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Quelques conférences

Chansons

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L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 12:22

Beaucoup de militants se sont alarmés du silence de la CES durant notre long et durable mouvement contre la loi travail !

Cette préoccupation a trouvé un écho à la réunion CGT des fédérations le 1er juillet dernier.

En effet :

 

" Plusieurs fédérations interpellent fortement concernant la CES, son inaction, son manque d’expression concernant la situation et le conflit en France mais aussi en Belgique. De plus, c’est de partout que l’austérité fait ses dégâts. Il est demandé que la CGT pèse de tout son poids pour qu’a minima il y ait une expression claire de la CES, l’idéal aurait été une initiative européenne."

 

Dans l'esprit des auteurs de ces réflexions il suffirait donc que de l'intérieur la CGT hausse le ton pour que la CES ait une claire expression et organise la lutte à l'échelle européenne.

On retrouve une analyse parallèle dans l'idée que les divergences de la CGT (ainsi que de FO) et de la CFDT appartenant toutes à la CES auraient également contraint cette dernière au silence.

En quelque sorte pour ne fâcher personne !

Mais les raisons fondamentales de ce silence et de cette inaction résident-elles dans ces explications avancées pour en fait contourner les motivations essentielles du comportement de la CES ?

Et ne pas s'avouer que le problème est bien plus profond ?

Car il y a une donnée qui a été largement été ignorée durant tout le conflit : c'est que le cœur de la loi concernant l'inversion de la hiérarchie des normes correspond aux recommandations du Conseil européen qui spécifie dans ses recommandations concernant la France le 18 mai 2016 :

" Les réformes menées récemment n'ont donné aux employeurs que peu de possibilités pour déroger aux accords de branche. Cela concerne tous les aspects des conditions d'emploi, notamment les salaires, le temps de travail et les conditions de travail, et limite la capacité des entreprises à moduler leurs effectifs en fonction de leurs besoins …".

La loi El Khomri trouve donc incontestablement sa source dans les orientations européennes au nom de la compétitivité des entreprises, de la concurrence internationale, des "exigences" de la flexibilité du marché du travail ...

 

Or la CES est avant tout une institution dépendante financièrement et politiquement des institutions européennes.

Elle n'a donc ni l'indépendance organisationnelle, ni financière, ni politique et idéologique de s'opposer de front à des recommandations et directives européennes.

Et les divergences entre organisations de la CES ne l'ont pas empêché de prendre position ouvertement contre les dirigeants grecs au moment du referendum contre la politique d'austérité de la Troïka.

Mais là bien sûr il s'agissait d'agir en faveur de l'Union européenne, de ses dirigeants et de la banque Centrale européenne contre les choix du peuple grec.

C'est là que résident les vrais raisons du silence de la CES à propos de notre mouvement !

La CES est une instance de l''UE et c'est pour cela que la CES a toujours été du mauvais côté de la barricade. Les précédents sont légions comme en 2003 lors du conflit sur les retraites en France et en Italie pour laquelle la CES ne fit pas la moindre déclaration, préférant en pleine lutte inviter à son congrès Giscard d’Estaing venu vendre la constitution européenne sous les hourras, constitution pour laquelle la CES appellera à voter oui en 2005…

Continuer de prétendre qu'en élevant le niveau d'intervention de la CGT dans la CES on va pouvoir réorienter cette organisation dans le sens des luttes et de l'intérêt des travailleurs, c'est ne pas faire le bilan de près de 20 ans d'adhésion.

C'est ignorer que parmi les principaux motifs évoqués à l'époque pour justifier l'adhésion figurait en bonne place l'idée que la seule présence de la CGT dans la CES allait en quelque sorte "gauchir" ses orientations et la transformer en structure de combat.

Et c'est ignorer qu'il n'en n'a rien été !

Cette illusion entretenue pour justifier le maintien dans une organisation totalement dépendante des objectifs et des intérêts de l'oligarchie est de la même nature que l'illusion de "l'Europe sociale "invoquée depuis des décades sans le moindre commencement d'amorce de début de réalisation !

Et pour cause : la construction européenne et ses traités sont les instruments de la domination sans partage de l'oligarchie et de la mise en œuvre des ses projets !

Les structures syndicales mises en place dans les années 1970-1980 correspondent non pas à la nécessité d'organiser et de coordonner les luttes des travailleurs européens mais à celle de les contrôler, de les subordonner aux intérêts de l'oligarchie et des grandes entreprises, d'accompagner la crise du capitalisme sans risques pour la domination patronale par la "concertation," le "dialogue social" …, la collaboration de classe quoi !

Dans les années 90, les forces réactionnaires et social-démocrates ont mis à profit le désarroi dans le monde ouvrier et salarial qui a résulté à la fois de la désindustrialisation et du chômage massif et de l'effondrement des pays socialistes.

Pour présenter le marché capitaliste comme la seule réalité crédible et efficace face à toute visée de changement de société.

Pour tenter d'intégrer à leur vision … et à leurs intérêts jusque et y compris les forces et les organisations qui jusque là s'étaient opposé à leurs prétentions.

Pour eux c'était la fin de l'Histoire et des projets transformateurs des forces révolutionnaires, de la classe ouvrière.

Dans le mouvement syndical européen c'est à ce projet que la CES a servi et continue de servir !

La réalité de la lutte des classes plus forte que jamais

Sauf que les réalités de la crise systémique du capitalisme, les réalités de l'exploitation, de la misère et de l'aggravation des inégalités, celles de la crise de l'Union européenne elle-même ont balayé et ringardisé ce discours.

Ce qui existe en profondeur ce n'est pas l'entente cordiale avec le patronat, mais le rapport de forces, la lutte des classes pour le salaire, pour l'emploi, pour les garanties sociales, pour le respect du Code du travail et des conquis historiques.

Et dans ce combat, les travailleurs, la classe ouvrière doivent conforter les organisations réellement indépendantes des structures patronales et des institutions sous leur contrôle ou en phase avec leurs intérêts de classe.

Il est donc plus que temps de tirer un véritable bilan de près de 20 ans d'appartenance de la CGT à la CES.

En se dégageant des illusions de l'Europe sociale et de la possibilité d'une réorientation positive de la CES.

La nécessaire coordination, entente de lutte entre les travailleurs du continent européen ne passe pas par la CES mais par celle de leurs organisations nationales.

Cela est si vrai que dans le mouvement actuel contre la loi travail qui frappe tous les travailleurs européens les seuls démarches de solidarité proprement européennes ont bel et bien émanés de syndicats eux-mêmes engagés dans cette lutte comme c'est le cas du syndicat belge FGTB.

 

L'alternative Fédération Syndicale Mondiale

 

L'existence de la FSM est une réalité forte : plusieurs dizaines de millions d'adhérents.


Déjà d'importantes fédérations CGT y ont leur place comme l'agro-alimentaire et la fédération de la chimie, ainsi que des dizaines de syndicats.

Le prochain congrès se déroule à Durban (Afrique du Sud) du 5 au 8 octobre.

Rien n'empêche donc la confédération en tant que telle de prendre langue dans un premier temps par exemple justement à l'occasion de ce congrès.

A moins que la CES et Confédération Syndicale Internationale (CSI) issue de la lutte anti-communiste durant la guerre froide n'y oppose leur veto et/ou prétendent à l'appartenance exclusive.

Ce qui renvoie au choix confédéral et à l'affirmation de son indépendance à l'égard de toute force extérieure à l'organisation elle-même !

D'autant que la FSM elle, a manifesté sa solidarité à l''égard de notre mouvement à plusieurs reprises et que son secrétaire général, le grec, Georges Mavrikos est intervenu en personne à Marseille devant plusieurs dizaines de milliers de manifestants, comme l'indique la Marseillaise qui a retranscrit son discours dans son édition du 2 juin dernier.

Dans le combat contre la loi travail la CGT et ses bases combatives ont su montrer le chemin de l'issue pour le monde du travail. La cohérence exige d'aller au bout de cette démarche et de renouer radicalement avec la critique du rôle de l'Union européenne et du marché commun et de ses conséquences prévisibles formulées avec prescience par un Benoît Frachon dès 1957 *.

En en tirant toutes les conséquences !

Car c'est de cohérence d'une orientation et d'une stratégie qu'il s'agit !

 

Le Front syndical de Classe

9 juillet 2016

 

 

* (Benoit Frachon, Au rythme des jours)

 

Le Marché commun n’a pas et ne pouvait pas aboutir à l’amélioration de la situation de la classe ouvrière. Il l’a aggravée. Le Marché commun, sous le signe des monopoles, ne pouvait pas ne pas aboutir à ce que ces derniers dominent de plus en plus l’Etat dans chacun de ses pays où tous les gouvernements exécutent désormais fidèlement leur politique.

La domination des monopoles qui a abouti, dans tous les pays du Marché commun, à l’installation de gouvernements à leur dévotion, est une menace permanente pour les libertés ouvrières et démocratiques.

Nous le disons très franchement aux militants des organisations qui participent aux institutions du Marché Commun, nous n’avons aucune confiance dans la possibilité de transformer ces organismes, de les infléchir vers une politique différente.

Quelles que soient les modifications qui puissent leur être apportées, ils poursuivront leur politique actuelle aussi longtemps que les représentants des monopoles et les gouvernements à leur dévotion en seront les animateurs et les bénéficiaires. Nous nuirions à la collaboration fraternelle des peuples, nous retarderions l’union ouvrière pour le progrès, pour la liberté et la paix, si nous laissions croire un seul instant que dans l’Union européenne que les capitalistes veulent réaliser, il y a la moindre parcelle de cet internationalisme auquel aspirent les travailleurs. Nous devons au contraire démasquer leurs subterfuges et expliquer que les Etats-Unis d’Europe dont parlent d’abondance les représentants les plus typiques des monopoles, ne seraient qu’une simple association réactionnaire d’exploiteurs unissant leurs efforts pour maintenir les peuples sous leur domination, et empêcher l’évolution de la société vers le socialisme, vers une véritable collaboration fraternelle des peuples. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 15:07

Jeudi 23 juin, les salariés travailleurs et citoyens français se mobilisaient une nouvelle fois pour exiger le retrait du projet de loi travail El-Khomri, décalque des recommandations européennes de destruction du code du travail et des conventions collectives.

Jeudi 23 juin, les citoyens britanniques décidaient de quitter l’Union Européenne.

Un jour sombre certes pour l'oligarchie pas pour les peuples!

 

Le communiqué confédéral de la CGT faisant suite à cette décision des Britanniques pose de sérieux problèmes.

 

Il impute le rejet britannique à la politique d'austérité et au dumping social détruisant la cohésion des peuples en même temps que leurs conquêtes sociales.

Ce qui est exact.

Pour aussitôt qualifier le choix des électeurs comme ouvrant « la porte au repli nationaliste, aux partis populistes voire xénophobes ».

De toute évidence la campagne actuelle fortement distillée par les médias est destinée à masquer le fait que ce sont les quartiers populaires, les villes ouvrières et les banlieues délaissées, les régions entières désindustrialisées et à l’abandon qui ont massivement voté pour la sortie de l'Union.

Et de masquer qu'il s'agit comme pour nous en 2005 d'un vote de classe contre la politique et l'arrogance de l'oligarchie au pouvoir

En en appelant à une Europe sociale et à poursuivre ce combat avec la Confédération Européenne des Syndicats, la déclaration confédérale stigmatise en partie le choix populaire et renoue avec les illusions euro-constructives comme avec le mythe d'une Confédération Européenne des Syndicats au service des travailleurs et des luttes.

 

Quelle est la réalité de l'UE ?

 

La réalité, c'est qu'il existe de puissantes raisons de gauche et démocratiques de s'opposer à la construction européenne, de contester avec vigueur la remise en cause de la souveraineté des peuples et de leur choix comme cela est arrivé avec notre vote contre la constitution européenne en 2005 !

La réalité, c'est que la concurrence et le dumping sont dans l'ADN même des traités qui structurent cette construction depuis 1957.

Et tous les nouveaux traités et des centaines de directives imposent la privatisation des secteurs publics, la destruction des acquis sociaux et du droit du travail.

Et déjà s'étale la volonté de remettre en question le vote pourtant clair des Britanniques comme ils l'ont fait pour les Irlandais !

Bonjour la démocratie !

L'UE est une construction pilotée par les grandes entreprises européennes et les puissances dominantes du continent, à commencer par l’Allemagne, contre les acquis sociaux et démocratiques des peuples. Elle vise à construire un empire du capital fondé sur la mise en concurrence des travailleurs et leur éloignement des centres de décision par l'affaiblissement des cadres de souveraineté populaires et des États-nation pour une construction supranationale opaque et antidémocratique où milieux de la finance et de la politique croient pouvoir gouverner contre et à l'abri des peuples.

Ce qu'expliquait J.-C. Juncker, président de la commission de Bruxelles et intime des multinationales et des paradis fiscaux, à propos de la Grèce l'an dernier :

« Suggérer que tout va changer parce qu'il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c'est prendre un rêve pour la réalité, il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités de l'Union Européenne ».

Images intégrées 1

Laisser miroiter contre toute évidence et toute expérience qu’une « Europe sociale » pourrait advenir dans le cadre des institutions de l’Union Européenne, c'est légitimer ces institutions de l’oligarchie économique et financière mondialisée tout en interdisant toute perspective progressiste à la majeure partie des classes populaires désespérées.

Et donc laisser le champ libre à une récupération politique par l'extrême droite des classes populaires légitimement révoltées!

 

La réalité de la Confédération Européenne des Syndicats

 

La CES, qui se présente pompeusement comme le syndicat européen est en réalité une émanation de l'UE, fondée et financée par elle. Dirigée par une bureaucratie qui contraint le syndicalisme au dialogue entre "partenaires sociaux" et à l'acceptation de la construction européenne.

D'ailleurs la CES valide toutes les politiques européennes depuis des décennies : de la casse des secteurs industriels ou des retraites au soutien à la BCE contre le peuple grec en passant par les privatisations et le soutien à la constitution européenne puis l'encouragement bruyant au traité de Lisbonne niant le NON de 2005 du peuple français.

La CES est depuis des mois absolument muette sur les luttes en France contre la Loi El Khomri (ou en Belgique!) comme elle le fut sur la question des retraites en 2003 ou en 2010. Et quand les travailleurs européens se battent au même moment, jamais la coordination des luttes n'est à l'ordre du jour.

