Par Maïté Pinero Journaliste et Ecrivaine, ancien correspondante de l’Humanité
Ce texte est une contribution au débat des communistes. Je n’entendais pas le publier en dehors du site du PCF. Cependant, je constate que vient d’être publié par la commission des contributions un texte qui sous couvert de « contribution » est en fait une pétition (avec appel à soutenir). Elle émane, non d’une fédération, d’une section, d’une cellule, mais de 200 camarades de diverses fédérations qui ne discutent pas, mais contestent le vote majoritaire de la résolution du Comité national en faveur d’une candidature communiste. Ce texte, arborant le sigle PCF, publié seulement aujourd’hui par la commission des contributions, avait été envoyé d’abord à l’AFP et a donc été repris par la presse, manière de mettre sous pression et en demeure la commission.
Quand on lit sous certaines plumes qu’une candidature communiste à la présidentielle serait «une candidature de division» on se demande quel autre argument pourront utiliser nos adversaires pour nous dénigrer. Au contraire, le PCF agit, ses militants sont présents dans les luttes d’un peuple qui ne se résigne pas à cette forme de dictature néo-libérale que nous connaissons. Luttes qui nourrissent leurs réflexions et débats pour donner force et perspective au combat.
Toutes les opinions et argumentations sont plus que nécessaires, les procès d’intention non. Si une candidature communiste est qualifiée «de division», il va falloir inventer des superlatifs pour qualifier l’auto- proclamation d’un Mélenchon ou l’ambition hégémonique d’un Yannick Jadot.
Il va falloir, aussi, soumettre à révision notre histoire: Par exemple, en 1936, alors que le danger fasciste était aux portes et qu’existait le pacte pour le pain, la paix et la liberté, les candidatures partout de députés communistes; Celle, en 1981 de Georges Marchais, au premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’existait un Programme Commun (déjà renié par le PS).
Il faudrait encore analyser ce qui fonde la légitimité d’un parti à présenter des candidats à toute élection. A partir de quels critères, sondages, serait-il autorisé à mettre en discussion ses propositions? Le pluralisme est-il pour certains à usage limité?
Le même raisonnement pourrait conduire à s’interroger sur l’inconséquence des délégués au congrès de Tours. A la majorité certes, ils installèrent un idéal «minoritaire», la révolution et son outil. Tout marchait si bien jusqu’alors, dans le consensus de la collaboration de classe et malgré les voix «minoritaires» et discordantes dans le mouvement ouvrier. Heureusement, les sondages n’existaient pas à l’époque et quand bien même, cela les aurait fait rire, nos délégués de Tours.
L’argumentation qui succède à l’accusation de «division» avance que cette candidature s’opposerait à la «construction du rassemblement».
Il reste à construire, précisément en mettant à profit cette caisse de résonnance de l’élection présidentielle (à deux tours), conjuguée avec celle des législatives qui imposent des alliances. Une candidature claire au premier tour donnera sens et contenu aux accords des législatives afin d’élire des députés communistes et de gauche, portés par un électorat aux choix déterminés et qui exigera des comptes.
En effet, le rassemblement signifie bien autre chose qu’un programme présidentiel ponctuel qui, en l’état actuel des choses, apparaîtrait comme un leurre de plus. Que signifie «unir la gauche» sur une personne quand cette gauche est divisée, a perdu tous repères, est discréditée?
Récapitulons l’histoire récente. Un Programme commun qui se solde en 1983 par l’imposition de l’austérité et l’idée de la fatalité de la crise; Avec un Mitterrand qui fait le lit du Front National en croyant diviser la droite; Un parti socialiste qui a disposé en même temps, de la présidence, de la majorité à l’Assemblée, a dirigé toutes les grandes régions, pour sombrer dans le reniement; Un Hollande qui racole sur le thème « mon ennemi c’est la finance» et lui ouvre grand les portes; Un Mélenchon qui utilise notre force militante et notre argent pour ensuite liquider le Front De Gauche et dévoiler le même objectif que Mitterrand, faire disparaître le PCF.
Toute ces expériences confirment que la construction du changement nécessite un rassemblement populaire mobilisé et inventif, seule garantie de la tenue des engagements. Sans le moteur de l’engagement citoyen, seul capable d’imposer les réformes politiques, nous construisons sur du sable, tout s’achève en désillusions. Les quelques mesures sociales qui récompensent le vote sont aussitôt supprimées car les mesures politiques contre le capitalisme ne suivent pas.
