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La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 11:48

A La Havane Colloque : "Les droits de nos ainés dans le monde"

par Rédaction Sylver Economy le 15 mars 2017

Du 3 au 6 avril 2017, la FIAPA organise à Cuba le colloque international « Les droits de nos aînés dans le monde ».

Evènement majeur de l’actualité de la gérontologie, ce colloque sera également l’occasion pour les entreprises de la Silver économie de découvrir un aspect méconnu de Cuba : une forte demande de coopération, un véritable dynamisme et des entreprises de pointe pour l’accompagnement des personnes âgées.

[on est loin de la façon dont les "ainés" sont traités en France : allongement du temps de travail, retraites minuscules pour le plus grand nombre, traitement scandaleux des vieillards, maisons de retraites hors de prix entre la garderie et le mouroir... En 1793, la République, qui cherchait un moyen de venir en aide aux vieillards sans ressources, avait inscrit dans sa Constitution que tout étranger prenant en charge un vieillard devenait automatiquement Français. Sous l"impulsion des communistes, l'Assurance Vieillesse fut créée au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Aujourd'hui les capitalistes, de Hamon à Le Pen, ne voient plus dans les vieillards qu'un marché juteux qu'ils appellent "l'or gris"... NDLR]

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 14:06
France / International / La guerre est devenue un moyen de gouverner

Les gouvernements actuels suivent à la lettre la leçon de Bush. C’est comme chefs de guerre que les gouvernants créent le mieux l’adhésion. Face au chômage, il faut inventer des solutions et affronter la logique du profit. Quand on prend l’uniforme du chef de guerre, c’est tout de suite beaucoup plus facile, surtout dans un pays dont l’armée reste malgré tout l’une des mieux entraînées du monde.

Le lendemain des attentats coordonnés, perpétrés dans Paris le 13 novembre 2015, le gouvernement français a naturellement déclaré l’état d’urgence. Sous cet état d’exception, la police et d’autres institutions, notamment le ministère de l’Intérieur et les préfets (représentants locaux de l’État) se sont vues conférer un large éventail de pouvoirs, dont celui de perquisitionner des logements de jour comme de nuit et d’émettre des arrêtés d’assignation à résidence sans que l’autorisation d’un juge soit nécessaire.

L’état d’urgence a été prolongé de trois mois, une première fois le 26 novembre 2015, puis de nouveau le 26 février 2016, et de deux mois le 26 mai 2016. Il a depuis été régulièrement prolongé, officiellement dans le but de couvrir la période des élections nationales, prévues en avril-mai 2017.

« Rien ne sera plus comme avant » avaient déclaré certains journalistes et hommes politiques après les attentats qui ont frappé la France. L’intensification des politiques et pratiques sécuritaires préexistantes ne s’est pas fait attendre. Mise en accusation des salafistes, des musulman-e-s, de l’islam ou des immigrés en général. À la parole des politiques, s’est joint l’acte… policier. Selon les chiffres publiés le 6 décembre 2016 par le gouvernement, depuis novembre 2015, 4.292 perquisitions de domiciles avaient été menées et 612 personnes avaient été assignées à résidence (et 434 personnes affectées). Par ailleurs, en décembre 2016, 95 personnes étaient encore assignées à résidence. Rappelons qu’en février 2016, Amnesty International a rapporté que moins de 1 % des perquisitions de domiciles menées entre novembre 2015 et février 2016 (soit plus de 3.000) avaient donné lieu, au regard de la législation française, à des chefs d’accusation pour activités à caractère terroriste (excepté les infractions pour « apologie du terrorisme »), ce qui révèle à quel point cette mesure était disproportionnée…

La situation des migrants s’en est naturellement ressentie et les politiques orchestrées en la matière par l’Union européenne tendent à organiser les contrôles abusifs, la destruction des bateaux, les rafles et les chasses à l’homme avec leurs corollaires : enfermement de milliers d’êtres humains, absence d’accès aux droits les plus élémentaires, expulsions, refoulements, harcèlement, isolement.

Ces politiques et leur relais dans les médias construisent dans la population un imaginaire d’une Europe assaillie par un danger migratoire. Tout ceci pousse à un racisme de plus en plus décomplexé, assumé et revendiqué. Les passages à l’acte (violence raciste, organisations de riverains voulant « faire justice eux-mêmes », manifestations et émeutes, tabassages, expulsions illégales, menaces) sont de plus en plus fréquents. Les pouvoirs publics et leurs forces de police au mieux ferment les yeux sur la situation, au pire poussent à ces passages à l’acte qui leur facilitent la tâche et correspondent à des objectifs politiques.

Bien entendu, les causes des migrations et les causes de leur visibilité actuelle, dont les pays européens sont directement et évidemment responsables, ne sont jamais énoncées dans les discours sur les migrations actuelles. La France était pourtant en guerre bien avant les attentats, lesquels ont largement servi de prétexte à intensifier ces engagements militaires. Ces dernières années, l’armée française est intervenue massivement en Afrique. La guerre est ainsi devenue un des derniers points forts des derniers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy avec l’opération Harmattan en Libye mais aussi avec le passage à l’offensive de la force Licorne en Côte d’Ivoire pour faire tomber le régime de Laurent Gbagbo. Marchant dans les pas de son prédécesseur, François Hollande endosse pleinement le costume de chef des armées. L’opération Serval au Mali en 2013 qui se métastase à partir de l’été 2014 dans les pays de la sous-région avec l’opération Barkhane est emblématique du retour en force du militaire comme pilier de l’influence française dans ses anciennes colonies africaines. Sangaris, en République centrafricaine, vient conforter cette politique.  Présentées officiellement comme des victoires, ces interventions posent en réalité éminemment question.

L’intervention en Libye a eu des répercussions particulièrement néfastes sur le Mali. Dans ce pays, la France est intervenue pour combattre les groupes armés implantés dans le nord mais a, dans le même temps, remis en selle le Mouvement national pour la Libération de l’Azawad (MNLA), pourtant à l’origine de la crise. Avec Barkhane, et au nom de la « guerre contre le terrorisme », l’armée française est désormais durablement implantée au Burkina Faso et au Niger, tout en relégitimant la dictature d’Idriss Déby au Tchad en en faisant le point nodal de ses guerres africaines. Enfin, en Centrafrique, la France s’est embourbée dans une guerre civile d’une rare violence dont elle était en même temps juge et partie.

Ces conflits doivent être désignés par leur nom : ce sont des guerres d’ingérence impérialiste. La France n’a aucun « rôle positif » dans ces interventions, malgré ses prétentions puisées à l’ancien répertoire colonial. Le discours belliciste entend anesthésier et tétaniser la population. Pourtant, comment ne pas rappeler les désastres que sèment ces guerres, les millions de morts, de blessés et de déplacés, la misère, le désespoir jetant les populations sur les routes, tandis que s’enrichissent les profiteurs de guerre, les multinationales vendeuses d’armes – la France tenant en la matière le quatrième rang mondial. Ce sont aussi des dépenses colossales, qui détournent l’argent public de dépenses sociales, culturelles et écologiques vitales. De surcroît, l’État qui mène ces guerres, en pompier pyromane, nous entraîne dans une spirale infernale ayant pour effet de renforcer la haine qui débouchera sur d’autres attentats. Les Rafale tuent des civils aussi innocents que ceux du Bataclan ou de Nice. Ces bombardements sont des bombes à retardement.

L’état de guerre proclamé encourage les peurs et crée la division. Le gouvernement socialiste a sapé l’État de droit et les droits humains, entretenant le racisme et la xénophobie tout en semant les germes de nouvelles violences et de nouveaux conflits. Les discours alarmistes et anxiogènes déclamés ici et là ainsi que la désignation d’ennemis intérieurs ont servi et servirons encore à légitimer des mesures disproportionnées qui portent atteinte aux droits fondamentaux, dans le but de mieux contrôler la population. La guerre est désormais devenue un moyen de gouverner ; elle est aussi une guerre sociale.

Capitaine Martin

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 20:48

 

Refusons la torture et les viols de femmes détenues au Mexique !

Mexique / Appels / Refusons la torture et les viols de femmes détenues au Mexique !

Tailyn. Victime d’une fausse couche dans le bureau du procureur après un passage à tabac par des policiers. Monica. Battue et violée par 6 policiers devant son mari et son frère. Fernanda. Soumise à des chocs électriques au niveau du vagin.

Les résultats de l’enquête menée par Amnesty International auprès de 100 détenues mexicaines sont terrifiants : 99 d’entre elles ont dit avoir subi des violences physiques ! 72 des violences sexuelles ! 33 assurent avoir été violées !

JE DEVIENS MEMBRE

Il est urgent de dénoncer ces pratiques barbares, généralisées, commises en toute impunité par les forces de sécurité pour obtenir des « aveux » forcés et gonfler les statistiques dans la lutte contre le crime organisé.

La plupart des victimes sont des femmes très pauvres, seules, dans l’incapacité de s’offrir une défense digne de ce nom. Elles sont les proies faciles d’un système répugnant !

Nous avons besoin de vous pour lutter contre ces pratiques intolérables et inhumaines.

En devenant membre d’Amnesty International, vous nous aidez à faire pression pour protéger ces femmes vulnérables et toutes les victimes d’abus dans le monde.

En espérant vous compter parmi nos membres !

 

 

 
  
Camille Blanc
Présidente d'Amnesty International
France

 

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 12:48
International / Défense de Lénine

Cet article fut publié une première fois le 21 janvier 2014, à l’occasion du 90e anniversaire de la mort de Lénine, sur le site In Defence of Marxism.


Il y a 90 ans, le 21 janvier 1924, Vladimir Lénine, le grand marxiste et dirigeant de la révolution russe, est décédé des suites de complications dues à une tentative d’assassinat antérieure. Dès lors, une campagne continue visant à calomnier son nom et déformer ses idées a été lancée, allant des historiens bourgeois et apologistes de la bourgeoisie jusqu’aux différents réformistes, libéraux et groupes anarchistes. Leur tâche est de discréditer Lénine, le marxisme et la révolution russe, tout cela dans les intérêts du règne « démocratique » des banquiers et capitalistes.

Une récente biographie du professeur Robert Service, Lenin, A Political Life, The Iron Ring [simplement Lénine, en version française], affirme que :

« Bien que ce volume tienne à être un récit objectif [!] et multidimensionnel, nul ne peut écrire sur Lénine avec détachement. Son intolérance et sa répression ne cessent de m’horrifier. »

Un autre historien « objectif », Anthony Read, va encore plus loin, affirmant, sans aucune preuve, que Lénine était en minorité au Congrès du Parti de 1903 et qu’il a simplement choisi le nom « bolchevik » (le mot russe pour « majorité »), car « Lénine ne manquait jamais une occasion de favoriser l’illusion du pouvoir. Par conséquent, dès ses tout débuts, le bolchevisme fut fondé sur un mensonge, créant un précédent qui allait être suivi pour les 90 années à venir. »

M. Read continue sa diatribe : « Lénine n’avait pas le temps pour la démocratie, n’avait aucune confiance dans les masses et aucun scrupule dans l’usage de la violence. » (The World on Fire, 1919 and the Battle with Bolshevism, pp. 3-4, Jonathan Cape, 2008)

Il n’y a rien de neuf avec ces fausses affirmations qui s’appuient non pas sur les écrits de Lénine, mais plutôt sur les épanchements des professeurs Orlando Figes et Robert Service, deux « experts » sur les « démons » de Lénine et de la révolution russe. Remplis de haine, ils véhiculent le mensonge selon lequel Lénine aurait créé le stalinisme.

De même, les staliniens, ayant fait de Lénine une icône inoffensive, ont également diffamé ses idées afin de servir leurs crimes et leurs trahisons. La veuve de Lénine, Kroupskaïa, avait l’habitude de citer les paroles de son époux:

« Il est arrivé plus d’une fois dans l’histoire que la doctrine de grands révolutionnaires soit déformée après leur mort. Les hommes en ont fait des icônes inoffensives et, tout en entourant leur nom d'une certaine auréole, ils émoussent le tranchant révolutionnaire de leur doctrine. »

En 1926, Kroupskaïa affirmait que « si Lénine était vivant, il serait certainement dans les prisons de Staline ».

Lénine était sans aucun doute l’un des plus grands révolutionnaires de notre temps, ses efforts culminant avec la victoire d’octobre 1917 et ses écrits transformant le cours de l’histoire mondiale. Pour la révolution socialiste, Lénine est passé de la parole aux actes. Il est devenu, du jour au lendemain, « l’homme le plus détesté et le plus aimé sur terre ».

La jeunesse de Lénine

Né à Simbirsk, près de la Volga, en 1870, Lénine allait vivre les années de grands bouleversements en Russie. Ce pays semi-féodal était dirigé par le despotisme tsariste. L’intelligentsia révolutionnaire, face à ce despotisme, était attirée vers les méthodes terroristes de la Volonté du Peuple (Narodnaya Volya). En effet, le frère aîné de Lénine, Alexandre, fut pendu pour sa participation à la tentative d’assassinat du Tsar Alexandre III.

Suite à cette tragédie, Lénine entra à l’université et fut rapidement expulsé pour ses activités. Cela ne fit qu’augmenter sa soif de politique et l’amena à entrer en contact avec des cercles marxistes. Cela mena à une étude du Capital de Marx, qui circulait alors en petit nombre, puis de l’Anti-Dühring d’Engels.

Il entra en contact avec les exilés du Groupe pour l’Émancipation du Travail, mené par George Plekhanov, le père du marxisme russe, que Lénine regardait comme son père spirituel. Il déménagea, à l’âge de 23 ans, de Samara à Saint-Pétersbourg afin d’y former l’un des premiers groupes marxistes.

« C’est ainsi, entre l’exécution de son frère et son déménagement vers Saint-Pétersbourg, au cours de ces six années de dur labeur à la fois longues et courtes, que fut formé le futur Lénine », explique Trotsky. « Tous les traits fondamentaux de sa personnalité, son regard sur la vie et son mode d’action étaient déjà formés durant l’intervalle entre la dix-septième et la vingt-troisième année de sa vie. »

Des investissements étrangers massifs stimulèrent le développement du capitalisme et permirent l’émergence d’une petite classe ouvrière vierge. L’émergence de cercles d’étude et l’impact des idées marxistes menèrent à des tentatives d’établir un Parti social-démocrate révolutionnaire russe.

Lénine rencontra Plekhanov en Suisse en 1895 et, à son retour, il fut arrêté, emprisonné puis exilé. Le Premier congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) eut lieu en 1898, mais il y eut un raid policier et les participants furent arrêtés.

Marxisme et bolchevisme

À la fin de son exil, Lénine concentrait ses efforts sur la mise sur pied d’un journal marxiste : Iskra, « L’étincelle ». L’Iskra devait établir le marxisme en tant que force dominante de la gauche. Introduit clandestinement en Russie, le journal servit à unir les cercles en un parti national unifié sur de solides bases politiques et théoriques.

C’est lors de cette période que Lénine écrivit sa célèbre brochure Que faire?, dans laquelle il défendait l’idée d’un parti composé de révolutionnaires professionnels, d’individus dédiés à la cause.

En 1903 se tint le Deuxième congrès du POSDR, qui fut essentiellement le congrès de fondation. C’est là que les camarades de l’Iskra s’établirent comme courant dominant du parti. Cependant, une scission ouverte eut lieu, lors des dernières procédures à propos de questions organisationnelles, entre Lénine et Martov, tous deux éditeurs de l’Iskra. La majorité autour de Lénine allait être connue sous le nom de « bolcheviks », et la minorité autour de Martov sous celui de « mencheviks ».

Plusieurs mythes entourent cette scission qui prit par surprise la plupart des participants, incluant Lénine. Il n’y avait aucun désaccord politique à cette époque. Ceux-ci allaient émerger plus tard seulement. Lénine tenta de réconcilier les factions, mais échoua. Il qualifia plus tard la scission d’« anticipation » de différences importantes qui allaient surgir ultérieurement.

Ces différences émergèrent sur la question des perspectives pour la révolution en Russie. Toutes les tendances voyaient la révolution à venir comme étant « démocratique-bourgeoise » et qu’elle aurait pour tâche de balayer le vieux régime féodal et de paver la voie au développement capitaliste. Les mencheviks, cependant, affirmaient que dans cette révolution, les travailleurs auraient à se subordonner à la direction de la bourgeoisie. Les bolcheviks, quant à eux, croyaient que la bourgeoisie libérale ne pouvait mener à bien la révolution puisqu’elle était liée au féodalisme et à l’impérialisme, et qu’en conséquence les travailleurs devraient mener la révolution avec l’appui des paysans. Ils formeraient ensemble une « dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie », qui provoquerait la révolution socialiste en Occident. En retour, cette révolution viendrait en aide à la révolution russe. Trotsky défendait une troisième position : il était d’accord avec Lénine sur le fait que les travailleurs dirigeraient la révolution, mais il croyait qu’ils ne devraient pas s’arrêter à mi-chemin, mais devraient plutôt continuer avec des mesures socialistes, et commencer la révolution socialiste mondiale. En fin de compte, les événements de 1917 confirmèrent le pronostic de Trotsky, celui de la « révolution permanente ».