Les marques de solidarité avec notre mouvement venant exclusivement des syndicats européens nationaux (FGTB notamment).

De fait, la CES est une véritable bureaucratie syndicale européenne, d'abord dévouée à l'institution !

 

Et maintenant ?

 

Alors que nous nous heurtons à des forces patronales et politiques qu'il nous faut combattre globalement, poursuivre et prolonger le remarquable combat contre la Loi El Khomri suppose la compréhension de l’ensemble des politiques publiques d’austérité et de contre réformes structurelles qui émanent toutes de la même matrice euro-atlantique.

Masquer cela constituerait un obstacle à la convergence des luttes autour de la défense du code du travail et au succès des luttes contre le projet de loi El-Khomri et son monde.

 

Depuis quelques mois, la CGT renouant avec ses traditions combatives a su redonner de la fierté à de nombreux militants en revenant à ses fondamentaux de lutte et en délaissant dans les faits le syndicalisme rassemblé avec une CFDT dont la direction est définitivement passée de l'autre côté de la barricade. Il faut prolonger cette évolution pour renforcer les luttes.

Les travailleurs ont besoin d'une CGT qui ne sème aucune illusion et qui agisse avec la plus grande résolution pour une alternative démocratique et sociale à l'impasse mortifère d'une Union au service exclusif du capital !

Le Front Syndical de Classe

25 juin 2016

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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 14:24

vendredi 24 juin 2016

Le Royaume-Uni a choisi majoritairement de quitter l’Union européenne. Plus d’un million de voix séparent les partisans du Retrait de ceux du Maintien dans un référendum qui a rassemblé plus de 72 % des inscrits, ce qui est un record.

Ce vote est avant tout le résultat d’une construction européenne fondée sur l’austérité et le dumping social.

Loin de contribuer à la cohésion des peuples européens, ces politiques ont entraîné une dégradation des conditions sociales, et des services publics, pesé sur les salaires et généralisé la précarité l’emploi. Elles ont ouvert en grand la porte au repli nationaliste, aux partis populistes voire xénophobes.

La Cgt rappelle que l’urgence est à la construction d’une Europe fondée sur la solidarité, la démocratie, la coopération, l’égalité de traitement et le progrès social.

La Cgt poursuivra ses efforts au sein de la Confédération européenne des syndicats pour construire cette Europe sociale qu’appellent tous les peuples de leur vœu. Elle assure de son soutien la confédération des syndicats britanniques pour que les travailleurs britanniques ne fassent pas les frais du Brexit.

Elle appelle de rompre immédiatement avec les politiques d’austérité et à mobiliser les moyens et ressources européens pour lutter contre les inégalités et la précarité, augmenter les salaires et les minima sociaux, renforcer les services publics et réaliser les investissements publics comme nous le proposons avec la CES.

C’est pour lutter contre le dumping social que les peuples se mobilisent en Europe notamment en Grèce, en Belgique, en Espagne et bien sûr en France avec la mobilisation contre la loi travail.

La CGT avec six autres organisations syndicales, d’étudiants et de jeunes, appelle les salariés, les privés d’emploi et les retraités à poursuivre cette bataille pour le progrès social et à se mobiliser massivement lors de la prochaine journée d’actions du 28 juin.

Montreuil, le 24 juin 2016

 

 

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 16:17

par Erik Demeester

 

Alors que « compromis » et « modération » semblaient inscrits dans son code génétique, la Belgique vit actuellement un niveau de confrontation sociale rarement vu auparavant.

Le pays est éreinté par l’austérité et littéralement malade de la pression croissante qui sévit sur ses lieux de travail : ce n’est pas un hasard si les Belges sont les plus gros consommateurs d’antidépresseurs de l’Union Européenne et souffrent d’une épidémie de burnouts, qui est au travailleur moderne ce que la silicose était au travailleur du XIXe siècle.

La tension et la douleur accumulées commencent à s’extérioriser, donnant parfois lieu à de violentes confrontations avec les patrons ou la police, mais également à de plus en plus de grèves spontanées et radicales.

Le gouvernement arrivé au pouvoir en 2014, complètement à droite pour la première fois depuis plus de deux générations, ne cache pas ses velléités thatchériennes : contre-réformes profondes et volonté de casser les syndicats. Mais il a dû faire face à un an et demi de luttes syndicales générales : 21 journées nationales d’action, dont la plus grande grève générale de 24h depuis la Seconde Guerre mondiale et deux manifestations nationales qui ont rassemblé 120 000 et 100 000 travailleurs.

Alors qu’une importante partie des travailleurs avait déjà fait grève pendant 4 ou 5 jours depuis l’automne 2014, on a assisté à une courte accalmie en novembre dernier, aussitôt interprétée par le gouvernement et le patronat comme une défaite infligée au mouvement.

Les attaques terroristes perpétrées par l’Etat Islamique à Paris en novembre donnèrent un prétexte supplémentaire à la plupart des dirigeants syndicaux pour arrêter la lutte. Elles permirent également de tester un état d’urgence, qui ne dit pas son nom, avec une présence militaire massive dans les rues de Bruxelles.

Mais tout ceci n’a que partiellement affecté la lutte des classes : dès janvier par exemple, les cheminots se mirent de nouveau en grève pendant 2 jours.

La seconde attaque terroriste du 22 mars frappa violemment Bruxelles et créa une commotion considérable. Mais contrairement à ce qui prévalut en France pendant un moment après les attaques, le gouvernement belge fut incapable d’instaurer dans la société et dans ses propres rangs la sorte d’« unité nationale » dont il avait besoin. Au contraire, les semaines qui suivirent furent le théâtre d’incessantes accusations entre les différentes composantes de l’appareil sécuritaire. Il y eut ainsi de violents échanges entre le ministre de l’Intérieur et certains de ses chefs de police ; la ministre de la Mobilité, responsable de la sécurité à l’aéroport de Zaventem fut forcé de démissionner suite à la publication de documents révélant son incurie face aux mises en garde de l’Union Européenne au sujet de la sécurité. Le mécontentement alla aussi croissant chez les bagagistes des aéroports qui partirent spontanément en grève, de même que les douaniers, les aiguilleurs du ciel et la police de Bruxelles Nationale. La Belgique, « Etat failli », devint le centre des inquiétudes et débats.

La manifestation nationale en hommage aux victimes des attaques terroristes, semblable à celles organisées dans les autres pays frappés de la sorte, fut annulée sous la pression du maire de Bruxelles et du ministre de l’Intérieur pour des raisons… de sécurité. Au lieu d’accompagner cette manifestation, la police autorisa de facto un groupe de hooligans racistes et d’extrême droite à marcher dans le centre de Bruxelles, provoquant ainsi des heurts avec la population locale immigrée. Une semaine plus tard, une centaine de manifestants antifascistes et antiracistes, ainsi que le président de la Ligue des Droits de l’Homme, furent arrêtés par la police bruxelloise. Ceci provoqua de nouveau un débat national et un conflit entre le chef de la police et le maire de Bruxelles.

C’est face à ces tensions que le gouvernement a choisi de renforcer son paquet de mesures d’austérité (coupe dans les pensions des travailleurs du service public) et d’introduire une version belge de la détestée loi française « El Kohmri » : son pendant belge s’appelle « loi Peeters » et prévoit de mettre fin à la semaine de 38 heures et à la journée de travail de 8 heures, pour introduire la semaine de 45 et 50 heures et la journée de 9 à 11 heures.

Une éditorialiste du journal centriste bruxellois Le Soir a même mis en garde le gouvernement du rythme, du calendrier et des méthodes de cette nouvelle offensive : « Dans leur vie “normale”, les Belges ont encaissé depuis quelques jours les Panama papers en parallèle aux réformes fondamentales de leur pension et de l’organisation de leur temps de travail – annoncées dans les deux cas en contournant la négociation sociale qui a toujours joué le rôle d’amortisseur. C’est beaucoup. » Et en effet, cela fait beaucoup à avaler pour les travailleurs…

Ces nouvelles attaques ont contraint les syndicats à établir un nouveau plan d’action qui a commencé par une manifestation nationale le 24 mai, réunissant 80 000 travailleurs. La prochaine étape aura lieu le 24 juin, jour pour lequel le syndicat socialiste, avec le soutien de certains syndicats chrétiens, a appelé à la grève générale. La loi Peeters sera soumise au vote entre septembre et octobre : un nouvel appel à manifester a été lancé pour le 24 septembre et l’ensemble des syndicats appelle à une grève générale le 7 octobre.

Depuis mars et avril, l’humeur de la population a radicalement changé. Suite aux attaques terroristes, un sondage révélait que le sentiment dominant n’était pas la peur, mais bien la colère. La colère contre les terroristes, bien sûr, mais aussi une colère indéterminée, diffuse. Certains secteurs de la classe ouvrière commençaient à exprimer leur rage...

La première manifestation en fut la grève d’une journée des gardiens de prison, protestant contre l’annonce d’une coupe de 10 % du budget pénitentiaire. Le lendemain, les gardiens des prisons les plus surpeuplées et avec le moins de personnel, à Bruxelles et dans le sud du pays, refusèrent de reprendre le travail. Spontanément, ils décidèrent de continuer le mouvement « au finish », une grève générale illimitée qui a encore lieu aujourd’hui. La plupart des délégués syndicaux et la base des travailleurs font également preuve d’une remarquable intransigeance : des propositions, voire des concessions partielles faites par le gouvernement, et qui auraient été acceptées par le passé, ont été radicalement rejetées. Dans certaines prisons, les policiers qui remplaçaient les gardes ont également commencé une grève spontanée, forçant ainsi le gouvernement à avoir recours à des militaires.

A leur tour, les travailleurs du rail ont démarré une grève spontanée qui dura 10 jours et qui peut reprendre d’ici peu, après la manifestation nationale du 24 mai, et qui touche aussi bien le Nord flamand que le Sud wallon. Mais dans le Nord, les dirigeants syndicaux sabotent activement la grève, ce qui n’est pas le cas dans le Sud ou à Bruxelles : il y a donc paralysie totale du rail dans le Sud, et seulement des perturbations dans le Nord. Ce caractère inégal du mouvement est instrumentalisé par le gouvernement qui affirme que seuls les Wallons fainéants et enclins à la grève sont en train de protester.

Mais les faits montrent le contraire : le mardi 31 mai, les services publics de tout le pays ont manifesté. Dans le Nord et dans le Sud, cette journée fut accompagnée de grèves des transports publics. Mais l’opinion publique, quoique très volatile, se retourne en grande majorité contre le gouvernement et sa politique, aussi bien en Flandre qu’en Wallonie.

Selon des sondages, si des élections avaient lieu aujourd’hui, les partis au gouvernement perdraient très largement leur majorité parlementaire. Et, fait notable, le parti de gauche PTB/PVDA (ancienne organisation maoïste et maintenant parti réformiste de gauche) gagne beaucoup de terrain : il pourrait augmenter son nombre de députés de 2 à 10, ce qui ferait de lui le troisième parti du sud de la Belgique, devant le CDH (les chrétiens démocrates) et Ecolo. C’est la première fois qu’un parti à la gauche du Parti Socialiste atteint cette position, ce qui témoigne du virage marqué à gauche d’une partie des travailleurs.

Au Nord, le PVDA pourrait également gagner des voix et atteindre environ 5 % ; mais le plus gros changement a lieu en faveur du parti d’extrême droite Vlaams Belang, aux dépens du parti nationaliste flamand N-VA, actuellement au gouvernement.

D’autres données indiquent toutefois qu’en Flandre, 45 % de la population soutient le nouveau plan d’action syndicale, tout comme un tiers de l’électorat du parti CD&V (les chrétiens démocrates au pouvoir), un quart pour le parti libéral (au pouvoir également), et même 16 % de l’électorat de la droite nationaliste N-VA. Sous leurs pieds, le sol devient de plus en plus instable.

Ce sont maintenant les chauffeurs de bus du Sud qui ont décidé de faire grève, les éboueurs, les services publics à Liège, les postiers des deux côtés de la frontière linguistique, de même que les magistrats, en grève cette semaine pour la première fois depuis 1917. La perspective d’une grève générale illimitée est sur les lèvres de nombreux militants et travailleurs. Les grévistes ont également radicalisé leurs demandes : plutôt que l’une ou l’autre concession, c’est la chute du gouvernement qui gagne aujourd’hui en popularité.

Ce n’est pas un hasard si un éditorial bourgeois pointe du doigt la France pour expliquer le développement des grèves spontanées (les travailleurs seraient même infectés du « virus révolutionnaire français ») : la lutte engagée par les travailleurs français contre la loi El Kohmri inspire bien les travailleurs belges, notamment du sud francophone. Mais le mouvement belge a sa propre dynamique.

Il se caractérise par des grèves spontanées et explosives, par la diffusion de l’idée d’une grève générale totale et par l’intransigeance des travailleurs à la base. Ceci touche directement les dirigeants syndicaux, qui choisissent, pour certains, de soutenir le mouvement, et pour d’autres, de s’y opposer.

On ignore ce qu’il adviendra lors des prochains jours et des prochaines semaines, et qui dépend beaucoup du cours des événements en France. Mais l’idée d’une grève générale spontanée flotte partout et le gouvernement belge commence à se fissurer. Il y a quelques jours, le ministre de la Mobilité a annoncé être prêt à retirer les mesures qui avaient déclenché la vague de grève : il a été immédiatement attaqué par les autres partis et la presse de droite, qui ont souligné à juste titre qu’un retrait des mesures, même temporaire, encouragerait les mouvements de grève dans les autres secteurs.

Quoi qu’il arrive, en Belgique aussi le génie de la lutte des classes est sorti de sa lampe !

 

http://www.marxiste.org/international/europe/belgique/2018-belgique-une-vague-de-greves-spontanees-destabilise-le-gouvernement​

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12 juin 2016 7 12 /06 /juin /2016 14:08

par Jérôme Métellus

 

Le mouvement de grèves reconductibles qui s’est engagé dans plusieurs secteurs clés de l’économie, il y a trois semaines, a eu pour effet immédiat d’intensifier la campagne de propagande médiatique qui, depuis le début du mois de mars, vise la mobilisation contre la loi Travail. L’extrême agressivité de cette propagande, qui est orchestrée au plus haut niveau de l’Etat et des milieux patronaux, reflète la haine et la peur qu’éprouvent ces derniers face à des mobilisations comme celles des salariés des raffineries et des ports. Et pour cause : en paralysant d’importants secteurs de l’économie, les grèves reconductibles ont montré la voie d’une possible victoire contre la loi Travail. Comme nous l’avons souligné dès le début du mois de mars, seul le développement d’une grève reconductible embrassant un nombre croissant de secteurs économiques est susceptible de faire reculer le gouvernement.

