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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 14:15

A l’occasion du centenaire de la Révolution russe, nous lui consacrons un article dans chaque numéro de ce journal, en suivant la chronologie. Le précédent article portait sur les journées de juin et de juillet, point culminant de la répression massive du mouvement révolutionnaire par le gouvernement provisoire.

Rappelons que la révolution de Février, qui renversa le régime tsariste, déboucha sur une situation de « double pouvoir » : d’un côté, le « gouvernement provisoire » représentant la bourgeoisie ; de l’autre, les soviets reposant sur les ouvriers et les soldats. La contradiction centrale de cette situation résidait dans le fait que le gouvernement provisoire était soutenu par les dirigeants réformistes des soviets, les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires (SR), qui à partir d’avril entrèrent dans le gouvernement provisoire lui-même.

En juillet, les masses de Petrograd, lasses des reniements et des atermoiements du gouvernement provisoire, tentèrent de forcer les dirigeants réformistes à prendre tout le pouvoir. Des manifestations armées éclatèrent. Conscients du caractère prématuré de ce soulèvement, les bolcheviks s’efforcèrent de le protéger en l’organisant et en limitant son ampleur. Dans la foulée de ces « journées de juillet », le gouvernement de coalition déclencha une féroce répression contre le parti bolchevik.


Contrairement à ce qu’affirmaient les dirigeants réformistes, le régime du gouvernement provisoire ne pouvait pas durer ni déboucher sur une démocratie bourgeoise « saine ». Dénué de réelle base sociale, puisqu’il n’appliquait pas le programme de la révolution de février (« le pain, la terre, la paix »), il ne survivait que parce qu’il était couvert sur sa gauche par les « conciliateurs » des soviets : mencheviks et SR. La vague de répression de juillet avait fait provisoirement reculer le mouvement révolutionnaire ; elle avait aussi rendu confiance à la bourgeoisie et à la réaction, qui en appelaient ouvertement à un coup de force contre la révolution et trouvèrent un candidat au poste de liquidateur des soviets : le général Kornilov.

Le dernier espoir de la réaction

Après s’être fait remarquer en ayant rétabli la peine de mort sur le front qu’il commandait, Kornilov avait été nommé commandant en chef des armées russes après la répression de juillet, première étape vers la liquidation de la révolution. Même Kerensky espérait assurer son pouvoir personnel en utilisant l’armée pour écraser les soviets et couper ainsi les ponts avec la révolution de février. Il s’était engagé dans la préparation d’un complot avec Kornilov. Mais il s’agissait d’un jeu de dupes : le général comptait bien liquider le gouvernement provisoire et Kerensky en même temps que les soviets – et se hisser lui-même au pouvoir.

La crise éclata fin août, lorsque Kornilov mobilisa un certain nombre de divisions et de groupes d’officiers et tenta de les lancer contre Petrograd, les soviets et le gouvernement. Pendant que le gouvernement était paralysé par la trahison du général et que les conciliateurs tergiversaient, les bolcheviks se placèrent en première ligne de défense contre le putsch et organisèrent l’armement des travailleurs, sans pour autant soutenir le gouvernement de Kerensky. A la recherche de tous les soutiens disponibles, les dirigeants réformistes consentirent à la libération des dirigeants bolcheviks emprisonnés, qui restaient néanmoins accusés de trahison. Exploitant chaque occasion d'avancer, les bolcheviks se saisirent de la proposition des réformistes de créer un organe chargé de contrôler la garnison de Petrograd au nom du soviet, ce qui revenait à retirer au gouvernement provisoire le commandement des troupes de la ville. Cette structure, le Comité militaire révolutionnaire, devait jouer un rôle central dans la préparation et la réalisation de l’insurrection d’Octobre.

Partout dans leur marche sur la capitale, les troupes putschistes se retrouvèrent confrontées à des nuées d’agitateurs les soumettant à une intense propagande. Face à la mobilisation de la population de Petrograd, le putsch se disloqua sans combat. Même les troupes d’élite et les groupes d’officiers se révélèrent incapables de combattre, faute de conviction ou d’espoir de succès. La réaction se replia finalement en désordre, abandonnant Kerensky à son sort.

Les leçons du putsch de Kornilov

Pour qu’un parti révolutionnaire mène une révolution à la victoire, il ne lui suffit pas de proposer un bon programme et d’attendre que la majorité de la classe vienne à lui. Il lui faut savoir développer une orientation tactique adaptée aux circonstances et aux événements, qui peuvent évoluer très vite dans une période révolutionnaire. De ce point de vue, la tactique adoptée par le parti bolchevik lors de la tentative de putsch de Kornilov représente une expérience très importante, riche en leçons valables pour un grand nombre de situations.

Au début des années 30, par exemple, alors que le parti nazi se rapprochait du pouvoir en Allemagne, sa tâche était facilitée par la politique sectaire du Parti Communiste allemand (PCA), qui désignait comme ennemi principal le parti social-démocrate (réformiste) et le qualifiait de « social-fasciste ». Cette tactique du PCA empêchait tout rapprochement avec les ouvriers et militants socialistes – et déboucha même sur des luttes communes des nazis et des communistes contre les sociaux-démocrates. En 1931, dans un texte destiné aux militants communistes allemands, Trotsky s’appuyait sur l’expérience de la lutte contre Kornilov pour démontrer l’inanité de la politique du PCA :

« Quelle fut alors l’attitude des bolcheviks ? Ils avaient aussi le droit de dire : pour vaincre la bande à Kornilov, il faut vaincre la bande à Kérensky. Ils le dirent plus d’une fois, car c’était correct et nécessaire pour la propagande future. Mais c’était absolument insuffisant pour résister à Kornilov le 26 août et les jours qui suivirent, et l’empêcher d’égorger le prolétariat de Pétrograd. C’est pourquoi les bolcheviks ne se contentèrent pas de lancer un appel général aux ouvriers et aux soldats : Rompez avec les conciliateurs, et soutenez le front unique rouge des bolcheviks !” Non, les bolcheviks proposèrent aux socialistes-révolutionnaires et aux mencheviks un front unique de combat, et créèrent avec eux des organisations communes pour la lutte. »

Au lieu de suivre ces conseils de Trotsky, la direction stalinienne du PCA – comme celle de l’Internationale communiste – s’acharna à refuser tout front unique avec les sociaux-démocrates. Elle alla jusqu’à affirmer que l’avènement d’Hitler faciliterait une victoire ultérieure des communistes en éliminant les sociaux-démocrates. Cette tactique sectaire et absurde mena à une défaite sans combat face aux hitlériens, qui une fois au pouvoir ne se contentèrent pas de liquider la démocratie bourgeoise ; ils détruisirent tout le mouvement ouvrier organisé, PCA compris.

Ces leçons sont aussi applicables à la situation actuelle au Venezuela. Après des années de stagnation du mouvement révolutionnaire et de politiques attentistes du gouvernement Maduro, l’opposition de droite est repassée à l’offensive. Ses militants multiplient les manifestations violentes, réclament le départ de Maduro et assassinent des militants bolivariens (et de simples citoyens). Dans ce contexte, les militants révolutionnaires doivent participer activement à la lutte des masses bolivariennes contre la droite réactionnaire, mais sans renoncer pour autant à critiquer la politique actuelle du gouvernement, laquelle ne peut que mener à la défaite de la révolution.

En 1917, c’est cette politique de « front unique » avec les réformistes qui a permis au parti bolchevik de montrer qu’il était le défenseur le plus conséquent de la révolution et, ainsi, de se placer à partir de septembre à la tête des masses de toute la Russie, alors qu’il n’était jusque-là majoritaire que dans les soviets de quelques grandes villes et zones industrielles. Le parti de Lénine put ainsi se préparer à sa nouvelle tâche : la conquête du pouvoir, qu’il devait arracher des mains d’un gouvernement provisoire extrêmement affaibli – et qui semblait ne plus attendre que son fossoyeur.

 

https://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/2200-aout-1917-l-echec-du-coup-d-etat-du-general-kornilov?

 

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 12:48
International / Défense de Lénine

Cet article fut publié une première fois le 21 janvier 2014, à l’occasion du 90e anniversaire de la mort de Lénine, sur le site In Defence of Marxism.


Il y a 90 ans, le 21 janvier 1924, Vladimir Lénine, le grand marxiste et dirigeant de la révolution russe, est décédé des suites de complications dues à une tentative d’assassinat antérieure. Dès lors, une campagne continue visant à calomnier son nom et déformer ses idées a été lancée, allant des historiens bourgeois et apologistes de la bourgeoisie jusqu’aux différents réformistes, libéraux et groupes anarchistes. Leur tâche est de discréditer Lénine, le marxisme et la révolution russe, tout cela dans les intérêts du règne « démocratique » des banquiers et capitalistes.

Une récente biographie du professeur Robert Service, Lenin, A Political Life, The Iron Ring [simplement Lénine, en version française], affirme que :

« Bien que ce volume tienne à être un récit objectif [!] et multidimensionnel, nul ne peut écrire sur Lénine avec détachement. Son intolérance et sa répression ne cessent de m’horrifier. »

Un autre historien « objectif », Anthony Read, va encore plus loin, affirmant, sans aucune preuve, que Lénine était en minorité au Congrès du Parti de 1903 et qu’il a simplement choisi le nom « bolchevik » (le mot russe pour « majorité »), car « Lénine ne manquait jamais une occasion de favoriser l’illusion du pouvoir. Par conséquent, dès ses tout débuts, le bolchevisme fut fondé sur un mensonge, créant un précédent qui allait être suivi pour les 90 années à venir. »

M. Read continue sa diatribe : « Lénine n’avait pas le temps pour la démocratie, n’avait aucune confiance dans les masses et aucun scrupule dans l’usage de la violence. » (The World on Fire, 1919 and the Battle with Bolshevism, pp. 3-4, Jonathan Cape, 2008)

Il n’y a rien de neuf avec ces fausses affirmations qui s’appuient non pas sur les écrits de Lénine, mais plutôt sur les épanchements des professeurs Orlando Figes et Robert Service, deux « experts » sur les « démons » de Lénine et de la révolution russe. Remplis de haine, ils véhiculent le mensonge selon lequel Lénine aurait créé le stalinisme.

