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L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 14:23

MERCREDI 30 AVRIL 2014 / PAR FRÉDÉRIC SCHNEIDER

 

Des hommes armés ont fait irruption dans le parlement libyen, en pleine séance plénière, ce mardi, faisant plusieurs blessés. Les députés, membres du Congrès général national (CGN), étaient en train de voter pour désigner un nouveau Premier ministre.

 

Alors que le Parlement intérimaire du Congrès général national (CGN) libyen était, ce mardi après-midi, en pleine session pour élire le nouveau Premier ministre, des hommes armés ont fait irruption et on tiré des coups de feu dans la salle. Plusieurs députés ont été blessés.

« Nous avons suspendu nos travaux et le vote a été reporté à la semaine prochaine », a déclaré le député Tahar Mokni, selon l’AFP. Des tirs ont d’abord été entendus par les députés à l’extérieur du bâtiment avant que des hommes armés n’investissent l’enceinte-même du Parlement. Les élus qui participaient au vote se sont enfuis.

L’incident a eu lieu avant le dépouillement du second tour. Deux candidats étaient donc encore en course au moment de l’intrusion : Ahmed Miitig, un homme d’affaires originaire de la ville de Misrata et Omar Al-Hassi, un universitaire de Benghazi. Selon le porte-parole du Congrès, ces hommes armés voulaient faire pression pour que « leur candidat soit élu », rapporte RFI.

Les parlementaires devaient choisir un successeur à Ali Zeidan, démis de ses fonctions le 11 mars dernier, avant d’aller se réfugier en Allemagne, craignant pour sa sécurité. Le Premier ministre par intérim nommé dans la foulée, Abdallah Al-Theni, avait démissionné le 13 avril dernier, après s’être fait attaquer à Tripoli, alors qu’il était en compagnie de sa famille.

« C’est très grave, mais c’est presque la routine en Libye », lance un acteur politique libyen. Les attaques contre le Parlement libyen sont arrivées à plusieurs reprises. Le 2 mars dernier, des hommes armés s’étaient aussi introduits dans cette enceinte et avaient blessé deux députés.

 

http://www.afrik.com/libye-des-hommes-armes-prennent-d-assaut-le-parlement

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 19:27

Jeudi 23 janvier 2014

Par Yazid Haddar

 

Le décret n°13-377 publié dans le journal officiel (N°58) du 18/11/2013, portant sur le statut de la mosquée, vient de passer comme une lettre à la poste sans susciter de débats, à part quelques titres dans la presse francophone.

Les fonctions de la mosquée élargies

Ainsi, la mosquée n’est plus uniquement un lieu de culte religieux, mais « elle est (en plus) une institution religieuse et sociale qui assure une mission de service public. Elle a pour objectif de promouvoir les valeurs de la religion musulmane » (art.2).

De plus, ses fonctions se sont élargies « dans la vie spirituelle, éducative, scientifique, culturelle et sociale de la vie de la Oumma. » (art.4). Pis, l’article 9 qui réglemente la fonction sociale de la mosquée, « qui consiste notamment : au règlement des différends entre les citoyens ; au développement du sens civique, de l’esprit citoyen et de la solidarité sociale », est en contradiction avec la Constitution algérienne.

Ceci dit, la mosquée, selon ce décret, peut subordonner la mairie (APC), la justice, les services sociaux, l’école, etc. Doit-on s’alarmer ou se féliciter de cette évolution ? Un homme politique algérien a vu juste quand il déclara (en 2012) dans un colloque : « Quand les islamistes seront au pouvoir, ils vont chômer, car tout a été déjà fait par leur prédécesseur ! »

Effectivement, selon ce rythme, les confusions entre le religieux (croyant) et le politique (citoyen) se confirment. L’actuel gouvernement veut-il se déresponsabiliser du social et de l’éducatif ? Ou l’utilise-t-il comme une stratégie pour contrôler un éventuel soulèvement ou une protestation populaire où les imams vont jouer le rôle des pompiers et d’intermédiaires ?

La mosquée pourrait-elle jouer un rôle dans l’éducation civique sans un dogme religieux, qui est légitime de sa part ? La mosquée pourrait-elle jouer un rôle pour régler les différends entre les citoyens, si un des citoyens n’est pas croyant ou d’une autre confession (à moins que l’esprit du législateur parte du principe que tous les Algériens sont de la même religion) ?

L’école qui est le temple de la nation, se voit vidée de ses prérogatives sociales, éducatives et civiques. Nous savons déjà que certaines mosquées remplissent le vide qui existe dans le préscolaire, où des familles désorientées confient leurs enfants (entre 4 et 5 ans) aux imams, sans aucune pédagogie d’enseignement, ni de connaissances sur la psychologie de l’enfant, ni un environnement propice pour une scolarisation adéquate.

Le gouvernement se désengage

Cependant, ces jeunes enfants, dès leur première enfance, sont livrés à une dogmatisation, sans aucun contrôle institutionnel, et à une religiosité loin de nos traditions cultuelles et culturelles. On ne devrait pas s’étonner devant un tel phénomène et se demander ensuite pourquoi la société se plonge dans des circuits d’intolérance, d’incivilité et d’une violence interminable !

Ceci dit, ce décret confirme que le gouvernement veut se désengager des maux qui l’atteignent, au lieu de trouver les remèdes et de renforcer l’état de droit et surtout d’inculquer les valeurs civiques et citoyennes par les institutions de la République, il les cède à l’institution religieuse.

De plus, l’État affiche son impuissance face aux problèmes qui gangrènent la société algérienne. Après avoir fragilisé les institutions de l’État – de la justice à l’éducation, en passant par la fonction publique –, on vide maintenant la République de sa substance, c’est-à-dire les valeurs citoyennes et républicaines. Et nous nous éloignons de plus en plus de la sécularisation des institutions de l’État.

 

05/01/2014

 

http://www.gaucherepublicaine.org/combat-laique/en-algerie-une-islamisation-rampante/32545

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 08:06

Raf Custers

2 novembre 2013

  

_500____cover-custers_49.pngDans son tout récent livre Chasseurs de matières premières, Raf Custers enquête sur ces multinationales qui s’enrichissent grâce aux ressources naturelles de pays qui restent pauvres. Son premier chapitre commence avec le Maroc : les pêcheurs de Sidi Ifni, sur la côte Atlantique, se font appauvrir par les bateaux – usines occidentaux qui épuisent le poisson. Une alternative possible en exploitant la ressource naturelle de la région, les mines de phosphate ? Hélas, non. Les pêcheurs ne peuvent sortir de la misère. A cause de l’élite autour du roi, à cause des multinationales, à cause de l’injustice Nord – Sud.

 

EXTRAIT : 

 

1. Les monuments de l’exportation

 
Notre agriculture, elle aussi, utilise des matières premières. Prenons les phosphates : sans eux, pas de céréales ni de bétail. Les mines de phosphate les plus riches se trouvent au Maroc et dans le Sahara occidental occupé. Pourtant, la terre et le désert y restent arides. Le Maroc ne vise pas son marché domestique, il cible le monde. 


C’est en voiture que nous entamons notre exploration. Le dimanche 29 juin 2008, à Sète, sur la Côte d’Azur, nous prenons le ferry pour Tanger, dans le nord du Maroc. La traversée dure deux nuits et un jour. Sur les petits coussins de la cabine sont brodés des bateaux à vapeur. La petite piscine sur le pont grouille d’enfants, telles des anguilles dans un seau. Nous sommes partis avec une Corolla d’occasion, datant de 1995. Elle venait d’être remise en circulation par la gendarmerie belge. Quand j’ai aspiré l’intérieur, j’ai retrouvé sous la place du mort des billets provenant d’un cinéma de Bruges. Les inspecteurs allaient-ils au cinéma pendant leurs heures de service ? Quand nous sommes partis, le compteur indiquait 153.243 kilomètres. Une caisse à la technique toute simple, sans complexe ni sophistications électroniques. Pas d’air conditionné, et des vitres à descendre à la main, tout simplement. Pour profiter de la brise de mer, nous suivons les côtes marocaines. Le dimanche suivant, nous arrivons à Sidi Ifni, un petit port à environ 1.200 kilomètresau sud de Tanger. Nous décidons de nous y arrêter un peu plus longtemps. L’auto doit aller au garage, il faut remplacer le thermostat. Sinon, il risque de surchauffer d’ici peu dans la chaleur du Sahara occidental et de la Mauritanie. Le lendemain, quelqu’un nous accompagne, depuis l’hôtel Suerte Loca jusque chez un mécano. Je sors quelques banalités – « Il fait calme, comparé avec les plages du Nord ! » - mais l’histoire qu’on me sert en guise de réponse est tout sauf banale. 

