(1) Danielle Bleitrach avec la collaboration de Richard Gehrke, Bertolt Brecht et Fritz Lang. Le nazisme n’a jamais été éradiqué, La Madeleine, LettMotif, 2015, 410 p. (essai)
César Xavier Portail rouge 30 janvier 2026
La Russie et la Chine ont annoncé la publication, toujours en 2026, de l’intégralité de la correspondance entre Joseph Staline et Mao Zedong, dans le cadre de l’un des plus importants projets de déclassification de documents de ces dernières décennies. Ce projet comprendra environ 420 lettres, télégrammes et notes échangés entre 1943 et 1953, dont plus de 250 sont inédits pour les historiens.
Cette initiative, menée en coopération entre les Archives fédérales russes (Rosarkhiv) et des institutions chinoises, rompt des décennies de secret et intervient à un moment de forte reconfiguration géopolitique, marquée par l’approfondissement de l’axe Moscou-Pékin face aux pressions des États-Unis et des alliés occidentaux.
Une grande partie de la correspondance remonte à la période décisive de la fin de la guerre civile chinoise et aux premières années de la République populaire de Chine, proclamée en 1949. Les documents révèlent que Staline agissait comme conseiller stratégique de Mao, discutant de tout, des tactiques militaires à l’organisation de l’État, en passant par la logistique, les épidémies, l’approvisionnement alimentaire, les chemins de fer et les compagnies aériennes.
Loin d’être de simples formalités diplomatiques, ces lettres témoignent d’un dialogue intense entre deux dirigeants qui ont façonné le monde socialiste d’après-guerre. Staline, qui utilisait le pseudonyme de « camarade Filippov » pour des raisons de sécurité, y formulait des recommandations pratiques et, dans certains cas, offrait une aide militaire directe, comme la fourniture d’armes antiaériennes.
Le dirigeant soviétique formula des recommandations pratiques. « Ce projet, calqué sur le modèle soviétique de centre administratif et de planification, est très complexe. Il faut le simplifier et le réduire », écrivit-il à Mao au sujet de la création des organes gouvernementaux. Et dans un autre message, il proposa sans ambages : « Si vous n’avez pas peur d’accepter des armes antiaériennes et des canons de type russe, nous pouvons vous les fournir. »

En décembre 1949, Mao Zedong et Joseph Staline se trouvaient à Moscou.
Reproduction/Musée national de Chine

Malgré l’image ultérieure d’une unité monolithique, la correspondance révèle une relation empreinte de prudence mutuelle. Staline a maintenu des réserves dès 1930, même après la victoire communiste chinoise. Mao, quant à lui, recherchait le soutien soviétique sans renoncer à son autonomie stratégique. Mais le ton de cette correspondance est surprenant : aucune pression ni imposition, seulement des conseils fraternels et un respect mutuel.
La guerre de Corée, qui débuta en 1950, rapprocha les deux pays, consolidant l’alliance formalisée par le traité sino-soviétique d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle. Cependant, des documents suggèrent que cette coopération coexistait avec des tensions latentes, qui allaient ressurgir après la mort de Staline en 1953 et aboutir à la rupture sino-soviétique des décennies suivantes.
Le directeur de Rosarkhiv, Andreï Artizov, a clairement indiqué que la politique de coopération archivistique de la Russie s’articule aujourd’hui autour des pays « amis », citant la Chine, l’Inde, le Vietnam et d’autres partenaires stratégiques. Dans ce contexte, l’ouverture des archives constitue un geste à la fois académique et politique.
La publication coordonnée de ces documents peut servir d’outil de diplomatie historique : elle renforce le récit d’un partenariat profond entre Moscou et Pékin, signale un alignement stratégique actuel et offre à la Russie un capital symbolique dans les négociations futures, y compris avec l’Occident.
Pour les chercheurs, cette publication promet de redéfinir la compréhension de la formation du bloc socialiste asiatique et du rôle soviétique dans la consolidation du régime chinois. Sur le plan international, ce geste porte un autre message : l’histoire, lorsqu’elle est déclassifiée au moment opportun, peut servir de langage politique et diplomatique.
En ouvrant aujourd’hui les archives de Staline et de Mao, la Russie et la Chine ne se contentent pas de revisiter le passé ; elles le réactivent comme force motrice dans la lutte pour les récits et la construction d’alliances dans un monde à nouveau marqué par des rivalités systémiques.
Dans la vidéo, le correspondant de la chaîne Zvezda entre en contact avec les auteurs des documents originaux à Moscou. La correspondance s’effectuait par télégrammes cryptés, transmis par des personnes de confiance : conseillers soviétiques de Mao, services de messagerie et représentants spéciaux. Nombre de documents étaient manuscrits de Staline ou de Viatcheslav Molotov lui-même, avec des corrections apportées par les deux dirigeants – preuve manifeste d’une intervention directe dans le texte. Il ne s’agissait pas d’une bureaucratie aride, mais d’un dialogue vivant entre deux architectes du monde socialiste.