L’internationalisme

La Révolution de 1905 fut une manifestation concrète du rôle dirigeant de la classe ouvrière. Tandis que les libéraux se mettaient aux abris, les travailleurs mirent sur pied des soviets, dans lesquels Lénine y vit l’embryon du pouvoir ouvrier. Dans ces conditions, le POSDR grossit énormément et cela fit se rapprocher les deux factions du parti.

La défaite de la Révolution de 1905, cependant, fut suivie d’une période de réaction impitoyable. Le parti faisait face à des difficultés immenses et devenait de plus en plus isolé des masses. Les bolcheviks et les mencheviks s’éloignaient davantage tant au niveau politique qu’organisationnel, jusqu’à ce qu’en 1912 les bolcheviks se constituent en un parti indépendant.

Au cours de ces années, Trotsky était un « conciliateur » entre les bolcheviks et les mencheviks. Il se tenait à l’écart des deux factions tout en prônant « l’unité ». Cette attitude conduisit à d’importants conflits avec Lénine, qui défendait l’indépendance politique des bolcheviks. Ces conflits furent utilisés plus tard par les staliniens pour discréditer Trotsky, et ce malgré l’instruction de Lénine, contenue dans son testament, de ne pas invoquer le passé non-bolchevik de Trotsky contre lui.

Le réveil du mouvement ouvrier après 1912 témoignait d’un appui grandissant aux bolcheviks, qui revendiquaient l’appui de l’écrasante majorité des travailleurs russes. Cette croissance allait cependant être freinée par la Première Guerre mondiale.

La trahison d’août 1914 et la capitulation des dirigeants de la IIe Internationale furent un revers terrible pour le socialisme international. Cela signifiait la mort effective de cette Internationale.

La petite poignée d’internationalistes du monde se regroupa lors d’une conférence antiguerre tenue à Zimmerwald en 1915, où Lénine appela à la formation d’une nouvelle Internationale ouvrière. Ce furent des jours difficiles; les forces du marxisme étaient complètement isolées. Les perspectives révolutionnaires semblaient plutôt sombres en effet. En janvier 1917, Lénine s’adressa à une petite réunion des Jeunesses socialistes suisses à Zurich. Il nota que la situation allait éventuellement changer, mais qu’il ne vivrait pas pour voir la révolution. Et pourtant, un mois plus tard, la classe ouvrière russe renversait le tsarisme et une situation de double pouvoir était créée. En l’espace de neuf mois, Lénine se trouvait à la tête d’un gouvernement de Commissaires du Peuple.

La révolution russe

Alors à Zurich, Lénine passait au peigne fin les journaux afin de se tenir au courant des dernières nouvelles de la Russie. Il vit que les soviets, dominés alors par les dirigeants des socialistes-révolutionnaires (SR) et des mencheviks, avaient rendu le pouvoir au Gouvernement provisoire, mené par le Prince Lvov, un monarchiste. Il envoya immédiatement un télégramme à Kamenev et Staline, qui vacillaient : « Aucun appui au Gouvernement provisoire ! Aucune confiance en Kerensky ! »

Écrivant pendant son exil, Lénine avertit :

« Notre révolution est bourgeoise : aussi les ouvriers doivent-ils soutenir la bourgeoisie, disent les Potressov, les Gvozdev, les Tchkhéidzé, comme le disait hier encore Plekhanov.

Notre révolution est bourgeoise, disons-nous, nous marxistes : aussi les ouvriers doivent-ils ouvrir les yeux au peuple sur les mensonges des politiciens bourgeois, lui apprendre à ne pas croire aux paroles, à compter uniquement sur ses forces, son organisation, son union, son armementvous devez accomplir des prodiges d'organisation prolétarienne et populaire pour préparer votre victoire dans la seconde étape de la révolution. »

Dans sa lettre d’adieux destinée aux travailleurs suisses, Lénine expliqua la tâche clé : « faire de notre révolution le prologue de la révolution socialiste mondiale. »

Lorsque Lénine retourna en Russie le 3 avril 1917, il rédigea ses Thèses d’avril : une seconde révolution russe doit être une étape vers la révolution socialiste mondiale ! Il fit une sortie résolue contre la vieille garde du parti qui retardait sur les événements et il se battit pour réarmer le parti bolchevique.

« Quiconque, aujourd'hui, ne parle que de la ‘‘dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie’’ retarde sur la vie, est passé de ce fait, pratiquement, à la petite bourgeoisie contre la lutte de classe prolétarienne, et mérite d'être relégué aux archives des curiosités prérévolutionnaires ‘‘bolcheviques’’ (aux archives des ‘‘vieux bolcheviks’’, pourrait-on dire). »

Il réussit à gagner l’appui de la base et put ainsi surmonter la résistance de la direction du parti, qui, ironiquement, l’accusait de « trotskysme ». En réalité, Lénine était arrivé à la position de Trotsky, celle de la révolution permanente, par sa propre voie.

En mai, Trotsky fut de retour en Russie après avoir été emprisonné par les Britanniques au Canada. « Deux ou trois jours après mon arrivée à Petrograd, j’ai lu les Thèses d’avril de Lénine. C’était exactement ce dont la révolution avait besoin », expliqua Trotsky. Sa ligne de pensée était identique à celle de Lénine. Avec l’assentiment de Lénine, Trotsky se joignit à l’organisation interdistrict avec comme objectif de la gagner au bolchevisme. Il entra en collaboration étroite avec les bolcheviks, se décrivant lui-même en tous lieux comme « nous, les bolcheviks-internationalistes ».

La prise du pouvoir

Le 1er novembre 1917, lors d’une rencontre du Comité de Petrograd, Lénine affirma qu’une fois que Trotsky eut été convaincu de l’impossibilité d’une union avec les mencheviks, « il n'y a pas eu de meilleur bolchevik ». Revenant sur la révolution deux ans plus tard, Lénine écrivit : « Au moment de la conquête du pouvoir, lorsque fut créée la République des soviets, le bolchevisme avait attiré à lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les tendances de la pensée socialiste proches de lui. »

« Ce n'est pas Lénine qui est venu à moi, c'est moi qui suis allé à Lénine », affirma Trotsky avec modestie. « Je l'ai rejoint plus tard que bien d'autres. Mais je m'enorgueillis de penser que je ne l'avais pas moins bien compris que les autres. »

Dans les mois qui ont précédé la révolution, Lénine avait appelé les soviets dominés par les mencheviks et les SR à rompre avec les ministres capitalistes et à prendre le pouvoir, ce qu’ils refusèrent obstinément de faire. Cependant, les slogans bolcheviques – Le pain, la terre et la paix ! Tout le pouvoir aux soviets ! – gagnèrent rapidement un appui chez les masses. Les manifestations de masse en juin reflétaient ce virage. Cela incita le nouveau premier ministre Kerensky à lancer une campagne de répression contre les bolcheviks. Les « Journées de juillet » virent les bolcheviks contraints à la clandestinité. Une campagne hystérique fut attisée contre eux, on les traitait « d’agents allemands », ce qui força Lénine et Zinoviev à se cacher et mena aux arrestations de Trotsky, Kamenev, Kollontai et d’autres leaders bolcheviques.

En août, le général Kornilov tenta d’imposer sa propre dictature fasciste. Craignant Kornilov et cherchant désespérément à obtenir de l’aide, le gouvernement remit Trotsky et d’autres bolcheviks en liberté. Les travailleurs et soldats bolcheviques saisirent l’occasion et infligèrent une défaite à la contre-révolution de Kornilov.

Cela fît s’accroître l’appui aux bolcheviks, qui gagnèrent la majorité dans les soviets de Petrograd et de Moscou. « Nous étions les vainqueurs », affirma Trotsky au sujet des élections au Soviet de Petrograd. Cette victoire fut décisive, et représenta un tremplin important vers la victoire d’Octobre.

Lénine, qui se cachait en Finlande, devenait de plus en plus impatient à l’égard des dirigeants bolcheviques. Il craignait que les dirigeants fussent en train de tergiverser. « Les événements nous prescrivent si clairement notre tâche que tout atermoiement devient positivement un crime », expliquait Lénine dans une lettre au Comité central. « Attendre est un crime envers la révolution. » En octobre, le Comité central prit la décision de prendre le pouvoir. Zinoviev et Kamenev votèrent contre et émirent une déclaration publique qui faisait état de leur opposition à toute insurrection et qui enjoignait le parti à se tourner vers l’Assemblée constituante !

Trotsky, en tant que président du Comité militaire révolutionnaire du Soviet de Petrograd, réagit rapidement afin d’assurer un transfert du pouvoir sans heurt, le 25 octobre 1917. La révolution remporta la victoire sans effusion de sang et le jour suivant, le 26 octobre, ses résultats furent annoncés au Deuxième Congrès des Soviets de Russie. Cette fois, les bolcheviks comptaient sur 390 délégués sur un total de 650, soit une majorité claire. En guise de protestation, les mencheviks et les SR de droite claquèrent la porte. Lénine, s’adressant au Congrès, déclara devant les délégués triomphants : « Nous entreprendrons la construction de l’ordre socialiste. » Le Congrès entreprit de mettre sur pied un nouveau gouvernement soviétique avec Lénine à sa tête. Méprisés quelque quatre mois auparavant, les bolcheviks étaient maintenant acclamés par les travailleurs révolutionnaires.

En quelques jours, des décrets furent émis par le gouvernement de Lénine : une proposition de paix et d’abolition de la diplomatie secrète, la terre aux paysans, le droit des nations à l’autodétermination, le contrôle ouvrier et la révocabilité de tous les représentants, l’égalité des hommes et des femmes, et la séparation complète de l’Église et de l’État.

Lorsque le Troisième Congrès des Soviets de janvier 1918 proclama la fondation de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, des portions importantes de la Russie étaient toujours occupées par les Empires centraux, les nationalistes bourgeois et les généraux des Armées blanches.

Cinq jours après la révolution, le nouveau gouvernement fut attaqué par des forces cosaques dirigées par le général Krasnov. L’attaque fut repoussée et le général fut livré au gouvernement par ses propres hommes. Cependant, il fut relâché après avoir donné sa parole qu’il ne reprendrait pas les armes. Sans surprise, il brisa cette promesse et se dirigea vers le sud afin de diriger l’Armée blanche cosaque. De manière similaire, une fois libérés du Palais d’Hiver, les militaires cadets organisèrent un soulèvement.

L’an I

La révolution était beaucoup trop généreuse et confiante à ses débuts. « On nous reproche de pratiquer la terreur, mais ce n'est pas la terreur des révolutionnaires français qui guillotinaient des gens désarmés, et j'espère que nous n'irons pas jusque-là », affirma Lénine en novembre. « Je l'espère parce que nous sommes forts. Quand nous appréhendions des gens, nous leur disions qu'ils seraient relâchés s'ils s'engageaient à ne pas saboter. Et l'on prend de tels engagements. »

Cette candeur a été reconnue par Victor Serge, un ancien anarchiste devenu bolchevik, qui écrivit dans son livre L’an I de la révolution russe :

« Les Blancs massacrent les travailleurs de l’Arsenal et du Kremlin : les Rouges libèrent leur ennemi mortel, le général Krasnov, sur parole […]. La révolution a fait l’erreur de se montrer magnanime avec le leader de l’agression cosaque. Il aurait dû être fusillé sur-le-champ. [Au lieu de cela] il put se rendre dans la région du Don et la mettre à feu et à sang. »

Le pouvoir soviétique eut à peine le temps de s’établir que les impérialistes se mirent en marche pour écraser la révolution dans le sang. En mars 1918, Lénine fit déplacer le gouvernement à Moscou puisque Petrograd était devenue vulnérable à une agression allemande.

Peu après, des troupes britanniques atterrirent à Mourmansk accompagnées de forces américaines et canadiennes ; les Japonais posèrent le pied à Vladivostok avec des bataillons britanniques et américains. Les Britanniques saisirent également le port de Bakou afin de mettre la main sur le pétrole. Les forces françaises, grecques et polonaises atterrirent dans les ports d’Odessa et Sébastopol, dans la Mer noire, et se lièrent aux Armées blanches. L’Ukraine fut occupée par les Allemands. Au total, ce sont 21 armées étrangères qui sont intervenues sur différents fronts pour affronter les forces du gouvernement soviétique. La révolution luttait pour sa survie. Elle était cernée, affamée et infestée de conspirateurs.

La Terreur blanche

La direction du parti SR approuvait le principe d’intervention étrangère afin de « restaurer la démocratie ». Les mencheviks tenaient une position contre-révolutionnaire similaire, ce qui les plaçait dans le camp ennemi. Ils collaborèrent avec les Blancs et acceptèrent de l’argent du gouvernement français afin de mener leurs activités.

À l’été 1918, il y eut des tentatives d’assassinat sur Lénine et Trotsky. Le 30 août, on tira sur Lénine, mais il réussit à échapper à la mort. Le même jour, Ouritsky fut assassiné, tout comme l’ambassadeur allemand. Volodarsky fut également tué. Le complot destiné à faire sauter le train de Trotsky fut heureusement déjoué. C’est cette Terreur blanche qui contribua au déclenchement de la Terreur rouge pour défendre la révolution.

La Terreur blanche a été minimisée par les capitalistes, qui mettaient le blâme sur les Rouges. Les atrocités des Blancs « étaient généralement l’œuvre de généraux blancs et de seigneurs de guerre individuels, et n’étaient pas systématiques ou n’entraient pas dans le cadre d’une politique officielle », explique Anthony Read afin d’excuser ces atrocités. « Mais elles égalaient et parfois surpassaient celles de la Terreur rouge. » Dans les faits, en tant que stratégie, la Terreur blanche surpassait toujours la Terreur rouge en termes de brutalité, ce qui est dans la nature des forces contre-révolutionnaires.

De manière intéressante, Read poursuit en décrivant les méthodes du baron Roman Von Ungern-Sternberg. « Aucun bolchevik, par exemple, n’aurait pu égaler le baron Roman Von Ungern-Sternberg, général blanc germano-balte né en Estonie, qui fut envoyé par le Gouvernement provisoire en Extrême-Orient russe, où il proclama être la réincarnation de Gengis Khan et fit tout ce qu’il put pour surpasser le conquérant mongol en termes de brutalité. Antisémite fanatique, il déclara en 1918 qu’il avait l’intention d’exterminer tous les Juifs et les Commissaires de Russie, une tâche dont il s’acquitta avec un grand enthousiasme. Il encourageait ses hommes à massacrer tous les Juifs se trouvant sur leur passage en utilisant diverses méthodes toutes aussi brutales les unes que les autres, comme de les écorcher vifs. Il est aussi reconnu pour avoir mené des chevauchées de terreur nocturne en traînant des torches humaines à cheval au galop à travers la steppe, et pour avoir promis de ‘‘faire une avenue de pendus s’étirant de l’Asie jusqu’à l’Europe’’. »

C’était là le sort qui attendait les travailleurs et les paysans russes si la contre-révolution avait remporté la victoire. C’est ce qui est arrivé à Spartacus et son armée d’esclaves lorsqu’ils sont tombés aux mains de l’État esclavagiste romain. L’alternative au pouvoir soviétique n’était pas la « démocratie », mais la brutale et sanguinaire barbarie fasciste. C’est pourquoi tous les efforts de l’Armée rouge et de la Tcheka furent déployés afin de remporter la guerre civile et défaire la contre-révolution.

Le gouvernement soviétique n’avait d’autre choix que de combattre le feu par le feu, et de lancer un appel révolutionnaire aux troupes des armées étrangères. Comme l’expliqua Victor Serge :

« Les masses laborieuses utilisent la terreur contre les classes minoritaires de la société. Elles ne font que terminer le travail des forces politiques et économiques nouvelles. Lorsque des mesures progressistes rallient des millions de travailleurs à la cause de la révolution, la résistance des minorités privilégiées n’est pas difficile à briser. La Terreur blanche, en revanche, est réalisée par ces minorités privilégiées contre les masses laborieuses, lesquelles doivent être massacrées, décimées. Les Versaillais (le nom donné aux forces contre-révolutionnaires ayant écrasé la Commune de Paris) ont tué en une seule semaine à Paris plus de personnes que la Tcheka en trois ans dans toute la Russie. »

Une période de « communisme de guerre » fut imposée aux bolcheviks, une période où le grain était réquisitionné de force aux paysans afin de nourrir les travailleurs et les soldats. L’industrie, ravagée par le sabotage, la Guerre mondiale et la guerre civile, était dans un état d’effondrement complet. Le blocus impérialiste paralysait tout le pays. La population de Petrograd tomba de 2 400 000 habitants en 1917 à 574 000 en août 1920. La typhoïde et le choléra tuèrent des millions de personnes. Lénine qualifia cette situation de « communisme dans une forteresse assiégée ».