 
Le blocage


Exactement un mois plus tôt, le 7 juin, une révolte a été réprimée ici, à Sidi Ifni. Les protestations avaient débuté fin mai, quand la commune avait proposé d’engager du personnel. Il y avait eu huit offres d’emploi. Mais, le jour de la sélection, 985 candidats s’étaient présentés à la mairie. Sidi Ifni compte plus d’habitants au chômage qu’au travail. Le rassemblement face à la mairie était donc déjà toute une manifestation en soi. Quand les candidats refusés avaient été renvoyés chez eux, quelqu’un a crié : « Au port ! » Vraisemblablement c’était l’un des jeunes diplômés. Ces jeunes ont fait des études mais ne trouvent pas d’emploi. Ils se sont affiliés à un syndicat, l’Association des jeunes licenciés. Immédiatement, la foule s’est mise en mouvement. Au port, ils ont barré le long mur de l’embarcadère, bloquant ainsi nonante camions réfrigérants. Ceux-ci venaient d’être chargés de sardines fraîches et se tenaient prêts à partir pour le nord. Ce n’était pas la première fois que les gens d’Ifni menaient des actions. Ils savaient comment s’y prendre. Ce jour même, ils faisaient parvenir leurs revendications aux autorités provinciales, à Tiznit. Ils voulaient du travail dans leur propre région et exigeaient que les sardines fussent mises en boîte sur place au lieu de les acheminer vers les usines d’Agadir ou de les exporter vers l’Espagne. 
 
Sidi Ifni est pressuré. La région se situe au bord du Maroc et les villes du centre en emportent la richesse. Et la situation n’a pas changé depuis l’époque coloniale. Longtemps, Sidi Ifni a été une enclave espagnole. Jusqu’en 1969, la ville a été soumise à l’administration coloniale espagnole. Autour de la Plaza Espana, quelques bâtiments de style Art déco mauresque sont demeurés intacts. Certains habitants de la ville pensent avec nostalgie à cette époque coloniale, quand cela se bousculait à l’aéroport et que le commerce était florissant, entre autres avec un autre territoire espagnol comme les îles Canaries. Le commerce tournait autour du poisson. L’Espagne n’avait investi à Sidi Ifni que pour en emporter facilement le poisson. L’administration coloniale avait fait construire deux tours colossales en béton à l’entrée du port, sur des socles qui s’enfonçaient à 150 mètres de profondeur en mer. Les tours étaient reliées à la terre ferme par un téléphérique. La tour la plus proche du littoral est toujours plus ou moins intacte. Au pied des tours, on déchargeait les marchandises espagnoles et elles étaient amenées à terre par le téléphérique. Le poisson de Sidi Ifni faisait le trajet inverse pour être chargé dans les navires espagnols et être exporté, naturellement. 


 Nul n’ignore à quel point les zones poissonnières sont riches, au large des côtes de l’Afrique occidentale. On y pêche à l’échelle industrielle à l’aide de bateaux-usines. Ils viennent de Russie, de Corée, du Japon et d’Europe. Les pêcheurs européens qui, dans les mers plus au nord, ne peuvent plus pêcher davantage que les quotas imposés, se rendent dans les zones poissonnières du Maroc, de la Mauritanie, du Sénégal et de la Guinée. L’Union européenne a conclu des accords de pêche avec ces pays et convenu de la quantité de poisson que les pêcheurs européens pouvaient remonter. Et le Maroc en tire un bon prix. Dans le secteur européen de la pêche, quelque 250 emplois ont ainsi été sauvés, mais, dans les eaux africaines, on prend beaucoup plus de poisson qu’il n’a été convenu. Les pêcheurs africains ne peuvent faire face à la concurrence des bateaux-usines. Bien des pêcheurs ont cessé leurs activités émigrant vers les villes ou vers l’Europe où ils ont rejoint le prolétariat des migrants. 


 Les pêcheurs de Sidi Ifni sont faibles. Je présume qu’ils louent les bateaux avec lesquels ils vont pêcher. Pourtant, les producteurs peuvent également défendre leur intérêt collectif. Par exemple, en organisant la vente à la criée. C’est ce qu’on voit dans d’autres villes portuaires. Les pêcheurs se mettent tous ensemble et vendent ainsi leur poisson aux gens. La criée leur permet de céder leurs produits aux acheteurs à des prix raisonnables. Mais, à Sidi Ifni, il n’y a pas de criée. Le poisson est transvasé directement des bateaux dans les camions. Les pêcheurs ne reçoivent pas d’aide non plus du gouvernement marocain. Par expérience, ils savent que Rabat, la capitale, les considère comme des citoyens de second rang et qu’elle contrecarre le développement de la région. Le gouvernement ne fait rien pour moderniser le port de Sidi Ifni. Devant l’embouchure du port, il y a un banc de sable. Ce qui fait que, chaque fois que les pêcheurs sortent ou rentrent, ils risquent leur vie. Mais il n’existe aucun plan de dragage. Et tant que les pêcheurs de Sidi Ifni attraperont des sardines, le poisson sera systématiquement emporté vers les conserveries des villes du nord du Maroc. Dans le temps, Sidi Ifni était dirigé à partir de l’Espagne, aujourd’hui à partir des villes du centre du Maroc. Le colonialisme espagnol a fait place au colonialisme intérieur. Les régions pauvres du Maroc restent à la traîne, complètement démunies.

 
La répression 


Durant la révolte de Sidi Ifni, la fameuse élite marocaine a fait savoir clairement qu’elle entendait bien maintenir la situation telle quelle. Quand le blocage du port a commencé à traîner en longueur, les acheteurs ont calculé combien cette plaisanterie allait leur coûter. Ils ont fait intervenir leurs relations. Qui ont décidé d’infliger une bonne leçon à Sidi Ifni. 


 Le 7 juin, une semaine après le début du blocus, l’armée et la police antiémeutes débarquent en nombre. Elles viennent libérer les camions frigorifiques. Quatre mille hommes – c’est le chiffre officiel – entourent la ville. Des unités descendent des flancs de montagne derrière Ifni et, de la mer, des fusiliers marins débarquent. Une fois qu’ils arrivent en ville, ils se déchaînent. De force, ils sortent les gens de leurs maisons. Dans la caserne de la police, les personnes arrêtées, hommes et femmes, se font humilier. Ils doivent baisser le pantalon et s’asseoir sur des goulots de bouteilles de Coke. C’est le Samedi noir. La réalité. En même temps débute la traque aux dirigeants de la révolte.


L’un des dirigeants qu’on m’a signalés me fait savoir qu’il voudrait me rencontrer. Nous parlons sans être vus sur le toit d’une maison, à la belle étoile. L’homme est membre du « secrétariat », un groupe de syndicalistes et de militants de gauche fondé en 2005 lors de précédentes protestations en faveur de l’emploi. Le « secrétariat » a continué de se réunir dans la clandestinité. Il a rédigé un cahier de revendications. Demandant entre autres que le port et l’hôpital de Sidi Ifni soient modernisés, que la route côtière vers Tan-Tan soit élargie afin de faciliter un trafic routier plus abondant, que l’on sorte Ifni de son isolement et, par-dessus tout, que l’on crée des emplois pour les jeunes. Mais le gouvernement de Rabat et l’administration provinciale ne les écoutent pas. Au contraire, ils traficotent autour de l’avenir de Sidi Ifini. L’homme du « secrétariat » sait que la municipalité avait prévu des terrains pour des conserveries. Mais quelques politiciens et hommes d’affaires ont vendu ces terrains en sous-main à des amis politiques, « pour 1,5 dirham le mètre carré », une broutille. 


