Il y a certes dans cette prise de conscience par la “clarté gauloise” d’être les dupes d’un discours émotif et hypocrite, des gens qui s’avèrent incorrigibles. Aveugles ils sont, aveugles ils veulent rester… Un Jadot ou ses pareils, mais il est rare qu’ils le soient sans en tirer quelques profits tout à fait triviaux.
Celui qui a pu entendre sans rire le chef de l’Etat prononcer les paroles, dont nous faisons état ici, est soit un naïf, soit quelqu’un qui en matière de “citoyenneté” comme une grande partie de la direction des médias, des “élites” politiques, s’avèrent être des gens habitués à vivre au-dessus de leurs mérites et des besoins du pays et qui veulent que cela continue. Soit les deux, l’être humain est ainsi fait qu’il arrive aisément à se convaincre du bien fondé de ce qui lui convient personnellement et il est des crédulités confortables .
Emmanuel Macron a dénoncé “l’attaque brutale” de Vladimir Poutine contre l’Ukraine et a appelé les Français à “accepter de payer le prix de la liberté et de nos valeurs” face aux conséquences économiques du conflit, lors d’un discours à Bormes-les-Mimosas (Var), vendredi 19 août.
En revanche, l’opinion publique dans son immense majorité, même quand elle continue à gober la diabolisation de l’adversaire, qu’il s’agisse de la Chine ou de la Russie a du mal à ne pas percevoir les lacunes d’un raisonnement qui exige de nous des efforts de plus en plus insupportables pour nous protéger d’une armée russe dont on nous explique jour après jour qu’elle ne tient pas devant la petite et courageuse Ukraine. La manière dont on transforme quelques “sabotages” de troupes spéciales en reconquête offensive et tout cela pour nous inviter à accepter de nous saigner à blanc pour défendre l’hégémonie nord-américaine et celles de quelques-uns de nos capitalistes associés. Quand le même dénonce comme inflationniste, la moitié du rattrapage salarial créée par leur politique, le désastre de nos services publics,
Surtout si l’on découvre que les capitalistes ont profité de toutes les guerres auxquelles notre président ne cesse de nous convier : de la lutte contre le COVID dont les personnels soignants ont été la chair à canon à la maîtrise des incendies (cette fois ce sont les pompiers) et maintenant ils sont prêts à tolérer que leur “allié’ nous crée un nouveau Tchernobyl et pourquoi pas Hiroshima.
Dans un tel contexte, nous inviter à accepter de payer le prix de la liberté et de nos valeurs, présente en outre l’inconvénient majeur de s’incarner tous les jours dans la valse des étiquettes, il y a ceux qui peuvent ignorer encore ce coût et il y a les autres. Sans parler du fait que les “héros” de la liberté fleurent bon la corruption et l’escroquerie, bref une complicité dans l’art de piller leur propre peuple sans que comme pour le peuple russe cela soit réellement palpable.
Nous perdons la guerre sur le plan militaire mais celle de l’information n’est pas assurée pour le camp de Macron et on se dit qu’à la fin en matière d’arguments il ne leur restera plus que l’apocalypse nucléaire.
Nous n’en sommes pas encore à pouvoir par un coup de magie mettre en cause l’ensemble du discours et refuser russophobie et sinophobie, mais il est évident d’abord que le péril contre lequel on nous met en garde perd de sa force de conviction face à la masse des problèmes auxquels en son nom on nous invite à nous résigner. Et effectivement on ne sort pas de l’idéologie par l’idéologie. Mieux vaut alors ne pas discourir sur de grands plans si l’on n’a pas la force de les occuper par une riposte de masse, mais préparer une foule assez nombreuse pour imposer la paix à un tel fatras de bon sentiments.
Cette trivialité de la matière et de l’organisation sans laquelle il n’y aura pas d’arguments face à l’émotivité touchante de ceux qui prétendent nourrir la guerre par humanisme doit partir de ce que ressent celui qui acquitte la note des humeurs des maîtres comme le décrit Brecht dans Puntilla et son valet Matti :
Pendant trois jours Monsieur Putila
A l’hôtel du Parc de Tavasthus se soûla
Et le garçon quand il s’en alla,
Ne daigna pas lui dire au revoir.
