11 avril 2026
par Gideon Levy
C’est le plus grand échec de sa vie, bien plus grave que celui du 7 octobre. L’échec précédent de Benyamin Netanyahou avait de nombreux pères ; lui seul assume la responsabilité de celui-ci. Si le projet de la vie de Netanyahou était – et il l’était – la lutte contre l’Iran, l’obsession d’un seul homme, cette guerre est le fiasco de sa vie. Israël sort de cette guerre plus meurtri qu’il n’y paraît, plus faible et plus ostracisé qu’il n’y est entré. L’Iran en sort meurtri mais renforcé, et récompensé au centuple.
Voilà exactement à quoi ressemble une mission de vie ratée. Netanyahou, qui a entraîné Israël dans cette guerre, le Premier ministre contraint mardi d’y mettre fin sans avoir été consulté, l’homme qui pensait que cette guerre le ferait entrer dans les livres d’histoire en sauveur, assume l’entière et unique responsabilité de cet échec.
Ce fut un terrible échec, dont le prix n’a pas encore été payé en totalité. Il a commencé par l’idée mégalomane qu’Israël peut renverser des régimes, s’est poursuivi par l’illusion que la guerre est la solution à tous les problèmes – toujours la première adoptée, la seule essayée – et s’est achevé par l’incapacité à atteindre ne serait-ce qu’un seul des objectifs de la guerre, pas un seul. Et nous n’avons même pas parlé des coûts. Un mois et demi de terreur pour la population israélienne de 10 millions d’habitants, de destructions et de difficultés financières, la perte d’une nouvelle année scolaire, les derniers vestiges de la raison et l’intensification de l’isolement international d’Israël.
Le 7 octobre, il était impossible de rejeter toute la faute sur les épaules de Netanyahou. À ses côtés et subordonnés à lui se trouvaient une armée défaillante et des services de renseignements inexistants, une politique d’opposition à tout processus diplomatique – une politique soutenue par la majorité, l’opposition comprise – et un siège brutal qui n’a pas été imposé par Netanyahou. De même, Netanyahou n’assume pas seul la responsabilité de la guerre de vengeance insensée qu’Israël a menée après le 7 octobre.
Le génocide, lui aussi, a de nombreux pères. Netanyahou a été le premier, mais pas le seul. L’histoire, et peut-être le monde, régleront leurs comptes avec eux tous, les commandants militaires, les pilotes de l’armée de l’air, les soldats, les agents du Shin Bet, les destructeurs de Gaza, les tueurs d’enfants, les massacreurs de médecins et de journalistes, les médias israéliens complices et tous les autres complices des crimes contre Gaza, qui ne peuvent et ne pourront jamais être pardonnés.
Netanyahou s’est engagé dans cette guerre en donnant l’impression que le monde la soutenait. Le New York Times a décrit mercredi comment il a séduit Trump, le trompant, comme il en a l’habitude, en proférant de fausses promesses que le secrétaire d’État US Marco Rubio a qualifiées de «bullshit» [conneries].
Vendeur particulièrement peu scrupuleux, Netanyahou a encore réussi à séduire l’administration Trump avec ces conneries. Mais cette fois, il a perdu. L’administration lui demandera des comptes, peut-être bientôt.
D’un autre côté, l’opposition israélienne n’a pas le droit de le critiquer. Quiconque a acclamé la guerre dès son début, tous les Yair Lapid et Yair Golan qui n’ont pas osé dire un seul mot négatif sur l’entrée en guerre, qui se sont alignés sur sa justification, a perdu le droit de la critiquer. Vous l’avez soutenue ? Taisez-vous maintenant. Tous ceux qui ont salué la guerre, certains par lâcheté, d’autres par manque de vision, la plupart par les deux, qui ont proposé de bombarder et de détruire tout en établissant des grotesques «cellules de hasbara», ne peuvent aujourd’hui attaquer Netanyahou à propos de la guerre.
Nous avons de la chance d’avoir un maître du monde. Sans Trump, Netanyahou aurait persisté en Iran vers un échec encore plus dévastateur. Tout comme il a tenté de le faire à Gaza jusqu’à ce que Trump l’arrête, tout comme il est désormais désireux de le faire au Liban, en route vers un autre fiasco. Mais alors que la guerre s’achève, une chose est sûre : Israël n’a rien appris. Les «Bibistes» continueront de soutenir leurs idoles, les «nimportequi-sauf-Bibi» continueront d’attaquer leur Satan (tout en vénérant l’armée qui exécute ses plans) et Israël continuera de courir vers la prochaine guerre avec le même aveuglement et le même enthousiasme avec lesquels il s’est précipité dans celle-ci.
Samedi, je suis descendu dans l’abri public qui nous avait si gentiment hébergés pendant près de six semaines, pour éteindre les lumières. Ce faisant, je savais qu’elles ne resteraient pas éteintes.
Des personnes assistent aux funérailles de Lena Ostrovsky Gershovitz, Vladimir Gershovitz et leur fils Dimitri Gershovitz, dont les corps ont été retrouvés dans les décombres d’un immeuble résidentiel après qu’il a été frappé par un missile iranien, pendant le conflit entre les USA, Israël et l’Iran, à Haïfa, Israël, le 7 avril 2026. Photo Shir Torem/REUTERS