Le 24 août 1919, Lénine écrivait : « l’industrie est au point mort. Il n’y a pas de nourriture, pas de pétrole, pas d’industrie. » Face au désastre, les soviets ont dû compter sur les sacrifices, le courage et la volonté de la classe ouvrière pour sauver la révolution. En mars 1920, Lénine affirmait que « la détermination de la classe ouvrière, son adhérence inflexible au mot d’ordre ‘‘plutôt mourir que capituler !’’ n’est pas qu’un facteur historique, il est le facteur décisif de la réussite ».

Les conséquences de la guerre civile

Sous la direction de Lénine et de Trotsky, qui avait organisé l’Armée rouge à partir de rien, les soviets remportèrent la victoire, mais au prix de très lourds sacrifices. Les pertes humaines au front, la famine, les maladies, tous ces facteurs s’ajoutèrent à l’effondrement économique.

À la fin de la guerre civile, le gouvernement bolchevique fut forcé de faire un pas en arrière et d’introduire la Nouvelle politique économique (NEP). Elle permettait aux paysans de disposer de leurs surplus de grains sur le libre marché et contribua à la croissance de fortes tendances capitalistes, à travers l’émergence des Nepmen et des koulaks. C’était seulement un moment de répit.

Considérant le bas niveau culturel – 70% de la population était analphabète – le régime soviétique devait s’appuyer sur les anciens officiers, fonctionnaires et administrateurs tsaristes, qui étaient opposés à la révolution. « Si l’on gratte n’importe où la surface de l’État soviétique, l’on trouvera partout le vieil appareil d’État tsariste en dessous », affirma sans détour Lénine. Avec l’isolement continu de la révolution, il s’agissait là d’un grand danger d’une dégénérescence bureaucratique de la révolution. La classe ouvrière était systématiquement affaiblie par la crise. Les soviets cessèrent simplement de fonctionner et, dans cette situation, les carriéristes et les bureaucrates remplirent le vide.

Malgré des mesures mises en place pour combattre la menace bureaucratique, la seule planche de salut pour la révolution résidait dans la victoire de la révolution mondiale qui aurait permis une assistance matérielle de l’Occident.

Au début de 1919, Lénine avait fondé la IIIe Internationale comme outil afin de répandre la révolution à l’international. C’était l’école du bolchevisme. Des partis communistes de masse furent établis en Allemagne, en France, en Italie, en Tchécoslovaquie et dans d’autres pays.

Malheureusement, la vague révolutionnaire ayant suivi la Première Guerre mondiale fut vaincue. La révolution en Allemagne en 1918 fut trahie par les sociaux-démocrates. Les jeunes républiques soviétiques en Bavière et en Hongrie furent écrasées dans le sang par la contre-révolution. La vague révolutionnaire d’occupations d’usines en Italie en 1920 avait également été vaincue. Encore une fois, en 1923, tous les yeux étaient rivés sur l’Allemagne, qui était au beau milieu d’une crise révolutionnaire. Cependant, les mauvais conseils fournis par Zinoviev et Staline menèrent à une défaite tragique.

Cela porta un coup terrible au moral des travailleurs russes, qui avaient tenu bon jusque-là. En même temps, la défaite renforça la réaction bureaucratique dans l’État et le Parti. Une fois Lénine réduit à l’impuissance après une série d’attaques cérébrales, Staline émergea progressivement comme figure de proue de la bureaucratie. En fait, le dernier combat de Lénine fut mené en bloc avec Trotsky contre Staline et la bureaucratie. Staline battit en retraite, mais une nouvelle attaque cérébrale laissa Lénine paralysé et muet.

Juste avant cette attaque, Lénine avait écrit un testament. Dans ce document, il affirme que Staline, « devenu secrétaire général [ce à quoi Lénine s’opposait – RS], a concentré entre ses mains un pouvoir illimité, et je ne suis pas sûr qu'il puisse toujours s'en servir avec assez de circonspection. D'autre part, le camarade Trotsky […] ne se fait pas remarquer seulement par des capacités éminentes. Il est peut-être l'homme le plus capable de l'actuel Comité central ». Lénine mit en garde contre le danger d’une scission dans le parti.

Le stalinisme

Deux semaines plus tard, Lénine ajouta un complément à son testament après que Staline eut grossièrement invectivé et harcelé Kroupskaïa pour avoir aidé Trotsky et d’autres à communiquer avec Lénine. Lénine rompit toutes relations personnelles avec Staline. « Staline est trop brutal, et ce défaut parfaitement tolérable dans notre milieu et dans les relations entre nous, communistes, ne l'est plus dans les fonctions de secrétaire général », affirma-t-il. Il demanda instamment que Staline soit démis de ses fonctions à cause de sa déloyauté et de sa tendance à abuser du pouvoir.

Mais le 7 mars 1923, Lénine subit une autre attaque cérébrale qui le rendit totalement invalide. Il allait demeurer dans cet état jusqu’à sa mort, le 21 janvier 1924. Le retrait de Lénine de la vie politique donna à Staline un pouvoir accru, qu’il utilisa à son plein avantage, en particulier pour supprimer le testament de Lénine.

C’est sur les épaules de Trotsky que reposait alors la tâche de défendre l’héritage de Lénine, que Staline était en train de trahir. La victoire du stalinisme est essentiellement due à des facteurs objectifs, avant tout l’effroyable arriération économique et sociale de la Russie, ainsi que son isolement.

La défaite ultérieure de la révolution mondiale en Grande-Bretagne, et particulièrement en Chine, eut pour conséquence de démoraliser davantage les travailleurs russes, épuisés par des années de luttes. Sur la base de cette terrible fatigue, la bureaucratie, menée par Staline, consolida son emprise. Le corps de Lénine, malgré les protestations de sa veuve, fut placé dans un mausolée.

C’est un mensonge monstrueux que de laisser entendre que le stalinisme est le prolongement du régime démocratique de Lénine, comme le disent les apologistes du capitalisme. En réalité, une rivière de sang sépare les deux. Lénine fut l’initiateur de la révolution d’Octobre ; Staline en fut le fossoyeur. Tous deux n’avaient rien de commun.

Nous terminerons cet hommage avec les justes paroles de Rosa Luxemburg :

« Tout ce qu'un parti peut apporter, en un moment historique, en fait de courage, d'énergie, de compréhension révolutionnaire et de conséquence, les Lénine, Trotsky et leurs camarades l'ont réalisé pleinement. L'honneur et la capacité d'action révolutionnaire, qui ont fait à tel point défaut à la social-démocratie, c'est chez eux qu'on les a trouvés. En ce sens, leur insurrection d'Octobre n'a pas sauvé seulement la révolution russe, mais aussi l'honneur du socialisme international. »

90 ans après sa mort, nous rendons hommage à ce grand homme, à ses idées et son courage. Lénine combinait la théorie avec l’action et personnifiait la révolution d’Octobre. Lénine et les bolcheviks ont changé le monde ; notre tâche, en cette époque de crise du capitalisme, est de terminer le travail.

 

http://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/2111-en-defense-de-lenine

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23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 17:45

Par Georges Gastaud, secrétaire national du PRCF, et Antoine Manessis, responsable international du PRCF. Le 17 janvier 2017.
Dans L’, stade suprême du capitalisme (1916), Lénine a réfuté la thèse révisionniste défendue par les ténors de la Deuxième Internationale à propos du prétendu « hyper-impérialisme ». Reprise par Kautsky, cette expression de Hilferding résumait l’idée suivante : la concentration mondiale des capitaux est de nature à unifier mondialement l’impérialisme, dont les principaux Etats finiront par fusionner planétairement pour exploiter collectivement les travailleurs. De cette manière, la tendance à la guerre mondiale propre à l’ancien capitalisme disparaîtrait ; les Etats-nations s’effaceront alors devant une sorte d’Empire mondial dont la mise en place d’éventuels « Etats-Unis d’ » seraient les prémices heureuses. Léon Trotski – dont les liens d’avant-guerre n’avaient pas été rompus avec les mencheviks – adhérait alors à ce montage théorique spécieux, si bien que Lénine dut polémiquer contre lui en réfutant le mot d’ordre pseudo-internationaliste des « Etats-Unis socialistes d’ ». Un slogan dont, manifestement, le NPA et LO ne sont toujours pas sortis aujourd’hui. De nos jours, nombreux sont les « théoriciens » qui se croient « innovants » quand ils évoquent naïvement « la » mondialisation capitaliste, « la » construction européenne, voire – comme le révisionniste de gauche Tony Negri, on ne sait quel « Empire » universel régnant sur une « Multitude », voire sur une « plèbe » étrangère aux rapports de production réellement existants. Exit dans la foulée la lutte prolétarienne pour le socialisme, sans parler du combat anti-impérialiste pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes…

Face à ces leurres sociaux-démocrates (hier, l’ « hyper-impérialisme », aujourd’hui, l’euro-mondialisme, etc…), Lénine et ses successeurs eurent le mérite de démontrer point par point que dans les faits, l’unification/harmonisation totale des Etats prédateurs du capitalisme-impérialisme n’est qu’une vue de l’esprit. Encore moins qu’à l’époque du capitalisme « libéral » et pré-monopoliste, le capitalisme impérialiste ne peut totalement s’unifier et s’ « harmoniser », fût-ce pour dominer les peuples et surexploiter les travailleurs. D’abord parce que le système capitaliste est fondamentalement anarchique ; derrière la « planification » monopoliste, derrière les « cartels » inter-impérialistes, l’anarchie de la production s’aggrave et la phase impérialiste du capitalisme ne fait que l’aiguiser en provoquant d’incessants repartages à haut risque de la planète. Dans une période où les énormes capitaux dégagés par la financiarisation peinent à se valoriser, une guerre économique sourde se livre sur tous les continents par-delà les bavardages boboïsants sur « l’unité de la communauté internationale « . Véritable « guerre de tous contre tous » pour reprendre le mot de Hobbes, le capitalisme-impérialiste ne peut produire qu’un « développement inégal » des Etats capitalistes, dont tour à tour, certains prennent la première place tandis que d’autres, jadis chefs de file du développement mondial, déclinent… provisoirement en méditant leur « revanche ». Ensuite parce que, même si les regroupements, cartels et autres fusions monopolistes continentaux et transcontinentaux poussent à des rapprochements politico-militaires transitoires, la tendance de fond du système capitaliste reste à l’instabilité fondamentale desdits regroupements. Les Empires « mondiaux », voire plus modestement, les Empires continentaux ou « transcontinentaux » du grand capital sont périodiquement secoués dans leurs tréfonds par des crises de plus en plus fréquentes et aiguës qui font jaillir d’énormes étincelles, non seulement entre les Etats prédateurs d’un même « cartel », mais aussi entre les cartels internationaux d’Etats-brigands : en un mot, le règne mondial des mafieux est impossible sans une permanente guerre des gangs. Autant de guerres honteuses, aux origines sordidement inavouables, que les médias du système capitaliste, eux-mêmes détenus par les puissances militaro financières, se chargent en permanence de traduire en mots d’ordre « politiquement corrects »…

Le mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe ne peut être qu’utopique ou réactionnaire

C’est pourquoi Lénine répliquait déjà aux « européistes » superficiels de son temps* que, sous le capitalisme, « le mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe ne peut être qu’utopique ou réactionnaire ». A l’inverse, Lénine développait la théorie, fondée sur les faits, selon laquelle « une chaîne vaut ce que vaut son maillon le plus faible ». Si bien qu’il était parfaitement absurde d’attendre « la révolution mondiale », fût-elle « permanente », pour mettre en place le socialisme, au besoin dans un seul pays ou groupe de pays. Au contraire, expliquait Lénine, le prolétariat révolutionnaire devait d’abord briser la chaîne impérialiste dans son maillon le plus faible (à l’époque, l’Empire tsariste travaillé par d’éclatants antagonismes) pour ouvrir en grand l’ère historique des révolutions prolétariennes. C’est d’ailleurs pour cette raison que le choix opéré en 1925 par les bolcheviks russes, celui d’entreprendre la construction du socialisme dans un seul pays, n’avait rien de l’aberration antimarxiste dont l’accusèrent alors les partisans de Trotski, incapbale de rompre durablement avec le menchevisme.

L’évolution de l’impérialisme actuel vérifie une fois de plus comme à la parade (faut-il dire « hélas » ?) les anticipations géniales de Lénine. En quelques années, la crise ravageuse de l’euro-mark et la dominance arrogante de l’Allemagne impérialiste « réunifiée » sur le sous-continent européen, le talon de fer que Berlin a successivement posé sur les ex-pays socialistes écartelés (Tchécoslovaquie, Yougoslavie, URSS occidentale : pays baltes puis Ukraine), sur les ainsi-dit « P.I.G.S. » (les « Etats-cochons » : Portugal, Italie, Grèce, Espagne, Spain en anglo-maastrichtien), puis sur la France en cours d’euro-délitement, a produit une énorme crise de légitimité de l’UE, notamment dans les couches populaires, classe ouvrière en tête. Le prodrome de cette crise explosive est la sortie britannique de l’UE par la porte à droite, dont Donald  n’a pas tort d’annoncer qu’elle n’est que l’amorce d’une possible réaction en chaîne. Car, peu à peu, le compromis géopolitico-économique passé entre les maîtres de la zone Mark (devenu l’euro « fort ») et les oligarques du dollar constitué en monnaie mondiale, s’est inéluctablement effrité. Dans un article d’Etincelles, la revue théorique du PRCF, l’auteur de ces lignes indiquait naguère que l’euro n’était pas autre chose, derrière sa façade libre-échangiste, qu’une monnaie crypto-protectionniste réservant le marché européen à l’industrie allemande tout en ménageant le rôle mondial du dollar : donnant-donnant. En effet, l’euro fort –c’est-à-dire l’alignement de la lire, du franc, de la peseta, etc. sur le Deutsche Mark, ne pouvait que plomber l’industrie des pays sud-européens en renchérissant leurs produits et en interdisant les dévaluations compétitives. Dans le même temps, l’euro fort fermait le marché américain aux produits allemands et le dollar faible permettait aux USA de continuer à exporter. Nous signalions déjà à l’époque que ce compromis germano-américain ne pourrait pas durer : une fois les pays du Sud européen (Grèce, Portugal, Italie, Espagne, suivi par la France) dûment essorés par l’euro-austérité berlinoise et par la « dette », le marché sud-européen de l’industrie allemande se restreindrait, la récession menacerait la RFA elle-mêmeet il faudrait bien alors que les « Européens » (dont l’Allemagne produit plus de la moitié des marchandises industrielles) se cherchassent des débouchés surd ‘autres marchés solvables, USA et Canada en tête. Ce changement de pied monétaire s’est traduit par la nouvelle politique financière de la BCE : elle a comprimé ses taux directeurs, relancé 

artificiellement l’inflation en arrosant les banques européennes de milliards d’euros en monnaie de singe (modèle US !), pendant que les gouvernements de la zone euro pilotée par Berlin continuaient d’écraser les « coûts » salariaux : et c’est évidemment à partir de ces considérations cyniques qu’il faut lire la « générosité » de Merkel à l’égard des migrants chassés de Syrie par les ingérences impérialistes et si aimablement « accueillis » en Allemagne… dans un premier temps. Cette nouvelle politique monétaire destinée à conjurer la dépression en Europe ne pouvait manquer d’inquiéter certains secteurs, notamment industriels, du capital monopoliste états-unien**.

Bien entendu, ces constats n’exonèrent en rien le capital « français », tout aussi prédateur que le capital allemand par rapport aux pays de l’Est et du Sud (sans parler du maintien de la sanglante « Françafrique »), et dont les chefs de file médéfiens, soutenus par l’Arc maastrichtien qui va du PS aux LR, poussent plus loin que jamais leur double vassalisation à l’égard à la fois des USA et de la RFA (entre Fillon et Macron, il y a contradiction entre deux ailes du grand capital français, ce que révèlent comme toujours « grandeur nature », les différends sur la politique étrangère, en clair, les positionnements divers des candidats présidentiels sur la question russe).