 L’homme du « secrétariat » me raconte le Samedi noir. Ses yeux se mouillent pendant qu’il me parle. Mais les Ifnois ne se sont pas laissé faire. Le lendemain de l’attaque de l’armée, ils sont descendus à nouveau dans la rue, pour protester contre la répression. La chaîne de télévision Al Jazeera a défié la censure et a transmis des images de la répression. Selon Al Jazeera, l’armée avait même abattu des personnes. Le gouvernement a obligé l’émetteur à cesser ses émissions. Mais la nouvelle de la révolte s’était désormais répandue très rapidement. Les Ifnois avaient téléphoné à leurs parents au Maroc et à l’étranger. Des migrants de Sidi Ifni s’étaient également mis en mouvement, à Rabat, à l’étranger, et même à Bruxelles. Les premiers messages de solidarité étaient arrivés. Une semaine après le Samedi noir, un cortège défilait à nouveau dans les rues de Sidi Ifni mais, cette fois, avec des délégations de Seffro, Safi, Laâyoun, Ouarzazate, Guelimim : 9.000 personnes au total. 

 
Combien d’endroits n’y a-t-il pas qui sont pareils à Sidi Ifni ? Les gens d’ici sont entrés en résistance afin de profiter un peu plus eux-mêmes des matières premières locales. Ils veulent mettre le poisson en valeur à leur propre avantage et récupérer au moins une partie de ce qu’il rapporte. Mais l’économie et la politique ne fonctionnent pas de cette façon. Si le peuple ne frappe pas sur la table, il n’aura pas grand-chose à dire. 

 
La bande transporteuse


Le Maroc est pauvre, comparé au noyau riche de l’Europe occidentale. Mais, en réalité, le pays n’est pas démuni. Il possède un long littoral et de riches zones de pêche. Il a également des minerais, dans son sous-sol. Les mines sont éloignées du monde habité. Mais, avec leurs bandes transporteuses, elles arrivent à la mer. Quand on traverse le Maroc du nord au sud, on se croirait sur la route des monuments de l’industrie d’exportation. Partout, on a construit des installations onéreuses qui n’ont qu’une seule fonction : exporter les richesses locales, en exporter le plus possible et sans en faire quoi que ce soit de tangible sur place. 


 A Sidi Ifni, sous l’administration coloniale espagnole, on a installé un téléphérique afin de pouvoir transborder le poisson destiné à l’exportation. Le joyau suivant se situe à Port Laayoun, à une grosse journée de route vers le sud depuis Sidi Ifni. C’est une bande transporteuse de près de cent kilomètres de long. Cette installation sert uniquement à acheminer vers un port le phosphate brut en provenance d’une mine de l’intérieur du pays. Au port, la marchandise est transbordée et expédiée en Europe ou à destination de l’industrie chimique américaine, dans le golfe du Mexique. L’exportation prime, la transformation sur place passe bien après, alors que le phosphate est nécessaire au pays même et qu’une industrie de transformation sur place pourrait procurer des emplois et des revenus. 


 Le phosphate est littéralement d’une importance vitale. De la roche de phosphate, on extrait du phosphore, dont on fait des engrais chimiques et de la nourriture pour bétail. Le phosphore contribue à faire pousser les plantes plus rapidement et consolide les os et les muscles des animaux. On en ajoute aussi aux boissons rafraîchissantes et aux aliments que les gens consomment. Le phosphate est une matière première extrêmement importante. Il fait l’objet d’une forte demande. Mais on a calculé que les réserves mondiales seront épuisées d’ici 75 à 100 ans, si la demande continue à croître chaque année d’environ. [i] Le Maroc et son voisin du sud, le Sahara occidental, disposent ensemble d’au moins deux tiers de tout le phosphate brut de la planète.[ii]

 
Le Maroc occupe le Sahara occidental depuis des décennies et administre le pays comme une province du Grand Maroc. La frontière entre le Maroc et le Sahara occidental a été effacée, jusque sur les cartes terrestres marocaines. Le Sahara occidental lui aussi était une colonie espagnole, dans le temps. Aujourd’hui, le pays est incorporé à l’économie marocaine. Parmi les Sahraouis, les habitants d’origine, beaucoup se sont réfugiés dans des camps en Algérie. Ceux qui sont restés n’osent pas parler ouvertement. La police marocaine fait le guet partout. Près du port de Dakhla, nous nous entretenons sans être vus avec un Sahraoui. Nous n’existons plus, dit-il, tout devient marocain. Les Sahraouis qui travaillaient à Boukraa, dans la mine de phosphate, ont été remplacés en grande partie par des colons marocains. Pour attirer ces colons, le Maroc maintient le carburant à un prix ridiculement bas et on a construit des villages qui ne manquent pas d’attrait. Mais les villages se trouvent en plein désert de pierrailles et restent vides. 

 
Le nom de la ville de Laayoun a été modifié en El Aâyoun par les autorités marocaines. Ici, des garnisons ont toujours été casernées pour veiller sur l’arrière-pays. Si on s’approche de Laayoun en venant du nord, on passe devant la caserne de la légion étrangère espagnole. Mais les légionnaires espagnols ont été remplacés par des militaires marocains. Il en fourmille partout, dans les rues de Laayoun. 


 Les installations portuaires de Port Laayoun et la fameuse bande transporteuse se situent à cinq kilomètres de la ville même. Au port, le paysage change de couleur. C’est un port minéralier et partout, aux alentours, tout est couvert d’une poussière blanche. La poussière provient de la bande transporteuse qui enjambe l’autoroute. On dit que c’est la plus longue bande transporteuse du monde. Cet honneur date des années 1970, lorsque cette installation a été réalisée par la firme allemande Krupp. A l’époque, il s’agissait encore vraiment d’une première mondiale. La bande transporteuse achemine le phosphate brut. Les blocs proviennent en droite ligne de la mine à ciel ouvert de Boukraa. Cette dernière se situe au beau milieu du désert de Saguia el-Hamra, à exactement 97 kilomètres d’ici. C’est l’une des mines de phosphate les plus riches au monde. Pour extraire le minerai du sol, il ne faut même pas creuser très profondément. Sur les photos satellites, la mine de Boukraa ressemble à un long fossile nervuré. Le phosphate brut extrait des puits est chargé sur la bande transporteuse. Dans un bruit fracassant, celle-ci fonce en ligne droite, sans la moindre courbe, vers le port de Laayoun. Au port, le minerai est lavé et séché. Puis emmené par bateau aux quatre points cardinaux. 

 
La colonie du phosphate


Les veines de minerai de Boukraa ont été découvertes dans les années 1950, quand le Sahara occidental était encore une colonie espagnole. Dans les années 1970, en Espagne, la dictature du général Franco s’écroulait, mais le Sahara espagnol n’en est pas devenu indépendant pour autant. Le Maroc et la Mauritanie, ses voisins du nord et du sud, se sont d’abord partagé le pays. Ensuite, le Maroc a chassé également les troupes mauritaniennes faisant main basse sur tout le pays. Le Maroc n’entendait le céder à aucun prix. Car, en 1974, en raison des zones de pêche au large des côtes et des réserves de phosphate du sous-sol, la Banque mondiale avait décrit le Sahara occidental comme le territoire le plus riche de l’Afrique du Nord-Ouest (le Maghreb). L’ancien et le nouveau colonisateur, l’Espagne et la Maroc, signaient d’ailleurs un accord à ce propos. L’Espagne restait copropriétaire des mines de phosphate du Sahara occidental. Ce fut le cas jusqu’en 2002, lorsque Boukraa devint entièrement propriété marocaine. 