Dans le même temps, les grèves reconductibles ont démontré l’énorme pouvoir de la classe ouvrière. Pas une roue ne tourne et pas une ampoule ne brille sans l’aimable permission des salariés. Cette vérité est insupportable aux capitalistes, car elle a des implications révolutionnaires. En effet, si ce sont les salariés qui assurent toutes les fonctions décisives de l’économie de ce pays, pourquoi n’en seraient-ils pas les maîtres ? Pourquoi laisser l’économie et l’Etat entre les mains d’une poignée de parasites géants – les patrons du CAC 40 – et de leurs politiciens de droite ou « de gauche » ?

Nos adversaires ont en quelque sorte eux-mêmes posé cette question – de façon négative – lorsqu’ils ont répété en boucle les propos de Manuel Valls : « La CGT ne fait pas la loi dans ce pays ». En effet : c’est le Medef qui fait la loi dans ce pays, pour le moment. Mais le mouvement actuel souligne l’énorme pouvoir potentiel du mouvement ouvrier. Les salariés d’EDF l’ont directement rappelé à Pierre Gattaz en privant d’électricité sa résidence secondaire – et en basculant en « heures creuses » plus d’un million de foyers. Dès lors, si c’était vraiment le mouvement ouvrier qui « faisait la loi », en lieu et place du grand patronat, les choses n’iraient-elles pas mieux pour la masse de la population ? Voilà le genre de questions que la déclaration de Manuel Valls a suscité dans l’esprit d’un certain nombre de salariés. En cherchant à tourner « l’opinion publique » contre la CGT et les travailleurs en lutte, le premier ministre a donné matière à des réflexions politiques sur ce thème crucial : qui doit diriger la société ? Qui doit « faire la loi » ? Une minorité de grands capitalistes avides de profit et qui détruisent l’économie – ou la masse des travailleurs, qui produisent toutes les richesses ?

Encouragés par les déclarations du gouvernement et de Pierre Gattaz, les journalistes et chroniqueurs des grands médias capitalistes ont jeté leurs derniers oripeaux d’« objectivité » et rallié l’immense concert réactionnaire. Le problème de la France, voyez-vous, c’est la CGT, les « blocages », la « prise en otage » de la population par « une minorité de grévistes radicalisés » – et ainsi de suite, 24 heures sur 24, dans tous les grands médias. Prenant de vitesse Eric Zemmour, ce qui n’est pas facile, Franz Olivier Giesbert a carrément mis la CGT et Daesh dans le même sac. Mais alors, c’est qu’il faut traiter la CGT comme Daesh ! En une phrase, Giesbert a révélé le véritable objectif de « l’état d’urgence » et des mesures anti-démocratiques adoptées dans la foulée des attentats de janvier et novembre 2015. Toutes ces mesures visent non les terroristes de Daesh, mais nos droits démocratiques, les droits démocratiques du mouvement ouvrier – et notamment les « terroristes » et « voyous » de la CGT, pour citer le patron du Medef. Voilà une autre importante leçon politique échappée de la plume d’un chroniqueur bourgeois.

En poussant nos adversaires à des déclarations politiques contre les grévistes et leurs organisations, les grèves reconductibles ont eu pour effet de politiser les débats. Prenons encore un exemple. La CGT est accusée, sur toutes les ondes, de « bafouer la démocratie ». Comment ? En rejetant l’autorité du Parlement et du Président de la République, « élus par le peuple » en 2012. Les « institutions démocratiques » seraient menacées par une « minorité » de syndicalistes « radicalisés ». Mais là encore, l’argument se retourne contre ses auteurs. Premièrement, le recours au 49-3, le 10 mai dernier, a montré l’attitude du gouvernement lui-même à l’égard du Parlement. Aussi les travailleurs mobilisés déclarent-ils, désormais : « la grève, c’est notre 49-3. »

Deuxièmement, François Hollande n’avait pas fait campagne, en 2012, sur l’engagement de détruire le Code du travail. Au contraire, il avait désigné « la finance » comme son « adversaire » et promis d’améliorer le sort des salariés, des jeunes, des chômeurs et des retraités. Mais une fois au pouvoir, il a immédiatement axé toute sa politique sur les intérêts de « la finance » et du grand patronat en général, au détriment du reste de la population. Et l’on voudrait que les travailleurs – dont une majorité a voté pour Hollande en 2012 – se laissent paisiblement dépouiller après avoir été trahis, une fois de plus, par la direction du Parti Socialiste ?

Non, Hollande et Valls ne représentent pas « la majorité du peuple » ; ils représentent et servent une poignée de milliardaires ; ils végètent d’ailleurs dans des abîmes d’impopularité. Les militants de la CGT en lutte, par contre, défendent les intérêts de toute la population travailleuse. La véritable « majorité » démocratique est du côté des grévistes et de leurs organisations syndicales, non du côté de l’Elysée, du Parlement et du Medef. C’est ce que comprennent ou ressentent un très grand nombre de salariés. Les « institutions démocratiques » bourgeoises (et corrompues) en sortent encore plus discréditées qu’elles ne l’étaient déjà.

Un problème de direction

Dans un premier temps, l’offensive médiatique contre les grèves et la CGT n’a pas affecté le soutien massif dont bénéficie le mouvement. C’est ce que montrent non seulement les sondages, mais aussi le grand succès de la caisse de grève lancée par info’com-CGT : plus de 260 000 euros recueillis à ce jour. Si la direction confédérale de la CGT avait organisé une sérieuse campagne de solidarité financière avec les grévistes, ce chiffre serait sans doute beaucoup plus élevé. De plus, cela inciterait d’autres secteurs du salariat à entrer dans l’action.

Le soutien au mouvement est donc solide. Mais cela peut changer. Si les blocages et les grèves reconductibles ne se développent pas de façon significative, s’ils ne gagnent pas rapidement de nouveaux secteurs de l’économie, il est peu probable que le gouvernement recule. Alors, faute d’une perspective de victoire, le mouvement pourrait perdre du soutien dans l’opinion publique. C’est l’objectif de Valls et Hollande. Le principal danger n’est pas la propagande anti-syndicale du gouvernement, mais le relatif isolement des secteurs mobilisés.

Surtout, les travailleurs engagés dans une grève reconductible ne peuvent pas tenir indéfiniment. De par sa nature même, l’extension du mouvement doit être rapide. De ce point de vue, il faut reconnaître que la situation est contrastée. Les éboueurs et salariés du traitement des déchets sont entrés dans le mouvement. La grève est toujours solide dans des bastions tels que la Compagnie Industrielle Maritime du Havre. Chaque jour, des actions de blocage et de barrage filtrant – entre autres – sont organisées aux quatre coins du pays, notamment à l’initiative des électriciens et gaziers. Le 7 juin, un communiqué de la CGT faisait état de grèves dans 3 des 4 sites Amazon – où les conditions de travail sont notoirement mauvaises – et d’« actions reconductibles dans de nombreuses entreprises de l’agroalimentaire (Nestlé 56, Haribo Perrier 30, Jacquet 63, Tabac Le Havre…), des métaux (LME 59, Iveco Annonay 07, Peugeot Mulhouse…), du commerce (Intermarché, Leclerc 31), du verre (Verralia…) ». Toutes ces grèves sont très significatives. Elles signalent un énorme potentiel. Mais dans le même temps, le mouvement est en reflux dans les raffineries, alors qu’elles étaient toutes en grève le 24 mai. Les patrons de plusieurs raffineries se livrent à d’intenses manœuvres pour briser la grève, organisant des « consultations » par-dessus la tête des AG de travailleurs. La plupart des transporteurs routiers ont repris le travail. La grève à la SNCF n’est pas assez solide pour paralyser le trafic. Aucune perturbation importante n’est visible à la RATP.

La dynamique est donc contradictoire. Or encore une fois, le gouvernement ne reculera pas facilement : premièrement parce que la loi Travail est une contre-réforme très importante du point de vue du grand patronat ; deuxièmement parce que le gouvernement redoute qu’une victoire des travailleurs encourage de nouvelles mobilisations. C’est ce que devrait expliquer la direction de la CGT, au lieu de simplement se féliciter de la mobilisation – en ignorant ses faiblesses – et de semer des illusions sur l’impact potentiel de la journée du 14 juin (qui a été fixée à une trop grande distance du début des grèves reconductibles). En elle-même, la journée d’action du 14 juin – même si elle est puissante – ne fera pas reculer Hollande et Valls. Rappelons qu’à l’automne 2010, Sarkozy et Fillon n’ont rien cédé face à trois journées d’action rassemblant chacune plus de 3 millions de personnes dans les rues du pays. Si elle ne s’inscrit pas dans une phase d’extension des grèves reconductibles, la journée du 14 juin ne changera pas le rapport de force de façon décisive.

Il y a des limites aux « grèves par procuration » contre la loi Travail. En l’absence d’une généralisation du mouvement, les travailleurs en grève reconductible chercheront à arracher des garanties à leur employeur ou au patronat de leur branche, avant de reprendre le travail. Le gouvernement manœuvre pour favoriser ce scénario, comme on l’a vu avec les transporteurs routiers, qui ont obtenu des garanties – et comme on le voit actuellement à la SNCF et dans l’aviation civile, entre autres. Il serait absurde de le reprocher aux salariés des secteurs concernés. La responsabilité de cette situation retombe sur les directions confédérales des syndicats engagés dans le mouvement, qui ne tiennent pas suffisamment compte de la dynamique réelle de la lutte et en appellent encore « à continuer et amplifier la mobilisation sous toutes ses formes », alors que la seule « forme » de mobilisation susceptible d’arracher la victoire est désormais la grève reconductible et son extension rapide à un maximum de secteurs économiques.

Enfin, la CGT continue d’appeler à la mobilisation « pour obtenir le retrait de la loi travail (…) et pour gagner de nouveaux droits avec un code du travail du XXIe siècle. » Le retrait de la loi Travail est évidemment la revendication centrale et doit le demeurer. Il faut repousser cette offensive du gouvernement. Mais de nombreux travailleurs – notamment ceux de la Fonction publique – ne se sentent pas immédiatement menacés par cette loi, qui sur le papier ne les concerne pas directement (bien qu’en réalité tout recul dans le privé prépare des reculs dans le public). A l’inverse, dans le privé, de très nombreux salariés sont déjà confrontés aux dispositions prévues par la loi Travail. C’est pourquoi il faut intégrer à la plateforme du mouvement des revendications positives et offensives – par exemple sur les salaires ou le temps de travail – susceptibles d’entraîner de nouvelles catégories de travailleurs dans l’action. A cet égard, « de nouveaux droits avec un code du travail du XXIe siècle » est une formule beaucoup trop vague, sans contenu concret. Elle ne peut convaincre personne d’entrer dans la lutte.

Après des années de contre-réformes et d’austérité, les salariés sont disposés à se battre : c’est ce que démontre clairement le mouvement actuel. Mais face à des adversaires aussi déterminés que Valls, Hollande et Gattaz, il faut au mouvement une direction déterminée à mener la bataille jusqu’au bout, sur la base d’une stratégie offensive, qui corresponde au rapport de force réel et à la dynamique réelle de la lutte. Si cette direction fait défaut au sommet des organisations syndicales, les travailleurs et syndicalistes mobilisés sur le terrain doivent prendre eux-mêmes les choses en main. Les AG de travailleurs doivent se lier au niveau local, régional et national à travers des délégués élus et révocables, pour donner au mouvement une structure démocratique capable d’exprimer pleinement la combativité des salariés, de développer le mouvement et de passer à l’offensive. La manifestation du 14 juin, à Paris, pourrait être l’occasion d’organiser une réunion de délégués issus d’AG des secteurs mobilisés à travers le pays. Il n’y a pas de temps à perdre !

 

http://www.marxiste.org/actualite-francaise/luttes-mouvement-syndical/2017-loi-travail-forces-et-faiblesses-du-mouvement​ 

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 15:10

Jérôme Métellus

Il y a 80 ans, le Front Populaire accédait au pouvoir. En même temps, une puissante vague de grèves avec occupation déferlait sur le pays. Dès son entrée en fonction, le nouveau gouvernement faisait voter la semaine de 40 heures et les deux semaines de congés payés, entre autres. Dans la mémoire collective du mouvement ouvrier, le Front Populaire est associé à cette magnifique mobilisation des salariés et à ces réformes sociales qui, en les arrachant un peu à l’usine ou au bureau, les élevaient au-dessus du rang de simples bêtes de somme. C’est donc à juste titre qu’on célèbre, aujourd’hui, l’audace et l’énergie de ces travailleurs : ils ont écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de notre classe.

Cependant, les pages suivantes furent sombres. Deux ans et demi après son arrivée au pouvoir, le Front Populaire cédait la place à une coalition de droite, et la plupart des acquis sociaux du printemps 1936 étaient remis en cause. Un an plus tard, la classe ouvrière étouffait sous le régime de Pétain et l’occupation nazie. Pourquoi les « espoirs du Front Populaire » ont-ils été si brusquement balayés ? Qu’a-t-il manqué pour que l’impulsion révolutionnaire du printemps 1936 débouche sur une société nouvelle, débarrassée de la misère et de l’exploitation ? Il importe de répondre à ces questions, car l’histoire du Front Populaire et de son effondrement constitue une source de leçons précieuses pour tous ceux qui, aujourd’hui, luttent pour un monde plus juste.

A peine sorti de la première guerre mondiale, le capitalisme replongeait dans une crise organique qui, dès le début des années 30, portait la menace d’une nouvelle conflagration mondiale. Le marasme économique sapait les bases matérielles du réformisme et de la démocratie parlementaire. Les contradictions de classes atteignaient des sommets d’intensité. L’heure était aux révolutions et aux contre-révolutions, comme le montraient aussi bien l’offensive du mouvement ouvrier espagnol que l’écrasement des travailleurs allemands sous la botte des nazis. En France, également, l’impasse du capitalisme plaçait à très court terme le mouvement ouvrier devant l’alternative suivante : conquête du pouvoir ou dictature réactionnaire.

