un tel processus démocratique, qui permettrait d’impliquer un maximum de militants et sympathisants.

Une large discussion sur le programme est d’autant plus nécessaire que, depuis 2012, des événements politiques majeurs ont eu lieu à l’échelle internationale. Il faut en tirer les leçons, notamment programmatiques. Prenons l’exemple de la crise grecque. Lors de la victoire électorale de Syriza, en janvier 2015, tous les dirigeants du Front de Gauche – Mélenchon compris – soutenaient le programme réformiste et la démarche d’Alexis Tsipras, qui se proposait de négocier avec la « troïka » l’allègement de la dette publique grecque et la mise en œuvre d’un programme ambitieux de réformes progressistes. On connait la suite : la « troïka » a refusé toute négociation et exigé de Tsipras qu’il renonce à son programme social au profit d’un troisième Mémorandum. Le premier ministre grec a capitulé le 13 juillet et, depuis, soumet le peuple grec à un nouveau régime d’austérité drastique.

Quelles leçons doit-on tirer de ce revirement brutal ? Mélenchon explique qu’il faut « rompre avec les traités européens ». Ces traités sont réactionnaires ; ils doivent être rejetés. Mais ils ne sont qu’une expression politique du capitalisme européen. Il faut donc rompre avec le système réactionnaire – le capitalisme – sur lequel reposent ces traités. Il faut trancher la question : qui doit diriger l’économie ? Les travailleurs, qui produisent tout – ou quelques centaines de grandes familles capitalistes avides de profits ? Tsipras a capitulé parce qu’il a refusé de s’engager dans la seule voie lui permettant de réaliser son programme : l’expropriation des grands capitalistes grecs, la répudiation de la dette publique et un appel aux autres peuples d’Europe pour qu’ils suivent cette voie.

Les choses se poseront dans les mêmes termes en France. Il ne sera pas possible d’enrayer la régression sociale et d’engager des réformes progressistes sur la base du capitalisme en crise, c’est-à-dire tant que l’économie sera dominée par une poignée de parasites géants. Cette idée manquait au programme L’Humain d’abord. Il faut l’y introduire.

Conclusion

Jean-Luc Mélenchon est la figure la plus connue et la plus appréciée du Front de Gauche. Il est capable de défendre avec vigueur et fermeté les victimes du capitalisme, comme il l’a fait à l’occasion du lynchage médiatique des travailleurs d’Air France, en octobre dernier. Il a aussi bien des défauts politiques ; c’est du moins notre point de vue, comme marxistes. Mais en l’absence d’une candidature alternative crédible, celle de Mélenchon ne devrait pas poser de problèmes aux organisations du Front de Gauche. Si la direction du PCF refuse de soutenir Mélenchon, ce n’est pas parce qu’elle vibre d’un authentique enthousiasme pour les « primaires », mais parce qu’elle considère que Mélenchon est trop à gauche, et notamment trop agressif à l’égard du PS.

Les militants communistes ne peuvent pas accepter cette situation. Quoi qu’ils pensent de Mélenchon, ils doivent exiger de leurs dirigeants qu’ils renoncent aux « primaires de la gauche ». Ce serait un premier pas important vers une candidature unitaire du Front de Gauche. Mais il y en a un deuxième, lui aussi indispensable : Mélenchon doit faire en sorte que sa campagne, son organisation et son programme soient sous le contrôle des militants qui s’engagent, sur le terrain, pour faire émerger une alternative de gauche à l’austérité permanente. C’est une condition sine qua non de son succès.

http://www.marxiste.org/actualite-francaise/front-de-gauche/1968-les-primaires-de-la-gauche-melenchon-et-la-presidentielle-de-2017

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 14:13

« Nous sommes en guerre » affirmait il y a quelques semaines le premier ministre entre deux coups de menton… Il avait raison. Ce gouvernement, directement aux ordres du Medef et de l'UE, livre une guerre sans limite contre tous les acquis que le peuple avait su arracher lors de luttes mémorables et de rapports de force solidement installés, mettant sur la défensive le pouvoir patronal en 1936, en 1944-45 ou encore en 1968.

 

Tandis que les grosses entreprises et les gros actionnaires sont gavés de subventions publiques et autres exonérations, l'agriculture familiale comme l'artisanat sont laminés et les classes populaires condamnées à la dégradation continue de leurs conditions de vie : emploi, salaires, santé, logement, éducation, transports, culture, associatif, tout est passé à la moulinette euro-patronale pour construire une société du profit et de l'opulence d'un côté et pour le plus grand nombre de la précarité, de l'insécurité, de l'isolement, de la misère. Et les travailleurs comme ceux d'Air France ou de Goodyear qui entendent faire respecter leurs droits sont pourchassés, arrêtés et condamnés !

 

Il y a quelques mois, le ministre grec des finances avait vendu la mèche, révélant que derrière la Grèce, c'était directement la France, ses conquêtes sociales et son peuple frondeur qui étaient dans le collimateur de l'UE et des forces capitalistes dominantes, apparaissant comme le dernier verrou au totalitarisme du capital qu'entendent imposer les maîtres de l’Europe. Ce n'était d'ailleurs pas vraiment une révélation...

 

Aujourd'hui, une nouvelle étape est franchie avec la loi El Khomri précédée des lois Macron et du rapport Badinter (le mari de la milliardaire du même nom, celle qui préside le conseil de surveillance de Publicis). C'est tout bonnement le code du travail que le gouvernement entend brûler et avec lui les acquis de décennies de lutte, permettant au patronat d'exploiter ses salariés comme il le faisait au 19ème siècle et comme il continue à le faire en délocalisant. C'est la loi du capitalisme, la loi du marché, de l'Euro et de la « concurrence (soi-disant) libre et non faussée ».

 

Le pouvoir comptait sur le « syndicalisme rassemblé » et la complicité de certaines directions syndicales habituées à la compromission, CFDT en tête, et le très consensuel communiqué intersyndical des confédérations, le 23 février dernier semblait lui donner raison.

 

Mais il risque de tomber sur un os.

 

Cet os, c'est la colère populaire qui depuis quelques mois prend peu à peu la place du découragement. Le ras-le-bol de cette société de plus en plus inhumaine, des mensonges et contre-vérités proférés sans aucune pudeur par des médias complètement contrôlés par les forces de l'argent, de cette justice de classe qui condamne les syndicalistes mais qui annule les procédures contre les puissants, de cette France d'en-haut, des palais dorés et des beaux quartiers qui suinte de son mépris et de sa peur du peuple,... ce ras-le-bol est sensible dans tout le pays.

Il est prêt à se cristalliser à partir de l'attaque en règle que constitue la destruction du code du travail.

 

D'ores et déjà : de nombreuses organisations syndicales de base (jusqu'à des fédérations CGT) réclament la construction sans attendre du « tous ensemble » ; les organisations de jeunesse et d'étudiants semblent vouloir reprendre le chemin gagnant de la lutte contre le CPE en 2006 ; une pétition contre la loi El Khomri a été signée par des centaines de milliers de personnes ; un appel à la grève générale le 9 mars lancé sur internet et ayant lui aussi recueilli des dizaines de milliers de signatures en quelques jours a été repris à son compte par de larges secteurs de la CGT….