C’est une absurdité, de voir cette colonie demeurer si aride, à l’instar de régions entières du Maroc. Avec leur phosphate, le Sahara occidental et le Maroc pourraient fertiliser leurs terres. Mais ce n’est nullement une priorité pour les entreprises qui détiennent la chaîne du phosphate, depuis l’extraction jusqu’au produit fini. L’une de ces entreprises est Prayon, toujours en partie dans des mains belges. 


Jusqu’au début des années 1990, Prayon transformait le phosphate du Maroc en Belgique. On en faisait de l’acide phosphorique. En Belgique, d’autres entreprises, comme UCB, BASF et Rhône-Poulenc s’en chargeaient également. Ce procédé avait un grand inconvénient : il laissait derrière lui des masses énormes de déchets de plâtre. Ceux-ci contenaient des métaux lourds et étaient en outre légèrement radioactifs. On les larguait dans des décharges, devenues tristement célèbres entre-temps, entre autres à Rumst et à Zelzate, ainsi que dans l’Escaut et dans d’autres cours d’eau.[iii] Des années durant, presque tout fut permis, pour soutenir la « position concurrentielle » de l’industrie. 


Mais le mouvement environnemental allait harceler cette industrie. En 1992, Prayon ne recevait plus de permis de décharge pour le site de Rumst. Selon des informations de l’époque, Prayon avait alors trois copropriétaires : Gechem (de l’écurie de la Société Générale), le holding public wallon SRIW et une entreprise publique marocaine, l’Office chérifien des phosphates (OCP).[iv] Prayon allait alors installer la production d’acide phosphorique de base au Maroc même. Mais pouvait-on encore faire là-bas ce qui était désormais interdit ici ? A-t-on mis en service là-bas, en même temps, une technologie permettant de produire (plus) proprement ? Ce sont des questions que j’espère encore approfondir. Cependant, le Maroc a commencé alors à bâtir sa propre industrie autour de l’exploitation du phosphate brut. Peu après, Gechem s’est retiré de Prayon et l’entreprise, avec une usine à Engis, près de Liège, est devenue la copropriété, à cinquante cinquante, de la Région wallonne et de l’OCP.


 Il importe de savoir que ce ne sont pas des firmes étrangères qui exploitent les mines de phosphate au Maroc. L’Etat marocain a accordé le monopole de l’exploitation à l’Office chérifien des phosphates. Dans ses brochures, l’OCP explique en détail comment il entend contribuer à l’agriculture au Maroc.[v] Mais, dans la pratique, on n’en voit pas grand-chose. Car, encore une fois, l’économie marocaine est adaptée au marché mondial, et non aux besoins intérieurs. 

N.B. L’auteur examine ensuite “le dédale de la monarchie”, les familles riches qui contrôlent le phosphate, et les difficultés affrontées sur le marché mondial


[i] Cordell, D. e.a., « The story of phosphorus : Global food security and food for thought », dans Global Environmental Change, 19 (2), pp. 292-305, 2009, cité dans : Fischer-Kowalski, Marina, « Socio-ecological transitions : definition dynamics and related global scenarios »,Working Document Neujobs, avril 2012.

[ii] Les réserves de phosphate du Maroc et du Sahara occidental sont de 50 milliards de tonnes pour des réserves mondiales totales de 65 milliards de tonnes. « Phosphate rock », dans U.S. Geological Survey, janvier 2011, pp. 118-119.

[iii] Paridaens, J., Vanmarcke, H., Inventarisatie en karakterisatie van verhoogde concentraties aan natuurlijke radionucliden van industriële oorsprong in Vlaanderen (Inventaire et caractéristiques des concentrations accrues de radionucléides naturels d’origine industrielle en Flandre), Departement Stralingsbeschermingsonderzoek Studiecentrum voor Kernenergie (SCK), étude menée pour le compte de la Société environnementale flamande, MIRA, MIRA/2001/01, juin 2001, 46 p.

[iv] Willems, R., « Prayon Rupel. Bedenkingen bij een (fosfor)zuur dossier » (Prayon Rupel. Réflexions sur un dossier acide (phosphorique) », dans Markant, 19 juin 1992, pp. 8-9.

[v] Voir par exemple le Rapport Annuel 2009, Groupe OCP, pp. 41-48.

 

Chasseurs de matières premières de Raf Custers est maintenant disponible dans notre e-shop 

 

http://www.michelcollon.info/Maroc-qui-s-enrichit-avec-le.html

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:10

 Marc Vandepitte

21 octobre 2013

 

Les États-Unis sont-ils sérieusement en guerre contre le terrorisme en Afrique ou le suscitent-ils au contraire pour servir leurs intérêts ? Enquête de Marc Vandepitte.

 

État défaillant

Le 11 octobre, le Premier ministre libyen a été brutalement enlevé avant d’être libéré quelques heures plus tard. Ce kidnapping est symptomatique de la situation dans le pays. Le 12 octobre, une voiture piégée a explosé près des ambassades de Suède et de Finlande. Une semaine auparavant, l’ambassade russe fut évacuée après avoir été envahie par des hommes armés. Il y a un an, la même chose s’était produite à l’ambassade américaine. L’ambassadeur et trois collaborateurs y avaient trouvé la mort. D’autres ambassades avaient été par le passé également prises pour cibles.

L’intervention occidentale en Libye, comme en Irak et en Afghanistan, a instauré un État défaillant. Depuis l’éviction et le meurtre de Kadhafi, la situation sécuritaire du pays est hors de contrôle. Attentats sur politiciens, activistes, juges et services de sécurité sont monnaie courante. Le gouvernement central exerce à peine le contrôle sur le pays. Des milices rivales imposent leur loi. En février, le gouvernement de transition a été forcé de se réunir sous des tentes après avoir été expulsés du parlement par des rebelles en colère. Le bateau qui a coulé près de Lampedusa, noyant 300 réfugiés, provenait de Libye. Etc.

La Libye détient les plus importantes réserves de pétrole d’Afrique. Mais suite au chaos qui règne dans le pays, l’extraction du pétrole est quasiment à l’arrêt. Désormais, le pays doit importer du pétrole pour assurer ses besoins en électricité. Début septembre, l’approvisionnement en eau vers Tripoli a été saboté, menaçant la capitale de pénurie.

Bases pour terroristes islamistes

Mais le plus inquiétant est la jihadisation du pays. Les islamistes contrôlent des territoires entiers et placent des hommes armés aux checkpoints des villes de Benghazi et Derna. Le personnage de Belhadj en est une parfaite illustration. Cet ancien (pour ainsi dire) membre éminent d’Al-Qaïda était impliqué dans les attentats de Madrid en 2004. Après la chute de Kadhafi, il devint gouverneur de Tripoli et envoya des centaines de jihadistes libyens en Syrie pour combattre Assad. Il travaille désormais à l’instauration d’un parti conservateur islamiste.

L’influence de la jihadisation s’étend bien au-delà des frontières du pays. Le Ministre tunisien de l’Intérieur décrit la Libye comme « un refuge pour les membres nord-africains d’Al-Qaïda. » Suite à l’effondrement du pouvoir central libyen, des armes lourdes sont tombées dans les mains de toutes sortes de milices. L’une d’entre elles, le Libyan Islamic Fighting Group (LIFG), dont Belhadj était le dirigeant, a conclu une alliance avec les rebelles islamistes du Mali. Ces derniers sont parvenus, avec les Touaregs, à s’emparer du Nord du Mali pendant quelques mois. La prise d’otage de grande ampleur sur un site gazier algérien en janvier a été réalisée au départ de la Libye. Aujourd’hui, la rébellion syrienne est contrôlée depuis la Libye et la tâche d’huile jiadhiste s’étend vers le Niger et la Mauritanie.