Nous sommes englués dans l’ornière d’une gauche dont les valeurs se sont effondrées, représentée par des carriéristes aux longues trajectoires, de boutiquiers. Tous s’accommodent de l’abstention grandissante des quartiers populaires, résultat des reniements. Finalement, une sorte de vote censitaire a été installé. Gangrenée la démocratie, le pouvoir liquide tous les conquis sociaux. Atomisée, dévorée de seuls calculs électoralistes, la gauche est un ventre mou.
Il serait illusoire de prétendre construire le changement en téléphonant, tous les matins, aux autres partis, en organisant des colloques, utiles mais entre gens convaincus, à négocier un minimum, susceptible de mettre tout le monde d’accord.
Au demeurant, la détermination des autres candidats est totale. Ils ne renonceront pas. Qu’allons-nous inventer? Des comités citoyens? Déjà essayé. Ensuite? On va encore sonder des «personnalités du mouvement social ou féministe», susceptibles d’incarner le rassemblement? Bricolage! Tout est vain sans un grand mouvement mis en branle avec la conviction, la confiance, les raisons d’agir.
Pour retrouver ses valeurs, la gauche a besoin d’une grande campagne communiste qui porte les propositions radicales dont le pays a besoin. Elle doit résonner partout, dans le nu de la vie, s’attaquer autant à la désespérance qu’à la délégation de pouvoir.
Devant les entreprises, pour exiger une politique d’emploi et de réindustrialisation de la France.
Devant les hôpitaux, où les soignants se sacrifient pour exiger les moyens de leur fonctionnement et aussi une grande politique de prévention, seule à même de mieux soigner en réduisant les inégalités.
Devant les agences de pôle emploi, où l’impuissance des employés répond à la désespérance des chômeurs.
Sur les campus, où les étudiants, dont la majorité travaille pour financer des études de plus en plus chères et sélectives, sont déjà des chômeurs avant l’heure. Ils ont besoin de la solidarité de la nation afin de ne plus aller, comme c’est le cas aujourd’hui, bardés de diplômes à pôle emploi.
Dans les campagnes, où les services publics, ne sont souvent plus qu’un souvenir.
Devant les Ehpad, notamment les privés, dont les propriétaires figurent au Cac 40, où nos parents ont été les premières victimes du Covid.
Devant les lieux de la culture, traitée non comme bien essentiel mais comme supplément d’âme pour les mieux lotis.
Dans les quartiers populaires, qui cumulent les problèmes, subissent toutes les discriminations.
Une campagne communiste qui nommera les problèmes par leur nom, dénoncera le capitalisme, la finance et le pouvoir à son service. Qui appellera, avant, pendant et après le vote, à agir pour tout changer, tout réinventer. Elle est seule capable de galvaniser la force militante qui n’en peut plus de jouer un rôle supplétif au service d’accords électoraux, toujours trahis.
Une campagne communiste qui déploiera celle déjà engagée par le secrétaire national devant les usines qui licencient, devant Sanofi pour exiger la liberté des brevets pharmaceutiques, à Bruxelles pour y dénoncer l’évasion fiscale, dans les collectes de solidarité pour appeler à agir contre la pauvreté.
Alors que la candidature n’est pas encore votée, le parti communiste est redevenu protagoniste de la vie politique. Dans tous les médias, cela se lit, se voit et s’entend. Le parti fantôme est reconnu interlocuteur quand il parle en son nom pour s’adresser à toute la société.
Les « La Palice » argumentent qu’un communiste ne sera pas élu. Laissons aux autres, l’ambition boutiquière. La nôtre est celle du parti révolutionnaire qui s’est mis debout dans les plus grands dangers, dont l’existence belligérante a toujours été utile à la gauche et au pays.
La présidentielle est un moment imposé de mise en tension de la vie politique. Notre candidature est le ferment indispensable pour donner à notre peuple les raisons et le désir de redevenir acteur de son destin et de celui du pays.
L’effacement perpétuel du PCF ne serait qu’une manière de déserter et disparaitre sans bruit. Un enterrement de dernière classe. Pour le résultat final, y compris en termes d’accords ou de résultats électoraux, allons donc à Rome, rue des Boutiques Obscures, demander aux camarades italiens. Sans nous, personne ne changera vraiment rien du tout, sans nous les autres s’arrangent toujours pour enterrer l’espoir. Et le danger à combattre grandit.
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