Dans le même temps, une grève est prévue le 9 mars à la SNCF et à la RATP, une autre est en préparation dans la FP pour le 22 mars, tandis que les organisations syndicales nationales semblent vouloir opter de manière très floue pour une « journée d'action » le 31 mars. Sans oublier bien sûr les nombreuses initiatives des comités Goodyear un peu partout dans le pays et qui appellent à lier la défense des libertés démocratiques et syndicales à la construction d'un « tous ensemble » si nécessaire.

 

Dans ce contexte de montée des luttes, oui la France des travailleurs, celle qui de la Révolution Française à 1968 ou 1995 en passant par la Commune ou la Résistance fait peur aux puissants, peut mettre un coup d'arrêt à l’offensive de « l'aristocratie des riches » comme l'appelait déjà Robespierre.

 

L'expérience des 20 années de défaites successives doit être un guide pour l'action. Pas question que se répètent les précédents de 2003 ou 2010 où le syndicalisme de sommet avait dès le départ annoncé qu'il ne voulait pas bloquer les profits, où les journées d'actions avaient été espacées et les secteurs en pointe laissés isolés et sans soutien. Les manœuvres de la CFDT ont déjà commencé et le report annoncé du texte doit être l'occasion d'approfondir la mobilisation, pas de laisser le temps au gouvernement et au syndicalisme d'accompagnement de faire diversion.

 

Pour gagner contre les régressions en cours, contre ce pouvoir qui s’assoit sur ses promesses de campagne et la souveraineté populaire et qui envoie nos camarades de la CGT Goodyear en prison, c'est un mouvement tous ensemble en même temps, comme en 1936, que nous devons préparer en faisant converger la colère et les revendications, en associant toute les forces syndicales, associatives, politiques prêtes à se jeter dans la bataille, en s'assurant que la volonté de ceux d'en bas soit suivie par ceux qu'ils ont chargés de les représenter.

 

Face aux immenses périls qui menacent les travailleurs, l'heure des grandes mobilisations a sonné.

Pour le 9 mars et ce printemps 2016, faisons monter ces mots d'ordre : « Tous ensemble » contre la casse du code du travail qui soumettrait totalement les travailleurs au patronat, contre la politique euro-formatée du gouvernement et du Medef, pour les libertés syndicales, pour commencer à avancer à nouveau sur la voie d'une société fraternelle, basée sur les besoins et les aspirations du peuple.

 

A partir du potentiel de résistance encore bien vivace dans le pays comme en 2003, en 2010 ou en 2005 avec le Non populaire à la Constitution européenne, construisons le « tous ensemble » pour gagner et ouvrir enfin des perspectives progressistes !

 

Front Syndical de Classe, 1er Mars 2016

 

 

frontsyndical.classe@laposte.net

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 13:47

Par Patrick Le Hyaric

 

Depuis des mois, les alertes de nombreux spécialistes et de nos institutions n’ont pourtant pas manqué. On avait peine à l’imaginer. Et pourtant ! Vendredi soir, des loups sont une nouvelle fois entrés dans Paris et Saint-Denis, provoquant un horrible carnage et irriguant les rues d’un sang innocent. L’effroi, l’émotion et le chagrin continuent d’envahir la France et, au-delà, le monde entier.

 

Chacun reste abasourdi par ce drame innommable. Jamais depuis la Libération, notre pays n’avait eu à faire face à un tel déchainement de violence à des attaques suicides menées simultanément en différents endroits de la région capitale. Jamais la France n’avait pleuré autant de victimes d’actes terroristes. Ces criminels ne font aucune distinction d’origine ou de religion. Ils frappent l’humanité.

 

Moins d’un an après les crimes barbares contre Charlie Hebdo et à l’hyper casher de Vincennes, nous voici à nouveau pris dans le redoutable tourbillon de la terreur fanatique. Cette fois, aucun symbole politique ou religieux sous le feu des assassins mais une foule heureuse, vivante, jeune et festive qui contraste tant avec le visage hideux du fondamentalisme. Un palier supplémentaire vient d’être franchi dans la barbarie qui frappe indistinctement au cœur des lieux où s’ébat la vie : au bar, au restaurant, au concert ou au stade. Il s’agit bien d’un acte de guerre au cœur de notre société, d’une insondable cruauté.

 

La solidarité qui s’est levée le soir même, des hôpitaux débordés par l’afflux de donneurs du sang à l’expression intense de liens solidaires sur les réseaux sociaux en passant par les portes ouvertes de centaines de foyers, incarne cette résistance morale qui réchauffe autant nos cœurs qu’elle donne confiance en l’avenir. L’efficacité des services publics de sécurité, de santé, de protection civile, des fonctionnaires territoriaux fut exemplaire. Ils étaient ce soir-là l’expression d’une nation solidaire et fraternelle.

 

Aujourd’hui, la France, sans être la seule, est indéniablement dans le viseur de Daech et de la nébuleuse jihadiste. La menace terroriste est plus que jamais la donnée macabre avec laquelle nos concitoyens devront composer. Il en faudra de la lucidité pour ne pas sacrifier les libertés, pour ne pas vaciller sur nos bases républicaines et convaincre que les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité restent les armes les plus tranchantes pour combattre l’obscurantisme assassin.

 

Preuve est désormais faite que ce n’est pas l’empilement de lois sécuritaires qui fait la sécurité d’une Nation, surtout si elles s’écrivent avec l’encre de l’animosité et sous le régime de l’austérité. Des moyens nouveaux sont indispensables à la justice, la police, aux services de renseignement pour protéger les Français et la démocratie. La tenaille de l’austérité doit aussi s’ouvrir pour l’école et les collectivités locales.

 

Les leçons de la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis doivent être une bonne fois pour toutes comprises et assimilées. Ce n’est pas en rajoutant la guerre à la guerre ni en écornant l’Etat de droit que l’incendie s’éteindra. La politique doit reprendre ses droits. C’est vers ce but exclusif que doivent être dirigés nos efforts diplomatiques et militaires comme la politique intérieure. C’est surtout le seul moyen d’assécher les filières de recrutement jihadiste qui se nourrissent du perpétuel ressentiment entretenu par le fracas des armes, les injustices et misères que cultive la mondialisation capitaliste. Des efforts nouveaux doivent être déployés ici pour l’éducation et la jeunesse, là-bas pour le développement humain, social et économique. Comment comprendre que notre pays, présent sur tant de théâtres de guerre, ait pour la cinquième année consécutive baissé son aide au développement, désormais loin, très loin des objectifs fixés par l’ONU ?

