Le verrou géostratégique : ce que personne ne dit
Pour l'Iran dans sa configuration politique actuelle, il ne s'agit pas seulement de survivre. Il s'agit de tenir une position que personne d'autre dans la région ne tient. Il suffit de regarder avec une carte les rapports liés entre les états de la région et l'impérialisme américain : Le Pakistan est Aligné sur Washington, l'Arabie saoudite est Inféodée au dollar et à la protection américaine, les Émirats sont la base arrière de l'Occident, l'Égypte est sous perfusion et la Turquie elle-même, malgré ses velléités d'autonomie, reste dans l'Otan.
Dans tout cet espace, qui échappe véritablement à l'hégémonie américaine et qui refuse d'être un relais des intérêts occidentaux ? L'Iran. Et peut-être l'Afghanistan, malgré son isolement... Cette singularité n'est pas anecdotique — elle est géopolitiquement intolérable pour l'Occident. Car l'Iran se dresse là où se joue l'avenir des ressources pétrolières et leur passage obligé une fois extraites par le détroit d'Ormuz.
Le détroit d'Ormuz : la clé du monde !
Pourquoi cette obsession à déstabiliser Téhéran ? Pourquoi ces décennies de sanctions (au nombre de 1500), de pressions, de menaces ?
Toute analyste lucide débouche sur un enjeu majeur : le contrôle des routes énergétiques. 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz. Tant que l'Iran tient ses côtes, tant qu'il peut, par sa seule existence, menacer de fermer ce robinet et de provoquer la vulnérabilité des pays occidentaux capitalistes.
La Chine, première puissance économique mondiale, s'approvisionne massivement dans le golfe Persique. son approvisionnement en pétrole reste vulnérable. Les USA le savent très bien !
L'Iran est le verrou que l'Occident n'a pas réussi à forcer
Derrière les discours sur les droits de l'homme et la démocratie, la réalité est crue : il s'agit d'empêcher la Chine de sécuriser son approvisionnement énergétique. Il s'agit de briser le seul État de la région qui refuse de s'aligner sur le diktat américain.
Le "Grand Israël" : l'autre objectif
Mais il y a plus. En regardant la carte du Proche-Orient, on prend conscience que l'axe Téhéran-Bagdad-Damas, est l'axe chiite, comme on l'appelle, qui sépare physiquement le projet de l'extrême droite israélienne. Le "Grand Israël" rêvé par les faucons sionistes — du Nil à l'Euphrate — ne peut advenir qu'à une condition : que l'Iran soit découpé, que son influence soit brisée, que la continuité territoriale avec l'Irak et la Syrie soit rompue.
Déstabiliser l'Iran, ce n'est pas seulement punir un régime qui conteste l'hégémonie occidentale et américaine. C'est ouvrir la voie à un redécoupage stratégique du Moyen-Orient. C'est permettre ce que les bombardements et les guerres n'ont pas réussi à accomplir. L'Iran est l'os que l'impérialisme n'arrive pas à avaler. Et tant qu'il tiendra, le détroit d'Ormuz restera une épine dans le pied de l'impérialisme!
Une continuité pensée pour survivre à l'individu
C'est précisément parce que les enjeux sont si colossaux que le système iranien a été consolidé pour qu'aucune disparition ne soit fatale :
- L'Assemblée des experts (88 membres), chargée de désigner le guide.
- Le Conseil des gardiens (12 membres), doté d'un droit de veto constitutionnel.
- Le Conseil de discernement, le gouvernement élu, le Parlement, la magistrature.
- Le Bureau du guide et le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), acteur militaire, économique et stratégique majeur.
On peut contester la nature théocratique de ce système. On peut critiquer les restrictions aux libertés. Mais on ne peut pas prétendre qu'il n'existe pas en tant qu'architecture organisée — ni qu'il ne remplit pas une fonction géopolitique unique dans la région.