De même, les staliniens, ayant fait de Lénine une icône inoffensive, ont également diffamé ses idées afin de servir leurs crimes et leurs trahisons. La veuve de Lénine, Kroupskaïa, avait l’habitude de citer les paroles de son époux:

« Il est arrivé plus d’une fois dans l’histoire que la doctrine de grands révolutionnaires soit déformée après leur mort. Les hommes en ont fait des icônes inoffensives et, tout en entourant leur nom d'une certaine auréole, ils émoussent le tranchant révolutionnaire de leur doctrine. »

En 1926, Kroupskaïa affirmait que « si Lénine était vivant, il serait certainement dans les prisons de Staline ».

Lénine était sans aucun doute l’un des plus grands révolutionnaires de notre temps, ses efforts culminant avec la victoire d’octobre 1917 et ses écrits transformant le cours de l’histoire mondiale. Pour la révolution socialiste, Lénine est passé de la parole aux actes. Il est devenu, du jour au lendemain, « l’homme le plus détesté et le plus aimé sur terre ».

La jeunesse de Lénine

Né à Simbirsk, près de la Volga, en 1870, Lénine allait vivre les années de grands bouleversements en Russie. Ce pays semi-féodal était dirigé par le despotisme tsariste. L’intelligentsia révolutionnaire, face à ce despotisme, était attirée vers les méthodes terroristes de la Volonté du Peuple (Narodnaya Volya). En effet, le frère aîné de Lénine, Alexandre, fut pendu pour sa participation à la tentative d’assassinat du Tsar Alexandre III.

Suite à cette tragédie, Lénine entra à l’université et fut rapidement expulsé pour ses activités. Cela ne fit qu’augmenter sa soif de politique et l’amena à entrer en contact avec des cercles marxistes. Cela mena à une étude du Capital de Marx, qui circulait alors en petit nombre, puis de l’Anti-Dühring d’Engels.

Il entra en contact avec les exilés du Groupe pour l’Émancipation du Travail, mené par George Plekhanov, le père du marxisme russe, que Lénine regardait comme son père spirituel. Il déménagea, à l’âge de 23 ans, de Samara à Saint-Pétersbourg afin d’y former l’un des premiers groupes marxistes.

« C’est ainsi, entre l’exécution de son frère et son déménagement vers Saint-Pétersbourg, au cours de ces six années de dur labeur à la fois longues et courtes, que fut formé le futur Lénine », explique Trotsky. « Tous les traits fondamentaux de sa personnalité, son regard sur la vie et son mode d’action étaient déjà formés durant l’intervalle entre la dix-septième et la vingt-troisième année de sa vie. »

Des investissements étrangers massifs stimulèrent le développement du capitalisme et permirent l’émergence d’une petite classe ouvrière vierge. L’émergence de cercles d’étude et l’impact des idées marxistes menèrent à des tentatives d’établir un Parti social-démocrate révolutionnaire russe.

Lénine rencontra Plekhanov en Suisse en 1895 et, à son retour, il fut arrêté, emprisonné puis exilé. Le Premier congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) eut lieu en 1898, mais il y eut un raid policier et les participants furent arrêtés.

Marxisme et bolchevisme

À la fin de son exil, Lénine concentrait ses efforts sur la mise sur pied d’un journal marxiste : Iskra, « L’étincelle ». L’Iskra devait établir le marxisme en tant que force dominante de la gauche. Introduit clandestinement en Russie, le journal servit à unir les cercles en un parti national unifié sur de solides bases politiques et théoriques.

C’est lors de cette période que Lénine écrivit sa célèbre brochure Que faire?, dans laquelle il défendait l’idée d’un parti composé de révolutionnaires professionnels, d’individus dédiés à la cause.

En 1903 se tint le Deuxième congrès du POSDR, qui fut essentiellement le congrès de fondation. C’est là que les camarades de l’Iskra s’établirent comme courant dominant du parti. Cependant, une scission ouverte eut lieu, lors des dernières procédures à propos de questions organisationnelles, entre Lénine et Martov, tous deux éditeurs de l’Iskra. La majorité autour de Lénine allait être connue sous le nom de « bolcheviks », et la minorité autour de Martov sous celui de « mencheviks ».

Plusieurs mythes entourent cette scission qui prit par surprise la plupart des participants, incluant Lénine. Il n’y avait aucun désaccord politique à cette époque. Ceux-ci allaient émerger plus tard seulement. Lénine tenta de réconcilier les factions, mais échoua. Il qualifia plus tard la scission d’« anticipation » de différences importantes qui allaient surgir ultérieurement.

Ces différences émergèrent sur la question des perspectives pour la révolution en Russie. Toutes les tendances voyaient la révolution à venir comme étant « démocratique-bourgeoise » et qu’elle aurait pour tâche de balayer le vieux régime féodal et de paver la voie au développement capitaliste. Les mencheviks, cependant, affirmaient que dans cette révolution, les travailleurs auraient à se subordonner à la direction de la bourgeoisie. Les bolcheviks, quant à eux, croyaient que la bourgeoisie libérale ne pouvait mener à bien la révolution puisqu’elle était liée au féodalisme et à l’impérialisme, et qu’en conséquence les travailleurs devraient mener la révolution avec l’appui des paysans. Ils formeraient ensemble une « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie », qui provoquerait la révolution socialiste en Occident. En retour, cette révolution viendrait en aide à la révolution russe. Trotsky défendait une troisième position : il était d’accord avec Lénine sur le fait que les travailleurs dirigeraient la révolution, mais il croyait qu’ils ne devraient pas s’arrêter à mi-chemin, mais devraient plutôt continuer avec des mesures socialistes, et commencer la révolution socialiste mondiale. En fin de compte, les événements de 1917 confirmèrent le pronostic de Trotsky, celui de la « révolution permanente ».

L’internationalisme

La Révolution de 1905 fut une manifestation concrète du rôle dirigeant de la classe ouvrière. Tandis que les libéraux se mettaient aux abris, les travailleurs mirent sur pied des soviets, dans lesquels Lénine y vit l’embryon du pouvoir ouvrier. Dans ces conditions, le POSDR grossit énormément et cela fit se rapprocher les deux factions du parti.

La défaite de la Révolution de 1905, cependant, fut suivie d’une période de réaction impitoyable. Le parti faisait face à des difficultés immenses et devenait de plus en plus isolé des masses. Les bolcheviks et les mencheviks s’éloignaient davantage tant au niveau politique qu’organisationnel, jusqu’à ce qu’en 1912 les bolcheviks se constituent en un parti indépendant.

Au cours de ces années, Trotsky était un « conciliateur » entre les bolcheviks et les mencheviks. Il se tenait à l’écart des deux factions tout en prônant « l’unité ». Cette attitude conduisit à d’importants conflits avec Lénine, qui défendait l’indépendance politique des bolcheviks. Ces conflits furent utilisés plus tard par les staliniens pour discréditer Trotsky, et ce malgré l’instruction de Lénine, contenue dans son testament, de ne pas invoquer le passé non-bolchevik de Trotsky contre lui.

Le réveil du mouvement ouvrier après 1912 témoignait d’un appui grandissant aux bolcheviks, qui revendiquaient l’appui de l’écrasante majorité des travailleurs russes. Cette croissance allait cependant être freinée par la Première Guerre mondiale.

La trahison d’août 1914 et la capitulation des dirigeants de la IIe Internationale furent un revers terrible pour le socialisme international. Cela signifiait la mort effective de cette Internationale.

La petite poignée d’internationalistes du monde se regroupa lors d’une conférence antiguerre tenue à Zimmerwald en 1915, où Lénine appela à la formation d’une nouvelle Internationale ouvrière. Ce furent des jours difficiles; les forces du marxisme étaient complètement isolées. Les perspectives révolutionnaires semblaient plutôt sombres en effet. En janvier 1917, Lénine s’adressa à une petite réunion des Jeunesses socialistes suisses à Zurich. Il nota que la situation allait éventuellement changer, mais qu’il ne vivrait pas pour voir la révolution. Et pourtant, un mois plus tard, la classe ouvrière russe renversait le tsarisme et une situation de double pouvoir était créée. En l’espace de neuf mois, Lénine se trouvait à la tête d’un gouvernement de Commissaires du Peuple.

La révolution russe

Alors à Zurich, Lénine passait au peigne fin les journaux afin de se tenir au courant des dernières nouvelles de la Russie. Il vit que les soviets, dominés alors par les dirigeants des socialistes-révolutionnaires (SR) et des mencheviks, avaient rendu le pouvoir au Gouvernement provisoire, mené par le Prince Lvov, un monarchiste. Il envoya immédiatement un télégramme à Kamenev et Staline, qui vacillaient : « Aucun appui au Gouvernement provisoire ! Aucune confiance en Kerensky ! »

Écrivant pendant son exil, Lénine avertit :

« Notre révolution est bourgeoise : aussi les ouvriers doivent-ils soutenir la bourgeoisie, disent les Potressov, les Gvozdev, les Tchkhéidzé, comme le disait hier encore Plekhanov.