“Garçon, quelle est cette façon de vous conduire ?
La vie est drôle, non? – Je ne saurais le dire ,
Dit le garçon, car le dos me tire
D’être debout du matin au soir”
Mais incontestablement ce qui aurait le plus séduit Brecht est cette anecdote publiée dans le Parisien d’aujourd’hui qui à la manière du soldat Schweick témoigne des pratiques totalement déroutantes par lesquels les individus de la piétaille réagissent à la guerre.
On peut effectivement interpréter les faits de manières totalement différentes mais incontestablement les faits et les interprétations différentes nient le narratif de nos médias et les propos exaltés de notre président. Ce que l’article considère comme “déroutant” mais qui n’est tel que par rapport à ce que dit notre propagande et son manichéisme belliciste, ses exhortations morales à entretenir leurs fêtes avec nos efforts et que tout cela soit conçu comme la liberté.
Mais en multipliant les points de vue sur le principe que quand des voleurs se battent entre eux, l’honnête individu a toujours quelques révélations à prendre, il faut aussi conserver présent à l’esprit l’activité de l’OTAN : Des véhicules de la KFOR, les forces de l’Otan, déployés dans le nord du Kosovo. Comme un avertissement aussi à ceux qui voudraient faire tomber la région dans un conflit territorial. L’échec des pourparlers entre la Serbie et son ancienne province font craindre une escalade des tensions, nous dit View on euronews. A ce moment-là l’anecdote, les discours prennent leur sens.
Albanie : deux Russes et un Ukrainien arrêtés en tentant d’entrer dans une usine d’armement
Le Parisien avec AFP – Il y a 22 min
Déroutant. Deux Russes et un Ukrainien ont tenté d’entrer par la force dans une usine d’armement en Albanie, blessant deux soldats albanais qui leur ont barré la route, a annoncé samedi soir le ministère de la Défense. L’un des suspects a attaqué les gardes tout en essayant de prendre des photos de l’usine de Gramsh (centre), où sont démantelées des armes non utilisées, selon le communiqué du ministère. Un évènement qui survient alors que le conflit entre la Russie et l’Ukraine entre dans son sixième mois. « En tentant d’échapper au contrôle, l’un des ressortissants russes, identifié par les initiales M.Z., 24 ans, a utilisé un spray neuroparalysant sur les deux gardes » surveillant le site, selon la même source. Il a par la suite été arrêté.
Soupçons d’espionnage
Les deux autres, un Russe de 33 ans identifié comme S.T. et un Ukrainien de 25 ans identifié comme F.A., ont également été arrêtés aux abords de l’usine. Deux soldats albanais ont été emmenés dans un hôpital de Tirana après avoir subi des blessures aux yeux, selon le communiqué. Le Premier ministre albanais Edi Rama a déclaré que les trois personnes étaient « soupçonnées d’espionnage ». La police militaire, ainsi que les services de renseignement et de lutte contre le terrorisme, ont été dépêchés sur place pour enquêter sur l’incident. L’Albanie est membre de l’OTAN depuis 2009.
Bon ce soir je vais aller revoir Rashmon de Kurosawa : Dans le Japon de la fin Heian (794-1185), quatre personnes présentent des versions très différentes d’un même crime. Un bûcheron ayant découvert un corps, un procès est ouvert. La première version du crime apparaît dans la bouche du bandit qui avoue être l’auteur du meurtre, puis on découvre celle de l’épouse qui dit avoir tué son mari, puis celle du défunt samouraï qui, par la bouche de la medium raconte s’être suicidé. La quatrième version correspond à celle du bûcheron qui, revenant sur sa déclaration, annonce avoir été témoin de la scène. Cela me parait plus d’actualité que toutes les invites hypocrites à suivre la narration de celui dont les intérêts sont les plus éloignés des miens.
Danielle Bleitrach