 

Pour sortir la Moyen-Orient du chaos, la France devrait être à l’initiative d’une coalition internationale nouvelle, avec des puissances régionales responsabilisées et associées aux Nations-Unies. Le Parlement devrait être habilité à faire des propositions en ce sens. Le double jeu des pays du golfe et de la Turquie doit être fermement dénoncé. La France ne peut pas d’un côté prétendre mener la guerre au terrorisme international et de l’autre signer des contrats d’armement mirobolants avec les monarchies théocratiques ou laisser les entreprises privées commercer sans contrainte avec ceux qui financent autant qu’ils inspirent le terrorisme islamiste. Clarté et cohérence sont aujourd’hui indispensables. Les victoires successives des forces kurdes contre l’Etat islamique forment à cet égard un nouvel espoir sur lequel il faudra s’appuyer.

 

Le terrorisme sera d’autant plus efficacement combattu que nous resterons une société ouverte, tolérante, qui refuse la stigmatisation, de confondre nos concitoyens de confession musulmane avec l’étendard de la mort jihadiste, qui combat le racisme sous toutes ses formes. La République comme arme commune et la solidarité comme bannière pourront renverser les montagnes de haine et de division que cherchent à ériger la barbarie fondamentaliste et ses exécutants.

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 13:45

MASSACRE A PARIS : COMMUNIQUE DU BUREAU EXECUTIF DU PARTI DE L’EMANCIPATION DU PEUPLE

Le 15 novembre 2015.

Le Parti de l’émancipation du peuple partage la douleur des familles et des proches des victimes du massacre commis dans la nuit du vendredi 13 novembre à Paris sur ordre de Daesh. Il leur témoigne sa solidarité et sa compassion. La condamnation des fanatiques assassins ne peut suffire, il faut les combattre efficacement et les éliminer définitivement. Deux fronts sont nécessaires pour y parvenir : celui de la mise en place d’une large coalition internationale agissant sur mandat de l’Organisation des nations unies (ONU), et le front de la justice sociale et de la démocratie.

Les puissances occidentales, et singulièrement les États-Unis d’Amérique, sont à l’origine de la création des mouvements intégristes religieux. Ce sont eux qui, en organisant la mondialisation néolibérale, ont aggravé les inégalités entre pays riches et pays pauvres, ainsi qu’entre riches et pauvres dans tous les pays. Ce sont eux qui refusent de résoudre le conflit israélo-palestinien en interdisant au peuple palestinien d’avoir son propre État. Ce sont eux qui interviennent, la plupart du temps sans mandat de l’ONU, dans des pays où non seulement ils ont été incapables de régler le moindre problème, mais où au contraire ils ont laissé le chaos : Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Yémen… Ce sont eux, en Syrie, qui soutiennent et arment la filiale locale d’Al-Qaïda, le Front Al-Nostra, pour abattre le régime en place, certes criminel, de Bachar el-Assad, ce sont eux qui entretiennent des liens privilégiés, notamment commerciaux et militaires, avec les États du Moyen-Orient qui financent les criminels fanatiques (Arabie saoudite, Qatar…) ainsi que la Turquie.

La prise de position de la Russie semble la plus prometteuse : mise en place d’une large coalition internationale, incluant des pays arabes, sous mandat de l’ONU, pour détruire les mouvements fanatiques criminels, création des conditions permettant la tenue d’élections libres en Syrie. La conférence de Vienne, commencée le 30 octobre, qui se tient à l’initiative de la Russie, rassemble 17 pays dont l’Arabie saoudite, l’Iran, la Turquie, l’Égypte. Samedi 14 novembre se tenait la seconde réunion en présence de J.Kerry (USA) et de S.Lavrov ( Russie). Il semble qu’un premier accord ait été obtenu sur les élections en Syrie pour décembre 2016 et que la discussion ait bien été engagée sur la suite à donner contre l’État islamique. Il existe à l’évidence un lien entre cette conférence et les attentats de Paris, Daesh ayant intérêt à empêcher tout accord international à propos de la Syrie. Un lien, également, est à établir avec la victoire des forces armées du gouvernement syrien à Alep, ayant l’appui de l’aviation russe, contre Daesh et Al-Nostra. Rappelons que ce dernier groupe est soutenu militairement et financièrement par l’Arabie saoudite, la Turquie, la France, les États-Unis.

Le second front doit être celui de la justice sociale et de la démocratie. C’est sur le terreau de la misère, matérielle et morale, que prolifèrent les groupes extrémistes de toute nature. Les politiques néolibérales et néocoloniales menées depuis des décennies par les pays occidentaux n’ont fait que répandre la misère sur la planète. C’est à ces politiques que les peuples doivent s’attaquer pour mettre un terme au chômage et à la précarité, au démantèlement des services publics et de la protection sociale, sans parler des atteintes graves à l’environnement. Une mention spéciale doit être accordée à l’Union européenne pour l’ensemble de son œuvre qui, aux politiques d’austérité, a ajouté l’élimination des frontières. On en voit aujourd’hui le résultat. Chaque pays doit être maître chez lui et décider, en toute souveraineté, qui a le droit d’entrer et de séjourner sur son territoire national. La France doit sortir de Schengen. Elle doit aussi sortir de l’euro et de l’Union européenne, systèmes qui nous attirent vers le fond.

L’état d’urgence décrété par le président de la République, s’il était nécessaire, ne doit pas être prorogé au-delà du délai légal de 12 jours. Il est par ailleurs parfaitement naïf et illusoire de croire que l’addition de la surveillance du territoire, même renforcée avec le plan Vigipirate rouge, qui est le niveau le plus élevé de vigilance sur le territoire national, l’état d’urgence, le contrôle des frontières, des lois « antiterroristes » – nécessaires - suffiraient à mettre le peuple français à l’abri d’attentats aveugles comme ceux de la nuit du 13 novembre. Hélas, tout indique que de tels drames vont se reproduire. On ne pourra jamais empêcher avec une certitude absolue des fanatiques munis d’explosifs de se faire sauter dans un lieu public. Dans de telles circonstances, il n’est pas rare de voir se développer des « explications » sans fondements pour tenter de comprendre la situation. C’est le cas d’une « thèse » selon laquelle ces attentats seraient le résultat d’une manipulation avant les élections régionales. C’est aussi le cas d’une autre « thèse » pour laquelle si tous les criminels fanatiques sont morts, les autorités les auraient tués pour les empêcher de parler. Nous savons désormais que ces fanatiques partent volontairement à la mort et ont actionné leur ceinture explosive. Nous dénonçons de telles élucubrations.

De nombreux dirigeants politiques, dont le Premier ministre, affirment que la France est en guerre. C’est en effet le cas dans les faits. Cependant, une déclaration de guerre relève de l’article 35 de la Constitution française qui stipule que « La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement. Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote. » Il est temps que le Parlement débatte des buts et des moyens de la guerre de la France contre les groupes de criminels fanatiques qui la menacent. On comprend très bien pourquoi le gouvernement s’y refuse car il finance lui-même de tels groupes. N’est-ce pas Laurent Fabius qui faisait l’éloge de Al-Nostra pour détruire le régime syrien, selon Le Monde en décembre 2012 ? Mais si le clan maffieux Assad s’effondre, c’est l’État syrien lui-même et la Syrie qui s’effondrent, laissant confusion et barbarie comme en Irak et en Libye.