Notre révolution est bourgeoise, disons-nous, nous marxistes : aussi les ouvriers doivent-ils ouvrir les yeux au peuple sur les mensonges des politiciens bourgeois, lui apprendre à ne pas croire aux paroles, à compter uniquement sur ses forces, son organisation, son union, son armementvous devez accomplir des prodiges d'organisation prolétarienne et populaire pour préparer votre victoire dans la seconde étape de la révolution. »

Dans sa lettre d’adieux destinée aux travailleurs suisses, Lénine expliqua la tâche clé : « faire de notre révolution le prologue de la révolution socialiste mondiale. »

Lorsque Lénine retourna en Russie le 3 avril 1917, il rédigea ses Thèses d’avril : une seconde révolution russe doit être une étape vers la révolution socialiste mondiale ! Il fit une sortie résolue contre la vieille garde du parti qui retardait sur les événements et il se battit pour réarmer le parti bolchevique.

« Quiconque, aujourd'hui, ne parle que de la ‘‘dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie’’ retarde sur la vie, est passé de ce fait, pratiquement, à la petite bourgeoisie contre la lutte de classe prolétarienne, et mérite d'être relégué aux archives des curiosités prérévolutionnaires ‘‘bolcheviques’’ (aux archives des ‘‘vieux bolcheviks’’, pourrait-on dire). »

Il réussit à gagner l’appui de la base et put ainsi surmonter la résistance de la direction du parti, qui, ironiquement, l’accusait de « trotskysme ». En réalité, Lénine était arrivé à la position de Trotsky, celle de la révolution permanente, par sa propre voie.

En mai, Trotsky fut de retour en Russie après avoir été emprisonné par les Britanniques au Canada. « Deux ou trois jours après mon arrivée à Petrograd, j’ai lu les Thèses d’avril de Lénine. C’était exactement ce dont la révolution avait besoin », expliqua Trotsky. Sa ligne de pensée était identique à celle de Lénine. Avec l’assentiment de Lénine, Trotsky se joignit à l’organisation interdistrict avec comme objectif de la gagner au bolchevisme. Il entra en collaboration étroite avec les bolcheviks, se décrivant lui-même en tous lieux comme « nous, les bolcheviks-internationalistes ».

La prise du pouvoir

Le 1er novembre 1917, lors d’une rencontre du Comité de Petrograd, Lénine affirma qu’une fois que Trotsky eut été convaincu de l’impossibilité d’une union avec les mencheviks, « il n'y a pas eu de meilleur bolchevik ». Revenant sur la révolution deux ans plus tard, Lénine écrivit : « Au moment de la conquête du pouvoir, lorsque fut créée la République des soviets, le bolchevisme avait attiré à lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les tendances de la pensée socialiste proches de lui. »

« Ce n'est pas Lénine qui est venu à moi, c'est moi qui suis allé à Lénine », affirma Trotsky avec modestie. « Je l'ai rejoint plus tard que bien d'autres. Mais je m'enorgueillis de penser que je ne l'avais pas moins bien compris que les autres. »

Dans les mois qui ont précédé la révolution, Lénine avait appelé les soviets dominés par les mencheviks et les SR à rompre avec les ministres capitalistes et à prendre le pouvoir, ce qu’ils refusèrent obstinément de faire. Cependant, les slogans bolcheviques – Le pain, la terre et la paix ! Tout le pouvoir aux soviets ! – gagnèrent rapidement un appui chez les masses. Les manifestations de masse en juin reflétaient ce virage. Cela incita le nouveau premier ministre Kerensky à lancer une campagne de répression contre les bolcheviks. Les « Journées de juillet » virent les bolcheviks contraints à la clandestinité. Une campagne hystérique fut attisée contre eux, on les traitait « d’agents allemands », ce qui força Lénine et Zinoviev à se cacher et mena aux arrestations de Trotsky, Kamenev, Kollontai et d’autres leaders bolcheviques.

En août, le général Kornilov tenta d’imposer sa propre dictature fasciste. Craignant Kornilov et cherchant désespérément à obtenir de l’aide, le gouvernement remit Trotsky et d’autres bolcheviks en liberté. Les travailleurs et soldats bolcheviques saisirent l’occasion et infligèrent une défaite à la contre-révolution de Kornilov.

Cela fît s’accroître l’appui aux bolcheviks, qui gagnèrent la majorité dans les soviets de Petrograd et de Moscou. « Nous étions les vainqueurs », affirma Trotsky au sujet des élections au Soviet de Petrograd. Cette victoire fut décisive, et représenta un tremplin important vers la victoire d’Octobre.

Lénine, qui se cachait en Finlande, devenait de plus en plus impatient à l’égard des dirigeants bolcheviques. Il craignait que les dirigeants fussent en train de tergiverser. « Les événements nous prescrivent si clairement notre tâche que tout atermoiement devient positivement un crime », expliquait Lénine dans une lettre au Comité central. « Attendre est un crime envers la révolution. » En octobre, le Comité central prit la décision de prendre le pouvoir. Zinoviev et Kamenev votèrent contre et émirent une déclaration publique qui faisait état de leur opposition à toute insurrection et qui enjoignait le parti à se tourner vers l’Assemblée constituante !

Trotsky, en tant que président du Comité militaire révolutionnaire du Soviet de Petrograd, réagit rapidement afin d’assurer un transfert du pouvoir sans heurt, le 25 octobre 1917. La révolution remporta la victoire sans effusion de sang et le jour suivant, le 26 octobre, ses résultats furent annoncés au Deuxième Congrès des Soviets de Russie. Cette fois, les bolcheviks comptaient sur 390 délégués sur un total de 650, soit une majorité claire. En guise de protestation, les mencheviks et les SR de droite claquèrent la porte. Lénine, s’adressant au Congrès, déclara devant les délégués triomphants : « Nous entreprendrons la construction de l’ordre socialiste. » Le Congrès entreprit de mettre sur pied un nouveau gouvernement soviétique avec Lénine à sa tête. Méprisés quelque quatre mois auparavant, les bolcheviks étaient maintenant acclamés par les travailleurs révolutionnaires.

En quelques jours, des décrets furent émis par le gouvernement de Lénine : une proposition de paix et d’abolition de la diplomatie secrète, la terre aux paysans, le droit des nations à l’autodétermination, le contrôle ouvrier et la révocabilité de tous les représentants, l’égalité des hommes et des femmes, et la séparation complète de l’Église et de l’État.

Lorsque le Troisième Congrès des Soviets de janvier 1918 proclama la fondation de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, des portions importantes de la Russie étaient toujours occupées par les Empires centraux, les nationalistes bourgeois et les généraux des Armées blanches.

Cinq jours après la révolution, le nouveau gouvernement fut attaqué par des forces cosaques dirigées par le général Krasnov. L’attaque fut repoussée et le général fut livré au gouvernement par ses propres hommes. Cependant, il fut relâché après avoir donné sa parole qu’il ne reprendrait pas les armes. Sans surprise, il brisa cette promesse et se dirigea vers le sud afin de diriger l’Armée blanche cosaque. De manière similaire, une fois libérés du Palais d’Hiver, les militaires cadets organisèrent un soulèvement.

L’an I

La révolution était beaucoup trop généreuse et confiante à ses débuts. « On nous reproche de pratiquer la terreur, mais ce n'est pas la terreur des révolutionnaires français qui guillotinaient des gens désarmés, et j'espère que nous n'irons pas jusque-là », affirma Lénine en novembre. « Je l'espère parce que nous sommes forts. Quand nous appréhendions des gens, nous leur disions qu'ils seraient relâchés s'ils s'engageaient à ne pas saboter. Et l'on prend de tels engagements. »

Cette candeur a été reconnue par Victor Serge, un ancien anarchiste devenu bolchevik, qui écrivit dans son livre L’an I de la révolution russe :

« Les Blancs massacrent les travailleurs de l’Arsenal et du Kremlin : les Rouges libèrent leur ennemi mortel, le général Krasnov, sur parole […]. La révolution a fait l’erreur de se montrer magnanime avec le leader de l’agression cosaque. Il aurait dû être fusillé sur-le-champ. [Au lieu de cela] il put se rendre dans la région du Don et la mettre à feu et à sang. »

Le pouvoir soviétique eut à peine le temps de s’établir que les impérialistes se mirent en marche pour écraser la révolution dans le sang. En mars 1918, Lénine fit déplacer le gouvernement à Moscou puisque Petrograd était devenue vulnérable à une agression allemande.

Peu après, des troupes britanniques atterrirent à Mourmansk accompagnées de forces américaines et canadiennes ; les Japonais posèrent le pied à Vladivostok avec des bataillons britanniques et américains. Les Britanniques saisirent également le port de Bakou afin de mettre la main sur le pétrole. Les forces françaises, grecques et polonaises atterrirent dans les ports d’Odessa et Sébastopol, dans la Mer noire, et se lièrent aux Armées blanches. L’Ukraine fut occupée par les Allemands. Au total, ce sont 21 armées étrangères qui sont intervenues sur différents fronts pour affronter les forces du gouvernement soviétique. La révolution luttait pour sa survie. Elle était cernée, affamée et infestée de conspirateurs.

La Terreur blanche

La direction du parti SR approuvait le principe d’intervention étrangère afin de « restaurer la démocratie ». Les mencheviks tenaient une position contre-révolutionnaire similaire, ce qui les plaçait dans le camp ennemi. Ils collaborèrent avec les Blancs et acceptèrent de l’argent du gouvernement français afin de mener leurs activités.

À l’été 1918, il y eut des tentatives d’assassinat sur Lénine et Trotsky. Le 30 août, on tira sur Lénine, mais il réussit à échapper à la mort. Le même jour, Ouritsky fut assassiné, tout comme l’ambassadeur allemand. Volodarsky fut également tué. Le complot destiné à faire sauter le train de Trotsky fut heureusement déjoué. C’est cette Terreur blanche qui contribua au déclenchement de la Terreur rouge pour défendre la révolution.