Les contradictions impérialiste se creusent à nouveau

Toujours est-il qu’après la victoire du Brexit, l’élection de Trump montre qu’à nouveau les contradictions d’intérêt, longtemps relativisées par la commune croisade contre le socialisme réel, se creusent à nouveau entre les deux rives de l’Empire euro-atlantique : piétinement des négociations sur le TAFTA, déclarations fracassantes de Trump sur l’obsolescence de l’OTAN, exigence trumpiste que les Européens « paient » leur propre défense, rapprochement au moins conjoncturel avec la Russie pour tenter d’isoler la  et de rompre les tentations de rapprochement entre les  (dont l’aile marchante est le partenariat stratégique entre Pékin et Moscou). A l’arrière-plan, on trouve l’impuissance de la « toute-puissante » US Army à juguler les peuples du Proche-Orient, à mettre au pas la Russie, à régenter la Mer de Chine, à annexer l’Ukraine et la Crimée sans coup férir***, l’incapacité durable de la CIA à déstabiliser décisivement (malgré d’intenses tentatives !) Cuba socialiste et ses alliés de l’ALBA. Tout cela engendre de fortes oppositions mercantiles entre la RFA et ses vassaux et les USA de Trump, avec de fortes oppositions à l’intérieur même des Etats impérialistes (lesquels ne sont pas monolithiques : la guérilla déclenchée par le camp Clinton-Obama contre Trump, avec la volonté évidente d’entraîner la Russie dans une escalade avec Washington, n’a rien d’anecdotique !), et pour finir, la remise en cause de l’UE elle-même par Donald Trump…

Tout cela montre que, sans bien entendu remettre en cause le primat absolu des contradictions « Capital/Travail /// Impérialisme/Peuples opprimés », de nouvelles lignes de fracture inter-impérialistes se creusent, dont certaines – sous des formes évidemment très nouvelles – ne sont pas sans rappeler les fractures géopolitiques des deux précédents conflits mondiaux…

 

Pour le moment, le Japon impérial continue de privilégier ses relations avec les USA, mais il profite de l’affaiblissement relatif de leur ancien vainqueur pour

  •  promouvoir un négationnisme historique effarant au sujet des crimes de l’armée nippone à l’encontre des peuples chinois et coréen, les USA du « gentil » Obama continuant de leur côté à légitimer l’abomination d’Hiroshima ;
  • sortir du cadre pacifique imposé par l’actuelle Constitution du Japon qui interdisait jusqu’ici à l’Empire du Soleil Levant d’envoyer des troupes hors de l’archipel nippon. Bref, avec l’appui de leur ancien vainqueur états-unien (celui d’Obama à l’égard de Shinzo Abé, celui, implicite, de Trump, à l’égard de l’Europe allemande sommée d’accélérer sa course aux armements), les principales deux puissances vaincues de 1945 vont très certainement relancer fortement leurs dépenses d’armement. Qui peut croire que ce soit pour le bien de l’humanité et de leurs peuples respectifs ?

Cela dit, l’ennemi principal des deux impérialismes, le Japon de Shinzo Abé et les USA de Trump, étant la Chine, le Japon impérialiste ne devrait pas avoir de grandes difficultés à s’entendre tout aussi bien avec Donald Trump qu’il ne s’entendait, hier, avec le « pacifique » Barak Obama…

l’ennemi principal des travailleurs d’Europe est bien sur leur propre continent où l’UE est de A à Z une structure d’oppression tourné contre les acquis sociaux, contre la  et contre les peuples souverains

Bien entendu, cela ne doit pas leurrer des révolutionnaires. Le prolétariat d’Europe n’a que faire de se ranger derrière « l’Europe unie » ; il ne doit pas verser un sou pour la « défense européenne » ; il doit rire de l’hypocrite pilotage « humanitaire » de l’UE par Berlin et ses bons amis du PS et d’ « Europe-Ecologie les Verts », cette pointe avancée et particulièrement arrogante de l’euro-fédéralisme impérialiste. Quant à la « sauvegarde du modèle social européen face à l’Oncle Sam », c’est une plaisanterie : l’Axe Berlin/Bruxelles (complété par le MEDEF et par les partis à sa dévotion s’agissant de la France) est le premier à démolir au quotidien l’ainsi-dite « économie sociale de marché » que la RFA pratiquait ou feignait de pratiquer peu ou prou, contrainte et forcée, tant qu’il lui fallait « tenir » la concurrence politico-sociale de la RDA. En réalité, rallier le bandit impérial européen « pour résister à Trump », conduirait tout droit le mouvement ouvrier ouest-européen à cautionner la marche à l’affrontement contre la Russie en prenant le risque d’une guerre mondiale exterminatrice bien pire encore que celle de 39/45. Dans la mesure où les partis sociaux-démocrates européens (le « PS européen » dominé de la tête et des épaules par le SPD, avec son appendice pseudo-radical, le Parti de la Gauche Européenne auquel sont affiliés le PCF et Die Linke), sans parler de la très immobiliste Confédération Européenne des Syndicats, continuent à vendre le mensonge paralysant de l’ « Europe sociale, démocratique, pacifique » dans le cadre de l’UE/OTAN, ils ligotent (de plus en plus malaisément !) la classe ouvrière d’Europe à l’Empire social-maastrichtien en crise. Tâche de plus en plus malaisée tant ledit Empire en crise se fait de plus en plus dictatorial (cf l’attitude récente de Schäuble envers les pensions des Grecs les plus pauvres), de moins en moins « pacifique » et de plus en plus fascisant (chasse aux sorcières anticommuniste en voie de généralisation d’Est en Ouest, alliance russophobe de la social-démocratie « civilisée » occidentale avec les néonazis ukrainien, répression accrue du syndicalisme de classe).

 

 

Bref, de même que l’ennemi principal des travailleurs états-uniens est bel et bien dans leur propre pays (souvenons-nous de la formule du communiste Karl Liebknecht, « der Hauptfeind steht in eignem Land »), de même l’ennemi principal des travailleurs d’Europe est-il bien sur leur propre continent où l’UE est de A à Z, du Traité de Rome à nos jours en passant par le déni du Non français à la constitution européenne, une structure d’oppression tournée contre les acquis sociaux, contre la paix et les peuples souverains. Bien entendu, un soutien des travailleurs européens à Donald Trump via le soutien de certains d’entre eux aux extrémistes de droite (Le Pen ici, AfD en Allemagne, Orban en Hongrie, Aube dorée en Grèce, etc.) ne serait pas moins dangereux. Que serait d’ailleurs une Internationale… des protectionnistes bourgeois ? Qui ne voit que le protectionnisme bourgeois, tourné contre les autres peuples et non pas orienté vers la coopération entre peuples libres, n’est qu’une autre voie pour marcher à la guerre impérialiste mondiale, que nourrit lui aussi le pseudo-libre-échange actuel d’Obama, de l’UE et du « Traité transatlantique ».

Sommet des BRICS – 2014 – Brésil

Quant aux BRICS, il faut se garder à leur égard des deux erreurs suivantes :

  • la première consisterait à idéaliser leurs dirigeants en oubliant, par ex., qu’en Russie, la contre-révolution a été faitepour le plus grand malheur du peuple russe (par ex. en ce moment, le parti de Poutine fait campagne pour expulser du Kremlin le tombeau de Lénine, et nul ne peut ignorer le signal anticommuniste qu’un tel geste donnerait aux forces réactionnaires du monde entier) ; ni qu’au Brésil un pouvoir archi-réactionnaire s’est mis en place pour aider les USA à liquider la gauche latino-américaine toutes tendances confondues. Nul ne peut ignorer non plus qu’en Chine, où de notre point de vue la contre-révolution n’a pas encore triomphé et où le PCC tangue entre une orientation néolibérale durcie et l’actuelle ligne patriotique tournée vers l’essor du marché intérieur, les acquis subsistants du socialisme sont pour le moins mal assurés.
  • La seconde erreur serait de négliger le fait que dans tous les BRICS de puissantes traditions communistes existent, que les forces marxistes-léninistes n’y ont pas été éradiquées, bien au contraire et qu’objectivement, quelles que soient les intentions des dirigeants politiques et des milieux économiques capitalistes de ces pays, l’existence des BRICS fait obstacle à la domination mondiale univoque des trois prédateurs principaux, USA, Europe allemande et Japon. En aucun cas des communistes ne peuvent négliger l’analytique des contradictions principales et secondaires (cf le brillant essai de Mao intitulé De la contradiction) sous peine, soit d’être écrasés par un ennemi de classe « invincible » (tant qu’il n’est pas un tant soit peu divisé : songeons au tournoi des Horaces et des Curiaces !), soit  – pis encore – de devenir les idiots utiles de tel ou tel impérialisme ou sous-impérialisme. Aucun soutien, donc, au surarmement annoncé des super-prédateurs euro-atlantiques contre les peuples russe, chinois, latino-américains, africains, proche-orientaux, sud- et est-européens, mais aussi, dans tous ces pays, solidarité de classe et soutien politique (ce qui ne signifie pas systématiquement alignement) aux communistes, plus précisément, aux marxistes-léninistes, mais aussi aux forces patriotiques et progressistes de ces pays.

Nous, militants franchement communistes, vivons en France, pays capitaliste, donc dans l’UE, bloc impérialiste, et nous agissons pour une République sociale, souveraine et fraternelle en marche vers le socialisme-communisme. Nous devons donc combattre Trump et l’impérialisme US, dont les deux versants, « mondialiste » (sic) et « isolationniste » (sic) ne sont pas moins dangereux pour la paix et la souveraineté des peuples, à commencer par celle des peuples cubain, vénézuélien et palestinien ; mais nous ne devons pas moins fortement combattre la bannière étoilée de l’Europe allemande (fût-ce à travers le slogan mielleux de l’ « Europe sociale » et de la « défense européenne pour sauver nos valeurs »). Il nous faut exiger la sortie par la gauche de la France de l’euro, de l’UE (Frexit progressiste) et de l’OTAN, sans cesser de dénoncer les ingérences et prédations de l’impérialisme français en Libye, en Afrique subsaharienne et au Proche-Orient. Aucune faiblesse non plus, faut-il le dire, à l’égard du chauvinisme et de la xénophobie euro-compatible de la dynastie Le Pen****. Bien entendu, nous ne cesserons pas de tendre la main aux communistes allemands*****, ainsi qu’à nos courageux camarades « rouges » des Etats-Unis d’Amérique, où un vent progressiste nouveau s’est levé, notamment dans la jeunesse, à l’occasion des primaires démocrates.

C’est sur cette ligne à la fois patriotique, internationaliste et anti-impérialiste que milite le PRCF, qui diffuse présentement aux entreprises du pays son programme 100% anti-UE, 100% anti-OTAN et 100% anticapitaliste. Au-delà des divergences compréhensibles qui peuvent diviser les communistes en période d’élections bourgeoises, comment de véritables révolutionnaires pourraient-ils ne pas s’unir sur cette stratégie léniniste ?


*Le social-pacifisme européiste n’est jamais très éloigné d’une exaltation conquérante de l’Empire européen sous l’égide de l’Etat momentanément le plus fort : l’évolution des « Verts » allemands et de leurs vassaux français en est une triste illustration…

**voir l’actuelle guerre de communiqués entre Trump et le ministre allemand Sigmar Gabriel sur les mérites comparés de Mercedes et des voitures américaines…

***c’est cette annexion à l’orbite euro-atlantique qu’a tenté de provoquer l’Euro-Maidan sous influence ouverte de John Kerry. L’aide russe au Donbass et l’annexion de la Crimée ont SUIVI et non précédé l’ingérence occidentale en Ukraine et son recours peu ragoûtant aux néonazis ukrainiens de « Svoboda ».

****les récentes déclarations de Marine Le Pen attestent ce que nous avons toujours affirmé : le FN ne veut sortir ni de l’euro, ni de l’UE, ni de l’OTAN. La (non-)sortie de l’euro n’est rien d’autre qu’une monnaie d’échange de second tour entre les LR et le FN. Si Mme Le Pen gagnait la présidentielle, elle aurait besoin des députés LR pour « mettre la France en ordre » (tel est désormais son slogan clairement fascisant), ce qui est sa véritable mission de classe au détriment du mouvement ouvrier. On peut parier qu’alors, elle « suspendrait » toute velléité d’affrontement avec l’UE pour obtenir en échange le soutien de la « droite forte » et des autres éléments ultraréactionnaires qui infestent l’ex-parti « gaulliste ». Le FN pourrait alors devenir officiellement « Rassemblement bleu marine ». Pour le plus grand déshonneur de notre pays, le FN viendrait clore le cycle progressiste ouvert, pas seulement pour la France, par la Révolution française. Cf http://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/le-pen-et-le-fn-contre-la-sortie-de-leuro-et-de-lunion-europeenne/

***** Que nous ne confondons pas avec le « Grand Européen » Gregor Gysi : ce liquidateur du SED et de la RDA est récemment devenu le président du PGE aux côtés de Pierre Laurent, vice-président de ce parti.

http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/trump-brexit-merkel-shinzo-abe-redeploiement-contradictions-inter-imperialistes-georges-gastaud/ 

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Published by Vendémiaire - dans International
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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 17:15

«Nous devons étudier aux rayons X l’expérience soviétique», interview de Camilo Guevara

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Interview de Camilo Guevara

« Si tous les gens de gauche, oubliant leurs différences, s’unissaient au moins le temps d’une seconde, s’en serait fini du statu quo actuel ».

8 septembre 2016

http://liva.com.ua/guevara-camilo.html

Préambule d’Oleg Yasinski : L’idée de cette interview est née il y a plusieurs années à Kiev. Mon ami, le journaliste Andrei Mantchouk, avec l’aide de l’Institut cubain d’amitié entre les peuples, avait rencontré Camilo lors d’un voyage à Cuba. Camilo lui avait raconté quelques histoires du temps où il faisait ses études en Union soviétique, démontrant d’ailleurs des capacités remarquables dans la maîtrise de l’argot russe. Je pensais que ce serait intéressant de lui poser quelques questions sur la pérestroïka et les raisons de l’effondrement de l’Union soviétique.

A l’époque, nous ne pouvions imaginer un seul instant que le pouvoir en Ukraine serait usurpé par les ultra-nationalistes, qu’il y aurait des morts parmi nos amis et connaissances, que les livres d’Andrei seraient mis à l’index et que lui, ainsi que de nombreux autres citoyens honnêtes feraient l’objet de menaces et de harcèlement.

Entre autres manifestations de leur démence, certains idéologues du nationalisme affirmaient que Che Guevara était un de leurs héros, qu’il admirait aussi l’UPA et avait même acquis chez elle ses tactiques de guérilla. Je l’ai pris comme une insulte personnelle, et ai décidé de contacter le plus vite possible quelqu’un de la famille du Che pour qu’il puisse apporter un démenti.

Quelque temps plus tard, ayant été invité à Cuba par des amis colombiens impliqués dans la lutte pour la paix, j’ai repensé à ce sujet et écrit à Camilo. Enfin, après quelques tasses de café sur son lieu de travail à La Havane au Centre d’études Che Guevara, j’ai pensé que ce serait intéressant de transformer cette conversation en interview et aborder non seulement le sujet de l’Ukraine, mais aussi parler de la situation présente des forces de gauche en Amérique latine et à l’échelle mondiale.

C’est ainsi qu’est née cette conversation, réalisée par e-mail. Assurément, elle sera un témoignage supplémentaire du moment historique complexe que nous vivons aujourd’hui, si éloigné de nos rêves. Je ressens ces paroles non seulement comme des opinions, mais aussi en tant que matériau possible pour la construction de ponts entre les temps et les mondes, fragmentés aujourd’hui par le néolibéralisme.

Ernesto Guevara était le père de mon interlocuteur, et peut-être aussi de toute une génération de gens capables de donner leur vie et leur mort pour la construction d’un monde meilleur, sans rien demander pour soi-même, l’une des rares personnes qui n’ayant pas accumulé dans la vie un grand nombre de succès matériels tangibles, a réussi à illuminer l’humanité d’une clarté qui est restée avec nous pour toujours.

Le grand poète cubain José Martí, dans un article écrit en exil a déclaré que «la patrie c’est l’humanité ». L’opinion de Camilo Guevara nous semble une contribution importante à la construction ou au salut de cette patrie, en effet il faut dire que, outre le fait qu’il est le fils de Che, il est aussi le fils ordinaire d’un peuple si particulier, le peuple Cubain. Ordinaire, parce que nombreux sont sur l’île ceux qui continuent le chemin dans la même direction et c’est peut-être la seule chose qui importe vraiment.

– Camilo, tu as vécu et étudié en URSS. Quels moments ou quelles histoires de cette période t’ont le plus marqué?

– Ma première rencontre avec Moscou a été tout à fait particulière, je m’en souviens toujours clairement, malgré le fait que ma mémoire ne soit pas très bonne. En outre, c’était mon premier voyage à l’étranger, je me trouvais dans un état quelque peu euphorique, même si, du moins je l’espère, cela ne se remarquait pas.

Tout ce que je savais alors à propos de l’Union soviétique provenait des histoires qu’on m’avait racontées, d’informations trouvées dans les journaux, plus une bonne dose de littérature soviétique et pré-soviétique, principalement russe, et toutes sortes de documentaires et de longs métrages. Et aussi, quand j’étudiais à « Camilito » (école militaire cubaine que l’on appelle familièrement du nom de Camilo Cienfuegos, où sont formés les futurs officiers, NDT) nous avions des professeurs de russe.