Il faut fermer les mosquées ayant des imams radicalisés et les expulser, interdire leur financement par des puissances étrangères. Contrairement à la politique des gouvernements de droite et de gauche de réduction des services publics, il faut donner les moyens à l’armée française, à la justice et à la police, de protéger efficacement les citoyens, ce qui est incompatible avec le maintien de la France dans l’OTAN, l’euro et l’Union européenne. Pour autant, l’interdiction du droit de manifester et la limitation des libertés publiques sont inacceptables. Le peuple français, au contraire, a besoin de la démocratie pour s’unir, se mobiliser et faire face à l’adversité. Les élections régionales doivent se tenir aux dates prévues. La vie politique doit reprendre son cours normal.

Nous n’avons pas peur. Serrons les rangs !

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 13:30

À bas l’état d’urgence ! À bas l’union nationale !

Après les attentats islamo-fascistes du 13 novembre à Paris

Dans la nuit du 13 novembre, un commando islamo-fasciste a massacré plus de 125 personnes et en a blessé plus de 350 autres dans les rues de Paris et Saint-Denis. L’islamisme politique n’est pas une conviction religieuse, c’est un courant politique ultraréactionnaire, propulsé au départ par les services secrets américain, israélien, pakistanais, turc, saoudien, etc., au gré des besoins propres de l’impérialisme et de ceux des puissances régionales qui utilisent ces délinquants fanatisés comme hommes de paille pour s’avancer masqués dans leurs guerres de rapine. Le djihadisme est financé partout par les monarchies pétrolières du Golfe, il est soutenu en Syrie par le gouvernement turc réactionnaire d’Erdogan, en même temps qu’il réprime les Kurdes, qu’il réprime les médias, qu’il sert de base arrière à Daech pour tous ses trafics de pétrole, d’armes, d’objets d’art, etc.

L’islamisme politique, c’est la forme de domination trouvée par la bourgeoisie iranienne pour juguler la révolution de 1978/1979 en Iran, exécuter, emprisonner et torturer les militants ouvriers, réprimer les femmes, les minorités, les homosexuels, pour liquider toutes les libertés démocratiques, avec la bénédiction des impérialismes. C’est par avion spécial affrété par l’Etat français que le très réactionnaire imam Khomeiny quitte sa résidence de Neauphle-le-Château pour rejoindre l’Iran où la révolution a commencé sans les islamistes et y organiser les bandes fascistes qui prendront le pouvoir. Wikileaks a révélé que les États-Unis avaient soutenu secrètement les djihadistes syriens contre le régime d’Assad pendant des années. En Irak et en Syrie, l’EI-Daech détruit toute démocratie, tout mouvement ouvrier, terrorise les minorités nationales et religieuses, comme ses rivaux djihadistes de l’Armée de la conquête en Syrie (Ahar al-Cham, Al-Nosra la filiale d’Al-Qaida).

L’islamisme politique est, comme les partis fascistes et xénophobes, le produit de la décomposition du capitalisme, des manœuvres des différents impérialismes, il s’installe là où l’impérialisme n’a laissé que des ruines, il en vit et il le sert.

Pourtant, il parvient à trouver un écho dans les pays dominés, mais aussi dans les minorités arabes ou musulmanes des pays dominants, en prenant l’apparence fallacieuse de l’anti-impérialisme ou de l’antisionisme. C’est possible car les puissances impérialistes comme la France soutiennent l’État sioniste né de la colonisation de la Palestine, interviennent militairement pour protéger leurs intérêts en Afrique, au Moyen-Orient, soutiennent les régimes dictatoriaux, font et défont les gouvernements selon leurs besoins.

C’est possible car les pays impérialistes sécrètent en leur sein la discrimination contre les minorités ethniques, Noirs et Latinos en Amérique du Nord, Arabes, Noirs, Roms, Turcs, etc. en Europe. C’est possible car l’islamisme bénéficie de la complicité ou de la complaisance de tous ceux qui présentent, aux yeux des masses qui luttent contre leurs dictateurs, en Iran ou en Syrie, qui les ont renversés comme en Tunisie et en Egypte, l’islamisme politique (Frères musulmans ou AKP, salafistes ou djihadistes) comme une alternative anti-impérialiste, en les fourvoyant dans une impasse. C’est possible parce que le PS et le PCF défendent le capitalisme français, son État et sa police et donc désorientent et divisent les travailleurs de France.

Hollande vient de proclamer l’état d’urgence, utilisant l’article 16 de la constitution bonapartiste de la Ve République, qui interdit toute manifestation, toute réunion, donne des pouvoirs exorbitants à la police. Lui qui vend des armes à toute les monarchies islamistes du Golfe appelle à « l’union nationale », avec le soutien de Sarkozy qui a livré la Libye aux islamistes.

Les djihadistes se soucient de l’état d’urgence comme d’une guigne. L’état d’urgence n’est dirigé que contre les libertés publiques, contre la classe ouvrière et la jeunesse. Il va servir à renforcer la police, l’armée, les services secrets qui n’ont protégé ni les élèves juifs de Toulouse, ni les dessinateurs de Charlie Hebdo, ni les clients de L’Hyper-Casher, ni les spectateurs du Stade de France ou du Bataclan. .

L’union nationale, que ce soit contre le Kaiser en 1914 ou contre les islamo-fascistes en 2015, transforme toujours le prolétariat et la jeunesse en dupes de la classe dominante.

Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis avaient permis au gouvernement Bush de mettre en place un ensemble de mesures coercitives, le « patriot act » contre les travailleurs et de justifier son intervention en Afghanistan et en Irak. Ceux des 7 et 9 janvier ont été utilisés pour justifier les bombardements de l’Irak et de la Syrie, les manœuvres de l’armée dans les villes, l’augmentation du budget des services secrets et de l’armée, une nouvelle loi d’espionnage généralisé de la population. Ceux du 13 novembre seront utilisés de la même manière.

Les travailleurs et les jeunes, quelle que soit leur ethnie, leur religion ou leur absence de religion, doivent s’unir pour défendre les libertés démocratiques. Ils doivent s’unir pour combattre les campagnes xénophobes et islamophobes des groupes fascistes et des partis comme LR ou le FN, combattre contre la chasse aux réfugiés, aux Roms organisée par le gouvernement PS-PRG. La division des rangs ouvriers selon la nationalité, la religion ou la couleur de peau n’a toujours servi que la bourgeoisie. C’est aussi ce que cherchent à provoquer les islamo-fascistes avec leurs attentats.

Toutes les organisations de la classe ouvrière, partis et syndicats, doivent rompre avec l’union nationale, exiger la levée immédiate de l’état d’urgence et la fin des opérations militaires de l’impérialisme français en Afrique et au Moyen-Orient.