La Terreur blanche a été minimisée par les capitalistes, qui mettaient le blâme sur les Rouges. Les atrocités des Blancs « étaient généralement l’œuvre de généraux blancs et de seigneurs de guerre individuels, et n’étaient pas systématiques ou n’entraient pas dans le cadre d’une politique officielle », explique Anthony Read afin d’excuser ces atrocités. « Mais elles égalaient et parfois surpassaient celles de la Terreur rouge. » Dans les faits, en tant que stratégie, la Terreur blanche surpassait toujours la Terreur rouge en termes de brutalité, ce qui est dans la nature des forces contre-révolutionnaires.

De manière intéressante, Read poursuit en décrivant les méthodes du baron Roman Von Ungern-Sternberg. « Aucun bolchevik, par exemple, n’aurait pu égaler le baron Roman Von Ungern-Sternberg, général blanc germano-balte né en Estonie, qui fut envoyé par le Gouvernement provisoire en Extrême-Orient russe, où il proclama être la réincarnation de Gengis Khan et fit tout ce qu’il put pour surpasser le conquérant mongol en termes de brutalité. Antisémite fanatique, il déclara en 1918 qu’il avait l’intention d’exterminer tous les Juifs et les Commissaires de Russie, une tâche dont il s’acquitta avec un grand enthousiasme. Il encourageait ses hommes à massacrer tous les Juifs se trouvant sur leur passage en utilisant diverses méthodes toutes aussi brutales les unes que les autres, comme de les écorcher vifs. Il est aussi reconnu pour avoir mené des chevauchées de terreur nocturne en traînant des torches humaines à cheval au galop à travers la steppe, et pour avoir promis de ‘‘faire une avenue de pendus s’étirant de l’Asie jusqu’à l’Europe’’. »

C’était là le sort qui attendait les travailleurs et les paysans russes si la contre-révolution avait remporté la victoire. C’est ce qui est arrivé à Spartacus et son armée d’esclaves lorsqu’ils sont tombés aux mains de l’État esclavagiste romain. L’alternative au pouvoir soviétique n’était pas la « démocratie », mais la brutale et sanguinaire barbarie fasciste. C’est pourquoi tous les efforts de l’Armée rouge et de la Tcheka furent déployés afin de remporter la guerre civile et défaire la contre-révolution.

Le gouvernement soviétique n’avait d’autre choix que de combattre le feu par le feu, et de lancer un appel révolutionnaire aux troupes des armées étrangères. Comme l’expliqua Victor Serge :

« Les masses laborieuses utilisent la terreur contre les classes minoritaires de la société. Elles ne font que terminer le travail des forces politiques et économiques nouvelles. Lorsque des mesures progressistes rallient des millions de travailleurs à la cause de la révolution, la résistance des minorités privilégiées n’est pas difficile à briser. La Terreur blanche, en revanche, est réalisée par ces minorités privilégiées contre les masses laborieuses, lesquelles doivent être massacrées, décimées. Les Versaillais (le nom donné aux forces contre-révolutionnaires ayant écrasé la Commune de Paris) ont tué en une seule semaine à Paris plus de personnes que la Tcheka en trois ans dans toute la Russie. »

Une période de « communisme de guerre » fut imposée aux bolcheviks, une période où le grain était réquisitionné de force aux paysans afin de nourrir les travailleurs et les soldats. L’industrie, ravagée par le sabotage, la Guerre mondiale et la guerre civile, était dans un état d’effondrement complet. Le blocus impérialiste paralysait tout le pays. La population de Petrograd tomba de 2 400 000 habitants en 1917 à 574 000 en août 1920. La typhoïde et le choléra tuèrent des millions de personnes. Lénine qualifia cette situation de « communisme dans une forteresse assiégée ».

Le 24 août 1919, Lénine écrivait : « l’industrie est au point mort. Il n’y a pas de nourriture, pas de pétrole, pas d’industrie. » Face au désastre, les soviets ont dû compter sur les sacrifices, le courage et la volonté de la classe ouvrière pour sauver la révolution. En mars 1920, Lénine affirmait que « la détermination de la classe ouvrière, son adhérence inflexible au mot d’ordre ‘‘plutôt mourir que capituler !’’ n’est pas qu’un facteur historique, il est le facteur décisif de la réussite ».

Les conséquences de la guerre civile

Sous la direction de Lénine et de Trotsky, qui avait organisé l’Armée rouge à partir de rien, les soviets remportèrent la victoire, mais au prix de très lourds sacrifices. Les pertes humaines au front, la famine, les maladies, tous ces facteurs s’ajoutèrent à l’effondrement économique.

À la fin de la guerre civile, le gouvernement bolchevique fut forcé de faire un pas en arrière et d’introduire la Nouvelle politique économique (NEP). Elle permettait aux paysans de disposer de leurs surplus de grains sur le libre marché et contribua à la croissance de fortes tendances capitalistes, à travers l’émergence des Nepmen et des koulaks. C’était seulement un moment de répit.

Considérant le bas niveau culturel – 70% de la population était analphabète – le régime soviétique devait s’appuyer sur les anciens officiers, fonctionnaires et administrateurs tsaristes, qui étaient opposés à la révolution. « Si l’on gratte n’importe où la surface de l’État soviétique, l’on trouvera partout le vieil appareil d’État tsariste en dessous », affirma sans détour Lénine. Avec l’isolement continu de la révolution, il s’agissait là d’un grand danger d’une dégénérescence bureaucratique de la révolution. La classe ouvrière était systématiquement affaiblie par la crise. Les soviets cessèrent simplement de fonctionner et, dans cette situation, les carriéristes et les bureaucrates remplirent le vide.

Malgré des mesures mises en place pour combattre la menace bureaucratique, la seule planche de salut pour la révolution résidait dans la victoire de la révolution mondiale qui aurait permis une assistance matérielle de l’Occident.

Au début de 1919, Lénine avait fondé la IIIe Internationale comme outil afin de répandre la révolution à l’international. C’était l’école du bolchevisme. Des partis communistes de masse furent établis en Allemagne, en France, en Italie, en Tchécoslovaquie et dans d’autres pays.

Malheureusement, la vague révolutionnaire ayant suivi la Première Guerre mondiale fut vaincue. La révolution en Allemagne en 1918 fut trahie par les sociaux-démocrates. Les jeunes républiques soviétiques en Bavière et en Hongrie furent écrasées dans le sang par la contre-révolution. La vague révolutionnaire d’occupations d’usines en Italie en 1920 avait également été vaincue. Encore une fois, en 1923, tous les yeux étaient rivés sur l’Allemagne, qui était au beau milieu d’une crise révolutionnaire. Cependant, les mauvais conseils fournis par Zinoviev et Staline menèrent à une défaite tragique.

Cela porta un coup terrible au moral des travailleurs russes, qui avaient tenu bon jusque-là. En même temps, la défaite renforça la réaction bureaucratique dans l’État et le Parti. Une fois Lénine réduit à l’impuissance après une série d’attaques cérébrales, Staline émergea progressivement comme figure de proue de la bureaucratie. En fait, le dernier combat de Lénine fut mené en bloc avec Trotsky contre Staline et la bureaucratie. Staline battit en retraite, mais une nouvelle attaque cérébrale laissa Lénine paralysé et muet.

Juste avant cette attaque, Lénine avait écrit un testament. Dans ce document, il affirme que Staline, « devenu secrétaire général [ce à quoi Lénine s’opposait – RS], a concentré entre ses mains un pouvoir illimité, et je ne suis pas sûr qu'il puisse toujours s'en servir avec assez de circonspection. D'autre part, le camarade Trotsky […] ne se fait pas remarquer seulement par des capacités éminentes. Il est peut-être l'homme le plus capable de l'actuel Comité central ». Lénine mit en garde contre le danger d’une scission dans le parti.

Le stalinisme

Deux semaines plus tard, Lénine ajouta un complément à son testament après que Staline eut grossièrement invectivé et harcelé Kroupskaïa pour avoir aidé Trotsky et d’autres à communiquer avec Lénine. Lénine rompit toutes relations personnelles avec Staline. « Staline est trop brutal, et ce défaut parfaitement tolérable dans notre milieu et dans les relations entre nous, communistes, ne l'est plus dans les fonctions de secrétaire général », affirma-t-il. Il demanda instamment que Staline soit démis de ses fonctions à cause de sa déloyauté et de sa tendance à abuser du pouvoir.

Mais le 7 mars 1923, Lénine subit une autre attaque cérébrale qui le rendit totalement invalide. Il allait demeurer dans cet état jusqu’à sa mort, le 21 janvier 1924. Le retrait de Lénine de la vie politique donna à Staline un pouvoir accru, qu’il utilisa à son plein avantage, en particulier pour supprimer le testament de Lénine.

C’est sur les épaules de Trotsky que reposait alors la tâche de défendre l’héritage de Lénine, que Staline était en train de trahir. La victoire du stalinisme est essentiellement due à des facteurs objectifs, avant tout l’effroyable arriération économique et sociale de la Russie, ainsi que son isolement.

La défaite ultérieure de la révolution mondiale en Grande-Bretagne, et particulièrement en Chine, eut pour conséquence de démoraliser davantage les travailleurs russes, épuisés par des années de luttes. Sur la base de cette terrible fatigue, la bureaucratie, menée par Staline, consolida son emprise. Le corps de Lénine, malgré les protestations de sa veuve, fut placé dans un mausolée.

C’est un mensonge monstrueux que de laisser entendre que le stalinisme est le prolongement du régime démocratique de Lénine, comme le disent les apologistes du capitalisme. En réalité, une rivière de sang sépare les deux. Lénine fut l’initiateur de la révolution d’Octobre ; Staline en fut le fossoyeur. Tous deux n’avaient rien de commun.