En remerciant la CIA

À première vue, les États-Unis et l’Occident semblent se faire du souci à propos de cette recrudescence d’activité jihadiste en Afrique du Nord. Ajoutons-y aussi le Nigéria, la Somalie et plus récemment, le Kenya. Mais à y regarder de plus près, la situation est plus compliquée. La chute de Kadhafi fut rendue possible par une alliance entre d’une part des forces spéciales françaises, britanniques, jordaniennes et qataries, et d’autre part des groupes rebelles libyens. Le plus important de ceux-ci était bel et bien le Libyan Islamic Fighting Group (LIFG), qui figurait sur la liste des organisations terroristes interdites. Son leader, le susmentionné Belhadj, avait deux à trois milles hommes sous ses ordres. Sa milice eut droit à des entraînements américains juste avant que ne commence la rébellion en Libye.

Les États-Unis n’en sont pas à leur coup d’essai en la matière. Dans les années 80, ils s’occupèrent de la formation et de l’encadrement des combattants islamistes extrémistes en Afghanistan. Dans les années 90 ils remirent le couvert en Bosnie et dix ans plus tard au Kosovo. Il n’est pas à exclure que les services de renseignements occidentaux soient directement ou indirectement impliqués dans les activités terroristes des Tchétchènes en Russie et des Ouïgours en Chine.

Les États-Unis et le France ont feint la surprise lorsque les Touaregs et les islamistes ont occupé le Nord du Mali. Mais ce n’était qu’une façade. L’on peut même se demander s’ils ne l’ont pas provoquée, comme ce fut le cas en 1990 avec l’Irak vis-à-vis du Koweït. Vu l’activité d’Al-Qaïda dans la région, n’importe quel spécialiste en géostratégie savait que l’élimination de Kadhafi provoquerait une recrudescence de la menace terroriste au Maghreb et au Sahel. Comme la chute de Kadhafi a été provoquée en grande partie par les milices jihadistes, que les États-Unis ont formées et encadrées, l’on peut commencer à se poser de sérieuses questions. Pour plus de détails à ce propos je vous renvoie vers un article précédent.

Agenda géopolitique

Quoi qu’il en soit, la menace terroriste islamiste dans la région et ailleurs sur le continent arrange bien les États-Unis. Cela constitue l’excuse parfaite pour être présent militairement et intervenir sur le continent africain. Il n’a pas échappé à Washington que la Chine et d’autres pays émergents sont de plus en plus actifs sur le continent et constituent de ce fait une menace envers leur hégémonie. La Chine est aujourd’hui le plus important partenaire commercial de l’Afrique. D’après le Financial Times, « la militarisation de la politique américaine après le 11 septembre est controversée depuis longtemps puisque elle est considérée dans la région comme une tentative des États-Unis de renforcer leur contrôle sur les matières premières et de contrecarrer le rôle commercial exponentiel de la Chine. »

En novembre 2006, la Chine a organisé un sommet extraordinaire sur la coopération économique où étaient présents au moins 45 chefs d’État africains. Précisément un mois plus tard, Bush approuvait la mise sur pied d’Africom. Africom est le contingent militaire américain (avions, navires, troupes, etc.) consacré au continent africain. Nous l’avons vu à l’œuvre pour la première fois en Libye et au Mali. Africom est désormais en activité dans 49 des 54 pays africains et les États-Unis ont dans au moins dix pays des bases ou installations militaires permanentes. La militarisation des États-Unis sur le continent ne fait que s’étendre. Ci-dessous vous trouverez une carte de leur présence sur le continent ces deux dernières années. Elle est assez éloquente.

CARTE

Sur le terrain économique, les pays du Nord perdent du terrain face aux pays émergents du Sud, et c’est certainement aussi le cas en Afrique, un continent riche en matières premières. Il semble de plus en plus évident que les pays du Nord combattront ce rééquilibrage par des moyens militaires. Ça promet pour le continent noir.

 

Source : Investig'Action

Traduit du néerlandais par Thomas Halter pour Investig'Action

 

http://www.michelcollon.info/Libye-de-Kadhafi-a-Al-Qaida-En.html

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:05

 jeudi 31 octobre 2013 / par Kaci Racelma

 

La décision du Maroc de rappeler son ambassadeur à Alger pour consultation témoigne des relations conflictuelles qu’entretiennent ces deux pays de l’Union du Maghreb Arabe.

 

 (De notre correspondant à Alger)

Alors que la première conférence de solidarité africaine pour l’indépendance du peuple sahraoui a annoncé la clôture de la Conférence d’Abuja, la décision qui en résulte irrite au plus haut sommet le royaume du Maroc. Ce qui a conduit les dignitaires de ce pays à rappeler leur ambassadeur à la capitale algérienne pour consultations.

Cette irritation a pour point nodal la naissance d’une coordination dénommée Task force africaine de solidarité avec le peuple sahraoui. « Cette décision fait suite à la multiplication des actes de provocation et d’hostilité de l’Algérie », a indiqué un communiqué émanant du ministère marocain des Affaires étrangères. La tenue de cette conférence intervient quelques jours seulement après l’appel du chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, en direction du Maroc voisin, à la retenue et à la sagesse. Un contexte de tensions renouvelées entre les deux pays qui entretiennent des relations conflictuelles et qui ont pour origine la question du Sahara occidental. Dans le discours lu en son nom lundi par le ministre algérien de la Justice, Tayeb Louh, Abdelaziz Bouteflika qui considérait « plus que jamais d’actualité » la mise en place d’un mécanisme international de surveillance des droits de l’Homme au Sahara occidental, maintient le cap sur cette question. Il est résolument décidé à ne pas reculer d’un iota. Une situation qui ne semble aucunement connaître un dénouement heureux, même si cette "Task force" pourrait mener à des « actions multiformes » tout en étant composée des pays suivants : l’Algérie, le Kenya, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Cameroun et le Bénin.

Aussi, les organisateurs de cette première conférence du genre ont fait part, dans leur « Déclaration finale », de la création d’un Comité africain de coordination de la solidarité avec la cause sahraouie. L’instauration d’une « journée spéciale » de solidarité à la lutte du peuple sahraoui en découle aussi comme décision, ce qui donne à l’événement une grande ampleur. Plusieurs points seront au centre des débats en marge de la première réunion qui aura lieu les 14 et 15 décembre prochain. Et ce, à l’issue de la 4e Conférence internationale qui aura pour thème "Les droits des peuples et la résistance : cas du Sahara occidental", dans la capitale algérienne, Alger. Les participants usent déjà d’un ton loin d’être tendre à l’adresse des dignitaires du royaume chérifien. Ils parlent de « décolonisation des territoires occupés », de « régime colonial marocain » et non sans dénoncer « l’exploitation illégale des richesses naturelles du peuple sahraoui ».

Les semaines à venir charrieront beaucoup de nouvelles données à une équation toujours confuse. Pour l’heure, force est de reconnaître que les relations entre le Maroc et l’Algérie se sont détériorées davantage, avec notamment le rappel de l’ambassadeur du Maroc à Alger.

 

http://www.afrik.com/algerie-maroc-les-tensions-refont-surface

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:03

 Soumia Salhi

30 octobre 2013


Cinquante ans après, qu'en est-il des Algériennes ? Soumia Salhi, militante féministe fait le point sur le formidable boulversement survenu dans la vie des femmes algériennes. Nous sommes loin du discours néocolonial, démultiplié par internet qui dit que rien n'a changé et qu’il existe, dans les pays du Nord opulent, une espèce humaine supérieure au sein de laquelle les femmes auraient échappé à toute oppression.

 

J’aime à me promener dans le centre d’El Harrach, le quartier du Collège Laverdet de mon adolescence, celui du lycée Ourida Meddad de ma jeunesse studieuse. Et je ne me lasse pas de m’émouvoir du formidable bouleversement de notre vie de femmes que j’y constate à chaque fois.