Dans quel état les organisations du mouvement ouvrier français abordaient-elles cette situation ? Le Parti Socialiste (SFIO) fermait les yeux sur la gravité de la crise et ses implications. Il reconnaissait en paroles la nécessité de renverser le capitalisme, mais toute sa politique était basée sur la perspective d’une modification graduelle et pacifique du régime social, à la faveur d’une majorité parlementaire de gauche. Certes, en Allemagne, cette politique avait fait faillite. Mais Léon Blum, le chef de la SFIO, s’efforçait de convaincre les masses que « la France n’est pas l’Allemagne », et qu’une offensive révolutionnaire ne serait pas nécessaire, en France, pour en finir avec la misère et le chômage.

De leur côté, les dirigeants du PCF ont pratiqué jusqu’en 1934 la politique dite de la « troisième période », qui consistait à caractériser la SFIO de parti « social-fasciste » et à refuser toute forme d’action commune avec les socialistes face aux véritables organisations fascistes, dont l’influence ne cessait de croître dans le pays. C’est cette même politique de division du mouvement ouvrier qui, en Allemagne, avait été appliquée par le plus puissant Parti Communiste de la IIIe Internationale - jusqu’à ce qu’Hitler prenne le pouvoir et pulvérise les organisations ouvrières, y compris le PS « social-fasciste ». Cette catastrophe donnait la mesure de la dégénérescence de la IIIe Internationale, dont la cause fondamentale était la dégénérescence de la révolution russe elle-même. Isolée dans un pays arriéré, la démocratie soviétique instaurée par la révolution d’Octobre avait fini par céder la place à la domination d’une caste parasitaire.

Le Front Populaire

Le Front Populaire était, fondamentalement, une alliance de trois partis : le PCF, la SFIO et le Parti Radical. La seule alliance du PCF avec la SFIO supposait donc l’abandon de la théorie du social-fascisme. Comment expliquer ce revirement de 180° ?

En dépit de leurs erreurs politiques, les dirigeants du PCF et de la IIIe Internationale ne pouvaient pas ne pas tenir compte des leçons de la catastrophe allemande. Après tout, ils n’avaient aucun intérêt à voir le fascisme prendre le pouvoir en France. Mais ici, le facteur principal ne fut pas les craintes de Thorez (dirigeant du PCF) ou de Dimitrov (chef de IIIe Internationale) : ce fut la puissante pression de la masse des travailleurs, qui aspirait instinctivement à l’unité des organisations ouvrières.

Le 6 février 1934, une manifestation fasciste tenta de marcher sur l’Assemblée nationale. Les affrontements avec les forces de l’ordre firent 17 morts et provoquèrent la chute du gouvernement. En réaction à ce coup de force, les syndicats et partis de gauche appelèrent à une grève générale pour le 12 février. La grève fut un succès. Et ce jour-là, lorsque les cortèges du PCF et du PS se rejoignirent, place de la Nation, leurs rangs se mêlèrent dans l’enthousiasme. En mettant les dirigeants du PCF devant le fait accompli de l’unité dans la rue, les travailleurs portaient un coup sérieux à la théorie du social-fascisme.

Cependant, cette unité ne recouvrait pas celle du Front populaire, qui allait, lui, jusqu’au Parti Radical. Ici, l’un des principaux facteurs fut le pacte franco-soviétique, signé à Paris le 2 mai 1935. Ce pacte n’a pas été sans conséquences sur la politique du PCF, qui était sommé de ménager l’impérialisme français. Le communiqué officiel du ministère des affaires étrangères disait : « Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sécurité ».

Cette position était en complète contradiction avec les principes de l’internationalisme révolutionnaire. A l’époque de Lénine, il eut été inconcevable que la signature d’un accord avec un gouvernement impérialiste - comme celui passé avec l’Allemagne, en 1918, à Brest-Litovsk - s’accompagne d’un soutien à la politique de la puissance impérialiste en question. Or, en 1935, la direction de la IIIe Internationale annonçait aux travailleurs de France que l’heure n’était plus au renversement de la classe capitaliste française, mais à la collaboration avec cette même classe capitaliste, de façon à ce qu’elle puisse « maintenir sa force armée au niveau de sécurité ». L’alliance des partis de gauche avec le Parti Radical - qui constituait le nœud du Front Populaire - fut l’instrument de cette politique collaborationniste.

Le Parti Radical

Les dirigeants de la SFIO et du PCF justifiaient leur entrée dans un Front avec le Parti Radical par la nécessité de s’allier aux classes moyennes (petits paysans, petits commerçants, etc.), qui constituaient l’électorat traditionnel des radicaux. Mais, en réalité, le Parti Radical n’était pas le parti des classes moyennes : il représentait les intérêts de la classe capitaliste, qui l’utilisait pour s’asservir, politiquement, les classes moyennes. Comme le disait Trotsky à l’époque, le Parti Radical était « l’appareil politique de l’exploitation de la petite-bourgeoisie par l’impérialisme », ou encore « l’aile gauche du capital financier ». L’union avec ce parti n’était pas l’union avec les classes moyennes, mais avec les grands capitalistes dont, en dépit de leur démagogie, les politiciens du Parti Radical défendaient les intérêts.

De cette alliance avec un parti capitaliste ne pouvait découler qu’un programme conforme aux intérêts du capitalisme. Les radicaux s’opposaient systématiquement à toute mesure susceptible de contrarier les « 200 familles » qui tiraient les ficelles de l’économie nationale. Le radical Daladier écrivait : « Le programme du Front Populaire ne renferme aucun article qui puisse troubler les intérêts légitimes de n’importe quel citoyen, inquiéter l’épargne, porter atteinte à aucune force saine du labeur français ». En effet, ce programme ne prévoyait, par exemple, d’autres nationalisations que celle de l’industrie militaire.

L’alliance de la gauche avec le Parti Radical était d’ailleurs en contradiction avec toute la dynamique de la situation. La crise du capitalisme et l’aggravation des contradictions de classe s’accompagnaient d’une polarisation croissante de la société - vers la gauche et vers la droite. La classe ouvrière se déplaçait rapidement vers la gauche. Quant aux classes moyennes, elles désertaient le Parti Radical au profit, soit de la gauche, soit de la droite et de l’extrême droite.

C’est ce que montra clairement le premier tour des élections législatives d’avril 1936. Alors que la SFIO maintenait son score de 1932 - malgré la scission du groupe droitier des « néo-socialistes » - le PCF passait de 780 000 à 1 470 000 voix, cependant que les radicaux en perdaient plus de 500 000. Ainsi, malgré le soutien que les dirigeants communistes et socialistes apportaient aux radicaux, les travailleurs et une partie importante des classes moyennes rejetèrent les radicaux et doublèrent les voix en faveur du parti qui se réclamait de la révolution d’Octobre.

Le deuxième tour donna une majorité absolue aux partis du Front Populaire. Le PCF passa de 10 à 72 sièges, la SFIO de 97 à 147, les radicaux de 159 à 116. Premier groupe parlementaire du Front Populaire, la SFIO envoya son chef, Léon Blum, à la tête du gouvernement. Mais au lieu de provoquer la démission immédiate du gouvernement en place, Léon Blum décida de respecter le « délai constitutionnel » d’un mois. C’était une façon de dire aux travailleurs : « nous respecterons les lois de la République capitaliste ». A quoi les masses répondirent par une mobilisation révolutionnaire d’une ampleur inédite.

L’offensive révolutionnaire

Les signes avant-coureurs de la vague de grèves de mai-juin 1936 n’avaient pas manqués. Par exemple, en août 1935, les travailleurs des arsenaux de Brest et Toulon se soulevèrent, drapeau rouge en tête, contre l’amputation de leurs salaires. Des événements similaires se sont produits à Limoges, en septembre de la même année.

Le 11 mai 1936, une grève éclate à l’usine Bréguet du Havre : 600 ouvriers occupent les bâtiments. Le 13 mai, ce sont les travailleurs de Latécoère, à Toulouse, qui occupent leurs usines. Le 14 mai, c’est le tour des usines Bloch, à Courbevoie. Les jours suivants, les grèves avec occupation se multiplient dans la métallurgie de la région parisienne. Le 24 mai, la traditionnelle célébration des Communards, au Père Lachaise, rassemble 600 000 personnes. Les radicaux y brillent par leur absence. A partir du 2 juin, le mouvement de grève s’étend à d’autres secteurs que la métallurgie et gagne l’ensemble du pays. En l’espace de 15 jours, la contagion révolutionnaire s’étend à plus de 2,5 millions de travailleurs.

Dans la mesure où elle embrasse, non seulement l’avant-garde de la classe ouvrière, mais aussi ses couches généralement passives et inorganisées, une grève de ce type constitue l’amorce classique d’une révolution. La signification des occupations n’a pas échappé aux capitalistes : il s’agissait d’une atteinte directe à la sacro-sainte propriété privée - qui, aux yeux de millions de salariés, cessait justement d’être sacro-sainte. Les travailleurs indiquaient qu’ils voulaient être les maîtres là où ils n’avaient jusqu’alors été que des esclaves. La question était posée devant tous : « Qui doit contrôler l’économie : les capitalistes ou les travailleurs ? » Dans un tel contexte, un parti révolutionnaire aurait pu pousser à la création de conseils ouvriers, liés les uns aux autres de l’échelon local jusqu’au national, et socialiser l’économie sur cette base.

Que firent le PCF, la SFIO et la CGT ? Leurs militants de base, et en particulier ceux du PCF et de la CGT, étaient largement impliqués dans le mouvement. Mais leurs dirigeants furent, comme les capitalistes, pris de panique. Le 3 juin, avant même de prendre ses fonctions comme ministre de l’Intérieur, le député socialiste Roger Salengro déclarait à l’Assemblée : « Que ceux qui ont pour mission de guider les organisations ouvrières fassent leur devoir. Qu’ils s’empressent de mettre un terme à cette agitation injustifiée. Pour ma part, mon choix est fait entre l’ordre et l’anarchie. Je maintiendrai l’ordre contre l’anarchie ». Selon lui, l’« ordre », c’était l’anarchie capitaliste, et l’« anarchie », la lutte pour l’ordre socialiste !

Les dirigeants du PCF, qui s’étaient engagés à soutenir le gouvernement Blum « sans réserves et sans éclipses », pesèrent de toute leur autorité pour ramener « l’ordre » que réclamaient Salengro et les chefs radicaux. De concert avec Léon Jouhaux, le chef de la CGT réunifiée, Maurice Thorez décréta que les objectifs de ce mouvement étaient « purement économiques », et que toute autre interprétation ne pouvait être que le fait de provocateurs ou d’irresponsables. Après que, dans la nuit du 7 au 8 juin, les représentants du grand patronat eurent signé l’Accord de Matignon - qui prévoyait, entre autres, la semaine de 40 heures, les deux semaines de congés payés et une augmentation des salaires de 7 à 15 % - Thorez déclara : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ». Or, au même moment, de nouvelles grèves avec occupation éclataient, notamment dans les Grands Magasins parisiens. Mais les directions de la CGT, de la SFIO et du PCF parvinrent, au cours du mois de juin, à faire rentrer le mouvement dans le canal des « revendications économiques ». La grève s’estompa peu à peu - non sans que, dans certains cas, le Front Populaire ne mobilise la police pour mettre un terme aux « troubles ».

La contre-révolution relève la tête

On entend souvent l’idée que les grèves de mai-juin 1936 furent suscitées par les « espoirs » que les travailleurs avaient placés dans le Front Populaire, au lendemain de sa victoire électorale. En fait, il serait plus juste de dire que les grèves furent provoquées par le manque de confiance des masses dans la capacité du Front Populaire à briser la résistance patronale. Elles se méfiaient tout particulièrement des radicaux. Elles voulaient, à leur manière, « aider » le Front Populaire à prendre des mesures décisives contre les capitalistes. Les dirigeants du Front refusèrent cette aide de toute leur force. Mais en obtenant du patronat des concessions qui allaient plus loin que le programme du Front Populaire, les travailleurs ont prouvé, une fois de plus, que les véritables réformes sont toujours des sous-produits de révolutions.

La classe dirigeante n’avait fait des concessions que parce qu’elle craignait de tout perdre. Cependant, la vague révolutionnaire passée, elle conservait toujours le contrôle de l’économie, et s’en servit pour reprendre d’une main ce qu’elle avait dû lâcher de l’autre. La mécanique parlementaire - avec son Sénat, son administration bureaucratique, etc. - lui permettait de saboter l’action gouvernementale. Par ailleurs, la fuite des capitaux menaçait le gouvernement Blum de banqueroute. Cédant à la pression, il procéda à une dévaluation du Franc, accentuant ainsi un mouvement d’inflation qui annula rapidement les augmentations de salaires consenties en juin 1936.

Faute de s’attaquer au pouvoir économique de la classe dirigeante, Blum fut condamné à l’impuissance et, en juin 1937, démissionna. Les gouvernements qui suivirent glissèrent toujours plus vers la droite. Les grèves étaient durement réprimées, notamment celles que déclencha, en novembre et décembre 1938, la remise en cause des 40 heures par le gouvernement du radical Daladier. Démoralisé et paralysé par ses propres dirigeants, le mouvement ouvrier fut entraîné sur la voie de la guerre, puis finalement atomisé par le régime de Pétain, en 1940. « Révolution socialiste ou dictature réactionnaire » : la perspective dessinée par Trotsky, dès 1934, prenait corps dans les ruines d’un des plus grands mouvements révolutionnaires que la France ait connu. Il faudra attendre l’insurrection contre l’occupation allemande, en août 1944, pour que la classe ouvrière se relève de cette défaite et retrouve sa confiance en ses propres forces.