Nous terminerons cet hommage avec les justes paroles de Rosa Luxemburg :

« Tout ce qu'un parti peut apporter, en un moment historique, en fait de courage, d'énergie, de compréhension révolutionnaire et de conséquence, les Lénine, Trotsky et leurs camarades l'ont réalisé pleinement. L'honneur et la capacité d'action révolutionnaire, qui ont fait à tel point défaut à la social-démocratie, c'est chez eux qu'on les a trouvés. En ce sens, leur insurrection d'Octobre n'a pas sauvé seulement la révolution russe, mais aussi l'honneur du socialisme international. »

90 ans après sa mort, nous rendons hommage à ce grand homme, à ses idées et son courage. Lénine combinait la théorie avec l’action et personnifiait la révolution d’Octobre. Lénine et les bolcheviks ont changé le monde ; notre tâche, en cette époque de crise du capitalisme, est de terminer le travail.

 

http://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/2111-en-defense-de-lenine

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 13:06


 

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 14:52

Dans l’histoire de l’industrie du mensonge comme partie intégrante de l’appareil militaro-industriel de l’impérialisme l’année 1989 est un tournant. Nicolae Ceaucescu est encore au pouvoir en Roumanie. Comment le renverser ? Les médias occidentaux diffusent massivement dans la population roumaine les informations et les images du « génocide » opéré à Timisoara par la police précisément de Ceaucescu.

 

1. Les cadavres mutilés

 

Qu’était-il arrivé en réalité ? Se prévalant de l’analyse de Debord sur la « société du spectacle », un illustre philosophe italien (Giorgio Agamben) a magistralement synthétisé l’affaire dont il s’agit :

 

« Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des ca­davres enterrés depuis peu ou alignés sur les tables des morgues ont été déterrés à la hâte et torturés pour simuler devant les caméras de télévision le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier avait sous les yeux en direct comme la vérité vraie sur les écrans de télévision, était l’absolue non-vérité ; et, bien que la falsification fût parfois évidente, elle était de toute façon authentifiée comme vraie par le système mondial des médias, pour qu’il fût clair que le vrai n’était désormais qu’un moment du mouvement nécessaire du faux. Ainsi vérité et fausseté devenaient indiscernables et le spectacle se légitimait uniquement au moyen du spectacle.

 

Timisoara, à cet égard, est l’Auschwitz de la société du spectacle : et de même qu’il a été dit que, après Auschwitz, il est impossible d’écrire et de penser comme avant, ainsi, après Timisoara, il ne sera plus possible de regarder un écran de télévision de la même manière » (Agamben 1996, p. 67, et cité in Losurdo 2013, p. 313).

 

L’année 1989 est celle où le passage de la société du spectacle au spectacle comme technique de guerre se manifestait à l’échelle planétaire. Quelques semaines avant le coup d’Etat c’est-à-dire de la « révolution de Cinecittà » en Roumanie (Fejtö 1994, p. 263), le 17 novembre 1989 la « révolution de velours » triomphait à Prague avec un mot d‘ordre d’inspiration gandhienne : « Amour et Vérité ». En réalité, un rôle décisif était joué par la diffusion de la fausse information selon laquelle un étudiant avait été « brutalement tué » par la police. C’est ce que ré­vèle vingt ans plus tard, avec satisfaction, « un journaliste et leader de la dissidence, Jan Urban », protagoniste de la manipulation : son « mensonge » avait eu le mérite de susciter l’indignation de masse et l’écroulement du régime déjà périclitant (Bilefsky 2009, cité in Losurdo 2013, p. 313). Quelque chose de similaire se produit en Chine : le 8 avril 1989 Hu Yaobang, secrétaire du PCC jusqu’au mois de janvier 1987, a un infarctus au cours d’une réunion du Bureau politique et meurt une semaine plus tard. Son décès est corrélé, par la foule de la Place Tienanmen, au dur conflit politique qui avait aussi émergé au cours de cette réunion (Domenach, Richer 1995, p. 550) ; cet homme devient en quelque sorte la victime du système qu’il s’agit de renverser. Dans les trois cas, l’invention et la dénonciation du crime sont appelées à susciter la vague d’indignation sue d’une grande révolution nationale et sociale. Et cet échec devient alors le point de départ d’une nouvelle guerre médiatique plus massive, déclenchée par une superpuissance qui ne tolère pas de rivaux ou de potentiels rivaux, et qui est toujours pleinement en cours. Mais il n’en demeure pas moins que ce qui définit le tournant historique est en premier lieu Timisoara, « l’Auschwitz de la société du spectacle ».

 

 

2. « Publiciser les nouveaux-nés » et le cormoran

 

Deux ans après, en 1991, survenait la première guerre du Golfe. Un journaliste étasunien courageux a mis en lumière de quelle façon s’est déroulée « la victoire du Pentagone sur les médias » c’est-à-dire la « colossale défaite des médias opérée par le gouvernement des Etats-Unis » (Macarthur 1992, p. 208 et 22).

 

En 1991 la situation n’était pas facile pour le Pentagone (et pour la Maison Blanche). Il s’agissait de convaincre de la nécessité de la guerre une population sur laquelle pesait encore le souvenir du Vietnam. Alors ? Divers expédients vont réduire drastiquement la possibilité pour les journalistes de parler directement avec les soldats ou de chroniquer directement du front. Dans la mesure du possible tout doit être filtré : la puanteur de la mort et surtout le sang, les souffrances et les larmes de la population civile ne doivent pas faire irruption dans les maisons des citoyens des USA (et des habitants du monde entier) comme à l’époque de la guerre du Vietnam. Mais le problème central, et plus difficile à résoudre, est ailleurs : comment diaboliser l’Irak de Saddam Hussein, qui quelques années auparavant encore s’était rendu méritant, aux yeux des USA, en agressant l’Iran issu de la révolution islamique et anti-étasunienne de 1979, et enclin à faire des prosélytes au Moyen-Orient. La diabolisation se serait avérée d’autant plus efficace qu’on aurait en même temps rendu la victime plus angélique. Opération rien moins qu’aisée, et pas seulement du fait que la répression contre toute forme d’opposition sévissait durement et impitoyablement au Koweït. Il y avait quelque chose de pire. Les travaux les plus humbles étaient pour les immigrés, soumis à un « esclavage de fait », et un esclavage de fait qui prenait souvent des formes de sadisme : les cas de « Serbes défenestrés, brûlés ou aveuglés ou bien tabassés à mort » ne suscitaient pas d’émotion particulière (Macarthur 1992, p. 44-45).

 

Et pourtant…Généreusement ou fabuleusement récompensée, une agence publicitaire trouvait remède à tout. Elle dénonçait le fait que les soldats irakiens coupaient les « oreilles » aux Koweitiens qui résistaient. Mais le coup de théâtre de cette campagne était ailleurs : les envahisseurs avaient fait irruption dans un hôpital « en sortant 312 nouveaux-nés de leurs couveuses et en les laissant mourir de froid sur la pavement de l’hôpital de Koweït City » (Macarthur 1992, p. 54). Brandie à l’envi par le président Bush junior, réaffirmée au Congrès, avalisée par la presse la plus autorisée et jusque par Amnesty international, cette information si horrible mais si circonstanciée aussi, au point d’indiquer avec une précision absolue le nombre de morts, ne pouvait pas ne pas provoquer une bouleversante vague d’indignation : Saddam Hussein était le nouvel Hitler, la guerre contre lui était non seulement nécessaire mais urgente même et ceux qui s’y opposaient ou étaient récalcitrants devaient être considérés comme des complices, plus ou moins conscients, du nouvel Hitler ! L’information était évidemment une invention savamment produite et diffusée, et pour cela justement l’agence publicitaire avait-elle bien mérité son argent.

 

La reconstruction de cet épisode se trouve dans un chapitre du livre cité ici, avec un titre approprié : « Publiciser les nouveaux-nés » (Selling Babies). A la vérité, ceux qui furent « publicisés » ne furent pas seulement les nouveaux-nés. Au tout début des opérations guerrières on avait diffusé dans le monde entier l’image d’un cormoran qui se noyait dans le pétrole dégorgeant des puits que l’Irak avait fait sauter. Vérité ou manipulation ? Etait-ce Saddam qui avait provoqué la catastrophe écologique ? Et y a-t-il vraiment des cormorans dans cette région du globe et en cette saison de l’année ? La vague d’indignation, authentique et savamment manipulée, engloutissait les dernières résistances rationnelles.

 

3. La production du faux, le terrorisme de l’indignation et le déchaînement de la guerre

 

Faisons un nouveau bond en avant de quelques années, jusqu’à la dissolution ou, plutôt, démembrement de la Yougoslavie. Contre la Serbie qui, historiquement avait été le protagoniste du processus d’unification de ce pays multiethnique, se déchaînent une après l’autre, pendant les mois qui précèdent les bombardements véritables, des vagues de bombardements médiatiques. En août 1998, deux journalistes, l’un étasunien et l’autre allemand, « rapportent l’existence de fosses communes avec 500 cadavres d’Albanais parmi lesquels 430 enfants, aux alentours d’Orahovac, où d’âpres combats ont eu lieu. La nouvelle est reprise par d’autres journaux occidentaux qui lui donnent un grand écho. Mais tout est faux, comme le démontre une mission d’observation de l’Ue » (Morozzo della Rocca 1999, p. 17).

 

Mais cela ne provoque pas pour autant une crise dans la fabrique du faux. Aux débuts de l’année 1999 les médias occidentaux commençaient à harceler l’opinion publique internationale avec les photos de cadavres entassés au fond d’un ravin et parfois décapités et mutilés ; les légendes et les articles qui accompagnaient ces images proclamaient qu’il s’agissait de civils albanais désarmés massacrés par les Serbes. Mais :

 

« Le massacre de Racak est terrifiant, avec des mutilations et des têtes coupées. C’est une scène idéale pour susciter l’in­dignation de l’opinion publique internationale. Quelque chose semble étrange dans les modalités de la tuerie. Les Serbes ha­bituellement tuent sans procéder à des mutilations […] Comme l’enseigne la guerre de Bosnie, les dénonciations d’exactions sur les corps, signes de torture, décapitations, sont une arme de pro­pagande bien répandue […] Peut-être ne sont-ce pas les Serbes mais les guérilleros albanais qui ont mutilé les corps » (Morozzo della Rocca, 1999, p. 249, et cité in Losurdo 2013, p. 314).

