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Blog d'actualité politique

Les années Jospin

Publié le 23 Mars 2026 par Vendémiaire in France-Politique - société, Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph...

Les années Jospin

On a appris la nouvelle ce matin, l'ancien premier ministre Lionel Jospin s'est donc éteint. Avant de partir sur une véritable critique de l'homme politique et surtout de sa période de fonction, soulignons tout de même que c'est un peu une époque qui s'éteint. S'il était très critiquable sur bien des aspects c'est une peu le dernier morceau de l'ancienne France qui vient de partir. Il ne reste plus beaucoup de personnel politique ayant le niveau intellectuel global du personnel politique de cette époque. Ce n'est pas un cri du « c'était mieux avant » juste un constat que le niveau intellectuel s'est effondré depuis l'an 2000. Probablement d'ailleurs parce qu'il s'est effondré en général dans toute la population, mais c'est un autre débat. Avant de critiquer l'époque, Jospin, disons tout de suite que je compatis volontiers avec ses proches, il ne faut jamais confondre la critique politique avec la critique d'une personne. Et ses proches méritent le respect des morts.

Les années Jospin je les ai vues en tant qu'étudiant personnellement. En 1997 je venais de renter en IUT pour tout vous dire et à l'époque j'étais plutôt libéral, je sais que cela va faire sourire mes lecteurs. Mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Quoiqu'il en soit, je n'étais guère enthousiaste à la montée de Jospin au pouvoir après l'énorme bévue de Chirac. Pour les plus jeunes, rappelons que Chirac a dissous l'Assemblée nationale alors qu'il avait déjà une majorité même s'il était obligé de faire des alliances et de négocier pour l'avoir. À tout vouloir gagner il a finalement tout perdu et s'est retrouvé à devoir faire une cohabitation avec le PS. Une cohabitation qui ne s'est pas mal passée du tout en fait, car au fond il n'y avait pas vraiment de différence entre le RPR et le PS, chose qui finira par déboucher sur la présence de Jean Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles de 2002.

On peut dire en quelque sorte que les années Jospin sont en fait les années d'arrivée à maturation de la pensée unique née dans les années 70-80. C'est le moment où la France commence à entrer dans la non-alternative politique officielle, avant cela on faisait encore assez bien la comédie pour que les gens pensent qu'il y avait une alternative. Il n'y a plus de différence entre la gauche et la droite, tous sont pour l'euro l'UE et la globalisation. C'est d'ailleurs pendant cette période que l'euro va être mis en place avec toutes les conséquences catastrophiques que l'on connaît aujourd'hui. Jospin c'est le monsieur de gauche qui va être le champion de la privatisation. Il va amuser la galerie avec les 35 heures et faire advenir la politique sociétale qui va à gauche remplacer de plus en plus ouvertement les politiques sociales et économiques. En même temps quand vous êtes européistes vous ne pouvez pas admettre des politiques qui sont contre les traités européens. Donc très logiquement la gauche française sous Jospin va devenir une gauche à l'américaine, c'est dire une gauche basée sur la communication et les luttes communautaires plutôt qu'une gauche universaliste se battant pour les questions sociales et économiques. Une évolution contrainte par l'orientation européiste des couches sociales dominantes. Mélenchon est en quelque sorte le stade terminal de cette évolution, les Français ne l'intéressent plus du tout, il veut même carrément les remplacer.

Les débats sur la race, le sexe, ou l'écologisme délirant, vont remplacer les débats de fond. L'écologisme, parlons en, puisque c'est aussi sous Jospin que la dynamique du nucléaire français lancé par Pierre Mesmer va s'arrêter. Il faut mettre fin au nucléaire parce que c'est pas propre. On ferme Superphénix pour les beaux yeux électoraux des verts et de Dominique Voynet. Rappelons que ce réacteur avait pour but la surgénération et l'utilisation de l’uranium 238 qui est très présent dans l'uranium appauvri à savoir les déchets radioactifs. C'était en quelque sorte la clef de voûte du système électronucléaire tel qu'il avait été pensé dès le départ. Cela aurait permis une immense autonomie énergétique à la France, mais l'idéologie et le calcul politique à court terme sont passés par là. Maintenant ce sont les Russes et les Chinois qui développent ce type de réacteur alors que nous avions 30 ans d'avance. On ne dira jamais à quel point il s'agit d'une trahison de l'intérêt national produit surtout par la bêtise et l'idéologie de quelques imbéciles.