Révolution, http://www.marxiste.org/theorie/histoire-materialisme-historique/661-il-y-a-70-ans-le-front-populaire

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 14:16

Chers syndicalistes,

 

Militant syndical de longue date et président de l’Association CO.U.R.R.I.E.L. qui, avec le député communiste J.-J. Candelier, vient d’organiser une conférence de presse à l’Assemblée nationale pour dénoncer la politique patronale inavouée de basculement de la France au tout-anglais « transatlantique », je vous soumets un article de la revue CGT « Options » portant sur cette grave question (l’arrachage culturel et linguistique est en effet une dimension forte du basculement de la France et des « pays latins » au « modèle » néolibéral anglo-saxon : il suffit de constater que l’euro-diktat travesti en « loi El Khomri » chez nous s’appelle « Jobs Act » en Italie…

 

La période devrait être propice à une contre-offensive sur ce terrain AUSSI. Le Monde diplomatique vient de publier un long article sur cette grave question (numéro de juin), très lourdement sous-estimée jusqu’ici par les citoyens, la CGT-Carrefour a pris des positions courageuses contre la politique d’anglicisation méthodique de la marque (Carrefour-Market, Carrefour-City, etc.), la CFE-CGC était dignement représentée à la conférence de presse parisienne et la protestation monte contre l’ « hymne » officieux EN ANGLAIS que Carrefour, qui « sponsorise » les Tricolores, veut imposer aux supporteurs français après que le chanteur représentant France-Télévision a chanté en franglais à l’Eurovision.

 

Plus gravement, c’est le basculement rapide, illégal et inconstitutionnel, de l’Université à l’anglais ou la nomination systématique en anglais de nombre de « produits » des grandes entreprises publiques en voie de privatisation (Family TGV, TGV Night, « Pulse », etc.) ou du métro parisien (Smart-Navigo…) qui doit susciter la réaction du monde du travail ; car sous un aspect anodin, il s’agit d’une grave entreprise de discrimination linguistique, de totalitarisme culturel et de mise à mal de ce premier service public de Franceet de la Francophonie internationale qu’est la langue française, « langue de la République » au titre de l’article II de la Constitution.

 

Merci de répercuter ce message.

 

Georges Gastaud

 

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Reprenons langue(s) ! Par Georges Gastaud[1]

A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre les groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ».  Antonio Gramsci

Avec toute la perversité idéologique qui les caractérise, le capitalisme euro-mondialisé et ses collaborateurs hexagonaux présentent le basculement de la France au tout-globish et la relégation largement engagée du français, comme une « ouverture » sur la modernité et sur la pluralité des cultures. C’est également au nom de la diversité culturelle que les régionalismes les plus régressifs tentent d’imposer, Charte européenne des langues régionales et minoritaires à l’appui, la « co-officialité » du français – « langue de la République » au titre de la Constitution – et des langues de territoire au risque clairement assumé, voire revendiqué, d’ethniciser la citoyenneté française et de couvrir d’un voile « culturel » le repartage en cours de la France et son redécoupage en euro-Länder taillés sur mesure pour la « concurrence libre et non faussée » entre les ainsi-dits « territoires »...

Dans ces conditions, comment réagir à la sournoise agression linguistique qui vise à la fois la langue de Molière, la République une et indivisible issue de la Révolution française et – nous l’allons montrer tout à l’heure – toutes les conquêtes du monde du travail ? Car lorsque le français aura été définitivement réduit, en France même, au rôle subalterne de « langue domestique »[2], il sera encore plus aisé aux chasseurs de profits du M.E.D.E.F. et du capital mondialisé de diviser notre peuple, de dynamiter les avancées sociales et démocratiques de 1905, du Front populaire et du C.N.R., de briser l’aspiration au « tous ensemble » combatif des salariés, de casser les conventions collectives de branche, les statuts nationaux, les services publics et la fonction publique territoriale ou d’État, voire la Sécurité sociale et les retraites par répartition qui forment, aujourd’hui encore avec la langue française, le socle matériel et culturel de l’unité nationale-étatique de notre pays.

Pourtant, les résistances linguistiques sont encore faibles, éparses, voire inexistantes dans le mouvement ouvrier et populaire : contrairement à ce qui se passait encore lorsque le P.C.F. de Thorez, d’Aragon et de Duclos, voire de Marchais, prenait en charge l’indépendance nationale et la défense de la langue d’Aragon, la résistance à l’invasion du tout-anglais, ou plutôt du tout-américain, la défense de ce premier service public de France qu’est le français, restent sporadiques si l’on excepte les efforts méritoires que déploient les associations de défense de la langue française ou certains syndicats ; on pense à certains dirigeants de la C.F.T.C., à la C.F.E.-C.G.C. dans son ensemble, ou à l’engagement de terrain permanent de la C.G.T.-Carrefour et de ses militants méridionaux. Déjà nombre de grandes entreprises travaillent – illégalement ! – en anglais sur le sol même de l’Hexagone, notamment en région francilienne, ce qui occasionne discriminations et souffrance au travail de maints salariés, y compris parmi les cadres. Déjà, les grandes entreprises recrutent honteusement des cadres supérieurs English Mother Tongue[3], ce qui revient à instituer une préférence nationale inversée et à pratiquer une discrimination illégale à l’encontre des salariés dont la langue maternelle est le français ou une langue autre que l’anglais et que le français. Comment prendre enfin conscience que, sans notre belle langue illustrée entre autres par l’Édit de Nantes, par le Discours de la méthode, par L’Encyclopédie, par la Déclaration de 1789 et par celle de 1793, la loi laïque de 1905, par Les Jours heureux annoncés par le C.N.R. et par mille autres références lumineuses, l’ex-France républicaine « globishisée » ressemblerait bientôt à ce « couteau sans lame dont on a jeté le manche » qu’évoquait jadis le moraliste allemand Lichtenberg ?

I – Intégrer la dimension linguistique à nos résistances sociales et civiques ! 

Il faut d’abord prendre la mesure de l’arrachage linguistique en cours : ils arrachent notre langue comme ils délocalisent nos usines, comme ils ferment nos hôpitaux et arrachent nos vignes ou comme ils éliminent nos exploitations agricoles quand Bruxelles et le M.E.D.E.F. jugent que c’est indispensable à la rentabilité et à la « profitabilité » (pour qui ?) du « site France ». Nous n’en sommes plus désormais au franglais, raillé naguère par Etiemble[4], ni à la multiplication sans fin des « emprunts » lexicaux à l’anglais. Quand toute la recherche scientifique – y compris peu à peu la recherche en sciences humaines, voire en littérature française – bascule au tout-anglais, quand de plus en plus de Grandes Écoles et de cycles universitaires mis en concurrence par Mmes Pécresse et Fioraso se livrent sans vergogne à la langue, non de Shakespeare, mais des « traders » de la « City », quand tant de chanteurs « français » susurrent ou tonitruent en anglais bas de gamme, quand tant de films « français » ou de « séries françaises », subventionnés par l’argent public, affichent leurs titres en anglais, quand des enseignes « tricolores » comme Carrefour se rebaptisent « Carrefour-Market » ou « Carrefour-City », quand la Société « nationale » des Chemins de fer devenue « SNCF » (sans article) nomment leurs « produits » et enseignes T.G.V.-Night, T.G.V.-Family ou Rail Team, quand le président de « SNCF » se flatte d’offrir des cours d’anglais dans ses T.G.V., mais que l’idée ne l’effleure pas d’offrir des cours de français aux étrangers non francophones circulant dans ses trains, on n’en est certes plus à « emprunter » à l’anglais des vocables qui feraient provisoirement défaut au français (car des mots français existent depuis toujours, convenons-en, pour dire night, card, map, market ou access - comme on le dit chez Total – ou everyone ajustable, comme le proclamait horriblement une pub d’Orange, ex- France »-Télécom !) ! En l’occurrence, il s’agit clairement de détruire notre langue nationale, de la polluer au maximum en la saturant et en l’enlaidissant d’anglicismes douteux, de ridiculiser notre pays aux yeux des vrais anglophones, en un mot d’esquinter et d’estropier « ludiquement » notre langue nationale, qui est aussi celle de la Francophonie mondiale. Et ce basculement linguistique mené avec acharnement répond à des objectifs de classe politiques, économiques, culturels extrêmement précis : il s’agit pour nos prétendues élites maastrichtiennes de ringardiser la nation républicaine, d’éradiquer la fameuse « exception française » issue de 1789, de 1905, du Front populaire et de la Résistance antifasciste, d’insinuer à tout instant le contre-modèle anglo-saxon et néolibéral dans nos cerveaux, de répartir sournoisement les travailleurs en catégories sociolinguistiques discriminantes[5],  de faire accroire au bon peuple qu’en un mot, il n’y a pas d’autre alternative que l’Empire euro-atlantique promis par les maîtres de l’U.E., de l’euro, de l’O.T.A.N. et du « Grand Marché Transatlantique » en construction…

Ce ne sont pas là des fantasmes, hélas : déjà en 2006  l'Union des industries de la Communauté européenne (UNICE), ancien nom de l'actuel syndicat patronal européen Businesseurope, promouvait à son de trompe cette politique d’exterminisme linguistique en déclarant, par la bouche de son tout nouveau président d’alors – le Baron Seillière, qui venait d’imposer en France une grave contre-réforme sur les retraites de la fonction publique – que l’anglais serait désormais « la langue des affaires et de l’entreprise » dans toute l’U.E.[6]. Sciemment opérée par un grand patron hexagonal, sinon français, devant le Conseil des chefs d’État européens, cette déclaration déshonorante avait d’ailleurs provoqué la sortie immédiate de Jacques Chirac, un acte de dignité nationale qu’il serait naïf d’attendre des présidents de droite et de « gauche » qui lui ont succédé… Notons du reste que le nouveau nom du syndicat patronal, beaucoup moins francophone, est dû au même Ernest-Antoine  Seillière...

Comment dans ces conditions ne pas fustiger l’apathie des états-majors syndicaux qui laissent assassiner la langue de la République et la Francophonie internationale pour ne pas compromettre leur insertion dans le très bedonnant « syndicalisme » européen (C.E.S.) ou transatlantique (Confédération Internationale des Syndicats) ? Comment ne pas fustiger la direction de la C.F.D.T. qui veut transformer le 1er mai en « Young Worker’s Day » ? Mais surtout, comment ne pas pas appeler les travailleurs en lutte pour l’emploi industriel en France, pour la défense des acquis de 1945-47, pour les salaires et les services publics, pour l’école laïque et la Sécurité sociale, à se saisir enfin, en vrais partisans de la République sociale et souveraine, de ce combat linguistique vital pour l’avenir du pays ? Un combat que contourne la plupart des cahiers de revendications des agents des services publics, des travailleurs industriels, des défenseurs de l’Université au moment où les dirigeants de Renault, de Peugeot, de Citroën, d’Auchan, d’Air-France (devenu « Airfrance »[7]), d’EDF, voire de l’Éducation nationale (si friande de Learning Centers, entre autres…), massacrent notre langue en affichant ainsi leur mépris pour leurs salariés, pour leurs clients ou pour leurs usagers demeurés stupidement francophones ?

Au demeurant, la résistance ne saurait être purement collective. Chacun peut commencer par réagir individuellement en suscitant la résistance collective à venir par une attitude linguistiquement rebelle,. Dire haut et fort courriel au lieu d’imeïlle (ce qui écorche, non seulement le lexique, mais la phonétique de notre langue), cesser de dire à tout propos « OK » (voire, encore plus ridiculement, « OK d’accord ! »[8]), refuser de s’exclamer « yèèèèèèsss ! » à tout propos, souhaiter « bon anniversaire » en chanson et non « happy birthday to you ! », c’est OSER, si peu que ce soit, marcher, penser et parler à contre-courant, c’est offrir à l’auditeur – une fois la surprise passée et le débat civique et linguistique éventuellement engagé avec lui – un point de repère et de résistance structurant, c’est susciter la discussion contradictoire, ce havre de l’esprit républicain, en brisant le consensus (anti-)linguistique (mais aussi culturel et idéologique) mortifère qui infiltre aujourd’hui nos cerveaux et nos cœurs à partir de nos cordes vocales ! Revivons l'échéance plutôt que la deadline, évoquons notre entraîneur plutôt que notre coach, aimons le rétro plus que le vintage, de s'amuser franchement et sans « fun », d'assister à un tournée en direct, de trouver des coins sympas pour la course plutôt que des spot de running... Prenons un plaisir sobre à maîtriser notre communication, à ne rien céder, ni à la mode, ni au conformisme, ni à la paresse. A utiliser ces mots droits et nets, précis et bien connus, qui savent ce qu'ils disent et osent être crûment eux-mêmes, sans se farder d'un latinisme marchand ni se gonfler vainement des reflux de l'air du temps.

II – Vivent les langues régionales !

Entre la récente Loi Fioraso, qui a institué l’anglais comme langue universitaire en contournant à la fois l’article II de la Constitution et la Loi Toubon de 1994, et la Charte européenne des langues régionales, qui tend à faire du français un idiome parmi d’autres sur l’ex-territoire national en voie d’euro-fédéralisation, notre langue nationale est délibérément prise en tenaille avec la complicité de François Hollande, en cela aussi digne continuateur de Sarkozy. Par tous les moyens le Parti Maastrichtien Unique a entrepris de banaliser, de refouler et de désétablir le français. La grande déréglementation de la langue s’opère au moment même où les négociations secrètes sur le Grand Marché Transatlantique menacent de mort l’ « exception culturelle » à l’échelle mondiale, européenne et française, en laissant tous les peuples sans protection face à la domination globalitaire de l’Oncle Sam. Le projet linguistique de « Charte » des langues minoritaires – dont les origines politico-idéologiques remontent à la pire période de l’histoire allemande[9]  – répond clairement au plan politico-territorial porté par le M.E.D.E.F. dans son manifeste Besoin d’aire publié en décembre 2011 à l’initiative de Mme Parisot. Le haut patronat veut ouvertement en finir avec la République française souveraine (notamment avec son cadre territorial « jacobin » issu de la Révolution : communes, départements, État-Nation, tout cela s’insérant dans une Charte de l’O.N.U. proscrivant – au moins en principe – le prétendu « droit d’ingérence » des forts sur les faibles et proclamant au contraire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes). Et pour cela, il faut dissoudre la République une, laïque, sociale, démocratique et indivisible que proclame encore la Constitution, dans l’U.E. des métropoles et des euro-régions, de préférence « transfrontalières ». Celles-ci seront centrées en apparence sur les langues régionales (breton, basque, etc.), et dans les faits, sur l’anglo-américain[10], soit – beaucoup plus marginalement pour l’heure – sur l’allemand[11].