C’était comme une sorte de reflet de quelque chose d’important, quelque chose de sublime. Je n’avais jamais été en Russie et me faisais une image quelque peu exagérée et édulcorée de ce grand pays.

Je suis arrivé à Moscou en septembre 1981, quand j’avais à peine dix-neuf ans. Tu sais ce que c’est que cet âge. J’étais assailli de toutes sortes de rêves. Certains tout à fait terre-à-terre, d’autres  plus élevés. Ce soir-là était frais, presque froid, et à respirer l’air de Moscou j’éprouvais un sentiment très étrange. Je m’imaginais plus ou moins la façon dont les choses fonctionnaient ici, tout ce que l’on peut voir et toucher, mais je voulais goûter les odeurs, respirer l’air, sentir le changement des saisons.

L’arrivée de notre groupe n’a pas été quelque chose de particulièrement exceptionnel. Au contraire, personne n’a remarqué notre arrivée, il n’y a pas eu de rassemblements festifs ou discours de bienvenue. Néanmoins, comme je l’ai dit, ce fut un moment très spécial dans ma vie.

Puis il y a eu beaucoup d’épisodes heureux, dont le souvenir me fait chaud au cœur. Une expérience de vie qui vous marque à jamais. Beaucoup de ce sans quoi aujourd’hui je serais probablement une personne complètement différente.

Je ressens une très grande proximité par rapport à ce peuple, si hospitalier, si solidaire et amical pour les Cubains. Son histoire, sa littérature, son art me sont chers. Ses défaites et ses victoires, je les vis comme les miennes. J’ai appris à les aimer comme une partie de moi.

– La restauration du capitalisme dans l’ex-Union soviétique a été une surprise pour tous ceux de ma génération. Nous ne savions pas que dès le début des années 60, le Che avait averti du danger. Pour toi aussi, ce qui est arrivé a été une surprise?

– Oui, parce que toutes les prédictions, en dépit de la justesse des arguments, dépendent toujours de nombreux facteurs. Nous parlons d’un grand pays qui a développé sa propre révolution, malgré l’opposition de tous les éléments hostiles. Elle a vaincu les hordes fascistes au prix d’énormes sacrifices de son peuple, rendant un précieux service à l’humanité. Les Soviétiques ont accompli beaucoup d’exploits et réalisations dans divers domaines. Je pense que cela ne peut être nié, même par les plus grands critiques et les pires ennemis, s’ils ont un minimum d’objectivité. J’ai toujours été convaincu qu’il n’y avait pas de force dans le monde qui puisse détruire ce travail titanesque. Mais j’ai sous-estimé la puissance destructrice de la bureaucratie politique, le poids des erreurs accumulées et l’influence capitaliste sur la mentalité de certains dirigeants.

L’avalanche, qui depuis longtemps amassait de l’énergie, s’est enclenchée. La perte croissante de confiance dans le projet socialiste soviétique et le Parti communiste tombé en léthargie a créé un terrain fertile pour le scepticisme universel et conduit, par voie de conséquence, à des mesures suicidaires stupides. Je pense, même si aujourd’hui cela ne sert plus à rien, que dans ce cas particulier, certains des problèmes pouvaient être résolus sans qu’il ait été nécessaire de tout bouleverser. Mais toutes ces réflexions ne sont que des hypothèses. Néanmoins, je suis d’avis que vraiment on pouvait et devait apporter les modifications nécessaires, sans tomber dans le chaos.

Le Che a averti qu’au sein de l’Union soviétique avait déjà commencé une coexistence avec le capitalisme. Et surtout, il voulait alerter sur cette situation les révolutionnaires, supposant que cela risquait de donner un coup d’arrêt aux efforts pour construire une société plus juste et plus humaine. Il savait quels dégâts cela pourrait entraîner pour les forces progressistes dans le monde entier. En effet, l’Union soviétique pendant une longue période et pour beaucoup de gens a été une grande ligne directrice idéologique.

– Quelles étaient selon toi les principales faiblesses ou contradictions du modèle soviétique du socialisme qui ont permis de le vaincre? Dans la gauche post-soviétique ce sujet se réduit souvent à un débat entre partisans du trotskisme et du stalinisme. Y a-t-il un autre point de vue, plus en profondeur?

– Je pense que nous avons encore à faire une analyse de tout cela, et la plus scientifique possible. En d’autres termes, une analyse sans sentimentalisme ou sympathies idéologiques, afin de parvenir à un résultat plus ou moins juste. Je ne demande pas que l’on considère le sujet en abandonnant nos positions militantes ou de classe, c’est impossible. Mais je veux que l’on essaye d’examiner attentivement cette expérience, qu’il convient de mettre complètement à nu, d’ausculter et d’explorer aux rayons X – jusqu’au moindre recoin, pour comprendre les racines de tout ce qui a été bien ou mal fait. Parce que cette expérience, dans sa version améliorée, est peut-être notre seule chance de salut en tant qu’espèce.

A qui revient cette tâche? Bien sûr, à ceux qui sont convaincus que le capitalisme c’est la barbarie et que le moment historique actuel doit être surmonté.

Beaucoup pensaient que le socialisme était la solution, mais quel socialisme? Celui qu’avaient commencé les révolutionnaires soviétiques avec Lénine, ou celui qui était à l’époque de Staline? L’expérience vietnamienne, chinoise ou cubaine? Elles sont toutes différentes. Le socialisme s’est adapté aux différentes réalités, montrant parfois des réalisations exceptionnelles, et parfois des échecs lamentables. Par conséquent, nous voyons une très large gamme de versions du socialisme – si large que nous pouvons nous demander ce que peut être chacune d’entre elles et si toutes ensemble elles ne sont pas qu’un pâle reflet de ce qui pouvait être atteint. Nous voyons toute cette gamme, qui n’est probablement rien d’autre qu’une merveilleuse tentative de changer le monde qui n’a pas encore donné jusqu’à présent les fruits attendus.

Nous devons soigneusement et sans crainte explorer toute cette expérience. Nous devons séparer ce qui a été bien fait, de ce qui a été mal fait, sur la base des critères de l’humanisme révolutionnaire et de la plupart des nobles valeurs humaines. Il est de notre devoir de faire d’une nouvelle expérience quelque chose de cent pour cent positif afin que le système fonctionne, et résiste à l’épreuve du temps.

Si toutes ces questions pouvaient être réduites à un différend entre trotskistes et staliniens, la solution serait relativement simple. Je crains que cette question soit beaucoup plus complexe. Elle exige la résolution d’une myriade de problèmes économiques, psychosociaux, politiques et autres, qui sont innombrables, et qui ont empêché la formation d’une nouvelle société, qui en plus de tout le reste ne pouvait jamais se reposer sur ses lauriers, le lit a toujours été garni d’épines, toujours sous la pression d’une masse de difficultés et d’urgences, exigeant des décisions difficiles. Par conséquent, malgré les erreurs, nous avons beaucoup de réalisations dont nous pouvons être fiers.

Et je dois te dire que malgré tous les échecs évidents, ce n’est pas la fin. Le socialisme n’a été vaincu que dans les cas où, au cours de sa construction, les constructeurs se sont éloignés de son essence. Mais il y aura de nouvelles révolutions. Certaines répèteront les vieilles erreurs. D’autres feront mieux. Et ainsi progressivement nous arriverons à quelque chose. Personnellement, je pense que les réponses peuvent venir par différentes voies, parce que chacune d’elles sera spéciale. Mais en même temps quelques principes obligatoires dans tous les cas seront respectés. Par exemple, toujours chercher une alternative au capitalisme, rechercher le bien commun, être profondément humain, faire preuve de solidarité, être noble et juste, rationnel, etc.

– Les nationalistes ukrainiens d’extrême-droite qui ont pris le pouvoir à Kiev ont affirmé dans de nombreuses publications et déclarations officielles que le Che était un fan des partisans anti-communistes de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), avait étudié leur tactique, s’était appuyé dans la bataille pour Santa Clara sur les recommandations de ses conseillers et même avait invité leur chef Stepan Bandera à participer à la lutte contre Batista. Je pense qu’il est important que tu fasses un commentaire à ce sujet.

– C’est absolument impossible et ridicule. Et bien sûr, cette affirmation est loin d’être innocente. C’est une tentative d’utiliser au profit de la réaction la force symbolique que représente l’image du Che. Malheureusement, il y a beaucoup de gens crédules qui sont prêts à croire n’importe quoi, sans chercher un instant à réfléchir. Et les réactionnaires le savent bien et en profitent.

Ce n’est pas un accident et pas non plus un cas isolé. On m’a raconté un jour qu’à une manifestation néo-fasciste en Italie, il y avait des pancartes avec le portrait du Che. Et comme je pensais qu’il s’agissait d’une contre-manifestation de gauche qui était descendue dans les rues contre les fascistes, j’ai demandé à mon interlocuteur, « il y a eu du grabuge, hein? ». Mais il m’a corrigé en expliquant que les nazis eux-mêmes avaient apporté des pancartes à l’effigie du Che, comme matériel de propagande. Nous pouvons dire que ceci est le résultat des tentatives constantes pour séparer l’histoire et les idées du Che de son image, qui a fait l’objet d’une diffusion universelle et reçu une signification particulière.

Ceci est un type courant de manœuvre tactique. La confusion est un outil très efficace pour attirer les masses, qui déterminent la direction des événements, de son côté. Ces tentatives se distinguent généralement par la grossièreté et la malhonnêteté, pour ces gens-là le but justifie toujours les moyens. Après un certain temps, ou bien s’ils ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs, ils sont capables d’expliquer cyniquement que ce mensonge était nécessaire pour un plus grand bien. Ce plus grand bien, en règle générale, sera accaparé par une petite poignée de privilégiés.

Je ne critique pas les sentiments sincères des gens pour leur terre. A ce stade du développement de la civilisation, c’est tout à fait naturel. Pour nous, Cubains, ce sentiment est parfaitement familier. Mais en même temps, nous avons vu aussi des «patriotes» qui au nom du prétendu mal qui menacerait leur patrie sont prêts à se vendre corps et âme au premier venu qui leur promet des villas et des palais. Et si nécessaire – vendre leur patrie, aussi.

Nous sommes toujours très jaloux de notre souveraineté et de notre indépendance. Ce sont pour nous des choses sacrées pour lesquelles de nombreux Cubains sont morts depuis des siècles. C’est ce qui nous permet d’être ce que nous sommes aujourd’hui. L’un des symboles du XIXe siècle était notre cher général Mambi (guérilleros cubains qui ont combattu pour leur indépendance vis-à-vis de l’Espagne, en grande majorité des descendants d’esclaves africains) Antonio Maceo, connu sous le nom de « Titan de bronze ». Je le mentionne ici à titre d’exemple, parce que je pense que son intégrité et sa sagesse pourraient être utiles aujourd’hui aux Ukrainiens, malgré les grandes différences qui existent entre nous. Lorsque les États-Unis lui ont proposé leur «aide» dans la lutte contre la métropole espagnole, il a répondu : «nous devons compter entièrement sur nos propres efforts, il est préférable de nous soulever ou de tomber sans votre aide, plutôt que d’acheter une dette de reconnaissance à un tel voisin influent ».

L’OTAN n’est pas intéressé à l’indépendance ukrainienne, ni aux Ukrainiens eux-mêmes. Ce que veut l’OTAN c’est obtenir ces zones uniquement en raison de leur richesse et leur situation géographique. Et si l’Ukraine en fin de compte tombe entre leurs mains, vous verrez combien il sera difficile alors de se débarrasser d’eux. Ou bien ils laisseront l’Ukraine tranquille – mais quand elle sera dans un tel état qu’il sera difficile de la relever, et cela apportera beaucoup de malheurs pour le peuple ukrainien. Il serait utile que les Ukrainiens tirent les leçons de l’Irak, de la Libye et de la Syrie.

– En dépit de la trahison de Cuba par les dirigeants de la perestroïka, je suis impressionné et profondément touché par l’amour des Cubains pour nos peuples, qui à leurs yeux restent soviétiques. Que penses-tu des derniers développements là-bas et de la guerre actuelle en Ukraine? Comment cela a-t-il pu arriver?

– Parfois, je ressens une grande impuissance, quand je vois comment sont manipulés les sentiments des peuples dans l’intérêt des empires. Il est évident que la guerre en Ukraine est dirigée contre la Russie. Pour certains patriotes, il peut être très désagréable de voir ou d’apprendre que d’autres considèrent les choses de cette façon, mais c’est ainsi. En tout cas c’est comme ça que je le perçois.

Toute cette zone qui est divisée par des frontières d’aujourd’hui, a été le berceau de trois nations slaves, qui à un moment donné ont été réunies dans une république soviétique. Mais leur relation étroite a commencé bien avant la création, selon tel ou tel événement, d’un empire ou d’un pays. Leur sang et leur culture sont mélangés. Ils ont été alliés et frères beaucoup plus longtemps qu’adversaires ou ennemis. Par conséquent, et aussi pour d’autres raisons politiques et historiques, je ne peux toujours pas comprendre comment ils se sont laissés mener par des forces extérieures, qui profitent de leur querelle.

Dans l’histoire post-soviétique il y a eu un moment où régnait un équilibre délicat entre des forces qui voyaient les problèmes avec des positions opposées. Faisant son travail de sape, l’Occident – appelons-le ainsi, même si le terme n’est pas exact – a créé à travers sa clientèle locale des conditions pour changer radicalement la situation et réaliser un coup d’Etat. Immédiatement après, on a tenté de réprimer toute résistance – par la terreur, la propagande nationaliste et raciste, en utilisant une campagne de style nazi. En conséquence, la chaudière a explosé, et différents projets se sont clairement positionnés sur les territoires en conflit. Et certains d’entre eux ont même déclaré leur indépendance.

Le nationalisme est l’un des extrémismes les plus nuisibles, qui réveille les plus viles passions d’un homme. Le fait que ses représentants étaient des alliés des Allemands dans la Seconde Guerre mondiale, et que leur discours et leur propagande soient si réactionnaires, ce n’est pas une coïncidence. Ces gens n’ont absolument rien à ajouter au trésor des valeurs humaines universellement reconnues.

Je considère que Rosa Luxemburg a injustement accusé Lénine de la création du problème du nationalisme ukrainien. Nous savons que l’indépendance a été accordée à l’Ukraine conformément à la volonté clairement exprimée par le gouvernement bolchevique léniniste. Rosa Luxemburg est une grande autorité et une brillante intellectuelle. Étant une révolutionnaire polonaise qui a vécu et a été tuée en Allemagne, elle considérait que les Ukrainiens n’avaient jamais eu leur propre État, et donc qu’il n’était pas nécessaire de le créer artificiellement. À son avis, il aurait été préférable de joindre ce territoire, sur lequel vivait un peuple slave ethniquement proche, à la Russie, où, comme on sait, est survenue la révolution. Lénine n’était pas d’accord avec cette idée, parce que la révolution ne pouvait ignorer la volonté de toute une nation, et il fallait une décision démocratique. Remarque une chose : l’Ukraine était si importante pour les révolutionnaires russes que, selon les mots de Lénine, une condition nécessaire pour la construction du socialisme était le contrôle sur les ressources du bassin du Donbass. En outre, on connaît bien le rôle stratégique joué par l’Ukraine dans toutes les guerres menées contre la Russie. Et, malgré tout cela, il a été décidé de lui accorder l’indépendance.

Quelle que soit l’approche de l’analyse des événements historiques, la réalité est qu’aujourd’hui, l’Ukraine est un État en raison de ces circonstances. Et aujourd’hui, il n’y a pas le moindre soupçon que les Russes veuillent changer cela ou qu’ils aient quelque intérêt caché. S’il y a une chose dont les Russes n’ont pas besoin, ce sont des territoires. Ils ont besoin d’autre chose, de sécurité, mais cela peut être résolu par des accords et la bonne volonté réciproque. Donc, je ne comprends pas comment un vrai patriote peut soutenir ce conflit idiot, qui ne peut qu’apporter des maux incalculables aux habitants de la région? N’est-il pas préférable d’essayer de parvenir à un accord raisonnable et calmer le jeu? Et je suis sûr que la communauté internationale, les Russes et la majorité des Ukrainiens appuieraient une telle idée. Je veux dire les gens, parce que l’intérêt de certains centres de pouvoir et de leurs représentants locaux pour rapprocher la guerre des frontières russes est bien connu.