Pour éradiquer l’islamo-fascisme comme le fascisme sous toutes ses formes, il faut rejeter le nationalisme, renouer avec l’internationalisme prolétarien, en finir avec le capitalisme en France et dans le monde entier. Il faut que les travailleuses, les travailleurs, les jeunes de tous les pays s’unissent dans une internationale ouvrière qui aura pour but de renverser la bourgeoisie française, les autres bourgeoisies impérialistes (occidentales et russe) et toutes les bourgeoisies du Moyen-Orient (islamistes et autres).

GROUPE MARXISTE INTERNATIONALISTE

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 13:15

 

Contre le total-terrorisme, quelle réponse à gauche ?

dimanche 15 novembre 2015

Par Évariste

Le terrorisme islamiste, une nouvelle fois, mais à une échelle sans précédent pour la France, se rappelle à nous. Nous n’avons pas le choix : sans rien oublier de nos autres combats, il faut d’abord prendre la mesure de la menace.

 

Dans son dernier numéro, ReSPUBLICA avait déjà sonné l’alerte avec la chronique d’Evariste abordant les aspects géopolitiques et en signalant le texte de Didier Hanne « Attentifs ensemble» paru le 8 novembre : « Un effort est indispensable pour que se constitue un rempart intellectuel, militant, citoyen et unitaire contre le terrorisme. Une gauche lucide et déterminée apportant sa pierre, sans rien renier de ses valeurs mais au contraire les défendant contre ce qui les attaque, est indispensable à son édification. Il faut faire face. Nous revient de démontrer qu’on peut penser et agir contre le terrorisme sans glisser à droite. »

Si aujourd’hui il est difficile de faire avec certitude la part du soutien d’une base arrière professionnelle et financière étrangère dans la perpétration des attentats de Saint-Denis et de Paris, et celle des appuis intérieurs, nous devons refuser l’idée que les seules prises de position françaises en matière internationale soient en cause (thèse des « représailles »).

Nous refuserons aussi qu’on renonce à mettre en cause l’industrie française de l’armement. La France est devenue un des plus grands marchands d’armes de la planète, les dirigeants du Grand capital y sont en lien étroit depuis des décennies avec le capital financier des pétro-monarchies du Golfe persique. Ces représentants d’authentiques États islamiques barbares sont reçus avec les égards les plus humiliants par nos gouvernants ; c’est que leurs capitaux sont devenus, depuis la crise financière de 2008, indispensables à la survie d’un capitalisme français archaïque, ce qui fait fermer les yeux sur les délits d’initiés, blanchiment d’argent mafieux, fraudes fiscales, etc., sans oublier le financement et l’encouragement de Daesh, l’ennemi qui nous fait la guerre, par l’Arabie saoudite, l’allié qui achète « nos » avions…

 

Aucune bataille pour l’émancipation ne peut faire l’économie de la lutte contre le terrorisme islamiste

La République et la démocratie françaises sont attaquées, mais les gauches aussi, et tout particulièrement. Le total-terrorisme islamiste, non réductible à l’Islam ni même aux fondamentalismes musulmans, constitue un projet politique tourné contre l’émancipation des hommes et des femmes et donc contre la gauche de transformation culturelle, sociale et politique. L’histoire des martyrs du djihadisme est longue. Parmi ceux-là, de très nombreux militants de la gauche, de la laïcité et du féminisme.

Mais là, l’ennemi a franchi un cran supplémentaire : ce ne sont plus les athées (Charlie Hebdo), la police (8 janvier 2015) ou les juifs (l’Hypercasher du 9 janvier 2015) mais n’importe qui vivant en France qui est visé. L’idée avait été énoncée par Ben Laden il y a déjà plus de 15 ans : ils veulent créer en France une guerre civile sur des bases religieuses. S’ils y parviennent, c’est la destruction de la gauche politique et sociale dans ce pays. Ces total-terroristes, rois du pétrole (de contrebande) et de vidéos Youtube abjectes, sont des ultra-capitalistes 2.0 d’une efficacité incroyable car ils s’appuient tout à la fois sur les vulnérabilités des démocraties et sur un projet de « civilisation (!) » qui justifie la démesure des actes.

On ne dialogue pas avec une Kalachnikov. Alors oui des mesures « régaliennes » doivent êtres prises, à la hauteur de la guerre que le total-terrorisme nous fait. Bien sûr, il faut que cette lutte se fasse sous la surveillance du droit et des citoyens, des limites doivent être posées, mais en lui assurant enfin une efficacité. De ce point de vue, comment ne pas s’interroger sur l’échec que constituent pour nos services de sécurité les massacres du 13 novembre ?

Mais comment aussi ne pas voir la faillite d’un certain discours gauchiste qui, après s’être soigneusement abstenu de participer aux immenses défilés populaires du 11 janvier, s’est consacré à lutter contre « l’hystérie sécuritaire » ? Pourtant, contre le terrorisme, il n’y avait pas « trop » de sécurité, mais pas assez.

Prévenir et réprimer, oui, mais, nous devons aussi mener la bataille de l’opinion, débattre avec les citoyens, rassembler le plus largement possible, faire converger les forces progressistes pour une réponse commune au nouveau terrorisme. Nous devons le faire avec la grande majorité des musulmans attachés aux principes républicains malheureusement bafoués tous les jours par nos dirigeants depuis des décennies, notamment en faisant la chasse à tous les actes anti-musulmans.

 

La gauche doit exister dans le combat antiterroriste

Comparer la situation de ce jour à celle de l’« après-Charlie », c’est d’abord montrer l’échec patent de la direction politique de notre pays qui n’a pas pris la mesure des enjeux de la situation ouverte par les massacres de janvier 2015. Le trio adulé des médias néolibéraux (Hollande-Valls-Macron, Sarkozy-Fillon-Juppé-Ciotti, la machine de Marine le Pen) a pu continuer ses conflits picrocholins pour s’assurer les parts d’audience.

La gauche ne peut disparaître dans une « union nationale » sans contenu. Elle doit féconder d’un contenu progressiste le combat antiterroriste. Le Front de gauche, en particulier, doit s’occuper de cette question, qui ne saurait être abandonnée au gouvernement. Il doit prendre des initiatives, de réflexions et d’actions. A Paris et en province. Dire clairement qu’il va nous falloir lutter en même temps contre le capitalisme, contre le communautarisme et contre l’intégrisme. Ouvrir les yeux de ceux qui, encore, s’acharnent à croire que le terrorisme est un « fantasme », alors qu’il constitue un danger mortel immédiat, ou qui s’imaginent qu’il dépérira tout seul, sous l’effet de politiques sociales, alors que les causes (au demeurant multiples et complexes) ne sauraient disparaître en un jour.

Non à l’attentisme, non à l’esquive : si on continue comme cela, ce sera comme à la fin de la IVe République, mais en plus grave : un coup de massue électoral en 2017 et/ou un coup d’Etat institutionnel mettant au pouvoir la machine Le Pen alliée à une partie de la droite traditionnelle, pour le pire assuré.