Dans mon enfance, les femmes ne sortaient pas, elles ne fréquentaient pas les lieux publics. Je ne parle pas de l’ordre traditionnel rigoureux de notre village au pied de l’Akfadou, mais des grandes villes d’Algérie et notamment d’El Harrach, à Alger, où je suis née. Aussi, je suis toujours agacée par le matraquage du discours néocolonial, démultiplié par internet, ce discours qui dit que rien n’a changé et part du principe suggéré qu’il existe, dans les pays du Nord opulent, une espèce humaine supérieure au sein de laquelle les femmes auraient échappé à toute oppression.

Un véritable mépris pour toutes les luttes féminines, une insulte au bon sens. Il me suffit de comparer le sort de ma mère, disparue il y a quelques années à 90 ans, avec le sort de ma fille titulaire d’un master qui rêve de recherche scientifique. Il n’y a rien de comparable avec le vécu de la décennie 90, ni avec l’enfermement massif des premières années de l’indépendance, ni avec l’arriération de notre société sous la botte coloniale. 


Les fruits de l’indépendance


L’indépendance fut l’occasion d’un premier bond en avant pour la femme algérienne. Mais sa situation demeurait paradoxale, l’égalité constitutionnelle n’empêchait pas l’enfermement domestique pour l’écrasante majorité des femmes. L’urbanisation massive, inéluctable, détruit les bases sociales de l’ordre ancien mais les mentalités rurales envahissent la ville. L’égalité proclamée ne disposait pas des conditions économiques et sociales pour s’imposer. Le bouleversement significatif vient de l’irruption massive de lycéennes et d’étudiantes qui s’emparent de l’espace public. C’est en leur sein que va se développer un mouvement féministe. Adossés aux mouvances de la gauche clandestine, des cercles clandestins apparaissent à Alger, Oran, Constantine et Annaba déjà en 1977. On passe ensuite à des activités publiques, dont les plus significatives sont les ciné-clubs féminins. En 1980/81, ce sont des collectifs qui se mettent en place.


De l’ouverture à la menace de régression


Après ces années de maturation, c’est un vaste mouvement qui prend la parole à partir de 1988 et nos coordinations commençaient à traquer les dispositions inégalitaires du code de la famille dont nous exigions l’abrogation et c’est contre un rassemblement, très féminin, devant le premier ministère que s’organise la marche d’eddaawa, en décembre 1989. En réponse, le 8 mars 1990, nous sommes vingt mille à descendre vers l’APN. La victoire du FIS aux élections locales stoppe net notre élan. Nous étions toujours là mais bien moins nombreuses. Cette fois, les télés et la presse nationale et internationale sont au rendez-vous pour couvrir nos activités symboliques. Au quotidien, les femmes résistent massivement et le triomphe du FIS aux législatives de 1991 est moins ample.


La résistance


Au cœur de l’adversité, l’école et l’université sont restées mixtes ! Les statistiques scolaires inversent le ratio sexuel, 60% des bacheliers, deux tiers des diplômés sont des filles. Les diplômées occupent des emplois qui valorisent désormais le travail féminin dans la famille et la société, y compris celui des autres catégories moins instruites. Le mariage n’interrompt plus l’activité professionnelle.


Dans le monde du travail, on retrouve une femme sur trente en 1966 et une femme sur 6 dans les années 2000. Elles réalisent la parité dans les secteurs de l’enseignement et de la santé, dans l’administration. Elles sont mêmes majoritaires dans l’encadrement de base. Elles sont un tiers des juges, ce qui n’est pas rien. Ces années sont aussi faites de luttes pour faire respecter la femme travailleuse. La dynamique de la Commission nationale des femmes travailleuses de l’UGTA concerne 200 000 adhérentes et les implique dans des campagnes qui s’étendent à travers tout le pays. La campagne la plus spectaculaire est celle menée contre le harcèlement sexuel qui débouche sur sa criminalisation en 2004. Mieux ! L’adhésion à cette campagne s’étend aux milieux islamistes.Le droit des femmes à travailler est acquis.
Le hidjab, qui est venu s’opposer à notre liberté est plus commode que le haïk d’antan, puisqu’il libère les mains et le mouvement et par une ironie de l’histoire il a facilité l’accès à l’espace public à des milliers de femmes. On peut, de même, observer une coquetterie vestimentaire assumée, en fait une relativisation du message du voile, celui de la soumission des femmes. Le schéma qui nous est proposé par le discours néocolonial dominant est celui d’une essence, d’une nature arriérée de notre peuple. On lui oppose la perfection génétique des peuples d’Europe.


Ainsi, lorsque nous dénonçons un cas de harcèlement sexuel, les commentaires désignent le coupable : le pouvoir algérien et ses représentants ou alors on accusera la nature barbare de l’Algérien, inapte au progrès. Non ! Tous les pouvoirs de la terre baignent dans les valeurs patriarcales. Le patriarcat est plus radical dans notre pays, mais le harcèlement débute, et il se développe avec l’essor de la précarité et de la misère, avec les contrats temporaires et le travail au noir qui multiplient les occasions de chantage.


J’ai posté sur facebook des statistiques sur les viols commis en Algérie. Et de nouveau le couplet essentialiste. L’Algérie, l’Algérie.


Encore non ! L’oppression patriarcale, les violences c’est le sort commun des femmes du monde entier. Il y a un viol toutes les 35 secondes aux USA, un viol toutes les sept minutes en France. Pour les violences conjugales : tous les cinq jours, deux femmes sont tuées en France par leur compagnon. Ce n’est qu’en 1969 que les françaises ont eu le droit d’avoir un chéquier, ce n’est qu’en 1974 que le dernier canton suisse a accordé le droit de vote aux femmes. Sait-on que le droit coutumier britannique autorisait le mari à battre sa femme. Qu’y a-t-il donc de spécifique qui nous donne cette évidence d’un sort moins favorable chez nous ? L’abolition des pratiques sociales désuètes et des mentalités rétrogrades tarde à la mesure des retards du développement. Il s’agit d’examiner avec objectivité notre situation et ses particularités. Si notre analyse de notre propre réel est erronée, on ne pourra pas avancer.


Alors, cinquante ans après, qu’en est-il des Algériennes ? Un immense bouleversement est survenu, mais nous voulons plus et mieux. Nous avons connu des joies et des larmes. Nous avons eu beaucoup d’espoirs, nous avons conquis beaucoup de positions et résisté à l’adversité. Les blessures de la régression sont encore là. Les stigmates de la vague rétrograde sont encore présents, mais la vie a refleuri. Le combat a repris et nos filles continueront à monter à l’assaut du ciel.


Soumia Salhi : militante féministe, syndicaliste

Source : elwatan.com

http://www.michelcollon.info/Les-Algeriennes-50-ans-apres.html

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:00

 jeudi 31 octobre 2013 / par Fouâd Harit

 

La Tunisie s’inquiète face à la montée des actes terroristes dans le pays. La présidence dénonce une tentative de vouloir conduire la transition à l’échec.

 

Au lendemain de l’attentat suicide terroriste à Sousse (centre-est) et l’attaque déjoué contre le mausolée du premier Président de la Tunisie, Habib Bourguiba, à Monastir, sur la côte-est, le Conseil supérieur des armées a décidé de se réunir ce jeudi 31 octobre au palais de Carthage. La réunion est placée sous la présidence du chef de l’Etat, Moncef Marzouki. Il participera aux débats, en sa qualité de chef suprême des armées, en compagnie du ministre de la Défense, Rachid Sabbagh.

Moncef Marzouki a condamné les attentats terroristes et dénonce une tentative de « torpiller » la transition démocratique. « Ces actes et les menaces qui pèsent sur la Tunisie ne réussiront pas à torpiller l’effort engagé à l’échelle nationale pour faire aboutir le processus de transition », a affirmé la présidence, dans un communiqué. Ces attentats interviennent en parallèle au lancement du dialogue national qui prévoit notamment la démission du gouvernement actuel dominé par Ennahda dans les trois prochaines semaines et la mise en forme de la nouvelle Constitution sous 30 jours.