Le martyr n'est pas l'effondrement
L'Occident belliqueux persiste dans une erreur d'analyse fondamentale : croire qu'assassiner le Guide, c'est abattre le système. C'est méconnaître la profondeur de l'enracinement. Le programme balistique est intégré à la doctrine stratégique. Les alliances régionales (Hezbollah, Houthis, factions irakiennes et syriennes) sont institutionnalisées. Les accords stratégiques avec la Chine et la Russie ont réduit la dépendance au dollar. Le Corps des gardiens contrôle une part significative de l'économie nationale.
Chaque jour depuis 1989, ce système a été consolidé pour survivre à l'individu. Les relèves sont prévues. Les procédures sont écrites. Les intérêts sont institutionnalisés.
1989 : la leçon oubliée !
Selon l'Occident, en 1989, la disparition de Khomeini devait marquer la fin. Elle marqua une transition. Les experts qui annonçaient l'effondrement furent démentis par les faits.
L'Iran de 2026 n'est pas celui de 1989. Son appareil sécuritaire est plus intégré. Son économie parallèle militarisée est plus structurée. Ses alliances régionales sont consolidées. Sa position géostratégique est plus cruciale que jamais. Cela ne signifie pas stabilité éternelle. Cela signifie complexité.
Ce que le fond du débat devrait être
Le débat sérieux ne devrait pas porter sur un effondrement fantasmé, mais sur les tensions internes entre institutions, l'évolution du rapport entre clergé et appareil sécuritaire, la légitimité sociale du système, les équilibres économiques sous sanctions, les scénarios de succession. Réduire la question à la disparition d'un homme relève d'un prisme simplificateur. C'est croire qu'une équipe s'effondre si son capitaine quitte le terrain, alors qu'elle joue depuis près d'un demi-siècle et que son organisation a précisément été conçue pour gérer ce moment.
Mais surtout, c'est refuser de voir la réalité géostratégique : l'Iran n'est pas un simple régime parmi d'autres. Il est le dernier verrou, le seul État de la région qui ne s'est pas aligné, la seule force qui peut encore fermer le robinet d'Ormuz et entraver la réalisation du "Grand Israël".
Reconnaître la cohérence organisationnelle d'un système n'est pas l'approuver. Constater sa résilience ne signifie pas la célébrer. Analyser sa stratégie ne revient pas à l'embrasser. Mais persister, 37 ans après 1989, à répéter les mêmes erreurs d'analyse sans tirer aucune leçon historique — cela interroge !
Et c'est peut-être moins l'Iran qui mérite examen aujourd'hui que la manière dont l'Occident continue de le regarder, incapable de concevoir qu'un dirigeant puisse préférer l'exemple à l'abri, qu'un système puisse être assez cohérent pour survivre à ses martyrs, et qu'une nation puisse tenir tête, seule, aux appétits géopolitiques les plus voraces...
Israël comme les Etats Unis ne peuvent justifier une guerre "préventive". Il n'y a aucune justification à une guerre. Aucunes justification morale, philosophique, religieuse ou culturelle n'est acceptable pour déclencher une guerre.
Une guerre, c'est des morts. L'assassinat d'une partie d'une population par une autre est le cancer de l'humanité depuis toujours. Moralement et philosophiquement, l'agresseur est toujours le mauvais. L'agresseur aujourd'hui est d'extrême droite, colonisateur, génocidaire, en guerre avec le Liban, la Palestine, la Syrie, l'Iran, et a même agressé le Qatar. Ce n'est certainement pas pour les droits de l'homme, qu'Israël attaque l'Iran, quand on voit comment il traite le peuple Palestinien.
L'Iran a peut être un régime tyrannique et meurtrier. Mais l'Iran n'a pas la bombe atomique et n'en veut pas, contrairement a Israël. L'Iran s'est pliée au contrôles de son programme nucléaire, contrairement à Israël. L'Iran n'a jamais attaqué Israël, contrairement à Israël.
Une guerre est faite de victimes et de bourreaux. Il faut de la compassion pour les uns, et une condamnation pour les autres.