La résistance aux politiques socio-libérales continue, n’en déplaise à Hollande-Valls-Macron qui accélèrent le cours des réformes destructrices contre nos acquis sociaux. Mais cette résistance ne saurait servir d’excuse pour éviter d’aborder de front les questions spécifiques que nous pose le total-terrorisme. Nos outils d’éducation populaire1 sont là pour nous aider dans cette tâche. Que des structures de base des organisations associatives, syndicales, mutualistes et politiques prennent au sérieux cette période en donnant comme thème à leurs initiatives d’éducation populaire ce qu’ils ont longtemps considéré comme des sujets tabous qui divisaient leurs bases.

 

ReSPUBLICA, à la mesure de ses forces, s’investira dans ce combat. Hasta la victoria siempre (jusqu’à la victoire finale) !

 

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 12:54

Attentats de Paris : Contre leurs guerres, nos solidarités

Une vague d’attentats meurtriers s’est déroulée la nuit dernière à Paris et à Saint-Denis.

L’État français mène des guerres dans plusieurs pays (Libye, Mali, Syrie…) depuis des années. Ces guerres ont aujourd’hui des répercussions sur le territoire français.

Nous sommes confronté-es à des attaques dont l’objectif est de semer la terreur et d’attiser les clivages au sein de la population. Alternative libertaire condamne ces attentats : tuer des gens au hasard dans la rue et frapper aveuglément dans le seul but de faire peur est abject.

Ces attaques sont l’œuvre d’un courant politique — le djihadisme salafiste — dont les premières victimes sont les populations civiles du Moyen-Orient et qui, au cours des derniers jours, a déjà frappé à Beyrouth. C’est ce même courant politique qui continue de mener la guerre contre les forces progressistes kurdes en Syrie.

Suite à ces attentats, nous allons assister à un déchaînement sécuritaire entretenu par des forces politiques qui surfent sur les peurs pour nous monter les uns contre les autres.

D’ores et déjà, les populations issues de l’immigration et la minorité musulmane de ce pays commencent à être visées par des déclarations politiques et sont exposées à des représailles aveugles.

Ce n’est pas un redoublement des dispositifs liberticides qui empêchera de nouveaux attentats. L’état d’urgence, c’est la suspension de nombreux droits démocratiques, la légalisation de mesures répressives de grande ampleur à l’égard de différentes couches de la population qui n’ont rien à voir avec ces attentats.

Nous refusons que le gouvernement profite de l’occasion pour interdire les mobilisations syndicales et écologistes à venir.

Tout cela ne mènera qu’à diviser et à renforcer les peurs et les haines. Tout cela ne mènera qu’à une surenchère entre attaques terroristes de plus en plus sanglantes et réponses sécuritaires de plus en plus répressives. La réponse, ce n’est ni le repli sur soi, ni la militarisation de la société.

La solution ne viendra pas de celles et ceux qui ont contribué à créer cette situation par leurs politiques militaristes, impérialistes, discriminatoires, haineuses. Ils utilisent cette situation pour imposer une société toujours plus policière et une unité nationale entre exploiteurs et exploité-es, que nous refusons et dénonçons.

La solution passe par le renforcement des solidarités, dans les quartiers et sur nos lieux de travail, et par le regroupement de toutes celles et tous ceux qui refusent tous les régimes de terreur. Ne restons pas isolé-es ! Réunissons-nous pour discuter de nos responsabilités face à la situation, en particulier en termes d’actions unitaires de toutes les forces de transformation sociale.

 

Alternative libertaire, le 14 novembre 2015

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 10:21

Déclaration suite à la vague d'attentats commis à Paris le 13 novembre 2015

 

A ce jour, au moins 126 morts, 250 blessés dont plus de 90 dans un état grave.

Nous exprimons notre profonde indignation face à ces actes barbares. Nous assurons les familles des victimes de notre indéfectible solidarité.

 

L’Humanité victime de la barbarie.

Notre humanité est de nouveau attaquée. La barbarie des terroristes est aveugle, sans limite et peut encore frapper. Leur cible est devenue globale. Notre attitude doit être à la hauteur, notre réponse, notre riposte forte et digne. Nous devons rester uni-es et solidaires autour des valeurs de notre démocratie avec toutes celles et tous ceux qui les partagent et qui les défendent.

Solidarité et confiance plutôt que replis sur soi et méfiance. Ne cédons pas à la facilité de nous méfier de tout ce qui nous est étranger. Reprenons la marche des peuples libres, debout pour celles et ceux qui sont tombé-es. Saisissons les mains qui se tendent bien plus nombreuses que la main qui nous frappe. La force de notre détermination à rester uni-e-s doit étouffer les éclats de leurs actes maléfiques. La colère, la tristesse, le désarroi, la sidération doivent faire place à la détermination solidaire de garder la tête haute. Acceptons nos divergences pour nous unir massivement contre cette aveugle cruauté.

La crainte aujourd'hui après la compassion pour ces victimes innocentes est que la réaction de sidération face à ces attentats sanglants soit de s'en remettre à un besoin d'état fort, policier et dangereusement protecteur. Cela risque de nous entrainer dans une spirale infernale de renforcements sécuritaires.

Comment envisager les jours à venir ?

Il faut encore plus affirmer notre désir, notre volonté de solidarité, de paix, de fraternité, de liberté, de respect des différentes cultures, en un mot de vivre dans un monde libre et solidaire, basé sur une réelle égalité entre les femmes et les hommes.

Nous ne savons pas encore ce qui sera autorisé ou interdit, mais d'ores et déjà la Préfecture de police a interdit toutes les manifestations de rues à Paris jusqu'à nouvel ordre. La question de la tenue de la COP21 ou en tout cas de ses modalités est donc posée et, pour nous, celle de nos mobilisations. Qu'en sera-t-il des manifestations féministes prévue le 21 novembre à l’occasion de la Journée internationale de luttes contre les violences faites aux femmes, celle du 29 novembre à l’appel de la Coalition Climat et celles que nous avons prévu de tenir pendant le Village Mondial des Alternatives en décembre ?

Dans le combat restons solidaires et uni-es. Soyons vigilant-es face aux dérives des pensées et des Etats.

Paris, samedi 14 novembre 2015.

Les membres du Collège du Réseau Féministe « Ruptures »

Monique Dental, Marie-Josée Salmon, Bernard Bosc, Claudy Bouyon.

 

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 15:15

jeudi 23 avril 2015

Par Mathias Gavarry
Professeur de Lettres au collège

« On n’y arrivera pas sans les parents », « Il faut faire entrer les parents dans l’école », « Ce soir, j’appelle tous les parents de 4ème2 »…
Depuis les chaises Empire du ministère jusqu’aux chaises Camif de la salle des profs, le consensus semble total : l’école se porterait mieux si les parents d’élèves en étaient. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un politique inspiré n’y voie la solution miracle grâce à laquelle l’école sera bientôt sauvée.