Le Président a lancé un appel aux Tunisiens, les invitant à « soutenir l’action des appareils sécuritaire et militaire face au terrorisme ». Rached Ghannouchi, le dirigeant du parti islamiste au pouvoir, a accusé, sur sa page Facebook, des « criminels » de vouloir « s’en prendre aux touristes, hôtes de la Tunisie » et aussi de « détruire la Tunisie, son économie et sa transition démocratique ». Selon le président d’Ennahda, cette tentative de déstabilisation « ne passera pas grâce à la vigilance des agents de la sûreté et militaires, de la conscience du peuple et l’union de l’élite tunisienne contre le terrorisme ».

Un terrorisme mobile 

Le terrorisme en Tunisie, qui s’est développé après la chute de Ben Ali, était jusqu’ici concentré dans les hauteurs ouest du pays, près de la frontière algérienne. Aujourd’hui, les autorités tunisiennes constatent que les attaques terroristes ne sont plus orchestrées contre des policiers ou des gendarmes (neuf agents tués en octobre), mais que désormais elles visent aussi les citoyens et les touristes. Ces actes visent à « semer la terreur et la peur parmi les citoyens et à faire échouer tous les plans de sauvetage du secteur touristique », a indiqué l’expert militaire, Mokhtar Bennasr, sur les ondes de Mosaïque FM.

Alors que les dernières actions terroristes n’ont pas été revendiquées, cinq suspects ont d’ores et déjà été arrêtés. Mais le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mohamed Ali Aroui, a indiqué que les assaillants étaient des salafistes djihadistes, faisant allusion au groupe salafiste Ansar Ashariaa, classé depuis août dernier comme « organisation terroriste ».


http://www.afrik.com/terrorisme-en-tunisie-une-tentative-de-torpiller-la-transition

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 13:58

 mercredi 30 octobre 2013 / par Assanatou Baldé

 

Des éléments de la police tunisienne pourchassant des terroristes à Tunis

 

Un kamikaze s’est fait exploser ce mercredi sur une plage, près d’un hôtel de Sousse, ville balnéaire de l’est de la Tunisie. Même si l’attaque n’a pas fait de victime, elle n’en demeure pas moins inquiétante pour les autorités tunisiennes qui font déjà face aux attaques de groupes armés.

 

La menace des attaque suicides plane désormais sur la Tunisie, plutôt habituée aux attaques de groupes armés. Le kamikaze qui s’est fait exploser ce mercredi sur une plage près d’un hôtel de Sousse, ville balnéaire de l’est de la Tunisie, met à nouveau la question de la sécurité au cœur des préoccupations des autorités, bien qu’il n’y ait eu aucune victime. D’après des témoins, elle se serait produite vers 09h30 (08h30 GMT) et visait l’hôtel Riadh Palm dans le centre de Sousse. Le kamikaze a été repéré et pourchassé avant de se faire exploser sur la plage déserte.

Après le drame, le ministère de l’Intérieur n’était pas en mesure de préciser les circonstances de l’attaque, ni l’identité du kamikaze. Juste avant, une autre tentative d’attaque suicide a également eu lieu ce mercredi dans le centre de Monastir, à 160 km au sud de Tunis, contre le mausolée de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba. L’attaque qui a eu lieu vers 10H00 (09H00 GMT), soit peu avant une attaque suicide à Sousse, a finalement été déjouée à temps, selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur. D’après ce dernier, qui n’a toutefois pas précisé l’identité de l’assaillant en question, un homme âgé de 18 ans portait une valise contenant une bombe qu’il allait faire exploser.

Une nouvelle situation qui prouve que l’insécurité gagne du terrain en Tunisie. Raison pour laquelle les forces de l’ordre, qui ont perdu récemment neuf de leurs membres suite aux représailles des groupes armés, ont organisé lundi une manifestation pour protester contre le manque de moyens pour défendre leur pays. « On n’a pas les moyens pour défendre notre peuple et notre Etat, ils doivent nous écouter ! », scandaient les protestataires, qui pointaient directement du doigt le gouvernement d’Ennahda.


http://www.afrik.com/la-tunisie-face-a-la-menace-des-attaques-suicides

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 21:56

 jeudi 20 juin 2013 / par Assanatou Baldé


Les migrants subsahariens en situation irrégulière emprisonnés en Libye sont détenus dans des conditions inhumaines, dénonce Amnesty international dans son nouveau rapport. Régulièrement battus par les gardiens de prisons, ils manquent d’hygiène, de nourritures et n’ont aucune idée du sort qui leur sera réservé.

 

Si la vie des Libyens a été chamboulée depuis la chute du colonel Kadhafi, celle des migrants subsahariens n’a pas changé d’un iota. Ces derniers victimes de violences et de discriminations sont toujours la cible d’arrestations arbitraires, selon le dernier rapport d’Amnesty international.

Ceux en situation irrégulière, emprisonnés, vivent un véritable enfer, note l’organisation de défense des droits de l’Homme. C’est le cas de ce Nigérian de 42 ans, incarcéré depuis août 2011. Il a confié à Amnesty international comment, une nuit d’août 2011, un groupe d’hommes armés en tenue militaire, est entré chez lui sans présenter de mandat et l’ont frappé à coups de bâton et de crosse de fusil. Ils lui ont ensuite tiré une balle dans la jambe. Une fois en détention, il a de nouveau été battu. Il a aussi raconté comment, une nuit de décembre 2011, il a été traîné hors de son lit par un groupe de gardiens, menotté, suspendu à un portail métallique et frappé à coups de tuyaux. Jusqu’à présent, il ne peut toujours pas s’entretenir avec sa famille. « J’ai vécu et travaillé dans de nombreux pays, mais la Libye aujourd’hui est pire que tout . Ici, on ne sait pas qui appartient à la police ou aux bandes armées, et il n’y a personne pour vous aider », a-t-il affirmé.

Périple de la mort 

Le cas de ce détenu nigérian qui croupit toujours en prison est loin d’être isolé. Dans un autre centre de détention, un détenu tchadien a également été torturé en prison. Il a montré son dos couvert de cicatrices à Amnesty international. Selon lui, ces blessures résultaient de coups de bâton et de tige métallique datant de mars 2012. Il a expliqué que c’était sa punition pour avoir essayé de s’échapper. Ses codétenus ont également expliqué que les gardiens les frappent parfois pour des « fautes » telles que solliciter des soins médicaux, se plaindre du manque d’hygiène ou demander ce qui va leur arriver, note Amesty international. Pis, un groupe de détenu a même raconté à Amnesty international qu’un migrant nigérian avait été battu à mort début mai 2012.

Malgré ces conditions de vies inhumaines, de nombreux migrants continuent à affluer dans le pays. Ils passent souvent par le sud de la Libye, par la région de Sebha ou Koufra. Leur périple est souvent très dangereux. Certains ont affirmé à Amnesty International avoir été abandonnés au milieu du désert par des passeurs. Sans boussole, à des kilomètres de la ville la plus proche, ils ont été obligés de terminer leur trajet à pied sous un soleil ardent.

Esclavage moderne

Les centres de détention pour migrants ne sont pas sous le contrôle du gouvernement libyen. Certains de ces centres sont dirigés par des milices armées. Ces dernières proposent parfois aux migrants un travail pour lequel ils perçoivent une rémunération moindre. Mais parfois on les place sous la responsabilité d’un employeur libyen après les avoir libérés. Certains d’entre eux ont affirmé à Amnesty international ne pas être payés ou bien recevoir un salaire inférieur à ce qui leur avait été promis. Un représentant des autorités à Benghazi a reconnu que les centres de détention pour migrants en situation irrégulière étaient devenus un « business ».

Un Camerounais de 24 ans, en Libye depuis trois mois, a raconté en effet que deux semaines après son arrivée en Libye, un groupe d’hommes armés vêtus en civil l’ont arrêté pour être entré dans le pays sans visa. Incarcéré depuis lors, il a indiqué qu’on le force à travailler en détention. Chaque jour, il doit accomplir diverses tâches, notamment décharger des munitions. De même, un Malien se trouvant au même centre de détention s’est décrit comme un « esclave des temps modernes », forcé à travailler, victime d’insultes à caractère raciste et frappé pour avoir « désobéi » à ses geôliers.