Face à cette entreprise même plus dissimulée de subversion de l’unité territoriale nationale qui revient à donner le pouvoir local à des groupes minoritaires d’euro-sécessionnistes, pour la plupart très réactionnaires (cf les Bonnets « rouges » bretons !), il serait à la fois injuste et maladroit de réagir par une crispation à l’encontre des langues régionales et des citoyens qui leur sont très légitimement attachés. Toutes, elles font partie de notre patrimoine national commun, comme l’atteste entre autres exemples le rôle éminemment civilisateur des troubadours médiévaux. Tout en promouvant partout le français comme langue commune de la République sociale, une France dirigée par le mouvement ouvrier révolutionnaire n’eût sans doute pas cherché à marginaliser les langues régionales comme l’ont fait successivement la bourgeoisie bonapartiste et les notables radicaux de la Troisième République. Il n’est que de voir comment a initialement procédé la toute jeune Fédération des républiques soviétiques sur le terrain linguistique de sa construction politique multinationale : Lénine voyait certes dans le russe la langue incontournable des échanges entre les Républiques fédérées, mais il a d’emblée rompu avec la russification imposée par les tsars et a fait donner aux langues des « allogènes » (langues du Caucase, de Sibérie, d’Asie centrale…) de larges moyens de se développer. Les Soviets ouvriers et paysans ont même été jusqu’à créer des écritures, des grammaires et des dictionnaires là où ces langues n’avaient qu’une existence orale avant 1917 ; ils ont également suscité une puissante littérature nationale s’exprimant dans les langues maternelles respectives des peuples soviétiques : le but était alors d’encourager chacun des peuples fédérés à marcher vers le socialisme universel en partant de ses traditions propres et en les revisitant, voire en les dépassant par leurs moyens propres et selon leurs rythmes propres. Comment ne pas penser ici aux admirables romans kirghizes de Tchinguiz Aïtmatov (Le premier Maître, Djamila…) ?

Il serait de plus très impolitique pour les défenseurs du français de prendre de front à la fois les tenants impérialistes du tout-anglais et les partisans républicains des langues régionales… tout au moins, ceux qui ne détestent pas « le » français parce qu’ils font la différence entre la langue de Victor Hugo et l’usage oppressif (pas seulement[12]…) qu’en a parfois fait la Troisième République. Rejeter les langues régionales serait d’abord faux dans le principe : de vrais internationalistes défendent tout naturellement le français contre le TOUT-anglais, mais ils ne seraient pas moins tenus de combattre le TOUT-français tel que le colonialisme a tenté de l’imposer en Afrique « au temps béni des colonies » (sic). Notons d’ailleurs que les peuples de l’ex-Empire colonial français ont intelligemment riposté au colonisateur en faisant du français – de LEUR français ! – une « prise de guerre », selon l’excellente expression de Kateb Yacine : loin de s’enfermer dans le « petit nègre » humiliant que leur inculquait le colonisateur, les ex-colonisés ont souvent mis un point d’honneur à cultiver un haut niveau de langue française dans leurs universités si bien que notre enseignement actuel du français, ravagé par quarante ans de contre-réformes néolibérales et de restrictions budgétaires fait parfois pâle figure quand on se risque à la comparaison...

En outre, ce rejet prétendument républicain des langues régionales serait politiquement suicidaire pour la défense du français. Le fin marxiste que fut longtemps Mao nous a suffisamment appris, notamment dans son étude dialectique Sur la contradiction, qu’en chaque lutte il faut cibler l’ennemi principal en lui portant tous nos coups ; d’autant que souvent, tout ou parti du concurrent ou de l’adversaire secondaire d’un jour peut devenir un allié si l’on sait le dissocier patiemment de l’ennemi principal qui le manipule et qui, de fait, ne cherche qu'à le poignarder dans le dos une fois la victoire « principale » obtenue. Enfin et surtout, il faut faire entendre aux tenants abusés de nos langues régionales que l’oppression linguistique et scolaire que ces langues ont subie hier (non par la faute de « la langue française », mais par celle de la bourgeoisie autoritaire d’alors), ne saurait justifier que leurs partisans actuels aident aujourd’hui à assassiner le français et la Francophonie internationale – ce ferment de résistance mondiale à l’américanisation générale – au profit d’un maître mille fois plus redoutable : le tout-anglais de l’Empire transatlantique et trans-pacifique en gestation[13], ce néo-totalitarisme planétaire que construisent l’Empire américain et l’Europe allemande en pleine expansion vers l’Est (cf l’actuelle extension de l’O.T.A.N. à l’Ukraine, en attendant qu’arrive le tour de la Biélorussie…) : car la juste dénonciation des crimes linguistiques ou politiques passés ne saurait légitimer la collaboration enthousiaste des descendants des victimes passées aux crimes politico-linguistiques présents et à venir !

Surtout, les défenseurs du français et les amis des langues régionales doivent se souvenir les uns et les autres d’une fable très « politique » de Jean de La Fontaine : se disputant un accueillant terrier, la belette et le petit lapin portent leur différend devant le Chat Raminagrobis. Feignant d’être sourd, le vieux prédateur griffu feint d’être sourd ; il leur demande de s’approcher et, quand ils sont à portée de griffes, il les happe et les dévore l’un après l’autre. Aujourd’hui, c’est le Raminaglobish transatlantique qui joue à opposer le français aux langues régionales ; mais une fois qu’il aura désétabli la « belette » francophone en manipulant les petits lapins euro-régionalistes, qui peut croire qu’il laissera la moindre chance aux langues de territoire et aux territoires eux-mêmes, qui seront mille fois plus facile à dépouiller une fois qu’ils auront été coupés de l’ensemble national ? Si cette digue mondiale au tout-anglais qu’est (encore un peu, malgré son état-major fort peu résistant) la Francophonie internationale venait à se rompre, il n’est guère difficile de comprendre que les langues régionales de France seraient encore plus vite englouties que ne l’ont été le gallois, le gaélique ou l’écossais celtique jadis dominants dans les Iles britanniques, ou que le furent les langues amérindiennes liquidées, instrumentées ou folklorisées par l’insatiable Empire yankee en passe de devenir transatlantique, sinon très pacifique. Quand ce dernier aura finir d’utiliser les euro-sécessionnistes et les langues régionales pour dépecer les États italien, français, espagnol, voire britannique (mais pas la R.F.A. qui, elle, s’est réunifiée en phagocytant la R.D.A. et en divisant-satellisant les pays voisins, ex-Tchécoslovaquie, ex-Yougoslavie, États baltes, et demain sans doute la Belgique déchirée par le « nationalisme » flamand), il ne fera qu’une bouchée de l’euzkara, du catalan, de l’alsacien et du corse, comme il l’a si efficacement fait avec le français de Louisiane et comme il s’emploie à le faire aujourd’hui, avec la complicité des gouvernants libéraux du Québec, par l’anglicisation galopante de Montréal[14].

C’est pourquoi tout vrai républicain devrait, au nom de la diversité indispensable à la culture mondiale, défendre TOUTES les langues de France et du monde contre la (non-) langue unique en marche, sans chercher cependant à briser le primat officiel de la langue nationale unifiée là où il en existe une[15]. Car à l’heure actuelle, les nations constituées (ou les États multinationaux hérités de l’histoire et brisés par l’Empire, comme la République socialiste fédérale de Yougoslavie) constituent des remparts de premier plan pour la défense du droit des peuples à s’autodéterminer et à construire à égalité l’indispensable coopération mondiale entre les peuples.

Il est d’ailleurs surprenant que les organisations écologistes qui, à raison, défendent la biodiversité contre le rouleau compresseur exterministe du pan-consumérisme capitaliste, restent de marbre quand s’éteignent jusqu’à huit langues PAR AN et que de grandes langues nationales et internationales porteuses d’une part majeure des Lumières mondiales comme l’italien, l’allemand, le français, le polonais, le russe, sont boutées sans ménagement hors des secteurs décisifs de la communication mondiale : sciences, technologies, commerce, cinéma, chanson, université, etc. Pourtant, quand une langue s’atrophie en perdant plusieurs de ses fonctions majeures, c’est une manière de vivre et de penser, c’est un regard et une sensibilité différents sur la vie qui plongent à jamais dans l’oubli, c’est un « esprit » qui agonise, ce sont des millions d’hommes qui sont subitement niés jusque dans leur histoire et dans leur identité la plus profonde, y compris celle de leur inconscient (que serait une psychanalyse en globish mondialisé ?) : en quoi serait-ce moins grave que de voir s’éteindre une variété de limaçons en Basse-Silésie ou un sous-groupe de ver des abysses dans la fosse océanique de Mindanao ?

Il faut donc à la fois défendre les langues régionales, qui devraient trouver place dans l’Éducation nationale partout où existerait une demande significative, et le primat de l’enseignement du français dont l’enseignement doit être revalorisé, étendu et requalifié de la maternelle à l’Université comme voie d’accès principale de tous les futurs citoyens-travailleurs aux Lumières communes dont notre pays fut historiquement le pionnier du Discours de la méthode au Plan Langevin-Wallon en passant par l’Encyclopédie de Diderot-D’Alembert.

III – Enseigner les langues de l’immigration de travail !

Curieusement, les mêmes qui s’enthousiasment pour la Charte européenne des langues au nom de la diversité et de l’égalité entre les parlers, ne trouvent rien à dire au fait que les langues de l’immigration de travail ne sont quasiment pas enseignées par l’école publique. C’est ainsi que pas un lycée de l’ex-bassin minier du Nord-Pas-de-Calais n’enseigne l’arabe comme LV 1 ou LV 2, alors que cette langue est parlée par nombre d’anciens mineurs marocains et par nombre de leurs ayants-droit. Une étrange lacune qui semble qui ouvre un large espace aux intégristes pour accaparer l’enseignement de cette langue internationale sur des bases lourdement cléricales...

Si l’on voulait dignement intégrer ces populations ouvrières, y compris en leur faisant aimer le français et la République, il conviendrait donc d’en finir avec cette exclusion linguistique par omission. Il faudrait pour cela affronter la députée Marion Maréchal-Le Pen et son prétendu front « national » : cette demoiselle n’a-t-elle pas exigé en 2012 à la tribune du Parlement que les rarissimes cours dispensés en arabe par l’école publique à des enfants d’immigrés primo-arrivants soient supprimés… et que les (très maigres) crédits qui sont alloués à ces cours de mise à niveau soient désormais affectés … au français[16] ??? Nullement : à l’enseignement de l’anglais dès l’école primaire ! Bref, le FN n’est pas opposé à toute langue d’immigration et les mêmes meneurs xénophobes qui stigmatisent les prolétaires issus de l’espace africain francophone, n’ont rien à redire à la colonisation linguistique de l’Hexagone que pratique toute une partie de l’élite friquée accourue de toute la riche Europe du nord pour s’approprier des cantons entiers de la Normandie ou du Limousin: comme si c’étaient les travailleurs africains qui délocalisaient nos usines à l’étranger, et non les P.D.G. « français » du C.A.C.-40, dont Le Monde nous apprend qu’une majorité réside désormais à New-York, et dont certains imposent le « travailler-en-anglais » dans nombre de sociétés franciliennes ! Pour mesurer l’aliénation nationale et l’humiliation linguistique que nous tolérons veulement – et pour prendre conscience de l’ampleur du racisme de classe et néocolonial qui hante trop de « bons esprits » en France ! – il suffit de s’imaginer comment réagirait la population française, intellectuels et « bobos » compris, si d’un seul coup toutes les enseignes et autres pubs en anglais qui nous assaillent étaient subitement affichées ou prononcées en arabe, en wolof ou en berbère ! Et pour mesurer à la fois la xénophobie d’État et l’auto-phobie nationale dont font preuve certains dirigeants de la droite « républicaine », il suffit de considérer la proposition délirante formulée naguère par le dirigeant U.M.P. Jean-François Copé[17] : entre deux dissertations sur les pains au chocolat, ce triste sire ne proposait-il pas récemment d’imposer le tout-français dans les mosquées de France, d’y proscrire l’arabe coranique… et de passer désormais les films américains en version doublée de manière à imprégner d’anglais les enfants de France dès leur naissance (plus facile que de créer des postes de français, d’anglais, d’allemand, d’espagnol, de russe, d’italien, etc. dans nos lycées !). Terrifiante bassesse de cœur et d’esprit qui conduit à vilipender les plus faibles et les plus en dangers – les ouvriers issus de l’immigration et leurs enfants – et à ramper voluptueusement devant les plus forts, cadres sups du Nord refusant d’apprendre notre langue, investisseurs à milliards débarqués du Qatar, U.E. imposant déjà de fait l’anglais comme sa langue officieuse unique en violation des traités qui font obligation à la commission européenne de respecter à égalité l’identité culturelle des États-membres de l’U.E….

IV – Vive(nt) le(s) français[18] !

Cette résistance linguistique tous azimuts n’implique aucun « purisme ». Comme toute langue vivante, le français comporte plusieurs niveaux ou segments d’usage et chacun d’eux est légitime et efficace pour la destination communicationnelle, poétique, professionnelle, nationale, qui est la sienne. Rappelons d’ailleurs que même Malherbe, le poète qui « épura » notre langue et notre littérature au Grand Siècle, se référait aux « crocheteurs des Halles » pour fixer le vocabulaire. La première des choses à faire pour encourager les travailleurs et d’abord, pour motiver les militants du mouvement ouvrier à défendre leur langue, est de les convaincre qu’ils sont compétents en matière de « bon français » puisqu’ils se font clairement entendre de leurs pairs, et même bien mieux que ne le font les « élites » quand elles parlent au bon peuple. Au demeurant, qui pourrait parler plus mal le français que les moulins à paroles des actuels « merdias » capitalistes qui ne savent plus faire une liaison évidente, inverser le verbe et le sujet dans une interrogation directe ou utiliser la double négation, qui abusent de la novlangue politicienne à la mode et qui – surtout à Paris intra muros – multiplient les anglicismes branchés. Et cela sans le moindre souci du droit des auditeurs à comprendre ce que racontent les chaînes audiovisuelles qu’ils financent par leurs impôts ou par l’entremise des publicités (payées par les consommateurs) qui subventionnent les médias privés ! Des études montrent d’ailleurs paradoxalement que les ados qui manient le langage SMS de la manière la plus drôle et la plus inventive sont souvent les plus performants dans l’usage du français « scolaire ». Fi donc des nouveaux puristes qui condamnent le « mauvais français » des jeunes que pour mieux cautionner l’invasion de l’anglo-américain : comme si les multinationales qui imposent d’en haut leur sabir idéologiquement formaté avaient la même légitimité politique à changer la langue que le(s) peuple(s), le monde du travail et la jeunesse populaire qui, de Tunis au Caire, crient en français « dégage ! » à Benali ou à Moubarak, que les syndicalistes de lutte qui se déclarent désobéisseurs et que tous ceux qui inventent les néologismes dont ils ont besoin pour dire aux autres leur activité sociale innovante ou dérangeante !