Le dialogue école-famille, la solution à la mode

Jeune enseignant, je n’aurais pas pensé discuter cette évidence. Elle s’imposait à moi et à tous, et permettait d’expliquer à bon compte mes plus inextricables échecs : le manque de respect, le manque de travail, le manque d’envie, c’était d’abord, c’était au fond, la faute des parents.

Chez certains, nombreux, ce diagnostic commode s’accompagne de relents zemmouriens : si l’école va mal « aujourd’hui », c’est que les parents « d’aujourd’hui » sont souvent très noirs, très arabes, complètement chinois, et pauvres, et ne remplissent plus leur rôle de parents.

Chez d’autres, les mêmes parents sont surtout des « victimes du système » et ne peuvent être de bons parents d’élèves faute d’avoir été, eux-mêmes, de bons élèves. Ils ont peur de l’école. Ils ne savent pas comment ça marche. Faut les comprendre. On est surpris quand débarque devant le conseil de discipline de son fiston une blonde pharmacienne qui « ne voit pas le problème, à la maison c’est un amour », un patron qui a « tout fait pour son fils », ou un couple de bobos qui « paye un psy depuis 3 ans ».

Mais, dans tous les cas, la solution à la mode est la même : instaurer un dialogue entre l’école et la famille, unir les forces de ces deux instances éducatives et – bonheur, alleluïa – les réconcilier.

Ecole-famille, une rencontre inconvenante

Cette vérité n’étant pas discutable, elle n’est pas discutée. On se demande chaque année comment améliorer l’inclusion des parents dans le système. On organise des réunions, un « accueil » des parents, des remises de bulletins trimestriels, des remises de bulletins mi-trimestriels, on regrette à voix haute de voir « toujours les mêmes » et à voix basse de ne pas voir ceux qui, justement, devraient venir.

Il faut les rencontrer, ces « parents des élèves réellement problématiques », pour comprendre que c’est un contresens. Il faut voir, alors, la réaction de l’élève obligé de présenter ses « responsables » (c’est le terme officiel) à ses enseignants. Il a honte. Normal, c’est un ado. Un ado qui n’a pas honte de ses parents est une anomalie. Il est furieux, aussi. Il ne voit pas à quoi ça sert. Quelque chose en lui trouve cette rencontre inconvenante. Il a peut-être bien raison.

L’école ne regarde pas les parents

Quiconque a eu un enfant scolarisé se souvient sans doute de la première fois qu’il demanda : « Tu as fait quoi à l’école aujourd’hui ? »
L’immense majorité a encore en mémoire le silence qui fut alors opposé à sa question, le « Rien », le « Je sais pas », ou le mensonge que l’enfant préféra dire, plutôt que la vérité. Certains parents en ont sans doute conclu que l’enfant ne faisait rien en classe, ou rien de mémorable. C’est qu’ils ne veulent pas admettre ce qui, pourtant, devrait leur sauter aux yeux : les enfants n’aiment pas raconter aux parents ce qu’ils vivent à l’école. Ne souriez pas. Il faut prendre au sérieux ce refus de raconter. Car il témoigne d’une fulgurante intuition : l’école ne regarde pas les parents. Elle est tout entière pour les élèves, et pour eux seuls.

C’est vrai dès la maternelle. Cela reste vrai par la suite. L’école est un lieu sans parents, une forteresse à la porte de laquelle les parents sont priés – par les enfants eux-mêmes – de rester ! Il faut qu’un dysfonctionnement grave survienne pour qu’un élève croie utile de demander leur avis à ses parents. Dans l’immense majorité des cas, il réglera le problème « en interne, en en parlant avec ses camarades, ou les enseignants eux-mêmes.

Leurs enfants peuvent grandir sans eux

Parce qu’ils aiment leurs chers bambins, parce qu’ils veulent leur bien, les parents ont du mal à envisager la dure réalité des choses : l’école a pour fonction première de montrer aux enfants qu’ils peuvent se passer de leurs parents, qu’ils peuvent leur échapper, qu’ils peuvent grandir sans eux et, par bien des aspects, si si, contre eux.

Cet autre monde, que la sphère scolaire oppose à la sphère parentale, est une formidable occasion d’échapper à la toute-puissance de la famille. Pour l’enfant et, plus tard, pour le jeune adulte, l’école est un réservoir de rencontres et de modèles, qu’il a la liberté d’aimer ou pas, de suivre ou non.

Un espace de liberté, donc, malgré les règles strictes qui en régissent le fonctionnement. Et d’une liberté gagnée sur la famille. En ce sens, la maman aurait bien raison de voir la maîtresse comme une rivale.

Si chacun aime autant critiquer l’école, les profs, les programmes, c’est peut-être aussi pour ça : un combat ontologique est à l’oeuvre entre tout parent d’élève et l’école de son enfant. Loin d’être un drame, c’est un conflit précieux, utile, un conflit qu’il serait vain de prétendre réduire, et qu’il est peut-être temps d’assumer.

La paix au prix de trois contraintes

L’école est une institution violente. Plus exactement, la paix qui doit régner dans un établissement scolaire ne peut être garantie qu’au prix de contraintes fortes. La première est l’obligation de scolarisation. Il faut être très très vieux, ou malhonnête, pour ne pas se souvenir de ce que produit sur un esprit adolescent la répétition quotidienne d’un réveil à 7h.

La seconde est le respect du règlement intérieur, qui instaure, en sus des lois ordinaires de la vie en collectivité, une série de règles parfois hautement discutables. Le port du bonnet est interdit dans mon collège, pour justifier l’interdiction de la casquette.

La troisième, moins perceptible peut-être, mais bien plus décisive, est l’uniformisation qui en est à la fois la condition et l’objectif le plus fondamental. L’école n’est pas neutre, elle neutralise. Elle n’est pas tolérante, elle pourfend l’intolérance. Elle n’est pas semblable pour tous, elle fabrique des semblables. Mêmes programmes, mêmes diplômes, mais surtout mêmes idéaux, mêmes principes, même vision de la République, de la démocratie, des rapports hommes-femmes, de la réussite, et de l’échec.

Opposer une autorité à l’autorité des familles

Mais, là encore, les parents ne sauraient être ses auxiliaires. Dans les limites qu’impose la loi, les parents d’élèves sont maîtres chez eux. Ils peuvent prier le dieu qu’ils veulent, installer une télévision dans chaque chambre, se balader torse nu, ou considérer que la flûte est l’instrument du diable…

Mais leurs enfants ne doivent pas être obligés de croire, aimer Drucker, prendre froid, ou fuir au premier son de flûte. L’école sert à ça : opposer une autorité à l’autorité des familles, faire entendre un autre son de cloche, mettre dans un même chaudron toutes les histoires de tous les élèves, toutes les singularités de toutes ces histoires, et les réduire. Bon gré. Mal gré. L’école instaure entre les élèves et futurs citoyens une « communauté », quelles que soient leurs origines, et donc quels que soient leurs parents.