À l'époque il faut bien le dire, le nucléaire n'avait plus bonne presse. La faute ne revenait pas seulement à la gauche ou aux écologistes, mais aussi à une ambiance culturelle de plus en plus anti-technologique. Même les Inconnus ont fait un sketch antinucléaire à l'époque pour dire que c'était à la mode. Depuis les années 70, on s'est mis à revaloriser la nature, les choses simples à rebours du progrès phénoménal qui avait touché nos pays et entraîné aussi des effets secondaires importants et inquiétants. L'angoisse écologiste n'était pas qu'un fantasme, il y avait aussi des luttes tout à fait légitimes bien évidemment. Le problème fut le mélange entre croyances ésotériques, non scientifiques et inquiétudes légitimes. En un sens, cette contre-révolution était probablement inéluctable, un peu comme un contrecoup du progrès trop rapide qui l'avait précédé. Le jospinisme et les écologistes ont donc surfé sur ce phénomène malheureusement à contre-emploi puisque la surgénération était justement un outil tout à fait écologiste en réalité. Et avec ce qui se passe aujourd'hui nous pouvons vraiment regretter ces errements politiques y compris du point de vue strictement écologique.

Mais les années Jospin ce n'est pas que cela, ce furent aussi les dernières années de véritable croissance économique en France. La croissance économique fut effectivement assez forte à la fin des années 90 atteignant même 4% en rythme annuel. Un rythme que la France n'avait pas connu depuis les années 70. Ce qui est drôle c'est qu'il est plus que probable que le pauvre Jospin soit mort en croyant réellement que ses politiques économiques y étaient pour quelque chose comme toute la gauche le répète inlassablement depuis. Cette période a en effet créé deux mythes dans la politique moderne française qui sont le produit essentiellement de croyance et non de faits avérés. Le premier mythe est celui des 35 heures qui auraient créé des emplois et de la croissance. Or la croissance économique à l'époque arrive avant la mise en place des 35 heures, elles ne peuvent donc pas avoir produit cette croissance. Le second mythe est à droite, les 35 heures auraient cassé la compétitivité française. Or la balance commerciale se dégrade en réalité bien après la mise en place des 35 heures, c'est surtout après 2005 que la situation se dégrade vraiment.

 

La dévaluation du DM entraine celui du SME et du franc à partir de 1996

En réalité, la croissance de la période est paradoxalement le produit de la dévaluation du franc, ou plutôt de la dévaluation du Deutsche Mark. En effet comme vous le savez si vous suivez ce blog le franc est indexé sur le mark allemand depuis 1987 environ. C'est la fameuse politique dite du franc fort. Une politique d'une brutalité extrême qui a fortement participé à la désindustrialisation du pays. En effet, les besoins monétaires de la France, surtout à cette époque, étaient très différents de ceux de l'Allemagne. La France avait encore une dynamique démographique alors que déjà l'Allemagne souffrait d'un ralentissement de la croissance de sa population active. La France avait donc besoin d'une hausse de la masse monétaire plus importante que l'Allemagne, mais nos dirigeants ont préféré ignorer les différences pour réaliser leur fantasme. Le résultat fut un chômage chroniquement plus élevé pour notre pays et une croissance beaucoup plus faible que ce qu'elle aurait pu être. Il se trouve cependant que l'Allemagne due digérer la RDA lors de la réunification, et que le pays a fait à partir de la seconde moitié des années 90 d'énormes investissements pour développer les infrastructures, particulièrement à Berlin redevenue la capitale de l'Allemagne fédérale.

Ces coûts ont entraîné une dégradation de la balance commerciale allemande, et pour la première fois le Deutsche Mark se déprécia par rapport au dollar (1995-96) en entraînant le franc qui lui était indexé. C'est donc essentiellement cette dévaluation couplée à la bulle internet aux USA, qui tira la croissance de la France à l'époque et cela n'avait en réalité pas grand-chose à voir avec les débats économiques ridicules de la gauche plurielle ou de la droite affairiste française. C'était encore une fois la preuve de la très grande importance des politiques monétaires sur la dynamique d'un pays. Malheureusement comme on ne l'enseigne pas et que la mystique a remplacé la raison dans les discours publics, la population ne risque pas de faire le lien ni de comprendre l'abominable coût de l'euro pour la France. Le paradoxe qu'Emmanuel Todd avait d'ailleurs déjà souligné dans ses livres c'est que cette courte période de croissance va justement permettre la mise en place de l'euro, la crise que nous connaissons depuis est la continuation de cette époque. Il est donc évident que malgré le respect des morts je ne ferais certainement pas d'ovation à Jospin. Je pense que la situation du pays depuis montre quelle forfaiture ce fut. Mais ne faisons pas de jaloux la droite comme la gauche française porte la même responsabilité. Ils ont voulu la pensée unique, et les Français continueront à boire la tasse tant qu'ils n'y mettront pas fin. Et les dernières élections municipales montrent malheureusement qu'ils n'ont toujours rien compris au film.

 

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