Il est également urgent de faire de la Francophonie internationale non plus seulement cet espace guindé piloté par les gouvernements (hyper-angliciseurs pour beaucoup d’entre eux, à commencer par ceux de France, de Belgique et du Canada…), qui prend prétexte d’une langue commune qu’ils refusent de défendre pour pontifier sur les problèmes mondiaux, mais un lieu vivant de résistance sociale, d’échange international, d’impulsion culturelle, d’émancipation nationale et de mise en commun linguistique permettant d’affronter le rouleau compresseur des oligarchies américanolâtres arc-boutées sur l’exportation de leur langue, réduite au rôle une arme de soft power (car contrairement aux sots gouvernants français, qui considèrent comme un boulet notre langue parlée sur cinq continents, les élites anglo-américaines savent que le tout-globish constitue une arme économique et commerciale plus efficace que plusieurs alliances militaires ![19]). Face à cette pieuvre  nourrie à la fois par Wall Street, par le Pentagone, Hollywood et la City, il est vital pour le français d’échanger et de collectiviser la créativité africaine, l’esprit de résistance québécois, la force poétique haïtienne, etc.

Dans le même esprit le français moderne doit s’enrichir d’emprunts aux autres langues de France, aux langues de l’immigration ouvrière ainsi qu’aux autres langues romanes, espagnol, italien, portugais, roumain, qui sont confrontées aux mêmes problèmes d’arrachage linguistique (du moins en Europe) que notre pays, sans négliger bien entendu l’apport de l’espéranto, dont le mérite est de vouloir affranchir la communication internationale de la tutelle impérialiste d’un Etat ou d’un groupe d’Etats donné. En un mot, internationalisons les résistances linguistiques et refusons que le tout-anglais règne dans le mouvement syndical international, dans les « alter-summits » (sic) ou dans certaines émissions de prétendue « Underground Democracy » qui, jusque dans leur dénomination, clament le caractère petit-bourgeois, ostentatoire et inoffensif de leur semi-révolte. Entendons enfin le conseil de Montaigne, auteur des Essais et maire de Bordeaux, qui déclarait déjà au 16ème siècle : « que le gascon y aille si le français n’y peut aller ! »…

Cette prise en compte de la diversité linguistique du ou des français n’interdit nullement de se réapproprier le français commun, y compris le vocabulaire et la grammaire – si évolutifs soient-ils – car ceux qui prétendent que tout cela n’est que vieillerie dépassée, qu’il n’y a pas de différence entre l’oral et l’écrit, qu’on peut parler n’importe comment en n’importe quel lieu, font en réalité tout le nécessaire pour se réserver jalousement l’écrit et le « bel usage », fût-il mâtiné d’expressions familières employées pour « faire peuple ». Quant à ceux qui défendent l’idée reçue qu’il n’y a pas de normes linguistiques et qu’il suffirait au linguiste de décrire l’état des lieux de la langue sans s’inquiéter de savoir si elle vit ou si elle dépérit, ils méconnaissent ce fait patent que la production de normes linguistiques est un fait langagier constant : celui qui maîtrise bien sa langue, dans quelque domaine que ce soit, et qui peut de ce fait s’en faire le poète, le virtuose et le transformateur actif, retravaille sans cesse la norme existante. Pour cette raison même, il lui faut bien connaître et manier sa langue, comme l’artisan connaît et manie parfaitement ses outils et sa matière première.

 

Conclusion - Les « élites » françaises – en réalité l’oligarchie transatlantique et ses collabos de la haute bourgeoisie « française »  – sacrifient cyniquement une langue dont ils ont profondément honte car elle porte l’inexpiable héritage d’une histoire populaire qu’ils abhorrent : l’héritage de Marat et de Toussaint Louverture, des Communards et du Front populaire, voire de l’Internationale communiste (dont le français était la langue de référence) et des luttes de libération nationale d’Afrique. Marginaliser cette langue maudite est un enjeu central pour ceux qui veulent, comme le M.E.D.E.F., mettre en place « les États-Unis d’Europe, notre nouvelle patrie » - comme si l’on pouvait à son gré changer de patrie, c’est-à-dire de parents et d’histoire. Face à cet énorme parricide de classe et de caste, les progressistes doivent tout faire pour briser la censure et imposer le débat politico-linguistique : car la substitution linguistique qui vise à exproprier le peuple de ses mots, donc de ses luttes, ne pourra l’emporter que si la classe travailleuse se laisse priver de débat sur sa langue. C’est pour la priver de parole à jamais, pour faire d’elle une classe mutique après avoir fait d’elle une masse précarisée, paupérisée et constamment menacée d’exclusion, que le Parti Maastrichtien Unique, toutes tendances confondues, veut (se) défaire (de) la langue frondeuse de Rabelais, de Diderot et de Jean-Baptiste Clément, sans parler de Félix Leclerc, de Jacques Brel ou des incandescents Frantz Fanon et Aimé Césaire.

Première cible de l’exterminisme linguistique de l’oligarchie, la classe laborieuse. Ses organisations syndicales et politiques – et tout d’abord les militants qui ont pris conscience de la nécessité de marier l’émancipation sociale à l’affranchissement national et à la solidarité internationale des peuples – ont un intérêt vital à engager la résistance linguistique en l’associant aux combats en cours pour le produire en France, les services publics, la protection sociale, la souveraineté nationale, la défense de la paix contre les aventures néocoloniales dans lesquelles le Parti atlantique compromet notre peuple sous couvert d’ « ingérence humanitaire ». Sans attendre, chacun peut engager cette résistance aux niveaux individuel, associatif, syndical, politique. Il s’agit moins d’ailleurs de « défendre la langue française » que de SE défendre AVEC la langue française ; c’est pourquoi ce combat a beaucoup à voir avec celui par lequel les résistants sociaux affrontent la novlangue néolibérale (celle qui, par ex. nomme « modernisation » les régressions sociales et « archaïsmes » les acquis sociaux) pour reconquérir un vocabulaire de classe permettant de nommer un chat un chat et Manuel Valls un laquais du C.A.C.-40. Il s’agit là d’un engagement structurant et nullement d’un « à-côté » mineur du combat social : car lorsque les tenants de l’Empire euro-atlantique et de Businesseurope auront détruit nos langues, et avec elles, toute la mémoire consciente et inconsciente du mouvement ouvrier et jusqu’à l’A.D.N. républicain de la Nation, la « France des travailleurs » chantée par Ferrat et l’idéal de République sociale dont notre pays est l’initiateur historique, auront définitivement sombré dans ce que Marx appelait naguère « les eaux glacées du calcul égoïste ». Est-ce vraiment cela que nous voulons pour nos enfants ?

 

 


[1] Philosophe, président de l’association COURRIEL pour la résistance au tout-anglais impérial. Auteur notamment de Patriotisme et internationalisme (2011) et de la Lettre ouverte aux ‘bons’ Français qui assassinent la France (2005).
 

[2] Et dans un second temps – ce serait sa seconde mort, ignominieuse ! – à l’état de parler aristocratique mondial des « élites mondialisées », dont la soif de distinction pourrait ne pas se satisfaire très longtemps du « globish » imposé partout ?
 

[3] « Anglais langue maternelle ».
 

[4] René Etiemble (1909-2002), écrivain et linguiste éminent, auteur notamment de Parlez-vous franglais ? (Gallimard, 1964).

[5] Au sommet, les English Mother Tongue venus d’ailleurs ou provenant des enfants de l’oligarchie « française » élevés directement en anglais, comme les collabos gaulois de César reniaient le celtique en élevant leurs enfants en latin. Au milieu, les « globishisants », parlant plus ou moins bien un anglais d’aéroport et destinés aux fonctions de cadres moyens. En bas, les francophones demeurés (c'est à dire ceux demeurés francophones...), cantonnés dans les tâches d’exécution et parlant un français appauvri et truffé d’anglicisme. Et dans les soutes, les travailleurs immigrés venus de l’espace francophone africain et subissant la double peine linguistique puisque parlant le français avec un accent (comme s’il existait un français sans accent…) et ne sachant pas encore la vraie langue du French Euroland en cours de recyclage linguistique total. Le schéma étant compliqué, notamment pour les travailleurs des services publics d’État, ou pour les enseignants, par la nécessité de parler le français, l’anglais et, si possible, plusieurs langues régionales s’ils veulent par ex. être mutés de la Bretagne à la Corse ou à Perpignan, lorsque le breton, le corse ou le catalan auront obtenu la co-officialité dans les actes publics… Vive la « modernité » ! Et tout cela, bien entendu, sans un euro supplémentaire sur la fiche de paie…
 

[7]     « France is in the air » remplaçant dans la foulée le célèbre slogan « Faire du ciel le plus bel endroit de la terre »...

[8] Et si « oui », « d’accord », « ça marche ! », « ça roule ! », « ça baigne ! », vous paraissent trop fades, pourquoi ne pas OSER « Oc » en occitan, « si como no ? », en castillan, etc. ? S’il faut emprunter, il est prudent de ne pas emprunter toujours à la World Company
 

[9] Lire notamment : http://www.m-pep.org/spip.php?article3517 . La Charte a été rédigée par la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen), groupe de pression directement héritier du pangermanisme allemand et d'une conception ethnique des populations ayant valu la reconnaissance du caractère nazi de certaines de ses formes antérieures.

 

 

[10]  Déjà, en Catalogne ibérique, des Banques s’affichent uniquement en catalan et en anglais en proscrivant l’espagnol, seconde langue la plus parlée au monde, et le français, parlé de l’autre côté de la frontière !

 

 

[11] Arguant de la prochaine adoption de la Charte européenne par le Parlement français, le conseil municipal de Saverne a cru pouvoir annoncer que les séances du conseil municipal se tiendraient désormais en alsacien, avec des traducteurs français pour les non-locuteurs du dialecte, et que les comptes-rendus se feraient « en allemand, forme écrite de l’alsacien ». Fermez le ban ! Le patronat alsacien qui inspirait largement le projet (rejeté par l’électorat républicain alsacien) de fusion des deux départements et de la région Alsace, ne cachait pas que son but réel était de se fondre dans une grande euro-région transfrontalière avec le Bade-Würtemberg allemand. Des projets analogues sont couvés par les hiérarques féodal-« socialistes » du Languedoc-Roussillon, qui lorgnent sur la riche Barcelone, ou par Martin Malvy (Midi-Pyrénées) et Martine Aubry (la vraie patronne du Nord-Pas-de-Calais), qui veulent chacun leur région « transfrontalière ». C’est évidemment l’anglais, et non les langues régionales – purs prétexte d’un instant pour déconstruire mille ans de construction nationale française – qui fédérera ces regroupement clairement antinationaux dans lesquels le Code du travail, les statuts, le SMIG et les conventions collectives ne feront pas long feu. 

 

 

[12] Poussée par le socialisme ouvrier naissant et encore portée par l’élan de la Révolution jacobine, cette bourgeoisie a AUSSI institué l’école laïque, gratuite et obligatoire, mis en place la loi de séparation de l’Église et de l’État, institué la loi passablement démocratique de 1901 sur les associations, interdit le travail du dimanche… Quelle différence avec l’oligarchie capitaliste actuelle et avec ses reptiliens serviteurs « socialistes » du type de Manuel Valls !

 

 

[13]  Pressé d’équilibrer les BRIC, qui parlent portugais (Brésil), russe, mandarin ou hindi, l’Oncle Sam mène de front en ce moment deux négociations secrètes ; l’une avec les Européens (Union transatlantique) et l’autre avec les Japonais, les Coréens du Sud, etc. (Union transpacifique). Et quelle sera la langue officielle de l’Union transatlantico-pacifique quand ces négociations seront venues à leur terme et que Wall Street sommera la Maison Blanche d’unifier les deux Unions ? Alors que le système capitaliste fait fonds depuis cinquante ans sur une propagande « antitotalitaire » frelatée, il porte en ses flancs une pensée unique, une langue unique, une économie et une culture uniques qui battent d’avance tous les records de totalitarisme – si l’on tient à utiliser cette notion passablement floue – puisqu’elles s’étendront aux moindres recoins de la planète : plus la moindre île déserte, plus le moindre îlot d’Utopie où fuir ce « devenir-monstre » (dixit André Tosel) de la mondialisation capitaliste. Radicalisée, un tel système unique – heureusement traversé par bien des contradictions – signifierait la mort de l’humanité en tant qu’humaine : car UNE pensée, UNE culture, UNE langue, égalent nécessairement ZERO pensée, ZERO langue, ZERO culture pour peu que l’on ait compris que la pensée a besoin de diversité et de contradictions pour exister. Nous avons défendu par ailleurs la thèse selon laquelle « l’exterminisme est le stade suprême de l’impérialisme ». Mais il y a bien des moyens d’exterminer l’humanité en lui laissant l’illusion provisoire d’exister…

 

[14]  Il faudrait aussi évoquer le sort des francophones belges. Violant les prétendues règles démocratiques de l’U.E., la droite dure flamande persécute les francophones qui résident au nord du pays, abandonne la Wallonie en crise à son sort et resserre son étreinte menaçante sur Bruxelles ; or, la seule réponse du chef de file socialiste des francophones, M. Elio Di Rupo, le premier ministre fédéral belge, est de s’adresser à l’ensemble de ses compatriotes en anglais !
 

[15]  Y compris sans doute de l’anglais britannique, en passe d’être avalé par le globish et par l’américain, et dont il serait sans doute stupide de priver les Écossais et les Gallois, sans parler des Irlandais, pourvu qu’ils disposent tous des moyens de recouvrer leur langue historique.
 