Les problèmes de ce type ne peuvent pas être résolus simplement. Tact et patience sont nécessaires. Il faut faire appel à la raison. Il faut être prêts à serrer l’autre dans ses bras, sans armes cachées. Lorsque se réveillent les passions les plus malsaines, lorsque tant d’erreurs et de crimes sont commis, cela n’a plus d’importance qui au départ avait tort ou raison. Le mal sera déjà fait et les principales victimes seront à la fois le peuple ukrainien et le peuple russe. Il ne faut jamais oublier les paroles qui sont adressées souvent à Cuba aux enfants prétentieux: « ce ne sont pas ceux qui provoquent qui se battent. »

– Les médias mondiaux, qui se proclamaient les yeux de l’humanité, proclament presque tous les jours depuis 20 ans la chute imminente du système cubain. Pourquoi le socialisme cubain n’a pas eu le même sort que le «socialisme réel» européen, qui s’est effondré immédiatement après la disparition de l’URSS?

– Je ne jurerais pas que ma réponse est la plus juste, mais il me semble que cela a à voir avec l’instinct de conservation, qui est très développé chez les Cubains. Le processus de colonisation a été à l’origine de l’émergence de notre peuple, divers ethniquement et religieusement. Néanmoins est apparue une culture commune, unie, en dépit du fait qu’elle est très ouverte aux influences différentes et qu’elle n’a pas de dogme, nécessitant la domination d’un seul modèle. C’est la principale caractéristique de notre identité. A quoi il faut ajouter la langue qui, comme vous le savez, est la même pour tous les Cubains.

Nous sommes un peuple uni par la menace extérieure. Notre existence est menacée parce que notre deuxième colonisateur, les États-Unis, ne reconnaît pas l’idée même de l’indépendance d’un pays si petit et géographiquement si proche du leur, qui, pardessus le marché, leur a résisté avec succès et depuis si longtemps. Cela nous oblige à être constamment en alerte. Et quand nous nous détendons un peu, l’Empire accourt pour nous rappeler que cela peut être une erreur mortelle. Notre histoire nous a toujours confrontés à un choix : être un protectorat, ou quelque chose comme ça, soumis aux caprices d’une «grande» nation, ou rester une république d’hommes et de femmes libres qui ont leurs propres intérêts et les défendent. A Cuba il y avait une bourgeoisie, et certains de ses membres ont réussi dans un sens où ils considéraient cela comme un succès, c’est-à-dire qu’ils avaient des propriétés, des ressources financières, et ainsi de suite. Mais cette bourgeoisie n’a jamais eu un projet national. Ses intérêts ont toujours été étroitement liés à d’autres, presque toujours avec les Yankees, qui étaient mille fois plus puissants et en même temps un point de référence idéologique pour ceux qui, en fait, représentaient leurs intérêts sur l’île.

Et cela a amené les Cubains les plus avancés à réfléchir, et ils ont décidé de créer quelque chose qui nous mènerait au bon port, sans trahir les idéaux de nos ancêtres, qui ont combattu pour l’indépendance. Et c’est pourquoi les vrais révolutionnaires (certains même avant la naissance de Fidel) avaient déjà considéré la possibilité de la route vers le socialisme et l’insurrection armée, afin de donner à notre peuple une chance pour l’avenir et pour en finir avec le statu quo colonial existant.

Et donc, après la chute de l’Union soviétique et du camp socialiste dans son ensemble, Cuba a continué à se battre pour ses idéaux. Le camp socialiste était pour nous un guide, mais pas la seule raison pour laquelle nous voulions et nous voulons continuer à nous battre. Les conditions sont réellement très compliquées et pourraient se détériorer davantage, mais même en étant pessimiste et si nous ne parvenions pas à ce que nous voulons, cela ne signifie pas que d’autres dans l’avenir ne réussiront pas. Bien que cela puisse ne pas plaire aux adversaires du socialisme, il est impossible d’arrêter le changement. Le capitalisme ne pourra pas éternellement aplanir ses contradictions, et plus la transition vers une nouvelle société tardera, plus il sera difficile de rétablir l’équilibre perturbé et plus la menace sera grande pour l’existence de l’humanité.

Le socialisme est encore très jeune dans le sens de l’expérience pratique. Il serait étrange qu’il soit parfaitement réussi dès le début. Toute l’histoire de l’humanité nous montre que ce n’est pas ainsi. Pour acquérir des connaissances il faut expérimenter, et cela implique inévitablement des erreurs et d’essayer à nouveau, jusqu’à ce que le but soit atteint. Et quand il sera atteint, il y aura certainement de nouveaux défis et il faudra leur chercher des solutions.

– Compte tenu des énormes progrès et des nombreux problèmes non résolus auxquels fait face aujourd’hui le peuple cubain, quels sont à ton avis les principaux risques et défis actuels?

– Tout d’abord, il faut sauvegarder et développer avec succès notre projet national, dont nous avons parlé plus haut : c’est extrêmement difficile, parce que les conditions ne sont pas propices. Nous devons survivre en tant que pays – et cela, à mon avis, ne peut être possible que dans le cadre d’un projet économique, politique et social, différent du capitalisme, comme le prouve toute notre histoire.

Il convient d’ajouter à cela le récent rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis, qui pour les deux parties est un défi. Pour la première fois en tant que pays indépendant, nous avons la possibilité de nouer des relations avec eux. A Washington, ils ont été tout à fait francs, en disant que leur objectif dans les relations avec Cuba révolutionnaire restait inchangé. Juste évolue leur tactique, et ils essaient de nouvelles méthodes pour atteindre leur objectif souhaité, qui est notre destruction. Je ne vois pas très clairement ce qui nous a incités à prendre cette mesure, peut-être notre désir de montrer une volonté de dialogue. Des efforts internationaux ont été faits pour que les États-Unis changent leur attitude intolérante envers Cuba. En conséquence, ils se sont retrouvés dans l’isolement, et il faut reconnaître qu’ils ont effectué une manœuvre politique intelligente, présentant leur contreproposition pour normaliser nos relations. Par conséquent, le seul fait que nous ayons accepté ce défi devra avoir des conséquences politiques et économiques. En tout cas, il me semble que la tentative d’établir une relation constructive et mutuellement bénéfique et respectueuse sur un pied d’égalité – qui est notre objectif ultime – sera un véritable exploit si à un moment donné, on réussit à obtenir des résultats significatifs.

De notre côté, il y a beaucoup de demandes justes auxquelles les USA ne sont pas très disposés à répondre. De leur côté, en tant qu’Empire, ils essayent de nous présenter des exigences absurdes afin de rétablir l’équilibre. Donc, nous sommes en ce moment dans une sorte de purgatoire, et le résultat de tout cela manque de clarté. Je fais confiance à nos diplomates et au gouvernement, qui, dans des circonstances défavorables ont obtenu des victoires très importantes. Je souhaite qu’en dépit de tous mes doutes, cette fois encore cela se passe ainsi.

Une autre tâche urgente est la nécessité de renforcer les positions de l’Alliance de l’Amérique latine et des Caraïbes et de contribuer au processus d’intégration régionale. C’est encore plus difficile parce que de puissantes forces font tout le possible et l’impossible pour fomenter des conflits sur notre continent. Et puisque le rapport des forces est changeant, la voie choisie par tel ou tel peuple dépend souvent d’intérêts qui sont étrangers à l’unification des forces progressistes. Alors parfois notre unité d’intégration faiblit.

L’Empire a en Amérique latine et dans les Caraïbes des alliés idéologiques et de classe, et notre région, qu’ils considèrent comme leur arrière-cour depuis leur création comme un état, est à nouveau une priorité pour leurs politiques – et pour la contrôler, ils n’épargnent ni la force ni les ressources. En ce moment ils s’activent particulièrement, leur objectif principal est le développement du bloc Pacifique, une manœuvre par laquelle ils veulent obtenir un marché énorme et des alliés obéissants pour contrebalancer la Chine et d’autres concurrents ou adversaires. Le potentiel de ce projet est utilisé par eux comme une incitation – ils distribuent généreusement des sucres d’orge à leurs serviteurs régionaux, font des promesses à droite et à gauche aux naïfs, qui, comme de coutume, sont nombreux.

Dans le même temps, il me semble absolument nécessaire de renforcer les liens politiques et économiques avec le reste du monde. Sur le plan politique, je pense que nous devrions jouer un rôle actif dans tous les forums internationaux, en y défendant les plus justes et nobles objectifs. Il est nécessaire de maintenir et, si possible, de renforcer notre soutien aux pays pauvres, que personne d’autre n’aide, où vont nos médecins, enseignants et techniciens – parce que nous devons défendre le principe humaniste de faire le bien et d’aider les personnes le plus dans le besoin. Cela ne doit pas être une politique politicienne, mais un acte sincère de sacrifice pour les autres – parce que ce faisant, nous grandissons et devenons meilleurs. Si nous croyons qu’un monde meilleur est possible, et que nous devons y parvenir, alors nous devons prêcher par l’exemple. Comment nous l’avons toujours fait.

– L’Histoire est une école où on ne cesse d’apprendre. Quels changements sont nécessaires aujourd’hui pour protéger le choix socialiste de Cuba?

– Je ne sais pas s’il existe des recettes ou des vérités définitives. Toutes les modifications possibles doivent être étudiées très attentivement et en détail – et en même temps, en toute sécurité et sans émotion excessive. Dans l’analyse de toutes les propositions doit prévaloir la clarté mentale. Il sera nécessaire d’examiner la sagesse et la volonté du peuple et, en même temps, compter sur l’expertise de nos spécialistes.

Ces décisions comportent une énorme responsabilité. Ceci est une question délicate et épineuse – elles doivent être prises très efficacement et avec une extrême prudence. Par conséquent, j’admire ceux qui en sont conscients et décident, en prenant sur eux tout le poids de la critique et des conséquences possibles.

Indépendamment de cela, personnellement, je voudrais que la recherche de nouvelles voies s’engage plus dans une direction qui ouvre de réelles possibilités pour des entreprises socialistes ou communautaires (coopératives, NDT), les libérant des schémas périmés. Si on ne les libère pas du costume étroit des schémas périmés, des mécanismes obsolètes qui ne fonctionnent plus et qu’on les met en «concurrence» avec des entreprises privées qui ont les mains complètement libres, et qui peuvent agir entièrement à leur discrétion – dans ce cas, vous pouvez être sûr que les gains seront entièrement en faveur d’une société privée, au détriment de l’entreprise d’Etat, qui ne pourrait dans ces circonstances réaliser son potentiel. Je voudrais voir ces expériences menées ouvertement, sans crainte, et que les personnes impliquées dans cela ne reçoivent pas de fausses promesses. Pour rendre les gens conscients de la possibilité d’erreurs et qu’ils soient prêts à revenir au point de départ, pour essayer de le faire différemment – mais sans jamais renoncer à nos rêves et espoirs.

La tentation d’ «aller à coup sûr» – par exemple, en donnant une chance aux rapports de production capitalistes – pourrait signifier un recul irréversible, ce qui ouvrirait la voie pour que nous devenions encore une fois quelque chose comme une colonie yankee. Je vois cela comme une grande menace. Dans ce cas, le projet national de Cuba, dont le monde a besoin comme un modèle alternatif de société, peut être reporté à un avenir incertain.

– Les gouvernements considérés comme progressistes d’Amérique latine connaissent aujourd’hui de graves problèmes – même si nous parlons de réalités et situations très différentes. Quel est selon toi le principal problème à résoudre par les forces de gauche dans la région?

– Sans un projet alternatif, sans plate-forme révolutionnaire, nous ne pouvons offrir que la répétition de l’existant. Par conséquent, tout d’abord, il faut avoir un projet alternatif. S’il existe déjà, il faut de manière urgente l’analyser de façon critique pour découvrir ses faiblesses et lacunes – afin d’être en mesure de le transformer en quelque chose de vraiment révolutionnaire. Et lorsque le projet commence à être mis en pratique, il est nécessaire de le surveiller en permanence et le corriger parce qu’il n’y a pas d’action humaine qui soit parfaite.

Beaucoup de gens font des choses valables, mais trouver maintenant une conception adéquate et équilibrée n’est pas facile. En outre, il est nécessaire de la rendre efficace, équitable, rationnelle, lui donner un idéal. Il est relativement facile de parler des défauts, de soi-même ou des autres. Il est beaucoup plus difficile d’élaborer un plan d’action pour les surmonter.

Une autre difficulté rencontrée par la gauche à travers le monde est sa désunion. Ce n’est pas par hasard si Marx s’est adressé à la gauche avec le slogan «Prolétaires de tous les pays – unissez-vous ». Tous les empires de l’histoire ont suivi le principe de «diviser pour régner», la division sape le potentiel des forces de gauche et rend possible une réalité dans laquelle l’exploitation et la répression sont de plus en plus mondialisées et chaque seconde causent de nouvelles victimes, en même temps que le nombre de privilégiés diminue.

L’une des réalisations les plus impressionnantes de la Révolution cubaine est le niveau actuel de l’unité de notre peuple. Le manque d’unité était autrefois le talon d’Achille de tous les mouvements révolutionnaires, y compris les mouvements du XIXe siècle qui ont précédé la révolution de 1959, dirigée par Fidel et le Mouvement du 26 Juillet. Vous me demandez les raisons qui nous ont permis de survivre à la disparition du camp socialiste. Ainsi, l’une des raisons importantes que j’oublié de souligner est l’unité de notre peuple.

Si toute la gauche, oubliant ses différences, s’unissait au moins une seconde, le statu quo actuel disparaitrait instantanément.

– Parmi toutes ces gauches d’hier, rénovées et honteuses de leur passé, et celles enlisées dans les dogmes d’hier, les nouvelles générations cherchent de nouvelles voies. Selon toi, en quoi le nouveau socialisme sera-t-il différent du socialisme du XXe siècle?

– L’essentiel est qu’il doit devenir réel. Si nous regardons de près la variété de modes de production qui se succèdent dans le cours de l’histoire de l’humanité, nous voyons qu’elles s’engendrent les unes les autres. On suppose que le socialisme rompt avec cette règle, il est lui-même un pont, une période de transition vers l’objectif principal, qui est censé être le communisme. Ce dernier n’a jamais été atteint, même si certains pensent que, à un moment donné, ils ont vécu sous le communisme – quand il y avait suffisamment de tout avec une juste répartition. Mais le communisme est bien plus qu’une répartition équitable des richesses, c’est une société sans crises et sans classes entrelacées dans leur combat mortel incessant. Le communisme suppose un autre mode de vie et d’autres relations qui nourriront mutuellement une société où prévaudront une morale et une éthique, visant à une solidarité globale entre les gens, pour qui les principes de l’humanisme deviendront la norme, où le travail ne sera pas un lourd fardeau dans un but de survie, mais un plaisir spirituel. Sans ces caractéristiques, nous ne pouvons pas parler de nouvelle société. Et nous ne devons pas oublier que notre objectif est le communisme, pas le socialisme, qui est une étape qui doit être surmontée avant l’ascension au sommet convoité.

Mais cela ne tombera pas sur nous, comme une manne du ciel. Pour y parvenir, il faudra beaucoup de travail et de luttes. Les gens au pouvoir ne connaissent pas de remords. Ils ne vont pas changer l’ordre établi, le fait que les enfants meurent de la pauvreté. Ils dorment paisiblement. Ils sont le produit et le résultat des relations industrielles qui les créent, et leur nature de classe leur dit comment se comporter. Ils peuvent être plus ou moins impitoyables, selon le niveau de résistance, selon qu’ils sont acculés ou non, ou s’ils sont matures en termes de classe. Cela signifie qu’ils cessent d’être une classe en elle-même pour devenir une classe pour elle-même, qui maintient son pouvoir et cherche à se perpétuer dans la subjectivité idéologique. Ils ont leurs philosophes, qui justifient la nécessité de l’assujettissement des masses. Ils dominent l’appareil d’Etat et le gouvernement, pour la destruction de tout ce qui leur est hostile. Cependant, ils ont une grande faiblesse: contrairement à nous, ils ne sont pas autorisés à vivre sans ennemi de classe, parce que c’est lui qui garantit leur existence. Sans plus-value pas de capitalisme. Par conséquent, il est nécessaire de leur ôter le pouvoir, de détruire toutes les formes de leur domination économique (la plus-value) et idéologique, vaincre leur armée, briser les mécanismes qui recréent l’ordre établi des choses.

On suppose que l’on pourra parvenir un jour à une paix relative, mais je pense qu’à mesure que les révolutions se radicalisent, mûrissent et prennent des mesures réelles vers la destruction de l’ancien système, il devient évident que l’agonie et les convulsions du monde qui meurt peut être mortelle. Et alors gagne le représentant de ta classe ou bien revient immédiatement ou progressivement au pouvoir le gouvernement déchu des oppresseurs, avec tout ce que cela signifie. C’est l’étape de la violence la plus réactionnaire.

Et la dernière chose que je veux dire à cet égard. Toutes ou presque toutes les véritables révolutions après avoir surmonté de grandes difficultés sont entrées dans une période de prospérité – faisant penser que tout continuerait de soi-même à se développer dans la même direction – mais ensuite elles ont commencé à expérimenter de nouvelles circonstances, pour des raisons internes, externes ou les deux, qui finalement les ont amenées à dévier de leur route. Mais je suis optimiste, et je pense que la plupart des vraies révolutions, celles qui sont le résultat d’un vrai besoin des peuples ont de plus grandes chances de survie. La révolution cubaine est l’une d’entre elles.