 

Ou, peut-être, les cadavres des victimes d’un des innombrables affrontements avaient-ils été soumis à un traitement ultérieur, de façon à faire croire à une exécution à froid et à un déchaînement de furie bestiale, dont était immédiatement accusé le pays que l’OTAN s’apprêtait à bombarder (Saillot 2010, p. 11-18).

 

La mise en scène de Racak n’était que le sommet d’une campagne de désinformation obstinée et sans pitié. Quelques années plus tôt, le bombardement du marché de Sarajevo avait permis à l’OTAN de s’ériger en instance morale suprême, qui ne pouvait pas se permettre de laisser les « atrocités » serbes impunies. De nos jours, on peut lire jusque dans le Corriere della Sera que « ce fut une bombe à la paternité assez douteuse qui provoqua le massacre de Sarajevo, faisant éclater l’intervention de l’OTAN » (Venturini 2013). Avec ce précédent, Racak nous apparaît désormais comme une sorte de réédition de Timisoara, une réédition qui s’est prolongée plusieurs années. Et pourtant, même dans ce cas, le succès ne faisait pas défaut. L’illustre philosophe qui en 1990 avait dénoncé « l’Auschwitz de la société du spectacle » qui avait eu lieu à Timisoara, rejoignait cinq ans après les rangs du chœur dominant, tonnant de façon manichéenne contre « le subit glissement des classes dirigeantes ex-communistes dans le racisme le plus extrême (comme en Serbie, avec le programme de ’purification ethnique’) » (Agamben 1995, p. 134-35). Après avoir analysé avec acuité la tragique indiscernabilité de « vérité et fausseté » dans le cadre de la société du spectacle, Agamben finissait par la confirmer involontairement, en accueillant de façon expéditive la version (c’est-à-dire la propagande de guerre) diffusée par le « système mondial des médias », qu’il avait précédemment désigné comme source principale de la manipulation ; après avoir dénoncé la réduction du « vrai » à « un moment du mouvement nécessaire du faux », opérée par la société du spectacle, il se limitait à conférer une apparence de profondeur philosophique à ce « vrai » réduit justement à « un moment du mouvement nécessaire du faux ».

 

Par ailleurs, un élément de la guerre contre la Yougoslavie, plus qu’à Timisoara nous ramène à la première guerre du Golfe. C’est le rôle des public relations :  « Milosevic est un homme qui s’esquive, il n’aime pas la publicité, il n’aime pas se montrer ou tenir des discours en public. Il semble qu’aux premières annonces de désagrégation de la Yougoslavie, Ruder&Finn, la compagnie de relations publiques qui travaillait pour le Koweït en 1991, alla le trouver pour lui présenter ses services. Elle fut congédiée. Ruder&Finn fut par contre immédiatement embauchée par la Croatie, par les musulmans de Bosnie et par les Albanais du Kosovo pour 17 millions de dollars par an, afin de protéger et encourager l’image des trois groupes. Et elle fit un excellent travail !

 

James Harf, directeur de Ruder&Finn Global Public Affairs, affirmait […] dans une interview : ’Nous avons pu faire coïncider, dans l’opinion publique, Serbes et nazis […] Nous sommes des professionnels. Nous avons un travail à faire et nous le faisons. Nous sommes payés pour faire la morale’ » (Toschi Marazzani Visconti 1999, p. 31).

 

Venons en maintenant à la seconde guerre du Golfe : dans les premiers jours de février 2003 le secrétaire d’Etat étasunien, Colin Powell, montrait au parterre du Conseil de sécurité de l’ONU les images des laboratoires mobiles de production d’armes chimiques et biologiques, que l’Irak aurait eues en sa possession. Quelques temps après, le premier ministre anglais, Tony Blair, augmentait la dose : non seulement Saddam Hussein avait ces armes, mais il avait déjà élaboré des plans pour les utiliser et était en mesure de les activer « en 45 minutes ». Et à nouveau le spectacle, plus encore que prélude à la guerre, constituait le premier acte de guerre, en mettant en garde contre un ennemi dont le genre humain devait absolument se débarrasser.

 

Mais l’arsenal des armes du mensonge mises en acte ou prêtes à l’usage allait bien au-delà. Afin de « discréditer le leader irakien aux yeux de son propre peuple » la Cia se proposait de « diffuser à Bagdad un document filmé dans lequel on révélait que Saddam était gay. La vidéo aurait dû montrer le dictateur irakien en train d’avoir un rapport sexuel avec un jeune garçon. Il devait avoir l’air d’être filmé par une caméra cachée, comme s’il s’agissait d’un enregistrement clandestin ». On étudiait aussi « l’hypothèse d’interrompre les retransmissions de la télévision irakienne avec une édition –fictive- extraordinaire du journal télévisé contenant l’annonce que Saddam avait démissionné et que tout le pouvoir avait été pris par son fils redouté et haï, Uday » (Franceschini 2010).

 

Si le Mal devait être montré et stigmatisé dans toute son horreur, le Bien devait apparaître dans tout son éclat. En décembre 1992, les marines étasuniens débarquaient sur la plage de Mogadiscio. Plus exactement ils y débarquaient deux fois et la répétition de l’opération n’était pas due à d’imprévues difficultés militaires ou logistiques. Il fallait démontrer au monde entier que, avant même d’être un corps d’élite militaire, les marines étaient une organisation bénéfique et charitable qui ramenait l’espoir et le sourire au peuple somalien dévasté par la misère et par la faim. La répétition du débarquement-spectacle devait l’amender de ses détails erronés ou défectueux. Un journaliste et témoin expliquait :

 

« Tout ce qui est en train d’arriver en Somalie et qui va se produire dans les semaines prochaines est un show militaro-diplomatique […] Une nouvelle époque dans l’histoire de le politique et de la guerre a vraiment commencé, dans la nuit bizarre de Mogadiscio […] L’ ’Opération Espoir’ a été la première opération militaire non seulement filmée en direct par les caméras de télévision, mais pensée, construite et organisée comme un show télévisé » (Zucconi 1992).

 

Mogadiscio était le pendant de Timisoara. A quelques années de distance de la représentation du Mal (le communisme qui s’écroulait enfin) faisait suite la représentation du Bien (l’Empire étasunien qui émergeait du triomphe obtenu dans la guerre froide). Les éléments constitutifs de la guerre-spectacle et de son succès sont désormais clairs.

 

 

Domenico Losurdo

 

Publié sur le blog de l’auteur mercredi 4 septembre 2013

 

http://domenicolosurdo.blogspot.fr/

 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Certains thèmes abordés dans ce texte ont été traités dans le dernier chapitre de Le langage de l’empire. Lexique de l’idéologie étasunienne. A paraître le 13 septembre 2013 aux Editions Delga.

 

 

Références bibliographiques

 

Giorgio Agamben 1995

 Homo sacer. Il potere sovrano e la nuda vita, Einaudi, Turin.

 

Giorgio Agamben 1996

 Mezzi senza fine. Note sulla politica, Bollati Boringhieri, Turin.

 

Dan Bilefsky 2009

 A rumor that set off the Velvet Revolution, in International Herald Tribune du 18 novembre, pp. 1 e 4.

 

Jean-Luc Domenach, Philippe Richer 1995

 La Chine, Seuil, Paris.

 

François Fejtö 1994 (en collaboration avec Ewa Kulesza-Mietkowski)

 La fin des démocraties populaires (1992), tr. it., de Marisa Aboaf, La fine delle democrazie popolari. L’Europa orientale dopo la rivoluzione del 1989, Mondadori, Milan.

 

Enrico Franceschini 2010

 La Cia girò un video gay per far cadere Saddam, in La Repubblica, 28 mai, p. 23.

 

Domenico Losurdo 2013

 

Le langage de l’Empire. Lexique de l’idéologie étasunienne, Delga, Paris.

 

John R. Macarthur 1992

 Second Front. Censorship and Propaganda in the Gulf War, Hill and Wang, New York.

 

Roberto Morozzo Della Rocca 1999

 La via verso la guerra, in Supplément au n. 1 (Quaderni Speciali) de Limes. Rivista Italiana di Geopolitica, pp. 11-26.

 

Fréderic Saillot 2010

 Racak. De l’utilité des massacres, tome II, L’Harmattan, Paris.

 

Jean Toschi Marazzani Visconti 1999

 Milosevic visto da vicino, Supplément au n. 1 (Quaderni Speciali) de Limes. Rivista Italiana di Geopolitica, pp. 27- 34.

 

Franco Venturini 2013

 Le vittime e il potere atroce delle immagini, in Corriere della Sera du 22 août, pp. 1 et 11.

Vittorio Zucconi 1992

 Quello sbarco da farsa sotto i riflettori TV, in la Repubblica du 10 décembre.

