Le 40 éme congrès arrive à un moment où se conjuguent toutes les difficultés : poussée de l’inflation e. montée du chômage, sur fond de crise systémique ; menaces liées aux guerres impérialistes ; risques politiques du fascisme en France. Les difficultés rencontrées par notre parti, malgré une certaine résistance aux municipales témoignent d’un affaiblissement électoral et d’un rétrécissement de notre organisation qui, de fait, ne couvre plus des pans entiers du territoire, bien que, dans le même temps, nos ressources de mobilisation aient encore fait leur preuve aux municipales, et que la créativité intellectuelle issue du travail effectué par nos commissions et nos revues soit remarquable.
L’enjeu du 40 ème congrès est de redonner, dans ce moment où tous les risques nationaux et internationaux se conjuguent, un élan au parti et « d’armer » les communistes, idéologiquement et politiquement, afin que s’organise dans nos localités la résistance et la construction, avec d’autres, de l’alternative, car c’est bien par le bas, dans l’émergence d’un mouvement puissant, poussant les forces politiques à proposer des mesures de dépassement des règles et logiques capitalistes, qu’elle pourra advenir.
Armer idéologiquement et politiquement les communistes suppose trois catégories d’apports :
1- un apport théorique marxiste sur la compréhension de la crise systémique du capitalisme, avec notamment des éléments sur les stratégies actuelles des grands acteurs du capital : multinationales, GAFAM, marchés financiers, dans le contexte d’une révolution informationnelle qui modifie à vitesse accélérée non seulement les façons de produire, mais aussi les relations au sein de la société tout entière. Ces évolutions rentrent plus que jamais en contradiction frontale avec l’obsession capitaliste de la baisse du coût du travail. Les politiques publiques sont-elles aussi-traversées par des contradictions majeures, entre la montée des besoins sociaux et écologiques et leur négation par les politiques d’austérité sous tutelle des marchés financiers et l’engagement dans l’économie de guerre.
- le deuxième apport est celui de la maîtrise du projet communiste: sa cohérence, entre objectifs sociaux et écologiques, conquêtes de pouvoirs et maîtrise des moyens financier ; sa déclinaison en mesures concrètes qui peuvent donner une perspective aux luttes et devenir objets de luttes en soi.
-le troisième apport attendu est celui de la clarté sur la stratégie de rassemblement qui, s’il se limitait à un front antifasciste, serait bien incapable de faire obstacle à l’accession de l’extrême droit au pouvoir : un rassemblement gagnant contre l’extrême droite doit au contraire porter l’alternative de transformation.
Autrement dit, il y a besoin d’apports communistes solides et en même nécessité d’une perspective de rassemblement crédible. Sur aucun de ces trois points (analyse marxiste de la crise, projet communiste, stratégie de rassemblement) le texte ne répond aux nécessités du moment.
1-La notion englobante et générique de « classe capitaliste » désincarnée masque les acteurs dominants et leur stratégie, dans une description de la crise atemporelle, éloignée des réalités concrètes du moment et des contradictions. Le texte est insuffisant pour comprendre les développements récents du capitalisme mondialisé et de sa crise.
2-Le projet communiste disparaît derrière l’introduction du « socialisme », comme ce fut le cas d’ailleurs dans les années 80, où le socialisme était bien décrit comme une transition, mais vers on ne savait plus trop quoi. Or, l’histoire nous a appris que la transition doit porter les marques de la visée elle-même, sauf à devenir une fin en soi et connaître des dérives. La marque du communisme, où « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous », c’est l’impératif démocratique, dans tous domaines de la vie. Il implique la mise en place de processus autogestionnaires ; cette avancées majeure de la réflexion communiste à partir des échecs des expériences des pays socialistes a disparu de la représentation qui est faite du socialisme, qui apparaît ainsi comme fondamentalement étatique et centralisé. Les analyses marxistes sur l’Etat et son nécessaire dépérissement, qui appellent à une autre conception de son fonctionnement dans le socialisme, sont passées à la trappe.
3-Enfin, sur la stratégie de rassemblement, c’est la persistance d’un flou qui déstabilise fortement les communistes. Après les déplorations habituelles sur les défauts des partis de gauche, et mention particulière pour LFI, dont on ne différencie pas son état -major, ses militants et ses électeurs, et toujours réputée globalement infréquentable, aucune voie n’est tracée pour construire un rassemblement populaire, avec les forces sociales et politiques progressistes, sur la base d’un socle commun de transformation. Comme si la présentation d’un candidat communiste à la présidentielle était incompatible avec cet objectif ! Quant aux législatives, laissées au cas par cas d’accords dans chaque circonscription, on comprend bien que cela se fera prioritairement avec le PS et les Ecologistes, sans contenu commun, renouant avec des stratégies strictement électoralistes.
Ce texte de base commune est l’aboutissement d’un mode de fonctionnement qui depuis le 39ème congrès a refoulé le débat sur des divergences croissantes au sein de la direction nationale : qu’il s’agisse de la question du travail, de l’étatisme, de notre rapport aux luttes, de certaines prises de position internationales, nous sommes quelques-uns à avoir porté des conceptions différentes : au lieu de les dépasser par un débat de fond mis clairement mis entre les mains du CN et des communistes, le choix a été fait de maintenir une ligne qui s’éloigne de plus en plus des orientations des 38e et 39é congrès, tout en intégrant ici et là certaines propositions des commissions, notamment celles de la commission économique donnant lieu à des textes éclectiques, truffés de contradictions.
Prenons l’exemple de l’Europe : il est redit dans le texte, comme lors de la campagne des Européennes, qu’on ne peut rien changer hors de la refondation des traités. Dès lors, la proposition d’un Fonds de développement des services publics financé par la BCE, mesure applicable immédiatement, à partir du cadre existant, mais qui introduit une rupture majeure en sortant les financements européens des marchés financiers, est incohérente avec cette posture générale d’impossible changement, laquelle sous-entend finalement le principe d’inutilité des combats politiques européens immédiats, et interroge même sur le sens de vouloir encore être représentés au parlement.
Ce projet de base commune se refuse à tout retour critique sur notre activité depuis le 39è congrès, et en dépit de quelques concessions formelles dans les textes, affiche une ligne politique qui nous cantonne à l’opportunisme électoraliste et ne nous permet pas de mener les batailles politiques à caractère communiste. Pour preuve, la proposition de reconduire à l’identique, sans la moindre autocritique, une campagne Industrie-Services Publics qui n’a pas fonctionné, parce que conçue au sommet, uniquement en termes de communication et de renforcement, elle a été faible sur les contenus, en effaçant la question de l’emploi qui est au cœur de l’affrontement avec le capital, et inefficace sur la méthode, en écartant les fédérations de son élaboration.
Enfin l’absence de propositions sur le fonctionnement des instances de direction nationale, CN et CEN, en dehors de l’effectif, alors qu’elles fonctionnent comme des chambres d’enregistrement, montre que c’est la continuité d’un pouvoir de décision concentré entre les mains d’un nombre très restreint de camarades, qui nous est proposé, au lieu d’une élaboration réellement collective, pourtant plus que jamais nécessaire pour l’unité du parti.
Qu’il s’agisse du contenu théorique, du projet, ou du fonctionnement, il y a pour moi trop d’insuffisances et de divergences pour pouvoir amender ce texte. Je ne le voterai pas.
Texte de la base commune : PCF : base commune du 40e Congrès, « Un communisme de conquêtes ».