Les parents ne sont pas membres de l’équipe éducative

Ainsi, les catholiques trouveront que les enseignants ne sont qu’un ramassis de bouffe-curés, les bourgeois qu’ils sont prolétaires, les prolétaires qu’ils sont bourgeois, les anarchistes qu’ils sont « comme des flics » et les flics qu’ils sont d’infâmes libertaires. Les élèves entendront à l’école des mots inimaginables, impossibles, inconnus chez eux. Ils seront choqués, parfois. Et choqués que d’autres ne soient pas choqués. Et c’est très bien comme ça.

Prétendre que les parents sont « membres à part entière de l’équipe éducative », n’est donc pas seulement une exagération, c’est un mensonge. Et fort heureusement. Car ils doivent ne pas en faire partie.

On accuse souvent le système éducatif de creuser les inégalités sociales. Qu’en serait-il si les parents d’élèves continuaient d’être « intégrés » au système ? On le voit déjà, seuls les « bons » parents sont élus représentants, membres du conseil d’administration ou du conseil du discipline.

Demander « l’assistance » des parents, c’est importer au sein de l’école les inégalités que l’école doit combattre. Les parents capables d’aider aident, bien sûr. Mais ceux qui n’ont pas le savoir, pas le temps, pas les moyens, ne peuvent que regarder d’autres enfants passer devant les leurs. Et ils s’en veulent d’être de mauvais parents alors qu’ils ne sont le plus souvent que de mauvais parents d’élèves, ce qui ne devrait porter préjudice à personne

Je n’appelle plus les parents

Les enseignants sont régulièrement incités à mêler les parents d’élèves à la vie des établissements. Certains profs, dès le début de l’année, appellent un à un tous les parents pour leur expliquer leurs attentes et leur mode de fonctionnement. Ils espèrent ainsi gagner leur soutien, et s’assurer que de sévères rappels à l’ordre parentaux accompagneront les leurs en cas de manquements. Je l’ai fait longtemps. Je ne le fais plus.

Je le faisais quand, encore novice, vulnérable, je pensais qu’un élève qui perturbait gravement mon cours m’en voulait personnellement, ou qu’il en voulait au système, mais qu’il me fallait trouver ailleurs un indispensable soutien. L’élève revenait le lendemain furieux, parfois marqué des coups reçus, mais recommençait, toujours.
C’est qu’il œuvrait en secret contre la sage séparation de l’école et de la famille.

L’école, comme une caisse de résonance

Dans l’immense majorité des cas, un élève pénible choisit d’être pénible. Il pourrait être sage. Il préfère être insupportable. Pour autant, il n’a aucune raison d’en vouloir à son professeur. Fût il médiocre, cinglé, idiot, il n’aura à le supporter que quelques heures par semaine et sera débarrassé de lui sitôt sa scolarité terminée. Pour le dire vite, l’élève, au fond, se fout de son prof. Le prof ne fait pas partie de l’univers affectif et psychique de l’élève.

Ce n’est pas à lui qu’il parle quand il est pénible. S’il cherche la sanction, c’est le plus souvent pour faire passer un message indicible : je suis malheureux, j’aimerais qu’on s’occupe de moi. Or, ce « on » ne désigne que provisoirement l’enseignant. Les vrais destinataires du message sont dehors, à la maison.

Inconsciemment, l’élève perturbateur utilise l’école comme une caisse de résonance, et comme un moyen de toucher ses parents, furibards de devoir répondre, se déplacer, assumer, et tristes de voir leur enfant « dans les problèmes ». Il n’est pas rare de les voir alors se retourner contre l’enseignant qui les a alertés, jouant malgré lui le porteur de valises.

Je pense que mes élèves ne se portent pas plus mal

Loin de moi l’idée de minimiser les difficultés. De nombreux élèves sont aujourd’hui gravement malades au sein du système éducatif. On croise chaque année en primaire, au collège, des phobiques, des hyperactifs, des narcoleptiques, des violents. Mais faire appel aux parents pour faire entrer dans le rang un élève dysfonctionnant, c’est oublier que la famille, même modèle, même favorisée, est LE lieu de la névrose, son creuset, son origine. C’est confondre le remède et la maladie.

Ne plus avoir aucun lien avec les parents, prévenir les élèves, dès le début d’année, que leurs parents ne seront jamais appelés, c’est couper le lien pervers que certains élèves établissent à l’école entre eux et leurs familles. Jouer « les parents dans l’école », ce n’est pas additionner deux forces, c’est donner le pouvoir aux enfants de pervertir la fonction et le fonctionnement d’un établissement scolaire.

Aujourd’hui, je me passe des parents. Je m’en porte mieux. J’ose penser que mes élèves – et les plus difficiles d’entre eux surtout – ne s’en portent pas plus mal.

http://www.gaucherepublicaine.org/ecole-publique/ecole-les-parents-nont-surtout-rien-a-y-faire/7396165

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 13:09

mercredi 29 avril 2015

Par Raoul Marc JENNAR
militant et chercheur altermondialiste

Il y a en France des millions de femmes et d’hommes qui luttent chaque jour tout simplement pour faire face aux besoins élémentaires de la vie. La pauvreté, l’exclusion, le chômage, la précarité frappent durement des victimes toujours plus nombreuses d’un système capitaliste qui ne connaît plus aucune entrave.
Et pendant ce temps-là, que voit-on ? Toutes les préoccupations, tous les efforts au plus haut niveau de l’Etat, au gouvernement et à la direction du PS sont tendus vers quoi ? Réunir une majorité sur une motion pour le congrès d’un parti. Et bien entendu, c’est cela qui préoccupe le plus la majorité des média. Et on nous présente comme un événement de première importance, digne de faire la une des journaux parlés et télévisés et les gros titres des quotidiens, le ralliement d’Aubry à la motion signée par Valls et Cambadélis !
La comédie qui se joue à l’Elysée, à Matignon et rue de Solférino est le révélateur, un de plus et c’est loin d’être le premier, d’un système politique au bout de sa décadence. Car, qui peut être dupe quand on sait que Hollande comme Aubry, comme tant d’autres dirigeants du PS, sont tous deux membres d’un même cercle dont les objectifs sont ceux de tous les libéraux qu’ils soient de droite ou qu’ils prétendent être de gauche : le groupe de Bilderberg.
Les objectifs de ce groupe ont été clairement définis par son fondateur, David Rockefeller : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements, et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire. » C’est que mettent en œuvre les accords de l’OMC ; c’est l’ambition des traités comme celui entre l’UE et le Canada, celui entre l’UE et les USA, celui sur les services ; c’est le sens de toutes les décisions de l’UE et c’est ce que fait Hollande depuis 2012.

Alors, cessons d’accorder le moindre crédit aux gesticulations du PS et du gouvernement Hollande-Valls. Et aux médias qui en font un événement.

11 avril 2015

http://www.gaucherepublicaine.org/humeur/de-qui-se-moque-t-on/7396190

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