 

URL de cet article 22335

 http://www.legrandsoir.info/industrie-du-mensonge-et-guerre-imperialiste.html

 

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 18:55


90e anniversaire de la mort de Lénine – quelques citations commentées par G Gastaud au regard de l’actualité

 
Ce 21 janvier 2014 coïncide avec la mort de Lénine. A cette occasion, initiative-communiste.fr publie une première série de citations de ce dirigeant communiste, de cet intellectuel, d’une extraordinaire actualité, accompagnées de quelques commentaires de Georges Gastaud,
 
G Gastaud est auteur de Mondialisation capitaliste et projet communiste (1997), Essai sur la renaissance communiste (2001), Sagesse de la révolution (2010) et Patriotisme et internationalisme

 

Lénine, hier, aujourd’hui, demain

Le 21 janvier 1924, il y a juste 90 ans, s’éteignait Lénine, usé prématurément par son combat acharné pour la Révolution prolétarienne, pour la construction de la nouvelle Russie ouvrière et paysanne et pour la mise en place de l’Internationale communiste. Peu d’années plus tôt, Lénine avait été grièvement blessé par une « socialiste-révolutionnaire », réincarnation russe de Charlotte Corday, la contre-révolutionnaire pseudo-républicaine qui assassina le grand Marat. Ainsi s’éteignait un authentique génie politique, un théoricien non moins clairvoyant que Marx et Engels, un militant désintéressé du prolétariat, un homme dur à l’ennemi mais foncièrement humain et incapable de la moindre « saloperie » contre qui que ce soit. Mais plutôt que de se lancer dans un énième éloge académique de Lénine, plutôt que de lui élever de nouvelles et fragiles statues de bronze, le plus simple est de lui rendre la parole et d’appeler à le LIRE en confrontant ses écrits à son époque et à la nôtre. Pour cela, nous choisissons de citer quelques textes oubliés qui montrent à quel point il est absurde de présenter Lénine comme un dogmatique et le léninisme comme un catéchisme sectaire.

Nous commençons par

 

Ce n’est pas le travail qui « coûte » au capital, c’est le prolétaire qui nourrit gratuitement les parasites capitalistes !

« On a souvent l’occasion d’entendre dire que les propriétaires fonciers et les fabricants «donnent du travail» au peuple, «donnent» un gagne-pain aux pauvres. On dit par ex. que la fabrique voisine ou le domaine voisin « nourrit » les paysans de l’endroit. Or en réalité, par leur travail, les ouvriers se nourrissent eux-mêmes et nourrissent tous ceux qui ne travaillent pas. Mais pour avoir le droit de travailler sur la terre du propriétaire foncier, à la fabrique ou au chemin de fer, l’ouvrier donne gratuitement au propriétaire tout ce qu’il produit, recevant juste de quoi ne pas mourir de faim. En réalité donc, ce ne sont pas les propriétaires fonciers ou les marchands qui donnent du travail aux ouvriers, mais les ouvriers qui par leur travail entretiennent tout le monde, donnant gratuitement une grande partie de leur labeur ». Lenine Œuvres complètes, T. 6, p. 385

 

Commentaire G.Gastaud : ce rappel de Lénine aux fondamentaux marxistes est fort utile à notre époque alors que certains « syndicalistes » se laissent entraîner dans une négociation scandaleuse sur la « réduction du coût du travail », que réclame à cor et à cri le grand patronat parasitaire. En réalité, que ce soit sous le capitalisme, sous la féodalité ou sous l’esclavage, le travailleur se nourrit lui-même et nourrit EN SUS son exploiteur en lui cédant la plus-value, c’est-à-dire la différence entre ce qui est nécessaire pour reproduire la force de travail (manger, boire, se vêtir, se loger, le tout a minima), et la valeur de ce qui est produit par le travailleur exploité. Si cette exploitation de l’homme par l’homme est possible, c’est fondamentalement parce que la propriété des moyens de production appartient à la classe des maîtres ou des capitalistes qui ont la « bonté » d’embaucher sur les chaînes, ou de faire travailler sur « leurs » grands domaines, l’ouvrier et le paysan, bien obligés de courber la tête pour satisfaire plus ou moins chichement leurs besoins. En fait, le travail n’est pas un COÛT à réduire, c’est la source de toute richesse économique. En socialisant les moyens de production et d’échange, en exerçant le pouvoir politique au profit de leur classe (socialisme), les travailleurs salariés – autrement dit, les prolétaires – peuvent se réapproprier la plus-value pour édifier une société conforme aux besoins humains et non à l’accumulation sans fin du capital dans les mains de quelques-uns. Ils cessent alors peu à peu d’être des salariés, travaillant pour un autre et courbant l’échine devant lui, pour devenir les « producteurs associés » de la société sans classes (Marx) ou les « coopérateurs civilisés » du communisme.

Les communistes ne disent pas systématiquement «élections, piège à cons», mais ils doivent aussi parfois boycotter une élection

A propos du mot d’ordre bolchevik de boycott des élections à la Douma d’Etat, élection instituée par le tsar pour « calmer » les masses révolutionnaires russes après la Révolution de 1905 :

« … le boycottage est le moyen de lutte le plus décisif qui s’attaque, non pas à des formes d’une institution donnée, mais à son existence même. Le boycottage est une déclaration de guerre directe à l’ancien régime, une attaque directe contre lui ». O.C., T. 13, p. 20.

Commentaire G.Gastaud. : les bolcheviks ne disent ni « élections piège à cons ! », comme les gauchistes qui « mettent toutes les élections dans le même sac », ni « voter est un devoir républicain sacré », comme le croient sincèrement ceux qui n’ont pas compris la fonction des élections dans une démocratie bourgeoise. Des prolétaires conscients, des communistes, de vrais républicains ne doivent participer à une élection que si elle permet aux travailleurs, soit d’exercer réellement la souveraineté populaire, comme c’est le cas dans une vraie république sociale et populaire (par ex. la Commune de Paris), soit au minimum de peser, d’intervenir d’une manière réellement autonome et indépendamment des partis bourgeois. C’est pourquoi par ex. le PRCF, en bon léniniste, appelle à participer aux municipales prochaines soit pour y soutenir une liste franchement républicaine (et notamment : opposée aux métropoles), soit à voter blanc ou nul si aucune liste ne porte de vrai projet progressiste : une abstention massive aux municipales aiderait sans nul doute la droite et le PS à liquider les communes et à promouvoir les « métropoles ».

En revanche, le PRCF appellera à boycotter activement, de manière militante, les « élections » européennes supranationales de mai prochain : car leur objet n’est nullement de construire on ne sait quelle « alternative » entre la droite et la social-démocratie, ni même de soutenir une liste de gauche clairement anti-U.E. (toutes les listes annoncées à gauche, PS, Verts, Front de gauche, N.P.A., L.O., reposent sur le mensonge d’une « Europe sociale » et d’un introuvable « euro au service des peuples »). Si l’on veut attaquer « non pas les formes, mais l’existence même d’une institution » (Lénine) – ici l’U.E. supranationale, dictatoriale, impérialiste, fascisante, anticommuniste et antipopulaire -, il faut la délégitimer radicalement. Le vote blanc ne suffira pas et le vote rouge restera totalement invisible politiquement. En réalité, ces deux votes signifieraient seulement que l’on refuse l’ensemble des candidats et non pas l’institution elle-même – le pseudo-parlement européen, cache-sexe « démocratique » de la prison européenne des peuples. Au contraire, il est plus que temps de « déclarer la guerre » à cette Europe supranationale qui mène chaque jour contre nous, travailleurs et peuples d’Europe, une cruelle guerre non déclarée (contre nos salaires, nos retraites, notre Sécu sociale, nos statuts, nos services publics, etc.). Si demain 60/70% des électeurs européens DELEGITIMENT la farce électorale européenne, ce sera un rude camouflet pour l’eurodroite, pour la social-eurocratie et pour le front PSEUDO-national : car celui-ci critique l’U.E. mais il se goberge au parlement européen en palpant, comme les autres, les indécentes indemnités parlementaires accordées par l’U.E. à tous ceux qui la créditent. Car les Merkel, Gattaz, Hollande, Copé et Cie n’ont que secondairement cure de savoir si le parlement de Strasbourg, cette potiche coûteuse, sera un peu plus « bleue » ou un peu plus « rose » au soir de l’élection : que leur importe que le « chat » soit blanc, brun ou rose, voire rose vif, pourvu qu’il rabatte les souris que nous sommes vers la sacro-sainte « construction européenne ». A l’inverse, si A l’APPEL. DES FRANCS COMMUNISTES ET PROGRESSISTES, 70, voire 75% des citoyens français, classe ouvrière et jeunesse en tête, refusent la mascarade, non seulement l’U.E. sera encore plus délégitimée, non seulement les partis euro-constructifs qui nous trahissent au quotidien seront placés devant leurs contradictions, mais une masse de travailleurs de France et d’ailleurs sera mieux disposée à entendre pour du bon le message que les syndicalistes rouges du PAME avait hissé sur l’Acropole : « peuples d’Europe, insurgez-vous ». Bref, les léninistes ne « boycottent » pas systématiquement les élections, mais quand une institution bourgeoise branlante, entièrement au service d’une visée réactionnaire, est en crise, ils ne courent pas à son secours en la créditant de leur vote au nom du « vote, principe sacré ».

(Ajoutons que non seulement le fait de voter aux européennes ne contribuerait pas à défendre le suffrage universel, mais qu’il contribuerait à l’enterrer : car l’U.E. actuelle repose sur le Traité de Lisbonne, copie conforme de la Constitution européenne que nous avons rejetée à 55% et que le PS et l’UMP nous ont fourguée de force en BAFOUANT LE SUFFRAGE UNIVERSEL du peuple français)… En réalité, voter aux européennes alors que se prépare le « saut fédéral européen » et le passage de la France aux Länder à l’allemande (suppression des départements, réduction à 15 des euro-régions, officialisation rampante des langues régionales et de l’anglais patonal), ce sera aider involontairement le MEDEF à DESTITUER LA France et à INSTITUER le nouvel Empire euro-atlantique. Brisons les routines, tenons compte concrètement des réalités de classes, faisons en léniniste une « analyse concrète de la situation concrète »…

La lutte contre le national-impérialisme ne signifie nullement le nihilisme national

« Le capitalisme se sent désormais à l’étroit dans les vieux Etats nationaux sans la formation desquels il n’aurait pu renverser le régime féodal. Le capitalisme a développé la concentration au point que les industries entières ont été accaparées par des syndicats patronaux, les trusts, les associations de capitalistes milliardaires, et que presque tout le globe a été partagé entre ces «potentats du capital», sous forme de colonies ou en enserrant les pays étrangers dans les filets de l’exploitation financière (…). De libérateur des nations que fut le capitalisme dans la lutte contre le régime féodal, le capitalisme impérialiste est devenu le plus grand oppresseur des nations ». O.C., T. 21, pp. 311-312.