– Pour moi, le plus révolutionnaire dans les idées du Che est son concept de l’homme nouveau. S’il n’y a pas le rêve et le travail sur la création d’un homme nouveau – cohérent, solidaire, sans doubles standards, dénué de la petitesse que nous apprend au quotidien le système capitaliste – aucun changement économique n’a de sens. Peut-être l’échec du modèle soviétique en est-il la preuve la plus évidente. Selon toi, qui fait naître ou produit cet homme nouveau?

– Avant et après notre ère, et j’y inclue le Christ, l’humanité a connu de nombreux hommes et femmes en avance sur leur temps, avec des qualités personnelles particulières qui les distinguaient des autres et les transformaient en exemple à suivre. Peut-être ces hommes étaient-ils des messagers des temps nouveaux, de nouvelles valeurs, d’un comportement plus humain, un nouveau mode de vie qui donnaient de l’espoir aux autres; tout ce que leurs contemporains aimeraient voir plus souvent. Il est naturel que beaucoup aient pensé initialement que la diffusion mécanique de ces vertus dans la société était une solution possible à ses problèmes. D’autre part, ces paradigmes étaient une preuve remarquable de la possibilité d’être différent, même lorsque les conditions ne sont pas favorables. Ici se manifestait la volonté de la personne à surmonter les circonstances. Peut-être que ce modèle de vie est le point d’origine de l’idée dont tu parles, mais le concept de l’homme nouveau utilisé par Che est fondé sur des principes modernes et scientifiques. Beaucoup de révolutionnaires – et tout d’abord, les classiques du marxisme – attachent une importance particulière au rôle de transformation de l’homme dans la société, en la présentant sous la forme d’un dialogue permanent et riche entre l’individu et l’ensemble, puisque la société n’est pas une entéléchie conceptuelle. C’est un ensemble d’intentions, qui vivent ensemble, et il est supposé que leur enrichissement mutuel avec le modèle socialiste devrait être plus harmonieux.

Les Soviétiques aussi ont accordé une place au rêve d’un homme nouveau – dans les premiers stades de la révolution. Mais d’après ce que disent certains, cet idéal a été plus tard bridé par l’étau du stalinisme. Pour autant que je le comprenne, sans en être tout à fait sûr, Che a été le premier qui mettre un accent particulier sur cette idée, et personne d’autre n’a été si cohérent par rapport à elle en termes théoriques et pratiques. Non seulement il en rêvait, ce qui est plus ou moins évident pour quiconque croit que l’homme doit devenir meilleur et que nous ne pouvons pas nous arrêter à ce que nous sommes aujourd’hui, mais aussi il essayé de créer pour cela un milieu de vie, de la société et de l’économie, qui pourrait favoriser cette nouvelle approche. En outre, il était conscient du rôle joué par l’éducation dans la formation de l’homme nouveau. Malheureusement, il n’a pas eu le temps d’étudier la question plus en profondeur, afin de mieux affiner l’idée.

Bien sûr, ce concept d’un «homme nouveau» n’a de sens que dans une société socialiste ou communiste. Il existe entre eux une interdépendance inévitable, qui les contraint à la symbiose. Une telle société «obligerait» à agir selon la volonté libre de personnes instruites, conscientes de leurs besoins. Les possibilités s’élargiraient avec le développement de la société, qui à son tour serait le résultat de l’action des individus. Le Che a toujours insisté sur le fait que, sans l’éthique et la solidarité humaniste, ce processus serait incomplet et voué à l’échec. Bien sûr, au fur et à mesure de la construction d’une société communiste, beaucoup de ces exigences deviendraient inutiles, parce que les nouvelles conditions engendreraient automatiquement l’homme nouveau.

Ainsi, nous voyons d’une part une société juste, équilibrée et humaine, et de l’autre – l’individu, comme son centre et son résultat, avec sa capacité à l’auto-amélioration et la correction des erreurs et des contradictions, et, si nécessaire – la direction du vecteur de développement de la société. Cela peut sembler trop théorique ou utopique, mais le Che et d’autres camarades ont vraiment essayé d’en faire une réalité. Aujourd’hui même on peut avoir un aperçu de l’image de l’homme nouveau, un reflet puissant de l’impact de la révolution sur la conscience de la personne – par exemple, chez de nombreux médecins engagés dans des missions internationales dans les endroits éloignés du continent africain, en Amérique latine, dans une partie du monde où ils risquent quotidiennement leur vie, pour sauver la vie des autres.

– Quelles sont les modalités possibles de réunions et d’assistance mutuelle entre le Centre de recherche cubain Che Guevara et les mouvements sociaux et les organisations des autres pays?

– Nous sommes un modeste centre de recherche, qui a des relations avec de nombreuses organisations dans le pays et le monde, mais nous ne cherchons pas à embrasser l’immensité. Nous travaillons à une étude approfondie de l’héritage théorique et pratique du Che, à répandre ses idées – afin de les présenter dans toute leur profondeur et leur ampleur. Nous menons des travaux universitaires avec toute l’objectivité et la rigueur scientifique que cela comporte. Et notre centre participe au programme « Mémoire du monde » de l’UNESCO ce qui montre l’importance largement reconnue de ce patrimoine, qui peut être utile pour de nombreuses personnes à travers le monde. Bien sûr, nous aimerions apporter notre grain au moulin pour contribuer à changer le monde en mieux. Et si cela nous rassemble et fait de nous des camarades dans les mouvements et les organisations de lutte, c’est un grand honneur pour nous et nous sommes prêts à partager cet héritage enrichissant.

Interview réalisée par Oleg Jasinski

Traduction Marianne Dunlop

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 15:20
 

Les images de Syriens victimes de bombardements, à Alep, suscitent l’indignation sincère des peuples du monde entier. Dans les grands médias, par contre, elles font surtout couler des larmes de crocodiles. Les journalistes et politiciens qui se succèdent sur les plateaux de télévision, ces derniers jours, pour condamner solennellement le bombardement d’Alep-Est, ne disent pas un mot des victimes innocentes de l’offensive en cours à Mossoul – ou encore de la guerre ignoble que le régime saoudien mène au Yémen.

Du fait du siège et du bombardement intensif du Yémen par l’aviation saoudienne, la moitié de ses 24 millions d’habitants se trouve aujourd’hui exposée au risque de famine. Selon l’UNICEF, au moins un enfant meurt toutes les dix minutes des conséquences de diarrhées, de malnutrition et d’infections respiratoires. 370 000 enfants souffrent déjà de malnutrition sévère. Plus de 70 % de la population manque d’eau potable et d’infrastructures sanitaires. Selon Jamie McGoldrick, coordinateur des Nations Unies au Yémen, ce pays est victime « de l’une des plus graves crises au monde. Mais c’est comme une crise silencieuse (…), une guerre oubliée ». Cet « oubli » n’est pas fortuit, en France, dont les marchands d’armes réalisent d’énormes profits grâce aux commandes du régime saoudien, cet allié ô combien lucratif de l’impérialisme français.

Le silence des hypocrites « amis d’Alep-Est » est aussi total – et complice – en ce qui concerne les crimes commis, à Alep-Ouest et dans le quartier kurde de Sheikh Maqsood, par les milices prétendument « modérées », qu’on nous présente comme formées de « rebelles » épris de justice et de liberté, mais qui en réalité sont essentiellement formées de fractions fondamentalistes et archi-réactionnaires. Or celles-ci ont été directement ou indirectement financées et armées par les impérialistes occidentaux, y compris l’impérialisme français. En 2012, déjà, un rapport d’une agence de renseignement du Pentagone expliquait à propos de la Syrie : « Les événements y prennent clairement une orientation sectaire (…) Les Salafistes, les Frères Musulmans et Al Qaïda en Irak (AQI) sont les principales forces impliquées dans la rébellion en Syrie. L’Occident, les pays du Golfe et la Turquie soutiennent cette rébellion ; la Chine, la Russie et l’Iran soutiennent le régime. (…) Il y a la possibilité d’établir une principauté salafiste officieuse dans l’Est de la Syrie (Hasaka et Deir Ezzor), et c’est exactement ce que veulent les puissances qui soutiennent l’opposition, dans le but d’isoler le régime syrien ».

Cette stratégie des impérialistes occidentaux et de leurs alliés a fait complètement faillite. L’intervention de la Russie, en septembre 2015, a bouleversé le rapport de force militaire et placé tout le monde devant le fait accompli d’une écrasante domination russe en Syrie. La chute d’Alep est une humiliation infligée par la Russie aux impérialistes américains et à leurs alliés, France comprise. Telle est la véritable raison des lamentations « humanitaires » des médias occidentaux. A défaut d’actes concrets, sur le terrain, pour contrer la domination russe en Syrie, ils se livrent à l’exercice des « condamnations » et des « résolutions » dans le but de mobiliser les opinions publiques contre le régime de Poutine – lequel, d’ailleurs, s’en soucie comme de sa première chemise.

Dans le même temps, un certain nombre de politiciens réactionnaires – comme Fillon, en France – prennent acte de la domination russe en Syrie et proposent de « renforcer le dialogue » avec Moscou. Bien sûr, le « pragmatisme » de François Fillon a pour unique objectif de défendre les intérêts de l’impérialisme français.

Il est clair que Moscou et Damas poursuivent des objectifs réactionnaires. Mais nous devons rejeter fermement les « condamnations » hypocrites qui viennent des impérialistes américains, français, britanniques et de leurs alliés saoudiens et autres. Les impérialistes – à commencer par les plus puissants, les impérialistes américains – sont les premiers responsables du chaos sanglant qui règne au Moyen-Orient. Les interventions directes ou indirectes en Irak, en Afghanistan, en Libye et en Syrie ont infligé des souffrances inouïes aux peuples de la région et favorisé le développement des organisations fondamentalistes. Les impérialistes occidentaux n’ont aucune espèce d’autorité morale pour condamner les « crimes de guerre », qui sont leur spécialité.

En dernière analyse, toutes ces guerres sont l’expression de la crise organique du système capitaliste. D’autres guerres sont inévitables, au Moyen-Orient et ailleurs. L’idée d’y mettre un terme en réunissant les différents acteurs autour d’une grande « table des négociations » est au minimum naïve. C’est précisément lorsque leurs divergences d’intérêts ne peuvent plus être réglées par des négociations que les classes dirigeantes jettent les peuples dans l’enfer de la guerre. Une lutte sérieuse et efficace contre les guerres impérialistes ne peut être qu’une lutte de classe. Et seul le renversement du capitalisme permettra d’en finir avec les guerres.

 

http://www.marxiste.org/international/moyen-orient/syrie/2095-la-chute-d-alep-et-la-propagande-imperialiste

 

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 15:00

La victoire de Donald Trump a envoyé une onde de choc aux quatre coins du monde. Le Washington Post évoque un événement « cataclysmique ». Il faut dire que ce quotidien américain avait, des mois durant, annoncé une « confortable » victoire de Clinton, comme l’avaient d’ailleurs fait la plupart des « experts » des autres grands médias. Clinton était leur candidate, la candidate de l’establishment. Elle avait le soutien des sections décisives de la classe dirigeante américaine, qui considéraient le milliardaire populiste et réactionnaire Donald Trump comme trop instable, imprévisible et provocateur.

Comme toujours en pareilles circonstances, une armée de belles âmes « progressistes » accuse les masses américaines. Les électeurs de Trump seraient stupides, incultes, racistes et sexistes. Nul doute qu’un certain nombre d’entre eux sont tout cela et plus encore. Mais enfin, près de 60 millions d’Américains ont voté pour Donald Trump. Ils seraient tous racistes, sexistes, etc. ? 41 % des femmes ayant pris part au vote ont choisi Donald Trump, de même que 28 % des latinos : toutes et tous sexistes, racistes ? Evidemment pas. Les belles âmes refusent de comprendre que la victoire de Trump est avant tout la conséquence d’une révolte contre l’establishment, contre un « système » en faillite et sa classe politique corrompue. En dernière analyse, c’est une expression politique de la crise organique du capitalisme. En Grande-Bretagne, le même phénomène s’est produit à l’occasion du référendum sur le Brexit, à ceci près que la victoire de Trump est un « Brexit puissance 3 », selon sa propre formule.

Avant même la crise de 2008, les conditions de vie et de travail de la majorité des Américains se dégradaient. Depuis 2008, le processus s’accélère, achevant de transformer le prétendu « rêve américain » en un cauchemar pour des millions de jeunes, de travailleurs et de retraités. Dans le même temps, les « 1 % » sont devenus encore plus riches. A la veille des élections, le Financial Times publiait un article de Martin Wolf rapportant qu’aux Etats-Unis, « le salaire médian réel est inférieur à son niveau de 2000. Relativement au PIB par habitant, il baisse régulièrement depuis le milieu des années 70. Cela explique la vague de désillusion, voire de désespoir, que ces élections ont si clairement révélée. » Il poursuit : « La part des salaires dans le PIB du pays est tombée de 64,6 % en 2001 à 60,4 % en 2014. Mais les travailleurs n’ont pas seulement souffert de cette réduction de leur part du gâteau. Egalement significative est la croissance régulière du pourcentage d’hommes âgés de 25 à 54 ans qui n’ont pas de travail et n’en cherchent plus : de 3 % en 1950 à 12 % aujourd’hui. (…) Parmi les pays de l’OCDE, les Etats-Unis arrivent en deuxième position en termes de croissance du pourcentage d’hommes sans emploi. » Et bien sûr, la situation n’est pas meilleure chez les femmes : « Depuis 2000, la tendance à la baisse du pourcentage de femmes sans emploi s’est interrompue. Le pourcentage de femmes de 25 à 54 ans qui ont un emploi est désormais parmi les plus faibles de l’OCDE. »

Il ne faut pas aller chercher beaucoup plus loin l’explication du vote de mardi dernier. Car que proposait Hillary Clinton face à la situation décrite par Martin Wolf ? Rien. Ou plutôt : les vieilles promesses et la rhétorique habituelle, creuse, stéréotypée, de l’establishment. Autrement dit, la même politique que ses prédécesseurs. Hillary Clinton, cette créature de Wall Street, était la personnification de tout ce qu’une majorité d’Américains détestent, y compris bon nombre de ceux qui ont quand même voté pour elle, faute d’une alternative de gauche. Voilà pourquoi Clinton a recueilli 6 millions de voix de moins que Barrack Obama en 2012, alors que le nombre d’électeurs potentiels s’est accru de 9,1 millions depuis 2012. Donald Trump, lui, a perdu 1,2 million de voix par rapport au candidat républicain de 2012, Mitt Romney. Clinton a perdu cette élection parce qu’elle a été davantage rejetée que Donald Trump.

La faillite du « moindre mal »

Ces chiffres illustrent la faillite de la théorie qui sévit aux Etats-Unis, depuis des décennies, selon laquelle les Démocrates seraient un « moindre mal » que les Républicains. C’est au nom de cette théorie que Bernie Sanders a refusé de se présenter comme candidat « indépendant » face à Clinton et Trump. C’était une grosse erreur. Sanders, qui se disait « socialiste » et proposait une « révolution politique contre la classe des milliardaires », a suscité énormément d’enthousiasme dans de larges couches de la jeunesse et de la classe ouvrière, pendant les primaires démocrates. Cet enthousiasme exprimait, là aussi, le rejet de l’establishment, mais d’un point de vue de gauche. Et il est parfaitement clair, comme les sondages de l’époque l’indiquaient, que seule la candidature de Sanders aurait pu empêcher la victoire de Trump. D’une part, des millions des partisans de Sanders se sont abstenus, refusant de voter pour Clinton. D’autre part, des millions d’électeurs de Trump — et bien sûr de Clinton — auraient voté pour Sanders s’il avait été candidat.

Dans tous les cas, la candidature de Bernie Sanders aurait pu jouer un rôle décisif dans la création d’un véritable parti de la classe ouvrière américaine. C’est le cœur du problème. Les Républicains et les Démocrates sont deux partis bourgeois, deux partis des banques et des multinationales, qui sont les véritables responsables des problèmes et des souffrances du peuple américain. Comme le soulignait l’écrivain américain Gore Vidal, « notre République a un seul Parti, le Parti de la Propriété, avec deux ailes droites ». Trump représente les mêmes intérêts de classe que Clinton. Tous les travailleurs qui ont crû à ses discours démagogiques sur les « bons emplois » et la « croissance » à venir, sous sa présidence, vont déchanter. La crise du capitalisme américain est loin d’être terminée — et Donald Trump, qui défend ce système, ne pourra pas résoudre la crise. L’austérité va s’aggraver. Des attaques brutales se préparent contre les conditions de vie, de travail et d’études de la grande majorité des Américains.