[16]        http://www.debunkersdehoax.org/depenses-ahurissantes-pour-les-cours-darabe-a-lecole-intox-de-marion-le-pen

[17]    http://www.slate.fr/story/33579/francais-anglais-langues-etrangeres-ecole

[18]  Rappel orthographique : le substantif « le(s) français » en minuscules désigne la langue française et, au pluriel, ses divers usages, hexagonal, québécois, romand, wallon, etc. ; le substantif le(s) Français, avec la majuscule, désigne le ou les citoyens de nationalité française, donc des personnes.

 

 

[19] Honte à ceux des officiers français qui acceptent sereinement, pour poursuivre leur brillante carrière au sein de l’O.T.A.N., que l’anglais devienne la « langue de travail » de l’armée « française ».
 

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 21:58

 

15 mars 2016

Hubert Prévaud (CGT Toulouse)

La loi Travail présentée par la ministre El Khomri est une attaque sans précédent contre les salariés, comme nous le détaillons dans l’article ci-contre. A la veille du 51e Congrès de la CGT, du 18 au 22 avril, cette attaque est une véritable provocation de la part du gouvernement. Beaucoup se demandent pourquoi le gouvernement prend de tels risques – et pourquoi maintenant.

Tout d’abord, cette remise en cause profonde du Code du travail répond à une nécessité du point de vue des intérêts de la classe dirigeante. Dans le contexte d’une crise économique globale, la compétition devient de plus en plus rude pour gagner des parts de marché. Les capitalistes cherchent à accroître la compétitivité de leurs marchandises en réduisant la part de richesses qui revient aux salariés, dans la production. De plus, étant donnée la profondeur de cette crise, ils veulent pouvoir se débarrasser des salariés à moindres frais, le moment venu.

Mais il faut aussi replacer cette offensive dans le contexte de l’état d’urgence, qui a créé un climat dont le gouvernement pensait profiter pour intimider les salariés, en particulier après la lutte des travailleurs d’Air France, en octobre dernier. Etant donnée la relative passivité des directions syndicales au niveau national, le gouvernement s’est dit que le moment était bien choisi pour frapper. La faiblesse invite à l’agression.

Nouvelle direction, même stratégie

Depuis que Martinez a remplacé Lepaon à la tête de la CGT, le discours est devenu plus radical, reflétant une radicalisation à la base. Martinez a fait un tour de France pour rentrer en contact avec des centaines de bases syndicales. Il a avancé la revendication de la semaine de 32 heures. Mais au-delà du ton plus radical dans les discours, il faut reconnaître que la stratégie n’a pas vraiment changé. La direction confédérale reste trop conciliante avec le gouvernement.

En témoigne la timide réaction face à l’état d’urgence. Il aura fallu la réaction des bases syndicales – et notamment de structures départementales, comme l’UD 75 – pour que la direction modifie sa position et s’oppose à l’état d’urgence.

En témoigne aussi la relative passivité face aux attaques contre les salariés d’Air France et de Goodyear. La direction de la CGT aurait dû lancer une vaste campagne contre la criminalisation de l’activité syndicale, à l’échelle nationale, qui aurait sans doute mobilisé de nombreux secteurs.

La CGT justifie souvent cette passivité par la recherche de l’unité syndicale. Cela revient à chercher le plus petit dénominateur commun avec la CFDT, dont la direction est de plus en plus intégrée à l’appareil d’Etat. Cette stratégie du « syndicalisme rassemblé » est toujours promue, hélas.

Ces dernières années, la plupart des journées d’action ont été un échec complet – non seulement en termes d’impact sur la politique gouvernementale, mais aussi en termes de participation, car les travailleurs savent qu’elles ne mènent à rien. Par crainte de perdre leur statut de « partenaire social », mais aussi le contrôle d’une mobilisation, les dirigeants confédéraux ne veulent pas sérieusement préparer un mouvement de grève reconductible. Pourtant, beaucoup ont compris que les journées d’actions ne suffisent plus et qu’il faut des méthodes d’action plus radicales pour faire plier le gouvernement. Les conditions sont aujourd’hui favorables à ce type d’action.

Quel projet politique ?

En fait, même une grève générale reconductible ne sera pas suffisante pour régler les problèmes des travailleurs. La grève générale est une action défensive. Or il faut aussi passer à l’offensive. Le mouvement syndical doit avoir un projet, une perspective politique. Il y a un besoin vital de « repolitiser » la CGT. Il faut préparer les travailleurs à une transformation fondamentale de la société. Car contrairement à ce qu’on entend souvent, la direction de la CGT a bien un programme politique, même si elle ne le définit pas comme tel. Et le problème, c’est que ce programme se limite à des réformes dans le cadre du capitalisme, en attendant qu’une nouvelle et illusoire période de « 30 glorieuses » permette d’arracher des concessions au patronat. C’est pourtant sur cette question centrale que tout se joue. De ce côté, rien n’est prévu dans les documents du Congrès. La direction ne semble pas prête à aborder cette question.

Mais la question se posera, dans tous les cas, car la crise du capitalisme va s’aggraver, malheureusement, et poussera de plus plus de travailleurs à se mobiliser plus fortement. C’est une nécessité !

http://www.marxiste.org/actualite-francaise/luttes-mouvement-syndical/1966-la-cgt-a-la-veille-de-son-51e-congres

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 21:03

 

jeudi 17 mars 2016 par Bernard Giusti Secrétaire Général Adjoint

PROPOSITIONS D’AMENDEMENTS DE LA CGT COCHIN POUR LE 51E CONGRES CONFEDERAL

 

RAPPORT D’ACTIVITE
Préambule
« Les luttes, et notamment les grèves, ont largement été amoindries, voire stérilisées, par la fragmentation permanente des mobilisations. Les « grèves en saut de puce » ne font que démobiliser les travailleurs. Il est de la responsabilité de nos dirigeants, à tous les niveaux, de regrouper les mobilisations (arrêter de mobiliser une Fédération un jour, une autre le lendemain…) et notamment d’avoir recours à la grève générale reconductible pour lutter efficacement contre les assauts du capitalisme. Seule la paralysie du pays fera reculer les patrons et leurs sbires. »

 

II. LES ENJEUX DEMOCRATIQUES
d) La pratique démocratique dans la CGT
« Les luttes sur le terrain sont primordiales. Toute la place doit être laissée aux syndiqués dans les décisions de leur syndicat. Les CE de tous les syndicats sont souveraines et peuvent ou non accepter les propositions de leurs Unions Syndicales, de leur Fédération ou de la Confédération. »

 

LA CGT, UN SYNDICALISME DE RASSEMBLEMENT
b) Le rapport aux autres
« Le syndicalisme rassemblé a largement fait la preuve de son inefficacité et de sa nocivité pour les travailleurs. Le syndicalisme rassemblé en tant que rassemblement à tout prix et avec n’importe qui doit être abandonné.
Le regroupement des organisations de défense des travailleurs doit se faire autour de nos objectifs et de nos valeurs, et impérativement se situer dans un contexte de lutte des classes. L’unité syndicale ne doit en aucun cas entraîner un reniement de nos valeurs fondamentales. »
c) La CGT œuvre au rassemblement en Europe et dans le monde
« La CGT doit sortir de la CES et de la CSI et ré-adhérer à la FSM. La récente trahison de la CES à propos de la Grèce, et surtout des travailleurs grecs, est un des exemples de sa nocivité. La CES s’insère dans une conception réformiste incompatible avec nos valeurs fondamentales de lutte des classes et de changement de régime politique. La FSM, construite en 1945 avec la CGT, a gardé ses positions de lutte des classes. La ré-adhésion à la FSM situerait à nouveau nos luttes sur son véritable terrain, le capitalisme mondial. »

 

LA CGT, UN SYNDICALISME DE SYNDIQUES
d) Vie syndicale
« La réalité de la lutte des classes doit sans cesse être réaffirmée et reste le principe fondamental de l’action syndicale.
L’action syndicale trouve sa concrétisation et son efficacité sur le terrain, et ne saurait se confondre avec une multiplication de réunions ou de groupes de travail de décideurs institutionnels de la CGT. »

http://www.cgtcochin.fr/Amendements-proposes-par-la-CGT.html

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 14:13

« Nous sommes en guerre » affirmait il y a quelques semaines le premier ministre entre deux coups de menton… Il avait raison. Ce gouvernement, directement aux ordres du Medef et de l'UE, livre une guerre sans limite contre tous les acquis que le peuple avait su arracher lors de luttes mémorables et de rapports de force solidement installés, mettant sur la défensive le pouvoir patronal en 1936, en 1944-45 ou encore en 1968.

 

Tandis que les grosses entreprises et les gros actionnaires sont gavés de subventions publiques et autres exonérations, l'agriculture familiale comme l'artisanat sont laminés et les classes populaires condamnées à la dégradation continue de leurs conditions de vie : emploi, salaires, santé, logement, éducation, transports, culture, associatif, tout est passé à la moulinette euro-patronale pour construire une société du profit et de l'opulence d'un côté et pour le plus grand nombre de la précarité, de l'insécurité, de l'isolement, de la misère. Et les travailleurs comme ceux d'Air France ou de Goodyear qui entendent faire respecter leurs droits sont pourchassés, arrêtés et condamnés !

 

Il y a quelques mois, le ministre grec des finances avait vendu la mèche, révélant que derrière la Grèce, c'était directement la France, ses conquêtes sociales et son peuple frondeur qui étaient dans le collimateur de l'UE et des forces capitalistes dominantes, apparaissant comme le dernier verrou au totalitarisme du capital qu'entendent imposer les maîtres de l’Europe. Ce n'était d'ailleurs pas vraiment une révélation...

 

Aujourd'hui, une nouvelle étape est franchie avec la loi El Khomri précédée des lois Macron et du rapport Badinter (le mari de la milliardaire du même nom, celle qui préside le conseil de surveillance de Publicis). C'est tout bonnement le code du travail que le gouvernement entend brûler et avec lui les acquis de décennies de lutte, permettant au patronat d'exploiter ses salariés comme il le faisait au 19ème siècle et comme il continue à le faire en délocalisant. C'est la loi du capitalisme, la loi du marché, de l'Euro et de la « concurrence (soi-disant) libre et non faussée ».

 

Le pouvoir comptait sur le « syndicalisme rassemblé » et la complicité de certaines directions syndicales habituées à la compromission, CFDT en tête, et le très consensuel communiqué intersyndical des confédérations, le 23 février dernier semblait lui donner raison.

 

Mais il risque de tomber sur un os.

 

Cet os, c'est la colère populaire qui depuis quelques mois prend peu à peu la place du découragement. Le ras-le-bol de cette société de plus en plus inhumaine, des mensonges et contre-vérités proférés sans aucune pudeur par des médias complètement contrôlés par les forces de l'argent, de cette justice de classe qui condamne les syndicalistes mais qui annule les procédures contre les puissants, de cette France d'en-haut, des palais dorés et des beaux quartiers qui suinte de son mépris et de sa peur du peuple,... ce ras-le-bol est sensible dans tout le pays.

Il est prêt à se cristalliser à partir de l'attaque en règle que constitue la destruction du code du travail.

 

D'ores et déjà : de nombreuses organisations syndicales de base (jusqu'à des fédérations CGT) réclament la construction sans attendre du « tous ensemble » ; les organisations de jeunesse et d'étudiants semblent vouloir reprendre le chemin gagnant de la lutte contre le CPE en 2006 ; une pétition contre la loi El Khomri a été signée par des centaines de milliers de personnes ; un appel à la grève générale le 9 mars lancé sur internet et ayant lui aussi recueilli des dizaines de milliers de signatures en quelques jours a été repris à son compte par de larges secteurs de la CGT….

Dans le même temps, une grève est prévue le 9 mars à la SNCF et à la RATP, une autre est en préparation dans la FP pour le 22 mars, tandis que les organisations syndicales nationales semblent vouloir opter de manière très floue pour une « journée d'action » le 31 mars. Sans oublier bien sûr les nombreuses initiatives des comités Goodyear un peu partout dans le pays et qui appellent à lier la défense des libertés démocratiques et syndicales à la construction d'un « tous ensemble » si nécessaire.

 

Dans ce contexte de montée des luttes, oui la France des travailleurs, celle qui de la Révolution Française à 1968 ou 1995 en passant par la Commune ou la Résistance fait peur aux puissants, peut mettre un coup d'arrêt à l’offensive de « l'aristocratie des riches » comme l'appelait déjà Robespierre.

 

L'expérience des 20 années de défaites successives doit être un guide pour l'action. Pas question que se répètent les précédents de 2003 ou 2010 où le syndicalisme de sommet avait dès le départ annoncé qu'il ne voulait pas bloquer les profits, où les journées d'actions avaient été espacées et les secteurs en pointe laissés isolés et sans soutien. Les manœuvres de la CFDT ont déjà commencé et le report annoncé du texte doit être l'occasion d'approfondir la mobilisation, pas de laisser le temps au gouvernement et au syndicalisme d'accompagnement de faire diversion.

 

Pour gagner contre les régressions en cours, contre ce pouvoir qui s’assoit sur ses promesses de campagne et la souveraineté populaire et qui envoie nos camarades de la CGT Goodyear en prison, c'est un mouvement tous ensemble en même temps, comme en 1936, que nous devons préparer en faisant converger la colère et les revendications, en associant toute les forces syndicales, associatives, politiques prêtes à se jeter dans la bataille, en s'assurant que la volonté de ceux d'en bas soit suivie par ceux qu'ils ont chargés de les représenter.

 

Face aux immenses périls qui menacent les travailleurs, l'heure des grandes mobilisations a sonné.

Pour le 9 mars et ce printemps 2016, faisons monter ces mots d'ordre : « Tous ensemble » contre la casse du code du travail qui soumettrait totalement les travailleurs au patronat, contre la politique euro-formatée du gouvernement et du Medef, pour les libertés syndicales, pour commencer à avancer à nouveau sur la voie d'une société fraternelle, basée sur les besoins et les aspirations du peuple.

 

A partir du potentiel de résistance encore bien vivace dans le pays comme en 2003, en 2010 ou en 2005 avec le Non populaire à la Constitution européenne, construisons le « tous ensemble » pour gagner et ouvrir enfin des perspectives progressistes !

 

Front Syndical de Classe, 1er Mars 2016

 

 

frontsyndical.classe@laposte.net

 

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