Ou aussi, à l’adresse de ceux qui, n’ayant pas lu Lénine, et parce qu’il a combattu le pseudo-patriotisme des impérialistes et de leurs relais sociaux-démocrates, s’imaginent que Lénine était étranger à tout patriotisme :

« Le sentiment de la fierté nationale nous est-il étranger, à nous, prolétaires grands-russes conscients ? Bien sûr que non ! Nous aimons notre langue et notre patrie ; ce à quoi nous travaillons le plus, c’est à élever ses masses laborieuses (c’est-à-dire les neuf dixièmes de sa population) à une vie consciente de démocrates et de socialistes (…). Nous sommes pénétrés d’un sentiment de fierté nationale, et c’est pourquoi nous nourrissons une haine toute particulière envers notre passé d’esclaves (…). Les Grands-Russes ne peuvent « défendre la patrie autrement qu’en souhaitant la défaite du tsarisme dans toute guerre comme un moindre mal pour les 9/10èmes de la population, car non seulement le tsarisme opprime économiquement et politiquement ces 9/10èmes de la population, mais il la démoralise, l’avilit, la déshonore, la prostitue en l’accoutumant à opprimer les autres peuples, en l’accoutumant à voiler sa honte sous des phrases hypocrites pseudo-patriotiques ».

Commentaire de G.G. : alors que le MEDEF détruit la France en la prenant en tenailles entre l’U.E. et la « reconfiguration » antirépublicaine des territoires (eurorégions, métropoles, mais aussi substitution ultra-rapide du Business-Globish au français dans les grandes entreprises et à l’université), il est lamentable que tant de gens qui se croient « de gauche » et même « résistants sociaux », rejettent toute forme de patriotisme, assimilent le patriotisme au nationalisme raciste des fascistes, ACCOMPAGNENT DE GAUCHE en un mot la « construction européenne » (avec l’idée d’un « bon » euro, d’une « bonne » UE), confondent le patriotisme républicain, frère de lait de l’internationalisme prolétarien, avec le nationalisme impérialiste et avec le mondialisme capitaliste. Lénine ne confond pas le défaitisme révolutionnaire, c’est-à-dire la lutte résolue contre l’impérialisme et le colonialisme des « grandes » nations capitalistes, avec le patriotisme populaire qui consiste à attaquer l’impérialisme, y compris celui de son propre pays, non seulement parce que cet impérialisme détruit les pays étrangers mais parce qu’il déshonore les peuples des grands pays en les rendant complices des exploiteurs. A notre époque, il est impératif d’associer plus que jamais le patriotisme républicain et le défaitisme révolutionnaire anti-impérialiste. Non pas en clamant partout que « la France » exploite et écrase les peuples africains ou proche-orientaux – ce qui revient à assimiler le peuple français à l’impérialisme du grand capital – mais en montrant que l’impérialisme français, qui proclame son « besoin d’aire » (manifeste du MEDEF, décembre 2011) DETRUIT LA NATION pour se faire une place au soleil dans le concert de la mondialisation capitaliste. Ce n’est pas seulement parce qu’il détruit la Centrafrique ou la Syrie que l’impérialisme français doit être battu, c’est parce qu’il démolit la nation. Toute défaite de l’impérialisme français est une victoire pour la nation. Toute défense populaire, républicaine, progressiste, antifasciste, de la nation, sur la base des idées du CNR, sur la base de la rupture avec l’U.E., avec l’Union transatlantique, avec l’OTAN, porte des coups à l’impérialisme français. JE pense avoir expliqué tout cela en détail dans mon livre Patriotisme et internationalisme. Bref, cessons d’opposer l’internationalisme au patriotisme en général, partons des contenus de classes. Souvenons-nous qu’à l’époque de l’impérialisme, la devise de l’Internationale communiste n’était plus seulement « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! », mais –à la demande de Lénine : « prolétaires de tous les pays, peuples opprimés du monde, unissez-vous ».

Oui, la rupture organisationnelle avec les courants réformistes !

« Ce serait une illusion nuisible que d’espérer la restauration d’une Internationale réellement socialiste sans une rupture complète, sur le plan de l’organisation, avec les opportunistes ». 1914, T. 21

Commentaire de G.Gastaud : Quand nous avons formé la Coordination communiste du PCF en 1991, nous avons voulu éviter deux écueils politiques : le premier, opportuniste, eût consisté à penser que le PCF pouvait tel quel être reconquis du dedans, « remis sur les rails de la lutte des classes », comme le disent encore de manière totalement irréaliste certains camarades qui mettent une muraille de Chine entre les militants « de l’intérieur » et ceux qui se sont organisés à l’extérieur du PCF muté et archi-muté. La seconde erreur, sectaire, était de croire qu’il fallait à quelques centaines, « autoproclamer » un « parti communiste » tout neuf, sans se soucier de l’avis de la masse des communistes, des ouvriers, du Mouvement communiste international dans sa totalité. Il fallait bien évidemment accumuler des forces au sein du parti et à l’extérieur pour, le moment venu, non pas « gagner la bataille du congrès » (comme si les opportunistes ne savaient pas verrouiller un appareil !), mais mettre en route la « séparation organisationnelle », quelle qu’en soit la forme à venir. C’est-à-dire regrouper tous les vrais communistes sur la base de l’unité d’action, sur la base des conceptions révolutionnaires, qu’ils soient à l’intérieur ou pas du PCF, et les séparer des éléments incurablement social-démocratisés, incurablement européistes, incurablement antisoviétiques, incurablement liés par mille privilèges à l’Etat bourgeois et à ses dépendances social-démocrates. La tâche n’a pas changé. Le PRCF ne se prend pas pour un parti mais pour un « pôle », il propose l’unité d’action de tous les vrais communistes indépendamment de la direction nationale mutée du PCF-PGE, il regarde avec respect ceux qui, comme lui, se sont organisés en dehors du PCF parce qu’ils ont constaté que celui-ci avait trop dérivé pour être « redressé du dedans », mais aussi ceux qui, à la faveur de circonstances locales plus favorables, se sont organisés à l’intérieur. Pourvu que tous ces militants franchement communistes AGISSENT ENSEMBLE, créent les conditions de l’intervention commune permanente en direction de la classe ouvrière, du débat politique, de la formation théorique, de l’analyse commune : alors les débats scolastiques sur la manière de recréer le parti cesseront : les vrais communistes se retrouveront dans la même organisation SANS LES NAUFRAGEURS MUTANTS et « refondateurs ». Personne ne sait quelles formes prendra la « séparation organisationnelle », mais comme à Tours, les vrais communistes se retrouveront sous le drapeau de la révolution socialiste, et les contrefacteurs seront priés de rallier leur camp naturel – comme l’ont déjà fait Fiterman ou Robert Hue : le parti « socialiste ». EN UN MOT, c’est dialectiquement la même tâche, quelles qu’en soient les formes et les rythmes que personne ne peut prédire, que de « divorcer » des dirigeants euro-mutants et que de fédérer les militants qui veulent continuer le congrès de Tours dans les conditions d’aujourd’hui. C’est pourquoi, tout en s’organisant d’une manière démocratique, strictement indépendante du PCF actuel (sans cela nous n’aurions pas pu développer pleinement depuis les années 90 une politique de lutte contre la criminalisation du socialisme et contre l’euro-fascisation, de défense et d’actualisation du marxisme-léninisme, de rupture avec l’euro, l’UE, l’OTAN et le capitalisme, de Front populaire et patriotique, de soutien militant à Cuba socialiste, d’unité des deux drapeaux révolutionnaires du peuple français, de défense des acquis du CNR dans la perspective du socialisme, etc.), le PRCF admet en son sein sans aucun apartheid des militants membres du PCF et d’autres, majoritaires il est vrai, qui n’en sont plus. En s’organisant à l’extérieur du PCF, le PRCF « fait signe » en permanence vers la nécessaire « rupture organisationnelle » : c’est l’aspect principal, stratégique. Mais en même temps, il tend la main à tous les CAMARADES qui sont dans le PCF ou dans les JC. C’est ensemble, à la porte des boîtes, qu’il faut se retrouver en permanence pour qu’avec l’aide de la classe ouvrière, arrachée au désespoir par le retour auprès d’elle des vrais communistes UNIS, se créent, non pas en rêve mais dans la réalité, non pas en chambre mais dans la défense du peuple de France, les conditions de la renaissance du véritable PCF.

http://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/90e-anniversaire-de-la-mort-de-lenine-quelques-citations-commentees-par-g-gastaud/ 

 

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:46
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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:05
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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:25

Rosa Luxemburg

 

Conférence internationale sur Rosa Luxemburg 

http://www.lesfilmsdelan2.org/lesfilmsdelan2/Rosa_Luxemburg.html

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:13
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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 12:37

La vidéo, "Présentation de l'œuvre de Marx" (seconde partie) , est prête à être visionnée. Partagez-la avec vos amis, votre famille, vos internautes favoris et voire même des inconnus !


http://www.lesfilmsdelan2.org/lesfilmsdelan2/Marx_au_21_eme_siecle.html
 
ou bien encore ici :


https://vimeo.com/76815429

 


 

 

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