En outre, si Donald Trump applique son programme en matière de commerce international, cela pourrait précipiter une nouvelle et profonde récession, non seulement aux Etats-Unis, mais à l’échelle mondiale. N’oublions pas que c’est une flambée de mesures protectionnistes qui, dans les années 30, a transformé la récession en Grande Dépression. La classe dirigeante américaine — ou du moins une large fraction de celle-ci — comprend ce danger et fera pression sur Trump pour qu’il renonce à l’idée de dénoncer tous les accords de libre-échange.

Donald Trump va rapidement décevoir ses électeurs. La lutte des classes va s’intensifier, comme le signalent déjà les magnifiques manifestations spontanées de la jeunesse, dans de nombreuses villes du pays. La victoire de Trump prépare inévitablement un puissant mouvement de balancier vers la gauche. Ce qui s’est exprimé autour de Bernie Sanders refera surface. Il est impossible de dire quelle forme et quel rythme prendra le mouvement vers un authentique parti de la classe ouvrière américaine, mais la profonde crise des partis républicain et démocrate en est clairement le prélude. A travers ce processus, nous sommes confiants dans le fait que nos camarades de Socialist Appeal sauront développer les cadres et les idées révolutionnaires capables de jouer un rôle décisif dans le renversement du capitalisme américain.

 

http://www.marxiste.org/international/amerique-du-nord/etat-unis/2079-la-victoire-de-donald-trump-et-la-faillite-du-moindre-mal

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 14:29

Chers amis et camarades,

Comme tous les communistes, comme tous les vrais progressistes, comme tous les vrais amis de la souveraineté des peuples, nous portons le deuil d’un des plus grands révolutionnaires de l’histoire mondiale.

Alors que tous les roquets anticastristes des médias privés et « publics » aboient minablement sur la dépouille encore chaude de Fidel Castro (pour eux, il ne saurait y avoir de bon communiste, fût-il mort), alors que le parti de Marine Le Pen se démasque en battant des records d’indécence et de haine de classe anticommuniste, je vous prie de bien vouloir prendre connaissance du communiqué ci-joint, publié sur le site du PRCF, www.initiative-communiste.fr et de le partager avec vos contacts.

Hasta la victoria siempre, Commandante y amigo Fidel !

Georges Gastaud, secrétaire national du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), le 16 novembre 2016

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Dans nos cœurs et nos luttes, TU VIVRAS, COMMANDANTE !

Le président Raul Castro vient d’annoncer la triste nouvelle du décès de Fidel Castro. Les communistes, les vrais progressistes sont en deuil mais déjà les chiens de garde médiatiques de l’anticommunisme et de l’anti-castrisme primaires aboient sur toutes les radios du capital et du prétendu « service public ».

Pour sa part, le secrétariat national du PRCF est certain d’exprimer les sentiments unanimes des militants du Pôle en déclarant que ce 25 novembre 2016 restera comme une date noire pour Cuba socialiste, pour le Mouvement communiste international, pour tous les peuples en lutte et pour l’ensemble des militants franchement communistes et progressistes de France.

Dès sa jeunesse Fidel Castro Ruz a mis ses talents d’avocat et d’intellectuel antifasciste et anti-impérialiste au service du peuple cubain férocement opprimé par Batista, le proconsul étatsunien qui faisait de Cuba le lupanar de l’Empire. La plaidoirie de Fidel intitulée « l’Histoire m’acquittera » à l’issue de laquelle notre camarade fut condamné, incarcéré puis exilé, restera un jalon inoubliable dans l’histoire mondiale des luttes antifascistes et anti-impérialistes.

Avec ses compagnons Ernesto Guevara, Camilo Cienfuegos, Célia Sanchez, avec Frank Pais, assassiné par les séides de Batista, Fidel allait lancer une lutte armée révolutionnaire ponctuée par l’assaut de la Moncada et par l’épopée du Granma. Initialement portée par un très petit nombre de combattants, la guérilla reçut l’appui des communistes cubains, puis de l’écrasante majorité du peuple des villes et des campagnes. Pour des millions de Cubains, la proclamation triomphale de la Révolution à La Havane le 1er janvier 1959 restera marquée comme le plus beau jour de leur vie.

Aussitôt, l’impérialisme américain et l’oligarchie mafieuse cubaine, dont les immenses possessions sur l’île furent expropriées au bénéfice du peuple, commencèrent à comploter pour renverser le régime progressiste et permettre l’invasion de l’Ile par les USA : mais la riposte immédiate que le peuple cubain, Fidel en tête, apporta aux envahisseurs, ruina les espérances contre-révolutionnaires à Playa Giron, l’analogue cubain de Valmy. A la suite de quoi, la direction révolutionnaire cubaine proclama le caractère socialiste de la Révolution, ce qui souleva un énorme enthousiasme militant en Amérique latine et dans le monde.

Méprisant à la fois la démocratie et la souveraineté du peuple cubain, l’impérialisme américain riposta par le blocus économique, par la guerre idéologique et par de nouvelles tentatives d’invasion, voire d’assassinats ciblés contre Fidel. Face à cette entreprise de strangulation d’un peuple tout entier, l’URSS se solidarisa avec Cuba. A l’issue de la crise de 1962, l’URSS accepta de retirer ses missiles destinés à protéger Cuba de l’invasion imminente. En échange de quoi, les USA, qui avait pu mesurer l’unanimité contre eux du peuple cubain prêt à tous les sacrifices (les mots d’ordre « la patrie ou la mort », « le socialisme ou mourir ! » ponctuaient tous les discours de Fidel devant des foules immenses) renoncèrent à envahir la tête de pont du socialisme et du pouvoir populaire que constituait Cuba dans l’hémisphère occidental.

Malgré le cruel blocus yanqui qui empêche Cuba depuis des décennies de commercer librement avec le monde (un blocus qu’Obama n’a toujours pas levé), le socialisme a liquidé la faim et l’analphabétisme à Cuba, il a créé un système de santé publique, d’éducation, d’université et de recherche biomédicale, sans le moindre équivalent en Amérique latine. Jusqu’à nos jours, la mortalité infantile est bien plus basse à Cuba que dans le riche Empire voisin, où 35 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté ; et quand un ouragan tropical ravage les Antilles et la Floride, c’est hélas en Haïti, demeuré capitaliste, ou dans la riche Louisiane, qu’il fait des dizaines, voire des centaines de morts parmi les populations pauvres que les autorités locales, contrairement au Poder popular cubain, ne veulent ni ne savent protéger contre les éléments déchaînés…

Pendant toute la durée de son alliance avec l’URSS et le camp socialiste, Fidel, Raul et le PC de Cuba ont été à la tête du Mouvement anti-impérialiste mondial, Fidel présidant même le Mouvement des non-alignés à la fin des années 70. C’est notamment grâce à Cuba et à son contingent internationaliste en Angola que l’armée raciste de Pretoria, lourdement armée par les Etats-Unis et soutenue par Thatcher, fut vaincue à Cuito Carnevale, ce qui ouvrit la voie à la défaite des racistes et à la libération du Zimbabwe, de la Namibie et de l’Afrique du Sud : c’est ce qu’a toujours reconnu Mandela, dont la première visite comme chef d’Etat fut réservée à Fidel.

Quand le liquidateur Gorbatchev eut accédé à la direction de l’URSS et qu’il eut, avec Eltsine, commencé son œuvre de désintégration du camp socialiste au nom d’une fausse conception de la paix et de la démocratie, c’est Fidel qui, le 26 juillet 1989 sonna le rappel de la résistance cubaine et mondiale à la contre-révolution dans son discours historique de Camaguey : aux opportunistes, aux révisionnistes, aux « mutants », futurs mutants et autres pseudo- « rénovateurs » capitulards de tous les pays, le marxiste-léniniste Fidel Castro lançait au visage sa cinglante formule de classe : « Il y a la démocratie des riches et il y a la démocratie des pauvres, il y a la paix des riches et il y a la paix des pauvres ! ».

Malgré le double blocus, celui, continu et aggravé, des USA (loi Burton-Helms), et celui, inavouable, du contre-révolutionnaire Eltsine, Cuba socialiste tint bon. Privée de matières premières, plus que jamais menacée d’invasion et de subversion, le PC de Cuba organisa la « période spéciale » qui fut une très rude époque de privations partagées, mais où l’essentiel, le droit de manger, de travailler, de se soigner, d’être logé, d’être éduqué, fut préservé pour tous.

Mieux, au bout des années 90, un début de croissance économique se redessinait à Cuba. Le mouvement bolivarien prenait de l’ampleur sur le continent sud-américain. Fidel nouait avec Chavez, puis avec les dirigeants progressistes de la Bolivie, de l’Equateur, etc., l’Alliance Bolivarienne des Amériques. Face à l’ALENA impériale et néolibérale, la nouvelle ALBA voulait dessiner une alternative faite de souveraineté nationale, de coopération internationale et d’échanges mutuellement profitables en lieu et place de la ruineuse « concurrence libre et non faussée » propre aux Traités supranationaux du capital.

Frappé par la maladie à l’issue d’une vie militante haletante, Fidel a quitté le pouvoir mais il ne s’est pas replié pour autant. Durant les dernières années de sa vie, le vieux sage de la Révolution a fustigé le caractère exterministe du capitalisme, qui mènera l’humanité à la mort si le socialisme ne reprend pas le dessus dans le monde. On doit aussi à Fidel une réflexion pionnière sur les questions écologiques, Cuba ayant plusieurs fois été mise à l’honneur par l’ONU pour sa contribution d’avant-garde à la lutte contre la dégradation de l’environnement, dégradation dont la quête éperdue du profit est la cause principale.

En un sens, les deux magnifiques formules de Fidel « patria o muerte », « socialismo o  morir » résument les tâches des communistes de la planète entière : par-delà le caractère héroïque de ces proclamations, il faut saisir qu’à notre époque la lutte révolutionnaire passe par la défense patriotique de l’indépendance nationale face aux Empires fascisants qu’a consolidés la re-mondialisation de l’exploitation capitaliste. Face à l’exterminisme impérialiste, auquel conduit sur tous les plans (militaire, économique, environnemental, sociétal…) le capitalisme pourrissant de notre temps, le socialisme est la seule issue vitale pour l’humanité ; si bien que le Mouvement communiste renaissant devra de plus en plus défendre, non seulement la justice sociale propre à une société sans classes, mais tout simplement, le droit de l’humanité à la vie et au développement.

Salut à Raul, aux communistes et au peuple cubains, à M. l’Ambassadeur de Cuba en France, à M. l’Ambassadeur du Venezuela bolivarien, à tous les révolutionnaires qui pleurent la mort de Fidel et qui honoreront sa mémoire en redoublant de combativité anti-impérialiste. Le PRCF, qui a joué un rôle moteur en novembre 2005 pour organiser avec d’autres le grand meeting de solidarité avec Cuba socialiste à St-Denis, rappelle la parole du président-fondateur du Pôle, le député franchement communiste Georges Hage : « à notre époque, tout progressiste a deux patries : la sienne et Cuba socialiste » !

Honneur à Fidel, l’un des plus grands révolutionnaires patriotes et internationalistes que la terre ait portés ! Honneur à ce passeur d’histoire révolutionnaire incomparable qui a transmis jusqu’à nous, dans la nuit sombre de la contre-révolution, le flambeau de la Révolution française, de Toussaint Louverture, de la Commune de Paris, de la Révolution d’Octobre, de Stalingrad, des Révolutions chinoise, cubaine, vietnamienne, africaines du 20ème siècle, et dont le prénom évocateur fait vibrer en nous la justesse de ces deux paroles immortelles,
« ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » (Victor Hugo)

Et aussi

« les contre-révolutions sont des parenthèses de l’histoire, l’avenir appartient aux révolutionnaires » (Georges Dimitrov, 1935).

Tu vis dans nos cœurs, et plus encore dans nos luttes pour la renaissance communiste et pour la résistance populaire, Commandante !

 

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE, PATRIA O MUERTE, SOCIALISMO O MORIR, VENCEREMOS !


Par ailleurs, le secrétariat national du PRCF appelle les membres et les sympathisants du Pôle et des JRCF à organiser dans un esprit unitaire un maximum de célébrations décentralisées de la mémoire de Fidel, et à se joindre aux manifestations de sympathie et de condoléances qui seront organisées par l’Ambassade de Cuba et par les autres amis de Cuba socialiste.
Le PRCF invite à verser largement à la souscription ouverte par le PRCF pour la solidarité avec les victimes de l’ouragan qui a récemment frappé Cuba en écrivant  au président du PRCF, Léon Landini, 8 rue du Clos Lapaume, 92220 Bagneux, et en précisant « solidarité Cuba ».

http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/dans-nos-coeurs-et-nos-luttes-tu-vivras-commandante/

 

 

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 20:01

L'élection de Donald Trump change la donne mondiale

Il est machiste. Kennedy qui avait organisé un baisodrome à la Maison Blanche et qui se faisait approvisionner en viande fraiche chaque jour, l’était encore plus. Il est grossier. Johnson qui proférait un juron par minute l’était encore plus. Il est inculte. Reagan, qui ne savait pas où se trouvait l’Afghanistan ni la Jordanie, l’était tout autant. Il aime l’argent. Les ploutocrates n’ont jamais autant prospéré que sous Obama. Il a mauvais goût. C’est un art de vivre à la Maison-blanche. Il est raciste. L’Amérique qui s’est fondée sur l’ethnocide des Indiens et l’esclavagisme des noirs, n’en aura jamais fini avec ses vieux démons.

 

Vu d’Europe, Donald Trump concentre à peu près tous les défauts que l’on objecte aux Américains. Pourtant, c’est la surface des choses à laquelle s’arrêtent les médias qui ont renoncé depuis longtemps à penser la politique pour ne s’intéresser qu’aux mondanités.

 

Non, les deux faits majeurs de l’élection de Trump s’appellent isolationnisme et  protectionnisme.

Dans son discours de fin de mandat, le président Eisenhower mettait en garde l’Amérique : « nous devons nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. » Il est clair qu’il n’a pas été entendu et que la politique interventionniste des USA n’a apporté que des désastres depuis 50 ans. La péninsule indochinoise ravagée par des milliers de bombardements témoigne encore de l’inanité de la guerre menée là-bas par les USA. Guerre terminée par une débandade et l’image des hélicoptères Cobra passés par-dessus bord d’un porte-avions devant Saigon. L’Afghanistan occupé par les Russes témoigne aussi de l’erreur magistrale commise par les Américains qui ont armé les talibans et donné naissance au djihadisme salafiste. La première guerre d’Irak menée pour sauver une petite monarchie chiite occupée par un Etat laïc et la seconde menée pour pourchasser des terroristes qui ne se trouvaient pas là mais en Arabie saoudite témoignent aussi de l’inanité des interventions américaines. Le soutien apporté aux régimes révolutionnaires et anti-russes en Georgie ou en Ukraine témoignent là encore de l’inconséquence du Département d’Etat. Trump nous dit qu’il va renoncer à l’interventionnisme et inaugurer une ère d’isolationnisme. Nous verrons. Mais s’il tient ses promesses, on peut espérer que la situation internationale ne s’aggrave pas. Ce serait déjà un progrès en soi. Et si Trump rétablit des relations normales et cordiales avec la Russie de Poutine, on évitera peut-être une troisième guerre mondiale. Ce ne serait pas mal.

Ronald Reagan est arrivé au pouvoir en inaugurant l’ère de ce qu’on a appelé le néo-libéralisme accompagné de son avatar le libre-échangisme. Depuis cette époque, tous les économies occidentales ont stagné ou ont subi de plein fouet des crises financières désastreuses. Toutes les classes moyennes qui à l’instar de celle qui a voté Trump ont encaissé sans broncher l’affaissement de leur cadre de vie. Les friches industrielles témoignent du grand déménagement de l’industrie en Asie. Les travailleurs qui ont 2 ou 3 jobs témoignent de l’effondrement de la précarisation du marché du travail. Les 47% des Américains qui n’ont pas les moyens de se payer les soins courants témoignent de la ruine du Welfare State. Donald Trump arrive en disant « America First ». Il promet aussi de mettre à bas les différents traités de libre-échange comme l’Alena, le TPP ou encore le Tafta. Nous verrons bien. Mais s’il tient ses promesses et enclenche une ère de protectionnisme en occident, nous n’aurons là-aussi pas à nous en plaindre en Europe.

Mais isolationnisme et protectionnisme heurtent tant la doxa des médias et les élites libérales-libertaires qu’ils sont en état de sidération devant l’élection de Donald Trump. Un peu moins chaque heure passant, car l’Amérique reste un objet de fascination et de soumission. Rassurons-nous, demain Donald Trump deviendra un personnage tout à fait fréquentable. Et on commencera à étudier les vertus de l’isolationnisme et du protectionnisme. Ainsi va le monde.

La lettre de Xavier THERY

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