 

http://www.afrik.com/libye-les-migrants-subsahariens-toujours-tortures-en-prison

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 20:43

 Monsieur le président, 

 

Dans quelques semaines, début Juillet, vous devez vous rendre en Tunisie. Ce sera votre première visite officielle dans ce pays qui traverse une période de transition incroyablement complexe et difficile, partagée entre les espoirs soulevés par la révolution et l'angoisse de voir un régime autoritaire succéder à un autre. Au moment où vous foulerez le sol de Tunis, vous aurez en tête ce contexte, éminemment délicat, mais nous vous demandons de garder en tête quatre visages et prénoms. Amina, Pauline, Joséphine et Marguerite. Une Tunisienne, une Allemande et deux Françaises. Quatre FEMEN. Elles croupissent actuellement en prison à cause de sanctions totalement disproportionnées au regard de leurs actes et contraires aux normes attendues d'un Etat de droit. 

 

Trois d'entre elles, dont deux activistes françaises, viennent d'écoper de quatre mois de prison ferme pour avoir manifesté seins nus devant le Palais de justice. Un acte considéré comme une "atteinte à la pudeur, aux bonnes mœurs et trouble à l'ordre public", alors qu'il s'agissait d'une protestation pacifique, demandant la libération d'Amina, la première FEMEN tunisienne, elle-même détenue de façon arbitraire depuis plusieurs semaines. 

 

Son crime ? Un simple tag. Avoir tracé le mot FEMEN sur un muret. Quelques lettres tracées pour défier la rage obscurantiste de 40 000 salafistes qui prétendaient se rassembler en toute illégalité à Kairouan le 19 mai dernier. Ces manifestants-là, qui ont fait plusieurs blessés parmi les policiers anti-émeutes, ont été relâchés. Les terroristes ayant attaqué l'ambassade américaine et causé des millions de dégâts n'ont écopé que de peines avec sursis. Les assassins de Chokri Belaïd courent toujours. Les extrémistes qui attaquent des cinémas, des expositions d'artistes ou brûlent régulièrement des Mausolées ne sont presque jamais retrouvés. Mais Amina risque six ans à douze ans de prison pour "atteinte aux bonnes mœurs", "profanation de tombeau" et "association de malfaiteurs". 

 

Amina, Pauline, Joséphine et Marguerite sont des prisonnières politiques. La lourdeur des jugements qui les frappent, de la prison ferme et non une simple amende, ne laisse aucun doute à ce sujet. Elles ne sont pas les seules à endurer cette forme de répression depuis la révolution. Ghazi Beji et Jabeur Mejri, deux blogueurs, ont été condamnés à sept ans et demi de prison pour blasphème. L'un par contumace. Il a dû se réfugier en France. L'autre purge sa terrible peine dans l'indifférence générale. La journaliste Franco-tunisienne, Hind Meddeb, est poursuivie pour avoir dénoncé la lourdeur de la condamnation du rappeur Weld el 15 : deux ans de prison ferme pour une chanson irrévérencieuse envers la police. Quant à la réalisatrice Nadia El Fani, elle ne plus retourner dans le pays de son enfance, où elle risque jusqu'à six ans de prison pour avoir réalisé un film sur la laïcité : Laïcité Inch'Allah ! Son avocat a également récemment été persécuté pour "sodomie"… 

 

A travers ces jugements, éminemment politiques, la justice Tunisienne montre un terrible visage : faible avec les terroristes et dur avec les esprits libres. Le pire des lois de Ben Ali contre le meilleur des acquis de Bourguiba. Toutes ces affaires trahissent un climat irrespirable et préfigurent un Etat religieux et non civil, autant dire le renoncement à la démocratie réelle en Tunisie. Elles ne peuvent vous laisser indifférent. 

 

Nous ne vous demandons pas de renoncer à aller en Tunisie. Tout au contraire, vous devez vous y rendre pour demander la libération de ces prisonniers politiques. Sans vous laisser intimider par ceux qui crieront à l'ingérence ou convoqueront le passé. Rien, ni la "stabilité" des relations franco-tunisienne ni les intérêts économiques ne justifient de fermer les yeux sur ces lois iniques et la façon dont elles sont appliquées. François Mitterrand, en son temps, avait su oublier les pudeurs diplomatiques pour défendre la cause des dissidents lors de son voyage à Moscou. Aujourd'hui, les dissidents sont à Tunis, au Caire, à Alger, à Doha, à Riyad, partout où l'internationale théocratique tente de gagner du terrain sur la démocratie et les valeurs universelles.  

 

Au nom de ses dissidents sans voix, nous vous demandons d'interpeller votre homologue, le président tunisien, qui se targue d'être un ancien activiste des droits de l'homme, qui a pu se réfugier en France lorsqu'il était lui-même persécuté sous l'ancien régime, mais se tait aujourd'hui face aux violations du droit élémentaire à la liberté d'expression par son propre gouvernement. 

 

Monsieur le président, à Tunis, exigez la libération d'Amina (18 ans), de Pauline (27 ans), de Joséphine (19 ans) et de Marguerite (22 ans). Non pas parce deux de ces prisonnières politiques sont des ressortissantes françaises, mais bien parce que les droits des femmes et le droit à la liberté d'expression sont des valeurs universelles, et que vous avez promis d'en faire le cœur de votre diplomatie. Ce voyage sera pour nous un test : savoir si ces mots ont un sens.

 

Premiers signataires 

Darina Al Joundi, auteure-comédienne 

Elisabeth Badinter, philosophe

Ghazi Beji

Djemila Benhabib, journaliste et essayiste 

Lina Ben Mhenni, cyberdissidente tunisienne 

Sadok Ben Mhenni, activiste tunisien 

Raja Ben Slama, Universitaire et psychanalyste 

Karim Ben Smail, Editeur 

Nédra Ben Smail, Psychanalyste 

Abdennour Bidar, philosophe 

Dounia Bouzar, Auteure et Anthropologue 

Rachida Brakni, comédienne 

Faouzia Farida Charfi, Professeur universitaire 

Nadia El Fani, cinéaste 

Aliaa El Mahdy, cyberdissidente égyptienne 

Caroline Eliacheff, psychanalyste 

Carine Favier, co-présidente du Planning Familial 

Cherif Ferjani. Professeur universitaire. 

Caroline Fourest, écrivaine et journaliste 

Caroline de Haas, activiste féministe 

Françoise Héritier, anthropologue 

Salah Horchani, Universitaire, militant des Droits humains, Dijon/Tunis. 

Liliane Kandel

Ibtissame Betty Lachgar, Co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (Maroc) 

Grégory Lassus-Débat, fondateur et directeur de "Causette" 

Safia Lebdi, conseillère régionale 

Cindy Leoni, Présidente de SOS Racisme

Abdelwahab Meddeb, écrivain, universitaire 

Nine Moati, écrivaine 

Taslima Nasreen, écrivaine 

Helena Noguera, actrice et réalisatrice 

Inna Shevchenko, porte-parole de FEMEN 

Luce Perrot, Présidente-fondatrice de Lire la Politique. 

Suzy Rojtman, Collectif National pour les droits des femmes 

Said Sadi, ancien député algérien, fondateur de la ligue algérienne des droits de l'homme. 

Martine Storti, présidente de Féminisme et géopolitique 

Maya Surduts, Collectif National pour les droits des femmes 

Fiammetta Venner, politologue 

La rédaction de Charlie Hebdo

 

Une liste des premiers signataires est parue dans Le Monde 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/06/18/pour-la-liberation-des-femen-en-tunisie_3432257_3232.html

 

Pour signer la pétition

http://chn.ge/11wm2ce

 

Le blog

http://freeamina.blogspot.fr

 

 

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Published by Vendémiaire - dans Maghreb-Machrek
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